Critiques de notre temps

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Conflit ukrainien

Conflit ukrainien

Par Saucratès 

 

Saint-Denis de la Réunion, Vendredi 25 février 2022


Que faut-il penser du conflit russo-ukrainien ? Que peut-on en penser, et qu’a-t-on le droit d’en penser ? Ou plus simplement, peut-on continuer à parler d’autres sujets sans s’occuper de ce conflit ?

 

Une couverture médiatique partisane sans rapport avec les précédentes couvertures des guerres menées par l’Occident


Pour ma part, je ne me retrouve pas dans la couverture médiatique de cette intervention russe annoncée et dénoncée depuis plusieurs semaines ou mois.


Évidemment, une telle guerre impliquant d’un côté la Russie et de l’autre l’OTAN semble particulièrement inquiétante. Comment peuvent réagir Poutine, Biden ou Macron ? On peut notamment craindre une conflagration nucléaire ; Poutine étant en fait celui dont on pense connaître le mieux le comportement même s’il est l’agresseur, alors que leurs homologues occidentaux sont peut-être des va-t-en-guerres fous dans le but de gagner quelques points dans les sondages. 

Mais au-delà, je me demande quel peut bien être la différence entre cette intervention militaire de la Russie en Ukraine, d’avec de précédentes interventions militaires occidentales, notamment de la part des américains en Irak, ou de la part de la France en Lybie. Dans les trois cas, on a assisté à des frappes aériennes massives visant les casernes militaires, les aéroports et les lieux de stockage de munitions et de carburant pour les armées. Et pourtant, on n’a jamais observé une telle diabolisation des américains ou des français dans les médias occidentaux. Bien au contraire, à chaque fois, les américains ou les français étaient les gentils et leurs adversaires étaient les méchants. L’intervention militaire avait pour but de combattre des tyrans, des oppresseurs, ou des terroristes. Et j’imagine que les médias russes communiquent de la même manière en interne même si cela choque l’Occident. 

On peut juste se demander si les médias russes disséquaient également la couverture médiatique de ces précédentes opérations militaires occidentales, pour y démonter et contester pour les russes le langage et les arguments utilisés par les dirigeants occidentaux et relayés par les mass médias occidentaux ?

 

Une guerre aux portes de l’Europe ? Ou quelle légitimité russe ?


On entend aussi des milliers de commentateurs français s’alarmer d’une guerre se trouvant aux portes de l’Europe. Mon dieu, l’Ukraine est tellement proche de Paris ou Berlin !

 

Je me rappelle pourtant de guerres encore plus proches, que ce soit en Bosnie ou devant Sarajevo, ou plus anciennement, de précédentes interventions militaires russes en Pologne ou en Tchécoslovaquie, notamment pour écraser le Printemps de Prague. Ce qui se passe en Ukraine, un pays indissociable de la Russie tsariste et de l’URSS, n’est pas si différent de ce qui s’est déroulé les décennies précédentes.

 

Se pose donc la principale question : La Russie est-elle légitime à envahir l’Ukraine pour l’occuper militairement, ou pour y mettre un dirigeant qui lui sera favorable ? La Russie est-elle légitime à renverser le gouvernement et le président ukrainien et pour mettre de l’ordre dans ses affaires intérieures. 

Et c’est là où cela devient cocasse. Ce sont les mêmes pays qui cherchent à interférer dans la politique vénézuélienne, qui cherchent à renverser Maduro après avoir cherché à renverser Chavez, qui choisissent un dirigeant autoproclamé de l’opposition en en faisant le dirigeant légitime de ce pays, qui contestent aujourd’hui aussi frénétiquement l’intervention militaire de la Russie en Ukraine !

 

En fait, le problème est surtout moral : on ne doit pas renverser un gouvernement élu démocratiquement alors qu’on a le droit de renverser des gouvernements illiberaux ou dictatoriaux

 

C’est là le cœur du problème. Renverser militairement ou officicieusement Maduro, renverser Sadam Hussein, renverser Kadhafi, renverser El Assad, tout cela est facilement défendable même si l’Occident le fait pour mettre la main sur leur pétrole. C’est un noble combat, une mission éthique. 

Par contre, renverser un souverain légitime, c’est comme renverser Macron ou Biden. C’est un crime impardonnable ! Même si, comme en France, ces dirigeants si démocratiquement élus font tirer sur la foule et éborgnent leurs opposants, interdisent des manifestations face à une contestation de la rue qu’ils refusent de prendre en compte. 

Grosso modo, même si ces élections et les électeurs sont totalement manipulés, ce n’est pas grave. L’histoire ne se rappellera pas de ces victoires étriquées ou volées. Et l’Occident ne peut pas se permettre que quelque part ailleurs, des démocraties quelconques soient renversées, que le «choix des peuples» soient foulé aux pieds par des armées ennemies. C’est comme pour la présidence Trump, éthiquement, les défenseurs de la liberté dans les médias ou dans les gouvernements ne peuvent pas le laisser gagner. C’est une obligation moral pour nos bien-pensants.


La comedia Del Arte des dirigeants américains et français a-t-il uniquement un but électoral ?


J’ai été mal à l’aise devant, non pas l’activisme de Macron ou Biden, mais plutôt la servilité des médias français ou occidentaux qui ont relayé à longueur de journées les interventions et les multiples réunions et déplacements de ces deux dirigeants et de leurs acolytes pour tenter de mettre fin ou d’empêcher cette intervention militaire russe, qui au final a réellement eu lieu. 

Tout ceci ne devait-il être qu’une mise en scène à la gloire de notre président de la République, pour le glorifier, auréolé de prestige, et lui permettre d’être brillamment réélu pour un deuxième mandat ? Je m’arrêterais sur le fiasco de cette mise en scène médiatique ! 

 

 

Saucratès

 

 

Nota et dernier point : Comment ne pas être étonné que ceux-là même qui s’offusquaient que l’on puisse comparer l’exclusion de la scène publique des non-vaccinés ou l’imposition de mesures de confinement avec la situation des années 1940 et la seconde guerre mondiale, ceux-là même se permettent aujourd’hui de comparer ces memes années 1940 avec le conflit militaire russo-ukrainien, en indiquant que l’Europe se trouve à nouveau confrontée au spectre de la guerre sur le territoire européen ? 

Énième source d’étonnement de ma part dans le traitement médiatique de ce conflit, personne ne semble s’étonner en Europe que des sanctions financières soient prises contre les députés de la Douma russes ayant voté l’annexion des républiques secionnistes ukrainiennes. Je crains que les mêmes européens et les dirigeants français auraient considérés comme illégitimes et gravissimes des sanctions prises contre les députés français de la majorité macroniste ayant voté le confinement en France, l’instauration du pass sanitaire ou du pass vaccinal. Nous sommes en plein règne du «deux poids deux mesures».



25/02/2022
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