Critiques de notre temps

Critiques de notre temps

Convention citoyenne, simple expérience de psychologie sociale ou manipulation de l’opinion publique ?

Saint-Denis de La Réunion, dimanche 15 novembre 2020


Que faut-il penser de la convention citoyenne et des actions et positions prises par les cent cinquante citoyens qui semblent la composer ? Depuis le début du mois d’octobre 2020, le journal Le Monde a publié plusieurs articles autour de leurs diverses prises de position. 

https://www.lemonde.fr/planete/article/2020/09/02/la-convention-climat-entame-un-marathon-de-rencontres-pour-defendre-ses-propositions_6050699_3244.html

 

https://www.lemonde.fr/planete/article/2020/10/01/convention-citoyenne-pour-le-climat-on-avance-sur-un-fil-car-on-n-est-ni-un-parti-ni-une-entreprise_6054343_3244.html

 

https://www.lemonde.fr/planete/article/2020/10/01/les-citoyens-de-la-convention-pour-le-climat-a-matignon-pour-defendre-leurs-propositions_6054299_3244.html

https://www.lemonde.fr/climat/article/2020/10/13/la-convention-citoyenne-interpelle-emmanuel-macron_6055820_1652612.html

 
Même si les médias ont un peu cessé de parler de leurs tentatives de se faire entendre, confinement oblige vraisemblablement, il n’en reste pas moins utile de réfléchir à cet objet bizarre, qui ressemble à tant d’autres panels de citoyens que nous connaissons par ailleurs, comme à l’OPMR par exemple.

 

Dans cet article, je chercherais à démontrer qu’il me semble que l’on assiste aux premiers pas, aux premiers essais de ce que je pense être  une nouvelle forme de manipulation, ou de fabrication, de l’opinion publique au travers d’une telle convention citoyenne. À moins qu’il ne s’agisse d’une très intéressante expérience sociologique. Cette convention citoyenne est en tout état de cause un bel objet sociologique. S’agit-il d’un premier essai d’une telle forme d’occupation de l’espace médiatique et de manipulation de l’opinion ? Ailleurs dans le monde, des mesures politiques difficiles et impopulaires ont-elles déjà été introduites par la base d’une même forme de manipulation de l’opinion publique via le choix supposément aléatoire de citoyens choisis au hasard ? Mais j’y reviendrais.

 

On est donc passé du règne des commissions et des comités d’experts à un exercice d’une supposée convention citoyenne. En effet, le recours à des commissions et à des comités d’experts et de spécialistes proclamés ou autoproclamés n’est pas si ancien. Dans un article précédent (ci-dessous), je me referais à un enseignement au Collège de France de Pierre Bourdieu datant des années 1990.

https://saucrates.blog4ever.com/les-roles-masques-des-commissions-nommees-par-l-etat-une-lecture-de-pierre-bourdieu

 
J’y concluais ceci :

 

«Ces commissions dont faisait une telle consommation Nicolas Sarkozy ou son successeur François Hollande ne sont pas simplement là pour faire jolies ! Elles sont là pour fabriquer l'opinion publique, et ce sont des lieux d'affrontement entre plusieurs groupes sur des choix politiques impactants pour notre vie de tous les jours. Je ne verrais plus les commissions et leurs présidents comme de simples hochets donnés à des personnalités politiques pour les satisfaire à la place de postes ministériels, mais comme des chevaux de Troie qui arrivent masqués pour rendre légitimes et publiques des décisions illégitimes et partisanes !»

 

Oh évidemment, on n’en a pas fini pour autant avec les Comités et les Commissions. La gestion du coronavirus nous a permis de l’observer à loisir ; les experts décident de tout et leurs avis ont eu pratiquement force de loi durant toute la gestion cacophonique de l’épidémie de coronavirus. Les avis d’expert changeaient en fonction du vent mais leurs avis étaient toujours suivis scrupuleusement par un gouvernement apparemment aux abois. À moins que tout ceci n’ait été qu’un gigantesque exercice de manipulation de l’opinion. Etait-il possible de faire accepter à l’opinion par temps de paix les pires mesures liberticides que l’on puisse imaginer ? Confinement, couvre-feu, délation généralisée ... et quoi encore ... camps de concentration, obligation généralisée de se faire pucer, ou la version moderne de la puce à savoir le téléchargement d’une application de traçage ... pour être plus facilement contrôlable ?  

 

Pour rappel, je pense que l’on peut faire remonter aux années 1960-1970 la généralisation du recours à des «comité d’experts», qui permettait à des «experts» auto-reconnus ou auto-déclarés en toute chose de se prononcer sur toute une série de politiques publiques, et de leur permettre de transférer dans la loi leurs avis d’experts, avec toute l’autorité du sachant, en quelque sorte de leur permettre de légiférer eux-mêmes, ou d’influer sur la législation. On se rappelle ainsi de la commission Barre d’étude d’une réforme du financement du logement, dans les années 1976, qui orienta durablement les politiques publiques dans le domaine des aides au logement, entre aide à la pierre et aide à la personne, tel que citée par Pierre Bourdieu comme le démarrage du règne des experts dans le champ politique, réglementaire et législatif. Règne qui aura donc atteint son apogée pendant cette crise du coronavirus, ce qui peut expliquer l’acharnement règlementaire et déontologique mené contre ceux qui contestent cette suprématie (d’une certaine façon), comme à l’encontre du professeur Raoult de Marseille.

 

Deuxième ovni politique à étudier (après les commissions de tout et de rien), la convention citoyenne ressemble d’une certaine manière à une expérience de psychologie sociale, un peu à la manière des expériences de Milgram sur la soumission à l’autorité, qui aurait, elle, particulièrement bien tournée (pour le gouvernement), à la différence des expériences de Stanley Milgram qui avaient elles conduit à la création d’un camp de concentration en plein campus universitaire.

 

https://fr.wikipedia.org/wiki/Expérience_de_Milgram 

Que se passe-t-il donc si on réunit cent cinquante citoyens choisis supposément aléatoirement et qu’on leur demande de réfléchir aux politiques publiques à prendre pour combattre le réchauffement climatique, en leur permettant d’être informé le plus largement possible sur les tenants et les aboutissants du problème ? On a eu la réponse avec la convention citoyenne, avec cent cinquante citoyens ‘informés’ qui sont devenus des partisans invétérés des mesures de lutte contre le réchauffement climatique. Convenablement informés, des citoyens lambda ordinaires se transforment en thuriféraires de la taxation écologique ! Quel bonheur pour nos gouvernants ! Reste à étendre cette disposition à l’ensemble des contestataires français ! 

https://www.lemonde.fr/idees/article/2020/07/03/les-propositions-de-la-convention-citoyenne-pour-le-climat-portent-davantage-sur-les-obligations-des-citoyens-que-sur-celles-de-l-etat_6045028_3232.html

 

Petit bémol, cela impose néanmoins de croire dans le choix aléatoire des citoyens par ce gouvernement LaREM ! Emmanuel Macron nous avait déjà précédemment fait croire que n’importe quel citoyen pouvait rejoindre LaREM et être présenté par LaREM comme deputé en 2017. Et pourtant, on s’est tres vite aperçu que les deux tiers des députés LaREM étaient des anciens députés PS ou LR compatibles qui avaient tourné leur veste, et pour le tiers restant, il s’agissait d’énarques, de cadres du monde de l’entreprise et de DRH travestis en obscurs citoyens, comme par exemple Amélie de Montchalin ou le rapporteur du texte de loi sur les retraites, Laurent Pietraszewski. Ce gouvernement nous a déjà menti pour qu’une majorité de français croient se reconnaître dans les candidats députés LaREM, qu’est-ce qui nous prouve que ces cent cinquante citoyens de la convention citoyenne ont bien été choisis aléatoirement et non pas préalablement triés ?

 

Mais peut être est-ce que j’interprète. Selon le site de la convention citoyenne, la convention est constituée d‘un échantillon de citoyens représentatif de la population française (âge, sexe, catégorie socio-professionnelle, lieu de résidence).

Ils ont d’ailleurs perdu toute ma confiance le jour où ils sont passés au vote de l’ensemble des 149 mesures proposées, à l’exception de la seule proposition intéressant les salariés comme moi : une proposition de réduire le temps de travail à 28 heures hebdomadaires, rejetées à 65% par les citoyens de la convention. Ce jour-là, j’ai compris que d’une manière ou d’une autre, cette convention citoyenne avait été noyautée par des lobbys patronaux, des experts gouvernementaux ou par le gouvernement. Ce jour-là,  j’ai compris qu’il n’y avait rien à attendre de cette expérience psychosociale.

https://www.lemonde.fr/planete/article/2020/06/20/la-convention-citoyenne-pour-le-climat-rejette-les-28-heures-de-travail-hebdomadaires_6043585_3244.html

 

Par contre, proposer de diminuer la vitesse sur les autoroutes à 110 kilomètres/heures au lieu de 130 kilomètres/heures, taxer les véhicules en fonction du poids pour accroître les taxes et interdire leur commercialisation ... entre autres joyeusetés ... tout cela a été voté haut la main !


https://propositions.conventioncitoyennepourleclimat.fr/ 


Au fond, que conclure sur cette convention citoyenne ? Rien si ce n’est qu’Emmanuel Macron et le gouvernement LaREM ont trouvé le moyen de faire passer toutes les propositions qu’ils savent exaspérer les citoyens français en les faisant porter par un panel de citoyens issu d’une expérience de psychologie sociale. Comment manipuler un groupe avec quelques personnes (ou de nombreuses personnes) habilement disséminées dans un groupe et manipuler par la même occasion l’ensemble de l’opinion publique ! Et si en plus le confinement a permis d’empêcher tout nouveau mouvement des gilets jaunes, ils ont tout gagné.

 

Mais au fond, tout ceci n’est peut-être qu’une simple variante de l’expérience de Milgram sur la soumission à l’autorité. D’après Wikipédia, «L'obéissance à une autorité et l'intégration de l'individu au sein d'une hiérarchie est l'un des fondements de toute société. Une société a des règles, et par voie de conséquence il existe une autorité, qui permet aux individus de vivre ensemble et empêche que leurs besoins et désirs entrent en conflit et mettent à mal la structure de la société. (...) Ce mimétisme est une façon pour l'individu de ne pas se démarquer du groupe. (...) Ainsi, si l'obéissance d'un groupe veut être assurée, il faut faire en sorte que la majorité de ses membres adhère aux buts de l'autorité

(Source: https://fr.wikipedia.org/wiki/Expérience_de_Milgram)

 

Tout ceci ne serait donc bien qu’une expérience de psychologie sociale, dont la conformité des résultats avec ce qui était attendu par Emmanuel Macron et le gouvernement, du fait de l’objectif confié à cette convention citoyenne, était acquise d’avance !

 

 

Saucratès



15/11/2020
0 Poster un commentaire

A découvrir aussi


Inscrivez-vous au blog

Soyez prévenu par email des prochaines mises à jour

Rejoignez les 39 autres membres