Critiques de notre temps

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Contestation des retraites - Est-ce aux médias de siffler la fin de la récréation ?

Saint-Denis de La Réunion, dimanche 19 janvier 2020

 

Écouter et regarder les informations télévisées et les entendre évoquer l'exercice du droit du grève et les enjeux de ces grèves ou l'action des syndicats est extrêmement préoccupant, voire même insupportable. Les médias en continu, mais également les grandes chaînes televisées, ont désormais décidé que les temps des grèves contre la réforme des retraites était terminé ! Qu'au vu des concessions, extraordinaires semblent-ils penser, faites par le gouvernement, il est incompréhensible que des syndicats continuent à appeler à la grève ou continuent à bloquer une partie de l'économie francaise. Les médias télévisés croient décider de la pluie et du beau temps. Ils croient décider de ce qu'il faut faire, de ce que l'on a droit de faire. Et ils ont raison. Ils décident du sort des élections présidentielles ou législatives, comme l'élection d'Emmanuel Macron en 2017 nous le rappelle sans cesse. Ils décident de la légitimité au fond d'un mouvement de grève, de sa médiatisation. Et la grève du 5 décembre 2019 semblait apparemment avoir leur bénédiction. Mais plus aujourd'hui. C'est fini. L'état de grâce des syndicats et de la CGT est terminé. L'idylle entre les médias et la CGT semble terminée. Comment cette organisation syndicale ose-t-elle ne pas arrêter la contestation sociale alors que les médias ont sifflé la fin de la récréation ?

 

Insupportable parce que les supposées avancées du gouvernement sont de la poudre aux yeux. Même si cela semble satisfaire le syndicat CFDT duquel je relève, il est évident que cette avancée du gouvernement n'est qu'une façade, une façon de faire croire que le gouvernement recule pour mieux faire passer son projet de loi. Y a-t-il un sens à vouloir mettre en place un régime par point unique, en y intégrant tous les régimes de retraite dits spéciaux ? Ce n'est en aucun cas l'intérêt des salariés dans cette création d'un régime unique, puisque ce régime unifié entraînera un très fort recul des droits à retraite de toutes ces professions qui disposaient d'un régime particulier. L'ensemble des professions des fonctions publiques vont effectivement perdre des sommes très élevées en matière de retraite future. Dans certaines entreprises, le passage d'un régime proche de la fonction publique, dit à prestations définies (x% de la dernière rémunération ou des six derniers mois ou des cinq dernières années) au régime Général SS-ARRCO-AGIRC s'est accompagné d'une revalorisation des salaires de plus de 12% et de la mise en place d'un régime de retraites supplémentaires à cotisations définies de 8 à 9% (parfois un taux moindre pour les futurs recrutés) ! Et aujourd'hui, le gouvernement entend remplacer un tel régime par le régime général des retraites, le même pour tous les salariés, sans aucune compensation. Et la CFDT cautionne une telle mesure ! Sous prétexte que la mise en place d'un tel régime serait leur revendication depuis de nombreuses années ! Mais quelle honte ! 

 

Le secrétaire général de la CFDT se présentait également comme une pauvre victime sur les chaînes télévisées ! Il serait victime de menaces. Le siège de la CFDT serait régulièrement dégradé. Des insultes le viseraient. Selon lui et selon les médias, il est choquant que le débat public se radicalise et que toutes les personnes qui ne sont pas du même avis que les contestataires soient immédiatement traitées comme des ennemis. Je peux le comprendre. Je l'ai moi-aussi subi dans une entreprise et lorsque l'on en est victime, on ne peut que trouver détestables de telles pratiques, de telles méthodes.

 

Mais dans le cas de cette réforme des retraites, on peut vraisemblablement le déplorer, puisque de telles pratiques sont détestables, mais le fait de prendre des positions de compromission, de collaboration vis-à-vis du pouvoir, d'un gouvernement ultralibéral assumé, a également forcément des conséquences, et les dirigeants de la CFDT devaient bien en avoir conscience. Il faut bien l'assumer ! Il est incompréhensible que la CFDT fasse fi de toute l'injustice d'un tel projet. Ce projet n'est en fait qu'une gigantesque spoliation des droits de millions de fonctionnaires et de millions de salariés, ainsi que le transfert du coût des retraites des fonctionnaires de la part d'un État impécunieux vers la communauté des travailleurs, qui devront couvrir ces dépenses de retraites futures sans en avoir reçu les fonds de réserves en compensation. On ne peut pas cautionner cela !

 

  

Saucratès



19/01/2020
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