Critiques de notre temps

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Comment expliquer la compromission idéologique des socialistes

Saint-Denis de La Réunion, mardi 28 octobre 2019

 

Qu'est-ce qui explique la compromission des gauches et leur basculement vers le libéralisme, vers les intérêts du capital ? Question lancinante que je me suis souvent posée lors du quinquennat de François Hollande entre 2012 et 2017. Comment expliquer la poursuite d'une politique libérale par un homme et un gouvernement élu sur des promesses socialistes ? Comment expliquer qu'un homme qui disait ne pas aimer les riches était en fait un homme n'aimant pas les pauvres, les sans-dents comme il les appelait ? Comment cet homme qui se présentait comme l'ennemi de la Finance, a pu conduire une politique favorable au patronat, aux employeurs, au grand capital ! Et comment cet ennemi de la Finance a pu s'entourer de jeunes gens issus du Monde de la Finance, et nommer l'un d'eux, Emmanuel Macron, issu de la Banque Rothschild, au ministère de l'Economie et des Finances ?

 

Tout ceci est déjà assez surprenant, invraisemblable lorsque cela se passe dans un pays, comme la France, dans un Parti de gauche comme le Parti socialiste français. Mais quand cela se passe dans plusieurs partis de gauche, dans plusieurs pays, ce n'est plus seulement surprenant ou invraisemblable. Cela devient inquietant, gravissime pour le sens meme du principe de la démocratie. 

 

Si ce basculement, ce mensonge ne concernait que la France, qu'un homme et ses proches, qu'un seul et unique parti politique, le Parti socialiste francais, il n'y aurait pas lieu de trop s'inquiéter. Mais cela ne concerne pas que la France ! Le miracle socialiste portugais semble être absolument semblable. Un Parti socialiste qui se fait élire sur un programme de gauche mais qui cherche à être le meilleur élève de la classe et qui poursuit une politique ultralibérale au bénéfice du patronat et de la finance mondiale ou européenne. Lire à ce sujet l'article du Monde diplomatique de septembre 2019 intitulé : «La face cachée du miracle portugais».

 

https://www.monde-diplomatique.fr/2019/09/CORREIA/60350

 

Comme en France, des gouvernements socialistes font voter des lois liberticides, contre les syndicats, contre les travailleurs, pour réduire leurs droits, pour accroître ceux des employeurs. Des gouvernements socialistes mènent une politique favorable aux grandes entreprises, favorable aux plus riches et utilisent les forces de maintien de l'ordre pour casser les mouvements sociaux, les travailleurs, les syndicats. Au Portugal, c'est pour permettre l'exportation des véhicules Volkswagen produits qui s'entassaient suite à un conflit social. En France, c'était pour permettre le vote de la loi Travail de M. Macron et Mme El Komheri, magnifique spécimen de recul des droits sociaux. 

 

Et il ne s'agit que deux exemples parmi d'autres. Dans combien d'autres pays, des partis de gauche sensés défendre les droits des travailleurs et des plus pauvres ont-ils défendus une fois élus les intérêts des classes sociales opposées ? Dans combien de pays d'Amerique Latine est-ce arrivé ? C'est même arrivé dans la Grèce d'Alexis Tsipas et de son Parti de gauche et d'extrême gauche Syriza !

 

Pour en revenir à la France et au positionnement du Parti Socialiste sous François Hollande, il est intéressant d'observer que le champ du positionnement politique ne recouvre pas uniquement la composante sociale et économique. D'autres sphères, d'autres espaces politiques existent, notamment celui des mœurs, de la famille, de l'immigration ... Mon incompréhension et ma divergence d'avec le Parti Socialiste ne s'explique pas uniquement par la politique économique et sociale menée par le gouvernement Hollande/Valls/Macron. Elle se place également sur la politique de la famille et des mœurs menée par ce gouvernement. 

 

Le Parti socialiste sous Mitterand et sous Jospin nous avait habitué à mener une politique économique et sociale de gauche. Mise en place des 39 heures et de la cinquième semaine de congés payés en 1981, extension du rôle des instances représentatives du personnel en 1981 et 1988, après que la droite en 1986 en est restreint la portée avec la création de la délégation unique du personnel (Dup). Mise en place des 35 heures en 1998 sous Jospin, Aubry et Strauss-Kahn. Création du RMI en 1981, de la CMU en 1999 puis de la CMU complémentaire ... Chaque gouvernement de gauche jusqu'en 2012 avait accompagné et mis en place de grandes avancées sociales et syndicales pour les travailleurs, pour permettre de faire reculer la misère, et contre le plus souvent les intérêts du patronat. Et en 2012, nous avons un gouvernement élu sur un programme de combat de la finance, des riches, qui bascule dans une politique ultralibérale : fusion des instances représentatives du personnel, remise en cause et encadrement de leurs moyens d'actions, souhait de remettre en cause les 35 heures ... et qui remet en cause les acquis des travailleurs des mandatures socialistes précédentes. Tout ceci représente une rupture brutale et choquante et la conversion des socialistes à un ultralibéral de choc, sous l'égide d'un Emmanuel Macron qui s'affichera ensuite comme un homme ni de droite, ni de gauche, mais ultraliberal assumé. 

 

Accessoirement, là où François Hollande et le Parti socialiste ne reculeront pas, c'est sur une position libérale en matière de mœurs et de famille. Là où j'ai l'impression que les précédents gouvernements de gauche avaient été relativement mesuré, évitant de choquer la partie de la population francaise relativement conservatrice en matière de mœurs, François Hollande et les socialistes ont semblé vouloir à tout prix récompenser la frange LGBT de leur électorat. Mariage pour tous, projet d'extension de la procréation assistée, remise en cause du rôle du père dans la famille ... le Parti Socialiste est ainsi apparu comme extrêmement libéral en matière de matière de mœurs et de famille, et conservateur en matière économique et social. Et il n'y a pas pratiquement de différence avec le gouvernement ultralibéral de Macron/Philippe, avec un programme conservateur, de droite, ultralibérale en terme d'économie, de contrainte budgétaire, de normes sociales, et libéral, gauchiste, en matière de mœurs et de famille. Si ce n'est une question de degrés de libéralisme. Aujourd'hui, la procréation médicale assistée pour toutes les femmes est un droit, demain ce sera la gestation pour autrui ; pourtant, en 2012, il avait été indiqué qu'il était hors de question d'autoriser des femmes homosexuelles à bénéficier de la procréation médicale assistée (*). Mais on veut nous faire croire que l'opinion publique change, qu'elle est plus ouverte sur ces questions là. Et apres la PMA et la GPA pour tous, ce sera quoi la prochaine revendication des personnes LGBT ?

 

Le Parti socialiste portait aussi un projet de reforme de l'école avec lequel tout enfant un peu sensé (ce qui était le cas de mon fils aujourd'hui âgé de 15 ans, 7 ans et demi après l'élection de 2012), ce serait opposé. Les faire travailler une demi-journée de plus par semaine et leur supprimer au moins 2 semaines de vacances scolaires, tout ceci pour mieux respecter les rythmes d'apprentissage des enfants selon les preconisations des spécialistes de l'éducation. Ces specialistes devaient ensuite éviter de pénétrer dans une école primaire sous risque de se faire caillasser ... D'une certaine manière, La politique conduite par Macron/Blanquer me semble mieux tenir la route, avec la fin de l'expérimentation du samedi matin et le dédoublement des classes de CP dans les établissements difficiles. L'enseignement et l'accompagnement des élèves est évidemment beaucoup plus simple dans une classe d'une quinzaine d'élèves. 

 

Je ne comprends cette bascule du Parti socialiste vers un conservatisme, vers une patronisation de sa politique sociale et économique. Comment le Parti socialiste sous l'impulsion de François Hollande, de Manuel Valls et d'Emmanuel Macron, a-t-il pu basculer dans l'ultra libéralisme sans qu'une majorité du Parti socialiste ne se révolte ? Une grande partie des socialistes ultralibéraux ont évidemment rejoints le mouvement En Marche (devenu LaREM). Mais pas ceux qui ont été battus lors des élections législatives de 2017 (comme par exemple l'ex-deputée socialiste Monique Orphé), qui eux, sont redevenus des socialistes bon teint ... prêts à se reprostituer avec LaREM et avec les idées ultralibérales qu'ils promeuvent et qu'ils redéfendront dès qu'ils seront réélus.

 

A force de mener les mêmes politiques économiques et sociales que les partis de droite, La gauche ne condamne-t-elle pas à mort l'existence même de la démocratie représentative ? Faudra-t-il une nouvelle guerre mondiale et de nouvelles atrocités comme celles perpétrées par les Nazis d'Adolf Hitler pour voir revenir un consensus social, comme lors de la libération en 1944-1945 ? Je ne l'espère pas pour mes enfants !

 

 

Saucratès 

 

 

(*) Les lois sur la bioéthique ne sont qu'une gigantesque arnaque. Quand il s'agit de réglementer les recherches sur les embryons ou sur les animaux, elles ont Evidemment un sens. Mais lorsqu'il s'agit d'ouvrir de plus en plus les portes pour autoriser la gestation pour autrui et la procréation assistée, elles n'ont aucune légitimité. Au fur et à mesure que l'on viole le consentement des familles sur les comportements amoraux et non éthiques, des sondages fallacieux et des émissions télévisées cherchent à influencer de plus en plus la position des téléspectateurs et des électeurs, afin de faire avancer toujours plus les droits et les désirs des populations LGBT. Jusqu'au jour où la norme légale deviendra quoi ? Le mariage LGBT ? À quand une loi francaise pour imposer à l'église catholique de reconnaître et de sanctifier ces mariages ?



29/10/2019
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