Critiques de notre temps

Critiques de notre temps

Sur la morale


Work in progress - Réflexions personnelles sur l'éthique et la morale (suite)

Saint-Denis de La Réunion, dimanche 14 avril 2019

Une conception individuelle ou infra-personnelle de la morale

 

Mes écrits de la semaine dernière sur la morale s'intéressaient à la morale en économie et en politique. Dans ma réflexion, cela signifiait de répondre à la question : qu'est-ce qu'être moral, et peut-on être à la fois puissant et moral ?

 

Comme je l'écrivais la semaine dernière :

 

«... on peut se demander si le monde que je vois existant autour de moi, composé de toutes ces grandes entreprises qui régissent d'un bout à l'autre nos vies, de tous ces chefs et dirigeants d'entreprises, de tous ces cadres et hauts managers prônant l'efficacité technocratique, si toutes ces entités, ces personnes, ces puissants connaissent la morale et agissent en fonction d'une morale immanente., supérieure à leur seul intérêt et à l'intérêt de leur caste ? Je pose la question mais j'en connais déjà la réponse : Non !»

 

https://saucrates.blog4ever.com/work-in-progress-reflexions-personnelles-sur-l-ethique-et-la-morale

 

Mais il s'agit d'une vision que je considère comme collective de la morale. C'est une vision politique ou générale des rapports sociaux et de la morale au sein de ces rapports sociaux, de ce que j'estimais être une mesure de la morale. Et en aucun cas, il ne s'agit d'une vision intime de la morale, parce que la morale, c'est aussi et avant tout cela : un rapport personnel, intime à la morale et à la moralité. On ne peut réellement répondre à la question de savoir si on est ou non un être moral, un être titulaire d'une moralité et agissant ou non en conformité à cette moralité que dans son for interieur, dans son intimité ! Une personne en dehors de nous peut estimer que l'on est ou non un être humain moral, agissant conformément à la morale, mais dans les faits, cet autre humain ne nous juge que conformement à ses propres valeurs morales. Mais cela ne répond pas véritablement à la question qui nous intéresse réellement, à savoir cet homme-là (ou cette femme-là) est-il (ou est-elle) moral ?

 

Il est ainsi tout à fait possible que des personnes telles que Carlos Ghosn de Renault, ou des tueurs, des assassins ou des terroristes de l'OEI puissent se considérer personnellement comme parfaitement moraux, même s'ils ont éventuellement pu frauder ou voler leur entreprise ou le fisc français ou japonais, s'ils ont pu tuer ou assassiner des hommes, des femmes ou des enfants ou poser des bombes. Il leur suffit de penser qu'on leur doit cet argent, que ce n'est qu'un juste retour pour leur sacrifice, ou que leurs victimes ne méritent pas de vivre ou que celles-ci n'appartiennent pas à l'espèce humaine. Ces personnes-là peuvent tout à fait se considérer comme parfaitement morales, dignes d'être admirées ou d'atteindre le Paradis céleste. 

 

Les valeurs morales ont ainsi l'inconvénient d'être strictement personnelles et ce n'est que lorsque l'on se trouve confronté au regard de l'autre, à l'altérité, voire à l'opinion publique, que l'on peut comparer nos valeurs morales à celles des autres. Et elles ont aussi un deuxieme inconvénient, elles evoluent en fonction de ce que l'on fait, de la manière dont on évolue. Les valeurs morales s'effacent au fur et à mesure que l'on agit mal, en contradiction avec elles. Jusqu'à disparaître complètement, pour ne plus laisser place qu'à une bouillie informe. Ce qui nous paraissait si amoral la première fois peut tout à fait nous paraître beaucoup moins grave à la dixième ou centième violation. Le sens moral peut s'émousser, s'étouffer au fur et à mesure que l'on se trouve confronter au Mal. 

 

On se retrouve donc toujours face à cette question primordiale et centrale que tous les philosophes se sont posées : puisque nos valeurs morales sont par essence personnelles, et qu'elles évoluent en fonction de nos propres actes, il n'existe donc aucune mesure unique de la morale, mais uniquement des valeurs communes qu'on imagine partagée par un plus grand nombre de personnes. On se construit ainsi intimement sur la base de valeurs morales que nous ont inculquées nos parents, nos proches, par la façon dont nous les avons comprises, interprétées, par les manières dont nous les avons combinées avec nos propres expériences, par les événements de notre vie, depuis notre plus tendre enfance. Ainsi, certaines personnes peuvent estimer que le plus important à leurs yeux est leur propre intérêt, leur propre confort, leur propre devenir, et que tout le reste, tous les autres ne comptent pas. Ils peuvent être très serviables, très au service des autres, mais à leurs yeux, ils ne penseront parfois qu'à eux, parce que cela seul compte pour eux. Ils pourront s'estimer parfaitement moraux parce qu'ils se sont construits ainsi. Parce qu'un sourire, la serviabilité est pour eux la première des qualités, de la moralité.

 

Qui suis-je pour m'ériger en censeur de la moralité des autres ? Qui suis-je pour imaginer que mes propres valeurs morales sont l'alpha et l'oméga de la moralité, et que tout autre comportement divergant de mes propres valeurs morales est une forme d'amoralité, une forme d'immoralité ?

 

Et pourtant, c'est notre lieu commun. Nous jugeons, nous apprécions tous les comportements de tout le monde en fonction de nos propres valeurs morales. Et ceux dont les comportements diffèrent trop de nos propres valeurs morales ne pourront être que rejetés, repoussés. Difficile d'accepter, d'être ami avec une personne dont les valeurs morales semblent pratiquement incompatibles avec nos propres valeurs, dont les actes et les comportements semblent aux antipodes par rapport à ce qui nous semble être la morale, le bien, le bon. Heureusement, c'est très rarement le cas dans la vie réelle. Il y a rarement des personnes dont les valeurs morales sont aux antipodes des nôtres. Il y a forcément très souvent des divergences, parfois importantes, d'autres fois des personnes peuvent sembler tant nous ressembler que nous pouvons nous confier et les aimer. Mais forcément, il y a des différences. Parce que nul ne peut avoir été éduqué exactement de la même manière, ni avoir vécu exactement les mêmes choses, ni surtout les avoir vécu, intégré de la même façon. 

 

Il y a aussi une dernière chose : je ne peux pas nier aux autres la faculté d'agir conformément à une morale, à une éthique, à leur morale. Même si ce sont des dirigeants de grandes entreprises, des hommes politiques ou des puissants. Je ne peux pas leur nier le droit d'être moraux ou éthiques, d'agir conformément à la morale ou l'éthique. 

 

Et on n'en arrive alors à une dernière facette de ce que j'appelle la moralité. On ne peut se considérer comme moral que si on est ouvert aux autres, si on est tolérant aux autres, aux divergences des autres. La tolérance est certainement la plus difficile des valeurs à intégrer, mais cela permet d'accepter ceux qui ont des valeurs morales differentes des nôtres, qui vivent et agissent différemment de nous. Terrible exercice que la tolérance, essentiellement parce que l'intolérance, le rejet de l'autre, est la plus simple et la plus facile des façons de vivre. Et parce que nul ne sait où peut nous mener la tolérance : ne doit-on pas en raison de la tolérance accepter les terroristes et les assassins ? Ne doit-on pas accepter qu'ils nous nient notre droit de vivre et de nous considérer comme humain ?

 

Où doit s'arrêter la tolérance ? Et où commence la moralité ? Je n'ai pas de réponse. Ce sera tout pour ce dimanche soir !

 

 

Saucratès


14/04/2019
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Réflexions personnelles sur l'éthique et la morale

Saint-Denis de La Réunion, mardi 2 avril 2019

Réflexion une - Une conception collective de la morale

 

S'il est bien un sujet qui me passionne, c'est bien le sujet de l'éthique et de la morale. Pour répondre à cette question de savoir qu'est-ce qu'une vie conforme à la morale ou à l'éthique ? Ou autrement pensé, que serait une Société humaine fonctionnant conformement à l'éthique et à la morale ? 

 

Et je vais ici citer Jean-Francois Mattéi, dans «Éthique et histoire» :

 

«On pourrait aisement soutenir, sans cultiver le paradoxe, que la naissance de l'éthique dans le monde moderne à signé la mort de la morale, ou que, à tout le moins, le renouveau contemporain de la réflexion éthique, désormais appliquée à toutes les sphères de la vie sociale, s'est accompli sur les cendres de la pratique morale traditionnelle brûlée à la flamme de l'histoire. Car c'est bien la conscience historique de l'homme moderne, appréhendée sur le mode immanent d'un devenir à la recherche de son propre sens, qui a progressivement évacué les principes moraux traditionnels fondés sur des commandements ou des absolus transcendants.»

 

Je ne sais pas si j'irais jusqu'à dire, comme le fait Jean François Mattéi, que notre monde moderne ne reconnaît plus la morale, qu'il n'y a plus de morale. Les œuvres morales des plus grands philosophes de l'histoire n'ont jamais été aussi accessibles, à quelques clics de souris, certes cachées au milieu d'un amoncellement d'informations beaucoup plus populaires, mais jamais leurs pensées n'ont été aussi accessibles. Il y a aussi foison de philosophes formés dans les universités ou écoles de tous les pays, sans que je puisse dire si l'un d'entre eux aura un jour l'importance d'Emmanuel Kant, de Camus ou de Jean-Paul Sartre. 

 

Mais c'est vrai en même temps que l'on peut se demander si le monde que je vois existant autour de moi, composé de toutes ces grandes entreprises qui régissent d'un bout à l'autre nos vies, de tous ces chefs et dirigeants d'entreprises, de tous ces cadres et hauts managers prônant l'efficacité technocratique, si toutes ces entités, ces personnes, ces puissants connaissent la morale et agissent en fonction d'une morale immanente., supérieure à leur seul intérêt et à l'intérêt de leur caste ? Je pose la question mais j'en connais déjà la réponse : Non !

 

Et pourtant, dans chacune de leurs entreprises, ces dirigeants, ces chefs d'entreprise, ces puissants, ces hauts managers, ces obscurs dépendants, bénéficiaires de la charité d'un autre plus puissant qui les a intronisé comme dirigeants d'une petite parcelle de son réseau, ont édicté et imposent à leur personnel de respecter des chartes éthiques ou des codes de déontologie, qui dans la réalité correspondent à des sommes de règles idiotes, de choses à faire, surtout de choses à ne pas faire, d'interdictions aussi diverses que variées ... et quelques obligations, comme notamment d'être de bons petits soldats .... et surtout une obligation de fidélité à l'entreprise et à ses dirigeants, pendant le temps de travail mais aussi le plus souvent en dehors, pendant les temps de repos ! Même Carlos Ghosn a dû pondre de telles chartes éthiques ou codes de déontologie pour les salariés et les employés de chez Renault ou de chez Nissan, même si lui, personnellement, n'était peut-être pas un parangon de vertu et de déontologie !

 

Donc effectivement, lorsque l'on parle du «renouveau contemporain de la réflexion éthique, désormais appliquée à toutes les sphères de la vie sociale», je ne peux m'empêcher de penser à ces multiples codes éthiques qu'il est de bon ton dans les entreprises 'in' d'arborer, comme leurs dirigeants arborent la rosette de leur légion d'honneur à leur veston. On peut peut-être considérer que la moralité de ces dirigeants et de leurs entreprises est inversement proportionnelle à l'existence d'un code éthique, qui n'existe que pour permettre à ses dirigeants de contrôler et d'avoir barre sur leurs salariés et pour pouvoir trouver une raison pour les licencier lorsqu'ils en auront envie. Et tout ceci n'est en rien pour moi synonyme d'éthique ou de morale. Il ne s'agit pas tant de morale que de contrôle !

 

Ces mêmes dirigeants (et là je ne parle pas seulement de Carlos Ghosn) sont-ils moraux, agissent-ils conformément à l'éthique et à la morale (la vraie, non pas le ramassis d'interdictions qu'ils ont pondus dans leurs codes internes) dans leur vie, dans la gestion des entreprises qu'ils dirigent et dans leurs rapports avec les autres, avec leur multitude de subalternes ? Mais évidemment je dois avant tout définir ce que j'entends par «vraie morale» et «vraie éthique», sinon je risque simplement d'opposer deux conceptions différentes de l'éthique et de la morale ! 

 

Je continuerais is en continuant de citer un philosophe, Jean-Pierre Ivaldi, préfaçant un ouvrage de Jean-Francois Mattéi :

 

«L'éthique s'est muée de nos jours en une science liée à la politique et à l'économie. L'économie en tant que système d'échanges de produits, de services et d'informations, est régulée par des contrats. Elle se doit de respecter les clauses et les termes du contrat. Si les contractants tentent de corrompre leurs vis-à-vis ou se laissent eux-mêmes corrompre, ils basculent dans l'immoralité.

 

Economie et politique souffrent de plus en plus de l'absence de l'éthique et des règles et préceptes qui sont les siens dans la vie sociale de la cité, à quelques pays qu'elle appartienne. Si bien que la conscience se fait mauvaise conscience. Cette absence qui n'échappe pas aux acteurs politiques et économiques, les taraudent insidieusement, car ils savent leurs manquements et le châtiment qu'ils encourent. Trop souvent le recours à l'éthique n'est-il qu'un faux semblant destiné à masquer ou travestir leurs turpitudes.»

 

Comme lui j'assimile les puissants aux mondes de la politique et de l'économie, les puissants et dirigeants des entreprises et du secteur public, ou aux élus. Comme moi, il considère les recours à l'éthique comme des faux-semblants destinés à camoufler l'immoralité de ces puissants, de ces acteurs économiques et politiques. Mais limiter l'éthique et la morale au seul respect des clauses et termes des contrats conclus me semblent désespérément réducteur !

 

«Mattéi se détourne du strict point de vue de l'éthique pour considérer qu'un système économique, des lors qu'il régit les échanges entre les hommes, n'est ni moral ni immoral ; il est efficace ou non, et l'efficacité ne relève pas de la morale. Ceci le conduit à constater que nous sommes face à deux difficultés. La première consiste à récuser l'autonomie de l'économie. La seconde tient à ce principe éthique supérieur qui permettrait de juger les systemes économiques selon une échelle de valeurs déterminée. Le servage serait moins immoral que l'esclavage, et le travail salarié moins immoral que le servage, bien que, en toute forme d'économie, l'homme soit contraint de s'adonner au travail. Les nécessités des échanges économiques sont indifférentes par nature, aux normes de la moralité qui sont d'un tout autre ordre. L'économie relève de la contrainte là où la morale relève de l'obligation.»

 

La morale en économie, dans le monde des affaires, dans le domaine politique, doit être bien plus large que le seule respect des clauses et termes des contrats, ou le respect des lois. De nos jours, ces deux mondes, ces deux sphères, sont amorales ; elles ne connaissent pas la morale. Et c'est pour cette raison que notre monde peut être dans cet état-là, rempli d'opulence pour un tout petit nombre et de misères pour le plus grand nombre, pour l'immense majorité. Parce que les puissants qui nous dirigent ne sont contraints par aucune réglementation morale, aucune obligation morale. Il n'existe qu'une seule règle : le laisser-faire moral, le culte de l'argent-roi, le tribunal de leurs seules envies ! 

 

Je citerai pour finir une une dernière fois Jean-Pierre Ivaldi :

 

«On attend de l'éthique une justification des pratiques et des institutions sociales. Ceux qui y sont soumis peuvent se rebeller contre elles et attendent de l'éthique qu'elle leur fournisse des arguments pour légitimer leur refus. Mais ceux qui les imposent attendent également de l'éthique qu'elle les justifie afin de légitimer leurs décisions. Cette convergence, pour ne pas dire, cette complicité, du recours à l'éthique, entre ceux qui commandent et ceux qui obéissent, n'est jamais aussi apparente que dans le cas de l'impôt.»

 

On se retrouve ainsi à nouveau devant une opposition entre deux conceptions de la morale et de l'éthique. Et en quoi mon interprétation de la loi morale peut-elle etre supérieure à celle minimaliste des puissants et dirigeants de ce monde, qui se contentent de penser en terme d'efficacité, de respect des clauses et des termes des contrats, et de bienfaits de la libre entreprise et des marchés concurrentiels ?

 

Je conclurais de la manière suivante : puisque l'économie et la politique sont amorales, indifférentes à la morale, il faut donc soit qu'une force supraindividuelle leur impose des règles morales, qu'ils ne puissent transgresser, soit que les puissants et dirigeants de ces mondes soient moralement et éthiquement irréprochables.

 

Encore faut-il que l'amoralité et l'immoralité ne soit pas justement un trait distinctif de ces puissants et dirigeants de ce monde, la raison pour laquelle ils sont arrivés au sommet de la hiérarchie en écrasant et en éliminant tous leurs concurrents !

 

 

Saucratès


02/04/2019
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Du contrat social

 

Réflexion une (mardi 9 janvier 2018)

De l'existence d'un contrat social ou de son application dans le cadre de notre société française 

 

Qu'est-ce que le «contrat social» ? Il est sensé s'agir d'une construction mentale des philosophes des Lumières, du dix-huitième siècle, popularisé notamment par Jean-Jacques Rousseau. Le contrat social serait donc mythique, un mythe permettant d'expliciter le fait par lequel des humains accepteraient/auraient accepté de quitter la vie sauvage pour vivre en communauté, en société. À la différence des mythes des sociétés anciennes ou premières, il s'agirait d'un mythe construit pour nos sociétés modernes, sur la base d'une idée fondée sur l'organisation des sociétés premières telles qu'elles étaient observées à l'époque de Jean-Jacques Rousseau, et reposant sur une certaine image idéalisée ou non de l'homme sauvage : bon sauvage ou loup pour l'homme, selon que l'on écoute Jean-Jacques Rousseau ou Thomas Hobbes. 

 

Si on suit ces philosophes du dix-huitième siècle, le contrat social serait donc un temps précis, une époque précise, où des hommes sauvages auraient accepté la vie en société en signant un pacte, un contrat entre eux, acceptant de fait des limitations à leurs libertés en échange d'une sécurité apportée par le groupe, par le nombre, par l'instrumentalisation ou par l'institutionnalisation de la violence légitime. Pour certains de ces philosophes, l'homme était bon avant la vie en société et était devenu mauvais après (Jean-Jacques Rousseau), ou inversement (Thomas Hobbes). Pour d'autres comme Etienne de la Boetie, c'est la violence de l'un sur les autres en sein de la société, c'est-à-dire cette violence institutionnalisée, qui était incompréhensible selon lui. Ou comment un homme seul peut-il dominer un pays entier ! Des centaines, des milliers, des dizaines de milliers de sujets !

 

Des philosophes récents ont repris à leur compte cette interprétation des fondements de la vie en société. Je veux parler notamment de John Rawls. L'instant de la conclusion de ce contrat social est toujours un instant mythologique selon Rawls, mais celui-ci est surtout célèbre pour avoir théorisé la forme de la mise en forme du contrat social, de ce moment où des hommes énoncent les règles de leur future vie en société. C'est ce que John Rawls a appelé le voile d'ignorance. 

 

En effet, si on demandait à des hommes ou des femmes de définir les règles d'une société et les statuts des uns et des autres, qui ne seraient pas tentés de se voir promu roi ou reine, ou membre de la noblesse ? Le voile d'ignorance permet de théoriser une manière de s'assurer que chaque homme ou femme est ignorant de sa place exact au sein de la société, de sa force, de son sexe voire de sa santé. Et chaque homme ou femme sera alors conduit à proposer des règles de société où chacun sera plus ou moins traité de manière égale, de facon à minimiser le risque et le désappointement de tomber dans les plus bas statuts sociaux !

 

Les débats vont évidemment beaucoup plus loin ou sont beaucoup plus complexes. D'autres philosophes ont peut-être theorisé d'autres réponses ou d'autres interprétations du contrat social depuis Rawls, ce dont je doute néanmoins. Evidemment, toute une branche de la philosophie politique depuis Rousseau et depuis Rawls a démontré qu'il n'était nul besoin d'un tel contrat social, d'une analyse ou d'une approche en terme de contractualisation de la vie sociale. Il s'agit de tout le débat opposant le conséquentialisme (ou analyse de la justesse de nos choix en fonction de leurs conséquences), l'utilitarisme (où la justesse de nos actes dépend de leur utilité) qui n'est qu'une variation du conséquentialisme, la déontologie (ou science des devoirs) dont font partie les théories d'Emmanuel Kant et de John Rawls, et l'éthique des vertus (ou perfectionnisme moral).

 

Apres avoir donc explicité ce que j'entends par «contrat social» et en avoir rapidement situé les sources philosophiques, je voudrais en revenir à mon idée première, à savoir que le contrat social est un composant actuel pertinent pour définir la vie en société dans une société comme la nôtre, comme la société francaise, justement traversée par des événements comme les émeutes urbaines, comme la radicalisation islamique et terroriste d'une partie de la jeunesse d'origine immigrée, d'Afrique du Nord ou d'Afrique noire, ou parles evenements du jour de l'an où des émeutiers ont tabassé/lynché deux fonctionnaires de police sur lesquels ils étaient tombés. Car, ces comportements émeutiers, terroristes, islamiques ou agressifs ne sont qu'une et même seule chose ; le fait que ces jeunes ou moins jeunes, ces supposés ou non exclus de notre société ne se reconnaissent pas dans la société française, dans ses valeurs, dans ses principes, dans ses engagements, dans ses droits et dans ses devoirs. 

 

Ces jeunes ou moins jeunes, principalement issus des cités urbaines, principalement issus des minorités d'origine immigrés d'Afrique, de la première, de la deuxième ou troisième génération, s'estiment souvent exclus de la société, non intégrés ou non attendus dans le monde du travail, et trouvent hors des règles de la société française la reconnaissance qu'ils pourraient en attendre. D'où la radicalisation islamique de nombre d'entre eux, mais pas uniquement d'eux (puisque les radicalisés islamiques en Syrie viennent de toute origine et de tout milieu), d'où les émeutes urbaines, pendant lesquelles le fait de brûler des voitures ou d'affronter les forces de l'ordre ou les forces de secours (pompiers) devient un rite de passage marquant l'entrée dans l'âge adulte, d'où la haine des forces de l'ordre ! 

 

Derrière ces images, il s'agit simplement d'un rejet par cette jeunesse (ou ces moins jeunes) du contrat social sur lequel repose notre société. Et j'en arrive donc à cette conclusion, contrairement à ce que pouvait penser Jean-Jacques Rousseau autrefois ou John Rawls plus récemment, que le contrat social n'est pas un instant mythique, appartenant à l'histoire ancienne, une construction mythologique théorique, mais que l'adhésion au contrat social est une décision permanente, régulière pour chaque individu. Chaque individu, au cours de sa vie, au cours de la construction de son être, de sa vie et de son devenir d'adulte, se trouve confronté à ce choix d'adhérer ou non au contrat social tel qu'il l'appréhende, tel que la société française l'a construit, avec le respect de ses institutions, de ses règles, et de la place et du statut social que la société peut lui proposer.

 

Le contrat social n'est ainsi pas qu'une construction de philosophe, qu'un souvenir mythologique. Le contrat social est une décision individuelle de chacun d'entre nous, une construction mentale, et par malheur, pour notre choix, nous ne sommes pas confrontés à ce fameux voile d'ignorance. Nous savons quel rôle et quelle place nous sera réservé dans cette société, et évidemment, il doit être plus difficile d'accepter ce contrat social lorsque l'on se sait déjà exclu, originaire d'une cité urbaine en voie de déclassement, sans perspective d'avenir, brillant ou non, que lorsque l'on se sait membre de la jeunesse dorée, héritier d'une grande fortune, privilégié En un mot !

 

Et pourtant, c'est cela le contrat social. À chaque génération, pour chacun d'entre nous, nous trouvons tous autant que nous sommes confrontés à cette décision. Accepter ou non notre place dans la société. Accepter ou non de signer le contrat social qui régit la société dans laquelle nous nous insérons ! C'est un choix d'une certaine façon de tous les instants ; accepter les règles qui sous-tendent notre vie et nos relations aux autres. Accepter les règles qui nous avantagent, qui nous protègent comme celles qui nous contraignent, qui nous désavantagent. C'est un choix souvent que nous comprenons tardivement, après que nous ayons réellement fait ce choix. Par exemple, c'est un choix qu'on fait les jeunes qui ont choisi la voie de la radicalisation islamique, du terrorisme islamique. Peut-être pas simplement ceux qui ont choisi de partir faire le djihâd en Syrie. Pas forcément non plus ceux qui se sont acharnés sur les deux policiers le jour de l'an. Parce qu'ils se sont peut-être laissés emportés par la foule, par l'effet de foule, cette force qui vous fait croire que vous êtes plus forts, aptes à attaquer ceux qui représentent l'Etat, que, en cet instant, vous croyez plus fort, que vous croyez être l'ennemi.

 

Je pense donc que le contrat social est nécessairement accepté et ressigné par chacun d'entre nous, à un moment ou un autre de notre vie, par chaque génération. Ce contrat social intègre tous les droits et devoirs que la société octroie et impose à chacun d'entre nous, ainsi que l'ensemble des institutions qui représentent la société, qui donnent corps à la société. Se pose alors le probleme du comportement à adopter envers tous ceux qui n'acceptent pas ce contrat social, ou qui dévient à un moment donné, choisissant de tuer et d'être des criminels ou des voleurs ? Mais il y a surtout tous ceux qui choisissant la voie de l'exclusion, ne comprennent pas l'existence de ce contrat social putatif. Parce que c'est sûrement là qu'il y a un souci, c'est qu'à aucun moment, personne ne vient vous indiquer que ce contrat social existe et que l'on vous demande de le signer. Et que votre choix conditionnera votre vie future. Parce qu'on ne le comprend que très tard, trop tard sûrement pour beaucoup d'entre nous !

 

 

Saucratès


09/01/2018
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Sur la morale (5)

 

Réflexion quarante (19 août 2012)
Valeurs, normes et morale (suite)

L'intérêt de ce livre («Les concepts de l'éthique» de Ruwen Ogien et Christine Tappolet) est de s'interroger sur ces concepts de 'normes' et de 'valeurs', sur les réalités qu'ils recouvrent. Intéressante question également que de s'interroger sur ce qui justifie les normes elles-mêmes. En même temps, pourquoi s'interroger uniquement sur cette justification et pas sur ce qui justifierait aussi les valeurs ? Les auteurs défendent en fait une position conséquentialiste, reposant sur les 'valeurs' (qu'ils appellent 'éthique des conséquences'). Au fond, riche interrogation que de discuter des 'normes' (qui posent des obligations, des interdictions, des permissions) et des 'valeurs' (qui disent ce qui est bien ou désirable). Je n'adhère pas du tout à leurs démonstrations que je trouve insuffisantes.

 

Toutes leurs argumentations contre la primauté donnée aux normes reposent sur le respect absolu que les déontologues sont supposés reconnaître aux interdictions morales telles tu ne tueras pas ou tu ne tortueras pas ton semblable. Selon les auteurs, pour sauver des centaines de personnes, on doit pouvoir désobéir à de telles interdictions même s'il faut sacrifier un pour cela ! Il s'agit vraisemblablement du pire dilemne moral auquel on peut être confronté. Tuer de manière délibéré une personne pour tenter d'en sauver peut-être plusieurs ... Parce qu'il n'y a jamais de certitude que ce sacrifice permettra réellement de sauver des vies ... Et peut-on vraiment jouer à la roulette russe avec la vie des gens ? N'y a-t-il pas un risque qu'on ne puisse trouver chaque jour une multitude de raison de sacrifier toujours plus de personnes pour sauver hypothétiquement d'autres personnes ? De même, à partir de combien de vies sauvées est-il rentable de sacrifier une vie ? Deux, trois, dix ? Qui le détermine ? Toutes les vies ont-elles la même valeur ? Les riches valent-ils plus que les pauvres ? Les millionnaires que les clochards ? Les hommes que les femmes et les enfants ?

 

Ce genre d'interdictions (morales) existe selon moi parce que leur négation ouvrirait une boîte de Pandorre. On ne doit pouvoir disposer que de sa propre vie. Libre à nous de la sacrifier si on pense de la sorte pouvoir sauver d'autres vies, et si on en a le courage. Toute autre levée de cette interdiction peut tout aussi bien être la réponse d'un pleutre incapable de se sacrifier mais qui se ferait fort d'exhaurter les autres à le faire. Et on peut dire la même chose des autres règles comme de ne pas torturer ; quelle certitude a-t-on que la personne soit coupable et qu'elle puisse nous donner des renseignements primordiaux ? Et si on se trompe et que cette personne est innocente ou qu'elle ne sait rien ?

 

Derrière une réflexion intéressante, je n'adhère ainsi absolument pas à leurs idées et à leurs arguments, que je trouve stériles. De même, selon les auteurs, ce qui différencient les 'normes' et les 'valeurs', c'est que les 'valeurs' peuvent être respectées de manière graduelle, et pas les 'normes'. Je pense que c'est également faux et que les 'normes' peuvent aussi être graduelles. Il nous est interdit de blesser quelqu'un, physiquement ou moralement, et pourtant même les meilleurs blesseront par des mots d'autres personnes. On refusera un caprice à un enfant même si cela lui fait de la peine pour lui apprendre la vie, pour qu'il grandisse.

 

D'une certaine façon, un argument qui invalide peut-être toutes leurs démonstrations est très simple : le concept de 'bien' sur lequel ils fondent toute leur théorie n'est d'une certaine manière rien d'autre qu'une norme ! Le bien (ou le juste) n'est qu'une vue de l'esprit, une norme sociale, et on aurait très bien pu imaginer exactement l'inverse. Autrement dit, la distinction entre le bien et le mal, entre ce qui est considéré comme juste ou injuste, n'est rien d'autre qu'une convention sociale ; elle appartient au domaine du normatif. Le cannibalisme est ainsi considéré comme une obligation dans certaines cultures (ennemis ou proches parents) et comme un acte de sauvagerie et de barbarie dans d'autres cultures  comme la nôtre. De sorte que les normes (ou les conventions sociales) justifient bien effectivement aussi les valeurs. Je ne crois avoir vu de réponses à cette argumentation dans leur livre (ils ne parlent que de la réduction des valeurs aux normes).

 

Enfin, derrière ces quelques questionnements sur les 'normes' et les 'valeurs', je retiendrais également de ce livre un autre problème fondamental sur ce que signifie le fait de faire le bien, ce que le conséquentialisme appelle «la promotion du bien». Doit-on toujours agir pour faire le maximum de bien autour de nous, ou simplement pour tenter de ne pas faire consciemment le mal ? Peut-on vivre tranquillement en sachant que certains meurent de faim dans le monde ou faut-il tout faire pour combattre la faim dans le monde ? Il se trouve évidemment que j'oublie totalement la misère qui nous entoure dans ma vie de tous les jours. Mais est-ce que je pense même simplement encore à faire le moins de mal possible ou bien est-ce que je ne vis pas simplement en ne pensant qu'à mon simple confort et mon seul plaisir ? En ce sens, ce dernier questionnement me parle en me faisant prendre conscience du fait que je m'éloigne peu à peu d'une bonne éthique de vie en prenant de l'âge. 

 

Réflexion trente-neuf (12 août 2012)
Valeurs, normes et morale

Je suis en train de lire un livre sur l'éthique intitulé «Les concepts de l'éthique» de Ruwen Ogien et Christine Tappolet, avec lequel je suis plutôt en désaccord, comme d'habitude. Je n'adhère pas en fait à leur méthode de démonstration, à leur façon de démontrer leurs affirmations.

Le questionnement de leur livre tourne autour du lien existant entre 'valeurs' et 'normes', et sur la possibilité de réduire l'une à l'autre ou inversement. Qu'entendent-ils par 'normes' et 'valeurs' ? Ce n'est selon moi pas très clair. Les 'normes' ou jugements normatifs sont constitués de tout ce qui a trait à l'obligatoire, au permis, à l'interdit. Les 'valeurs' ou jugements axiologiques correspondraient par opposition à tout ce qui est évaluatifs, c'est-à-dire appréciatifs ou dépréciatifs.

Pour ma part (ce qui peut expliquer ma prévention à l'égard des thèses développées dans ce livre), j'accorde plus d'importance aux normes impératives qu'aux simples jugements de valeur qui impliquent forcément leur égale importance ou inimportance. De sorte que l'on aurait tout aussi bien pu avoir une morale qui aurait pu élever au rang de paradigme fondateur le vol ou le meurtre si on se contentait des jugements de valeur des uns et des autres.

 

L'un des arguments, l'une des démonstrations des auteurs qui me posent problème est le suivant : «(...) étant donné que les faits naturels ne peuvent fonder ou justifier les normes, ce sont ou bien les normes ou bien les valeurs qui pourraient le faire. Si nous avons des raisons de penser que les normes ne le peuvent pas, il ne restera plus que la possibilité de faire porter le poids justificatif aux valeurs.» (page 109).

 

Cette argumentation sera réutilisée à d'autres reprises par les auteurs. Mais elle repose sur un présupposé non démontré par les auteurs, à savoir qu'il n'existe pas une autre justification (une quatrième) possible aux normes ! Ce qui ne me semble pas si évident ... Je pense aux préceptes bibliques comme fondements des normes, édictés directement par un Dieu. Mais on pourrait aussi sûrement imaginer d'autres fondements moins divins, plus humains, comme la génétique.

 

Normes, valeurs, vertu. Pour ma part, je crois que nos actions reposent sur un condensé de ces trois principes. On agirait ainsi en fonction de normes parfois, de valeurs personnelles d'autre fois, de devoirs/besoins de vertu enfin. Les normes se répartissent en de multiples niveaux, des plus impératives à celles qui n'ont qu'une simple valeur juridique. Mais dans le cadre de l'action, on se retrouve tous face à un choix moral : se conformer à ce que nous dictent les normes (il faut faire cela ou ne pas faire cela), nos valeurs (ce serait bien/mieux de faire cela ou pas cela) ou la vertu ... D'une certaine façon, cela semble assez proche, et d'une certaine manière, ce livre vient éclairer ces différences.


Saucratès


Mes précédents écrits sur la Morale
1.https://saucrates.blog4ever.com/blog/lire-article-447196-2002623-sur_la_morale_1.html
2.https://saucrates.blog4ever.com/blog/lire-article-447196-2002665-sur_la_morale_2.html
3.https://saucrates.blog4ever.com/blog/lire-article-447196-2002708-sur_la_morale_3.html
4.https://saucrates.blog4ever.com/blog/lire-article-447196-9385886-sur_la_morale_4.html


12/08/2012
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Sur la morale (4)

 

Réflexion trente-huit (23 août 2010)
La loi, le droit ...


Je n'aborderais pas cette réflexion du point de vue judiciaire, mais du point de vue humain. Dans notre vie de tous les jours, nous nous trouvons souvent confrontés aux droits des uns et des autres, et à ce que nous considérons comme étant notre droit. L'endroit le plus emblématique de ce concept de droit, l'endroit que j'ai déjà décrit, que je considère comme le plus fortement encradré par la loi, c'est la circulation automobile. Accessoirement, c'est aussi l'un des marqueurs du passage à la vie adulte, le droit (toujours le «droit») de conduire seul un véhicule automobile.

Prendre son véhicule automobile, s'insérer dans la circulation automobile au sortir de son domicile, c'est d'une certaine façon s'insérer après la nuit dans la société. Parfois, dans nos hivers si long, c'est un peu comme rejoindre la civilisation, la vie, après la solitude d'un réveil trop matinal. La conduite automobile est toute entière constituée de droits, de propriétés, et d'obligations de s'arrêter ou de laisser passer les autres. Mais plus largement, notre vie toute entière se trouve confrontée au principe des droits des uns et des autres et de leur télescopage avec nos propres droits.

Il y a deux possibilités de faire face à cet état de fait, au télescopage de nos droits avec ceux des autres, de nos droits et les devoirs des autres, des droits des autres et de nos devoirs : soit brandir nos droits comme un porte-étendard et attendre impatiemment, sans aucune tolérance vis-à-vis des autres qu'ils remplissent leurs devoirs, comme nous remplissons les nôtres vis-à-vis d'eux ... soit considérer à chaque fois comme non acquis que les autres respectent nos droits et par conséquent se réjouir à chaque fois que nos droits sont respectés par les autres, en considérant cela comme un cadeau ...

Cette dernière solution ferait de nous des sages, ce que je ne suis pas. Comme réagir face à quelqu'un qui ne respecterait pas notre droit ? Dans la première optique, l'absence de tolérance nous fera réagir par l'agressivité ou par la rage intériorisée et par voie de conséquence difficilement communicable ... On se trouve dans cette situation conduit à douter perpétuellement du respect par les autres de nos droits, en considérant l'accomplissement par les autres de leurs devoirs à notre égard comme un dû ... Mais ce cas n'est guère différent de la situation inverse qui repose sur le fait de considérer comme non acquis le respect de nos droits et comme un cadeau leur respect ... La seule chose qui compte et qui différencie ces deux optiques, c'est l'état d'esprit dans lequel on appréhende le respect de nos droits, comme un dû dont la réalisation nous insatisfait, mais le défaut de réalisation nous exaspère, ou comme un cadeau dont l'octroi nous réjouit et le défaut de réalisation ne nous émouvoit en aucune façon.

Une telle approche peut-elle s'appliquer à l'ensemble de notre vie ? Vraisemblablement, mais dans ce dernier cas, nous serions des sages, des êtres trop parfaits pour être humains ! Faut-il tendre vers une telle réalisation, vers une telle appréhension de la vie ? Une telle approche est-elle applicable ? Celui qui l'appliquerait dans sa vie de tous les jours serait-il un saint, un naïf ou un serait-il considéré comme un fou, comme un demeuré, comme un inadapté social ?

La réponse à cette question peut se chercher dans les situations de la vie où l'inverse, le fait de considérer comme un dû un certain nombre de choses, est synonyme de goujaterie. Imaginons ces personnes qui considère comme un dû de recevoir des présents pour leur anniversaire ou pour Noël et absolument pas comme un cadeau, comme une surprise agréable. Rappelons-nous cet épisode d'Harry Potter où Dudley, le fils de ses parents adoptifs, compte le nombre de ses cadeaux d'anniversaire, et fait une scène parce qu'il y en a un de moins que l'année précédente (36 au lieu de 37) ! Un cas extrême ? Mais qui ne penserait pas d'une personne qu'elle serait malpolie et mal élevée si elle considérait comme un dû que vous la laissiez passer dans une file, que vous ayez un mot gentil, une attention ... même si elle est de votre famille, une vieille tante par exemple ... Evidemment, aucun d'entre nous n'aimerait être oublié le jour de son anniversaire ou le jour de Noël. Quel pire évènement peut-il y avoir que l'on vous oublie un tel jour ? N'y a-t-il pas là le point le plus terrible d'être seul, voire d'être un sans-abri ?

Le concept même de droit nous fait ainsi perdre de vue que la sagesse serait de considérer comme un cadeau, comme un présent, le fait de voir les autres respecter nos droits et de ne pas les considérer ni comme acquis ni comme automatiques.

Mais en même temps, cela me fait une belle jambe pour gérer les cas extrêmement fréquents où telle ou telle personne violera mes droits, ma priorité !


Réflexion trente-sept (17 août 2010)
La morale selon Arthur Schopenhauer (suite)

Avais-je tort lorsque j'écrivais que toute la réflexion sur la morale de Schopenhauer reposait sur sa croyance dans le caractère violent et égoïste de l'homme et de la nature, en la rapprochant de la vision qu'en avait donné Rousseau ? Arthur Schopenhauer a cherché dans son livre «Le fondement de la morale» à expliquer la morale. Et il se trouve que l'explication qu'il lui trouve finalement, après avoir démonté les précédentes explications des autres philosophes (et tout particulièrement celle de Kant) corrobore l'opinion précédemment avancée par Jean-Jacques Rousseau. En ce sens je n'avais pas tort.
http://saucrates.blogs.nouvelobs.com/archive/2010/05/25/sur-la-morale-quatre.html

Là où mon affirmation peut interpeller par contre, c'est lorsque l'on découvre que le fondement trouvé par Schopenhauer à la morale est la «pitié», qu'il oppose à deux autres sentiments opposés, l'«égoïsme» (le fait de penser d'abord à soi quelque soit le tord causé aux autres) et la «méchanceté» (le fait de chercher à faire du mal aux autres quelque soit le tord que cela nous cause). Et surtout par le fait que selon lui ce sentiment de «pitié» est plus répandu que l'on ne pourrait penser. 

« Nous avons ramené à trois tous les principes qui font agir l'homme : égoïsme, méchanceté, pitié. Maintenant, s'ils se rencontrent en tout homme, c'est en des proportions incroyablement diverses et qui varient d'individu à individu. Selon les combinaisons, les motifs qui ont prise sur l'individu sont différents et les actes aussi par conséquent. Sur un caractère égoïste, les motifs égoïstes auront seuls prise : tout ce qui pousserait à la pitié ou à la méchanceté sera non avenu ; un tel homme ne sacrifiera pas plus ses intérêts pour tirer vengeance d'un ennemi que pour aider un ami. Cet autre, très ouvert aux pensées méchantes, bien souvent, pour nuire à autrui, n'hésitera pas à se faire le plus grand tort. Il y a de ces caractères qui se font une joie de songer qu'ils sont cause de la douleur d'autrui, au point d'oublier leur propre douleur, si vive qu'elle soit (...). En regard, plaçons la bonté d'âme : c'est un sentiment profond de pitié, étendu à tout l'univers, à tout ce qui a vie, mais surtout à l'homme ; car à mesure que l'intelligence s'élève, grandit aussi la capacité de souffrir (...). Ainsi la bonté d'abord nous retiendra de faire tort à personne en quoi que ce soit, puis même elle nous excitera à aller au secours de tout ce qui souffre autour de nous. Une fois dans cette voie, un coeur généreux peut y aller aussi loin que peut faire, dans le sens contraire, un méchant, et pousser jusqu'à ce rare excès de bonté, de prendre plus à coeur le mal d'autrui que le sien propre, et de faire pour y remédier tels sacrifices, dont il aura plus à souffrir que ne souffrait son obligé. Et s'il s'agit de venir en aide à plusieurs personnes, à un grand nombre, au besoin c'est sa personne qu'il sacrifiera. »
«Le fondement de la morale», Arthur Schopenhauer, pages 212-213


Etre moral selon Schopenhauer, c'est donc agir pour le bien des autres en éprouvant de la «pitié» à leur égard, en se mettant à leur place et en se sentant concerné par ce qui leur arrive, en ressentant que eux et soi-même, c'est la même chose, que ce qui les touche me touche aussi. Jean Jacques Rousseau aurait avancé (dans le deuxième discours) la même explication à la morale.

Trois caractères de base, «piti黫égoïsme» et «méchanceté», pour fonder l'étude de l'ensemble des actions des hommes, l'étude de la morale ... avec cette idée que l'homme «bon» selon Schopenhauer s'attend à recevoir des autres le même traitement qu'il leur accorde (pitié et bonté) tandis que l'homme «mauvais» (c'est-à-dire soit égoïste soit méchant) s'attend également le même genre de traitement des autres ... 

« (...) Le méchant, dans sa détresse, ne compte pas sur l'aide des autres ; s'il y fait appel, c'est sans confiance ; s'il l'obtient, il n'en ressent nulle reconnaissance : il ne peut guère voir qu'un effet de la folie d'autrui (...). Et de là vient tout ce qu'il y a de monstrueux dans l'ingratitude. Cet isolement moral, où se renferme par nature, et inévitablement, le méchant, l'expose à tomber souvent dans le désespoir. - L'homme bon, lui, met autant de confiance dans l'appel qu'il adresse aux autres, qu'il sent en lui de bonne volonté toujours prête à leur porter secours. C'est, nous l'avons dit, que pour l'un, l'humanité est un non-moi, et pour l'autre c'est encore moi. L'homme généreux, qui pardonne à son ennemi, et qui rend le bien pour le mal, voilà l'être sublime, digne des plus hautres louanges (...). »
«Le fondement de la morale», Arthur Schopenhauer, page 236


Conclusion dérangeante parce que personnellement, je n'attends rien de positif de mes semblables, et en aucun cas de la bonté et de la pitié, si ce n'est des quelques personnes que je considère comme mes amis mais dont je ne serais pas certain (et dont je n'attendrais pas) de pouvoir compter sur eux le jour où j'aurais des problèmes ... Chose que l'on ne peut attendre que de ses parents (mais pas des miens) et que je ne m'obligerais, que je ne m'engagerais à fournir qu'à mes seuls enfants et à ma femme.

D'où cette idée dérangeante de devoir considérer que je ne suis pas un homme «bon» selon Schopenhauer ni un homme «moral», mais un homme «mauvais». Moi qui me considérait jusqu'à présent comme obéissant à des règles morales relativement bien fondées et justes, comme un homme «moral» ! Dure et dérangeante découverte !

Selon Schopenhauer, en donnant une base impérative à la morale en fonction de principe de devoir, de loi morale, de rationalité, Kant avait construit sa réflexion morale sur les fondements de la religion judaïque ou catholique, dont la valeur n'était que celle des préceptes de cette religion.

Toutefois, il me reste une interrogation (au-delà de la validité de la réflexion de Schopenhauer pour laquelle l'opinion de philosophes - comme Connaissance - pourrait être enrichissante mais qui peut vraisemblablement être interrogée et discutée) : fonder la morale sur la «pitié» (le fait d'être capable de confondre l'autre et soi-même pour que ce qui touche l'autre donne l'impression de toucher soi-même) ne revient-il pas à devoir interroger le fondement même de la «pitié» ? La «pitié» peut-il être un élément de base indiscutable et ultime des comportements humains, qui ne nécessiterait aucune recherche sur son origine ou son fondement ?

Personnellement, malgré la beauté de la thèse de Schopenhauer, je reste attaché à une vision légaliste, chrétienne, judaïque de la morale, reposant sur une idée d'impératif kantien, sur une idée de devoir ! Peut-être parce que celle-ci est plus rassurante pour moi-même, pour mon moi, parce qu'il ne m'est pas nécessaire de changer de coeur !


 

Réflexion trente-six (9 août 2010)
La morale selon Arthur Schopenhauer

« Maintenant, je prie le lecteur d'y songer, la maxime de l'injustice, le règne de la force substitué à celui du droit, bien loin que l'on ne puisse même la concevoir, se trouve être en fait , en réalité, la loi même qui gouverne la nature, et cela non pas dans le seul règne animal, mais aussi parmi les hommes : chez les peuples civilisés, on a essayé, par l'organisation de la société, d'en arrêter les conséquences fâcheuses ; mais à la première occasion, en quelque lieu, en quelque temps qu'elle se présente, dès que l'obstacle est supprimé ou tourné, la loi de nature reprend ses droits. Au reste, elle continue à régner sur les relations de peuple à peuple (...) ».
«Le fondement de la morale», Arthur Schopenhauer, pages 94-95


C'est une idée qui semble habiter toute la pensée de Schopenhauer, et au minimum toute sa réflexion sur la morale,  cette croyance dans le caractère violent de l'homme et de la nature, violent et égoïste. Une croyance assez proche de celle de Hobbes et éloignée de celle de Rousseau. Il réussit accessoirement assez risible, assez triste le concept de morale chez Kant, où tout semble ravalé au niveau de la rationalité. Il écrit plus loin : 

« (...) Aussi quand, la puissance protectrice de l'Etat étant réduite à l'impuissance ou éludée, comme il arrive parfois, nous voyons se révéler les appétits insatiables, l'avarice sordide, la fausseté profondément dissimulée, la méchanceté perfide des hommes, souvent nous reculons, nous poussons les hauts cris, nous croyons voir surgir un monstre encore inconnu aux regards humains : et pourtant, sans le contrainte des lois, le besoin que l'on a de l'estime publique, toutes ces passions seraient à l'ordre du jour. »
«Le fondement de la morale», Arthur Schopenhauer, page 138


Ou encore : 

« (...) La morale serait donc une construction de fond en comble artificielle ; elle serait une invention destinée à mieux tenir en bride cette égoïste race des hommes ; et dès lors, sans l'appui que lui prêtent les religions positives, elle s'écroulerait, parce qu'il n'y a  ni foi pour l'animer ni fondement naturel pour la porter. La justice en effet et la police ne peuvent suffire à leur tâche : il est des fautes qu'il serait trop malaisé de découvrir, ou trop périlleux de punir (...) ».
«Le fondement de la morale», Arthur Schopenhauer, pages 128-129


Enfin, une dernière citation : 

« Aussi, après un peu de réflexion, la Raison imagine-t-elle bientôt d'instituer l'Etat : l'Etat, né de la craite mutuelle que les hommes s'inspirent par leurs forces respectives, prévient les effets désastreux de l'égoïsme général, autant du moins que peut le faire un pouvoir tout limitatif. Mais que les deux agents à lui opposés perdent leur efficacité, aussitôt l'égoïsme se montre, dans sa redoutable grandeur : et le phénomène n'est pas beau à voir ! ».
«Le fondement de la morale», Arthur Schopenhauer, page 144


Une vision particulièrement pessimiste de l'Etat comme la seule solution pour limiter la violence et l'usage de la force entre individus, avec cette idée que lorsque l'Etat vient à disparaître ou à perdre de sa puissance et de sa consistance, alors la société s'effondre immédiatement et l'usage de la force redevient la norme sociale. Accessoirement, cela correspond également à ma propre idée de l'humanité et de l'homme dans une situation de délitement de l'Etat en période de guerre. Comme Schopenhauer, j'avais également observé l'aberration qui veut que les relations internationales, de peuple à peuple comme il l'énonce, repose précisément sur la loi du plus fort, en dehors de toute morale et de toute société policée, solution qui est justement évitée au sein d'une société humaine.

Les relations humaines selon Schopenhauer reposent à part cela, au-delà de l'usage de la force, sur l'égoïsme des individus, préoccupés selon lui par leur seul, propre et unique intérêt personnel, sans aucune considération pour celui des autres. Ce qui le conduit à énoncer qu'une action morale est une action sans considération aucune de l'intérêt d'un individu, à l'opposé de la position de Kant telle qu'il l'énonce selon laquelle une action morale doit être une action absolument rationnelle, d'un absolu détachement.

Il doit être observé que ces deux présupposés de Kant et de Schopenhauer, la rationalité des individus et leur égoïsme, sont les pierres angulaires du libéralisme économique et plus largement même de la science économique : des agents économiques parfaitement rationnels et une main invisible du marché qui permet de transformer la somme des égoïsmes des agents économiques (la poursuite de leur propre intérêt) en le bien de la société toute entière.

Amusant de penser que ce qui est néfaste pour la société, la somme des égoïsmes crus des individus, qui nécessitent pour être limités, à la fois l'influence des religions qui imposent une certaine forme de retenue, une certaine forme de partage, une certaine forme de piété, et à la fois l'invention de la morale, version civile et civique de la piété religieuse (ce qui n'est pas l'idée de Schopenhauer qui cherche à fonder la morale sur une base absolument sûre et indépendante de la morale et de l'ancien testament) ... est considérée comme bénéfique pour l'économie, voire même comme le meilleur système économique envisageable, donnant les meilleurs résultats, le plus haut niveau de satisfaction individuelle (ce que l'italien Paréto dénommait l'optimum maximorom) envisageable et le plus haut niveau de croissance économique !

Amusant ou terrifiant d'imaginer que ces deux fondements sur lesquels repose la science économique soient forcément aussi faux qu'ils le sont pour la morale et les relations interindividuelles au sein d'une société humaine. Comment un fondement comme l'égoïsme peut-il être une tarre en matière de relation sociale et nécessiter d'être corrigé par la morale et la religion, et être tout à fait normal et parfait en matière de relation économique entre individus, et ne pas nécessiter de corrections dans la même société ?


Réflexion trente-cinq (2 août 2010)
Du concept de conscience morale

Je n’avais jamais encore utilisé le terme de conscience dans mes précédents écrits, même si le concept n’était pas très éloigné de l’état de mes réflexions sur la morale.

J’ai trouvé un intérêt à cette notion de conscience dans un petit opuscule écrit par Hannah Arendt intitulé «Considérations morales». Elle y faisait référence à la conscience d’une manière qui m’a fasciné (les phrases soulignées sont de mon fait). 

« Est-ce que notre aptitude à juger, à distinguer le bien du mal, le beau du laid, est dépendante de notre faculté de penser ? Est-ce que l’inaptitude à penser et le désastreux manque de ce que nous nommons conscience coïncident ? La question qui s’imposait était : l’activité de penser en elle-même, l’habitude de tout examiner et de réfléchir à tout ce qui arrive, sans égard au contenu spécifique et sans souci des conséquences, cette activité peut-elle être de nature telle qu’elle conditionne les hommes à ne pas faire le mal ? (Le mot même de con-science, de toutes les façons, semble bien l’indiquer, dans la mesure où il signifie connaître avec et par soi ; un type de connaissance qui est actualisée par toute activité de pensée). Enfin, l’urgence de ses questions n’est-elle pas renforcée par le fait bien connu, et plutôt inquiétant, que seules les bonnes gens sont dérangés par une mauvaise conscience, tandis que c’est tout à fait rare chez les vrais criminels. »
«Considérations morales», Hannah Arendt


Je me suis senti concerné par ce qu’elle écrivait, par son idée de « l’habitude de tout examiner et de réfléchir à tout ce qui arrive » car c’est mon sentiment sur mes schémas de pensée, et parce que j’ignore si tout le monde se trouve dans la même situation que moi, si tous les individus ont la même habitude que moi de réfléchir en permanence sur tout ce qu’ils font, de tout ce qu’ils pourraient faire, de tout qu’ils voudraient faire.

Tout le monde pense-t-il autant que moi ? Et pense-je autant que je le croie et que je le dis ? Certes il est vraisemblable que c'est faux. Puisque Hannah Arendt mentionne aussi que penser c’est cesser d’agir. « Car la principale caractéristique de la pensée est d’interrompre toute action, toute activité normale, quelle qu’elle soit. (…) Parce qu’il est vrai qu’au moment même où nous commençons de penser un sujet, quel qu’il soit, nous arrêtons toute activité, et, inversement, une quelconque activité interrompt le processus de pensée ». En effet, dans le cas contraire, je n’agirais plus, et je n’aurais plus non plus de raison de penser.  

« Le besoin de penser ne peut être satisfait que par la pensée, et les pensées que j’ai eu hier ne peuvent satisfaire aujourd’hui ce besoin que dans la mesure où je peux les penser à nouveau ».
«Considérations morales», Hannah Arendt


Voilà les quelques réflexions nées de la lecture de cet opuscule d’Hannah Arendt. Mais j’ai retrouvé le même sujet de réflexions dans la poursuite de mes lectures sous la plume d’Arthur Schopenhauer (dans «Le fondement de la morale») où il paraphrasait Kant, en fait pour le contredire.

Et j’ai découvert ainsi que la «conscience» est un sujet central en philosophie.  Pour Alain, il n’y a donc pas de morale sans délibération, ni de délibération sans conscience. Souvent la morale condamne, mais lorsqu’elle approuve, c’est encore au terme d’un examen de conscience, d’un retour sur soi de la conscience.

Si pour Rousseau « les actes de la conscience ne sont pas des jugements, mais des sentiments », il n’en sera plus ainsi pour Kant, qui considérera au contraire la conscience morale comme l’expression de la raison pratique − et encore moins pour Bergson, qui verra en elle le produit d’un conditionnement social. Quant à Nietzsche, je rejoins aussi son analyse. 

« Car, je le répète, l'homme comme tout être vivant pense sans cesse, mais ne le sait pas ; la pensée qui devient consciente n'en est que la plus petite partie, disons : la partie la plus médiocre et la plus superficielle ; car c'est cette pensée consciente seulement qui s'effectue en paroles, c'est-à-dire en signes de- communication par quoi l'origine même de la conscience se révèle. En un mot, le développement du langage et le développement de la conscience (non de la raison, mais seulement de la raison qui devient consciente d'elle même) se donnent la main. Il faut ajouter encore que ce n'est pas seulement le langage qui sert d'intermédiaire entre les hommes, mais encore le regard, la pression, le geste ; la conscience des impressions de nos propres sens, la faculté de pouvoir les fixer et de les déterminer, en quelque sorte en dehors de nous-mêmes, ont augmenté dans la mesure où grandissait la nécessité de les communiquer à d'autres par des signes. L'homme inventeur de signes est en même temps l'homme qui prend conscience de lui-même d'une façon toujours plus aiguë ; ce n'est que comme animal social que l'homme apprend à devenir conscient de lui-même, il le fait encore, il le fait toujours davantage. Mon idée est, on le voit, que la conscience ne fait pas proprement partie de l'existence individuelle de l'homme, mais plutôt de ce qui appartient chez lui à la nature de la communauté et du troupeau ; que, par conséquent, la conscience n'est développée d'une façon subtile que par rapport à son utilité pour la communauté et le troupeau, donc que chacun de nous, malgré son désir de se comprendre soi-même aussi individuellement que possible, malgré son désir « de se connaître soi-même », ne prendra toujours conscience que de ce qu'il y a de non-individuel chez lui, de ce qui est « moyen » en lui, que notre pensée elle-même est sans cesse en quelque sorte écrasée par le caractère propre de la conscience, par le « génie de l'espèce » qui la commande et retraduite dans la perspective du troupeau. Tous nos actes sont au fond incomparablement personnels, uniques, immensément individuels, il n'y a à la aucun doute ; mais dès que nous les transcrivons dans la conscience, il ne parait plus qu'il en soit ainsi... Ceci est le véritable phénoménalisme, le véritable perspectivisme tel que moi je l'entends : la nature de la conscience animale veut que le monde dont nous pouvons avoir conscience ne soit qu'un monde de surface et de signes, un monde généralisé et vulgarisé, que tout ce qui devient conscient devient par là plat, mince, relativement bête, devient généralisation, signe, marque du troupeau, que, dès que l'on prend conscience, il se produit une grande corruption foncière, une falsification, un aplatissement, une vulgarisation. En fin de compte, l'accroissement de la conscience est un danger et celui qui vit parmi les Européens les plus conscients sait même que c'est là une maladie. »
«Le gai savoir», Freidrich Nietzsche


Citation dans laquelle je suis presque sûr que mon ami Connaissance se retrouvera, lui et son concept de morale de troupeau ... Quel rapport entre Connaissance et Nietzsche ?

Pour finir, je conclurais par cette pensée de Hannah Arendt sur l’incapacité de penser et sur le mal, central dans cet opuscule dans sa réflexion sur Eichman à Jérusalem :

« (...) L’incapacité de penser n’est pas la prérogative de tous ceux qui manquent d’intelligence, elle est cette possibilité toujours présente qui guette chacun- les scientifiques, les érudit et autres spécialistes de l’équipée mentale – et empêche le rapport à soi-même, dont la possibilité et l’importance furent découvertes par Socrate. Il n’était pas question ici de la méchanceté, dont la religion et la littérature ont tenté de s’accommoder ; ce ne sont pas le péché et les grandes canailles, les héros négatifs de la littérature, agissant par envie et ressentiment, qui nous intéressent, mais c’est le mal, Monsieur-tout-le-monde, qui n’est pas méchant ni motivé, et qui, pour cette raison, est capable de mal infini – lui qui, contrairement au méchant, n’est jamais confronté au sinistre nocture ».
«Considérations morales», Hannah Arendt



Réflexion trente-quatre (31 mai 2010)
Quelques autres réflexions décousues ...

« (...) L'individu se trouve ainsi déchiré. D'un côté, il appartient à sa communauté, et il sait que la vie humaine n'est possible qu'à l'intérieur d'une communauté. C'est elle qui fournit ce qui lui est nécessaire, non seulement pour son existence biologique, mais encore pour sa vie morale et intellectuelle ; en dehors de toute communauté, il lui serait, à la rigueur, possible de survivre, non de vivre en homme : même la pire des communautés donne à l'individu la possibilité (...) du discours, de l'éducation, de la conscience de soi - et où il n'existe rien, rien ne peut être amendé. »
«Philosophie morale», Eric Weil, page 32


L'individu en société peut-il refuser la morale, les règles de sa (ou d'une) société ? On peut imaginer qu'une personne en désaccord rentre en guerre contre la société (malfrats, terroristes ...). En ont-ils le droit ?

Dans le cas des mouvances rattachées à l'organisation Al Qaida, en vertu  de quel droit une nation va-t-elle les combattre si eux refusent la morale de la société où ils vivent ?

Du droit de vivre à l'écart, hors de notre société, à l'abri de son influence néfaste.

Cas particulier des grands mouvements de contestation sociale, comme en mai 1968 en France, ou il y a quelques années en Argentine, ou aujourd'hui en Thailande ou en Grèce ... une large fraction de la population, d'un peuple presque entier, qui conteste l'évolution de la société dans laquelle ils vivent, évolution qui parfois, comme en Argentine, peut être imposée de l'extérieur (ou considérée comme ...), par les financiers mondiaux et le FMI ... Contestation de la morale qui n'est jamais prise pour ce qu'elle est, mais plutôt uniquement pour le fait de marginaux et de casseurs ...

Un jour vient où cette contestation se calme, matée par l'armée ou par la lassitude ... et où tout redevient comme avant ... Cas de la France après mai 1968, de l'Argentine ... Cette morale contestée apparemment par tant de gens est maintenue pratiquement inchangée. Pire, les leaders de cette contestation se trouve aspirés par le système qu'ils contestaient, pour en devenir des pièces du rouage ... l'exemple de mai 1968, pourtant emblématique d'une contestation du système, et non pas une simple aspiration démocratique comme en Ukraine ou en Thailande, en offre une démonstration parfaite. Que voulez-vous donc installer à la place du libéralisme, si ce n'est plus de libéralisme.

Mais parfois, cette contestation de la morale de la société va si loin chez certains, qu'elle devient contestation de toutes les règles, de tous les pouvoirs, et donc de la vie en société, en communauté.

C'est le danger de la contestation, qu'elle s'étende jusqu'à l'humanité de l'homme, à son aptitude à vivre en communauté. Chaque révolution a toujours connu ce risque, d'être débordée par ceux qui refusent les règles, et donc la vie en société. N'était-ce pas cela la Révolution française, une contestation de la morale de l'Ancien régime, qui ne s'est calmée que dans le sang des guillotinés ... une barbarie sans nom causée par un peuple révolté et des jusqu'aux-boutistes asdsoifés de sang et d'idéal ... « (...) c'est là enfin qu'il finit par constater que la révolte contre la morale existante peut cacher celle contre la communauté en tant que telle et, en ce sens, contre l'humanité de l'homme. »

Cela se voit dans les révolutions sociales comme mai 1968 ou celle des bolcheviks en 1917 ... Cela se retrouve aussi dans les simples grèves du travail dans des entreprises ... Comment se remettre à travailler ensuite avec les mêmes personnes que l'on a affrontées des semaines durant et qui représentaient alors «l'ennemi» ? Comment rétablir un contrat social, dans une société humaine ou dans une entreprise, après de tels évènements, après de tels affrontements ?


Réflexion trente-trois (27 mai 2010)
Sur la morale au regard de l'homme ...

« (...) L'homme en tant qu'être moral, c'est-à-dire, humain au sens strict, se trouve toujours pourvu de règles : bien plus, il est incapable de s'imaginer dans un état sans règles : au-delà des règles, il ne rencontre plus que l'animal à forme plus ou moins humaine.

(...) Seul l'homme suit des règles, parce que seul l'homme peut ne pas les suivre, et en fait, assez souvent ne les suit pas. C'est en tant qu'être violent qu'il est moral, en tant que transgresseur qu'il a conscience qu'il a conscience des règles. 
»
«Philosophie morale», Eric Weil, page 21


J'ai interrogé ce matin mon fils de douze ans sur ce qu'il entendait par le terme de 'morale'. Je ne lui ai pas demandé s'il avait conscience d'être un être moral. Dans ses réponses, il a mélangé hardiment le concept de règles, d'éducation et de morale de fable. La morale regroupait selon lui les règles et les conseils de jeu dans les sports qu'il pratique (ce qu'il faut faire et comment il faut le faire), les remontrances que ses parents (dont je fais partie) lui font régulièrement, les leçons que ses enseignants au collège lui assènent de tant à autre, et enfin ce qu'il faut retenir des histoires dans les livres (la morale de cette histoire est ...). 

Nous avons l'habitude de nous enserrer, nous, nos proches, par le fait de la société, dès notre plus jeune âge, dans un réseau de règles. Intéressant de penser que le concept de loi ne provient que du fait fondateur d'une violation initiale des règles. Ce n'est que parce que l'homme peut ne pas suivre une règle qu'il s'agit d'une règle, que parce qu'il y a transgression qu'il y a reconnaissance des règles.

Je continuerais évidemment cette discussion sur la morale avec mon fils. Accessoirement, il n'a pas fait la liaison avec la religion catholique et le discours qui lui est tenu au catéchisme. Il se limite pour l'instant au système de règles qui lui est imposé, dans lequel on lui fait rentrer de force, dans cette morale qu'on lui inculque. Parlerait-il de la possibilité de transgression qu'il ne se référerait encore qu'à la peur de notre jugement, pas de son propre jugement, sans avoir conscience de l'existence de règles qu'il s'impose lui-même. Il semble ne pas en être encore arrivé à ce point, où il reconnaitrait comme règles propres les règles qu'on lui impose.

Peut-être est-ce un mal et une erreur d'imposer de cette manière des règles à un être humain, même si c'est vraisemblablement la manière dont toute forme de règle a toujours été imposée aux êtres humains !

Comme l'écrivait Eric Weil :

« (...) Ce bien auquel ils soumettent leurs désirs est en effet un bien, le bien des maîtres, des prêtres et des rois, des hommes forts et intelligents, de ceux qui, en pleine conscience de leurs propres aspirations, ont inventé la morale, mais n'y croient pas et n'y ont jamais cru. Les morales dressent des êtres qui se veulent moraux au service de ceux qui se savent a-moraux (...) »
«Philosophie morale», Eric Weil, page 26


En enseignant la morale à mon fils, je le prédestine peut-être à être au service de ceux qui ne la respecteront pas ? Cela rejoint également ma réflexion sur la démocratie et sur la nécessité d'une philosophie qui vienne de nouveau contester les règles de la Cité. Si cette réflexion était pourvue de sens, cela signifierait que la démocratie n'est qu'un concept destiné aux foules pour les occuper au bénéfice de ceux qui nous dirigent.


Réflexion trente-deux (26 mai 2010)
Nouvelles lectures autour du concept de morale ...

« (...) La philosophie surgit quand les hommes en sentent le besoin, besoin né de l'ébranlement de la morale jusqu'alors régnante ; c'est poussé par l'inquiétude que l'homme se met en route vers la philosophie. Et c'est là l'origine de la philosophie, l'origine même de la question s'il faut philosopher et pourquoi. »
«Philosophie morale», Eric Weil, page 12


La réflexion morale me semble inséparable de l'existence humaine. Elle traverse le plus souvent mes actions ; il m'est impossible la plupart du temps de ne pas m'interroger sur les conséquences de mes actes, de mes actions, de mes inactions, de mes dires, voire de mes haines, sur les autres et sur le regard que je peux porter (moi-même ou un autre, éventuellement Dieu) sur mon existence et sur ma vie. Je ne suppose pas qu'il en va de même pour tous mes concitoyens, mais je ne désespère pas du fait qu'une réflexion morale occupe peut-être parfois leurs pensées.

Dans cette idée, je m'étais souvent demandé comment l'existence de cette réflexion philosophique avait-elle pu naître au cours du premier millénaire avant notre ère en Grèce, ou comment pouvaient faire les hommes antérieurement à cette découverte ? La philosophie existait-elle antérieurement à sa popularisation par les philosophes grecs ? Les hommes des civilisations précédentes, en Egypte antique ou en Mésopotamie, avaient-ils les mêmes réflexions, les mêmes interrogations sur le sens de la vie, du bonheur ? La réflexion philosophique existait-elle d'ailleurs dans les civilisations beaucoup plus récentes mais confinées dans des zones géographiques confinées, en Amazonie ou en Papouasie-Nouvelle-Guinée ?

Ou bien ces hommes vivaient-ils sans s'interroger aucunement sur leurs actions et sur les motifs de leurs actions ?

Mais le questionnement est peut-être autre. Existe-t-il une différence substantielle entre la réflexion philosophique sur la morale et une réflexion religieuse ? Car après tout, s'interroger sur ses actions, n'est-ce pas à la fois une réflexion philosophique mais également une réflexion religieuse. Et on sait que dès le paléolithique, dès les hommes de Néanderthal, il existait une conscience religieuse de l'univers. On peut penser que dès que l'homme vécut en communauté, il eut une pensée religieuse.

Selon Eric Weil, la philosophie surgit à partir du moment où la morale régnante est ébranlée, est interrogée. Ce qui fait que, selon Weil, le philosophe est un traitre à sa communauté du fait qu'il remet en cause la morale régnante au sein de sa communauté. Ainsi l'exemple de Socrate condamné à boire la cigüe, ce qu'il s'oblige à faire pour ne pas trahir cette communauté qu'il questionnait à travers sa philosophie. Avant la réflexion philosophique sur la morale, il y a ainsi l'obéissance absolue et aveugle aux règles de la communauté et aux règles religieuses édictées par (ou en référence à) des divinités ... et parfois il y a la désobéissance pour ceux qui profanent les règles de leur communauté ...

L'un des problèmes posés par la mort de Socrate, c'est bien de savoir jusqu'à quelle limite peut-on et doit-on agir et vivre conformément à ses valeurs, quelles que puisse en être les conséquences pour soi et pour les autres ? Quelle distinction entre morale et religion ? Selon Weil, le questionnement philosophique serait né de la confrontation de morales différentes, je dirais de religions différentes ... La morale et la religion essaient toutes deux de définir les notions de bien et de mal, d'actions bonnes ou mauvaises ; la religion en se basant sur des règles divines édictées à la création du monde, ou lors d'une révélation ; la philosophie en se basant sur l'interrogation de concepts abstraits ...

D'où, de la mise en questionnement de règles divines, l'accusation de traîtrise qui peut viser la personne s'intitulant 'philosophe' ou 'libre penseur' ... La seule excuse à cette traîtrise ne devant pouvoir provenir que d'une perversion des règles morales appliquées dans la communauté de cette personne ... Les valeurs défendues dans la communauté ne pouvant plus paraître valables en regard d'autres règles morales observées ailleurs, ou bien les puissants de la communauté les ayant détourné à leur intention ou leur usage personnel ...

La ressemblance avec notre situation actuelle apparaît alors plus évidente qu'il n'y paraît. Les règles morales édictées au sein de nos communautés par quelques instances suprêmes, supérieures et intemporelles, ne sont plus seulement issues des religions 'révélées' comme le christianisme, l'islam, le boudhisme ou la religion juive ... Il s'agit désormais également de la démocratie, dont l'origine remonte désormais à des évènements fondateurs anciens et idéalisés (la révolution française en France, les pères fondateurs aux Etats-Unis ...). Pourtant, en regardant le fonctionnement de nos sociétés modernes, on ne peut nier la perversion actuelle de leur fonctionnement (l'exemple français s'impose plus naturellement à mes yeux) avec une confiscation du pouvoir par une élite formée dans quelques écoles et s'autoreproduisant à l'identique ...

Le philosophe qui remettrait en cause son fonctionnement risquerait là-aussi de passer pour un traitre à sa communauté, malgré l'échec patent désormais de l'idée même de démocratie ... rejouant en cela l'histoire et la fin de Socrate ... Le retour de la philosophie dans la Cité ?

Réflexion trente-et-une (23 avril 2010)
La pédophilie, le métier de journaliste et le blog de Mazarine Pingeot ...

En lisant il y a quelques temps le blog de Mazarine Pingeot, j'avais aimé son article traitant des rapports entre la morale et l'action ou le politique, appliqués au métier du journalisme. Elle y traitait assez obscurément d'une émission télévisée sur les pédophiles, sur la possibilité pour un journaliste de dénoncer les personnes qu'il y a interviewé, et je ne sais pas trop au fond qu'elle était sa position sur la question, au final de son article (je rejoins en cela Connaissance) ... Mais cela est peut-être plus important sur un sujet aussi important que la pédophilie ... Moins sur d'autres sujets moins sensibles ... Elle y exprimait notamment quelques positions assez intéressantes sur la morale.

«La morale kantienne a cet avantage qu'elle permet d'éluder la question du critère, au profit de l'universalité de la morale, car si la morale n'est pas universelle, alors elle n'est pas : si chacun se revendique d'une morale qui lui est propre, il ne s'agit plus de morale, mais d'un point de vue, d'une opinion, c'est mon bien contre le tien, on tombe dans le relativisme vertigineux des valeurs.»

Hier, en regardant cette émission, un reportage des Infiltrés sur France 2, je me suis rappelé de son article d'il y a deux semaines, et le sujet ne m'a plus paru aussi lointain, irréel, contestable. Contrairement à ce qu'elle pouvait écrire (ou ce que j'en ai compris), il ne s'agissait pas d'une chasse au pédophile, mais d'une émission faisant froid dans le dos où l'on découvre (ou voit) un monde extrêmement glauque de prédateurs abusant d'enfants. Et le débat sur le monstre revient aussi tôt. Ces hommes sont-ils encore des hommes ? Je me suis senti particulièrement mal à l'aise devant ces reportages, et il me semblait même que la prison ne pouvait suffire dans leur cas ... Je comprends les parents d'enfants violentés qui pourraient être tentés de faire justice eux-mêmes sur ces pédophiles et de manière définitive. Je comprends même les véléités présidentielles de leur appliquer la castration médicamenteuse (ou physique ?) ...
http://www.jeanmarcmorandini.com/article-38025-les-infiltres-pedophilie-un-elu-des-yvelines-sera-juge.html
http://www.programme-tv.net/programme/culture-infos/r14107-les-infiltres/2081638-pedophilie-les-predateurs/

On ne ressort pas indemne d'une telle émission. La dénonciation par les journalistes (de l'agence Capa) était la seule supportable après cette émission, car le malaise vient du fait que ces pédophiles puissent donner libre cours à leurs pulsions, que la police soit incapable de les attraper, mais que cela semble malgré tout aussi simple à des journalistes de les approcher et de les rencontrer (mais plusieurs mois d'infiltration).

Le propre de la télévision est malgré tout de nous informer de ce qui se passe à l'autre bout du monde ou aux marges de notre monde. C'est aussi un moyen de mettre en garde nos enfants des dangers qui les guettent ... Et cette réalité fait froid dans le dos : 750.000 prédateurs pédophiles seraient en permanence connectés sur internet dans le monde ... Mais ce n'est pas l'émission qui fait peur ou qui participe à un climat de peur ! C'est la réalité de ces chiffres qui fait peur, la réalité de cette dépravation, de cette monstruosité qui guette nos enfants tapie dans l'ombre d'internet !

Il n'y a parfois pas place pour la morale, mais uniquement pour ce que nous dicte notre conduite, et je ne suis même pas certain que ces pédophiles, surtout ceux qui se décident à passer à l'acte, méritent encore l'appelation d'humain, ou non pas de monstre ... Même si, au fond,  y a-t-il une si grande différence entre la pornographie pédophile et la pornographie tout cours, puisque les deux donnent lieu à des traffics (d'enfants ou de femmes) et à des formes d'esclavagisme, dans lesquelles les enfants comme les femmes ne sont ni consentantes ni ont leur libre-arbitre ?



Saucratès


Mes précédents écrits sur la Morale
1.https://saucrates.blog4ever.com/blog/lire-article-447196-2002623-sur_la_morale__1_.html

2.https://saucrates.blog4ever.com/blog/lire-article-447196-2002665-sur_la_morale__2_.html

3.https://saucrates.blog4ever.com/blog/lire-article-447196-2002708-sur_la_morale__3_.html


24/06/2012
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