Critiques de notre temps

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Les mathématiques et les réformes socialistes de l'école : un constat d'échec !

Saint-Denis de la Réunion, vendredi 12 avril 2019

 

Un jour en début d'année 2012, mon fils Nicolas est rentré totalement catastrophé et outré de son école primaire. Papa, m'a-t-il dit, «Hollande veut nous piquer deux semaines de vacances scolaires et nous faire travailler un jour de plus dans la semaine». Travailler plus pour apprendre plus, c'était l'idée du programme du candidat François Hollande pour l'école pour l'élection présidentielle de 2012 (je n'ai pas dit candidat socialiste, parce que je ne pense pas que ce mec était socialiste, ni qu'il défendait réellement des idées socialistes, même si son refrain c'était d'être l'ennemi de la finance !). Nicolas Sarkozy, cinq ans plus tôt, avait été élu sur un autre programme tout aussi tape à l'œil : «travailler plus pour gagner plus» ! Mais là, nous avions un programme sensé être socialiste, pensé par un groupuscule de penseurs à la gomme, comme Bruno Julliard, et qui plaisait à la ribambelle de spécialistes autoproclamés de l'école et aux chrono spécialistes des rythmes de l'enfant.

 

Ainsi était né le programme de réforme des rythmes scolaires à l'école primaire, que le candidat Hollande puis le président Hollande a mis en œuvre. Réforme mort née puisqu'elle a été abandonnée par la majeure partie des établissements scolaires français à partir de la rentrée 2017, après la victoire de LREM à la présidentielle et aux législatives de mai 2017. S'il y a bien une chose que je n'ai pas regretté, moi comme des milliers d'enseignants du primaire, c'est bien l'enterrement de cette réforme abrutie et décriée. Mon fils Nicolas m'en a souvent parlé par la suite même s'il n'a pas été concerné, les enfants de l'école primaire catholique où il étudiait ayant fait le choix de rester à la semaine de quatre jours. Et je ne sais pas s'il envisagera un jour de voter pour des socialistes, lorsqu'il aura l'âge de voter, bientôt.

 

Le ministère de l'éducation nationale vient aujourd'hui de faire paraître une première mesure de la réussite de cette réforme avortée, à travers le prisme des résultats de la mesure des compétences des élèves de CM2 en mathématiques. Il s'agit de mesurer en 2017, dix ans après la dernière étude, le niveau des jeunes écoliers de CM2 en compétences mathématiques et de les comparer aux précédents resultats mesurés en 1987, en 1999 et en 2007. De façon idoine, ce premier résultat va permettre de mesurer l'excellence des idées socialistes de 2012, cinq années apres leur mise en œuvre. C'était le principal argument de la réforme socialiste des rythmes sclolaires : la baisse du niveau des élèves du primaire et la nécessité de les redresser.

 

Et le résultat obtenu en 2017 en matière de compétences en mathématiques est à la mesure de l'intelligence de cette réforme des rythmes scolaires : jamais le niveau en mathématiques des élèves français n'a été aussi faible, aussi bas, qu'en 2017. Cette réforme était merdique, dans sa mise en oeuvre mais aussi dans sa conception, et dans son principe même. On en voit aujourd'hui les résultats, cinq après. 

 

Vous trouverez ci-après les résultats de 2017. L'enquête émane de la DEPP, «Direction de l'évaluation, de la prospective et de la performance»

https://cache.media.education.gouv.fr/file/2019/91/1/depp-ni-2019-19-08-evolution-des-performances-en-calcul-des-eleves-CM2-a-trente-ans-d-intervalle-1987-2017_1103911.pdf

 

Ainsi que les résultats précédents tels qu'ils avaient été publié en 2007

http://www.cafepedagogique.net/lexpresso/Documents/docsjoints/NI-0838.pdf

 

Et enfin l'article du Monde qui a rendu compte de cette enquête du ministère de l'éducation nationale.

https://www.lemonde.fr/societe/article/2019/04/05/mathematiques-le-niveau-des-ecoliers-plonge_5446009_3224.html

 

Il y a une diminution régulière, drastique du niveau des écoliers de CM2 en mathématiques entre 1987 et 2017. Comme l'écrivent les rédacteurs de la note de 2017, «ainsi en 2017, plus de neuf élèves sur dix ont un niveau inférieur ou égal à la médiane des performances de 1987 et près de six élèves sur dix ont un niveau inférieur au premier décile.» En clair, cela signifie que 60% des écoliers de CM2 de 2017 sont aussi mauvais que les 10% les plus mauvais de 1987 ! Ou encore autrement dit, que plus de la moitié (60%) des enfants de 2017 sont aussi mauvais en calcul que les 10% les plus mauvais de 1987 ! Ce n'est pas très rassurant pour l'avenir de nos enfants ! 

 

Image calcul 30 ans.png

 

Cette même enquête fait également apparaître que même les enfants des classes sociales les plus favorisées en 2017 (à savoir les enfants des cadres et professions intellectuelles supérieures) ont des niveaux de résultats moyens à peine comparables aux enfants du milieu social le plus défavorisé scolairement en 1987 (à savoir les enfants des retraités). En moyenne, le score des enfants de tous les milieux sociaux ont baissé de près de 60 à 80 points, mais l'échelle des écarts en fonction du niveau social des parents s'est réduit, passant de 80 points (de 200 à 280 points) à 50 points (de 150 points à 205 points) !

 

Cela correspond tout à fait au leitmotiv des socialistes qui visent l'égalitarisme par le bas. Quand tous les enfants seront au niveau zéro, ils seront tous égaux ! 

 

La publication de la DEPP-DIV du ministère de l'education nationale n'est pas très prolixe. Pas de jugement sur la réforme des rythmes scolaires qui aurait pourtant dû se traduire par une amélioration des résultats si elle avait servi à quelque chose ! Pas d'analyse sur les méthodes d'enseignement des mathématiques (et des autres matières scolaires) à l'école primaire. Juste quelques chiffres et quelques graphiques comme si ces résultats étaient trop dangereux pour en tirer des conclusions. Juste un rendu de l'augmentation de la non-réponse dans ces questionnaires, mais avec une interprétation qui me laisse sceptique : «Ces résultats traduisent sans doute le fait que les élèves ne rentrent pas dans une tâche complexe nécessitant plusieurs étapes».

 

Mon fils Nicolas (toujours lui), aujourd'hui âgé de quinze ans, me semble plus proche de la réalité dans son interprétation de ces mêmes faits : le système scolaire francais privilégie tellement la notation de l'échec que les élèves préfèrent ne rien mettre que de mettre un résultat faux. Dans les systèmes scolaires étrangers qu'il a pu voir (uniquement le système allemand), une fausse réponse n'est pas une faute impardonnable, entourée au stylo rouge, pointée du doigt par l'enseignant, faisant perdre des points. Du coup, les élèves ont moins peur de perdre de points, d'être moqués ou jugés et ils ont ainsi moins peur de donner une réponse dont ils ne sont pas sûrs, et au final, ils ont moins peur de se tromper et ils ont plus de chance de trouver une bonne réponse, même s'ils n'en sont pas certains ! 50% de chance de se tromper, c'est toujours mieux qu'une non-réponse !

 

Je vais essayer d'aller plus loin que les rédacteurs de cette note, qui a pourtant le mérite d'exister. Premièrement, ces résultats selon moi doivent conduire à mesurer la qualité de la réforme socialiste des rythmes scolaires, même si cette réforme ne peut pas être la seule cause de la dégradation des résultats mesurée. Cette réforme n'a eu aucun impact positif sur les résultats des enfants de CM2 en 2017, alors que ces enfants ont baigné pour une grande part dans cette réforme, pendant 4 à 5 ans. C'est le premier point qu'il ne faut pas oublier : cette réforme n'a eu aucun résultat sur les résultats des eleves en mathématiques. Au mieux elle était neutre. Au pire, elle est responsable de cette dégradation importante.

 

Dans un deuxième temps, il faut selon moi pointer la responsabilité de la réforme des méthodes d'enseignement au primaire et plus largement dans le secondaire. J'ai toujours été frappé par l'absence de leçons de mathématiques que les élèves (mes enfants) pouvaient copier, apprendre, réviser après la classe. On ne donne plus de cours aux élèves, on les fait appprendre par le biais d'exemples, par le biais d'exercices, et c'est à eux d'en déduire des règles et des méthodes ! C'est cette aberration d'enseignement qui veut que l'enseignant n'apporte pas la connaissance à l'enfant mais qu'il la fasse sortir des connaissances mêmes de l'enfant. C'est l'art de la maïeutique de Saucrate et de Platon, mais adapté à un public pour lequel cela n'a aucun sens. Saucrate et Platon utilisait cette technique avec des adultes déjà formé, pas avec des enfants vierges de toute connaissance.

 

Il faut réformer les méthodologies d'enseignement en France ; les méthodes d'apprentissage par les exercices, par le vécu des enfants ne marchent pas, comme cette enquête sur les compétences en mathématiques des enfants de CM2 le démontre parfaitement. Cette methode d'apprentissage donne des résultats de plus en plus mauvais ; il faut arreter. Les enfants ont besoin d'apprendre des leçons, d'entendre raconter des histoires, d'apprendre des règles. Cela ne développe pas leur esprit critique, ou du moins, il existe d'autres méthodes pour y arriver, sur d'autres sujets. Cela n'améliore pas leur intérêt pour l'ecole ; la preuve, tous deviennent plus mauvais que leurs homologues des années 1987, 1999 et 2007. 

 

Dernières pistes d'explications qui vient se surajouter aux précédentes ; l'explication de l'importance des non-réponses. Il faut réformer également les méthodes de notation. Pas seulement les méthodes d'apprentissage, mais également les méthodes de notation et d'appréciation. Il n'est nul besoin de mettre des cartons aux élèves, des mauvaises notes, ou de juger publiquement les erreurs des élèves que les enseignants ont en face d'eux. Nul besoin de toujours plus punir, sévir. La loi sur l'interdiction des téléphones portables en est un parfait exemple. Ce n'est pas du tout ce que mon fils Nicolas a pu observer dans des classes allemandes, qui ont pourtant de bien meilleurs resultats que les élèves français. Il faut encourager les élèves français à tenter de trouver les bonnes réponses et pas du tout à punir l'erreur comme le système francais d'éducation aime le faire !

 

Ces résultats en compétences en mathématiques devraient conduire à une action ; réformer les méthodes d'apprentissage, les méthodes d'enseignement et les méthodes d'évaluation du système scolaire francais ! Ce Sont les enseignants qu'il faut réformer, eux et leurs écoles de pensée et de formation. Et en cessant de ne penser qu'en terme de sanctions, de punition et d'interdiction ! Comment s'appelle l'alternative à cette méthode ? La co-construction et l'égalité entre les enfants, les collégiens, les lycéens et les enseignants ? Ce n'est peut-être pas compatible avec l'idée d'un savoir apporté d'en haut par l'enseignant. Mais le système scolaire actuel n'est pas plus sensé : l'idée de l'enfant au centre du système scolaire, la co-construction du savoir (mais comment construire à partir de rien) mais aussi la généralisation, la banalisation des interdictions et des sanctions !

 

 

Saucrates



12/04/2019
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