Critiques de notre temps

Critiques de notre temps

Légitimité des organisations syndicales (4)

 

Réflexion vingt-six (21 décembre 2012)
Les syndicats, leurs négociations nationales et les conséquences subies par les simples salariés ...

 

Cela fait de nombreux mois que je n'avais plus écrit sur le sujet de la légitimité des organisations syndicales de salariés (mais la même interrogation doit également valoir pour les syndicats patronaux). Je voudrais ici réagir aux nouvelles négociations qui se tiennent actuellement autour de quelques thèmes importants (notamment la sécurisation de l'emploi) entre les syndicats de salariés et les organisations patronales.

http://www.lemonde.fr/politique/article/2012/12/17/negociation-emploi-pour-l-instant-ce-n-est-pas-signable-selon-la-cfdt_1807276_823448.html

 

Il est important de rappeler que ces négociations qui se tiennent régulièrement ont des impacts sur notre vie professionnelles et sur nos droits sociaux. Certaines se tiennent de manière régulière et rythment les relations paritaires, sur les Assedics, la Sécurité sociale ou les caisses de retraites ARRCO-AGIRC. D'autres ont une importance beaucoup plus grande et ont des répercussions majeures sur les conditions d'exercice de notre activité professionelle ou nos activités syndicales.

 

Ce que je regrette, c'est que des organisations peu transparentes et pas démocratiques est le pouvoir de signer et de parapher de tels textes, dont les conséquences peuvent impacter de manière importante nos vies. A l'heure où certains syndicats apposeront probablement leur signature à ces textes dont l'objet serait la sécurisation de l'emploi, à l'heure où certaines organisations syndicales, au premier rang desquelles il faut compter la CFDT, seront certainement tenter de s'entendre avec le patronat, pour leur offrir ce que celui-ci souhaite, une sécurisation des plans sociaux, et auquel ces syndicats seront prêts à leur offrir les victimes expiatoires que le patonat demande, à savoir les représentants du personnel, en échange de je ne sais quels pseudo-avantages ridicules, de je ne sais quel quolifichet inutile, il me semble intéressant de revenir sur une précédente grande négociation de ce type, dont on commence aujourd'hui seulement à mesurer les effets réels sur notre activité syndicale, à nous misérables syndicalistes de base.

 

Cette grande négociation était la pierre de rosette de Nicolas Sarkozy, visant réforme de la démocratie sociale et de la représentativité syndicale. Cette négociation a conduit la CFDT et la CGT à signer une position commune sur ce sujet avec le MEDEF et la CGPME le 9 avril 2008. Les autres syndicats de salariés n'avaient pas accepté de signer cette position commune. Cet accord a été transposé dans le droit du travail par la Loi n°2008-789 du 20 août 2008 portant rénovation de la démocratie sociale et réforme du temps de travail.

http://fr.wikipedia.org/wiki/Représentativité syndicale en France

http://www.net-iris.fr/veille-juridique/dossier/19971/la-loi-portant-renovation-de-la-democratie-sociale-et-reforme-du-temps-de-travail.php

 

Plus de quatre ans après cet accord et sa transposition dans le code du travail, que faut-il penser de ces dispositions, de ses conséquences et des motifs qui ont conduit les signataires à signer ce texte ? Les représentants syndicaux de nombre de sections syndicales, qu'elles appartiennent aux petits syndicats non signataires ou aux gros syndicats signataires, ont eu à pâtir de ses dispositions. Des syndicats qui n'ont pas fait les 10% de voix nécessaires dans les entreprises se sont vus retirer leurs mandats. Des syndicats qui n'ont pas eu d'élus dans certains comités d'entreprise se sont aussi vus privés d'accès à ce lieu d'expression, à ce forum pour défendre, représenter les salariés. Des sections syndicales qui n'avaient pas présenté dans les temps leurs listes pour le premier tour des élections se sont vus interdire de désigner un délégué syndical.

 

Pour avoir vécu cette loi et ses conséquences dans mon entreprise et dans d'autres entreprises, je sais que des sections CFDT et CGT ont été impactées par cet accord et cette loi signés par leurs propres organisations syndicales. Les signataires de cet accord savaient-ils que certains de leurs adhérents auraient à pâtir de ce texte ? Certainement. Mais il y a une telle distance entre les syndicalistes qui négocient, à mille lieux des entreprises, eux qui n'ont plus mis les pieds dans une entreprise depuis tant d'années, après des années d'appareils syndicaux et de détachement, et la base des militants et des syndicalistes qui vivent au jour le jour le syndicalisme dans les entreprises et dans les administrations ! Cette idée idiote et débile de penser que des élus qui ne feraient pas 10% des voix, qui n'auraient pas d'élus dans une élection ne mériteraient pas de demeurer syndicalistes et feraient mieux de laisser la place à d'autres ! Une vue d'apparatchiks ayant passé trop d'années au sein de l'appareil syndical, coupé de la réalité du syndicalisme de terrain !

 

Cette loi et cet accord sont mauvais ! Leurs signataires syndicaux de la CGT et de la CFDT voulaient certainement bénéficier du processus de fusion qui selon eux naîtrait de ces nouvelles règles. Quatre ans plus tard, il n'en est toujours rien. Et des apprentis sorciers syndicalistes ont aidés à faire disparaître des critères inscrits dans le marbre juridique, reposant notamment sur l'attitude patriotique durant la seconde guerre mondiale, pour la remplacer par une mesure totalement délirante d'une course à la représentativité syndicale, dont les principaux perdants sont les représentants du personnel de base dans les entreprises et les administrations ... et en dernier ressort les salariés eux-mêmes.

 

 

Réflexion vingt-cinq (5 juillet 2011)
De l'idée idiote de la constitutionnalisation du dialogue social développée par certains ...

 

Cette idée est développée par le MEDEF et sa présidente, Madame Parisot ... Mais elle est également évoquée par au moins l'un des candidats socialistes, François Hollande ainsi que par certains responsables syndicaux comme François Chérèque, de l'organisation syndicale CFDT ... Derrière cette idée de constitutionnalisation, on peut entendre un certain nombre de choses différentes ... mais elles ont toutes en commun de vouloir accorder un pouvoir législatif plus ou moins étendu à la négociation sociale et aux 'partenaires' sociaux ... (autant que l'on puisse dire que syndicats et patronat soient 'partenaires' !) ...

Comme je l'ai pourtant déjà développé, cette idée de constitutionnalisation du dialogue social est une aberration, une erreur abominable, affolante, idiote ...

Elle repose d'abord premièrement sur l'idée véritablement idiote que l'on peut faire confiance aux représentants du patronat ... A-t-on oublier l'époque où le baron Ernest-Antoine Seillière était à la tête du MEDEF/CNPF et de l'absence de toute possibilité de négociation avec le patronat ? Imagine-t-on que ce temps ne peut pas revenir, que le MEDEF ou le CNPF ne peuvent plus avoir un tel dirigeant ? Ne peut-on pas plutôt penser ou imaginer que la volonté de négocier actuellement du MEDEF n'est qu'un artifice pour faire croire que l'on peut lui accorder un tel pouvoir, que l'on peut lier les mains du législateur en lui imposant d'avoir l'accord des syndicats et du patronat avant d'édicter la moindre loi en matière sociale ...

 

Accorder le pouvoir législatif, ou constitutionnaliser le dialogue social, ce serait confié au patronat un droit de véto sur toutes les avancées sociales en France, un droit de retour en arrière au temps béni du patronat du dix-neuvième siècle ! Ce serait confié au loup les clefs de la bergerie et la surveillance des moutons !

Cette idée de constitutionnalisation du dialogue social présente deuxièmement un biais indépassable lié à l'absence de toute légitimité démocratique des organisations syndicales représentant les salariés , qu'il s'agisse de la CFDT, de la CGT ou de toute autre syndicat ... ou des organisations patronales ... Cette absence de légitimité démocratique peut s'analyser à deux niveaux : la représentation des salariés eux-mêmes, et la désignation des organes et des dirigeants au sein même de ces organisations ...

Ceux qui ont découvert la face sombre des syndicats et de la lutte acharnée pour le pouvoir qu'on y observe me feront peut-être crédit ! On peut également se reporter à mon billet du 7 juin 2010 ci-après sur le même sujet ...

La seule forme de démocratie qui existe dans le monde syndical existe au niveau des entreprises, et évidemment, c'est à ce niveau qu'il est envisagé de vérifier la légitimité des syndicats ! Mais les syndicats ne sont présents que dans une infime proportion des entreprises ... les plus grandes souvent ... la proportion de leurs adhérents se restreignant à moins de quelques pourcents des salariés en général.

Par ailleurs, cela ne représente pas une mesure de légitimité, mais tout au plus une mesure d'audience. Imaginerait-on, parce que certains partis politiques recueillent un certain pourcentage de voix dans les élections municipales dans des petites communes françaises, de leur confier le droit de désigner eux-mêmes leurs représentants au parlement pour faire les lois, sans aucun vote démocratique ? Car aujourd'hui, entériner le choix de la constitutionnalisation du dialogue social, ce n'est rien d'autre que cela ...

Plus consternant encore est l'absence de toute démocratie au sein même de ces structures, en dehors des sections syndicales d'entreprise, seul endroit dans les syndicats où un homme égale une voix et où tous les syndiqués ont le même poids. Au-delà de la section syndicale, dès que l'on arrive au niveau du syndicat, de la fédération, des unions ou des confédérations, on ne parle plus que du nombre de timbres de chaque section ou syndicat ou fédération, comme si l'on était dans de vulgaires holdings capitalistes où chaque actionnaire souhaiterait être représenté à hauteur de sa participation. Un homme n'y est plus égale à une voix ni aux autres ; et il n'y a plus que des combats de personnes, des guerres intestines, des luttes de pouvoir mesquines et de petites gens se battant pour de petites ou grandes responsabilités, de petites ou grandes rémunérations, sans regard pour les véritables enjeux économiques ou sociaux ...

Cette critique se porte sur le fonctionnement même de la CFDT, la confédération française démocratique du travail, mais peut être généralisé à la majeure partie des autres syndicats, hormis SUD et les Solidaires qui privilégient un syndicalisme véritablement démocratique ... François Chérèque et ses acolytes du bureau national ne se maintiennent au pouvoir au sommet de la CFDT que grâce à des mécanismes non-démocratiques et à une forme malsaine de clientélisme, reposant sur des désignations en cascade de représentants sans aucune légitimité véritable, de potentats locaux ...

Confier à de telles personnes mesquines et sans aucune légitimité le pouvoir de dire le droit est une aberration sans nom ... en d'autres termes, c'est confier les clefs du droit social à une assemblée de loups représentant le patronat et de renards et de hyènes ne représentant plus depuis longtemps les salariés ...


Réflexion vingt-quatre (5 novembre 2010)
Quelques idées à destination des hommes (ou femmes) politiques pour améliorer la légitimité des organisations syndicales


J'avais écrit cet article en décembre 2006, mais il reste encore d'actualité ...

Que ce soit à l'UMP ou au Parti socialiste, que l'on écoute Nicolas Sarkozy ou ses adversaires socialistes, le poids insuffisant des syndicats dans les entreprises et plus largement dans la vie économique et sociale en France est régulièrement mis en question. Le même constat est également réalisé par les candidats de la gauche alternative.

Evidemment, Nicolas Sarkozy croit vraisemblablement avoir résolu définitement le problème avec sa loi sur la réforme de la représentativité des syndicats. Il faut néanmoins savoir que cette loi de réforme du dialogue social ne change rien en faveur des salariés et des syndicats. Elle permet simplement à un beaucoup plus grand nombre d'entreprises de contester la présence de syndicats dans leurs entreprises, ou d'en limiter le nombre. La représentativité des organisations syndicales ne sort pas renforcée de cette loi ; le seul espoir des grandes confédérations, ce sera d'être gagnantes dans les mouvements de concentration entre syndicats qu'ils anticipent.

 

Je n'ai toujours pas compris les raisons qui ont conduit la CFDT et la CGT à signer la position commune avec les organisations patronales, et à échanger la présomption irréfragable de représentativité dont ils bénéficiaient (comme les trois autres vieilles organisations syndicales) pour une représentativité à démontrer (mais qui ne met en difficultés que les sections d'entreprises, à mille lieux des préoccupations de leurs leaders nationaux). Qu'avaient-ils à y gagner ? Le recul d'autres syndicats ?

Et pourtant, les raisons qui expliquent la faiblesse des syndicats français sont simples. Il ne s'agit pas de raisons financières. Payer une centaine d'euros de cotisations annuellement n'est pas inaccessible. L'explication de la faiblesse des syndicats tient en leur impuissance sociale (même si cela peut paraître bizarre en liaison avec le mouvement social sur les retraites qu'ils viennent d'orchestrer).

Il existe deux ou trois pistes possibles pour renforcer leurs pouvoirs dans l'entreprise, et rendre utile l'adhésion des salariés à un syndicat.

Premièrement, on peut appliquer le modèle suédois, et conditionner le bénéfice de prestations sociales à l'appartenance à un syndicat gestionnaire. Cette idée devrait plaire au parti socialiste.

Deuxièmement, on peut appliquer le modèle américain, et conditionner le bénéfice des accords sociaux dans les entreprises à l'appartenance aux syndicats signataires. Cette idée devrait plaire à l'UMP.

Troisièmement, on peut appliquer le modèle allemand ou rhénan, et appliquer la co-gestion patronat-syndicats. Cette solution aurait l'avantage d'associer les syndicats à la gestion des entreprises, et de cesser de faire des instances représentatives du personnel des chambres d'enregistrement des décisions des patrons.

Toute autre modification risque d'être simplement cosmétique, comme celle de l'UMP ou celle défendue par les secrétaires confédéraux de la CGT ou de la CFDT.


Réflexion vingt-trois (28 septembre 2010)
Une nouvelle attaque de la Droite gouvernementale contre les trente-cinq heures


Après les retraites, le gouvernement et le parti majoritaire UMP entendent également une nouvelle fois s'attaquer aux trente-cinq heures. Mais comme la fois précédente, ils ne l'attaqueront pas de front, mais à travers une argumentation détournée et des mensonges invraisemblables. Rappelons-nous, leur précédente réforme n'en était pas véritablement une. L'objectif était de permettre de laisser le choix aux français qui voulaient travailler plus de pouvoir travailler plus et gagner plus, grâce à la non-fiscalisation du paiement des heures supplémentaires.
http://www.lemonde.fr/politique/article/2010/09/27/la-fin-des-35-heures-nouveau-cheval-de-bataille-de-jean-francois-cope_1416289_823448.html

Au fond, cette réforme n'a peut-être pas gêné tant de monde, surtout lorsque l'on sait que les trente-cinq heures n'ont pas rencontré une franche adhésion de nombreux employés parce qu'elle s'est accompagnée d'une longue modération salariale qui a entraîné une non adhésion de nombreux bénéficiaires des trente-cinq heures, à un pourtant important acquis social. Contrairement aux positions syndicales majoritaires, de nombreux salariés se sont ainsi empressés de demander à réaliser des heures supplémentaires ... Même si au fond, ce ne sont pas les salariés qui les demandent mais les employeurs. Et tant pis pour les postes de travail non occupés et remplacés par des heures supplémentaires et les salariés renvoyés au chômage ...

La nouvelle attaque lancée par Jean François Copé ne rencontrera peut-être pas la même adhésion de la part des salariés ... Remettre en cause les trente-cinq heures pour comme il le dit «en même temps travailler mieux» ; il fallait y penser ... «le débat central autour du travail pour les années qui viennent : c'est la question de la considération des salariés. Comment les associer à la stratégie et à la rémunération de l'entreprise ?»

Il s'agit très vraisemblablement d'un ballon d'essai de l'UMP, du gouvernement, et de Nicolas Sarkozy ... Comment mieux répondre aux désidératas des syndicats patronaux et en premier lieu du Medef ... pour gagner leurs voix pour les prochaines présidentielles ... Ou bien pour Copé de se placer en position de premier ministrable favori ...

J'ai rien compris ... Quel pourrait bien être l'intérêt des salariés dans cette nouvelle réforme des trente-cinq heures ? L'UMP et le gouvernement nous prendraient-ils pour des idiots en essayant de nous vendre ce concept brumeux pour une réforme enviable du temps de travail ?


 

Réflexion vingt-deux (17 septembre 2010)
La remise en cause de la médecine du travail par le gouvernement français


Un article du Monde traite des modifications législatives concernant la médecine du travail (ou plutôt la santé au travail) que le gouvernement et la majorité parlementaire tente de glisser dans le projet de loi sur les retraites.
http://www.lemonde.fr/economie/article/2010/09/16/les-medecins-du-travail-craignent-d-etre-places-sous-la-tutelle-des-patrons_1411968_3234.html
http://www.lemonde.fr/societe/article/2010/09/17/on-revient-a-la-medecine-du-travail-instituee-par-petain_1412430_3224.html

Cet article est à lire car il n'est pas neutre. Premièrement, il correspond à la volonté régulière et manifeste du gouvernement de dépénaliser l'action patronale, initialement en matière de droit des affaires mais aussi en matière de droit du travail, volonté qui avait déjà pris la forme d'une réécriture du code du travail. L'objectif des amendements parlementaires déposés (mais rédigés par le lobbying patronal et par les cabinets ministériels), que Le Monde décrit comme particulièrement techniques, prévoient ainsi par exemple que les missions des médecins du travail soient placés sous l'autorité de l'employeur. Il faut entendre un médecin du travail en parler car ils défendent avec véhémence leurs actions et leurs règles de déontologie.

Le médecin du travail est déjà considéré dans les entreprises par certains salariés comme un auxiliaire de l'employeur ; les informations qu'il collecte étant en effet archivées dans le dossier médical du patient et pouvant être ressorties quelques années plus tard au cours d'un nouvel entretien. D'une certaine manière, le médecin du travail est le praticien qui connaît le mieux une personne, mieux que le médecin traitant par exemple.

Mais malgré tout, le service de médecine du travail repose sur l'indépendance des médecins du travail vis-à-vis des employeurs, salariés par des organismes paritaires (sauf dans le cas des grandes entreprises qui peuvent organiser leur propre système de médecine du travail) au sein desquels les représentants des salariés disposent de pouvoirs de contrôle étendus. Les employeurs ont ainsi une obligation d'adhérer à un service de médecine du travail (ou de l'assurer eux-mêmes). Enfin, le médecin du travail est l'interlocuteur privilégié des comités d'hygiène, de sécurité et des conditions de travail (Chs-ct) dans les entreprises.

Actuellement, les employeurs sont responsables de la santé de leurs salariés. Le travail est ainsi considéré comme une activité qui ne doit pas influer (négativement s'entend) sur la santé du travailleur, qui ne doit pas la dégrader. Le code pénal soumet ainsi à des peines de fortes amendes et à des peines de prison le fait de mettre en danger par négligence ou par faute la vie de leurs salariés, de les blesser ou de les tuer (homicide involontaire).

Il y a aussi et surtout une invraisemblance, une aberration dans les arguments présentés par la majorité parlementaire et par le gouvernement, d'essence libérale il ne faut pas l'oublier. Il leur semble ainsi nécessaire de réformer la médecine du travail et son positionnement en raison de la progression des maladies professionnelles dans les entreprises ; ce qui est aberrant pour plusieurs raisons.

Premièrement, cela reviendrait à changer le thermomètre d'un malade sous prétexte que le thermomètre mesurerait une augmentation de la température de ce dernier. D'une certaine façon, cela revient à changer un instrument qui mesure trop bien l'évolution des maladies professionnelles et des manquements des employeurs. Même si la médecine du travail ne sert pas uniquement à mesurer les maladies professionnelles mais aussi à protéger la santé des travailleurs. La reconnaissance des maladies professionnelles dépendant de la Caisse d'Assurance Maladie mais les médecins du travail ayant une grande importance dans leur déclaration par les salariés et dans leur dépistage, cela ressemble néanmoins très fortement à une volonté libérale de détruire un instrument fonctionnant trop bien. Par ailleurs, il ne faut pas oublier que la reconnaissance des maladies professionnelles entraîne des coûts financiers pour les entreprises, en terme d'indemnisation des salariés malades ou de leurs ayant-droits en cas de décès, en terme de prise en charge des remboursements de frais de maladie, et enfin en terme de hausse des cotisations d'accident du travail et de maladie professionnelle (AT-MP). Des médecins du travail aux ordres des employeurs permettraient de diminuer le nombre de reconnaissance de maladies professionnelles et donc les coûts financiers supportés par ces derniers.

Deuxièmement, la progression des maladies professionnelles dans le monde du travail est surtout la conséquence d'une meilleure connaissance des risques encourus par les salariés dans leur activité professionnelle, et par les avancées obtenues grâce à la judiciarisation des relations de travail auprès des tribunaux français, intégrées ensuite et étendues à tous les autres salariés qui peuvent être concernés par ces maladies et qui sont soumis à ces mêmes risques. La médecine du travail est justement responsable pour une part de la progression apparente des maladies professionnelles diagnostiquées et déclarées. Il y en avait tout autant auparavant, sauf que les salariés en mourraient sans que la relation avec l'activité professionnelle ne soit diagnostiquée.

Enfin, dernièrement, il est particulièrement osé d'accuser les médecins du travail d'être responsables de l'aggravation des maladies professionnelles, alors que celles-ci sont causées par la dégradation des conditions de travail dues justement à la culture de la rentabilité des employeurs, à l'absence de prise de mesures correctives par ces derniers, malgré les demandes des médecins du travail. Un certain nombre de nouvelles pathologies sont ainsi directement en lien avec les évolutions des méthodes de travail et surtout avec l'évolution des méthodes managériales, comme les troubles musculo-squelettiques ou les risques psycho-sociaux (souffrance au travail, harcellement moral ...).

La médecine du travail n'est pas responsable de la dégradation des conditions de travail dans les entreprises et à la montée des maladies professionnelles chez les salariés. Bien au contraire, plutôt que de se voir placer sous l'autorité des chefs d'entreprises, la médecine du travail a besoin d'une évolution législative de ses moyens d'actions pour pouvoir influer plus nettement sur les conditions de travail des salariés et imposer des actions pour protéger leur santé. C'est l'inverse de ce que le gouvernement français veut aujourd'hui faire passer en douce dans le texte de la réforme des retraites.


Réflexion vingt-et-une (7 juin 2010)
Syndicalisme, démocratie, participation ...
Où l'on peut voir que syndicalisme ne rime pas souvent avec démocratie ...
Et où derrière les plus anodins rapports du gouvernement sur la gouvernance et la participation des salariés se cachent des idées pourries ...


La CFDT (Confédération française démocratique du travail) ouvre ce lundi 7 juin 2010 son congrès (tri)annuel (qui se clôturera le vendredi 11 juin). Son précédent congrès remontait à 2006. Il s'agit de son quarante-septième congrès depuis sa création en 1919 (elle se nommait alors Conférédation française des travailleurs chrétiens, nom transformé en 1964 en CFDT).
http://www.lemonde.fr/depeches/2010/06/06/la-cfdt-en-congres-en-pleine-reforme-des-retraites_3208_38_42646708.html
http://www.google.com/hostednews/afp/article/ALeqM5i4MWL69hGGbsJRe-lmPiVlCzQ9-Q
http://www.francesoir.fr/la-cfdt-en-congres-cette-semaine-tours-veut-reduire-les-inegalites-jusque-face-la-retraite
http://www.challenges.fr/actualites/politique_economique/20100607.CHA4740/la_cfdt_en_congres_pour_la_retraite_a_60_ans.html
http://christopherieuze.rsfblog.org/archive/2010/06/07/agenda-47eme-congres-confederal-de-la-cfdt.html
http://fr.wikipedia.org/wiki/Confédération_française_démocratique_du_travail

La CFDT revendique 833.000 adhérents, nous rappelle cette dépêche, mais sur ses 833.000 adhérents, combien sont invités à cette grand messe ? La CFDT a résolu d'une curieuse manière le problème de la représentativité et de la démocratie au sein de ses structures représentatives ; par l'élitisme et des castes auto-reproductives. Entre 1.500 et 2.500 délégués des divers syndicats et unions constituant les structures de la confédération participeront à ce congrès ; 1.500 à 2.500 délégués élus soit-disant démocratiquement pour représenter 22 unions régionales interprofessionnelles, 15 fédérations nationales professionnelles et 1.300 syndicats professionnels ... Que l'on se rassure, si les places sont chères et réservées à l'élite, les petits barons de chaque baronnie syndicale, où chaque petit leader (cher leader nord coréen) peut se faire inviter et faire inviter ses petit(e)s protégé(e)s, la masse des adhérents aura l'extrême honneur de pouvoir consulter un site internet que la confédération dans sa grande magninité a mis en place par la piétaille ... http://www.cfdt-congres-2010.fr/

C'est ce que l'on appelle un fonctionnement démocratique ? Mais au moins, ces 1.500 à 2.500 délégués ont-ils au moins été élus de manière démocratique ? Tenez-vous bien. Même pas. Ils sont désignés par des conseils ou des bureaux de syndicats, d'unions ou de fédérations (une dizaine à une cinquantaine de membres), choisis au sein de leurs propres membres (essentiellement parmi leurs dirigeants), parmi lesquels déjà ils se sont partagés l'ensemble des mandats de représentation dont ils peuvent disposer (administrateurs mais surtout membres des conseils économiques et sociaux régionaux ...) ... Des membres des conseils et des bureaux des syndicats, des unions et des fédérations qui sont eux-mêmes élus non pas de manière démocratique (un homme égale une voix) mais de manière capitaliste (chaque syndicat valant dans un cas quelques centaines de voix et dans d'autre cas plusieurs milliers de voix) ...

Et on appelle cela de la démocratie !

Et heureusement pour nous, ce sont ces illustres petits barons de baronnies syndicales qui vont se prononcer sur la réforme des retraites, sur la justice sociale, sur le syndicalisme ... toutes tâches où les petits barons sauront se reposer sur la piétaille des militants des syndicats, trop bêtes pour participer aux débats dans les hautes sphères syndicales, mais bien assez intelligent pour aller sur le terrain à la rencontre des salariés ... UIl ne faudrait quand même pas que les petits barons et leur cour aillent se salir les mains avec la piétaille et avec les salariés, alors qu'il y a tant d'honorables mains à serrer et d'émissions télévisées où il faut être vu !

Que signifie déjà le sigle CFDT ? Confédération française démocratique du travail ? Ah bon ! Et le gouvernement français, que je considère comme élu comme un peu plus démocratiquement (même s'il s'agit du résultat d'une connerie des électeurs français), qui va en suivre les débats et les décisions, comme si ces délégués et les dirigeants de la CFDT étaient autre chose qu'un ramassis d'obscurs petits barons et une secte non démocratique ...

Autre sujet d'actualité, la remise non moins officielle du
rapport du Centre d'Analyse Stratégique ayant pour thème: «Améliorer la gouvernance d’entreprise et la participation des salariés». Un tissu d'âneries assez grosses, autrement dit un joli dictionnaire des principes de participation et d'intéressement des salariés à la vie de l'entreprise (pour cette raison pas totalement inintéressant) ... Et caché tout à fait à la fin de ce magnifique recueil, une proposition tout à fait inacceptable, qui à elle seule pourrait valoir le temps perdu par un ministre à écrire et à lire ce recueil d'informations ...  «Proposition 12 : Renforcer la crédibilité des institutions représentatives du personnel (...) Une clarification des compétences entre les différentes IRP, tout comme la promotion du système de DUP (délégation unique du personnel), seraient également souhaitables.»
http://www.strategie.gouv.fr/IMG/pdf/09rapport_gouvernance-remise_officielle.pdf

Mais la délégation unique du personnel n'est absolument pas une avancée en matière syndicale et en matière de représentation des salariés ! La délégation unique limite surtout le nombre d'élus du personnel, les moyens dont ils peuvent disposer pour agir en faveur des salariés pour les représenter, pour les rencontrer, pour les informer (ce que l'on appelle les heures de délégation). Un seul élu qui fait tout, en nombre plus restreint que lorsque les entreprises ne sont pas soumises à la délégation unique du personnel ... Système auquel ne sont soumise que les entreprises de moins de 200 salariés mais que le gouvernement de droite Sarkozy-Fillon voulait étendre aux autres plus grandes entreprises ... Et comme par hasard, c'est une des préconisations de ce rapport sur la gouvernance et sur la participation des salariés ? En faire la promotion alors que pratiquement toutes les entreprises de moins de 200 salariés s'en sont saisies (surtout celles de moins de 100 à moins de 150 salariés) parce qu'elles y avaient intérêt ... Donc promotion auprès de qui, si ce n'est auprès de celles qui en sont exclues par la loi au-delà de 200 salariés et qui y seront très fortement favorables dès lors que le nombre de représentants élus du personnel diminue fortement ... 

Entre des syndicats non démoctratiques et des chercheurs intéressés par leur seule notoriété et avancement, les intérêts des salariés sont dans de bonnes mains ... Au moins Salima Benhamou aura-t-elle une chance que son rapport soit lu et apprécié par le gouvernement ... Gageons que ce point servira d'argument pour un futur projet de loi sur le sujet ...



Réflexion vingt (3 février 2010)
Le syndicalisme, la recherche du pouvoir et les hommes ... Quelques réflexions désabusées ...


Le syndicalisme est une notion qui m'intéresse profondément, et que j'ai déjà abordé à plusieurs reprises. Le syndicalisme a selon moi une véritable légitimité dans les entreprises, lorsque leurs représentants font convenablement leur 'travail' de représentation de leurs collègues, sans privilégier leurs intérêts personnels propres et leur ambition personnelle. Mais le syndicalisme est également un milieu d'hommes de pouvoir et d'ambition, un monde comparable à la 'politique', un monde de coups bas, de manipulations de l'électorat et de trahisons.

Le syndicalisme est d'abord un endroit où il ne faut pratiquement attendre aucune reconnaissance des autres, des collègues, pour le travail accompli. L'image commune «on brûle aujourd'hui ce que l'on a encensé hier» y est particulièrement vraie. Il n'y a pas non plus à attendre plus de reconnaissance ni d'appuis de la part de l'organisation syndicale elle-même à laquelle vous êtes rattachés, qui ne représente pour la majorité qu'une concaténation d'ambitions personnelles de syndicalistes ambitieux et revenchards. Le syndicalisme, pour certains, est un métier ; le jeu des permanences syndicales les ayant éloigné depuis des dizaines d'années des milieux professionnels qu'ils sont sensés continuer de représenter. C'est également pour certains l'occasion d'une revanche sur la vie, sur des études calamiteuses, sur une carrière sans perspectives ...

Les élections professionnelles sont des moments particulièrement désagréables, vraisemblablement comme en politique, et pour avoir connu des moments de défaite, je me suis toujours reconnu dans la réaction de Lionnel Jospin au premier tour de l'élection présidentielle de 2002, lorsqu'il avait terminé troisième derrière Jacques Chirac et Jean Marie Le Pen : «j'abandonne définitivement la vie politique ...» - J'aurais pu prononcer moi-même cette phrase à plusieurs reprises sur le coup d'une défaite syndicale ... Il est clair que je ne suis pas plus fait pour le syndicalisme que Lionnel Jospin était fait pour la politique ... Peut-être une incapacité à supporter l'adversité, la critique, la défaite ... une trop haute opinion de nous-mêmes ...

Il est clair que les électeurs, que ce soit dans le syndicalisme ou en politique, sont particulièrement faciles à manipuler, qu'ils entendent rarement la voie de la raison et qu'ils sont au contraire réceptifs aux plus simples arguments, aux plus basiques idées. C'est accessoirement un domaine où l'on ne trouve pratiquement pas d'énarques, ni de normaliens, ni de polytechniciens ... C'est clairement un autre monde, une autre légitimité que celle de l'intelligence pure, une légitimité du terrain, une légitimité recconnue par les pairs ... mais une légitimité dévoyée par le jeu des ambitions personnelles, des manipulations électorales, du jeu de la recherche du pouvoir.

Le syndicalisme, c'est à peine 7% de personnes syndiquées en France ; beaucoup moins si on élimine les entreprises publiques et les administrations où le taux de syndicalisation est souvent beaucoup plus élevé que dans le privé ... On doit ainsi à peine atteindre un taux de syndicalisation dans les entreprises privées de 2% à 4% de leurs salariés, soit un niveau ridiculement faible, et surtout une légimité bien faible de leurs représentants.

Car le deuxième problème du syndicalisme en France, c'est l'absence de toute démocratie dans la majeure partie des appareils syndicaux (que ce soit à la CFDT, à la CGT ou dans d'autres syndicaux dits représentatifs), à l'exception des syndicats démocratiques tel Sud et Solidaires. En effet, ce minuscule nombre de syndiqués ne sont absolument représentés, et incapables de faire entendre leurs voix, dans les instances syndicales représentatives ; celles qui en dernier ressort désignent les membres qui seront connus du grand public ou qui prennent les décisions. Les syndicats ont développé au maximum le principe de la délégation de pouvoir, du mandatement du pouvoir à un petit nombre de syndicalistes professionnels cumulards à vie.

Certains vous diront qu'il s'agit d'éviter le populisme que la démocratie pourrait impliquer ... Mais c'est surtout la préservation des alliances électorales au sein même des instances locales, professionnelles et fédérales, et l'exclusion des prises de décision de 99% des personnes syndiquées, qui ne sont plus, à tous les échelons des syndicats, que spectateurs de l'utilisation du vote qu'ils ont confié à un de leurs représentants, qui le confiera à un autre et ainsi de suite ...

Les syndicats, qui sont ainsi censés combattre (ou au moins faire évoluer) le capitalisme, en ont en fait repris le fonctionnement ... Les syndicats sont ainsi gérés comme une entreprise, chaque section d'entreprise, chaque syndicat, chaque fédération, voulant détenir un pouvoir comparable à sa participation dans le total des syndiqués. Les syndicats ne sont ainsi que des entreprises où le capital n'est plus exprimé en euros mais en nombre de syndiqués ; le pouvoir y appartient alors à ceux qui réussissent à détenir une majorité du capital, comme dans une entreprise privée ... avec la différence que dans une entreprise, chaque actionnaire est libre de l'utilisation de ses voix, au moins une fois par an, ce qui n'est même pas le cas dans un syndicat où son vote lui est le plus souvent subtilisé ... 

Malgré tout, je reste persuadé de l'intérêt du syndicalisme au niveau de l'entreprise ... mais seulement à ce niveau. Les grandes aspirations qui ont pu être celles des syndicats à leur création, au début du vingtième siècle, sont simplement enterrées. Evidemment, il reste de grands acquis sociaux obtenus grâce au combat des syndicats, dans les entreprises mais également au niveau interprofessionnel ... les congés payés, les trente-cinq heures, la sécurité sociale, les instances représentatives du personnel, le salaire minimum ...

Mais il faudrait réformer le fonctionnement des syndicats, pour sortir de cette logique capitaliste de participation en nombre de syndiqués dans l'organisation syndicale, pour en revenir au principe fondamental de la démocratie du «un homme égale une voix», dont chaque syndiqué serait propriétaire ... Le fonctionnement des syndicats, ce serait un peu comme si en politique, pour les présidentielles par exemple ou pour les législatives, il n'y avait pas d'élection régulière, mais que les désignations se faisaient en fonction du nombre d'adhérents des partis politiques ... et que la désignation des dirigeants des partis politiques n'étaient pas non plus démocratiques, mais dépendait du nombre de voix de chaque représentation politique locale ... Pour autant, pourrait-on parler de démocratie française ? Pas selon moi. Et ces organisations syndicales, comme par exemple la CFDT, ose se faire appeler 'démocratiques' (confédération française démocratique du travail) !
 

 
Saucratès


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02/11/2010
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