Critiques de notre temps

Critiques de notre temps

Réchauffement climatique


Réchauffement climatique (bis)

Saint-Denis de La Réunion, mardi 4 décembre 2018

Réflexion quarante-cinq


Je reviens sur un sujet qui me porte toujours particulièrement à coeur : le réchauffement climatique et ses conséquences pour l'homme et pour l'économie. Mes derniers écrits sur ce sujet remonteraient ainsi apparemment à décembre 2011, au moment de la COP 17 (Conférence des parties) qui se tenait à Durban.

 

Le terme COP renvoie à «une réunion périodique des États signataires de la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (CCNUCC), issu du premier sommet de la Terre en juin 1992. 170 pays environ ont signé cette convention, que les États-Unis n'ont pas ratifié».

 

Mes différents écrits sur ce sujet se trouvent dans la liste ci-dessous. 

0.https://saucrates.blog4ever.com/rechauffement-climatique-abecedaire

1.http://saucrates.blog4ever.com/blog/lire-article-447196-2012175-rechauffement_climatique__1_.html

2.http://saucrates.blog4ever.com/blog/lire-article-447196-2020927-rechauffement_climatique__2_.html

3.http://saucrates.blog4ever.com/blog/lire-article-447196-2020949-rechauffement_climatique__3_.html

4.https://saucrates.blog4ever.com/rechauffement-climatique-4

5.https://saucrates.blog4ever.com/rechauffement-climatique-5


On en est aujourd'hui à la COP 24, qui doit se tenir jusqu'au 12 décembre 2018 dans la ville de Katowice en Pologne. Pour mémoire, on peut facilement lister les lieux et les dates des dernières COP qui se sont tenues régulièrement ces dernières années :

- COP 18 à Doha (Qatar) du 26 novembre au 7 décembre 2012,

- COP 19 à Varsovie (Pologne) du 11 au 23 novembre 2013,

- COP 20 à Lima (Pérou) du 1er au 14 décembre 2014,

- COP 21 à Paris (France) du 30 novembre au 12 décembre 2015, qui a donné lieu à la signature de l'accord de Paris,

- COP 22 à Marrakech (Maroc) du 7 au 18 novembre 2016,

- COP 23 à Bonn (Allemagne) du 6 au 17 novembre 2017, qui a donné lieu au lancement du dialogue de Talanoa, à l'invitation du Premier ministre fidjien Frank Bainimaram.

 

Dans un de mes précédents écrits, j'avais déjà listé les lieux et dates des précédentes COP, sauf erreur de ma part. J'en redonne la liste en post scriptum à la fin de ce post.

https://saucrates.blog4ever.com/rechauffement-climatique-abecedaire 

 

Le sujet du réchauffement climatique s'invite régulièrement dans les médias français à l'occasion de ces conférences sur le climat, même si cette année, le mouvement des gilets jaunes vient occulter en France ce grand débat. Et évidemment, on n'a jamais autant parlé du réchauffement climatique et de ces effets en France qu'à l'occasion de la COP 21 qui s'était tenue à Paris en décembre 2015, et à l'occasion de laquelle la diplomatie française ou les différentes organisations bilatérales de financement du développement avaient fait assaut d'empressements et de promesses pour obtenir la signature d'un accord de la part des autres grands pays, et en premier lieu des USA d'Obama et de la Chine. C'était même l'objectif principal du président de la République de l'époque, M. François Hollande, sa consécration internationale, la démonstration de son entregent, ainsi que d'un organisme de financement comme l'Agence française de développement.

 

Mais en 2018, cet accord de Paris, certes ambitieux, attend toujours de pouvoir être appliqué. «Les engagements actuels  de l’accord de Paris ne sont pas suffisants pour limiter la hausse globale de la température à moins de 2 degrés C°. C’est pour cette raison que lors de la COP23, le dialogue de Talanoa a été initié. Il permettra de réaliser un premier bilan mondial des efforts collectifs d’atténuation des émissions lors de la COP24. Le dialogue de Talanoa est l’occasion pour 195 États membres des Nations unies de se retrouver pour établir d’ici fin 2018 un bilan global de leurs émissions de gaz à effet de serre». 

https://www.novethic.fr/lexique/detail/dialogue-de-talanoa.html

 

Pour ma part, quelle peut bien être ma position sur ce problème du réchauffement climatique, sur l'incidence de nos décisions individuelles sur le problème global du réchauffement climatique et de la montée des températures du globe, et sur les privations individuelles qui peuvent en résulter pour chacun d'entre nous ? Est-on chacun d'entre nous pris séparément responsables d'une fraction du processus collectif de réchauffement climatique et peut-on faire individuellement quelque chose pour changer ? Disons qu'en l'état, je n'ai pas l'impression que des actions individuelles puissent changer quelque chose. Et qu'il vaut mieux ne rien changer, ne pas se priver inutilement, tant que cela est encore possible et tant que l'on peut continuer à vivre bien sans que cela soit trop coûteux et tant que c'est possible.

 

C'est évidemment une position extrêmement égoïste et individualiste, qui prise collectivement, peut nous amener directement dans le mur, dès lors que tout le monde agirait de la même manière. On peut estimer qu'une telle position n'est tenable que si elle n'est mise en oeuvre que par une petite minorité d'entre nous, par une minorité de passagers clandestins qui continueraient à vivre sans se priver alors que l'ensemble de leurs concitoyens se priveraient et mettraient en oeuvre une politique vertueuse et économe.

 

Mais il n'en est évidemment rien. L'ensemble de la population française et de la population occidentale essaie pour l'instant de vivre de la même manière, en espérant que le progrès technologique leur permettra de continuer à consommer et à utiliser des moyens de locomotion automobile confortable et économe en émission de CO². En somme, on pense tous que c'est aux Etats de mettre en oeuvre des politiques d'économie d'émission de carbone, et aux industriels d'inventer des moyens de locomotion ou de production d'électricité moins polluants ! Mais en même temps, le mouvement des gilets jaunes français met en lumière que ces mêmes politiques étatiques ne doivent pas toucher les consommateurs français au porte-monnaie, sauf à vouloir causer une explosion sociale. Evidemment, les explications ne sont pas aussi simples ? Il y a dans le mouvement des gilets jaunes français une remise en cause plus large d'un excès de taxe qui dépasse la seule fiscalité sur l'essence, et l'évolution de la politique fiscale du gouvernement s'explique par autre chose que la seule volonté de mettre en oeuvre une fiscalité du carbone. Celle-ci n'évolue que parce que le gouvernement a décidé de diminuer une partie des taxes locales des collectivités locales (suppression partielle de la taxe d'habitation que le candidat Macron avait déclamé injuste). La hausse des taxes sur le diesel et sur l'essence est considérée tout autant injuste par les gilets jaunes français, et plus largement par l'opinion publique française. 

 

Se priver d'un moyen individuel de déplacement sous prétexte qu'il émet du dioxyde de carbone, se priver de manger de la viande bovine sous prétexte que les bovins sont de grands émetteurs de gaz à effet de serre, comme se priver de chauffage ou de climatisation sous prétexte qu'ils sont de grand consommateurs d'électricité, de gaz ou de fuel ... On peut tous s'interroger sur les impacts individuels des privations qui nous seront un jour demandé ou imposé par les pouvoirs publics ou par la nature lorsqu'il ne sera plus possible de continuer comme avant à polluer ou à émettre des gaz à effet de serre.

 

En même temps, je comprends aussi le président américain Donald Trump quand il remet en cause ou qu'il conteste les causes anthropiques du  réchauffement climatique (la responsabilité humaine dans le réchauffement climatique). Malgré l'abondance des analyses sur le réchauffement climatique, il n'est pas si simple de trouver des données historiques fiables. Je vais donc m'attacher dans la fin de cet article d'essayer de donner à la fois une liste de graphiques et de courbes sur le phénomène de croissance des émissions de dioxyde de carbone (même si ce n'est pas le seul gaz à effet de serre responsable du réchauffement climatique à être en croissance rapide au cours des dernières décennies) mais également de fournir des liens et des données chiffrées sur ce sujet. 

Données taux co2 concentration.jpg

Comme il est régulièrement exposé, la concentration atmosphérique en dioxyde de carbone a commencé à progresser à partir du début des années 1800 et elle a commencé à exploser à partir des années 1950. On a atteint les 300 parties par million (ppm) de CO² en 1910 et on dépasse les 400 ppm de CO² à partir de 2015.

 

Il est tout aussi intéressant d'observer la saisonnalité des évolutions des émissions et de la concentration atmosphérique en dioxyde de carbone, avec cette forme de courbe sinusoïdale croissante que l'on peut retracer graphiquement. Toutes ces courbes font bien apparaître une croissance régulière des émissions de carbone atmosphérique. 

https://www.esrl.noaa.gov/gmd/ccgg/trends/global.html

 

Evidemment, toutes ces mesures et toutes ces données présentent des limites : elles peuvent concerner des estimations globales terrestres, correspondant donc à des moyennes mondiales de nombreuses mesures (c'est le cas des publications récentes) ou bien elles peuvent ne correspondre qu'à des mesures pour un lieu particulier donné (comme par exemple pour la courbe pseudo-sinusoïdale précédente, qui fait apparaître l'incidence des saisons en un lieu de mesure donné).

 

Vous trouverez ci-après les données correspondantes au graphique reproduit ci-dessus, tirées pour partie du site suivant

https://data.giss.nasa.gov/modelforce/ghgases/Fig1A.ext.txt

https://static.blog4ever.com/2010/11/447196/artfichier_447196_7981534_201812051959628.jpg
Il faudrait que des bases de données publiques soient facilement disponibles et facilement contrôlables, vérifiables, recoupables avec les données primaires. Il est en effet trop facile de se réfugier derrière l'inaccessibilité des données afin de remettre en cause l'idée même que l'homme influe directement sur le climat. La position de Trump est néanmoins compréhensible. Le réchauffement climatique est-il forcément un problème pour des pays occidentaux tempérés qui pâtissent encore régulièrement des affres d'hiver rigoureux ? Et le coût financier que représente la lutte contre le réchauffement climatique, les indemnisations que certains pays en développement d'Afrique menacent de réclamer aux États occidentaux pour les aider à accompagner leur transition énergétique, tout cela a-t-il un sens si en fait le réchauffement climatique est vécu comme une aubaine plutôt qu'une catastrophe, ou bien si en fait il est possible de démontrer que ce n'est pas l'impact de l'homme qui influe sur le climat ?

 

La lecture du graphique des mille dernières années donne notamment quelques arguments. Il est habituel de parler de l'optimum climatique de l'an mille, ainsi que du mini âge glaciaire des années 1700. Ces deux périodes s'observent parfaitement à la lecture du graphique des concentrations de CO2 atmosphérique, la concentration ayant commencé à baisser à partir des années 1535-1540. Or, la première période fut considéré comme une période très favorable et la deuxième période comme une période de froid intense, d'hiver glacial et de famines à répétition en Europe médiévale ! Il n´est donc pas si simple d'être certain que le réchauffement climatique soit non pas une bénédiction mais au contraire une mauvaise chose ! 

 

(nota : l'optimum climatique médiéval, parfois appelé réchauffement climatique de l'an mil ou embellie de l'an mil, est une période de climat inhabituellement chaud localisé sur les régions de l'Atlantique nord et ayant duré du Xe siècle jusqu'au XIVe siècle approximativement).

http://hommelibre.blog.tdg.ch/archive/2015/03/01/climat-quand-la-bretagne-produisait-du-vin-265028.html

3037488691.png

 

Evidemment, des concentrations de 400 parties par million (ppm) de CO2 dans l'atmosphère dépassent de très loin tout ce qui a pu être observé ces derniers millénaires. De telles concentrations n'avaient plus été mesurées depuis au moins un million d'années. Néanmoins, l'étude des climats conserve ses mystères. Pourquoi les niveaux de CO2 étaient-ils si élevés il y a un million d'années ? Pour quelles raisons ont-ils commencé à baisser il y a un million d'années, jusqu'à plonger la Terre dans une période glaciaire ? Et pourquoi ce taux de CO2 a-t-il eu naturellement tendance à fluctuer, alternant entre période glaciaire et période interglaciaire tout au long et à de nombreuses reprises tout au long du dernier million d'années ? Et ceci en l'absence vraisemblable de toute influence humaine ? Ces fluctuations historiques peuvent conduire logiquement des climatologues sceptiques à remettre en cause la pure explication humaine de l'influence sur le climat. Même si évidemment, la progression exponentielle observée de ce taux sur les dernières décennies ne peut pas s'expliquer autrement que par l'action de l'homme, ou par l'enclenchement de boucles de rétroactions dans le climat terrestre, dues bien évidemment à l'action de l'homme. 

 

D'autres types de données existent aussi sur la question du réchauffement climatique et sur les émissions mondiales de gaz à effet de serre et de dioxyde de carbone. On trouve ainsi des données disponibles sur l'évolution historique des émissions de dioxyde de carbone par habitant, pays par pays. Ces données sont éclairantes sur un certain nombre de sujets, sur les efforts collectifs de réduction ou non des émissions de CO², mais également sur les mix énergétiques de chaque pays ; la part importante de production électrique par le biais de barrages hydroélectriques ou de centrales nucléaires explique notamment pour partie les excellents résultats de la France dans ce domaine. Ce qui explique le satisfecit gouvernemental que l'on trouve sur le site du ministère du développement durable :

http://www.statistiques.developpement-durable.gouv.fr/indicateurs-indices/f/2492/0/evolution-concentration-carbone-latmosphere-niveau-mondial.html

 

«En matière de lutte contre le dérèglement climatique, l'engagement de la France sur la scène internationale se traduit concrètement au niveau national. Entre 1990 et 2013, la France a diminué ses émissions de gaz à effet de serre de plus de 10%, bien au-delà de son objectif dans le cadre du protocole de Kyoto, qui était de ne pas les augmenter. Cela représente une baisse de 21% par habitant. Rapportée à la production intérieure brute (PIB), la diminution des émissions a été de 55%. La France est ainsi l’un des pays industrialisés les moins émetteurs de gaz à effet de serre : elle représente seulement 1,2% des émissions mondiales alors qu’elle contribue à 4,2% du PIB mondial. Pour aller plus loin, la France a depuis 2012 engagé de nombreuses actions en matière de logements, transports, énergie, agriculture, industrie biodiversité, etc. et fait adopter la loi de transition énergétique.»

 

Il s'agit des données que l'on trouve notamment sur le site de la Banque Mondiale. Ces données rejoignent le satisfecit gouvernemental du ministère du développement durable, avec des émissions de CO² qui en 2014 s'élevaient à 4,57 tonnes métriques par habitant, contre 6,42 tonnes métriques en 1990, et 5,79 tonnes métriques en 1960. Les taux de l'Union Européenne sont supérieurs avec 6,379 tonnes métriques en 2014, de même que ceux de la Chine (7,54 tonnes métriques par habitant) et évidemment ceux des Etats-Unis (16,49 tonnes métriques par habitant en 2014 contre 16,0 en 1960).

https://data.worldbank.org/indicator/EN.ATM.CO2E.PC

 

D'une certaine façon, ces chiffres peuvent également interpeller sur la nécessité de la loi de transition énergétique concernant le prix des carburants. Quelle urgence y a-t-il réellement à renforcer la taxation sur l'essence et sur le diesel, en se basant essentiellement sur le respect des objectifs de réduction des gaz à effet de serre et de dioxyde de carbone pour que la France respecte ses engagements internationaux ? Il est terrible que l'absence de toutes données facilement accessibles et de véritables débats démocratiques et médiatiques ne permette pas la tenue d'un débat sain et transparent. La France respecte ses engagements internationaux. La hausse de la fiscalité sur l'essence correspond ainsi soit à une contrainte fiscale interne, soit une idée fixe d'un quelconque obscur haut fonctionnaire d'un ministère quelconque opposé aux automobiles, vivant à Paris et n'étant capable de rien imaginer d'autres que son petit métro et son petit RER. A moins que ce ne soit la marotte de certains de nos chers présidents ultralibéraux du centre ou de la 'gauche' ou de leurs gouvernements !

 

A ma petite mesure, je tenterais donc de mettre à disposition quelques-unes des données disponibles.

 


Saucratès

 

 

Post scriptum :

Liste des précédentes COP (CCNUCC ou UNFCCC en anglais)

- COP 1 à Berlin (Allemagne) en mars-avril 1995, qui donna naissance à la décision connue sous le nom de 'mandat de Berlin', où les parties entamèrent un cycle de negociations en vue de décider d'engagements plus solides et plus détaillés pour les pays industrialisés.

- COP 2 à Genève (Suisse) du 8 au 19 juillet 1996.

- COP 3 à Kyoto (Japon) du 1er au 12 décembre 1997, et qui vit l'adoption du Protocole de Kyoto.

- COP 4 à Bueno Aires (Argentine) du 2 au 14 novembre 1998.

- COP 5 à Bonn (Allemagne) du 25 octobre au 5 novembre 1999.

- COP 6 à La Haye (Pays Bas) du 13 au 24 novembre 2000.

- COP 7 à Marrakech (Maroc) du 29 octobre au 10 novembre 2001, qui débouchera sur la signature des accords dits de Marrakech, qui présentent la traduction juridique des règles de mise en œuvre du Protocole de Kyoto.

- COP 8 à New Delhi (Inde) en novembre 2002.

- COP 9 à Milan (Italie) en novembre 2003.

- COP 10 à Buenos Aires (Argentine) en novembre 2004.

- COP 11 à Montréal (Canada) en novembre 2005, qui donnera naissance au processus de Montréal.

- COP 12 à Nairobi (Kenya) du 6 au 17 novembre 2006.

- COP 13 à Bali (Indonesie) du 3 au 14 décembre 2007.

- COP 14 à Poznan (Pologne) du 1er au 12 décembre 2008.

- COP 15 à Copenhague (Danemak) du 7 au 18 décembre 2009, qui débouchera sur la signature d'un accord non contraignant dit de Copenhague.

- COP 16 à Cancun (Mexique) du 29 novembre au 10 décembre 2010.

- COP 17 à Durban (Afrique du Sud) du 28 novembre au 11 décembre 2011.

- COP 18 à Doha (Qatar) du 26 novembre au 7 décembre 2012.

- COP 19 à Varsovie (Pologne) du 11 au 23 novembre 2013.

- COP 20 à Lima (Pérou) du 1er au 14 décembre 2014.

- COP 21 à Paris (France) du 30 novembre au 12 décembre 2015, qui a donné lieu à la signature de l'accord de Paris.

- COP 22 à Marrakech (Maroc) du 7 au 18 novembre 2016.

- COP 23 à Bonn (Allemagne) du 6 au 17 novembre 2017, qui a donné lieu au lancement du dialogue de Talanoa, à l'invitation du Premier ministre fidjien Frank Bainimaram.

- COP 24 à Katowice (Pologne) du 3 au 14 décembre 2018.


04/12/2018
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Réchauffement climatique (5)

 

 

Réflexion quarante-quatre (16 décembre 2011)
La place des énergies fossiles - Données et enjeux en 2010


1) La place du charbon dans les énergies

 

Dans un nouveau rapport publié mardi 13 décembre, l'agence internationale de l'énergie, bras énergétique de l'Organisation de coopération et de développement économique (OCDE), fait un point sur la consommation de charbon dans le monde.

http://www.lemonde.fr/planete/article/2011/12/13/la-consommation-de-charbon-dans-le-monde-continuera-a-croitre-d-ici-2016_1618126_3244.html

 

L'une des difficultés de ces études et publications, c'est la multitude des mesures existantes ... Dans un précédent article, je mentionnais que le charbon représentait la deuxième source d'énergie du bilan énergétique mondial soit 3,1 Gtep (giga tonnes équivalent pétrole) dans les années 2006-2007, et que les réserves prouvées actuelles représentaient entre deux et trois siècles de consommation ...

 

Le rapport de l'AIE chiffre la demande en charbon en 2010 à 5,225 milliards de tonnes équivalent carbone. Exprimée en tonne équivalent pétrole, elle a atteint 3,55 Gtep en 2010. Elle devrait atteindre 6,184 Gtce en 2016, soit une hausse prévue de +18%. Les réserves prouvées atteignent quant à elles 861 milliards de tonnes, soit au rythme actuel de consommation à peine plus d'un siècle désormais de consommation (à noter que je n'ai pas été capable de trouver une mesure de conversion entre les Mtce et les Gtep et que l'AIE publie normalement des études exprimées en Gtep).

 

La Chine est le plus gros consommateur actuel de charbon, soit 48% de la consommation mondiale, devant les Etats-Unis (15%) et l'Inde (8%). Selon l'AIE, les Etats-Unis ont longtemps été le premier consommateur de charbon de la planète, même si cela fait quelques années que la Chine les a dépassé. D'ici 2016, la consommation de charbon en Chine devrait encore progresser de +24% et celle de l'Inde de +40%. A noter que les Etats-Unis possèdent 28% des réserves de charbon prouvées contre 13% seulement pour la Chine (soit une trentaine d'années à peine de consommation).

http://www.commodesk.com/v2/fondamentaux/44/charbon

 

L'accroissement de la consommation chinoise (+0,4 Gtep) et indienne (+0,1 Gtep) dans une moindre mesure pose le problème des émissions de gaz à effet de serre induit par l'utilisation du charbon (CO² et autres gaz toxiques : SO², NOx et mercure notamment). En effet, il existe des solutions (technologie de centrales à charbon propres) pour limiter les rejets de ces gaz dans l'atmosphère dans le cadre de la production d'électricité à partir de centrales électriques brûlant du charbon mais la Chine et l'Inde ont un parc de centrales polluantes et les nouvelles centrales à charbon qu'ils vont construire ne seront pas toutes 'propres'.

 

Les technologies de centrales à charbon propres existantes actuellement ou encore à l'état de recherche :

a) installations à charbon pulvérisé à cycle supercritique (rendement de l'ordre de 43% à 46%)

b) cycle ultra-supercritique (rendement de l'ordre de 51% à 58%)

c) centrales à lits fluidisés circulants (LFC), permettant la destruction complète de certains polluants mais handicapées par un rendement encore faible

d) centrales à gazéification du charbon intégrée à un cycle combiné (IGCC)

Ces nouvelles technologies ont ou auront l'avantage de limiter les rejets de polluants dans l'atmosphère ou dans la nature ... Associées à des technologies de captage et de stockage du CO², elles permettraient de réduire l'impact de la production d'électricité sur le climat et l'environnement (mais il demeure le problème des risques liés à l'enfouissement du CO² capté et stocké ... dans des aquifères profonds ou dans des gisements de pétrole ... avec le problème des risques qui seront transférer aux générations qui vont nous suivre ...)

Ces technologies présentent toutefois l'inconvénient d'être coûteuses, ce qui en limite l'opportunité d'investissement pour les pays en développement ... Le marché potentiel concerne aussi la modernisation des installations existantes, que ce soit en Occident mais surtout dans les pays en développement et tout particulièrement en Chine, qui dispose d'installations extrêmement polluantes ... Une grosse vague de renouvellement des centrales électriques des pays de l'OCDE interviendra à compter des années 2020 et à partir des années 2040 dans les pays émergents ...

2) Le problème de la valorisation des réserves d'énergie fossile des grands groupes pétroliers ou miniers occidentaux

 

Autre article du Monde, traitant de la vraie valeur des réserves d'énergie fossile des majors pétrolières et minières occidentales.

http://www.lemonde.fr/economie/article/2011/11/14/quelle-est-la-vraie-valeur-des-reserves-d-energie-fossile_1603275_3234.html

 

L'agence internationale de l'énergie mentionnait dans son rapport publié le 9 novembre 2011 que la combustion de l'énergie fossile (pétrole, gaz et charbon) produite actuellement et dans les années à venir par les équipements existants en 2010 (usines, transports, bâtiment) provoquera, à l'horizon 2050, un réchauffement du climat de 6 degrés celcius, alors que les climatologues estiment que nos écosystèmes et notre économie planétaire ne pourraient absorber sans catastrophe majeure qu'une élévation de température de 2 degrés.

 

Pour l'ONG britannique Carbon Tracker Initiative (CTI), soit les réserves d'énergie fossile prouvées, qui représenteront l'émission de 2 795 gigatonnes d'émissions de CO², seront effectivement utilisées et provoqueront une catastrophe climatique ; soit elles ne seront pas utilisées, pour éviter cette catastrophe, et la valorisation actuelle des entreprises du secteur énergétique n'a pas de sens économique, car elle ne tient pas compte de ce risque climatique.

 

La valorisation des grands groupes occidentaux du secteur énergétique devrait ainsi intégrer les possibilités de taxation dissuassive de la production de ces énergies, les difficultés croissantes des compagnies à faire accepter par l'opinion, les pouvoirs publics et les consommateurs l'extension ou la poursuite d'une activité considérée comme dommageable pour l'environnement, et /ou le coût des actions futures de lutte contre le réchauffement climatique.

 

A noter que les majors occidentales disent intégrer une telle réflexion. Ainsi, selon Shell, «même si l'on réussissait à conserver la part actuelle des énergies fossiles par rapport à l'ensemble des énergies et à répondre ainsi à la demande croissante, les émissions de CO² pourraient atteindre un niveau tel qu'elles constitueraient une véritable menace pour le bien-être de l'homme. (...) Il va être de plus en plus difficile de maintenir les niveaux souhaitables de concentration de CO² dans l'atmosphère».

 

L'article du Monde souligne également les investissements de ces majors des énergies fossiles dans les énergies renouvelables (éolien et solaire). Mais leurs investissements dans ce secteur sont faibles en regard de leurs investissements en exploration-production d'hydrocarbures (Total projette ainsi d'investir 7 milliards de dollars sur la période 2010-2020 dans les énergies renouvelables contre 16 milliards en exploration-production d'hydrocarbures pour la seule année 2011).

 

Cette situation est confortée par les hésitations des politiques énergétiques des états occidentaux. 285 fonds d'investissement internationaux, gérant au total plus de 20 milliards de dollars d'actifs, ont publié le 19 octobre un appel à «une action politique urgente sur le changement climatique». Ils la jugent nécessaire pour «stimuler l'investissement du secteur privé dans la lutte contre le changement climatique» et «assurer la soutenabilité à long terme et la stabilité du système économique mondial».

 

Marchés et investisseurs ne réagiront à temps que si une volonté politique forte et cohérente incite à l'efficience énergétique, à l'investissement massif dans les énergies nouvelles et à l'augmentation régulière et programmée (et non erratique) du prix des énergies fossiles. «Les politiques en place pour les cinq années à venir forgent les investissements pour les dix années à venir, qui façonneront largement le tableau énergétique global jusqu'en 2050.» (Shell)

 

3) Autres sujets

 

Dernier article du Monde que je ne ferais que citer sur ce sujet des projets de captage de CO2 ...

http://www.lemonde.fr/planete/article/2012/12/07/pourquoi-les-projets-de-captage-de-co2-ont-ete-abandonnes-en-europe_1801705_3244.html

 

 

Saucratès

 


Mes autres écrits sur le Réchauffement climatique :
1.http://saucrates.blog4ever.com/blog/lire-article-447196-2012175-rechauffement_climatique__1_.html

2.http://saucrates.blog4ever.com/blog/lire-article-447196-2020927-rechauffement_climatique__2_.html

3.http://saucrates.blog4ever.com/blog/lire-article-447196-2020949-rechauffement_climatique__3_.html

4.http://saucrates.blog4ever.com/blog/lire-article-447196-2020964-rechauffement_climatique__4_.html


13/12/2011
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Démocratie et développement durable

Le 22 février 2012

 

 

La lutte contre le réchauffement climatique et la mise en oeuvre d'un mode de vie et d'un mode de production économique durables pourront-ils se faire de manière non dirigiste, de manière volontaire, sans actions arbitraires ni imposées par les états ou par un quelconque organisme national ou international ? 


Evidemment, mais il faut bien le rappeler, les styles de vie des ménages lambda chinois, américains, européens de l'ouest, congolais, ou thaïlandais, ne sont absolument pas comparables. L'américain des USA ou l'européen de l'ouest, même particulièrement ascète ou économe dans son train de vie, paraît vraisemblablement encore extrêmement pollueur et consommateur en regard de ses homologues des pays moins avancés. Mais chacun d'entre nous, dans notre coin, nous souhaitons avoir le style de vie qui nous soit le plus agréable, accessible en fonction de nos moyens financiers et de ce que nous pouvons disposer. Pour chacun d'entre nous, ce qui prime est avant tout notre confort personnel et celui de nos proches, dans l'idée d'avoir la qualité de vie la plus agréable possible. L'idée générale qui me semble représenter la plus grande partie de l'humanité, dont moi-même évidemment, c'est son caractère égoïste et aveugle aux obligations que la durabilité de notre mode de vie devrait nous imposer, quelles que soient les conséquences à long terme de notre mode de vie, de nos choix de vie. Et les chinois ou les indiens n'agiraient pas différemment des américains ou des européens en matière de consommation si leur niveau moyen de richesse était équivalent, s'ils pouvaient tous s'offrir plusieurs automobiles par couple, une maison climatisée et une piscine. 

A ce jour, l'incidence du développement durable, de la lutte contre le réchauffement climatique, ne me semble pas encore avoir été pris en compte et intégré par les pouvoirs publics des principaux états. Bien sûr, certains d'entre eux ont pris des engagements de réduction des gaz à effet de serre, notamment les principaux pays occidentaux à l'exception notable des Etats-Unis. Mais ces engagements ont été essentiellement mis en oeuvre par des incitations fiscales, que ce soit en faveur des formes d'énergies renouvelables, d'équipements automobiles respectueux de l'environnement (filtre à particule), de motorisations automobiles électriques ou propres, ou par la mise en oeuvre de marchés de droits carbone au niveau européen. La majeure partie des états n'ont pratiquement pas pris de mesures contraignantes en matière de développement durable et de lutte contre les gaz à effet de serre. Face à des comportements individuels foncièrement égoïstes ou plutôt individualistes, il n'y a pas de consensus nationaux sur la nécessité et la possibilité d'imposer de telles mesures contraignantes. 

Au delà de la nécessité d'user de politiques d'incitation fiscale, positives comme pour les subventions, ou négatives comme les taxes par exemple sur les carburants ou les grosses motorisations automobiles, un autre paradigme de la réflexion actuelle sur la lutte contre le réchauffement climatique concerne la croyance en l'existence de solutions scientifiques au problème du réchauffement climatique. Nous sommes tous persuadés que la science saura trouver des mécanismes nouveaux et économes pour nous permettre de continuer à consommer autant que nous le souhaiterons sans impact sur la durabilité de notre mode de vie, sur la durabilité de notre mode de développement économique. Nous autres occidentaux espérons encore en une solution scientifique au problème du réchauffement climatique, croyons toujours en la supériorité de la science moderne, de la recherche ! 

La science moderne a créé d'une certaine manière les problèmes que nous observons aujourd'hui ; nous sommes persuadés qu'elle nous apportera la réponse à ce même problème, sans intégrer d'ailleurs le fait qu'il y a de fortes chances qu'elle donnera naissance dans le futur à d'autres problèmes à venir. 

Enfin, je pense qu'il y a un dernier paradigme que nous avons tous à l'esprit, qui nous laisse toujours croire que la réponse aux difficultés que nous observons aujourd'hui trouvera une réponse automatiquement, sans arbitraire de la part des états ... Ce dernier paradigme c'est l'efficience des marchés. Nous sommes persuadés que les problèmes du développement durable et du réchauffement climatique se traduiront dans les prix des différents produits que nous consommons et qu'ils intégreront à la fois leurs risques et leurs impacts climatiques. Cela nous permet en fait de nous déculpabiliser ; si le prix des produits que nous consommons intègre leur impact environnemental, alors nous n'avons pas à nous sentir coupables de les utiliser puisque nous payons pour cela ! 

Le paradigme de l'efficience des marchés nous permet aussi de croire que les marchés seront capables de s'auto-réguler et de faire apparaître de nouveaux produits plus économes et plus durables lorsque leur utilisation deviendra nécessaire. Ce paradigme se retrouve dans le développement de la technolgie des capteurs solaires, de moins en moins chers et de plus en plus efficients, dans le développement des motorisations électriques, que l'on nous promet pour dans quelques années, avec des batteries que l'on nous promet moins chères et de plus grande autonomie ... 

Ce sont ces croyances en la science et en l'efficience des marchés qui nous laissent croire en une auto-adaptation de l'économie capitaliste pour intégrer les effets du réchauffement climatique et des limites à la disponibilités des ressources naturelles ! 

Dans les années ou décennies à venir, lorsque les conséquences du réchauffement climatique commenceront à avoir des effets véritablement mesurables, et lorsque la demande des populations des pays émergents créera une pression inflationniste forte sur les prix des matières premières et sur les volumes disponibles, on se trouvera alors devant une obligation d'agir au plan international. On s'apercevra alors que le mode de production capitaliste n'est pas capable de s'auto-réguler, même en étant guidé par les états, et que l'empilement des égoïsmes individuels ne permet pas de changer de mode de développement et de mode de consommation. 

Je suis persudé que des mesures violentes et arbitraires seront nécessaires pour que l'humanité puisse prendre le virage d'un développement durable sans impacts nocifs rédhibitoires sur son environnement et sur le reste du biome terrestre. Et ces mesures violentes et arbitraires me sembleront difficilement conciliables avec la démocratie telle que nous le connaissons actuellement dans nos états occidentaux. Des mesures arbitraires et violentes seront vraisemblablement également nécessaires entre états eux-mêmes, puisque le concept de passager clandestin dans la lutte contre le réchauffement climatique prendra également tout son sens ; dans un schéma démocratique, rien n'empêchera un peuple de refuser un mode de vie plus frugal, surtout si son impact au plan mondial demeure faible, et ce peuple pourra avoir tendance à vouloir profiter des efforts des autres pays de réduction de leur empreinte écologique sans en subir lui-même les restrictions ! 

De très nombreux interrogations naissent de ces quelques lignes. Par exemple, parler de lutte contre le réchauffement climatique ou d'un mode de développement durable n'est pas comparable. La lutte contre le réchauffement climatique ne vise qu'à atténuer l'impact des gaz à effet de serre sur le réchauffement du climat terrestre. Les conséquences du réchauffement climatique sont un risque de montée du niveau des océans, et donc de submersions des terres et d'îles ; un risque de disparition d'espèces animales et végétales, qui seraient incapables de s'adapter à une élévation des températures ; et un risque assurantiel d'augmentation des catastrophes climatiques ... Par contre, le développement durable intègre au réchauffement climatique l'idée d'un mode de développement économe en ressources naturelles et en matières premières, qui puisse s'inscrire dans la durée de l'existence de l'humanité, non seulement des générations actuelles qui consomment et décident, mais également des générations à venir, sur les prochaines décennies, siècles et millénaires. 

Evidemment, ces évolutions ne se feront pas sans contestations, sans conflits sociaux, opposant des riches et des pauvres, des citoyens aux grands groupes industriels ou pétroliers, des citoyens révoltés face aux états : la Grèce d'aujourd'hui, les mouvements sociaux des Antilles, de Mayotte ou de la Réunion des dernières années ... Chaque fois que des privations ou des hausses de prix seront demandées ou imposées à une population considérant que ces sacrifices demandés sont injustes ... 

Saucratès 

06/11/2017
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Réchauffement climatique (4)

 

Réflexion quarante-trois (28 novembre 2011)
La conférence de Durban en Afrique du Sud


Un an après la conférence de Cancun et deux ans après l'échec de la conférence de Copenhague en décembre 2009, se tient à Durban la dix-septième conférence des parties sur la convention climat (Cop17). L'enjeu en est de relancer les négociations sur la lutte contre le réchauffement climatique et la renégociation de l'accord sur le protocole de Kyoto, signé en 1997, négociations enlisées après Copenhague.

http://www.lemonde.fr/planete/article/2011/11/27/sommet-de-durban-la-planete-au-chevet-du-protocole-de-kyoto_1609846_3244.html

http://www.lemonde.fr/depeches/2011/11/27/le-temps-presse-a-durban-alors-que-kyoto-expire_1272267.html

 

Vingt années se sont écoulées depuis le premier sommet de la Terre qui s'était tenu à Rio de Janeiro au Brésil, en juin 1992, qui avait vu l'adoption par 131 chefs d'Etat de l'Agenda 21, un recueil de 2.500 recommandations pour le 21ème siècle, et où trois conventions internationales avaient été ouvertes à la signature : la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques, la Convention sur la diversité biologique et la Convention sur la lutte contre la désertification.


Quinze années se sont également écoulées depuis le deuxième sommet de la Terre qui s'était tenu à New-York aux USA, en juin 1997, et qui avait constaté le désaccord entre l'Union européenne et les Etats-Unis sur la réduction des gaz à effet de serre (GES). Mais l'année 1997 avait également conduit à l'adoption en décembre 1997 du Protocole de Kyoto lors de la troisième conférence des parties à la convention-climat (Cop3).

 

Le protocole de Kyoto présente néanmoins des limites en raison du faible poids des états engagés par des réductions d'émission des gaz à effet de serre (GES) dans le total des émissions mondiales. Les états signataires sont les états européens et l'Australie représentent en effet à peine 30% du total des émissions mondiales. Les Etats-Unis, deuxième pollueur de la planète, n'ont jamais ratifié le protocole de Kyoto, et la Chine, désormais premier pollueur de la planète, n'était pas concerné par le protocole en tant que pays nouvellement industrialisé.

 

En cette période de crise financière et de crise de la dette, pour quelles raisons l'Union européenne accepterait-elle de s'engager unilatéralement sur la reconduction du protocole de Kyoto et sur le coût financier des mesures de réduction des émissions de GES, alors que les autres états pollueurs de la planète s'exonèrent de toute contrainte pouvant entraver leur croissance économique ? Mais l'urgence climatique n'a pas diminué, bien au contraire, même si apparemment, l'Europe tout comme les autres principaux pollueurs, ne seront pas les plus concernés par les catastrophes climatiques qui pourraient s'ensuivre d'un emballement du réchauffement climatique. Les pays en développement africains, principalement concernés par des famines consécutivement aux dérèglements climatiques, et les états iliens (en premier lieu l'état du Tuvalu dans le Pacifique ou les îles des Maldives dans l'Océan Indien), concernés eux par l'accroissement des risques cycloniques et la montée du niveau des océans.

 

Ainsi, l'Organisation météorologique mondiale (OMM) a indiqué la semaine dernière que la concentration de gaz à effet de serre dans l'atmosphère avait atteint en 2010 un niveau sans précédent, tandis que un rapport du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC) a fait état d'une menace grandissante des vagues de chaleur pour le vingt-et-unième siècle : des pluies plus fortes, davantage d'inondations, des cyclones plus puissants, des glissements de terrain et des sécheresses plus dures.

http://www.lemonde.fr/planete/article/2011/11/21/la-concentration-des-gaz-a-effet-de-serre-dans-l-atmosphere-atteint-des-niveaux-record_1606916_3244.html

 

Enfin l'Agence internationale de l'énergie (AIE), bras énergétique de l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), a averti que la hausse des températures pourrait être comprise entre 3 et 6 degrés d'ici la fin du siècle et que les émissions de dioxyde de carbone pourraient progresser de 20% d'ici 2035 pour atteindre annuellement 36,5 gigatonnes.

http://www.lemonde.fr/planete/article/2011/11/09/les-emissions-de-co2-pourraient-augmenter-de-20-d-ici-a-2035_1601285_3244.html 

 

Pour mémoire, les émissions de GES ont ainsi atteint 30,6 gigatonnes en équivalent CO² en 2010, contre 28,9 gigatonnes en 2009 et 29,3 gigatonnes en 2008. Le faible niveau enregistré en 2009 s'expliquait par la crise économique et financière mondiale. Par rapport à 2008, la hausse entre 2010 et 2008 s'établit ainsi à +4,5%.

http://www.qualipole.fr/les-articles-specialises/emissions-mondiales-de-ges-gaz-a-effet-de-serre-en-2010-un-nouveau-et-triste-record.html

 

 

Réflexion quarante-deux (20 décembre 2009)
L'échec de la conférence de Copenhague et l'avenir du capitalisme ...


La conférence de Copenhague sur le réchauffement climatique s'est ainsi terminée sur un échec, ou plutôt a accouché d'une souris, malgré tous les espoirs qui étaient nourris avant son démarrage, et les mouvements de pétition grandiloquents qui étaient annoncés pour influer sur les négociations. Je ne pense pas que l'humanité soit prête aujourd'hui à prendre des mesures, radicales ou non, pour lutter contre le réchauffement climatique. Parler de l'humanité peut évidemment sembler excessif ; il pourrait sembler plus naturel de parler des acteurs économiques et politiques occidentaux. Il est certain que les peuples africains et de nombreux peuples asiatiques de pays en développement ne participent pratiquement pas au réchauffement de la planète et qu'ils ne seraient pas opposés à des mesures d'économie. Mais en même temps, l'exemple chinois permet de démontrer que les gouvernements de ces pays, s'ils devenaient des émetteurs importants de CO² en raison de leur développement, n'hésiteraient pas à refuser de s'engager à réduire leurs émissions, de peur de voir freiner leur potentiel de développement économique ...
http://www.lemonde.fr/opinions/article/2009/12/19/deception-a-copenhague_1282944_3232.html
http://www.lemonde.fr/le-rechauffement-climatique/article/2009/12/18/un-accord-non-contraignant-obtenu-in-extremis-a-copenhague_1282914_1270066.html

La majeure partie de l'humanité ne souhaite pas aujourd'hui diminuer son empreinte énergétique sur la planète, mais au contraire accroître le plus possible son niveau de consommation et sa richesse personnelle, d'une façon purement égoïste et individuelle, sans prendre en compte l'impact de telles décisions au niveau global. Par ailleurs, il me semble aussi qu'il n'existe aujourd'hui que bien peu de technologies permettant de suppléer aux technologies polluantes et émettrices de carbone, même hors de prix. Il n'existe même pas de technologies propres et sans risques. Je pense ainsi aux capteurs électriques photovoltaïques dont à ce jour on ne sait pas recycler les métaux utilisés (cadium) et gérer leur radioactivité. Je pense aussi aux méthodes d'enfouissage de CO² à grande profondeur terrestre, dans d'anciens gisements de gaz naturel, ou dans des veines salines, dont on ne peut ignorer les risques éventuels qui seraient observés en cas de remontée brutale de ce gaz en surface, qui pourrait alors asphixier toute une population en quelques minutes. Je pense également aux éventuelles voitures à pile à hydrogène, pour lesquelles on ne peut peut-être pas aujourd'hui prévoir les conséquences de l'émission de tant de molécules d'hydrogène libres ; personne au début du vingtième siècle n'aurait pu imaginer que les émissions individuelles de moteurs à explosion seraient capables de polluer l'atmosphère terrestre et de contribuer au réchauffement climatique ... Quels effets de ces piles à hydrogène seront découverts au vingt-et-unième siècle, alors que l'on touche à un élément fondamental à la vie humaine : le cycle de l'eau.

Il nous faudra donc attendre les prochaines négociations sur le climat (à Mexico en décembre 2010) pour voir si l'humanité peut s'engager sur la voie d'un développement plus durable, moins émetteur de gaz à effet de serre, et si les états au niveau multinational seront capables de s'entendre sur un cadre politique contraignant. En attendant, on devra supporter les rotomontades de notre hyper-président national, très doué pour se mettre en valeur et pour accaparer les bonnes idées des autres ...
http://www.lemonde.fr/web/depeches/0,14-0,39-41226211@7-37,0.html
http://www.lemonde.fr/opinions/article/2009/12/17/nicolas-sarkozy-conteur-de-ses-succes-diplomatiques-par-arnaud-leparmentier_1282006_3232.html

Néanmoins, peut-on dire que la lutte contre le réchauffement climatique et la poursuite de la croissance économique effrenée de l'Occident ou de la Chine ne sont pas incompatibles ? La décroissance économique n'est-elle pas l'une des seules solutions pour arriver à la diminution des émissions de gaz à effet de serre ? Evidemment, cette affirmation pose problème aux pays en développement pour lesquels le but final et indépassable du développement est la croissance économique pour elle-même. Mais le problème n'est pas d'obtenir plus de croissance économique, mais simplement un meilleur partage de la croissance économique et des richesses produites. Pour les états occidentaux développés, il est évident que l'on pourrait obtenir une meilleure répartition des richesses entre les citoyens, même avec une croissance économique négative, c'est-à-dire avec une décroissance. Evidemment, il est plus simple et moins douloureux de partager les fruits d'une croissance supplémentaire que de modifier la répartition d'une richesse en baisse ...

Le capitalisme actuel ne sait pas résoudre de telles situations. Le capitalisme crée de l'inégalité, des riches, des pauvres et des exclus au sein d'une société, et des différences de développement entre états. C'est donc clairement le capitalisme qu'il faut réformer si on veut faire face à une économie plus vertueuse en matière de développement durable. La décroissance de l'empreinte énergétique sur la Terre passera ainsi peut-être par l'adoption de nouvelles règles pour le capitalisme, imposées par des accords internationaux pour le rendre plus juste, plus humain, moins polluant, moins attentif aux besoins du seul capital et des seuls puissants ... Le principe de la décroissance n'est pas un objectif en lui-même. Dans le cas d'une planète limitée, face à des ressources naturelles déjà surutilisées, face à des écosystèmes surconsommés, la croissance de la production industrielle de biens sera très vraisemblablement prochainement limitée, d'abord dans l'optique de préserver les droits des générations qui nous succéderons sur notre planète et sur ses richesses. La décroissance ne sera alors plus un choix de société mais un fait indépassable et il faudra alors faire plus et mieux avec des richesses décroissantes.
 
 

Réflexion quarante-et-une (17 décembre 2009)
«Si le climat était une banque, on l'aurait déjà sauvé» ...


J'ai beaucoup aimé cette phrase de Hugo Chavez à la conférence de Copenhague où semble s'éloigner la perspective de signature d'un accord novateur et contraignant sur le changement climatique. Mais il ne faut pas désespérer ; avant la signature de l'accord de Kyoto, en décembre 1997, plusieurs grands sommets précédents s'étaient soldés par des échecs des négociations.
http://www.lemonde.fr/le-rechauffement-climatique/article/2009/12/17/lueur-d-espoir-sur-le-climat-apres-un-jour-de-chaos_1281871_1270066.html

Mais il y a malgré tout quelques points qui me semblent importants de mettre en évidence dans le cadre des mouvements citoyens qui s'agitent autour de ce sommet. On entend parler dans la presse de pétitions électroniques auxquelles les citoyens de tout pays sont appelés à adhérer pour influer sur les gouvernements et leurs négociateurs. Pourquoi pas ! Même si je me demande si une telle pétition aura la moindre influence sur un régime politique comme le gouvernement chinois qui n'avait pas hésité à réprimer dans le sang les manifestations de la place Tien An Men, attitude dont dépend malgré tout en dernier ressort la conclusion d'un accord sur le climat.

Sommes-nous réellement prêts, nous autres européens, français ou autres, à modifier notre mode de vie, notre consommation, notre style de vie, pour adopter un mode de vie économe pour la planète, ou faiblement émetteur de carbone ? Sommes-nous prêts à abandonner nos rêves automobiles de belles berlines puissantes pour acheter des peugeots 107 aux moteurs ridiculeusement petits, émettant peu de dioxyde de carbone et consommant peu d'essence ? Ou alors à abandonner le rêve de la maison individuelle pour se réfugier dans des barres d'immeubles dans lesquelles les coûts de chauffage sont plus faibles et où la concentration de l'habitat facilite l'approvisionnement en eau et en électricité ?

En tant que citoyen lambda d'un quelconque gouvernement européen, sommes-nous prêts à des sacrifices en terme de qualité de vie, d'image sociale, en terme financier, ou bien sommes-nous tout simplement trop égoïstes, trop enfermés dans nos petits rêves et notre petite soif de consommation et d'image, pour faire autre chose que souhaiter la signature d'un accord internatonal qui nous donne bonne conscience ... Pour la majorité d'entre nous, et moi le premier, je n'y crois pas.

Evidemment, nous serions prêts à consommer non plus éthique mais économe en rejet de CO² si cela ne devait rien nous coûter, ni en terme de qualité de vie, ni en terme de style de consommation, ni surtout en terme de pouvoir d'achat. Nous serions même prêts, pour une forte majorité, à quelques sacrifices de temps à autre ... Eviter le fois gras de canard sauf pour les réveillons ... Ce que bon nombre de personnes attendent, c'est que les gouvernements imposent de nouvelles normes d'émission aux industriels, aux producteurs d'électricité, et autres sociétés mondiales, de telle sorte que celles-ci soient obligées de modifier leurs produits pour les rendre économes, tout en espérant que la concurrence permette d'en maintenir les prix au niveau antérieur. Pas un des manifestants n'accepterait ainsi que le prix de la baguette de pain passe à 3 ou 4 euros en vertu de norme anti-pollution, ni que le prix de l'électricité ou de l'eau soit multiplié par deux ou trois ... Les mêmes manifestants manifesteraient contre le diktat des industriels ...

Et d'une certaine façon, il est amusant de comprendre que ces manifestants écolo-tiersmondistes-gauchistes sont en fait des partisans inébranlables du libre jeu de la concurrence, c'est-à-dire du capitalisme ... (mais sans le savoir ou se l'avouer évidemment ... les écolo-tiersmondistes-gauchistes seraient ainsi un peu les 'messieurs Jourdain' du capitalisme) ...

D'où mon malaise devant tous ces gens qui jouent à se donner bonne conscience en signant et en appelant à signer des pétitions sur internet, alors que dans les faits, ils ne sont pour la plupart moins égoïstes que les autres et qu'ils croient dans les faits que la pollution au CO² vient des autres, consommateurs ou industriels, mais en aucun cas de leur petite et admirable personne ...

Ce qui ne m'empêche pas de rire devant cette phrase d'Hugo Chavez, particulièrement vraie ... «Si le climat était une banque, on l'aurait déjà sauvé» ... Pour sauver une banque, ni les Etats-Unis, ni l'Europe, n'ont lésiné sur les moyens financiers, ni attendu que les autres sauvent d'abord leurs propres banques ... un autre des secrets du capitalisme ... Les intérêts du capitalisme ont réussi à devenir ceux de la société dans son entier, des gouvernants dans leur ensemble ... Ce qui est particulièrement vrai puisque même les écolo-tiersmondistes-gauchistes sont aussi gagnés par le culte des bienfaits de la concurrence ...



Réflexion quarante (3 décembre 2009)
Les enjeux du sommet de Copenhague ...

En préambule, un lien pour visionner le court-métrage diffusé par le Danemark, pays hôte de la conférence COP15, lors de la session d'ouverture du sommet de Copenhague, lundi dernier ... Ce court-métrage met en scène une fillette affrontant les éléments déchainés et suppliant les 1 200 délégués d'aider à sauver la planète.
http://www.youtube.com/watch?v=NVGGgncVq-4&feature=player_embedded

Le sommet de Copenhague se tiendra du 7 au 18 décembre 2009, dans la capitale du Danemark. Ce sera la quinzième conférence traitant du problème du réchauffement climatique, réunissant les pays (191 à l'heure actuelle) ayant ratifié la Convention cadre des Nations unies sur le changement climatique (CCNUCC). Les enjeux de ce sommet sont cruciaux en matière de lutte contre le réchauffement climatique à l'échelle de notre planète. La Chine est désormais devenue le premier émetteur de dioxyde de carbone (CO²) de la planète, devant les Etats-Unis d'Amérique, qui demeure toutefois le premier pollueur de la planète lorsque l'on rapporte leurs émissions au nombre d'habitants. A eux deux, ces deux pays sont responsables de plus de 40% des émissions mondiales de CO², notamment en raison de l'utilisation de centrales à charbon pour produire de l'électricité.

Copenhague a pour objectif de complèter, de prendre la suite ou de renforcer, le protocole de Kyoto qui avait été conclu en décembre 1997, pour la période 2008-2012, qui imposait aux 37 pays les plus industrialisés l'ayant ratifié de réduire leurs émuissions de gaz à effet de serre, responsables du réchauffement climatique, au premier rang desquels on trouve le CO². Une partie du débat vient du fait de l'exonération des pays en développement des engagements contraignants souscrits à Kyoto, et tout particulièrement des plus gros pollueurs actuels que sont la Chine mais également l'Inde ou le Brésil, qui souhaitent voir la responsabilité historique des pays industrialisés dans le processus actuel de réchauffement climatique et dans l'accumulation de CO² dans l'atmosphère terrestre. La non-ratification du protocole de Kyoto par les Etats-Unis est un autre élément du débat.

Pour mémoire, la précédente conférence (la quatorzième) dans le cadre de la Convention cadre des Nations unies sur le changement climatique s'était tenue à Pozman, en Pologne (conférence dite Cop14), du 1er au 12 décembre 2008. Pour une liste des précédentes conférences, voir le point 5 de mon article suivant ...
http://saucrates.blogs.nouvelobs.com/archive/2009/06/14/vade-mecum-en-developpement-durable.html

A Copenhague, dans quelques jours, il faudra à la fois acter des projets de réduction précise et contraignante des émissions de gaz à effet de serre des principaux pays pollueurs de la planète, mais surtout prévoir de nouveaux mécanismes de financement pour transformer le fonctionnement énergétique des économies et soutenir l'adaptation des pays pauvres. De la même manière que le protocole de Kyoto avait créé trois mécanismes de flexibilité : le Mécanisme de développement propre (MDP), la mise en œuvre conjointe (MOC) et les permis négociables ... qui commencent cependant seulement à être mis en oeuvre et à se développer, près de dix ans après Kyoto. Il s'agira aussi et surtout pour les pays les plus riches de s'engager sur le financement du climat, à raison de centaines de milliards de dollars par an ... Challenge difficile en cette période budgétaire difficile ...

Le sommet de Copenhague sera-t-il un nouveau sommet pour rien, comme une bonne partie des précédents sommets de ces dernières années, ou permettra-t-il de faire avancer la lutte contre le changement climatique ? En tout cas, les nombreuses propositions de divers états pour des réductions de leurs émissions de gaz à effet de serre laissent augurer une issue favorable à cette négociation :
- baisse de 17% des émissions en 2020 par rapport à 2005 pour les Etats-Unis, de 30% en 2025 et de 42% en 2030.
- baisse de 40% à 45% des émissions par unité de PIB en 2020 par rapport à 2005 pour la Chine.
- baisse de 20% à 30% des émissions par rapport à 2005 pour l'Europe et de 80% à 95% en 2050.
- baisse de 4% des émissions en 2020 par rapport à 2005 pour la Corée du Sud.
- baisse de 25% des émissions en 2020 par rapport à 1990 pour le Japon.
- baisse de 39% des émissions en 2020 par rapport aux prévisions antérieures pour le Brésil.
- baisse de 20% à 25% des émissions en 2020 par rapport à 1990 pour la Russie.
- baisse de 20% des émissions en 2020 par rapport à 2006 pour le Canada.
- baisse de 10% à 20% des émissions en 2020 par rapport à 1990 pour la Nouvelle-Zélande.
- baisse de 50% des émissions en 2050 pour le Mexique s'il dispose de la technologie et du financement adéquats ...


Réflexion trente-neuf (19 novembre 2009)
Des émissions mondiales de 10 milliards de tonnes de carbone en 2008 ...

Ce chiffre peut faire peur. Les émissions mondiales de gaz à effet de serre ont atteint en 2008 un nouveau record d'émission à plus de 10 milliards de tonnes équivalent carbone (GeTC), selon les estimations d'une étude annuelle du consortium scientifique Global Carbon Project, publiée mardi 17 novembre dans la revue Nature Geoscience. Quant à la captation de ces émissions par les puits naturels de carbone (océan, végétation terrestre, etc.), elle aurait atteint 40% de ces émissions en 2008, perdant légèrement en efficacité puisqu'il y un demi-siècle, ils fixaient 45% des émissions de gaz anthropiques. Lire à ce sujet l'intéressant article du Monde.
http://www.lemonde.fr/planete/article/2009/11/18/les-emissions-de-co2-ont-atteint-un-niveau-record-en-2008_1268592_3244.html

On en serait néanmoins légèrement au-delà des plus pessimistes prévisions du GIEC en matière d'émission de carbone de l'atmosphère ; ces plus pessimistes prévisions du GIEC qui envisagent, il faut le rappeler, une hausse des températures à la fin du siècle de 6 degrés celcius par rapport à aujourd'hui, et une montée des masses océaniques de près d'un mètre. L'humanité ne prend pas aujourd'hui le chemin d'une meilleure évolution énergétique. Parmi les autres enseignements à tirer de cette étude, il faut noter la part majoritaire dans les émissions prise par les pays en développement par rapport aux pays occidentaux, et l'importance des émissions de gaz à effet de serre (carbone) provenant des centrales électriques au charbon, extrêmement malpropres, de Chine notamment. Il existe pourtant des technologies 'propres' (supercritiques ou ultra-supercritiques, à lits fluidisés, ou IGCC ...) pour les centrales à charbon, néanmoins beaucoup plus coûteuses en regard des centrales normales à charbon (voir à ce sujet mes réflexions 30 et 31 d'avril 2008 sur ces technologies plus 'propres').
http://saucrates.blogs.nouvelobs.com/archive/2007/12/10/rechauffement-climatique-donnees-1.html

Enfin, maigre consolation, du fait de la crise économique actuelle, les émissions de gaz à effet de serre devraient normalement baisser en 2009 par rapport à 2008 ...

Un autre article du Monde fait état de l'intérêt croissant des marchés financiers et des principales entreprises polluantes pour les crédits carbone.
http://www.lemonde.fr/economie/article/2009/11/18/les-financiers-alleches-par-le-marche-du-co2_1268756_3234.html

Mais ce n'est un secret pour personne. Nombre d'intervenants pronostiquent déjà que la prochaine bulle financière spéculative concernera les dérivés climatiques et les dérivés carbone, et les acquisitions d'entreprises dont cet article fait état en offrent une première confirmation (l'acquisition par JPMorgan d'EcoSecurities, société écossaise spécialisée dans la syndication de projets verts producteurs de crédits carbone, pour 138,5 millions d'euros - l'acquisition par Rhodia de OneCarbon International, société spécialisée dans le développement de projets forestiers en Afrique propre, pour 10 millions d'euros). Il est vraisemblable que les grandes entreprises paieront au cours des prochaines années de plus en plus chères pour mettre la main sur des projets offrant le bénéfice de crédits carbone, et de la même manière que des sociétés dotcom avaient atteint des niveaux de valorisation extrêmement élevés avant la crise de 2002-2003, de même ces projets carbone verront leur capitalisation atteindre des sommets d'ici quelques années, avant de s'écrouler d'ici quatre à cinq ans au cours de la prochaine crise financière, entraînant de nombreux grands groupes dans la tourmente.

Enfin, un dernier article intéressant concerne la liaison effectuée par le Fonds des Nations unies pour la population (Unfpa) entre natalité galopante et réchauffement climatique. Dans son rapport 2009 publié mercredi 18 novembre, la natalité galopante des pays en développement est ainsi considérée comme l'un des principaux moteurs du réchauffement et l'un de ses premiers risques.
http://www.lemonde.fr/planete/article/2009/11/18/limiter-les-naissances-un-remede-au-peril-climatique_1268626_3244.html

Cette position démographique surprend puisqu'elle est notamment totalement absente des réflexions du GIEC et des négociations internationales. Surtout, elle surprend en regard de la vision prolife des Etats-Unis et de la précédente administration républicaine américaine, qui avait notamment cessé ces financements à ce fonds des Nations unies. Elle surprend également en raison de l'opposition plus large de l'épiscopat et de l'Eglise catholique à l'égard du planning familial et de la promotion, voire de l'utilisation, des moyens contraceptifs. Mais selon l'Unfpa, une variation en plus ou en moins de 1 milliard d'habitants à l'horizon 2050 aura une influence considérable sur le réchauffement climatique. L'Unfpa défend cette position depuis de nombreuses années.


Réflexion trente-huit (5 juillet 2009)
Le plan climat que la France pourrait mettre en oeuvre et ses limites ... une gigantesque escroquerie ...


Le gouvernement français réfléchirait à la mise en oeuvre d'une taxe carbone (à l'image de la contribution climat-énergie (CCE) défendue par les écologistes. L'objectif d'une telle taxe : lutter contre le réchauffement climatique en taxant l'utilisation des énergies fossiles (pétrole, charbon, gaz…). Un groupe d'experts présidé par l'ancien premier ministre Michel Rocard est chargé de rendre des recommandations ; il s'est réuni pour la première fois jeudi 2 et vendredi 3 juillet à Paris. Mais l'ambition du président de la République est de permettre avant tout un allègement des charges pesant sur le travail ... "Je souhaite que nous allions le plus loin possible sur la taxe carbone. Plus nous taxerons la pollution et plus nous pourrons alléger les charges qui pèsent sur le travail" ... dans son discours devant le Congrès, lundi 22 juin, à Versailles. Il suffit pour cela de se rappeler les premiers essais du gouvernement de mise en oeuvre d'une TVA sociale pour les législatives de 2007 avant que celui-ci n'y renonce devant le retournement de l'électorat et l'opposition de l'opinion publique.
http://www.lemonde.fr/planete/article/2009/07/02/la-france-pourrait-instaurer-une-taxe-carbone-des-2010_1214184_3244.html
http://www.lemonde.fr/planete/article/2009/07/02/l-impact-de-la-taxe-carbone-en-question_1214538_3244.html
http://fr.news.yahoo.com/64/20090705/twl-taxe-carbone-questions-autour-du-chq-acb1c83.html

D'après Le Monde, sur le papier, le principe de la CCE est simple : toutes les sources d'émissions de CO² doivent être taxées, à un taux ayant vocation à augmenter progressivement. Cette fiscalité carbone – grâce au "signal-prix" qu'elle introduit – doit entraîner, selon ses partisans, une diminution de la consommation d'énergies fossiles et une "migration" des achats vers des énergies et des produits moins destructeurs pour le climat. La taxe visera en priorité le secteur "diffus", c'est-à-dire les transports, le logement, l'agriculture…. Les grandes entreprises industrielles et les installations électriques (responsables d'un peu moins de 40 % des rejets nationaux) sont déjà soumises au système européen d'échange de quotas et il ne s'agit donc pas de leur infliger une "double peine".

Selon les évaluations de la direction générale du Trésor et de la politique économique (DGTPE), l'alourdissement de la fiscalité environnementale et sa compensation par un allègement des charges sociales et d'autres impôts pesant sur les entreprises pourraient entraîner un gain de croissance compris entre 0,2 % et 0,6 % du produit intérieur brut. Cet effet positif sur la croissance a déjà été observé dans des pays qui ont introduit une taxe carbone, comme la Suède et le Danemark.

Ce seront donc essentiellement les ménages qui seront les plus touchés par cette nouvelle taxe, ce qui explique ainsi que les associations de consommateurs montent au créneau pour mettre en garde contre l'impact d'une telle taxe sur le pouvoir d'achat des ménages. Alain Bazot, de l'association UFC-Que Choisir, évoque une instrumentalisation du sentiment écologiste. «Cette taxe carbone, en réalité, a d'abord pour finalité de financer une réforme de la fiscalité des entreprises. C'est une manipulation de l'opinion publique», juge-t-il, tout en plaidant pour l'utilisation d'autres leviers (impôt sur le revenu, impôt sur le capital...). «Qu'on veuille alléger les charges, pourquoi pas, mais sans faire des consommateurs la vache à lait exclusive.» Et le président de l'association de consommateurs de s'interroger : «Comment se fait-il que l'on taxe les consommateurs d'énergie et pas les producteurs d'énergie, qui font des milliards de bénéfices ? Est-ce normal ?» ...

Une gigantesque escroquerie

L'idée que les grandes entreprises, tels les producteurs d'énergie ou les industriels, étant déjà soumis à une politique de quotas d'émission au plan européen, c'est-à-dire à des droits d'émission carbone, ne devraient pas être soumis à un double système imposition, est une gigantesque escroquerie.

Premièrement, les droits d'émission carbone auxquels les industriels sont effectivement soumis ne constituent pas un système de taxation, mais un système d'échange de quotas de droits d'émission. C'est ainsi un système à somme nulle ; les droits sont échangés entre industriels et les sommes payées par les uns sont récupérées par les autres. Si certains industriels sont effectivement soumis à une forme de taxation, il s'agit par contre d'une source de financement pour les autres, à somme nulle pour l'état.

Deuxièmement, le gouvernement n'a jamais été géné de taxer doublement ou triplement les ménages. Ainsi, les revenus soumis à CSG et à CRDS sont également soumis à l'impôt sur le revenu (augmentés de la CSG-CRDS payée), puis une nouvelle fois à la TVA (et autres taxes - TIPP, octroi de mer ...). Alors, pourquoi ce qui ne gêne pas le gouvernement dans le cas des ménages le gêne-t-il lorsqu'il s'agit des grandes entreprises ?

Evidemment, il est vain d'attendre d'un gouvernement de droite, dirigé par Nicolas Sarkozy, de défendre autre chose que les intérêts des grands groupes industriels. Ce projet de taxe carbone, s'il entre en application, n'aura pour seul conséquence, qu'une augmentation de la pression fiscale sur les ménages français et qu'une nouvelle hausse des profits des grands groupes industriels.

Ce n'est pas un système de taxation carbone de ce genre qu'il faut mettre en oeuvre, même si toute nouvelle forme de taxation sera de toute façon supportée ex-nihilo par les seuls ménages. Il faut que parallèlement, une telle réforme se double d'une politique fiscale confiscatoire des profits des entreprises et de l'enrichissement des grandes fortunes, avec des taux d'imposition qui dépassent le seuil de 90% pour les très hautes tranches de revenus ou de profits. Et seul un gouvernement de gauche pourra évidemment appliquer et assumer un tel programme fiscal.


Réflexion trente-sept (14 mars 2009)
L'urgence d'agir pour lutter contre le réchauffement climatique ...


Je suis d'accord avec le climatologue américain James Hansen sur l'urgence d'une action contre le réchauffement et sur le fait qu'il est indispensable de mettre en place un système de taxation pour réglementer les émissions de gaz à effet de serre, en lieu et place de marchés de droits d'émission, et ceci dans les plus brefs délais.

Quel est l'enjeu de ce débat sur l'organisation d'un marché de droits à polluer ou d'un système de taxation ? Comme le souligne James Hansen, les grands groupes industriels sont plutôt favorables à la mise en place de marchés de droits à polluer, qui serait une nouvelle source de financement pour une majorité d'entre elles, et qui s'apparente dans les faits d'un jeu à somme nulle ; les droits d'émission payés par les uns étant récupérés par les autres intervenants. Aux Etats-Unis par exemple, certains considèrent que le refus américain de signer le protocole de Kyoto handicape les entreprises américaines puisque ce refus interdit aux Etats-Unis de mettre en place un marché de droits à polluer et de récupérer les droits à polluer économisés à l'étranger.

Pour avoir une idée plus clair des enjeux de ces deux solutions, je reprends un de mes précédents écrits en économie de l'environnement sur ce sujet ... qui est ... l'internalisation des effets externes ...

1. L'intervention de l'état par le biais d'une taxe
 

Face à une externalité, l'état peut décider d'intervenir pour influer sur le fonctionnement du marché et l'obliger à prendre en compte d'une manière ou d'une autre, le coût social des externalités que son schéma de production (ou sa consommation produit).

C'est l'économiste Arthur Cecil Pigou qui a formalisé cette notion de taxe, que l'on a appelé 'taxe pigovienne'. « Il s’agit de mesurer le niveau de production du pollueur si celui-ci prenait en compte le coût de l’externalité (Coût marginal privé + Coût de l’externalité = Coût marginal social). La valeur du Coût de l’externalité correspondant à l’optimum social (c’est-à-dire au niveau Q*) fournit la valeur de la taxe pigovienne à appliquer à toute unité produite par A, afin que la production de celui-ci corresponde à l’optimum social. » (source Wikipédia)

Cette solution peut être retenue dans les cas notamment où il y a atteinte à l'environnement. Il est évident que le niveau fixé pour la taxe permet de désinciter plus ou moins fortement une entreprise polluante à produire dans un endroit donné, ou à rechercher des technologies plus propres. Mais les taxes environnementales peuvent simplement conduire des entreprises multinationales à effectuer leurs productions polluantes dans des états moins fiscalisés (notamment les pays en voie de développement), avec les conséquences que cela peut avoir sur l'emploi dans les pays à fiscalité environnementale.

On s'aperçoit donc ici que le traitement d'une externalité environnementale peut avoir d'autres externalités sociales, sans effet sur l'environnement mondial global (puisque la production polluante aura malgré tout lieu). Une telle solution s'apparente simplement pour les pays développés à une exportation d'activités polluantes. Pour avoir un effet valide sur l'environnement, de telles actions se doivent donc d'être appliquées au niveau multinational.

2. L'intervention de l'état par le biais d'une norme

A la place d'une taxe, l'état peut imposer des normes de pollution maximale, obligeant l'entreprise considérée à investir dans des dispositifs anti-pollutions coûteux. Cela suppose toutefois que l'état soit capable de mesurer précisément les émanations polluantes de chaque acteur et d'imposer une norme uniforme pour tous. On peut aussi imaginer que l'état fixe des normes différenciées, différentes selon les agents et les technologies de production utilisées par chacun d'eux.

Mais dans un monde où le réglementeur est incapable de mesurer précisément les émissions de chaque agent ou de connaître les technologies de production et les coûts de dépollution associés, seule la taxe est solution optimale. (source Wikipédia)

C'est la méthode de lutte contre la pollution qui semble être actuellement suivie par le gouvernement chinois. Un article du Monde du 16 janvier 2007 faisait état des menaces de sanctions agitées par celui-ci à l'égard des entreprises d'état pollueuses. La Sepa (Agence chinoise de protection de l'environnement), dont le directeur adjoint (Pan Yue) est un ancien journaliste écologiste, mesure l'activité polluante des entreprises en Chine. Les autorités chinoises avaient ainsi fixé des objectifs de réduction annuelle de 4 % de la consommation d'énergie et de 2 % pour les émissions de substances polluante. Ces objectifs n'auraient pas été atteints et la SEPA aurait annoncé des sanctions à l'encontre de quatre des cinq premiers producteurs d'électricité chinois, dressé une liste noire de quatre villes industrielles qui ont atteint leur quota de pollution et énuméré 82 projets industriels, qui ne respecteraient pas les normes environnementales.

"Le recours à un tir groupé est nouveau, d'autant plus que les sociétés d'Etat désignées sont, par exemple, cotées en Bourse à Shanghaï et, pour l'une d'entre elle, Datang International Power Generation, à Hongkong. Ce producteur d'électricité est épinglé pour ne pas avoir fermé, fin 2006, comme l'avait requis la SEPA, des générateurs obsolètes dans ses chaudières à charbon à Tangshan. Le groupe, selon son porte-parole, annonce pourtant qu'il continuera à produire de l'électricité à la demande de la ville. Tangshan, un gros foyer industriel de l'axe Pékin-Tianjin, qui fournit 10% de la production totale d'acier chinois, fait justement partie des villes que la SEPA accuse de violer de façon flagrante ses critères d'impact environnemental. Des autorités locales et des industries ont défié les politiques de régulation macro-économique du gouvernement pour poursuivre leurs propres intérêts, en développant de manière aveugle, et en toute illégalité, des secteurs hautement polluants et hautement consommateurs d'énergie, tels que l'acier, la métallurgie, l'électricité et la chimie, dénonce M. Pan."

3. Le marché des droits à polluer

Cette solution est une variante des précédentes formes de réglementation étatique. L'idée est toujours d'imposer des normes maximales de pollution, mais d'autoriser des dépassements par certains pollueurs à charge pour eux d'acheter des droits à polluer non utilisés par certains autres pollueurs.

Selon Wikipédia, la création d'un tel marché fut proposée pour la première fois par John Dales en 1968. Plusieurs marchés de ce type (tonne carbone ou tonne CO²) sont mis en oeuvre dans le monde depuis l'adoption du protocole de Kyoto, par exemple en Europe mais aussi en Corée. Il existe notamment des bourses sur les droits (d'émission de) carbone dans le monde.

Chaque état fixe « la quantité maximale de polluants qu’il souhaite émettre. Puis, il distribue ou vend des droits à polluer de façon équitable aux pollueurs. Les entreprises polluant moins que prévu par l’État (ou ayant dépollué) sont alors gagnantes : elles peuvent revendre leurs droits à polluer inutilisés à d’autres entreprises qui polluent plus que prévu, et perçoivent donc une récompense pour leur civisme. Symétriquement, les entreprises polluant plus sont perdantes, ce qui satisfait au principe pollueur-payeur.

La pollution devient d’autant plus chère que les pollueurs souhaitent polluer (par mécanisme de l’offre et de la demande de droits à polluer), tout en limitant la quantité effectivement émise à un niveau déterminé par l’État, correspondant au montant des droits émis. Cette solution a l’avantage d’être moins coûteuse à l’État qui laisse au marché le soin de déterminer de façon optimale la répartition inter-entreprises de la pollution (à l’exception de la distribution/vente initiale). » (source Wikipédia)

Pour une autre réflexion sur le processus d'internalisation des externalités et un exemple précis, voir le site suivant.


Saucratès


Mes autres écrits sur le Réchauffement climatique :
1.http://saucrates.blog4ever.com/blog/lire-article-447196-2012175-rechauffement_climatique__1_.html

2.http://saucrates.blog4ever.com/blog/lire-article-447196-2020927-rechauffement_climatique__2_.html

3.http://saucrates.blog4ever.com/blog/lire-article-447196-2020949-rechauffement_climatique__3_.html


04/12/2010
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Démocratie et développement durable

 

Réflexion une (22 février 2012)
De la compatibilité entre la démocratie et le développement durable

 

La lutte contre le réchauffement climatique et la mise en oeuvre d'un mode de vie et d'un mode de production économique durables pourront-ils se faire de manière non dirigiste, de manière volontaire, sans actions arbitraires ni imposées par les états ou par un quelconque organisme national ou international ?

  

Evidemment, mais il faut bien le rappeler, les styles de vie des ménages lambda chinois, américains, européens de l'ouest, congolais, ou thaïlandais, ne sont absolument pas comparables. L'américain des USA ou l'européen de l'ouest, même particulièrement ascète ou économe dans son train de vie, paraît vraisemblablement encore extrêmement pollueur et consommateur en regard de ses homologues des pays moins avancés. Mais chacun d'entre nous, dans notre coin, nous souhaitons avoir le style de vie qui nous soit le plus agréable, accessible en fonction de nos moyens financiers et de ce que nous pouvons disposer. Pour chacun d'entre nous, ce qui prime est avant tout notre confort personnel et celui de nos proches, dans l'idée d'avoir la qualité de vie la plus agréable possible. L'idée générale qui me semble représenter la plus grande partie de l'humanité, dont moi-même évidemment, c'est son caractère égoïste et aveugle aux obligations que la durabilité de notre mode de vie devrait nous imposer, quelles que soient les conséquences à long terme de notre mode de vie, de nos choix de vie. Et les chinois ou les indiens n'agiraient pas différemment des américains ou des européens en matière de consommation si leur niveau moyen de richesse était équivalent, s'ils pouvaient tous s'offrir plusieurs automobiles par couple, une maison climatisée et une piscine.

 

A ce jour, l'incidence du développement durable, de la lutte contre le réchauffement climatique, ne me semble pas encore avoir été pris en compte et intégré par les pouvoirs publics des principaux états. Bien sûr, certains d'entre eux ont pris des engagements de réduction des gaz à effet de serre, notamment les principaux pays occidentaux à l'exception notable des Etats-Unis. Mais ces engagements ont été essentiellement mis en oeuvre par des incitations fiscales, que ce soit en faveur des formes d'énergies renouvelables, d'équipements automobiles respectueux de l'environnement (filtre à particule), de motorisations automobiles électriques ou propres, ou par la mise en oeuvre de marchés de droits carbone au niveau européen. La majeure partie des états n'ont pratiquement pas pris de mesures contraignantes en matière de développement durable et de lutte contre les gaz à effet de serre. Face à des comportements individuels foncièrement égoïstes ou plutôt individualistes, il n'y a pas de consensus nationaux sur la nécessité et la possibilité d'imposer de telles mesures contraignantes.

 

Au delà de la nécessité d'user de politiques d'incitation fiscale, positives comme pour les subventions, ou négatives comme les taxes par exemple sur les carburants ou les grosses motorisations automobiles, un autre paradigme de la réflexion actuelle sur la lutte contre le réchauffement climatique concerne la croyance en l'existence de solutions scientifiques au problème du réchauffement climatique. Nous sommes tous persuadés que la science saura trouver des mécanismes nouveaux et économes pour nous permettre de continuer à consommer autant que nous le souhaiterons sans impact sur la durabilité de notre mode de vie, sur la durabilité de notre mode de développement économique. Nous autres occidentaux espérons encore en une solution scientifique au problème du réchauffement climatique, croyons toujours en la supériorité de la science moderne, de la recherche !

 

La science moderne a créé d'une certaine manière les problèmes que nous observons aujourd'hui ; nous sommes persuadés qu'elle nous apportera la réponse à ce même problème, sans intégrer d'ailleurs le fait qu'il y a de fortes chances qu'elle donnera naissance dans le futur à d'autres problèmes à venir.

 

Enfin, je pense qu'il y a un dernier paradigme que nous avons tous à l'esprit, qui nous laisse toujours croire que la réponse aux difficultés que nous observons aujourd'hui trouvera une réponse automatiquement, sans arbitraire de la part des états ... Ce dernier paradigme c'est l'efficience des marchés. Nous sommes persuadés que les problèmes du développement durable et du réchauffement climatique se traduiront dans les prix des différents produits que nous consommons et qu'ils intégreront à la fois leurs risques et leurs impacts climatiques. Cela nous permet en fait de nous déculpabiliser ; si le prix des produits que nous consommons intègre leur impact environnemental, alors nous n'avons pas à nous sentir coupables de les utiliser puisque nous payons pour cela !

 

Le paradigme de l'efficience des marchés nous permet aussi de croire que les marchés seront capables de s'auto-réguler et de faire apparaître de nouveaux produits plus économes et plus durables lorsque leur utilisation deviendra nécessaire. Ce paradigme se retrouve dans le développement de la technolgie des capteurs solaires, de moins en moins chers et de plus en plus efficients, dans le développement des motorisations électriques, que l'on nous promet pour dans quelques années, avec des batteries que l'on nous promet moins chères et de plus grande autonomie ...

 

Ce sont ces croyances en la science et en l'efficience des marchés qui nous laissent croire en une auto-adaptation de l'économie capitaliste pour intégrer les effets du réchauffement climatique et des limites à la disponibilités des ressources naturelles !

 

Dans les années ou décennies à venir, lorsque les conséquences du réchauffement climatique commenceront à avoir des effets véritablement mesurables, et lorsque la demande des populations des pays émergents créera une pression inflationniste forte sur les prix des matières premières et sur les volumes disponibles, on se trouvera alors devant une obligation d'agir au plan international. On s'apercevra alors que le mode de production capitaliste n'est pas capable de s'auto-réguler, même en étant guider par les états, et que l'empilement des égoïsmes individuels ne permet pas de changer de mode de développement et de mode de consommation.

 

Je suis persudé que des mesures violentes et arbitraires seront nécessaires pour que l'humanité puisse prendre le virage d'un développement durable sans impacts nocifs rédhibitoires sur son environnement et sur le reste du biome terrestre. Et ces mesures violentes et arbitraires me sembleront difficilement conciliables avec la démocratie telle que nous le connaissons actuellement dans nos états occidentaux. Des mesures arbitraires et violentes seront vraisemblablement également nécessaires entre états eux-mêmes, puisque le concept de passager clandestin dans la lutte contre le réchauffement climatique prendra également tout son sens ; dans un schéma démocratique, rien n'empêchera un peuple de refuser un mode de vie plus frugal, surtout si son impact au plan mondial demeure faible, et ce peuple pourra avoir tendance à vouloir profiter des efforts des autres pays de réduction de leur empreinte écologique sans en subir lui-même les restrictions !

 

De très nombreux interrogations naissent de ces quelques lignes. Par exemple, parler de lutte contre le réchauffement climatique ou d'un mode de développement durable n'est pas comparable. La lutte contre le réchauffement climatique ne vise qu'à atténuer l'impact des gaz à effet de serre sur le réchauffement du climat terrestre. Les conséquences du réchauffement climatique sont un risque de montée du niveau des océans, et donc de submersions des terres et d'îles ; un risque de disparition d'espèces animales et végétales, qui seraient incapables de s'adapter à une élévation des températures ; et un risque assurantiel d'augmentation des catastrophes climatiques ... Par contre, le développement durable intègre au réchauffement climatique l'idée d'un mode de développement économe en ressources naturelles et en matières premières, qui puisse s'inscrire dans la durée de l'existence de l'humanité, non seulement des générations actuelles qui consomment et décident, mais également des générations à venir, sur les prochaines décennies, siècles et millénaires.

 

Evidemment, ces évolutions ne se feront pas sans contestations, sans conflits sociaux, opposant des riches et des pauvres, des citoyens aux grands groupes industriels ou pétroliers, des citoyens révoltés face aux états : les émeutes de la faim d'il y a quelques années en Afrique, la Grèce d'aujourd'hui, les mouvements sociaux des Antilles, de Mayotte des dernières années ou de la Réunion de ces derniers jours ... Chaque fois que des privations ou des hausses de prix seront demandées ou imposées à une population considérant que ces sacrifices demandés sont injustes ... Ce n'est que le début d'un long processus qui conduira selon moi, soit à la disparition de l'humanité, soit à la mort de la démocratie et la naissance d'une dictature ...

 

 

Saucratès


Mes précédents écrits sur des sujets comparables :

Sur l'économie de l'environnement
1.http://saucrates.blog4ever.com/blog/lire-article-447196-2012146-economie_de_l_environnement__1_.html

2.http://saucrates.blog4ever.com/blog/lire-article-447196-2012185-economie_de_l_environnement__2_.html

3.http://saucrates.blog4ever.com/blog/lire-article-447196-2014235-economie_de_l_environnement__3_.html

4.http://saucrates.blog4ever.com/blog/lire-article-447196-2014248-economie_de_l_environnement__4_.html

5.http://saucrates.blog4ever.com/blog/lire-article-447196-3710993-economie_de_l_environnement__5_.html

 

Sur le réchauffement climatique

1.http://saucrates.blog4ever.com/blog/lire-article-447196-2012175-rechauffement_climatique__1_.html

2.http://saucrates.blog4ever.com/blog/lire-article-447196-2020927-rechauffement_climatique__2_.html

3.http://saucrates.blog4ever.com/blog/lire-article-447196-2020949-rechauffement_climatique__3_.html

4.http://saucrates.blog4ever.com/blog/lire-article-447196-2020964-rechauffement_climatique__4_.html

5.http://saucrates.blog4ever.com/blog/lire-article-447196-3549020-rechauffement_climatique__5_.html


22/02/2012
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