Critiques de notre temps

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Pensée pour une amie

Saint-Denis de la Réunion, samedi 5 décembre 2020

 

Un nouveau Samedi soir de plus. La tranquillité de ma vie, de cette soirée, tranche avec ce qui peut se passer ailleurs dans le monde, ailleurs au loin ou tout proche. Des gens souffrent. Des amies très proches souffrent, ont peur. Comment ne pas penser à elles, comment ne pas penser à ce qu’elles traversent, aux nouvelles extrêmement angoissantes qu’elles attendent, qu’elles craignent ou si qui leur sont tombées dessus. Je voudrais lui dire que je pense à elle, que ce qui lui arrive est injuste. Et je n’ose imaginer ce que ses proches vivent en ce moment, si seulement ils savent ce qui lui arrive, même si vraisemblablement ils le savent. La maladie, cette horreur, est souvent quelque chose que l’on vit seul (ou seule), seul ou seule avec nos pensées, dans la nuit noire, lorsque l’on se sent dévorer par la mort, par le risque de mourir, par la peur de disparaître. 

 

Tout ce que l’on n’a pas pu faire, tout ce que l’on aurait aimé pouvoir faire, tous ces endroits où cette amie aurait aimé vivre : Corse, Canada ... Et tout ce que je ne sais pas. 

 

Le pire dans tout cela, c’est que lorsque cette alerte est passée, lorsque la peur de mourir s’éloigne, lorsque la maladie nous fait grâce, tout ce qui nous était apparu si important s’estompe. On reprend notre vie étriquée, on reprend le chemin du travail, on reprend le petit train-train quotidien, on reprend l’obligation de travailler et de gagner sa vie, on retrouve cette obligation de subvenir aux besoins de ses proches, de payer les études de ses enfants. On oublie tout ce qui nous était apparu si important ... On reprend le travail. On ré-oublie nos rêves. On les repousse à plus tard. 

 

Est-ce qu’en vieillissant, est-ce qu’en prenant de l’âge, est-ce que cette peur de mourir, de disparaitre, s’estompe ? Est-ce qu’on cesse d’avoir peur à un moment donné à l’idée de disparaître, de mourir. Ou bien est-ce que, dans nos vieux jours, la maladie dégénérative du cerveau, comme Alzheimer’s, est en fait une bénédiction, la fin des angoisses, la bénédiction d’une mémoire disparue et d’une intelligence éteinte. 

Pensées bien sinistres pour ce samedi-soir me direz-vous ... J’en suis désolé ... Plus qu’une pensée pour une amie, c’est plutôt un rappel sur ce qui m’est arrivé. Et sur cette vie qui est repartie comme si rien ne s’était passé ... Chère A., on pense à toi.

 

 

Saucratès



05/12/2020
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