Critiques de notre temps

Critiques de notre temps

Du confinement

Saint-Denis de La Réunion, samedi 21 mars 2020

 

Pour ce samedi soir, je vais dissocier le confinement de son aspect politique français. Je reviendrais ultérieurement sur cet aspect un autre jour ou un autre mois. Nous sommes donc tous plus ou plus moins confinés depuis le cinquième jour en ce samedi soir. Cinq jours entiers à tenter, plus ou moins, de respecter la mesure de confinement décidée par le gouvernement, et que les forces de l'ordre essaient, même à La Réunion, de faire respecter.

 

Nous tentons donc de sortir le moins possible, voir pas du tout, pour ceux qui ne sont pas obligés de sortir pour partir travailler. Pour les autres, pour tous ceux qui travaillent dans des commerces ou des industries dites sensibles, ou bien dans les services de secours aux personnes, le confinement ne change pas tellement leur quotidien, sauf qu'ils font partie des rares ayant obligation de travailler, qu'ils risquent de se faire contrôler une dizaine de fois par des forces de l'ordre susceptibles de les verbaliser, soumis à l'arbitraire de la police, de la gendarmerie ou de l'armée, et privés comme nous de libertés au sortir de leur travail, astreints comme nous tous à se confiner une fois leur service terminé. 

 

Le confinement, c'est également pour nous tous une épée de Damoclès suspendue au-dessus de notre emploi, au dessus de notre entreprise, de notre employeur. Combien de temps un patron continuera-t-il à payer ses employés à ne rien faire, ou à ne presque rien faire ? Un mois, un mois et demi, deux mois ? Si on peut craindre pour la survie de grandes entreprises comme AirFrance, comme Peugeot ou comme Renault, et plein d'autres, que le gouvernement envisage déjà de nationaliser pour éviter qu'elles ne sombrent ou ne soient rachetées par des fonds vautours, que peut-il advenir des milliers de petites entreprises invisibles aux yeux du gouvernement ? 

 

Et après la crise, qui paiera l'addition ? Comment seront financées toutes les mesures de soutien aux entreprises qu'il faudra bien mettre en œuvre si on ne veut pas que toutes nos entreprises et nos emplois disparaissent ? Quel est le risque que ce soit les ménages qui soient mis à contribution, puisque ceux-ci n'auront pas depensé grand chose pendant les semaines ou les mois de confinement ?

 

En écrivant cela, une voiture remplie d'abruti.e.s passe en klaxonnant et en vociforant, pour démontrer fort intelligemment toute la valeur qu'ils accordent aux mesures de confinement. En effet, je doute qu'il y ait une victoire de l'équipe de France de football à fêter en cette fin d'après-midi. Je traduis leurs hurlements et leurs klaxonnements par un «on vous emmerde vous qui respectez bêtement le confinement dans vos maisons».

 

Difficile de ne pas s'interroger sur la manière dont on peut échapper au confinement ; ces attestations sur l'honneur qu'on se donne à soi-même pour s'autoriser à se déplacer pour faire des courses de première nécessité (une entrecôte de bœuf d'origine Black Angus peut-elle faire partie des courses de première nécessité ? Bonne question), pour faire un peu d'exercice, pour des soins d'urgence, etc ... Mais pour pouvoir se procurer ces attestations de déplacement sur l'honneur, il faut une connexion internet et une imprimante connectée (ou un ordinateur). Même le journaliste Pierrot Dupuy, du Journal Zinfos974, a dû se rendre à Carrefour pour s'en acheter une ! Evidemment, je n'en ai pas, d'imprimante qui fonctionne, comme des milliers ou des centaines de milliers de vieilles personnes complètement déboussolées.

 

J'ai même vu aux informations nationales des vieilles personnes arrêtées puis verbalisées par les forces de l'ordre parce qu'elles ignoraient même l'existence de cette mesure, et qui n'avaient aucune possibilité d'accéder à l'informatique ! Des centaines de milliers de vieilles personnes n'ont pas de wifi (ne me demander pas la signification de ce mot barbare) chez eux, ni ne consultent internet. L'histoire ne dit pas ce que cette vieille personne avait connu au temps de la dernière guerre, si elle n'a pas eu l'impression brutalement d'être à nouveau envahi par les milices nazies qui vérifiaient l'identité des badauds français, ou si elle n'a pas craint, par un rappel attristant de l'histoire, qu'on allait à nouveau la déporter vers un camp de concentration comme Auschwitz ou Buchenwald. Parce que c'est à cela que ressemble cette mesure de confinement ; les heures sombres de la France lorsqu'elle était à la merci d'un occupant nazi et des milices qui participaient aux agissements de la Gestapo. Cette vieille personne m'a fait de la peine, mais pas aux forces de l'ordre qui ont pris plaisir à la renvoyer chez elle sans aucune commisération, sans aucune réponse, avec une mande de 135 euros. C'est ce que j'appelle être en butte à l'arbitraire des forces de l'ordre, et c'est ce que représente cette mesure de confinement. Un rescapé des camps de concentration se croirait revenu à la même époque. 

 

Et même les députés LFI (La France Insoumise quand même) sont au garde-à-vous, le doigt sur la couture du pantalon, au lieu de contester une mesure dont l'application aveugle est aberrante ! Une député communiste (ou LFI allez savoir) proposait d'interner pendant 15 jours tous les voyageurs arrivant dans l'île (de La Réunio). Se rendait-elle compte qu'elle proposait le rétablissement des lazarets qui existaient aux temps de l'esclavage pour s'assurer de la bonne santé des esclaves débarqués et achetés par les propriétaires fonciers de l'époque ? Avec les exemples donnés plus haut, nous en sommes revenus aux pires heures de l'histoire de l'humanité ! Et ce n'est pas terminé si l'épidémie de coronavirus prend encore de l'ampleur. On verra des choses encore bien pire ! Des supposés malades lapidés. Des sorcières supposées brûlées vives. Les heures les plus sombres du monde nous attendent. Tout ceci pour un petit virus !

 

On croit que l'humanité s'est civilisée, mais il n'en est rien. Des voleurs braquent des cabinets d'infirmiers ou des hôpitaux pour voler des masques pour les revendre le plus cher possible. Les voleurs abusent des peurs de leurs victimes. Les puissants imaginent des moyens pour se maintenir au pouvoir ou asseoir leur pouvoir le plus longtemps possible. Les salauds cherchent à s'enrichir le plus possible ou à se mettre en avant pour connaître une heure de gloire. Et puis il y a tous ceux qui réellement, font leur travail, sauvent des gens, permettent aux services essentiels de continuer à fonctionner, sans être mis en avant, parfois sans aucune reconnaissance. Voilà de quoi est fait le monde. Et tout ceci est soit triste, soit magnifique !

 

Ecrit le cinquième jour de notre confinement. Le nombre de morts enregistrés en France ou en Italie, plusieurs centaines sur les dernières vingt-quatre heures, fait malgré tout peur !

 

 

Saucratès



21/03/2020
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