Critiques de notre temps

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De l’évolution des sociétés - L’homme préhistorique

De l’évolution des sociétés - L’homme préhistorique

 

… Suite de mes réflexions sur l’origine de l‘État, sur l’origine de l’organisation sociale étatique, sur l’origine du pouvoir, sur l’origine de cette violence légitime qui constitue l’Etat …

 

Par Saucratès 

 

Istanbul, samedi 6 août 2022

 

Je vais en revenir à l’origine de toute chose, l’organisation des groupes d’hommes préhistoriques tels qu’ils existèrent et vécurent sur Terre pendant les millions d’années qui nous séparent de nos ancêtres hominidés. Y verrons-nous clair un jour dans cette préhistoire ? Chacun en tout cas a sa propre légende sur cette période de la préhistoire. 

 

A) Francois-Michel Maugis nous raconte ainsi une fable sur des hominidés découvrant les bienfaits de la pomme-en-l’air et apprenant à la jeter dans des incendies pour la faire cuire, expliquant par cette pomme-en-l’air le développement des capacités cognitives et intellectuelles des hominidés pour donner l’homme. De la sorte, le Titan Prométhée n’aurait pas défié Zeus en nous donnant le feu mais en nous donnant la pomme-en-l’air !

https://www.tela-botanica.org/2010/01/article3472/

 

B) M. Emmanuel Guy, historien de l’art paléolithique, docteur en préhistoire, avait une thèse encore plus farfelue. Selon son analyse, dans la lointaine préhistoire, à l’époque des habitants des grottes de Lascaux, de Chauvet, de Niaux, de Las Monedas, les hommes préhistoriques du Magdalénien avaient déjà découvert la sédentarisation grâce à «une économie de pêche avec stockage à grande échelle», comme les tribus amérindiennes de la côte Nord-est des Etats-Unis. Thèse encore plus farfelue ; M. Emmanuel Guy imaginait aussi l’existence d’universités en art paléothique pour expliquer la survivance sur plusieurs dizaines de milliers d’années de techniques de dessin paléothique et leur diffusion sur l’ensemble de l’Europe continentale et jusqu’en Afrique saharienne ! Il ne voyait aucune autre explication à cette généralisation et à cette perpétuation de l’art paléolithique que l’existence d’une université dans l’une ou l’autre de ses grottes.

https://www.hominidés.com/livres-et-medias/ce-que-lart-prehistorique-dit-de-nos-origines/

https://saucrates.blog4ever.com/recension-du-livre-ce-que-l-art-prehistorique-dit-de-nos-origines-d-emmanuel-guy

 

Il existe une autre éventualité. Que l’ensemble des mythes et légendes de l’ensemble des peuples et des religions humaines contiennent une parcelle de vérité, et que l’origine de l’homme ne remonte pas à des millions d’années, mais que l’histoire de sa création ressemble à ce que disent ces divers mythes et légendes. Pratiquement tous les peuples de notre planète, toutes les religions de notre planète, possèdent des mythes et légendes sur la création du monde et sur l’apparition des hommes. A les entendre, tous ces peuples, toutes ces religions, la Création de l’homme ne remonterait pas à des temps immémoriaux, à des millions d’années. En effet, le souvenir d’aucun mythe, d’aucune légende humaine ne peut résister sur des millions d’années, ne peut se référer à des faits, à des événements survenus il y a des millions d’années. «La fonction maîtresse du mythe est de fixer les modèles exemplaires de tous les rites et toutes les activites humaines significatives : aussi bien l’alimentation ou le mariage, que le travail, l’éducation, l’art ou la sagesse.» (Mircea Eliade)

 

Tous les peuples peuvent-ils avoir inventé pratiquement la même histoire ? Après tout, pratiquement tous les peuples et toutes les religions gardent le souvenir d’un déluge, d’un tsunami, qui a failli détruire/emporter l’humanité, et certains chercheurs estiment probables que la rupture d’un glacier, d’un lac gigantesque à l’époque de la fin de la dernière glaciation a pu causer un gigantesque raz de marée et aurait pu profondément marquer les peuples qui auraient assisté à ce cataclysme et serait à l’origine des mythes de la majeure partie des peuples et des religions actuels. Cet evenement dit-il lieu dans la Turquie actuelle, aux alentours de la mer noire. A-t-il eu lieu en Amérique du Nord, au niveau des grands lacs canadiens ?

 

Écartons d’abord les légendes et religions que nous connaissons bien, que ce soit les religions chrétiennes, judaïque ou musulmane, ou enfin zoroastrienne, qui remontent toutes plus ou moins à un vieux fond religieux trouvant son origine dans le passé de Sumer et de Babylone. Elles mentionnent évidemment la création d’Adam par Dieu et d’Eve à partir d’une côte d’Adam, ainsi que du déluge dont Noé fut averti. 

Ainsi, à Akkad, c’est le dieu Mardouk qui crée les hommes. «Kingou personnifie les forces de destruction et son intronisation par Tiamat, comparable en tout point à l’intronisation de Mardouk, le prédestinait au rôle de bouc émissaire. Il comparaît alors devant Ea qui lui tranche les veines et de son sang, crée l’homme. L’homme n’est donc pas, à sa naissance, un être innocent et pur. Dans ses veines coulent sans doute, le sang d’un dieu, mais d’un dieu coupable et condamné. C’est un sang vicié qui charrie le péché et la mort.» (cf. «Sources orientales - Tome 1 - La naissance du monde»)

 

Chez les turcs et les mongols, «dans une caverne des confins de la Chine, les eaux inondent une grotte et y entraînent de la glaise qui emplit une fosse de forme humaine. Sous l’effet de la chaleur solaire, le moulage prend vie. L’opération se répète une deuxième fois, mais, la cuisson étant incomplète, l’être formé n’est plus mâle, mais femelle. Un couple peut dès lors s’unir.» (récit du quatorzième siècle rapporté par l’Egyptien d’origine Kiptchak Abu Berkeley b.’Abd Allah)

 

Selon le bouddhisme siamois, «Comme les hommes se relâchent et oublient les mérites et la loi, la terre parfumée dont tous les hommes se nourrissaient disparaît alors dans les profondeurs et des monticules de terre, semblables à des champignons qui percent, surgissent puis s’enfoncent dans le sol ; alors croît une liane nommée Ph’at’th’alada semblable à l’Ipomea Aquatica et extrêmement savoureuse. Tous les hommes font alors de cette liane leur nourriture quotidienne. Au bout d’un certain temps, les hommes négligent complètement les mérites et la loi. Cette liane Ph’at’th’alada se résorbe et disparaît. Il pousse un riz nommé ‘riz primitif’ dépourvu de balle qui, sans qu’il y ait besoin de le piler, devient blanc spontanément… Lorsqu’ils ont mangé de ce riz, à partir de ce moment-là, le désir sexuel surgit parmi tous les êtres, et ils savent ce qui est juste et ce qui est mal. Quiconque éprouve ce désir sexuel d’une façon intense devient femme, quiconque éprouve un désir sexuel normal est homme. Tel est le processus de la formation du sexe mâle et femelle…»

 

Au Laos, «Malgré trois avertissements, les hommes désobéirent. Les thên alors provoquèrent une inondation qui submergea le monde d’en bas et détruisit tout ; le sable vola jusqu’au ciel, tous les hommes disparurent. Pu Lang S’oeung, Khun K’et et Khun K’an comprirent que les thên étaient furieux à leur égard. Ils construisirent un radeau à l’aide de perches sur lequel ils élevèrent une maison en bois, un toit. Sur ce radeau, ils firent monter leurs femmes et leurs enfants, et l’eau les entraina vers le haut, vers le royaume céleste, là-bas. Ils allèrent rendre hommage au roi des thên… Peu de temps après, une liane surgit des naseaux du buffle crevé. Quand elle se fut développée, elle donna naissance à trois fruits qui étaient gros comme ces paniers où l’on dépose le riz des semences. Quand les courges furent mûres, les hommes naquirent en leur sein, telle la Nang Asangno qui naquit dans le calice d’un lotus et fut élevé par un ermite. Tous ces hommes se mirent à pousser des cris stridents à l’intérieur des courges. À ce moment, Pu Lang S’oeung fit rougir un foret à l’idée duquel il perça les cucurbitacées. Par le trou ainsi foré, des hommes sortirent en se bousculant. Comme, par cette ouverture, serrés les uns contre les autres, ils s’échappaient avec peine, Khun K’an, avec un ciseau, perça un second trou grand et large par où, durant trois jours et trois nuits, un flot humain s’écoula.»

 

En Chine, «Dans les mythes déluge ou de l’inondation qui se rencontrent chez les populations aborigènes des provinces du sud-ouest de la Chine et du Nord-Vietnam, le déluge ou la grande inondation est souvent déclenché par le dieu du Tonnerre ; et dans plusieurs versions, le couple primordial frère-sœur (Fou-hi et Niu-koua), père et mère de l’humanité, échappe au désastre en entrant dans un tambour qui leur tient lieu d’embarcation. Dans d’autres cas, celle-ci est une gourde…

 

Selon la légende populaire, lorsque le Ciel et la Terre furent créés, il n’y avait pas encore d’humanité. Niu-koua commença à modeler des hommes avec de la terre jaune. Mais elle trouva la tâche trop lourde pour ses forces ; elle alla donc puiser de la boue dont elle se servit pour faire des hommes. C’est ainsi que les nobles furent des hommes formés avec de la terre jaune ; les gens pauvres, de condition vile et servile, sont des hommes tirés de la boue.» (Fong sou t’ong yi, IIème siècle après JC)

 

De telles légendes sur la création de l’homme, sur la création du monde, sur un déluge primordial et sur l’existence des héros civilisateurs, existent partout, dans tous les peuples, en meso-Amérique, en Afrique, en Australie. L’histoire bouddhique de la liane Ph’at’th’alada m’a plu parce qu’elle me rappelle la fable de M. Maugis.

  

Si tous ces mythes et toutes ces légendes racontent un fonds de vérité, existe-t-il alors une autre explication à l’origine de l’homme qu’une lente évolution à partir d’une branche des hominidés ? Les thèses des créationnistes font rire les scientifiques. Mais pourquoi tant de mythes, tant de légendes, chez tant de peuples différents, racontent-ils pratiquement tous ce même genre d’histoires ? Comme si l’homme était une création d’un Dieu ou d’un peuple divin.

 

Cela a du moins autant de sens que les fables que d’aucuns racontent pour expliquer l’émergence de l’homme.

 

 

Saucratès

 

 

Sources : 

 

 

Bernard Chapais, Aux origines de la société humaine – Parenté et évolution - 2017 - Editions du Seuil, Paris

 

Pierre Clastres - La société contre l’Etat - Recherches d’anthropologie politique - 1974 - Les éditions de Minuit - Collection Critique

 

Richard Dawkins - Il était une fois nos ancêtres. Une histoire de l’évolution - 2007 - Éditions Robert Laffont, Paris

 

Heide Goettner-Abendroth - Les sociétés matriarcales - Recherches sur les cultures autochtones à travers le monde - 2019 - Éditions Des femmes - Antoinette Fouque, Paris

 

Emmanuel Guy - Ce que l’art préhistorique dit de nos origines - 2017 - Éditions Flammarion - Au fil de l’histoire, Paris

 

Bronislaw Malinowski - Les Argonautes du Pacifique occidental - 1967 - Gallimard, Paris

 

Alain Testart – Le communisme primitif - Economie et idéologie - 1985 - Editions de la Maison des sciences de l’homme, Paris

 

Alain Testart – Eléments de classification des sociétés - 2005 - Editions Errance, Paris

 

Alain Testart – Avant l’histoire – L’évolution des sociétés de Lascaux à Carnac – 2012 – Editions Gallimard NRF – Bibliothèque des sciences humaines, Paris

 
Sources orientales - Tome 1 - La naissance du monde - 1959 - Éditions du Seuil, Paris



06/08/2022
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