Critiques de notre temps

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Livres & Lectures


Ancient Society de Lewis Henry Morgan

Une lecture moderne du livre «La société archaïque» («Ancient Society») de Lewis Henry Morgan

Par Saucratès 

Saint-Denis de la Réunion, samedi 18 février 2023

 

On peut lire de deux manières différentes ce livre culte de Lewis H. Morgan. On peut soit noter les ‘archaïsmes’ et la manière datée de présenter les thèses et les notions qu’il y développe, on peut juger déplacés :

- ses commentaires sur l’âge sauvage et sur l’âge barbare,

- sur les différents stades que traversent ces différents âges,

- sur l’idée que les hommes de ces différents âges n’ont pas atteint le degré de qualité mentale et de qualité morale des hommes civilisés,

- ou bien sur l’idée que les différents stades d’organisation de la famille traduisent un état moral et éthique inférieur à ceux des hommes des âges civilisés.

 

«Nous avons jusqu’à maintenant expliqué l’origine de deux formes différentes de famille par deux systèmes parallèles de consanguinité. Les preuves apportées nous paraissent irréfutables. Elles montrent que l’émergence de l’humanité à partir d’une condition plus basse encore, et son entrée dans l’institution que constitue la famille consanguine, représentent le point de départ de la société humaine. Le passage de la première à la seconde forme est le résultat d’un processus naturel : une évolution d’une condition sociale inférieure à une condition sociale supérieure par l’observation et l’expérience. Il a été la conséquence de l’amélioration des qualités mentales et morales qu’a connue l’espèce humaine.»

 

Lewis H. Morgan, Ancient Society, page 512

 

Ou alors, on peut extraire de ce livre une somme considérable d’informations sur le monde tel qu’il était vu et connu vers la fin du dix-neuvième siècle. Il ne s’agit pas de croire tout ce qui y est indiqué, mais de récupérer une somme, un ensemble de connaissances qui, pour partie, ne sont plus connues que de certains spécialistes. Une partie de ces connaissances, comme celles concernant l’origine mythique d’Athènes et de Rome, ont peut-être évolué, ne sont plus considérées comme des réalités historiques mais comme de pures inventions, mais il demeure intéressant de les lire, de se faire sa propre opinion.

 

Ces ensembles de données disparues de la connaissance actuelle touchent aux sociétés amérindiennes dans Morgan était l’un des meilleurs spécialistes à son époque, et dont l’étude est désormais totalement tombée en déshérence. Elles touchent aussi aux sociétés des aborigènes australiens, en sachant que la présentation qu’en donne Morgan est antérieure de près d’un siècle aux données et aux exemples qu’un spécialiste comme Alain Testart en donnera dans les années 1970-1980. Enfin, elles touchent aussi à l’Antiquité grecque et romaine, avec une présentation en tribus, phratries et gentes que l’interprétation moderne de l’histoire a eu tendance à effacer. 

Je n’aborderai ci-après que les données concernant les tribus amérindiennes.

 

Les tribus amérindiennes 

La confédération iroquoise est l’une des tribus amérindiennes les plus longuement étudiée et présentée par Morgan. Son vrai nom était «Ho-de’-no-saute» qui signifie «Longue maison» et ses membres se nommaient eux-mêmes «Ho-de’-no-sau-nee» qui signifie «Peuple de la Longue Maison». 

 

Les Ho-de’-no-sau-nee (j’utiliserais leur vrai nom plutôt que celui d’iroquois par lequel l’histoire a conservé leur souvenir) étaient divisés en six tribus

 

1. Les Mohawk dont le qualificatif tribal était «Le Bouclier» (Da-gä-e-o’-dä). On les appelaient aussi «Receveurs du Tribut» (que versaient les tribus soumises). Ils disposaient de neuf sachems (de leur vraie appellation «Ho-yar-na-go’-war» pour «conseiller du peuple» - cf. page 166).

 

2. Les Onondaga, appelés «Porteurs de Nom» (Ho-de-san-no’ge-tä) parce qu’ils avaient été chargés de choisir les noms des cinquante premiers sachets et de les leur attribuer. On les appelaient aussi «Gardiens du Wampum et «Gardiens de la flamme du Conseil». Ils disposaient de quatorze sachems.

 

3. Les Seneca, appelés «Gardiens de la Porte de la Longue Maison» (Ho-nan-ne-ho’-onte) parce qu’ils étaient chargés de garder la porte ouest de la Longue Maison. Ils disposaient de huit sachems.

 

4. Les Oneida portaient le qualificatif de «Grand Arbre» (Ne-ar’-de-on-dar’-go-war). Ils disposaient de neuf sachems.

 

5. Les Cayuga portaient le qualificatif de «Grande Pipe» (Sonus’-ho-gwar-to-war). Ils disposaient de dix sachems.

 

6. Enfin, la sixième tribus des Tuscarora, qui s’était jointe tardivement à la Confédération, n’avait pas de qualificatif propre. Elle semblait disposer néanmoins de sachems.

 

(de chaque côté du feu du conseil, on trouvait d’un côté les sachems des tribus des Mohawk, des Onondaga et des Seneca, tribus sœurs entre elles et mères des trois autres tribus, et de l’autre côté, les sachems des tribus des Oneida, des Cayuga et des Tuscarora, qui étaient également sœurs entre elles et filles des trois tribus précitées.)

 

A noter qu’à la mort d’un sachem, la gente de la tribu à laquelle il appartenait procédait à l’élection de son successeur, qui perdait son nom pour prendre le nom de sa fonction.

 

«Les noms donnés aux premiers sachems ont toujours été portés par leurs successeurs. Par exemple, à la mort de «Gä-ne-o-di’-yo», l’un des huit sachems Seneca, son successeur a été élu par la tribu de la Tortue de Mer, dans laquelle cette fonction était héréditaire. Quand il fut élevé, il reçut le nom de «Gä-ne-o-di’-yo» et abandonna le sien.»

 

Lewis H. Morgan, Ancient Society, page 152

 

Le conseil général de la Confédération ne comprenait néanmoins que 48 membres (et non 50 membres), deux des noms des sachems des Mohawks n’ayant jamais été reportés. Il s’agissait de «Hä-yo-went’-hä» (l’homme qui peigne, aussi nommé Hiawatha dans le poème de Longfellow) et de «Da-gä-no-we’-dä» (mais la légende indique que celui-ci était un sage Onondaga). Ces deux personnages sont à l’origine de la naissance de la Confédération selon Morgan, et sont soit des personnages mythiques ou légendaires, soit des personnages historiques.

 

Enfin on peut noter leur manière très originale de prendre des décisions collectives et dégager une unanimité au sein du conseil représentant leurs cinq (ou six) tribus qui constituaient leur Confédération.

 

Les Ho-de’-no-sau-nee «ignoraient totalement le principe de la majorité ou de la minorité dans les décisions du Conseil» de la Confédération. «L’accord unanime des sachets étaient exigé pour toutes les questions d’ordre public et constituait une condition essentielle pour la validité de tout acte officiel. (…) Au conseil, on votait par tribu et les sachems de chacune d’elles devaient tous avoir le même avis pour qu’une décision fût prise.»

 

Pour y parvenir, les sachems de chaque tribu étaient divisés en classes distinctes. Et «aucun sachem n’était autorisé à exprimer, par un vote, une opinion devant le conseil, sans s’être mis d’accord au préalable avec le ou les sachems de sa classe, sur l’avis à exprimer et sans avoir été désigné comme porte-parole. (…) De cette manière, les sachems d’une même classe devaient d’abord être d’accord entre eux. Les sachems designés comme porte-parole de ces classes se consultaient ensuite entre eux. S’ils étaient d’accord, ils désignaient l’un d’entre eux pour exprimer leur opinion commune, qui était alors considérée comme la réponse de la tribu. Lorsque, grâce à cette ingénieuse méthode, les sachems des diverses tribus étaient séparément parvenus à l’unanimité, on comparait leurs opinions. Si elles s’accordaient, la proposition était adoptée. Si elles divergeaient, la proposition était rejetée et la session du conseil prenait fin.»

 

Lewis H. Morgan, Ancient Society, pages 161-162

 

Morgan liste également les noms des gentes des Ho-de’-no-sau-nee :

 

1. Loup (Tor-yoh’-no)

2. Ours (Ne-e-ar-guy’-eee)

3. Tortue de mer ((Ga-ne-e-ar-teh-go’-wa)

4. Cerf (Na-o’-geh)

5. Bécassine (Doo-eese-doo-we’)

6. Faucon (Os-sweh-ga-da-ga’-ah)

7. Castor (Non-gar-ne’e-ar-goh)

8. Héron (Jo-as’-seh)

 

Les trois premières gentes sont communes aux cinq tribus. Ce sont aussi les seules gentes des tribus des Mohawk et des Oneida. Les trois gentes suivantes (cerf, bécassine et faucon) sont aussi communes aux tribus des Seneca, des Cayuga et des Onondaga. Le héron est aussi une gente de la tribu des Cayuga (qui dispose ainsi de sept gentes).

 

La description faite par Morgan permet d’observer qu’un certain nombre des noms de ces gentes se retrouvent dans la majeure partie des tribus indiennes de toute l’Amérique du Nord (pour ne pas dire la plupart). Mais seule la signification des noms pour les gentes restent les mêmes ou bien évoluent très peu. Les noms dans les langues de chacun de ces peuples ne sont par contre plus les mêmes.


… Comme si les langues variaient plus rapidement que la signification sociale, que l’institution elle-même. Comme si l’institution de ces divers gentes présentait moins de variations dues au temps qui passe, au temps qui s’écoule, que les langues de ces mêmes peuples.

 
Ainsi, on trouvera des listes des noms de gentes dans le livre «Ancient Society» de Lewis H. Morgan à partir de la page 178 jusqu’à la page 202 (cf. tableau ci-dessous).

 

Pour démontrer que les langues varient plus rapidement que la dénomination sociale des institutions comme l’organisation gentilice, on peut prendre un exemple parmi ceux cités par Morgan, notamment entre les indiens Iowa et les tribus Otoe et Missouri (qui appartiennent toutes deux au peuple des indiens Missouri. Ceux-ci ont gardé les mêmes significations pour les noms de leurs huit gentes (loup, ours, bisonne, élan, aigle, pigeon, serpent et hibou) mais les noms de plusieurs de ces gentes ont divergé : loup (Me-je’-ra-ja), bisonne (Ah’-ro-wha) et hibou (Ma’-kotch) n’ont pas bougé - mais ce n’est pas le cas de ‘ours’ (Moon’-cha au lieu de Too-num’pe), de ‘élan’ (Hoo’ma au lieu de Ho‘-dash), de ‘aigle’ (Kha’-a au lieu de Cheh’-he-ta), de ‘pigeon’ (Lute’ja au lieu de Lu’-chih) ou enfin de serpent (Wa’-ka au lieu de Wa-keeh).

 
Concernant cette idée que l’on retrouve parmi toutes les tribus indiennes d’Amérique du Nord un certain nombre de gentes désignant les mêmes noms d’animaux, malgré les milliers de kilomètres les séparant et les nombreux siècles qui s’étaient écoulés depuis leur probable origine commune. Et pourtant, on retrouve presque partout les mêmes noms de gentes. On retrouve ainsi la gente du ‘Loup’ chez : 

 

Les Ho-de’-no-sau-nee : Tor-yoh’-no

Les Iowa : Me-je’-ra-ja

Les Kaw : Sho’ma-koo-sa (Loup de prairie)

Les Winnebago : Shonk-chun-ga-da

Les Mandan du Haut Missouri : Ho-ra-ta-mu-make

Les Creek ou Muscokee : Ya-ha

Les Chikasa : Na-sho-la

Les Cherokee : Ah-ne-whi-ya

Les Ojibwa : My-een-gun

Les Potawattamie : Mo-ah

Les Miami : Mo-wha-wa

Les Shawnee : M’wa-wa

Les Sauk et les Fox : Mo-wha-vis-so-uk

Les Delaware : Took-seat

Les Mohicans : Took-se-tuk’

Les Abenaki : Mals-sum

Les Tlinket de l’Alaska : Kanu’kh

Les Shoshonee ou Comanches du Texas

 

On peut faire la même énumération pour d’autres noms de gentes que l’on retrouve aussi dans de nombreuses tribus, comme l’Ours, la Tortue de mer, l’Elan, l’Aigle ou le Cerf, le Bison, le Dindon ou le Serpent. On pourrait tirer du livre de Morgan des nombres d’occurrence de chaque nom de gente, et on découvrirait que les trois principales gentes communes aux tribus Ho-de’-no-sau-nee (les Iroquois), à savoir, l’Ours, le Loup et la Tortue de Mer, sont les plus communément observées dans la majorité des tribus indiennes d’Amérique du Nord. 

Je ne cherche bien sûr pas à théoriser une quelconque théorie sur la diffusion des langues ou des organisations sociales comme l’organisation gentilice. Je cherche plus à rappeler l’intérêt actuel d’une relecture de ce livre de Lewis H. Morgan, grand connaisseur des tribus indiennes d’Amérique du Nord. Que certaines de ces théories évolutionnistes n’aient plus de sens aujourd’hui n’est pas très important. Que certaines de ces observations ait été partiale, ignorant l’importance des femmes dans les sociétés indiennes d’Amérique du Nord n’est pas plus important. La majeure partie des anthropologues ont été concernés par cette déformation occidentale ; ils ne pouvaient admettre que des peuples primitifs à leurs yeux accordaient plus d’importance aux femmes que leurs sociétés modernes victoriennes ne leur en concédaient. Chez les sauvages, la force et la brutalité de l’homme devait lui donner encore plus l’avantage que dans la société occidentale.

 

Cette lecture de Morgan permet ainsi de rappeler cette règle d’or de l’anthropologue : observer en étant le plus neutre possible, en interprétant le moins possible, en intervenant le moins possible. Mais tout anthropologue ne peut entendre que ce que les témoins privilégiés qui les renseignent pensent que l’observateur veut entendre, seulement ce que le témoin a le droit de dire, seulement ce que le témoin comprend de la société dans laquelle il vit, ou ce qu’il veut que l’observateur voit de lui. L’anthropologue peut devenir malgré lui un outil de propagande politique dans le conflit opposant les hommes et les femmes, opposant la sagesse des uns (des femmes ou des anciens) contre la force et la puissance des autres …

 

En gros, en important sa grille de lecture des faits qui lui sont rapportés, par ses questions, l’anthropologue peut influer sur la société qu’il étudie, comme on peut penser que les savants du temps de Lewis H. Morgan ont pu influer sur la société amérindienne et sur les administrateurs coloniaux de leur époque, ainsi que sur les décisions masculinistes que ces derniers ont pu prendre.

 
 
Saucratès


18/02/2023
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Lecture du livre de Heide Goettner-Abendroth, «Les sociétés matriarcales» - Suite

Saint-Denis de La Réunion, le 5 décembre 2020

Dans un précédent article de ce blog, je réagissais à la vision ultra-féministe de Heide Goettner-Abendroth tel qu’elle transparaissait dans son livre sur «Les sociétés matriarcales - Recherches sur les cultures autochtones à travers le monde». Je m’y attachais essentiellement à contester ce discours ultra-feministe, et beaucoup moins à me pencher sur les autres thèses, ethnologiques ou migratoires, qu’elle exposait et sur lesquelles elle appuyait sa réflexion.

 

https://saucrates.blog4ever.com/sur-le-matriarcat-une-lecture-critique-du-livre-de-heide-goettner-abendroth-les-societes-matriarcales

 
Je tâcherai donc dans ce deuxième article de discuter ces théories qui sous-tendent toutes les recherches matriarcales de Heide Goettner-Abendrot.

 

L’une des principales thèses développées dans ce bouquin semble être l’origine migratoire de tous les peuples du Pacifique, à savoir les peuples polynésiens, mélanésiens, micronésiens. 

«Dans toute la zone Pacifique, les Micronésiens et les Polynésiens ont apporté avec eux l’architecture mégalithique hautement développée qui trouve son origine chez les peuples matriarcaux d’Asie du Sud-Est et d’Indonésie. Des preuves de cette connexion sont apportées par la recherche linguistique sur les langues austronésiennes, qui les fait remonter à des racines asiatiques sud-orientales, en particulier taïwanaises, tandis que l’archéologie et l’ethnologie fournissent des preuves supplémentaires. Les recherches les plus récentes sur le génome humain ainsi que sur la bactériologie humaine montrent aussi que les premiers habitants du Pacifique venaient initialement d’Asie du Sud-Est (Taïwan).»

(pages 239-240)

 

On retrouve la même théorie mieux explicitée quelques pages auparavant dans le livre, lorsque l’auteur évoque les anciennes sociétés matriarcales chinoises :

 

«A son apogée, la culture Yue a non seulement exercé son influence sur l’empire chinois patriarcal naissant, mais elle s’est aussi largement répandue dans toute la partie asiatique de la ceinture du Pacifique. Après tout, les Yue étaient l’ancien peuple navigateur de Chine à l’origine d’une culture maritime hautement développée et extrêmement mobile. Nombre de chercheurs ont été impressionnés par la nette ressemblance entre la culture des peuples Yue sino-tibétains et celle des peuples malayo-polynésiens qui vivent dans tout le Pacifique. D’anciens éléments mégalithiques chinois tels que des autels de terre et des temples dédiés aux ancêtres ont été découverts sur toutes les côtes et les îles habitables du Pacifique. S’appuyant sur l’archéologie des premiers temps de l’histoire et sur l’anthropologie, certaines chercheuses et certains chercheurs ont affirmé qu’ont eu lieu au Néolithique (base de notre investigation en tant que période de développement des sociétés matriarcales classiques) les événements suivants :

 

- premièrement, les peuples indonésiens sont venus de la Chine méridionale (peuples des îles d’Asie orientale ou Yue) ; via l’Indochine et la Malaisie, navigant d’île en île sur leurs bateaux sans cesse améliorés, ils se sont établis dans tout l’archipel indonésien ;

 

- deuxièmement, les premiers Polynésiens sont venus de la Chine du nord, en particulier du delta du Huanghe (fleuve Jaune), et ont pu, grâce à leur maîtrise constamment perfectionnée de la navigation, se risquer à des voyages toujours plus lointains en haute mer, s’établissant à Taïwan, dans les Philippine, en Micronésie, à Hawai’i et en Polynésie ; leur habileté dans le domaine de la navigation les a finalement conduits en Nouvelle-Zélande, au sud, ainsi que dans l’Ile de Pâques et sur la côte sud-américaine, à l’extrême est ;

 

- troisièmement, les peuples mélanésiens ont également migré loin de la côte de l’Asie orientale, se sont croisés avec les peuples de diverses tribus à la peau sombre, et se sont établis au cours de leurs migrations en Mélanésiens et en Australie.»

(pages 165-166)

 

Ce qui me gêne, c’est que sur la base de quelques ressemblances linguistiques ou archéologiques, et en évoquant quelques certitudes basées sur le génome humain ou sur la bactériologie humaine (mais invérifiables), l’auteure Heide Goettner-Abendroth construit toute cette théorie. Sans oublier que selon elle, cela explique surtout la transmission des caractères matriarcales de toutes ces civilisations mélanésiennes, polynésiennes, taïwannaises, japonaises ou indonésiennes !

 
Disons que je ne croirais pas sans démonstration et sans preuve argumentée qu’un peuple sino-tibétain ait pu essaimer dans tout le sud-est asiatique et dans tout le Pacifique. Il existe d’ailleurs d’autres théories qui datent la culture Jomon japonaise à -16.000 jusqu’à -20.000 ans BF (before present), et qui insistent également sur des ressemblances archéologiques (poteries) pour faire de la culture Jomon un ancêtre des peuples polynésiens. Je n’ai rien personnellement contre les théories de Heide Goettner-Abendroth mais je les trouve excessivement fragiles, excessives, ne reposant sur rien de concret. Mais après tout, elle a indiqué elle-même s’être placée à l’écart de la recherche académique patriarcale pour developer ses propres axes de recherche autour des cultures matriarcales. Ce qu’elle avance n’a ainsi pas à être véridique ou vérifiable ou démontrable. Il suffit que cela corresponde à sa thèse  centrale sur la suprématie du matriarcat et à son antériorité sur le patriarcat !

 

Le problème est aussi certainement que les connaissances sur les origines génétiques des peuples évoluent en permanence et que chacun peut être tenté de vouloir démontrer la véracité de sa propre théorie. Ainsi par exemple la civilisation des Lapitas ou la démonstration de l’existence de liens entre amérindiens et polynésiens (qui ne contredit factuellement en rien ni la théorie Jomon ni la théorie Yue, entre autre théorie existante).

https://www.lemonde.fr/sciences/article/2020/07/08/des-croisements-anciens-entre-polynesiens-et-amerindiens-mis-en-evidence-par-la-genetique_6045631_1650684.html

 

https://next.liberation.fr/culture/2010/11/06/lapita-source-de-l-oceanie_691751

 

Pour conclure en quelques mots, je ne crois pas en l’existence d’une société matriarcale antérieure à toute forme d’organisation sociale patriarcale, telle que développée par Mme Heide Goettner-Abendroth dans son livre sur «Les sociétés matriarcales - Recherches sur les cultures autochtones à travers le monde». Au fond, je crois en l’égalité des sexes, et en aucun cas à aucune forme de privilège ou d’exclusion accordée ou imposée à quelque sexe que ce soit. Et je ne crois qu’en l’existence de deux seuls sexes, et non pas en une multitude de sexes LGBTplus. Autrement dit, je suis contre toute forme de repentance mémorielle imposée à quelques sociétés occidentales évoluées.  

 

Saucratès


05/12/2020
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Sur le matriarcat - Une lecture critique du livre de Heide Goettner-Abendroth, «Les sociétés matriarcales»

Saint-Denis de la Réunion, vendredi 22 mai 2020

 
Autant le dire d’entrée de jeu, ce livre de Heide Goettner-Abendroth est un merveilleux livre d’anthropologie traitant essentiellement d’histoire des civilisations, extrêmement bien documenté, riche d’informations. Mais c’est aussi un brûlot ultra féministe, et l’on peut facilement être en désaccord avec certaines de ses prises de position.

 

Quelle est la (ou les thèses) de ce livre ? Premièrement, Heide Goettner-Abendroth veut démontrer que les systèmes sociaux de domination patriarcaux sont d’invention historiquement récente et que précédemment, toutes les sociétés humaines étaient organisées sous forme matriarcale. Deuxièmement, elle souhaite aussi démontrer que cette organisation matriarcale antérieure ne reposait pas sur la violence et la domination, mais sur un pouvoir accepté par tous. Et enfin, qu’il reste partout de par le monde, des traces de cet ancien matriarcat dans nombre de rites sociaux et de mythes.

 

—> Un brûlot ultra féministe avant toute chose
 

Heide Goettner-Abendroth est une chercheuse et philosophe allemande née en 1941. Son livre est paru en 2012 en anglais sous le titre «Matriarchal Societies. Studies on Indigenous Cultures Across the Globe». Sa parution en français date de 2019.

 

Je n’écrirais pas comme une journaliste du Monde a pu l’écrire :

 

«On ne peut que se réjouir d’avoir eu cette fois-ci moins de dix ans à patienter pour que l’imposant pavé de la chercheuse ­allemande Heide Goettner-Abendroth, publié en anglais en 2012 et devenu un classique dans ­plusieurs pays, se jette dans la mare hexagonale. Tout à la fois manifeste méthodologique d’un champ nouveau, bilan de recherches anthropologiques et autobiographie intellectuelle, Les Sociétés matriarcales balaie les préjugés les plus tenaces et leur ­substitue un savoir de terrain.»

 

https://www.lemonde.fr/livres/article/2019/10/11/les-societes-matriarcales-d-heide-goettner-abendroth-la-ou-le-pouvoir-est-aux-femmes_6015065_3260.html

 

Lorsque l’on écrit que ce livre balaie des préjugés tenaces, on prend en fait position ou fait et cause. On pourrait tout aussi bien écrire que l’auteur tente de substituer des préjugés tenaces à d’autres préjugés tout aussi tenaces. Une lecture s’impose.

 

Le manifeste ultra féministe se donne à lire essentiellement dans l’introduction d’Heide Goettner-Abendroth. On peut y lire une grande souffrance d’une philosophe ayant dû quitter le monde académique sous la pression de ses pairs masculins, et ayant choisi de fonder sa propre école de pensée sur les études matriarcales pour pouvoir investiguer sans empêchement ce champ ou cet objet de recherche. 
 

«Chaque système philosophique a toujours fait référence à l’homme et, même si ce terme était supposé inclure les femmes, il était évident que, en fait, seule la moitié masculine de l’humanité était prise en compte : l’homme était la norme, le standard de l’être humain. La moitié féminine de l’humanité n’existait pas dans ces systèmes philosophiques ; être humain et homme était des termes interchangeables dans leur mentalité comme dans leur façon de parler européennes et occidentales. Je me sentais comme une extra-terrestre, en proie à la perte progressive de mon identité en tant que femme. Dans ma quête pour découvrir un monde, et une façon de penser, qui m’admette en tant que femme, j’ai trouvé une réponse, à ma grande surprise, dans la période qui, chronologiquement, a précédé la civilisation grecque et romaine - une époque qui n’avait pas été influencée par le patriarcat. Ce fut le début de ma recherche sur les sociétés matriarcales. J’ai commencé dans mon propre contexte culturel et étudié attentivement les modèles sociaux et mythologiques des cultures pré-patriarcales européennes, méditerranéennes et proche-orientales. Combiner cette investigation non officielle avec les cours officiels obligatoires m’a aidée à survivre, mentalement et spirituellement, dans l’institution répressive qu’est l’Université.»

(page 12)

 
Ce paragraphe dit pratiquement tout ! Un brûlot anti-patriarcat et ultra-féministe. Je trouve néanmoins toute cette introduction excessivement accusatoire, pratiquement paranoïaque. Ce livre écrit en 2012 semble une occasion pour une philosophe de 71 ans de régler ses comptes avec le monde universitaire et le monde masculin en règle générale, ce qui surprend puisque l’on attendrait plutôt une certaine forme de sagesse d’une telle vieille philosophe.

 

«Depuis lors, j’ai enseigné et fait de la recherche, en tant que chercheuse indépendante, dans le cadre du féminisme et d’autres mouvements alternatifs. Pour moi, cela signifie avoir la possibilité d’être aussi libre que possible à l’égard de l’idéologie patriarcale, parfaitement intériorisée, que la philosophie et les sciences socioculturelles européennes et occidentales inculquent à leurs étudiants, comme tout un chacun, en les endoctrinant. Bien entendu, depuis lors j’ai régulièrement été stigmatisée et ouvertement discréditée tant par la communauté scientifique que par le grand public.»

(page 12)

 

Gageons qu’elle interprèterait ce pauvre article comme une nouvelle démonstration de la stigmatisation patriarcale dont elle est l’objet (mais évidemment elle ne me lira pas).
 

—> Matriarcat contre patriarcat : le bien contre le mal

 
Enormément d’autres passages de ce livre sont des plaidoyers contre les hommes, contre les sociétés patriarcales et pour les gentilles, méconnues, rejetées, écrasées et pauvres sociétés matriarcales, qui sont pourtant, selon l’auteur, à l’origine de toute chose sur Terre et de toute société. 

 
On touche néanmoins à l’absurde lorsque dans la présentation de certains peuples de l’Inde ou de Corée, des sacrifices humains d’hommes à des déesses Mère de toute chose sont présentés par l’auteur comme un immense honneur. Les femmes y règnent sur leur famille et sur la société, et non pas les hommes, et ce sont des hommes y étaient mis à mort dans des sacrifices pour la Déesse. Gageons que si une méchante société patriarcale mettait à mort de pauvres victimes féminines en l’honneur de Dieu, l’auteur décrirait cette société comme barbare et criminelle. On pourrait aussi tout à fait penser que ces hommes sont victimes d’une idéologie véhiculée par des femmes qui veut leur faire croire que leur sacrifice leur offrira une vie d’honneur dans leur prochaine réincarnation.  
 

Tout ce livre ne présente pas seulement des faits. Ce qu’il fait malgré tout très bien, et à ce niveau-là, ce livre est très riche et très bien documenté. Ce livre présente surtout une théorie et une idéologie sur la bienveillance du matriarcat et le bonheur des hommes et des femmes qui y vivent, même pour les hommes qui vivent comme un grand honneur d’y être sacrifiés, et qui les conduit à combattre l’instauration du patriarcat ... et en face du matriarcat, il y a une présentation du méchant et de l’abominable patriarcat, où l’injustice et la violence contre les femmes règnent en maitre ... parce qu’ils ont peur des femmes ... C’est à quelques variations près la thèse centrale de ce livre.

 

Et pourtant, malgré tout, malgré le bonheur de tous les membres des sociétés matriarcales, même les hommes sacrifiés ou dominés, malgré tous les travers et les injustices des sociétés patriarcales, il est une chose que l’auteur n’explicite pas : pour quel raison partout les sociétés de domination patriarcale l’ont emporté sur les sociétés matriarcales ? Pas seulement en Europe ... en Chine également, en Asie, en Afrique, partout. Il ne reste que des traces des organisations sociales matriarcales dans une partie des mythologies. Si on en croit la thèse de l’auteur, la victoire du patriarcat s’expliquerait par la violence, et la société occidentale moderne serait le dernier avatar de ce patriarcat. C’est malgré tout surprenant pour des régimes matriarcaux tellement bons et humains que tous leurs membres, hommes ou femmes, se battent pour rétablir le régime bon et humain de leurs maîtresses !

 

Je me permettrais juste ici de rappeler ce passage du «Discours de la servitude volontaire» d’Etienne de La Boétie, mon livre de chevet préféré ...
 

«Qu’on mette face à face cinquante mille hommes en armes ; qu’on les range en bataille, qu’ils en viennent aux mains ; les uns, libres combattent pour leur liberté, les autres combattent pour la leur ravir. Auxquels promettrez-vous la victoire ? Lesquels iront le plus courageusement au combat : ceux qui espèrent pour récompense le maintien de leur liberté, ou ceux qui n’attendent pour salaire des coups qu’ils donnent et qu‘ils reçoivent que la servitude d’autrui ? Les uns ont toujours devant les yeux le bonheur de leur vie passée et l’attente d’un bien-être égal pour l’avenir. Ils pensent moins à ce qu’ils endurent le temps d’une bataille qu’à ce qu’ils endureraient, vaincus, eux, leurs enfants et toute leur postérité. Les autres n’ont pour aiguillon qu’une petite pointe de convoitise qui s’émousse soudain contre le danger, et dont l’ardeur s’éteint dans le sang de leur première blessure...».


Discours de la servitude volontaire - page 10 et 11 

 

—> Ce livre a néanmoins le mérite de répondre à une question primordiale sur l’origine de la violence et de la domination

 

Ce livre peut être imparfait du fait de la violence des thèses anti-patriarcales de la philosophe Heide Goettner-Abendroth et de l’apparente revanche que celle-ci semble vouloir prendre sur les hommes et sur sa souffrance vécue dans le milieu universitaire qu’elle considère comme un système patriarcal.

 

Néanmoins il offre des réponses à une question lancinante sur l’origine de la violence et de la domination dans les sociétés humaines. Ce livre n’explique pas cependant comme ce passage est arrivé. Il décrit l’état antérieur supposé de cette société humaine, tiré des mythes et des survivances, avant l’instauration du patriarcat, avant l’invasion par des peuples patriarcaux. Que cette thèse soit totalement vraie ou non n’est pas très importante. Elle a forcément un fond de vérité. Il reste à savoir si la domination existait ou non auparavant, dans ces régimes matriarcaux idéalisés et merveilleux, ou non. 

 

Il y a forcément un fond de vérité dans ce beau et riche livre. Je regrette évidemment que cette thèse soit aveuglée par les relents ultra-féministes de cette philosophe et de sa soif de vengeance. Ultra-féminisme qui l’a conduit à trouver normal que les recherches sur des sociétés matriarcales ne puissent être menées que par des femmes, seules à même de comprendre le fonctionnement de la société et à ne pas mal l’interpreter. Défendre la discrimination lorsqu’elle concerne l’ennemi et le sexe dominateur ... 

 
«Vigilantes et conscientes de leurs atouts, les chercheuses féministes et autochtones ont interrogé les formes de pensée patriarcales et colonialistes, i.e. sexistes et racistes. Elles sont en cela les mieux à même de reconnaître les particularités des sociétés matriarcales en tant que forme de société créée par les femmes.

 

Premièrement, elles n’ont aucune réticence à voir les femmes comme des sujets actifs dans l’histoire et dans la société - une approche que les chercheurs inféodés au patriarcat ont le plus grand mal à accepter - parce que ces chercheuses sont elles-mêmes des sujets pensants et agissants, tant dans le contexte de leurs cultures traditionnelles que par leur façon de protester contre des sociétés patriarcales dans lesquelles elles vivent. 

Deuxièmement, elles sont capables - bien plus que ne le sont les hommes - d’appréhender les exigences, les effets sociaux et les représentations symboliques de la maternité ainsi que la valeur des activités maternelles, qui dans le matriarcat jouent un rôle économique, social et culturel si structurant. Les chercheuses qui comprennent ces situations élémentaires pour en avoir fait l’expérience dans leur propre vie de femme ne sont pas rares.

 

Troisièmement, la question de l’accès aux sources revêt une importance particulière dans les recherches ethnographiques sur les sociétés matriarcales existantes. Les anthropologues femmes ont plus de facilité à établir le contact avec les femmes des cultures matriarcales, et cela est d’autant plus vrai que l’anthropologue a une position féministe. Comme elles partent d’une perspective très différente, elles aboutissent à des conclusions très différentes de celles produites par leurs prédécesseurs d’orientation patriarcale. Ce nouveau regard est résolument porté par les chercheuses autochtones, dont les recherches au sein de leurs propres sociétés matriarcales voient plus loin et plus profondement, avec une acuité que des observateurs extérieurs ne sauraient jamais avoir. Par ailleurs, elles intensifient leur critique du patriarcat à travers l’histoire à la fois de la colonisation externe, qui a soumis leurs sociétés et les opprimé encore, et de la colonisation interne, à laquelle ces chercheuses ont été soumises en tant femmes autochtones.»


(pages 69 et 70 - Chapitre 1 sur l’histoire critique des points de vue sur le matriarcat)

 

Il me semble qu’il suffirait d’inverser la perspective de ces paragraphes, en substituant femme par homme, et de chanter les louanges des hommes seuls à même de pouvoir faire telle et telle chose, telle et telle étude et analyse, pour comprendre que ce qui est écrit ici est totalement discriminatoire, même si ces passages chantent les louanges des femmes autochtones et qu’il n’y a forcément aucune discrimination possible dans ce cas-là !

 

 

Saucratès


22/05/2020
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Conventions chronologiques en archéologie et mythe des cités englouties - Une lecture du livre de Graham Hancock «Civilisations englouties»

Saint-Denis de La Réunion, dimanche 26 janvier 2020

 

En quelques mots, je voudrais aborder l'un des sujets qui m'interpelle le plus, à savoir l'origine de la vie en société et l'origine du pouvoir. Pour cela, il me semble nécessaire de faire un point sur un certain nombre de faits remontant au passé très ancien de l'homme sur la Terre. On peut dire que l'histoire de l'homme sur Terre repose sur un certain nombre de conventions chronologiques, mais aussi sur un certain nombre de présupposés archéologiques. Tout ce qui sort des conventions acceptées par le consensus des archéologues et des historiens académiques reconnus par leur profession relève de l'hérésie, ou du charlatanisme. Néanmoins, on parle ici essentiellement d'un consensus occidental sur la préhistoire, puisque nous n'avons aucune idée du consensus qui existe sur cette théorie en Russie, en Chine, au Japon ou en Inde, sans parler des autres grandes ères culturelles que sont l'Afrique ou l'Amérique du Sud. 

 

L'histoire humaine a été découpée en périodes historiques (ou plutôt préhistoriques), qui varient très sensiblement d'un continent à l'autre, d'une région à l'autre. On parle ainsi du paléolithique par opposition au néolithique. Les sources que j'indiquerais reposeront sur Wikipédia, qui représente d'une certaine façon le consensus dans ce domaine ...

 

- Le Paléolithique. De -3,3 millions d'années à -12.700 ans av. JC dans la région du Proche-Orient et jusqu'à -9.700 ans av. JC en Europe (c'est-à-dire la fin de la dernière période glaciaire).

https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Paléolithique

 

- Le Mésolithique. Littéralement «âge moyen de la pierre». De -9.700 ans av. JC à -6.500 ans av. JC en Grèce et dans les Balkans. Jusqu'à -2.300 ans av. JC en Europe septentrionale. Et dès -12.000 ans av. JC au Proche-Orient.

https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Mésolithique

 

- Le Néolithique. Ou «nouvel âge de la pierre». De -8.500 ans av. JC à -3.000 ans av. JC au Proche-Orient et dans le Croissant fertile. À partir de -6.500 ans av. JC en Grèce archaïque et à partir de -6.000 ans av. JC en Chine.

https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Néolithique

 

- Le Chalcolithique. Ou âge du cuivre. Cette période est considérée comme appartenant à la fin du Néolithique. Dès -5.000 ans av. JC dans la région des grands lacs américains, dès -4.800 ans av. JC dans la Culture de Mehrgarh au Pakistan, dès -4.000 ans av. JC en Egypte, dès -2.500 ans av. JC dans la civilisation harappéenne, dès -2.300 ans av. JC à Chypre, et à Troie.

https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Âge_du_cuivre

 

-L'âge du bronze. De -3.000 ans av. JC à -1.000 av. JC, avec de fortes variations temporelles selon les régions étudiées. 

https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Âge_du_bronze

 

- L'âge du fer. À partir de -1.100 ans av. JC dans le Monde méditerranéen, -800 ans av. JC dans le nord de l'Europe et dès -1.000 av. JC en Afrique. On se trouve d'ailleurs toujours dans l'âge du fer, devenu l'âge de l'acier depuis le dix-huitième ou le dix-neuvième siècle.

https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Âge_du_fer

 

Vous me demanderez pourquoi je vous cite ces différentes époques proto ou préhistoriques. Parce qu'il s'agit de dates communément admises, constituant une forme de consensus. Il s'agit aussi de date moyenne. Certains peuples étudiés par des anthropologues en étaient restés à l'âge de la pierre, au Paléolithique, en plein milieu des années 1970 lorsqu'on les a découvert, ignorant l'existence du reste du monde, comme par exemple les Guayakis de Pierre Clastres en Amazonie, les Bushmens en Afrique du Sud ou certaines tribus papous en Papouasie-Nouvelle-Guinée. 

 

Mais il s'agit aussi et surtout d'un consensus qui élimine complètement le fait têtu et problématique que toutes les preuves archéologiques antérieures au dernier réchauffement climatique sont parcellaires. Les archéologues du consensus ignorent volontairement que des centaines de kilomètres carrés de rivage de la dernière époque glaciaire ont été submergées lors de la remontée des océans, élévation des mers et des océans qui a atteint près de 130 mètres.

 

La dernière période glaciaire s'étend de -110.000 ans jusqu'au début de l'holocène, vers -9.700 ans av. JC. Le dernier maximum glaciaire est daté pour sa part entre -20.000 et -18.000 ans av. JC, période où les calottes glaciaires sont à leur maximum. La représentation ci-dessous présente l'apparence de l'Europe du Nord lors de ce maximum avec une Manche et une Mer du Nord presque complètement asséchées. Le résultat est relativement comparable en Méditerranée, avec des îles de Malte, de Sardaigne, de Sicile et de Corse relativement différentes d'aujourd'hui, ainsi qu'aux franges des côtes indiennes et du Croissant Fertile (non dessinées sur cette représentation). 

https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Dernière_période_glaciaire

https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Holocène

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Le niveau des océans aurait finalement atteint son niveau actuel (à +130 mètres par rapport au minimum de la dernière période glaciaire) vers -4.000 ans av. JC.

 

Il me semble invraisemblable que, sauf exception, l'historiographie savante ne s'intéresse pas aux conséquences de la submersion sous 130 mètres d'eau de la plus grande partie de ces côtes émergées, entre -20.000 ans av. JC et -4.000 ans av. JC. La montée des eaux et des océans n'est d'ailleurs même pas régulière. Wikipédia indiquerait ainsi qu'aux alentours de -14.000 ans av. JC, pendant une période de 350 ans, les océans auraient remonté de 22 mètres, soit 6 mètres par siècle, ou 60 centimètres tous les dix ans. 

 

Combien de secrets, combien de sites archéologiques majeurs, d'indices, se trouvent sur les pourtours littoraux des grandes zones de civilisations humaines ? 

 

Pour conclure, je rappellerais quelques autres dates concernant quelques faits acceptés et reconnus par la communauté des préhistoriens occidentaux, sur les dates d'apparition des principales sociétés historiques humaines.

 

- La première construction mégalithique connue, Göbekli Tepe, située en Turquie, a été construite entre -12.000 av. JC et -10.000 av. JC

https://fr.wikipedia.org/wiki/Göbekli_Tepe

- La structure de Yonaguni au Japon, dont l'origine humaine ou naturelle est discutée, pourrait remonter à -8.000 ans av. JC

https://fr.wikipedia.org/wiki/Structure_sous-marine_de_Yonaguni

- La première cité, Mehrgahr au Pakistan, dans le Baloutchistan, aurait été construite à partir de -7.000 ans av. JC

https://fr.wikipedia.org/wiki/Mehrgarh

- La cité ou village engloutie de Atlit Yam, en Israël, aurait été construite vers -6.900 ans av. JC. Plusieurs autres villages sur la côte israélienne aurait également été engloutis, comme Kfar Samir (-5.500 ans av. JC), Hel Hreiz (-5.000 ans av. JC) et Megadim (-4.400 ans av. JC). Les restes de ces villes et de ces villages se trouvent à une distance de quelques centaines de mètres du bord de la côte, à une dizaine de mètres de profondeur.

https://fr.wikipedia.org/wiki/Atlit_Yam 

 

Et si d'autres cités humaines s'étaient trouvées submergées, dans ces zones géographiques aujourd'hui enfouies sous les eaux, entre -20.000 ans av. JC et -4.000 ans av. JC ? S'il y avait d'autres cités submergées ? Et si ces cités remontaient avant les dates connues d'apparition des civilisations ? C'est une possibilité après tout.

 

Sans oublier que ces submersions de cités sous les eaux pourraient expliquer les divers récits de déluge diluvien, ou de submersion de cités. L'une de celle qui m'a le plus marqué est tout particulièrement celle de la Ville d'Ys en Bretagne, et la légende du roi Gradlon, dans le Finistère Sud. Une ville engloutie en baie de Douarnenez ou dans la baie des Trépassés, submergée par l'océan, dont seul le roi Gradlon avait pu s'échapper, poursuivi par les vagues jusqu'à ce qu'il accepte de se séparer de sa fille Dahut. Une fois par an, la légende dit que l'on peut accéder à la ville d'Ys mais on doit resortir avant la fin de la journée, sinon on y est enfermé pour un an. Mais on trouve aussi de très nombreuses légendes de cités englouties ailleurs dans le monde, presque partout d'ailleurs, par exemple en Inde, mais aussi dans d'autres parties du Monde (l'Atlantide, Mû ...).

 

Des centaines de milliers de kilomètres carrés engloutis par les flots de la mer, immergés parfois sous 130 mètres d'eau ... Pourquoi n'y aurait-il pas des ruines englouties remontant au moins à quelques milliers d'années. Et si l'histoire des premières civilisations humaines n'était pas exactement semblable à celle que l'on nous a enseigné, avec l'invention de l'écriture en -3.000 av. JC à Sumer et en Mésopotamie ? Et si les conventions chronologiques en vigueur sur le Néolithique et le Chalcolithique ignoraient des vestiges qui auraient été ultérieurement submergés lors de la déglaciation de notre monde ?

 

 

Saucratès

 

 

Nota : La lecture du livre de Graham Hancock, intitulé «Civilisations englouties» (éditions Pygmalion - 2002), a légèrement alimenté cet article. L'une des théories de Graham Hancock serait que plusieurs déluges auraient accompagné la remontée des mers et des océans entre -13.000, -9.600 et -6.000 ans av. JC, lié à la rupture brutale et au déversement d'énormes lacs provenant de la fonte des glaciers et des inlandsis américains, européens ou asiatiques. De tels cataclysmes et les tsunamis associés auraient pu être assimilés à des déluges divins, et auraient pu entraîner des remontées brutales du niveau des océans en quelques années ou décennies.

 

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Voir aussi le site suivant 

https://zakhor-online.com/?p=13563


28/01/2020
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À l'origine du pouvoir dans les sociétés humaines - Suite de la lecture du livre de James C. Scott «Homo Domesticus»

Saint-Denis de La Réunion, samedi 17 août 2019

 

Que trouve-t-on à l'origine de l'apparition de l'Etat ? A-t-il existé une forme de société primordiale dont toutes les autres formes de sociétés humaines que l'on a pu observer et que l'on peut observer découleraient ? L'Etat est-il donc apparu quelque part, ou dans divers endroits de cette planète, et comment se fait-il que cette forme d'organisation sociale ait pu prospérer et se perpétuer jusqu'à nos jours ? 

 

Ou bien, en sens inverse, des sociétés humaines organisées sous forme d'Etat ont-elles toujours existé, de tout temps, même aux temps immémoriaux, même à l'époque des hommes des cavernes et des australopithèques ? La réponse est évidemment non à ces deux dernières hypothèses ; il est peu probable que l'Etat ne soit pas apparu au cours des 10.000 ou 12.000 dernières années. Au-delà de ce passé, les organisations sociales des groupes humains devaient ressembler aux organisations sociales des groupes de chasseurs-cueilleurs les plus primitifs que les ethnologues ont pu observer, avec une organisation sociale plus ou moins égalitaire et des chefs de tribus aux pouvoirs très éloignés de ceux des rois et despotes des temps plus récents.

 

Même si on se refuse à parler d'évolutionnisme et de diffusionnisme, on ne peut pas nier que dans la préhistoire, le type d'organisation sociale des sociétés humaines archaïques ressemblaient vraisemblablement aux sociétés égalitaires de chasseurs-cueilleurs telles que l'on a pu les observer en Australie, en Afrique australe avec le peuple San ou en Amérique du Sud avec par exemple les Guayakis observés par Pierre Clastres. Forcément, ces sociétés humaines ont évolué au fil des millénaires pour devenir les organisations sociales étatiques des sociétés humaines actuelles. Les sociétés de chasseurs-cueilleurs elles-mêmes, que l'on parle des Aborigènes australiens, des Sans d'Afrique Australe ou des Guayakis amazoniens, ont également dû évoluer et voir les organisations sociales évoluer. On peut appeler le passage de l'état de chasseurs-cueilleurs égalitaires à l'état de société étatique comme une «malencontre». 

 

Je reviendrais au texte déjà cité de Pierre Birnbaum, historien et sociologue français spécialiste de l'Etat particulièrement respecté, intitulé «Aux origines de la domination politique». Pierre Birnbaum, citant Pierre Clastres, décrit assez précisément la manière dont fonctionne le pouvoir non coercitif d'une société archaïque comme les Guayakis, peuple étudié par Clastres :

 

«Pour éviter la transcendance d'un pouvoir qui se séparerait de la société et réussirait à l'opprimer, celle-ci va piéger ce lieu, l'occuper en y installant un chef qui ne peut que mimer l'exercice du pouvoir. D'où les très belles pages sur le devoir de parole que Clastres termine en soulignant que le devoir de parole du chef, ce flux constant de parole vide qu'il doit à la tribu, c'est sa dette infinie, la garantie qui interdit à l'homme de parole de devenir homme de pouvoir.

 

Examinons pourtant la manière dont Clastres démontre que le chef ne détient en vérité aucun pouvoir. L'auteur de La société contre l'Etat affirme à travers tous ses travaux qu'il faut distinguer le pouvoir coercitif du pouvoir non coercitif : pour lui, toutes les sociétés, qu'elles précédent la venue de l'histoire ou qu'elles y soient deja soumises, comportent une structure politique car le politique est au cœur du social mais seules les premières réussissent à piéger le pouvoir pour empêcher qu'il ne fonctionne.

 

Cependant, on peut déjà observer que le pouvoir qui ne s'exerce pas de manière coercitive peut se révéler bien plus efficace que celui qui se trouve sans cesse dans l'obligation d'avoir recours à la contrainte : un pouvoir est d'autant plus fort qu'il n'a pas besoin de le montrer, de prouver sa puissance, de vérifier le contrôle qu'il exerce sur ceux qu'il domine.

 

Un pouvoir coercitif peut être plus faible qu'un pouvoir non coercitif ; un pouvoir qui ne s'exerce pas peut être plus fort qu'un pouvoir qui doit sans cesse se manifester précisément parce qu'il se voit contesté dans sa légitimité. Lorsque Clastres affirme à plusieurs reprises que détenir le pouvoir, c'est l'exercer : un pouvoir qui ne s'exerce pas n'est pas un pouvoir, il n'est qu'une apparence, il laisse de côté le formidable appareil de contrôle social qui prévient toute interrogation sur la légitimité du pouvoir et rend par conséquent inutile la preuve de sa réalité. (...) Cette observation fondamentale peut s'appliquer directement à la société décrite par Clastres : ce n'est pas parce que le chef n'exerce pas son pouvoir de manière apparemment coercitive qu'il ne détient aucun pouvoir réel. Le pouvoir peut agir sans contrainte et demeurer néanmoins fort efficace ; avec Jean-William Lapierre, on doit souligner que, chez les Guayakis, le chef n'a pas le monopole de l'usage la violence légitime parce qu'il a le monopole de l'usage de la parole légitime et que nul ne peut prendre la parole pour s'opposer à celle du chef sans commettre un sacrilège condamné par l'opinion publique, unanime.»

 

«Aux origines de la domination politique» de Pierre Birnbaum, (pages 12-13)

https://www.persee.fr/doc/rfsp_0035-2950_1977_num_27_1_393709

 

(...) «En définitive, la société contre l'Etat est elle-même une société répressive qui exerce un pouvoir absolu et complet sur tout ce qui la compose. Et c'est le même concept que sert à désigner tantôt le pouvoir éventuel du chef, tantôt le pouvoir de la société.» (page 14)

 

(...) «C'est qu'en utilisant un même mot [violence coercitive] pour parler de l'action de la société ou de celle de l'Etat, Clastres se prive de l'emploi du concept de contrôle social qui peut seul rendre compte de la domination absolue exercée par la société, à travers les normes qu'elle véhicule, grace au rituel, aux coutumes et aux mœurs, domination par laquelle elle parvient à une sociabilisation absolue de ses membres ; c'est sur cette même sociabilisation totale que Durkheim avait d'ailleurs insité quand il analysait les sociétés qui connaissent une solidarité mécanique.

 

Si la société se réserve un contrôle absolu sur ses membres, il faut préciser, ce que je fait pas Clastres, que ceux qui la composent ne peuvent en rien décider de leurs actions, ils sont totalement soumis aux normes que le groupe n'a pas élaborées lui-même. La société contre l'Etat se présente donc comme une société de contrainte totale : elle est tout le contraire d'une communauté de type libertaire qui, par une autorégulation collective, réussirait à se protéger de toute domination.» (page 15)

 

Ces très longs passages, citations de l'article de Pierre Birnbaum me semblent indispensables pour bien comprendre le fonctionnement de ce genre de sociétés dites primitives, dites «sociétés contre l'Etat», et permettre de comprendre les mécanismes qui y sont à l'œuvre, selon l'analyse, l'interprétation qui en avait été réalisée par Pierre Clastres.

 

Elles permettent à la fois de mesurer les différences entre ces sociétés primitives et la nôtre, mais aussi les ressemblances. Notamment ce qui est dit de la force du contrôle social et du monopole de la parole légitime. Nos sociétés modernes fonctionnent toujours de cette même manière, avec un monopole de la parole légitime appartenant au Président de la République en exercice et aux ministres et aux députés du Parti majoritaire. Eux seuls semblent avoir le droit et être légitime à commenter et à intervenir sur l'actualité politique, encore aujourd'hui, comme dans les sociétés archaïques, primitives. Au fond, la parole du chef beneficie toujours d'une aura particulière et il est impossible pour un contestataire de contester ce droit à la parole et le discours du chef. Cela reste un attribut du pouvoir du chef même dans notre société supposément démocratique. 

 

La société archaique, ancienne, présentait donc certainement un caractère de contrainte forte à l'égard de ses membres. Clastres cite le respect des règles ancestrales, le apartage des tâches entre hommes et femmes, mais aussi la présence de rites de passage à l'âge adulte extrêmement violents, conçus pour marquer profondément les corps, de manière indélébile. Pour que personne n'oublie jamais que chacun est l'égal des autres, que tous ont souffert de la même manière au cours de ce rite. La societe aborigène présente cependant d'autres institutions sociales différentes de celles des Guayakis, notamment en ce qui concerne la possession et la répartition des produits de la chasse par les chasseurs. Ou bien en matière de prestations matrimoniales, notamment avec le service de la fiancée. On peut ainsi en déduire que les sociétés préhistoriques n'étaient très vraisemblablement pas étatiques, mais qu'elles ne ressemblaient pas non plus obligatoirement ni aux sociétés Aborigènes, ni Guayakis. Ces sociétés ont forcément muté, évolué dans leurs institutions, mais elles étaient forcément contraignantes vis à vis de leurs membres, avec des règles ancestrales à respecter, des dispotifs pour protéger la société du pouvoir du chef, avec des rites de passage à l'âge adulte violents, et vraisemblablement des modes de prestations matrimoniales.

 

Le passage à une société étatique, à une société avec de fortes structurations sociales, avec des riches et des pauvres, des puissants et des dominés, s'est produit quelque part, à un endroit quelconque, à un moment quelconque au cours des dix ou douze derniers millénaires. Ce passage s'est déroulé dans plusieurs lieux et à plusieurs époques. Le 4ème ou 5ème millénaire avant JC en Mésopotamie antique, quelques siècles plus tard en Chine ou en Egypte. Quelques millénaires plus tard en Amérique du Sud. C'est l'époque de la domestication des animaux, de la domestication des céréales et de la constitution de villages et de cités antiques, préalables à l'apparition d'Etats. 

 

L'histoire nous apprend que des sociétés archaïques n'ont pu conserver la forme de sociétés contre l'Etat que dans certains milieux naturels difficiles et hostiles à l'homme. La forêt amazonienne, les jungles d'Afrique ou d'Indonésie, les déserts d'Afrique australe, les latitudes arctiques. Je ne sais pas si d'ailleurs, on peut présenter l'Australie comme un milieu hostile à l'homme ... ou si les raisons expliquant le maintien de ce type de societes archaïques en Australie repose sur une autre série d'explications. Les autres milieux plus favorables à l'homme ont apparemment tous enregistré le développement des Etats et des cités, et des stratifications sociales. 

 

La «malencontre» de La Boétie et de Clastres semble ainsi correspondre à l'abandon des dispositions sociales contraignantes et marquantes (sur les corps) dans nos milieux naturels favorables à la vie de l'homme, et le développement de relations sociales différentes, entre dominants et dominés. Dans un milieu hostile à l'homme, les dominants ont besoin du groupe pour survivre et doivent accepter les règles des dominés. Dans un milieu favorable à l'homme, les dominants n'ont plus besoin du groupe pour survivre et peuvent imposer leurs propres règles sans craindre d'être abandonnés par le groupe, imposer leur force et leur domination.

 

Si on suit ainsi Clastres, le milieu naturel serait l'élément explicatif du développement ou non de l'Etat et le maintien ou non d'organisations sociales empêchant l'apparition de l'Etat. D'autres auteurs comme Alain Testard propose d'autres éléments explicatifs reposant sur les institutions sociales, comme les rapports de dépendance entre membres d'un groupe liés à l'existence des prestations matrimoniales : prix de la fiancée (bridewealth en anglais), dot, ou service de la fiancée (bride service). 

 

Nonobstant ces éléments explicatifs, il n'en reste pas moins que les organisations étatiques sont apparues à un moment donné du temps et de l'histoire. Et pas partout. Et comme l'écrit James C. Scott:

 

«Il est difficile de dire quand exactement le paysage politique en vint à être définitivement dominé par l'Etat, et il serait assez arbitraire de fixer une date précise. Une estimation généreuse nous amènerait à affirmer que jusqu'il y a environ quatre siècles, un tiers du globe était encore occupé par des chasseurs-cueilleurs, des cultivateurs itinérants, des peuples pastoraux et des horticulteurs indépendants, tandis que les États, essentiellement agraires, étaient largement confinés à la petite fraction des terres émergées propice à l'agriculture. Une bonne partie de la population mondiale n'avait sans doute jamais été confrontée à ce personnage emblématique de l'Etat : le collecteur d'impôts.»

«Homo domesticus» de James C. Scott (page 30)

 

 

Saucratès


17/08/2019
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