Critiques de notre temps

Critiques de notre temps

Le mouvement des gilets jaunes


Violences policières

Saint-Denis de La Réunion, dimanche 19 mai 2019

 

Où on continue toujours à parler de violences policières ! Le discours du gouvernement, du président Macron comme du ministre de l'intérieur Castaner, n’a évidemment pas changé : il ne faut toujours pas parler de violences des forces de l’ordre, mais uniquement de la sauvegarde de l’ordre républicain, et de l’extrême  violence des casseurs et des manifestants ! Il y a évidemment encore un autre discours en œuvre. Celui que les manifestations des gilets jaunes ne servent plus à rien ... et c'est une forte évolution si on se rappelle les discours d'il y a quelques mois, où le même président assurait que les manifestations n'avaient jamais servi à rien et que les manifestants étaient illégitimes, n'avaient aucune légitimité ... Il y a donc une énorme avancée si M. Macron reconnaît aujourd'hui que les manifestations ne servent plus à rien ... Signe qu'ils ont bien servi à quelque chose dans les mois précédents.

 

https://www.lemonde.fr/societe/article/2019/05/17/gilets-jaunes-emmanuel-macron-estime-avoir-fait-sa-part-de-travail_5463669_3224.html

 

Quelques citations reprises de l'article du Monde ... un florilège de la pensée de notre cher président : 

 

«Je crois que [pour] celles et ceux qui continuent aujourd’hui [à manifester], il n’y a plus de débouché politique, a-t-il ajouté.»

 

 

«A une semaine des élections européennes, le président a aussi appelé au calme ceux qui continuent à manifester, les invitant à voter, voire à se présenter aux élections. C’est beaucoup plus difficile de proposer un projet pour que d’être contre tout le reste. On n’avance pas en étant contre, a poursuivi M. Macron.

«Que celles et ceux qui ont une autre vision de ce que doit devenir le pays la dessinent politiquement, lui donnent forme et se présentent aux élections. Mais la démocratie, ça ne se joue pas le samedi après-midi, a-t-il insisté, appelant chacun à retrouver le cours de sa vie, à exprimer ses divergences d’opinion, à le faire librement et à le faire en particulier dans les temps que prévoit la démocratie, ceux du vote.»

 

Quel mépris dans ces quelques idées de Macron ! Quel mépris également dans les idées proposées à la suite de cette crise, de cette contestation sociale relativement inusitée, hors normes. 

 

Ce qui est par contre rassurant, c'est que le discours, la position d’un journal comme le quotidien Le Monde semble peu à peu changer, évoluer. Ce journal, ce quotidien a quitté le rôle de défenseur forcené de l'establishment parisien, de l'enarchie, de la macronie, pour revenir à un traitement équitable, ou retraçant simplement un mouvement social, comme il avait pu le faire par le passé lors des précédents mouvements sociaux comme celui du contrat première embauche (CPE). La reconnaissance du fait que les forces de police et de maintien de l’ordre puissent faire oeuvre de violence gratuite, d'agression, n'est subitement plus devenu une omerta, mais à désormais sa place dans les colonnes du Monde.

 

https://www.lemonde.fr/societe/article/2019/05/13/violences-policieres-la-nouvelle-strategie-de-maintien-de-l-ordre-inquiete_5461303_3224.html

 

https://www.lemonde.fr/idees/article/2019/05/13/frapper-un-manifestant-a-terre-c-est-se-frapper-soi-meme_5461292_3232.html

 

https://www.lemonde.fr/idees/article/2019/05/13/manifestations-briser-l-engrenage-de-la-violence_5461384_3232.html

 

Trois articles publiés par Le Monde le même jour (le 13 mai 2019). À croire que le garde-chiourme, la censure était en vacances ce jour-là, ou bien qu'il ou elle s'est endormi. Parce qu'évidemment, je ne suis pas dupe. Le Monde n'a pas cessé subitement d'appartenir à un milliardaire ayant installé et défendant Emmanuel Macron. Le journal Le Monde n'a pas subitement retrouvé sa liberté éditoriale. Il n'est pas brutalement devenu, le 19 mai, un défenseur des droits des gilets jaunes. Non, au mieux, il s'agit d'une pause de la censure que s'autoinfligent les journalistes du Monde. Au pire, il s'agit d'une manoeuvre du Monde pour faire croire que tous les médias francais ne défendent pas uniquement le gouvernement, Macron et les élites qui nous gouvernent. 

 

Ce dernier samedi a été émaillé une nouvelle fois de manifestations interdites, d'endroits où les gilets jaunes ne sont pas les bienvenus, de condamnations politiques unanimes d'actions de manifestants ou de casseurs ... et une nouvelle fois, on découvre qu'un gilet jaune qui attaque des CRS, des gardes mobiles ou des flics, voire des journalistes, ou bien qui dégrade un organisme ou une chaîne de television, est un criminel, un casseur, la honte de la notre société, mais par contre, lorsqu'il s'agit de faits reprochés à ces mêmes gendarmes ou policiers, il s'agit du juste rétablissement de l'ordre public. Il s'agit de juste violence légitime. Il ne s'agit même pas de violence d'ailleurs, suis-je bête  !

 

Ce que j'aimerais, c'est qu'un leader reconnu des gilets jaunes, ou bien Marine Le Pen, se proclame comme au Venezuela président autoproclamé de la République française. Et on verrait alors si Emmanuel Macron ferait œuvre de la même mansuetude, de la même admiration qu'il n'en a fait p le président autoproclamé du Vénézuela ! Si la police et l'armée française feraient aussi oeuvre de la même retenue, et si les autres autres pays occidentaux, si prompte à reconnaitre un des leurs dans le lointain et riche producteur de petrole sud-americain, furoncle dans la chasse gradée des Etats-Unis, seraient aussi prompts à reconnaître une éventuelle légitimité populaire d'un gilet jaune ou de l'opposante que pourrait représenter Marine Le Pen ! Evidemment, les gilets jaunes connaissent tous la reponse. Ce serait la prison à vie pour cette personne pour insurrection. À moins qu'elle disparaisse corps et âme ... Ce n'est pas tant le suffrage universel qui est la clef de notre démocratie et de sa légitimité, mais l'argent et les réseaux pour manipuler l'opinion et faire élire ceux que les puissants veulent. 

 

La seule solution qui reste au peuple français : la prise de la Bastille. La Révolution et la prise d'assaut de l'Elysée. Un appel à l'insurrection ? Pas du tout. Juste une simple constatation. Oui je sais, le pouvoir ne peut pas tolérer de telles constatations. Cela avait conduit Julien Coupat à des années de prison et de procédures judiciaires pour avoir peut-être participé à l'écriture d'un opuscule appelant à la Révolution ! Même si je ne ressemble ni de près ni de loin à Julien Coupat. Ce sont d'une certaine façon les violences de l'Etat qui donnent une onction aux révolutionnaires sur lesquels l'Etat s'acharne (à moins qu'il ne les fasse disparaitre) !

 

 

Saucratès


19/05/2019
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Répression judiciaire et manipulations médiatiques à l'encontre du mouvement des gilets jaunes

Saint-Denis de la Réunion, dimanche 5 mai 2019

 

Un ministre de l'intérieur qui transforme et présente une fuite désordonnée de manifestants comme une attaque d'un hôpital par des gilets jaunes et des black blocks. C'est le quotidien de cette guerre que livrent Emmanuel Macron, Édouard Philippe et le gouvernement macroniste au mouvement des gilets jaunes et à leurs plus populaires porte-paroles ! Chaque samedi de manifestations présente son lot de manipulations médiatiques, de scènes détournées de la part d'une majorité et d'un gouvernement aux abois, apeurés, qui ne tiennent que par la protection des forces de police et de l'armée, que par la peur de la violence étatique. 

 

https://www.lemonde.fr/societe/article/2019/05/04/1er-mai-les-gardes-a-vue-de-la-pitie-salpetriere-denoncent-un-engrenage-politique_5458338_3224.html

 

On en a vu des scènes édifiantes sur quelques chaînes télévisées de débats, des scènes surréalistes où des vieux messieurs et de vieilles dames, réfugiés derrière des rideaux métalliques, se font frapper, rouer de coups, gifler, tabasser par des policiers ou des gendarmes mobiles visiblement excédés, dépassés, violents. Et ce même gouvernement, ce même président de la République nous expliquent doctement qu'on ne peut parler de violences policières, qu'il n'y a pas de violences policières. Très bizarrement, pour ce gouvernement, lorsque l'on voit des violences policières se produire, il faut toujours se rapporter aux événements qui les ont précédés. Par contre, lorsque des violences proviennent de gilets jaunes ou de citoyens, il n'est jamais fait référence aux événements qui ont précédé. Je pense notamment au boxeur de flics de la passerelle Léopold Sedar Senghor à Paris ; a-t-on entendu un membre du gouvernement indiquer qu'il fallait regarder ce qui s'était passé juste avant, lorsque ces mêmes policiers frappaient des gilets jaunes, des femmes et des enfants, avant de rencontrer quelqu'un qui soit de leur taille, qui soit capable de se défendre ? Non ! Ce qui marche pour les flics ne marche pas pour les gilets jaunes. Pour les gilets jaunes, on ne parle que répression policière, répression judiciaire et acharnement médiatique !

 

Cette fois-ci, l'arnaque de Castaner a échoué ! Des médias de presse ont démontré et ramené la supposée attaque terroriste de l'hôpital parisien de la Salpetrière à sa juste proportion. Des politiques de droite, de gauche, d'extrême droite ou d'extrême droite ont exigé la démission du ministre de l'intérieur, pour avoir menti éhonteusement à la représentation nationale et aux médias. Mais pour une manipulation macroniste des esprits qui a échoué, combien d'autres manipulations médiatiques de ce même gouvernement n'ont pas échoué, ont réussi, ont payé ? Combien de fois les politiques à l’unisson ont condamné les horribles gilets jaunes criminels ? Comme dans le cas de ces manifestants qui avaient osé railler les suicides des policiers et des gendarmes en les 'incitant' à se suicider (comme si c'était possible d'inciter à un tel acte !).

 

https://www.lemonde.fr/police-justice/article/2019/04/30/un-gilet-jaune-condamne-a-huit-mois-de-prison-avec-sursis-pour-avoir-crie-suicidez-vous-a-des-policiers_5456517_1653578.html

 

Ou bien le cas de ce boxeur qui s’est laissé aller à boxer des policiers ou des gendarmes, alors qu’il aurait dû laisser ces brutes frapper des femmes, des vieux et des enfants, sans rencontrer de résistance, comme ils aiment tellement le faire. Ou encore celui de ces manifestants qui osent parler de guillotine à un député LREM, qui s’était senti tellement menacé et choqué. Et qui seront aussi condamnés par la justice aux ordres. Ou bien ceux de ces manifestants qui ont osé dégrader l’arc de triomphe sur les Champs Elysées. 

 

Et après ces condamnations politiques unanimes, à l’unisson, on voit intervenir la pénalisation à outrance, immédiate à l’encontre de ces monstres, de ces horribles terroristes, de ces affreux fâcheux qui ont osé troubler la tranquille et éclairée présidence jupitérienne du dieu réincarné de la politique, le héraut de la sociale démocratie française. Alors que les violences perpétrées par les forces de l’ordre restent impunies, sont peut-être même encouragées par le pouvoir en place, par leur hiérarchie, la justice est expéditive à l’encontre des gilets jaunes. 

 

Ce n’est pas simplement incompréhensible, ce n’est pas inaudible, c’est la preuve que la France n’est plus une démocratie, la preuve que l’élection de François Hollande puis d’Emmanuel Macron nous a fait basculer hors du champ démocratique, dans le champ d’une anti-démocratie ultra libérale. Il faut lire à ce sujet la charge du Monde Diplomatique contre les réformes judiciaires en matière de droit du travail de ces deux derniers gouvernements.

 

https://www.monde-diplomatique.fr/2019/05/MEYNAUD/59867

 

 

Saucratès


05/05/2019
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Répression policière en France

Saint-Denis de La Réunion, mardi 23 avril 2019

 

Le gouvernement peut-il s'en sortir par la répression politique et par la remise en cause des libertés publiques vis-à-vis de ceux qui manifestent et de ceux qui les supportent, les défendent ? Comme dans un certain nombre de régimes autoritaires qui tentent de faire taire ceux qui s'opposent à eux (je pense par exemple à la Turquie de Recep Tayyip Erdogan ou au Vénézuela de Nicolas Maduro, entre autres pays liberticides). 

 

Voilà par exemple ce qu'écrivait Reporters sans frontière au sujet de la Turquie, en décembre 2016 : 

 

«RSF est pour l’heure en mesure de confirmer qu’au moins 41 personnes sont emprisonnées du fait de leurs activités journalistiques. Il faut noter que c’est vraiment un minimum provisoire et que très certainement des dizaines d’autres vont bientôt les rejoindre dans cette catégorie. Les journalistes qui sont emprisonnés à ce jour sont privés d’avocat pendant cinq jours. Lorsqu’ils voient leurs avocats, c’est enregistrés par une caméra et flanqués d’un gardien. Donc c’est vraiment au mépris du droit de la défense et du droit à un procès équitable que les journalistes sont jetés en prison aujourd’hui en Turquie. Plus de 150 médias ont d’ailleurs été fermés par décret et des mesures administratives se multiplient à l’encontre de journalistes critiques : des retraits de passeport, des retraits de cartes de presse.»

 

Comme on le sait, les médias français sont rarement dans un rôle critique. Les journalistes suivant le mouvement des gilets jaunes filment par exemple de manière pratiquement continue les évènements opposant les gilets jaunes et leurs vidéos sont systématiquement transmis aux forces de police et utilisées pour la répression policière et pénale à l'encontre des gilets jaunes. Par contre, fort bizarrement, il n'y a jamais de journalistes lorsque les forces de l'ordre tirent sur des manifestants ou les agressent, même quand il s'agit de vieilles dames jetées à terre. Les journalistes de BFM TV ou de France 24 doivent pudiquement baisser les yeux lorsqu'ils voient des dérapages des forces de l'ordre, à moins qu'il ne s'agisse de respecter des ordres.

 

Mais malgré tout, il y a quelques journalistes en France qui font leur métier de manière éthique ; informer de manière non partisane, non pas uniquement dans le sens des forces de l'ordre et de répression politique. 

 

«Déféré à l’issue de près de quarante-huit heures de garde à vue, lundi 22 avril, le journaliste indépendant Gaspard Glanz a été convoqué devant le tribunal de Paris, le 18 octobre, pour outrage à personne dépositaire de l’autorité publique, a fait savoir son avocat, Raphaël Kempf. D’ici la date de son procès, il a interdiction de paraître à Paris les samedis, ainsi que le 1er-Mai, ce qui l’empêchera de couvrir les manifestations parisiennes pendant six mois.»

 

https://www.lemonde.fr/police-justice/article/2019/04/22/mobilisation-en-soutien-a-gaspard-glanz-defere-apres-une-interpellation-en-manifestation_5453511_1653578.html

 

«En sortant de garde à vue, le journaliste a fait savoir à la presse qu’il se rendrait, malgré l’interdiction, à la manifestation de samedi et à celle du 1er Mai. Parce que je suis journaliste, c’est mon travail, et j’habite à Paris, a précisé le reporter, regrettant ne pas être considéré par les autorités comme un journaliste, alors qu’il est spécialisé dans les mouvements sociaux depuis dix ans. Estimant que son arrestation était le signe d’un point de non-retour très grave dans la gestion du maintien de l’ordre, Gaspard Glanz a précisé qu’il faisait confiance à ses avocats pour lui permettre d’aller librement à la mobilisation. Et d’insister : Avec ou sans autorisation, j’y serai, quelles qu’en soient les conséquences, parce que je suis journaliste en France, dans un pays de liberté.

 

Sur les conditions de sa garde à vue, le journaliste, visage émacié, mine fatiguée, a précisé qu’elle s’était mal passée : J’ai des bleus partout. Quand je me suis fait arrêter, je me suis fait écrabouiller par terre. Je n’ai rien mangé depuis samedi.»

 

Quarante-huit heures de garde à vue, carte de presse retirée, violence et arrestation arbitraire, à l'encontre du fondateur de l'agence Taranis News, je trouve que cette description ressemble fortement à la description faite par RSF pour la Turquie, état liberticide s'il en est !

 

Et il ne s'agit pas seulement de Gaspard Glanz. Selon l'article du Monde, il y a aussi Alexis Kraland ou Clément Lanot. Par ailleurs, «à Paris, un photographe de l’AFP a reçu une grenade lacrymogène dans les jambes et a pris un coup, hors action, de la part d’un policier. Une vidéaste de l’AFP a fait savoir que sa chaussure avait pris feu après le tir d’une grenade de désencerclement.»

 

https://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2019/04/23/arrestation-de-gaspard-glanz-pourquoi-les-journalistes-independants-sont-ils-plus-vulnerables_5453911_4355770.html

 

La grande question est donc de savoir si la répression à tout crin menée par le gouvernement, par Macron, par Philippe, par Castaner, suffira pour faire disparaître le mouvement des gilets jaunes, et si cette violence étatique, aveugle, pénale, policière, suffira à éliminer toute contestation ? En complément, l'ONU et le haut commissariat des Nations unies pour les droits de l'homme accusent la France d'un usage excessif de la force à l'encontre de son peuple et en matière de répression des manifestations, ce que ce gouvernement récuse.

 

https://www.lemonde.fr/societe/article/2019/04/24/gilets-jaunes-la-france-rejette-en-bloc-les-critiques-de-l-onu-sur-l-usage-excessif-de-la-force_5454020_3224.html

 

Soyons clair : quand des personnes comme moi, pères de famille, ou des vieilles dames de plus de 70 ans ne peuvent plus participer à des manifestations pour faire entendre leur voix à l'encontre de la politique menée par des hommes et un gouvernement, sans risquer leur vie, sans risquer de se faire tirer dessus par les forces de l'ordre ou sans risquer de se faire agresser, c'est que nous ne sommes plus dans une démocratie ! Et le simple fait qu'un président de la république se pose internationalement comme un défenseur de la démocratie, tout en faisant tirer sur son peuple, ne suffit pas pour faire croire que la France est encore une démocratie !

 

Une victoire par la peur et par la répression a-t-elle la moindre valeur ?

 

 

 Saucratès


23/04/2019
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Les gilets jaunes acte XXII

Saint-Denis de La Réunion, samedi 13 avril 2019

 

Nous sommes samedi, et les gilets jaunes continuent à défiler dans plusieurs grandes villes françaises, comme les week-ends précédents. Et malgré la mise en œuvre de législations toujours plus contraignantes, malgré la mise en œuvre de la très liberticide loi anti-casseurs, des gilets jaunes continuent de défier ce pouvoir jupitérien. Et ils ont raison. Comme des milliers ou des millions d'autres citoyens français lambda, je les soutiens toujours dans ce combat pour plus de justice, pour plus de considérations, moins de morgue suffisante de cet exécutif. J'entendais aux actualités télévisées que les cortèges des gilets jaunes visaient le président Macron, le président des ultra-riches, le président des managers-dirigeants au pouvoir dans notre pays. 

 

Le parallèle avec ce qui se passe au Venezuela et en Algérie est évident, il saute aux yeux. Dans ses trois pays, la foule manifeste contre le pouvoir en place. Bizarrement, le président Macron soutient le leader des contestataires au Venezuel, sans se rendre compte de l'aberration de sa position. Que ferait-il si des dirigeants d'autres pays reconnaissaient la légitimité d'un éventuel représentant des gilets jaunes si celui-ci s'autoproclamait président légitime des français ? En Algérie, la foule a obtenu d'abord le retrait de la candidature puis le départ du président Bouteflicka. Mais je lisais aussi que les forces de police algériennes fraternisaient avec les foules de manifestants.

 

Et c'est justement la différence entre la situation française et les situations algériennes et vénézuéliennes. Les forces de maintien de l'ordre françaises sont aujourd'hui le seul rempart du macronisme face à la foule des gilets jaunes et des contestataires de ce gouvernement. La police et la gendarmerie françaises ne sont pas du côté des manifestants, aucun mouvement de fraternisation n'est aujourd'hui possible en raison d'un probable sursaut républicain de ces forces de maintien de l'ordre. Elles croient appartenir au même Monde, à la même société, au même groupe social, celui des serviteurs de l'Etat, celui des défenseurs de la laïcité et du pacte social. Les forces de l'ordre n'ont pas compris qu'elles défendent les fossoyeurs de notre État, de notre société, de notre gouvernement. Il vaut mieux pour Macron et pour tous les ultra libéraux de tous les partis politiques qui se sont succédés au pouvoir et au gouvernement depuis des dizaines d'années, que les forces de l'ordre ne s'en rendent pas compte. Ne se rendent pas compte que leur intérêt bien compris serait l'écroulement de ce système factice et factieux dans lequel quelques grands managers profitent du démantèlement, de la destruction de notre système social. Car c'est le grand paradoxe : ceux qui défendent Macron ne sont pas différents de la foule des gilets jaunes qui leur font face et qu'ils font dégager, qu'ils gazent, et qu'ils matraquent. Les membres des forces de l'ordre ont les mêmes difficultés financières, les mêmes difficultés de boucler les fins de mois, ils ont aussi en face d'eux les mêmes hauts managers qui leur imposent coupes budgétaires, restrictions de moyens, non remplacement des départs ... Certes, on ne les licencie pas comme des mal-propres, on ne les fout pas à la porte comme des malotrus. Mais ils ont eux-aussi les mêmes genres de grands petits chefs au-dessus d'eux ...

 

Le gouvernement de Macron ne tient plus que par cette grande incompréhension, cette aberration : la fidélité des forces de l'ordre à la République et à ses chefs, légitimement ou illégitimement élus. Et pourtant, sur quoi peut déboucher le mouvement des gilets jaunes et leurs manifestations hebdomadaires, qui risquent désormais de se focaliser sur le départ d'Emmanuel Macron ? Sur une pénalisation accrue des mouvements des gilets jaunes ? Sur la pénalisation du simple fait de manifester ? Sur la remise en cause de la liberté d'expression et de manifester ? Sur le meurtre et l'assassinat du peuple qui revendique, comme on a pu commencer à le voir à Nice, lorsque les forces de l'ordre ciblent des personnes âgées et fragiles ? C'est vers cela que la surenchère autocratique du gouvernement est en train de nous conduire ? Ou bien vers le renversement de notre république, si les forces du chaos l'emportent.

 

Ce qui me choque, c'est de voir les différences d'interpretation des médias et des influenceurs internationaux fonction de la 'supposée qualité democratique' du pouvoir en place. Lorsque le pouvoir venezuelien combat des manifestants, l'opinion internationale s'offusque et prend faits et causes pour le représentant de la rue. Un régime dit illéberal, comme celui de Hongrie, ou simplement le Rassemblement National, aurait fait le dixième de ce que le gouvernement de Macron a fait face aux Gilets jaunes, que l'ensemble de l'Europe, l'ensemble des partis politiques francais, auraient hurlé à la fin de l'état de droit, à la fin de la démocratie, à la survenue du fascisme ! La politique de répression conduite par le gouvernement d'Emmanuel Macron n'est pas acceptable, n'est pas tolérable. Il n'y a peut-être pas d'issue à ce mouvement, mais cela n'excuse pas la violation des droits constitutionnels de manifester son mécontentement. Je comprends la hargne des gilets jaunes face à ce gouvernement : ils nous ont menti pour se faire élire. Il nous a menti pour être élu !

 

 

Saucratès


13/04/2019
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Les gilets jaunes : soulèvement populaire ?

Saint-Denis de La Réunion, mardi 26 mars 2019

 

Qu'est-ce qui explique le mouvement révolutionnaire des gilets jaunes, et la permanence de ce mouvement, après près de 5 mois de manifestations et de mobilisations ? Ce samedi, c'était le dix-neuvième rassemblement organisé par ce mouvement. 19 samedi d'afilée de contestation de l'ordre établi et de la politique menée par le gouvernement Macron-Philippe. Pourquoi ce mouvement a-t-il pu naître et perdurer aussi longtemps, et peut-il encore durer de nombreuses autres semaines ? Mais certains penseurs posent une autre question : comment se fait-il que le peuple ne se révolte-t-il pas plus souvent ? Pourquoi ce mouvement des gilets jaunes n'est-il pas apparu plus tôt ou ailleurs ?

 

Mais en fait, il est déjà apparu ailleurs. Le mouvement des 500 frères en Guyane en 2017. Le mouvement du LKP en Guadeloupe en 2009. Des mouvements d'occupation des routes à Mayotte en 2018. Le mouvement des gilets jaunes francais et son extension à La Réunion avait déjà eu lieu à d'autres époques dans d'autres coins de France, dans l'outre-mer français. Sous une forme proche, il a donné naissance aux printemps arabes en 2010-2011 en Tunisie, en Egypte, en Lybie, en Syrie, au Yémen. Dans le cas des printemps arabe, ces mouvements sociaux, de rue, avaient réussi à renverser les gouvernements existants de ces pays, mais l'explication qui en avait été retenue était qu'il s'agissait de dictatures. Dictatures amies de la France et de l'Occident. Mais ces États s'étaient effondrés sous la pression de la rue, lâchés par leurs alliés occidentaux. Et aujourd'hui, un mouvement comparable touche la France, la patrie des droits de l'Homme, une supposée merveilleuse démocratie (libérale ou ultra-libérale ?). Et la question devient alors : ce mouvement peut-il comme les printemps arabes déboucher sur l'effondrement du régime politique d'Emannuel Macron et consorts, sur le renversement de ce système politique qu'Emmanuel Macron appelle lui-même «l'ancien monde» ?

 

J'aime bien l'une des explications données par Le Monde Diplomatique, se basant sur les travaux de Barrington Moore Jr, un politiste américain dans le livre écrit en 1978 s'intitule : «Injustice : the social bases of obedience and revolt». Cet article du Monde Diplomatique s'intitule : «Le soulèvement français, pourquoi maintenant ?» in Le Monde Diplomatique de janvier 2019, par Laurent Bonelli. 

 

«Sa principale conclusion (de Moore) est que la stabilité repose essentiellement sur les contreparties concédées par les dominants aux dominés : sans le concept de réciprocité -ou mieux d'obligation morale, un terme qui n'implique pas l'égalité des charges ou des obligations - il devient impossible d'interpréter la Société humaine comme le résultat d'autre chose que la Force perpétuelle et de la supercherie.»

 

Cette explication lierait ainsi ce sentiment de raz-le-bol fiscal évoqué/exprimé par nombre de gilets jaunes et la mise en place de cadeaux de plus en plus généreux en direction des entreprises, des patrons, des plus riches. Avec la présidence d’Emmanuel Macron, on aurait dépassé un point de non-retour. Après les cadeaux aux patrons et aux entreprises des présidences de Sarkozy et Hollande, les cadeaux aux plus riches, et notamment la suppression de l’ISF, ont servi de catalyseur, de catharsis révolutionnaire, d’explosif.  Ce qui explique que la suppression de l’ISF soit présenté comme l’élément  déclencheur par nombre de gilets jaunes interrogés.

 

Cette explication a le mérite d’être simple. Elle expliquerait aussi pourquoi l’adhesion a ce mouvement reste relativement élevée dans l’opinion publique. Evidemment, lorsqu’en tant qu’automobiliste, on se trouve bloqué sur un barrage bloquant pendant plusieurs dizaines de minutes ou plusieurs heures (comme cela est régulièrement arrivé à la Réunion), on maudit évidemment ce mouvement et ces gilets jaunes. Mais cela doit aussi arriver même aux plus virulents des gilets jaunes confrontés à une urgence familiale ou médicale, s’ils doivent passer une autre zone de barrage tenu par d'autres gilets jaunes.

 

La permanence du mouvement des gilets jaunes, la permanence des manifestations des samedis sur Paris et dans les grandes villes françaises sont un pied de nez fait à ce gouvernement de millionnaires et de technocrates imbus d'eux-memes, à ces cohortes de députés godillots issus de la France du Haut, du management des grandes entreprises et de l'administration publique ! Et le soutien à ce mouvement représente une forme de participation par procuration à ces manifestations, dans une même détestation de ce gouvernement et de cette présidence. Détestation malgré tout relative puisque pour les élections européennes, les sondages prévoient malgré tout un score relativement élevé pour la liste de La République en Marche et un score particulièrement faible pour le Rassemblement National de Marine Le Pen, relativement proches. Surprenant que le rejet d'Emmanuel Macron ne soit pas plus massif !

 

La répression policière et judiciaire contre les gilets jaunes surprend dans un supposé État de droit. Les violences à l'encontre des manifestants bloquent ainsi l'idee d'une participation à d'éventuelles manifestations des gilets jaunes, au delà des différences de milieu social qui pourraient interpeler. Il suffit d´entendre parler de ces personnes âgées, de ces militants blessés ou frappés dans des manœuvres de dispersion, de ces tirs de LBD toujours pas éclaircis alors qu'ils éborgnent des gens. Alors que la moindre violence contre des forces de répression fait aussitôt les gros titres des médias et des télévisions.

 

On a aussi découvert pendant cet evenement que la couverture médiatique dont on est individuellement si friand pour rester informer à une contrepartie liberticide ! Les médias comme BFMTV qui épient le moindre mouvement, la moindre manifestation de gilets jaunes servent ainsi d'indicateurs aux forces de répression, à la police et à la justice. Et à une justice expéditive. Lors de l'épisode du boxeur de la passerelle sur la Seine, quelques heures à peine plus tard, les policiers et le gouvernement avaient immédiatement mis un nom sur le visage du boxeur, retrouvant son palmarès, en se basant sur les vidéos apparemment des journalistes présents sur place qui n'avaient pas perdu une miette de cet épisode.

 

Le traitement judiciaire et policier de ce mouvement risque de risque de creuser un gouffre immense dans ce peuple nié par le pouvoir macroniste. Une haine des flics et de la justice sans commune mesure avec celle qui existe dans les cités et les banlieues francaises. Nous avons un gouvernement qui veut nous faire croire que la violence contre les forces de l'ordre est un crime monstrueux, que les gilets jaunes ou noirs sont des criminels, et en même temps, on découvre que la violence des forces de l'ordre contre les manifestants est un fait normal, que les blessures et les énucléations sont la juste punition pour la participation à des manifestations prohibées, visant l'Etat ! Même moi, malgré mon âge avancé, je n'adhère plus à cette explication facile, honteuse.

 

La violence appelle la violence ! Et aujourd'hui, c'est le risque d'un rejet de tout ce qui fait la Nation, l'Etat, la Société qui m'apparaît dans ces événements et dans la réponse arrogante de Macron et de son gouvernement. Demain, ce ne sont pas seulement les banlieues dans lesquelles la police, les pompiers et les services de l'Etat ne pourront plus intervenir ! Ce sera aussi dans l'ensemble des campagnes françaises des gilets jaunes. Une rebellion permanente d'une frange de la population française qui se donnera hebdomadairement rendez-vous dans les centre-villes pour manifester et casser. À moins que les lois d'exception pour interdire les manifestations et les rassemblements ne réussissent à casser ce mouvement. Mais sera-t-on alors encore en démocratie ce jour-là ? Et que fera-t-on lorsqu´il ne sera plus possible de se révolter contre Macron et sa dictature libérale mortifère ? On devra se laisser réformer et voler de tous nos droits, de tous nos acquis ?

 

Pour finir, je reviendrais sur l'explication de Barrington Moore Jr et de Laurent Bonelli du Monde Diplomatique. Nicolas Sarkozy pour la droite décomplexée, François Hollande pour la gauche et Emmanuel Macron pour le centre ni de droite ni de gauche, ont rompu l'équilibre délicat qui existait en France. Cela fait plus de douze ans, depuis 2007, voire depuis 2002 et le deuxième mandat de Jacques Chirac, que ce gouvernement fait cadeau sur cadeau aux grands patrons, aux grandes fortunes, aux entreprises. Et pour des contraintes budgétaires qui ne touchent pas les plus riches, qu'ils détruisent les services publics et l'équilibre social de notre Société. C'est de cette rupture de l'équilibre qu'est née la révolte des gilets jaunes. Face à un gouvernement et un président autiste, sur quoi pourra donc déboucher ce mouvement de révolte, puisqu'il est hors de question pour eux de revenir à l'équilibre précédent ? Dieu seul le sait.

 

 

Saucratès


26/03/2019
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