Critiques de notre temps

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La pandémie et la place du discours scientifique

La pandémie et la place du discours scientifique

Par Saucratès

 

Saint-Denis de la Réunion, jeudi 6 janvier 2022

 


Quelle importance peut-on accorder au discours scientifique et plus largement aux discours des experts ? C‘est une question centrale dans le cadre de la gestion de la pandémie de coronavirus, et c’est surtout une question qui devient de plus en plus brûlante dans de nombreux pays. À qui peut-on faire confiance ? A-t-on même le droit de chercher à se faire sa propre opinion ou faut-il obéir aveuglément aux ordres et aux explications donnés par les savants, par les sachants, par ceux qui sont autorisés à s’exprimer au nom de la science ? 

 

C’est une question brûlante, comme je le disais. Le gouvernement français, la commission européenne, semblent vouloir dire que peu importe ce que vous cherchez à comprendre par vous-mêmes, à partir du moment qu’au final vous nous obéissez et vous vous faites vacciner ! D’une certaine manière, l’absence de droit reconnu par nos gouvernants à nous faire notre propre opinion, ou à avoir une opinion différente de la leur, sans risquer de se voir exclu du droit à la citoyenneté, s’apparente à une gigantesque entreprise de lavage des cerveaux, ou à l’adhésion aveugle que le troisième Reich nazi demandait à la population allemande dans les années trente et quarante.

 

Normalement, il ne viendrait l’idée à personne d’interdire à une personne lambda d’interroger l’affirmation d’un sachant, d’un spécialiste, dans le cadre d’une réparation automobile, d’une réparation de serrurerie, d’un avis médical ou d’un conseil bancaire, en bourse ou en assurance. Avoir plusieurs avis permet de se faire une meilleure opinion, et le droit de ne pas suivre ces avis est normalement reconnu à chacun d’entre nous.

 

Alors pourquoi ce qui est considéré comme sain, normal, voire évident pour certains domaines, pour certains spécialistes, est-il considéré comme un crime lorsqu’il s’agit de se faire une opinion en matière de vaccination, de lutte contre la pandémie, ou de lutte contre le réchauffement climatique ? Devrait-on croire aveuglément les prévisions économiques ou boursières d’un docteur en économie, par exemple pour 2022 ? Ou d’un spécialiste des marchés ? Non évidemment, puisque l’on sait que ce domaine est soumis à des aléas. Et même si des outils scientifiques permettaient de déterminer avec précision les évolutions futures des marchés ou des économies, il ne viendrait normalement l’idée à personne d’imposer à tout le monde de suivre les dires d’un tel spécialiste, même si dans l’absolu, les marchés financiers fonctionnant sur la base des prédictions auto réalisatrices, ces prédictions s’auto-réaliseraient si tout le monde était contraint de les suivre ! (1)

 

Bizarrement, il existe deux domaines dans lesquels il est interdit par les partisans de la pensée unique, par les adorateurs du veau d’or, de se faire sa propre opinion et de remettre en cause, de contester, de nier, d’interroger les affirmations des sachants, des spécialistes, des personnes autorisées à s’exprimer et à penser. Un premier domaine était le domaine du réchauffement climatique. Un groupe d’expert est mondialement connu (le GIEC) et ce qu’ils disent est parole d’évangile. Et comme dans les évangiles, il ne peut et il ne doit y avoir aucun débat scientifique sur ce sujet et il est interdit, on risque la peine de mort digital si on ose contester la bible de ces nouveaux religieux ou adeptes.

 

Le deuxième domaine est donc apparu courant 2020 ou 2021, lorsque les gouvernements ont eu besoin de s’entourer de conseils scientifiques, de service de veille épidémiologique, de commission d’éthique, pour prendre leurs décisions d’enfermement, de flicage et de fichage des populations. Là aussi, il est apparu une religion qu’il était interdit d’interroger, de questionner. Faire aveuglément confiance à nos dirigeants ; voilà ce que nos dirigeants attendent de nous, citoyens français.

 

Cet article de la presse canadienne est intéressant parce qu’il interroge le concept de bonne et de mauvaise science. Cet article parle de la maladie de la désinformation, de l’infodémie, qui ne peut être combattu selon l’auteur que par un bon discours scientifique.  s’ils sont tous positifs d’un avis 

 

https://www.lapresse.ca/debats/opinions/2020-06-28/on-ne-peut-pas-lutter-contre-la-desinformation-avec-de-la-mauvaise-science.php

 

«En effet, le fait d’être explicite sur les inconnues et les limites de la connaissance peut en fait renforcer la crédibilité des informations scientifiques, et la confiance et la compréhension du public. Le manque de transparence entraînera inévitablement une confusion et une perte de confiance. 


Enfin, nous devons clarifier que la science est un processus, et non une liste de faits immuables. Elle est en constante évolution et, par conséquent, les recommandations en matière de santé publique évolueront (et devraient évoluer) aussi. 

 

La bonne science est essentielle dans la lutte contre la diffusion de désinformation. Mais elle doit également être présentée au public de manière sensée et respectueuse. Comme l’indique une étude récente, la manière dont nous gérons la diffusion de la science pendant la pandémie aura des répercussions à long terme sur la relation du public avec la science. Il faut réfléchir davantage comment communiquer la confiance et l’honnêteté.»

*Timothy Caulfield est l’auteur de The Science of Celebrity… or Is Gwyneth Paltrow Wrong About Everything ? (Penguin Random House, 2020).

 

Et je terminerai sur cette conclusion extrêmement importante de Thimothy Caulfield selon lequel «la manière dont nous gérons la diffusion de la science pendant la pandémie aura des répercussions à long terme sur la relation du public avec la science». Je suis évidemment totalement en accord avec cette analyse. Les journaux ont démontré pendant cette pandémie qu’ils pouvaient se faire la voix de leur Maître sans aucune question, relayant ou guidant inlassablement la position du gouvernement sur le port ou le non-port du masque, sur le confinement, sur la vaccination …

 

Pour la jeune génération manipulée par les médias pendant cette pandémie, pris en otage pour protéger les plus anciens, ils ne regarderont plus jamais le discours scientifique de la même manière. Et les générations plus anciennes n’auront pas non plus d’autre choix que de continuer à interroger les affirmations et les discours des scientifiques qu’il nous faut entendre inlassablement.

 

 

Cf. l’etude en anglais du «London School of Economics and Political Sciences».
https://www.systemicrisk.ac.uk/sites/default/files/downloads/publications/dp-96_0.pdf

 
Reconnaissons-le dès maintenant, il n’y a aucun espoir d’amélioration de la qualité et du caractère respectueux des publications scientifiques publiées sur les réseaux sociaux et dans les médias. On se prepare des décennies de méfiance et de suspicion, et des conflits politiques et géopolitiques terribles du fait de la subjectivité et du caractère orienté de toutes les publications dans les grands médias, par la faute des gouvernements qui refusent la transparence et cultivent l’arrogance et la suffisance.

 

 

Saucratès

 
 

Nota :

 

(1) Imposer à tout le monde de suivre aveuglément les préconisations, les prédictions d’un groupe d’experts en économie, est d’ailleurs une absurdité économique. Supposons que ces experts puissent considérer qu’il faut acheter telle ou telle valeur et que tous les épargnants et intervenants du marché aient l’obligation de l’acheter, à qui l’achèteraient-ils ?

 

Sur les marchés, il faut des vendeurs et des acheteurs, et il ne peut y avoir l’un sans l’autre. On ne peut acheter un bien ou une valeur que si quelqu’un d’autre le vend, à moins qu’il ne le fabrique ex nihilo. Et même si les entreprises concernées créent de nouvelles actions, il n’y aura jamais d’échanges sur ces actions tant qu’il n’y aura pas de vendeurs.

 

En économie et en finance, on ne peut donc concevoir d’obligations de se conformer aux ordres ou aux conseils d’experts auto-reconnus. Pourquoi donc en irait-il différemment dans le cadre d’autres discours scientifiques, jusqu’à imposer la suppression du libre-arbitre en matière de santé publique, parce que les sachants auraient conseillé une chose, jusqu’à ce qu’ils disent le contraire dans quelques semaines, mois ou années ?



05/01/2022
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