Critiques de notre temps

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De la focalisation des pouvoirs publics sur les classements et enquêtes internationales

Saint-Denis de La Réunion, jeudi 15 août 2019

 

Un article intéressant du Monde traitant du sujet des classement internationaux en matière d'éducation. J'ai toujours trouvé les divers classements et enquêtes internationaux particulièrement problématiques. Que l'on parle du classement de l'université de Shanghai, que l'on parle des enquêtes TIMSS ou des enquêtes PISA. J'ai toujours trouvé inconcevable que les spécialistes de l'éducation et que les responsables de l'administration et du gouvernement leur accordent une aussi grande importance et qu'ils essaient de réformer les méthodes d'enseignement françaises pour améliorer la position de la France dans ces classements, et qu'ils scrutent les moindres resultats et les evolutions de la place de la France dans ces classements !

 

https://www.lemonde.fr/campus/article/2019/08/15/le-classement-de-shanghai-n-est-pas-fait-pour-mesurer-la-qualite-des-universites-francaises_5499548_4401467.html

 

Voilà donc un chercheur, un enseignant français, d'un des plus grand pôle de recherche et d'enseignement français, qui explique et démontre enfin les raisons des mauvais classements de la France au sein de ce classement de Shanghai, qui est l'alpha et l'oméga d'un nombre trop important des décideurs français ou des spécialistes de l'enseignement en France, alors qu'il ne devrait absolument pas l'être. 

 

J'apprécie que dans cet article, l'auteur rappelle que de nombreux pays étrangers, même très bien notés et classés dans ce classement, n'accordent aucune importance à ces résultats, bons ou mauvais. L'auteur indique ainsi que c'est le cas des allemands, aussi mal classés que la France pour exactement les mêmes raisons, mais également les américains, disposant de plusieurs universités ou écoles pourtant très bien placées dans ce même classement. 

 

«[Ce classement] a une importance considérable dans le débat public français, alors que ce n’est pas le cas aux Etats-Unis, au Royaume-Uni, où les étalissements universitaires sont pourtant très bien classés. Ni en Allemagne, où ils sont mal placés, pour des raisons similaires à la France. Des présidents de facultés allemandes refusent même de transmettre leurs informations au cabinet de conseil qui établit le classement.»

 

Il est important de rappeler que la France a ainsi fait le choix de la massification de l'enseignement supérieur et que cette massification a pour conséquence l'afflux d'étudiants venant de classes sociales défavorisées ou moins favorisées dans le système universitaire et de grandes écoles français. 

 

Comme l'indique l'auteur,

 

«Les financements des politiques publiques de l’excellence renforcent donc indirectement la polarisation sociale du système universitaire, en donnant plus de moyens pour l’éducation des étudiants favorisés. Finalement, adapter le système universitaire français au classement de Shanghaï, c’est lui faire adopter une logique de concurrence et de rationalisation économique, au détriment de l’esprit de service public et des missions académiques.»

 

On ne peut pas vouloir une chose, un système scolaire et universitaire offrant des chances égales à tous les enfants et étudiants, quelque soit leur niveau social, et en même temps vouloir avoir un système universitaire se situant aux plus hautes marches du podium selon le classement d'une université de Shanghai. Ce n'est tout simplement pas logique.

 

Comme l'indique également l'auteur, 

 

«Le projet Saclay a ainsi changé un nombre incalculable de fois pour arriver à un ensemble qui pourrait être classé par Shanghaï ; c’est-à-dire ressembler institutionnellement à une université anglo-saxonne. La nouvelle université Paris-Saclay, qui naîtra au 1er janvier 2020, sera un établissement avec des étudiants presque tous sélectionnés, focalisé sur le niveau master et le doctorat, et avec beaucoup plus de recherche et beaucoup moins d’enseignement que dans une université française traditionnelle.»

 

Ou encore ...

 

«A Paris-Dauphine, on ne trouve pratiquement pas d’enfants des classes populaires. A l’inverse, certaines universités d’outre-mer ou des Hauts-de-France ont très peu d’enfants de cadres, alors qu’ils constituent 40% de la population étudiante à l’université. Et, surprise, les universités à la population étudiante la plus aisée sont celles qui sont les mieux classées par Shanghaï, et qui reçoivent les financements IDEX.»

 

Plus largement, la création de ces pôles d'excellence, de ces universités à l'americaine, auxquelles tant de présidents de la République successifs et de ministres de l'éducation nationale ou de la recherche successifs, s'opposent à la logique même du système défendu et dans lequel croient les étudiants français. Le mythe de mai 68, d'octobre 86 et le rejet de la sélection à l'entrée de l'université nous rappelle que le système universitaire français, au delà même de la massification, repose sur le principe même d'égalité de tous et le libre accès à l'enseignement supérieur. C'est tout cela qui est remis en cause par la focalisation sur ce classement de Shanghai mais également par la réforme des enseignements pour le baccalauréat.

 

Plus largement, au delà du classement de Shanghai, c'est la focalisation sur l'ensemble des classements internationaux qu'il faut remettre en cause. Non pas tant les classements eux-mêmes, qui ont le mérite d'exister, que la focalisation sur la position de la France dans ces classements. C'est cela qui pose problème. Quand je parle de classements, je pense notamment à l'enquete PISA («Programme for International Student Assessment» ou en français «Programme international pour le suivi des acquis des élèves») qui mesure épisodiquement le niveau des jeunes écoliers ou collégiens français dans plusieurs matières (mathématiques, sciences et humanités). Je pense aussi aux enquêtes TIMMS («Trends in International Mathematics and Science Study») qui s'intéresse pour sa part en l'enseignement des mathématiques, soit en terminale, soit en classes de quatrième, soit en classe de CM1. 

 

https://www.education.gouv.fr/pid37635/pisa-programme-international-pour-le-suivi-des-acquis-des-eleves.html

https://www.education.gouv.fr/cid139711/timss-2019-l-etude-internationale-consacree-aux-mathematiques-et-aux-sciences.html

 

Pour bien démontrer l'importance demesurée que le ministere et les pouvoirs publics accordent à ces enquêtes, il faut noter que l'on y parle d'equipe de France PISA 2018 ! L'enjeu est tellement important pour le ministère que l'on assimile cette enquête à une compétition où les enfants appartiennent à l'équipe de France. Comme si les collégiens ou lycéens français devaient remporter cette compétition comme l'équipe de France a remporté le dernier mondial de football ! On marche sur la tête. À quand un sélectionneur pour l'équipe de France PISA ? LOL, suis-je bête, la sélection des enfants est aléatoire !

 

Ce sont ces mêmes enquêtes et les mauvais résultats obtenus par la France au cours des dernières enquêtes qui ont conduit aux diverses réformes des écoles, collèges et lycées concoctées pour nos enfants. Que ce soit la réforme des rythmes scolaires d'Hollande et de ses conseillers, ou de la réforme du Bac concoctée par Blanquer. Si les résultats de la France venaient à s'améliorer, des ribambelles de ministres successifs et de partis politiques s'en octroieraient le bénéfice, de Blanquer aux socialo-libéraux Hollande et consorts.

 

Je n'aurai qu'une seule conclusion à ces différents sujets : foutez la paix à nos enfants. Laissez les apprendre dans un cadre stable, et respectez la nécessaire harmonie et unanimité pour les évolutions et réformes que vous voulez faire passer. Que chaque parti politique, que chaque ministre, cessent de vouloir faire passer sa réforme majeure dont les seules victimes sont nos enfants !

 

Il serait néanmoins intéressant de comprendre pourquoi ces classements, bons ou mauvais, plaisent autant aux spécialistes français de l'enseignement et de l'éducation, aux responsables de l'administration et aux hommes politiques en charge de ces sujets ou simplement à la recherche de promesses électoralistes ... Et la réponse doit se trouver dans ce tropisme français de nos spécialistes et politiques à l'égard des notes et des évaluations. Ils ne peuvent pas accepter qu'une mauvaise note leur soit attribuée. Les notes doivent progresser, les résultats doivent croître. Des résultats en baisse sont une faute inqualifiable pour ces personnes-là, ces ex-premiers de la classe, qui revivent dans cet échec vis-à-vis des classements et des enquêtes internationales des traumatismes probablement vécus dans leur petite enfance. Cette réaction des penseurs et spécialistes du Monde de l'éducation, pâtit de la politique de notation et d'excellence du système éducatif français, confronté dès la petite enfance à l'usage de la note, de l'évaluation, du jugement des enseignants. Ces penseurs et spécialistes ne peuvent pas s'empêcher de tout réformer pour tenter de trouver une amélioration de la place de la France dans ces classements et enquêtes. Coûte que coûte. Jusqu'à vouloir surfer sur l'image d'une équipe de France comme s'il s'agissait d'une compétition internationale dans laquelle il fallait l'emporter.

 

 

Saucratès

 

 

Nota : Mes autres écrits sur le même sujet des enquêtes internationales

De l'enseignement



15/08/2019
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