Critiques de notre temps

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Le mystère de l’écriture pascuane

Le mystère de l’écriture pascuane

Par Saucratès 

Saint-Denis de la Réunion, mercredi 2 avril 2025

 

L’écriture pascuane, ou écriture de l’Ile de Pâques, aussi dénommée Rongorongo, est un mystère, pour son déchiffrement tout comme pour son origine.

 

  • Date-t-elle de son peuplement par un peuple polynésien du 4e siècle apr. JC. ou bien du 11e siècle ?

 

  • Ces peuples seraient-ils arrivés sur cette île avec ce système d’écriture déjà établi comme certaines légendes de Rapa Nui le racontent ? Mais pourtant aucune autre trace d’une quelconque langue écrite n’a été trouvé ailleurs sur les autres îles polynésiennes.

 

  • Comment une île isolée de tous aurait-elle pu donner naissance à une écriture en à peine un millénaire voire moins ?

 

  • Enfin, certains ont imaginé que les habitants de Rama Nui auraient inventé cette écriture après le premier contact avec des Espagnols arrivés sur l’île en 1770. Cela suppose qu’en un siècle seulement, jusqu’aux années 1870, l’écriture aurait franchi toutes les phases, de sa naissance à sa mort. Le signe n°680 qui représente l’image d’un oiseau à deux têtes est interprété par S. Fisher comme un signe inspiré de l’aigle bicéphale de la Russie, vu sur les drapeaux d’un bateau russe au début du 19e siècle.

 

https://essentiels.bnf.fr/fr/focus/ccedf656-ee2e-4569-aaa0-596236964263-mystere-ecriture-ile-paques-1

 
Mais cette dernière hypothèse est contredite par la découverte que l’une de ces tablettes de bois utilisées a été daté en 2024 du quinzième siècle, provenant d'une espèce d'arbre non native de Rapa Nui, le Podocarpus latifolia, plutôt originaire du sud-est de l'Afrique. Cette tablette aurait ainsi inscrite sur un bois flotté porté par l’océan jusqu’à Rapa Nui.

 

Géo conclut sur une affirmation de Rafal Wieczorek, chimiste de l'université de Varsovie (Pologne) : «Je crois vraiment que le rongorongo est l'une des très rares inventions indépendantes de l'écriture dans l'histoire de l'humanité, comme l'écriture des Sumériens, des Égyptiens et des Chinois.»

 

https://www.geo.fr/histoire/ile-de-paques-revelations-sur-ecriture-encore-tres-secrete-de-ile-rongorongo-tablette-bois-glyphes-218773

 

En l’absence de la découverte d’une pierre de Rosette, de systèmes d’écritures apparentés et d’autres éléments qui pourraient servir de clé directe au déchiffrement, l’analyse statistique devient l’instrument le plus efficace. 

 

Que sait-on de l’écriture pascuane ?

Le corpus disponible comprend vingt-cinq (ou vingt-six) textes contenant à peu près 17 000 signes. La plupart des textes sont gravés sur des tablettes en bois avec une technique de boustrophédon renversé. Un des textes est gravé sur un bâton.

 

Ecriture en boustrophédon inversé : pour le lire, commencez en bas à droite et progressez vers la gauche ; en fin de ligne, tournez le texte de 180 degrés et lisez la ligne suivante, en continuant de cette façon jusqu'en haut.

 

Nota : L’écriture en Boustrophédon a concerné quelques langues antiques anciennes comme le grec et le latin avant le quatrième siècle avant notre ère. On trouve d’ailleurs quelques textes écrits en Boustrophédon inversé en latin comme le Lapis Niger. 

Les anciens textes en guèzelangue liturgique de l'Église éthiopienne orthodoxe, de l'Église érythréenne orthodoxe et de la communauté Beta Israël, étaient également écrits en boustrophédon.

 

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Selon Konstantin Pozdniakov, le répertoire des signes est très limité : 55 signes, sans compter ceux qui n’apparaissent qu’une seule fois dans le corpus. Dans la norme ISO 15924, ces signes occupent les emplacements 600 à 699, qui correspondent aux  écritures non encore déchiffrées (de classification encore inconnue, telles l’indus et le rongorongo).

 

Thomas Barthel estime de son côté que le répertoire de signes s’élève à 600 signes et est vraisemblablement limité à une cinquantaine de signes d’usage courant, ce qui ne permet pas de penser qu’un signe codifie un mot. Ce nombre limité de signes est plutôt l’indice d’une écriture syllabique. Toutefois, il faut remarquer que les caractéristiques de quelques signes ne correspondent pas aux paramètres statistiques des syllabes dans la langue rapanui. Il n’est pas exclu que ces signes indiquent des mots ou bien représentent des signes déterminatifs.

Le corpus des textes contient notamment une soixantaine de mini-textes (suites de trente à cent cinquante signes) qui se retrouvent dans plusieurs textes avec des combinaisons différentes. Chaque texte représente une mosaïque d’une quinzaine de ces mini-textes.

Selon Konstantin Pozdniakov, cette structure interdit de penser qu’il s’agit de vrais textes (par exemple des mythes, des légendes, etc.). Ce sont plus probablement des listes : des généalogies ou autres listes de noms, des unités de calendrier, des noms de figures de kaikai (figures de ficelle), etc. L’écriture de l’île de Pâques doit ainsi être classée selon lui (comme selon beaucoup d’autres) comme une écriture non encore déchiffrée. 

 

Nota : Partie de l’inventaire basique proposé par Pozdniakov

01020304050607080910141516
222527a28343841444647505253
59606162636667697071747691
9599200240280380400530660700720730901

 

Exemple de courts extraits des tablettes H, P et Q étudiées par des étudiants russes et conservées au misée de Saint-Petersbourg.

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02/04/2025
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