Critiques de notre temps

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Les médias et les opinions dissidentes

Les médias et les opinions dissidentes

 

Par Saucratès 

 

Saint-Denis de la Réunion, samedi 25 juin 2022


Un journal comme Le Monde a un problème avec les opinions dissidentes, celles qui entrent en opposition avec ses propres valeurs libérales. Comme on peut s’en apercevoir en lisant les différents articles que les journalistes du Monde publient à longueur de pages, au fil des jours, au fil des éditions successives, les opinions dissidentes par rapport à leurs valeurs sont systématiquement moquées, critiquées, descendues, ou attaquées. Cela se voit dans la manière dont les thèses des divers candidats d’extrême-droite sont présentées, descendues ou parfois ignorées. Cela se voit aussi dans la manière dont Le Monde traite des dernières décisions de la Cour Suprême américaine. J’y reviendrais.

 

Au fond, la liberté de presse, la liberté d’expression, le respect des libertés publiques et des opinions dissidentes n’est acceptée et ne semble valable que lorsqu’elle concerne la défense des droits de l’homme, lorsqu’il s’agit de défendre le droit des opposants politiques dans le combat contre les dictatures ou contre les idées des dirigeants conservateurs ou catalogués d’extrême-droite. Mais si le régime politique mis en cause est un régime considéré comme un régime ami, un régime libéral, dont les valeurs affichées sont conformes à la doxa du Monde, à ce moment-là, la critique des opposants n’est plus acceptée et elle sera combattu par tous les journalistes de ce média, comme par les journalistes de tous les médias qui se disent bien-pensants et bien-sachants. 

On en a eu évidemment la preuve dans le traitement médiatique réservé au mouvement des gilets jaunes, qui avaient le tord d’oser combattre à la fois le délicieux gouvernement de son jupitérien Président Macron, et de sa si délicieuse et si nécessaire politique de lutte contre le réchauffement climatique et de criminalisation de l’usage de la voiture à moteur thermique. Contester le prix du gazole, ce carburant si detesté de tous les écolo-libéraux et de tous les journaleux ? Mais quelle horreur ! Occuper des ronds-points ? Saccager un ministère et en faire fuir son locataire ? Mais quelle abomination !

 

En fait, dans une démocratie comme la démocratie française, la liberté d’expression n’est pas valable pour tout le monde, n’est pas la même pour tout le monde. Il faut laisser la parole aux sachants. Il n’y a déjà qu’eux qui s’expriment dans les médias. Ils sont professeurs d’université, journalistes, écrivains reconnus par leurs pairs, presidents d’association. Les autres, les sans-voix, les sans-grades, les petits, doivent se taire, laisser faire les sachants qui connaissent tout mieux qu’eux. Pour tuer le mouvement des gilets jaunes, il a fallu au gouvernement les mesures liberticides du confinement, car raillés par les journalistes, moqués, ignorés, ils continuaient malgré tout de se révolter contre ce gouvernement et les journalistes qui défendaient becs et ongles leur main mise sur le pouvoir. 

Y a-t-il une différence entre le sort fait aux dissidents dans nos délicieux régimes démocratiques français, européens ou américains, et le sort réservé aux dissidents politiques dans ce que ces mêmes médias libéraux appellent des dictatures et des tyrannies ? Quelle question stupide pour ces défenseurs de la démocratie ! Comment oser comparer une dictature et une démocratie ? Les opposants politiques dans une dictature sont incarcérés. Dans une démocratie, il faut qu’on les surprenne avec des boules de pétanque, un bouclier dans leurs voitures ou dans leurs sacs, et là, on peut les incarcérer, les juger et les condamner. Ou bien il faut qu’ils soient pris a discuter avec des gens louches dans une manifestation ! 

Bon personnellement, pour ma part, je ne vois pas de différence entre ces deux comportements. Un journal comme Le Monde glose et se gargarise de sa charte éthique mais au fond, tous les documents de la Terre ne feront pas d’une foule de journalistes libéraux, formés dans les mêmes écoles, défendant les mêmes idées libérales, des défenseurs de toutes les opinions, mêmes celles qui contreviennent à la délicieuse certitude qu’ils vivent tous un monde idéal où il leur faut combattre les méchants réactionnaires.

 

Mais il est tellement simple de comprendre leur horreur lorsqu’ils découvrent que les méchants juges de la Cour Suprême nommés par les méchants présidents républicains, osent vouloir revenir sur le droit imprescriptible des femmes à avorter librement ! Mais quelle horreur ! Comment est-ce possible ! La magnifique democratie américaine, tellement avancée et encensée parce qu’elle a vaincu l’horrible Donald Trump, comment peut-elle être pervertie par d’horribles juges de la Cour Suprême nommés par de méchants présidents républicains. C’est comme si on expliquait la vie à de pauvres journalistes effondrés. Mais depuis quand des droits obligatoires peuvent-ils être remis en cause ? Comment peut-on revenir en arrière dans la marche du progrès et dans les droits des femmes ou des hommes ? 

Meme chose avec le droit de porter une arme à feu. Comment la Cour Suprême peut-elle maintenir le droit de porter une arme et de se défendre lorsque l’on voit les massacres d’enfants et de jeunes dans les écoles ! Comment des juges conservateurs osent-ils s’opposer à la volonté des journalistes et aux demandes du délicieux gouvernement de son excellence Joe Biden ! Comment cela peut-il être possible dans une démocratie où normalement, toutes les élites œuvrent ensemble pour appliquer et mettre en œuvre les décisions éclairées et réfléchies des puissants ? La retraite à 60 ans ? Une aberration ? La seule chose de défendable est le report de l’âge de la retraite à 65 ans. Après tout, ces puissants ne s’arrêteront jamais de nous diriger, les journalistes ont tous moins de 30 ans et ils ne pensent pas vieillir, et ils ne sont pas concernés par ailleurs par nos règles de régime de retraite. Les ministres et les députés ont leur propre régime particulier beaucoup plus avantageux. 

https://www.lemonde.fr/international/article/2022/06/23/etats-unis-la-cour-supreme-des-consacre-le-droit-des-americains-a-sortir-armes_6131752_3210.html

 

https://www.lemonde.fr/international/article/2022/05/04/droit-a-l-avortement-menace-comment-le-mandat-de-donald-trump-a-scelle-le-virage-conservateur-de-la-cour-supreme_6124673_3210.html

 

https://www.lemonde.fr/idees/article/2022/06/25/la-cour-supreme-aggrave-l-affaissement-democratique-des-etats-unis_6132006_3232.html

 

https://www.lemonde.fr/international/article/2022/06/23/la-cour-supreme-une-institution-americaine-dans-la-tourmente_6131711_3210.html
 

Pour moi, il ne fait aucun doute que si Donald Trump avait osé remettre en cause la légitimité d’une décision libérale de la Cour Suprême, il aurait été condamné par tout ce qui compte de médias dans le monde entier. Mais dès lors que la contestation vise une décision de juges de conservateur, et que cette contestation émane du si parfait président Joe Biden, c’est évidemment normal, c’est évidemment conforme à l’opinion ultra-majoritaire de tout ce qui compte de bien-pensants et de bien-sachants de par le monde. 

 

Le compte-rendu des dernières élections legistaves françaises est également de la même veine. Alors que les médias, Le Monde se félicitaient à l’avance d’une victoire écrasante des forces du progrès, de la majorité au service du président Macron, les français ont osé faire battre le parti du Président, qui portait un si bon nom : #Ensemble#. Peuple de merde, disait les guignols de l’info il y a quelques décennies à l’époque de la dissolution ratée du President Jacques Chirac. Un gouvernement potentiellement minoritaire, mais quelle abomination. Et les articles des médias titre a longueur d’éditions sur les risques d’une France bloquée, d’un parlement immobilisé, comme si la France n’avait jamais connu une telle situation. Normal pour des journalistes dont l’expérience politique et dont les connaissances ne dépassent pas leur propre date de naissance. Il a existé trois périodes de cohabitation, pendant lesquelles des présidents élus ont dû accepter de composer avec une majorité parlementaire qui leur était opposée. Mais la dernière fois, c’etait il y a plus de vingt ans, et aucun journaliste de ces médias que l’on voit s’exprimer n’étaient alors en âge de voter. Avant 1958, pendant la Quatrième République, c’était également la situation normale d’avoir des gouvernements minoritaires qui tombaient régulièrement. La Cinquième République, avec le droit de dissoudre l’Assemblée Nationale en cas de motion de censure victorieuse, peut faire face à une telle situation.

 

https://www.lemonde.fr/elections-legislatives-2022/article/2022/06/19/legislatives-2022-craignant-une-paralysie-totale-le-camp-macron-evoque-une-dissolution-de-l-assemblee-nationale-dans-un-an_6131114_6104324.html

 

Le président Macron n’a même pas obligation de composer avec un gouvernement issu d’une majorité opposé à la sienne ; il lui faut juste accepter que les projets de loi qu’il déposera pourront être rejeté par un parlement dans lequel il ne dispose plus d’une majorité dithyrambique. Mais rien de tout cela dans les medias et dans Le Monde. Bien au contraire, il faut faire peur comme d’habitude aux français. Il faut leur faire comprendre à quel point leur vote inconséquent a de très graves conséquences. Quelles conséquences ? Aucune. Mais ce n’est pas le plus important. Le président si charmant et si délicieux ne pourra faire passer sa réforme de la retraite à 65 ans. Quelle horreur ! Ces ploucs de français, ces fainéants de français vont continuer à partir à la retraite à 62 ans et le gentil président Macron ne pourra pas financer grâce à ces économies ses si charmantes et indispensables autres mesures dont je ne sais absolument rien !

 

Vive la République, vive la France, vive la presse supposée libre et indépendante (marrant, Apple a modifié le mot «libre» en «ivre» !)

 

 

Saucratès



25/06/2022
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