Critiques de notre temps

Critiques de notre temps

Retour sur la critique de l’économie

Idées pour une critique de l’économie

Par Saucratès 

Saint-Denis de La Reunion, samedi 3 décembre 2022

 

Qu’est-ce que cela signifie de vouloir réfléchir à une critique de l’économie ? Pourquoi est-il nécessaire ou utile de critiquer l’économie ? Ce sont des questions intéressantes. Si je veux vous parler de critique de l’économie, il faut déjà vous expliquer qu’est-ce que cette économie. 

L’economie est un ensemble de théories qui modélisent et chercher à expliquer le fonctionnement de nos sociétés occidentales modernes ou archaïques. C’est cet ensemble de théories qui valide l’existence des riches et des pauvres, des très très riches et des très très pauvres, qui trouve un sens à l’existence du chômage, qui donne un sens aux recommandations du FMI pour libéraliser les marchés du travail ou des compartiments ou secteurs économiques de pays sous la férule du FMI. C’est cet ensemble de théories qui organise et donne un sens, une légitimité au monde tel que nous le connaissons. Il n’y aurait pas l’économie, la richesse des uns ne serait qu’une forme d’injustice, de vol, de captation de la richesse de tous par quelques uns. 

Mais l’économie et la religion sont venues donner un sens, une légitimité, à tout cela, pour que les accapareurs deviennent des héros nationaux, des chevaliers d’industrie. 

L’économie est avant tout une imposture, une caution morale bancale servant à masquer un vol séculaire. D’où la nécessité d’une critique de cette économie, de ce corpus de théories.

 

D’ailleurs, même les plus zélotes, les plus zélés des admirateurs ou des défenseurs de l’économie détestent une fraction de ce système, et le plus souvent, il s’agit des banques. Les banques qui ne sont qu’un rouage de ces théories, un outil au service du fonctionnement de l’économie, mais c’est aussi ceux qu’il est le plus commode de détester. La haine des juifs trouve son prolongement dans la haine de l’argent et du banquier. 

 

Parmi les critiques de l'économie, il faut rappeler la place centrale de l’auteur du Capital, Karl Marx. Le Capital est l’ouvrage central de la critique de l’économie. Mais on peut aussi rappeler Veblen ou mon auteur préféré : Karl Polanyi et son ouvrage phare, «Trade and Market in the Early Empires, Economies in History and Theory».

 

1. L’idée du marché régulateur

 

On le trouve notamment à la fois chez Marx et chez Karl Polanyi. Ainsi le livre I du Capital. «Le premier chapitre [du Capital] détermine déjà la singularité de cette société, dont la structure est essentiellement économique et où l’organisation de la production se réalise à travers des marchés régulateurs, selon l’expression de Polanyi.»

 

Peut-on dire des marchés qu’ils sont régulateurs ? Ils semblent l’être effectivement, parfois avec l’aide des États ou d’organismes étatiques. Mais le comportement individuel de chaque acteur n’est pas régulateur, notamment lorsque ces acteurs deviennent de plus en plus gros. Ils recherchent la part de marché maximale, le chiffre d’affaires maximal, le bénéfice maximal, comme le démontre les comportements prédateurs de FaceBook, d’Elon Musk ou de Twitter. Si les marchés sont régulateurs, ce n’est pas grâce aux entreprises qui les composent, mais bien malgré eux. Et on peut imaginer que si une entreprise devenait si puissante qu’elle dépassait la puissance des États, l’agrégation de tous ses concurrents, le marché ne serait peut-être plus un lieu de régulation ?

 

Mais ce concept de marché régulateur éclaire d’un jour nouveau le concept éculé et apparemment indémontrable dans la réalité de la ‘main invisible des marchés’. Ces deux concepts sont au fond interdépendants. Et d’une certaine façon, aussi peu démontrable l’un que l’autre.

 

Les marchés ont-ils un fonctionnement régulateur ? On retrouve aussi la théorie de l’école néo-marxiste dite de la régulation, de Michel Aglietta. Comment des marchés composés d’entreprises qui recherchent le profit maximum et les normes les plus restreintes pourraient-ils s’avérer régulateurs, c’est-à-dire producteurs de normes et de régulation ? Les marchés financiers les premiers n’ont rien de marchés régulateurs, comme la crise des années 2007-2009 l’avait amplement démontré. Les marchés ne sont régulateurs que tant que d’autres entreprises, d’autres intervenants du marché servent de régulateurs. Tant que d’autres intervenants ne parient pas à l’inverse du reste des intervenants du marché. Mais si l’ensemble des intervenants prennent les memes decisions économiques ou financières, alors le mythe du marché régulateur explose. On se trouve face à une bulle spéculative, qui se nourrit des paris de tous les intervenants, jusqu’à ce que certains commencent à avoir peur, se retirent du marché. Et le marché continue à grimper encore pendant quelques semaines, avant qu’il ne s’effondre, victime de ceux qui font désormais le pari inverse. 

Le marché régulateur n’est au fond qu’un mythe supplémentaire visant à légitimer les fortunes gagnées ou perdues pendant ces crises financières. Un mythe visant à renommer l’organisation de l’économie moderne autrement que comme une pure loi de la jungle, où seuls les plus forts l’emportent, les plus forts perdurent et se reproduisent ; concept oh combien choquant pour des économistes qui se disent scientifiques. Le marché régulateur n’est qu’un concept concurrent de la planification administrative, soviétique ou française. Et pourtant, dans certains domaines, il n’existe rien de mieux que la planification lorsque la poursuite de l’enrichissement personnel de nos élites prime sur l’intérêt de la Nation !

 

On appelle en France planification ce que les américains nomment «Patriot Act». 

 
2. L’économie est-elle une science ?

Ma réponse est NON. Définitivement NON. Parce que l’économie présente sous le vocable de théorie économique de la main invisible, du marché régulateur, de sciences économiques, un fonctionnement qui s’apparente à la loi de la jungle, une lutte où seuls les plus forts l’emportent, les plus forts survivent, les plus riches, les mieux adaptés résistent.

 

Parce que l’économie a construit tout un corpus de règles, de principes, régissant son fonctionnement supposé à cent mille lieux de la réalité des interactions humaines. Les agents économiques sont sensés tous agir de manière rationnelle, maximiser notre utilité ou notre satisfaction personnelle ou collective, sans que cela n’est le moindre rapport avec la forme ou les raisons de nos propres décisions. L’homo aeconomicus est sensé avoir une calculatrice ou un ordinateur à la place du coeur. Mais ce n’est pas la réalité, en tout cas pour la majeure partie d’entre nous.

 

Une matière comme l’économie n’est pas une science parce que certains transcrivent certains comportements factices, idéalisés, sous forme de fonctions mathématiques. La simple présence des mathématiques ne suffit pas à faire de l’économie une science, surtout si ces mathématiques reposent sur des préceptes inapplicables de la concurrence pure et parfaite qu’il est parfaitement impossible d’observer dans la réalité.

 

Cette matière n’est pas non plus une science expérimentale sous prétexte qu’elle organise des expériences comparatives entre populations ou villages selon qu’on leur donne une subvention ou une indemnité mensuelle ou non (cf. les expériences d’Esther Duflo, lauréate du prix Nobel d’économie). On ne parle pas de sciences expérimentales parce qu’on rajoute un peu de sel dans l’eau et puis qu’on vérifie que le point d’ébullition arrive plus rapidement, à une température d’ébullition plus faible. Et surtout, on ne parlerait pas de science expérimentale si dans certains cas, on ne voyait pas de changement, si certaines expériences ne donnaient pas les résultats escomptés sans que l’on puisse l’expliquer. En physique, on penserait à la présence d’autres facteurs explicatifs. En économie supposée expérimentale, on élimine des cas tangents, parce qu’ils vont à rebours des idées préconçues des expérimentateurs qui se prennent pour Dieu le père (ou Dieu la mère dans le cas d’Esther Duflo)l parce qu’il faut éliminer les cas atypiques. Une science expérimentale qui n’est capable que d’expérimenter des cas microscopiques sans intérêt, dont on connaît déjà la réponse (les femmes de tel village s’en sortir ont-elles mieux si on leur verse une prime mensuelle de X euros qui si on ne leur verse rien ?) n’a rien d’expérimentale !

 

Dire que l’économie est scientifique constitue ainsi une aberration, une exagération. D’où la nécessité de refonder l’économie à rebours de tout dogmatisme mathématique ou expérimental, à rebours de toute la recherche économique de ces cent dernières années. 

 

Saucratès

 

 

A lire mes articles précédents 

https://saucrates.blog4ever.com/critique-de-l-economie-1

https://saucrates.blog4ever.com/critique-de-l-economie-2



03/12/2022
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