Critiques de notre temps

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Pandémie, panique boursière et politique monétaire européenne

Saint-Denis de La Réunion, samedi 14 mars 2020

 

Mon article précédent traitait déjà de l'existence de la pandémie de Covid 19 (ou coronavirus) et du déclenchement simultané d'une crise ou panique boursière d'une importance disproportionnée. C'était l'objet de mon précédent article. Après, il reste une inconnue : est-on véritablement dans le cas d'une crise ou d'une panique boursière ? Ou bien n'est-ce qu'un simple aléa des marchés ? La réponse n'est pas si simple.

 

Certes, les cours des bourses se sont en moyenne, dans pratiquement toutes les places boursières, effondrées de l'ordre de 33% sur les trois dernières semaines, ce qui traduit une diminution de l'ordre d'un tiers de la valeur de toutes les entreprises cotées sur ces marchés, en moyenne. Certaines actions ont diminué de plus d'un tiers, d'autres de moins. Par exemple, la fonciere Klépierre, qui porte les murs de moults centres commerciaux en Europe, s'est effondrée de 50% (de 34 euros à 17 euros). 

 

Mais il y a peu, au quatrième trimestre 2018, l'ensemble des places boursières mondiales s'étaient également effondrées de 20% entre septembre et décembre 2018. Là aussi, on pouvait craindre le début d'une crise boursière. Et puis, dès le début de l'année 2019, les bourses avaient effacé les pertes enregistrées avant de voler de records en records, jusqu'à dépasser les 6100 points pour l'indice CAC40. Il n'est ainsi pas simple de savoir quand commence une crise boursière, ou une crise financière, et quand il ne s'agit que d'une simple oscillation des marchés boursiers ; une de ces phases de baisse puis de hausse des indices et des cours des actions. Et la logique voudrait que, la crise de la pandémie de coronavirus ne devant pas s'installer durablement, les cours boursiers devraient se reprendre ; tout ceci ne devant être qu'une péripétie de la marche des marchés financiers. À moins que la crise boursière ne soit plus grave, qu'elle repose sur une surévaluation des cours boursiers début 2020, et que la panique boursière continue d'enfler jusqu'à ce que la baisse devienne si importante que le marché puisse enfin repartir à la hausse. 

 

Car le fonctionnement des marchés financiers et boursiers ne repose essentiellement que sur la psychologie des foules. Lorsque la foule croit que les marchés progressent, les cours du marché progressent, quitte à faire rentrer des clients moins qualifiés, moins habitués à la Finance et à ses pièges, comme les petits porteurs. Par contre, lorsque la foule craint que les marchés baissent, les cours du marché baissent, jusqu'à ce qu'ils atteignent un tel niveau de faiblesse que la majorité des acteurs cessent de jouer la baisse pour recommencer à croire majoritairement à une hausse des cours. Cette crise n'est pas différente des précédentes ni des prochaines crises qui se produiront évidemment dans les prochaines années. Pour le CAC40, le bas de ce cycle de baisse se trouve-t-il à 4000 points comme aujourd'hui, ou bien à 3000 points, ou bien vers 2500 points comme en 2008 ou en 1999 ? Seules les prochaines semaines boursières nous éclaireront sur la poursuite ou non de ce mouvement baissier. Certaines personnes vont parler d'effondrement generalisé des bourses puis des prix, car il est normal que ces moments d'angoisse réveillent les pires craintes et les pires imaginations de tous ceux qui se présentent comme des gourous, comme des maîtres à penser, comme des guides des boursicoteurs apeurés ou craintifs. 

 

Faut-il empêcher ou combattre ces crises boursières ? Non évidemment. Il n'existe pratiquement aucun outil qui permette une croissance régulière et ininterrompue des indices des places boursières. On ne peut pas empêcher la psychologie des marchés ni celle des foules. Par le biais de la politique monétaire, on peut juste tenter d'empêcher que des manipulateurs et des spéculateurs arrivent à s'enrichir opportunément sur le dos des autres intervenants des marchés, tout particulièrement les petits porteurs. C'est la raison pour laquelle il existe des outils que l'on range sous le vocable de politique monétaire. La crise financière de 2007-2009 avait vu l'apparition de nouveaux outils de cette politique monétaire, non pas pour combattre les spéculateurs et leurs spéculations, mais pour rassurer les marchés financiers et les intermédiaires. 

 

Ce sont pour l'instant les mêmes types d'outils qui sont mis en oeuvre par les autorités monétaires mondiales pour tenter de rassurer les marchés financiers et empêcher la survenue d'une crise financière plus large, qui toucherait les banques et les établissements financiers, puis les entreprises elles-mêmes à travers le canal de l'offre de crédit. 

 

Mais la Banque centrale européenne n'a pas réussi depuis la fin de la crise financière de 2007-2009 à régulariser sa politique monétaire. Alors que la Réserve Fédérale Americaine avait réussi ses dernières années à remonter ses taux directeurs pour rétablir sa capacité à influer sur la survenue d'une nouvelle crise financiere, comme on vient de le voir, ce n'est pas le cas de la BCE. Les taux directeurs de la FED ont réussi été relevés à plusieurs reprises au cours des deux dernières années, même si cela avait suscité la colère et l'indignation de leur president Donald Trump, et avait entraîné le remplacement/limogeage de son gouverneur par un Donald Trump énervé. Celui-ci ne comprendra pas qu'en faisant cela, les membres de la Réserve Fédérale américaine lui ont permis de pouvoir agir pour combattre cette crise financière qui se profile. Les americains devraient les remercier pour leur clairvoyance. La gouverneure de la FED remerciée ne sera pas considérée comme le gourou de Wall Street, comme certains de ses prédécesseurs. Mais elle le mériterait pourtant.

 

En tout cas, elle a fait ce que les dirigeants de la Banque centrale européenne n'ont pas réussi ou n'ont pas voulu faire : rétablir la capacité de la politique monétaire européenne. Aussi, il était risible d'entendre les attentes des commentateurs journalistiques, qui anticipaient les réactions de la BCE et de sa gouverneure Christine Lagarde. Que pouvait-elle faire sachant que les taux directeurs de la Banque centrale européenne étaient toujours en territoire négatif, plus de 10 ans apres la précédente crise financière ! Il n'était pas venu à l'idée de ses prédécesseurs d'entamer, en même temps que la Réserve Fédérale américaine, la remontée de ses taux directeurs pour rétablir une capacité d'influence de la politique monétaire en Europe. Le conseils des gouverneurs a certainement préféré demeurer les servants préférés des décideurs politiques européens ou des patrons des grandes entreprises. Sauf que face à la survenue des prémices d'une nouvelle crise financière, la BCE est aujourd'hui totalement démunie, avec des taux directeurs déjà largement négatifs, des taux de financement des États européens aussi négatifs, qui leur permet de se refinancer à des taux extrêmement favorable, ou plutôt, des trouver des expédients budgétaires leur permettant de masquer une partie du déficit budgétaire étatique (en tout cas pour la France).

 

Aujourd'hui, la BCE et sa gouverneure n'ont pratiquement aucun outil pour influer sur la survenue de cette probable crise financière qui se prépare. Il n'y aura crise financière que si la crise boursière actuelle (ou plutôt la chute des cours boursiers) ne se diffuse au reste de l'économie par le biais du canal de l'offre du crédit, si les banques restreignent leurs financements, ou si une progression des défaillances des emprunteurs ne vient fragiliser les banques et les établissements financiers et les contraint à réduire leur offre de financements. Ou bien si le marché financier ne se grippe une nouvelle fois, comme en 2008-2009, parce que les établissements financiers auraient peur du risque de défaut de l'un d'entre eux. La BCE et sa gouverneure n'ont simplement comme derniers outils disponibles que l'octroi de facilités de financement toujours plus grandes aux banques de l'eurosystème. À moins qu'elles ne décident de mettre en œuvre de nouveaux outils jamais mis en œuvre, comme la monnaie hélicoptère. C'est-à-dire le déversement directement sur les ménages de tombereaux de financements, comme s'ils les déversaient depuis des hélicoptères sur la foule des badauds. Ce que Milton Friedman, le pape du monétarisme, avait imaginé et avait appelé «monnaie hélicoptère».

 

 

Saucratès



14/03/2020
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