Critiques de notre temps

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Morale et culpabilité

Morale et culpabilité

Par Saucratès 

 

Saint-Denis de La Réunion, samedi 8 janvier 2022


Mes réflexions de ce samedi soir porteront sur la notion de culpabilité et de morale. Vous avez tous remarqué je pense que certaines personnes ne semblent nourrir aucune forme de culpabilité, de remords, de honte lorsqu’elles sont prises en faute, lorsqu’elles violent des lois ou des règles, lorsqu’elles font le mal ou y participent. On l’observe dans la vie de tous les jours, mais l’un des endroits où ce genre de comportements est le plus criant est sur la route, en conduite automobile. Le genre de conducteur ou de conductrice qui vous brûle une priorité, ou qui manque de vous écraser sur un passage protégé pour les piétons, mais qui se contente de vous faire un doigt d’honneur, ou qui hausse dédaigneusement les épaules. Mais le monde de la conduite automobile n’est que l’endroit où ce genre de comportement est le plus visible, le plus emblématique, ce monde est les règles et les interrelations entre des gens qui ne se connaissent absolument pas sont les plus sensibles, l’endroit où l‘on croise le plus de monde que l’on ne connaît pas, que l’on ne croisera jamais ailleurs.

 

Ces gens qui ne connaissent pas la culpabilité, la responsabilité, le vivre-ensemble, ces gens-là, vous ne les rencontrez que dans très peu d’endroits : la route et la conduite automobile, le monde du travail également, et les grands magasins. Mais dans ces deux derniers endroits, le plus souvent, vous ne faites que croiser la route de ces gens-là, dans un bref moment, le plus souvent vous ne les voyez même pas, vous ne croisez pas leur regard - vous déroulez votre travail ou votre vie à côté de la leur. Ces gens-là, vous le les croiserez normalement jamais dans votre cercle d’amitié, parce que normalement, vous n’avez vraisemblablement rien à voir avec eux.

 

Ma question sur ces gens-là, c’est de savoir si on peut dire qu’ils sont ou non dotés d’une morale, d’un sens moral ? Cette personne incapable de s’excuser sur la route et de reconnaître sa faute, sa responsabilité, de s’excuser, même si vous ne l’entendez pas, cette personne persuadée d’être dans son droit, dans son bon droit, persuadée que le monde entier lui doit quelque chose, qu’elle a des droits et en aucun cas le moindre devoir envers les autres, cette personne-là est-elle au fond dotée du moindre sens moral, ou bien inversement, cette personne-là est-elle privée de tout sens moral, de toute morale, de toute forme de conscience ?

 

Je pense pour ma part que l’existence d’une morale chez une personne est intimement liée à la présence, ou la connaissance de la culpabilité. Si une personne n’est pas capable de se sentir coupable, même pour une simple peccadille, cette personne-là ne peut pas être morale. Sans reconnaissance de sa propre culpabilité, sans capacité à s’excuser même pour de simples peccadilles, on ne peut pas se considérer soi-même, et encore moins les autres (mais ce n’est pas cela qui compte), comme une personne morale, une personne éthique, une personne bonne. 

Ces personnes-là, persuadées de leurs droits, persuadées qu’on leur doit des choses, ces gens-là ne sont pas doués de morale. Ce sont des gens privés de ce qui fait un humain, de ce qui fait l’humanité. Des gens amoraux.

 
Mon analyse ne souffre cependant que d’au moins une limite ; le cas où cette personne ne sait pas qu’elle enfreint des règles, des lois, lorsqu’elle les viole. Si cette personne ne sait pas qu’elle enfreint des lois ou des règlements, des normes, en agissant d’une certaine manière, comment pourrait-elle se sentir coupable ? Et comment pourrait-on la considérer comme dénuée de morale pour cette raison ? Prenons l’exemple d’un hindou pratiquant qui considère que la vache est un symbole sacré, ou un musulman ou un juif pratiquant qui considère que là viande de porc est un aliment interdit à la consommation. Si je consomme soit du porc soit du bœuf, ces personnes pourraient considérer que je viole leurs lois et leurs usages, et ils pourraient considérer qu’à leurs yeux, je suis amoral. Si je vis dans leurs pays, je serais normalement astreint à respecter leurs règles. Mais pas en France. 

Ces personnes que je décris donc comme amorales, privées de morale, ne considèrent peut-être pas que nos lois, nos règlements, s’appliquent à eux. Mais cela voudrait donc dire que ces personnes ne seraient donc pas amorales, mais refuseraient simplement de reconnaître nos lois comme les leurs, comme des lois les engageant en tant que citoyens de notre pays ?

 

Comment un citoyen français, ou une personne habitant en France, pourrait-il refuser de reconnaître et de respecter les lois françaises ? D’une certaine manière, j’en reviens à ma première interprétation. Une telle personne est forcément amorale si elle refuse de respecter les règles de l’Etat dans lequel elle vit. 

La culpabilité est donc ainsi le signe que nous avons une âme et que celle-ci combat ainsi pour racheter nos fautes. Celui qui n’aurait pas connu la faute, la chute, ne pourrait ainsi pas être considéré comme bon ? Mais tout faire dépendre de la faute, de la culpabilité n’est-il pas excessif, extrémiste, synonyme d’une image de Dieu terrible, courroucé, à cent mille lieux d’un Dieu de pardon et de miséricorde ?

 

 

Saucratès



08/01/2022
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