Critiques de notre temps

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Morale et politique


La France, un régime autoritaire

Saint-Denis de La Réunion, dimanche 10 mars 2019

 

Les grands donneurs de leçon m´ont toujours fait me tordre de rire. Surtout quand cela eux-mêmes sont les derniers à mettre en application leurs propres recommandations. Faut faire ci. Faut faire ça. Faites ce que je dis, pas ce que je fais ! Dans le domaine politique, Emmanuel Macron en est un parfait exemple, ou plutôt contre-exemple. Il a donc souhaité expliquer à tous les peuples européens son projet européen ! Traduit en douze ou treize langues ! Pourquoi vos gouvernements sont nuls ou populistes. Et pourquoi mon projet européen est mieux que le vôtre (ou le leur) ! Diantre ! Quel programme ! Vive l'Europe qui ne marche que dans le sens qui m'intéresse. J'ai moi le droit de m'adresser à vos peuples pour leur donner ma bonne parole. Mais gare à vous si vous osez vouloir rencontrer certains de mes opposants, comme dans le cas de l'Italie qui a osé vouloir rencontrer un groupe de gilets jaunes francais candidats aux élections européennes ! Vive l'Europe des marchés qui ne marche que dans le sens que je decide. Mais gare à vous si l'Etat néerlandais decide de prendre également la même participation que mon pays dans une société qui se trouve etre aussi importante pour lui ! Mais l'Europe de Macron ne marche pas comme ça ! L'Europe de Macron n'est en fait pas une démocratie ! C'est une Europe qui fonctionne comme la France fonctionne. Une Europe où les Gros, les Puissants ont tous les pouvoirs, et où les petits obéissent, servilement, humblement, à leur place. Que ce soit des petits pays, et les Pays-Bas ou l'Italie sont des petits pays dans l'Europe de Macron, de même que la Hongrie d'Orbán.

 

Donc oui, Macron le donneur de leçon m'amuse. Le Macron qui reconnaît la légitimité d'un opposant politique non élu m'amuse aussi. J'imagine aussi qu'il applaudirait de la même manière un gilet jaune décrétant que ce dernier représente la France s'il se faisait investir pour la foule des Gilets jaunes en tant que Président de la République française. J'imagine ainsi très bien Macron reconnaître la légitimité d'un tel Monsieur Drouet dans ses prétentions à accéder à la présidence de la république, en dehors de tout cadre électoral !  De la même manière qu'il reconnaît la légitimité de l'adversaire autoproclamé de M. Maduro. Il accepterait de la même manière que des dirigeants politiques d'autres pays reconnaissent la légitimité de M. Drouet (par exemple) et le reconnaisse comme le véritable représentant de la France ! Sinon, pour quelle raison ose-t-il reconnaitre la légitimité du candidat des manifestants vénézuéliens contre le President Maduro au Venezuela ? 

 

Grande question en rapport : La France est-elle une démocratie ? Ou bien est-elle un Régime autoritaire, comme tous ceux que l'on condamne régulièrement dans la presse bien-pensante ? A quoi reconnait-on un régime autoritaire ? J’utiliserais pour y répondre une définition trouvée dans un article du Monde Diplomatique, pour y décrire la Guinée comme un État autoritaire. «Des forces de sécurité qui font un usage excessif de la Force contre les manifestants". Driante, j'ai l'impression que cela décrit très précisément la France de Macron, dans la volonté de son gouvernement de casser et de frapper le mouvement des gilets jaunes. Deuxieme argument utilisé par les journalistes pour décrire un État autoritaire : «des journalistes, des défenseurs des droits humains et les personnes qui s'expriment contre le gouvernement sont arrêtées arbitrairement». Là encore, cela me rappelle comme deux gouttes d'eau les arrestations arbitraires décidées dans l'ensemble de la France à l'encontre des gilets jaunes pour leur interdire de se rassembler contre la politique du gouvernement, en criminalisant le port du moindre outil ... pratiquement si les juges ne condamnent pas des automobilistes détenteurs de cric dans leur voiture, s'ils sont interceptés la veille d'un samedi ou un samedi matin ! Et quand on parle des journalistes, ce gouvernement désormais separe les bons journalistes (ceux qui sont à sa disposition, qui chantent les louanges de Macron ... comme Le Monde, Le Figaro ...) et les mauvais journalistes (bizarrement ceux qui sont à l'écoute du mouvement des gilets jaunes) ... Evidemment pas BFM TV qui filment les gilets jaunes pour mieux consigner les moindres de leurs dégradations et les transmettre aux autorités compétentes !  

 

Troisième argument relevé par les journalistes du Monde Diplomatique, pour dépeindre la Guinée (non pas la France mais cela y ressemble encore comme deux gouttes d'eau) : «l'impunité qui demeure monnaie courante». Là encore, on pourrait croire que cette description a pris la France comme cible. L'impunité des forces de l'ordre est patente malgré les blessures de manifestants. Bizarrement, les journalistes de BFM TV ou des autres médias ne prennent jamais en reportage les violences dont sont victimes les gilets jaunes ; seulement celles dont ils sont responsables ! Le gilet jaune énucléé sur Paris, pas de nouvelles. Par contre le moindre gilet jaune attrapé est prestement reconnu puis condamné, comme le boxeur de gendarmes mobiles d'un pont à Paris. Il faut aussi parler de l'impunité des politiques proches de Macron ; évidemment pas ceux qui étaient en travers de son chemin à l'encontre desquels la justice s'est prestement attaqué, et à l'égard desquels les médias rivalisaient de gros titres lorsqu'ils étaient susceptibles de battre ou de gêner l'election puis la mise en œuvre de la politique de Macron : Francois Fillon, Francois Bayrou ...

 

L'élection même de Macron en 2017 est aussi un problème. C'est un peu comme en 1848. On a compris apres coup pourquoi Louis Napoleon Bonaparte avait été élu brillamment, à l'encontre de tous les pronostics, comme premier président de la Seconde République. Parce qu'il était le neveu de l'empereur Napoleon. Pourquoi Emmanuel Macron a-t-il été élu en 2017 ? Quand le découvrirons-nous ? A-t-il eu une couverture médiatique particulièrement avantageuse ? Et du fait de quelles personnes ? A-t-il bénéficié d'appui dans les deux principaux partis politiques opposés où les candidats, trop à gauche ou trop catholique, auraient conduit certains de leur camp à le rejoindre et à faire campagne pour lui, contre leur propre candidat ?

 

La France est-elle donc un État de droit ou bien plutôt un État autoritaire, où même l'élection présidentielle puis législative qui avait suivi avaient été manipulées, trafiquées ? A-t-on quelque chose à envier à La Russie de Poutine ou à La Turquie d'Erdogan. À part un comique qui se croit autoriser à donner des leçons à L'Europe entière ?

 

 

Saucratès


10/03/2019
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Les affaires Ghosn et Fillon ... ou de la nécessité de l'existence des lanceurs d'alerte

Saint-Denis de La Réunion, dimanche 3 mars 2019

 

Je suis vivant. Quatre heures plus tard, j'étais sorti de la clinique. Vous me direz que c'est beaucoup de peur, beaucoup d'exagération pour pas grand chose. Vous auriez peut-être raison. Ce dimanche soir, deux jours plus tard, je profite malgré tout du bonheur d'être en vie, en buvant un bon whisky ... ou plutot un bon bourbon pour répondre aux eventuels puristes.

 

Je voudrais en ce soir tombant revenir sur l'affaire Carlos Ghosn. Et par la même occasion, cela me permettra aussi de revenir sur l'affaire Pénélope et François Fillon. Ces deux histoires me semblent particulierement proches ou plutôt ressemblantes. Carlos Ghosn a fait embaucher quelqu'un de sa famille (une cousine) à des tarifs exorbitants, il a fait réaliser des travaux hors de prix sur une de ses propriétés personnelles, il a fait prendre en charge les dépenses de réception grandioses correspondant à son mariage (ou à ses fiançailles), tout cela aux frais notamment de l'alliance Renault-Nissan. Mais malheur pour lui, une partie de ses dépenses ont été payées par Nissan, une entreprise japonnaise. Il eut tout fait prendre en charge par Renault et uniquement par Renault qu'il n'aurait jamais été inquiété ! C'est tellement naturel en France que les dirigeants se croient tout puissant et se servent dans les caisses de leurs entreprises que jamais personne n'aurait rien dit si cela s'était passé de cette manière. 

 

C'est pour cette raison que je fais le parallèle avec l'affaire Fillon. Nous avons là un parlementaire qui a osé embaucher ou faire embaucher sa femme et ses enfants dans le cadre de son mandat parlementaire. Non pas une rémunération de plusieurs centaines de milliers d'euros comme la cousine de Ghosn. Seulement quelques milliers d'euros par mois. Mais dans ce cas-là, c'est le mal, la faute grave. Les juges qui leur tombent dessus, une nouvelle information chaque jour dans les semaines précédant le premier tour de l'élection présidentielle de mai 2018. Par contre, dans le cas de Ghosn, il ne semble y avoir aucune faute, aucune grave erreur. C'est un acharnement de la police et de la justice japonaise qui cherche à atteindre l'alliance Renault au travers de la personne du pauvre innocent Carlos Ghosn jeté injustement en prison ! 

 

Donc oui, j'estime qu'il y a un nécessaire parallele à faire entre ces deux affaires, entre les traitements médiatiques de ces deux affaires. L'un, Francois Fillon, était supposément déjà coupable pour la presse, alors que l'autre, Carlos Ghosn, est un pauvre innocent victime d'un complot visant l'alliance Renault-Nissan. 

 

Plus largement, l'affaire Ghosn met en lumière la complaisance dont bénéficient les dirigeants d'entreprises privées en France. Et même publiques. Ils sont autorisés à faire ce qu'ils veulent, à se payer ce qu'ils veulent, à se faire payer ce qu'ils ont envie, sans que personne ne puissent rien y redire. Parce qu'ils font tous pareil. Parce qu'ils rêvent tous, au gouvernement, de pouvoir faire pareil, d'avoir droit au même gâteau. Ce qui s'est passé au Japon permet de mettre en lumière ce qui manque en France. Une justice, un ministère public, une police qui ne soit pas aux ordres du pouvoir, des puissants. En France, la justice, le ministère public, la police, ne s'acharnent que contre les pauvres, les sans-grades, les adversaires de l'Etat, et les quelques puissants qu'on les autorise à attaquer, sur lesquels on les autorise à s'acharner. Comme Fillon, comme Strauss-Kahn, comme Kerviel, comme le groupe de Tarnac, comme le boxeur de Paris. Même si ces trois derniers sont en fait les victimes naturels de la justice et du ministère public, des pauvres sans grade.

 

Combien de chefs d'entreprises, de hauts managers si prompts à faire licencier leurs personnels, à attaquer, à restreindre, à diminuer leurs avantages sociaux, à baisser leurs salaires, si intransigeants sur les augmentations salariales qu'ils acceptent de leur donner, mais quand il s'agit de leurs propres avantages, de leurs propres rémunérations, de la prise en charge de dépenses somptuaires ou personnelles, sont si compréhensifs à l'égard d'eux-mêmes ? C'est le cas de l'immense majorité des patrons, des hauts managers, des petits managers du secteur privé ou public, en France. Ils n'ont aucune éthique même s'ils imposent des obligations éthiques à leur propre personnel. Et derrière les chartes de déontologie, derrière les codes sensés protegerles donneurs d'alerte dans leurs entreprises, ce ne sont que des mécanismes visant à empêcher toute forme de divulgation d'informations qui les desserviraient. Ils ne cherchent pas à protéger les lanceurs d'alerte ou leur personnel. Ils cherchent avant tout à se protéger eux-memes. Comme si la chape de béton qui recouvre le systeme économique et politique francais n'était pas suffisant. Ils ont mzlgré tout tellement peur de perdre leur position de domination sur les autres qu'ils crèvent de peur dans leur coin. 

 

Et le mouvement des gilets jaunes se comprend tellement bien si on prend en compte cette posture. Comment en vouloir à des gens qui n'ont presque rien, qui se sentent à la lisière d'être déclassés, qui ont tellement perdu. Alors évidemment, ils ne s'attaquent pas uniquement à ceux qu'ils devraient. Tous ces salauds qui s'enrichissent monstrueusement sur notre dos, tous ces gens qui depuis des siècles, depuis qu'ils sont devenus tout puissants, ont quitté la France et ses taux d'imposition trop élevés à leur goût. Alors évidemment, les seuls contre lesquels les gilets jaunes peuvent se retourner, ce ne sont pas les très puissants, ce ne sont pas les leaders ultra-liberaux du gouvernement et des autres partis qui asphyxient la France et les francais. Ceux qu'ils peuvent ennuyer, ce sont des gens comme eux et nous, ce sont des petits élus de la France rurale, ce sont des préfets et des gendarmes qui obéissent aveuglement aux ordres, sans réfléchir parce que cela leur est interdit, comme une partie des forces de police françaises obéirent au Régime de Vichy dans les années 1940-1944.

 

Pour en revenir au sujet qui m'importe, les dépenses somptuaires des dirigeants et des hauts managers des entreprises, il n'existe qu'un seul type de personnes qui pourraient les faire tomber. Soit des administrateurs ou des dirigeants d'autres entreprises ou du management qui auraient des valeurs éthiques au dessus du lot. Mais ils sont rares. Ils ne survivraient pas longtemps ! Soit des salariés des services de comptabilité ou des frais généraux, qui trouveraient les moyens de lancer des alertes. C'est à dire des lanceurs d'alerte. Mais encore faut-il qu'une réelle presse libre et indépendante, non inféodée, existe dans notre société. Encore faut-il que la police et le ministère public est envie de s'occuper de telles histoires économico-économiques. Les dirigeants des grandes entreprises françaises peuvent dormir tranquille ; il n'existe en France, je le crains, aucune envie de s'attaquer aux puissants qui trichent, volent, mentent, trahissent. Il est plus simple de répondre aux attentes du gouvernement, de s'attaquer à la Petite deliquance, aux pauvres gilets jaunes qu'il faut écrabouiller, auxquels il faut enlever toute envie de continuer à manifester ! 

 

Ce monde n'est pas cruel ! Ce Monde est juste injuste, parce qu'il protège les puissants parce que tous ceux au pouvoir n'aspirent qu'à une seule chose : devenir puissants et extremement riches eux aussi ! Alors oui, il faut défendre et combattre les mesures qui cherchent à faire peur aux potentiels lanceurs d'alerte. Les lanceurs d'alerte sont les héros de ce siècle. 

 

 

Saucratès 


03/03/2019
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De l'importance des médias comme en atteste les dossiers du Consortium international des journalistes d'investigation

Mardi 27 novembre 2017

Saint-Denis, Ile de la Réunion

 

En ce début de semaine, le journal Le Monde, comme de nombreux autres journaux dans le monde, publie une nouvelle enquête dont l'origine est le Consortium international des journalistes d'investigation (CIJI ou ICIJ en anglais). Je veux parler de l'enquête dite des «Implants files», ou fichier des implants médicaux. Et alors que ce sujet était totalement ignoré par les médias et les politiques jusqu'à ce week-end, grâce à ces articles, les médias et les commentateurs découvrent brutalement l'absence de tout contrôle sur ces implants médicaux. Gageons que d'ici quelques semaines, les députés auront prochainement à se prononcer sur un projet de loi ou une proposition de loi sur ce sujet. 

 

Cet exemple démontre la puissance et l'importance de la presse lorsqu'elle fait son travail d'analyse critique, au lieu de servir de simple caisse de résonance de l'Etat et du gouvernement.

 

Non pas que je cautionne les critiques et la violence véhiculées par certains gilets jaunes à l'encontre de la presse et des reporters de presse. La violence n'est que rarement une solution, et la liberté de la presse est une chose trop importante pour s'attaquer à ses représentants. Les gilets jaunes haineux qui s'attaquent à des reporters et aux journalistes sont les mêmes qui violent, tuent, et volent pendant les guerres et les conflits sociaux. Des sociopathes en puissance, qui n'ont besoin que d'une proie, d'un ennemi sur lequel s'acharner. Il s'est trouvé que c'est tombé sur un journaliste, mais cela aurait pu tomber sur un autre automobiliste qui n'aurait pas partagé leur opinion radicale, ou sur une femme seule les croisant dans un coin désert. Des hyènes et des chacals qu'il faudrait éradiquer, éliminer !

https://www.lemonde.fr/societe/article/2018/11/26/gilets-jaunes-la-violence-contre-des-journalistes-prend-une-ampleur-inedite_5388961_3224.html

 

Qu'est-ce que le CIJI ou ICIJ ? «L'International Consortium for Investigative Journalism (ICIJ), en français Consortium international pour le journalisme d'investigation, est un réseau mondial de 185 journalistes d'investigation dans plus de 65 pays qui collaborent pour enquêter en profondeur sur des affaires ayant essentiellement un retentissement international : corruption, fraude, crise économique, abus de pouvoir ....». Fondé en 1997 aux Etats-Unis.

https://www.glossaire-international.com/pages/tous-les-termes/international-consortium-for-investigative-journalism-icij.html

 

Quatre journalistes francais feraient partie du CIJI : Fabrice Arfi et Karl Laske, de Mediapart, ainsi qu'Édouard Perrin et Aurore Gorius. Le Journal Le Monde collabore régulièrement et publie régulièrement des articles sur les enquêtes du CIJI, comme de très nombreux autres journaux en Europe ou dans le monde entier. 

https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Consortium_international_des_journalistes_d%27investigation

 

La première fois que j'ai entendu réellement parler du CIJI, ce devait être pour les Panama Papers, dans lequel Le Journal Le Monde avait mis en grand titre, en exergue, son appartenance, sa collaboration avec le CIJI.

 

Wikipedia cite les principales enquêtes du CIJI : 

 

- Les Offshore Leaks (signifiant littéralement «Fuites extraterritoriales») qui paraissent en avril 2013, et qui correspondent à «une série de fuites d'informations relatives aux paradis fiscaux et à leur utilisation à des fins de fraude fiscale et de blanchiment d'argent à travers le monde.» Les Offshore Leaks représentent 2,5 millions de documents financiers et 120.000 sociétés écran (ou offshore). Les documents proviendraient de deux entreprises basées aux îles Vierges britanniques.

https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Offshore_Leaks

 

- Les Luxembourg Leaks paraissent en novembre 2014. Le CIJI en collaboration avec une quarantaine de journaux, révèlent «le contenu de centaines d'accords fiscaux préalables très avantageux conclus avec le fisc luxembourgeois par le cabinet de conseil PricewaterhouseCoopers pour le compte de nombreux clients internationaux au nombre desquels sont cités AppleAmazonHeinzPepsiIkea et Deutsche Bank. Des copies de ces documents sont publiées sur un site web librement accessible au public.

https://www.icij.org/investigations/luxembourg-leaks/explore-documents-luxembourg-leaks-database/

 
- Les Swiss Leaks paraissent en février 2015. L'enquête révèle «un système international de fraude fiscale et de blanchiment d'argent qui aurait été mis en place par la banque britannique HSBC à partir de la Suisse. Selon les journalistes, entre novembre 2006 et mars 2007, plus de 180 milliards d’euros ont transité, à Genève, sur les comptes de 100 000 clients et de 20 000 sociétés offshore, concernant 188 pays différents.»
 
A noter que cette affaire est différente du procès qui a eu lieu en octobre 2018 et qui concernait la banque suisse UBS poursuivie pour avoir démarcher de manière illégale de riches contribuables français pour qu'ils échappent au fisc français. La Banque HSBC devrait également être poursuivie prochainement pour les mêmes motifs de démarchage illégal et pour délit de blanchiment aggravé.
 
- Les Panama Papers paraissent en mars 2016. «109 rédactions membres de l'ICIJ dans 79 pays révèlent simultanément ce que l'ICIJ qualifie de plus gros scandale d'évasion fiscale. Plusieurs millions de documents du cabinet panaméen Mossack Fonseca constituent une source d'information sur les activités des clients de ce cabinet, impliquant des personnalités de premier plan dans une quarantaine de pays.»
 
- En septembre 2016 sortent les «Bahamas Leaks». Des «documents obtenus par la Süddeutsche Zeitung portent sur 175 480 structures offshore enregistrées aux Bahamas entre 1959 et 2016. Ils dressent l’équivalent d’un registre du commerce pour ce paradis fiscal opaque, levant le voile sur l’identité des administrateurs de certaines de ces sociétés, jusque-là anonymes».
 
- Les Malta Files sortent en mai 2017, notamment par le site Mediapart. «Mediapart et douze autres médias internationaux du réseau d’investigation European Investigative Collaboration (EIC) publient des révélations sur les pratiques fiscales de Malte». «L’hebdomadaire allemand Der Spiegel et le site d’information roumain The Black Sea ont obtenu des fichiers internes d’un cabinet fiduciaire maltais spécialisé dans l’immatriculation et l’administration de sociétés ... ainsi que ... l’ensemble des données du registre du commerce maltais, soit 53 247 sociétés au 20 septembre 2016.»
 

- Les Paradise Papers sortent en novembre 2017. «À l’issue d’un an d’enquête collaborative menée par 381 journalistes de 67 pays, 95 médias partenaires coordonnés par le Consortium ont publié les premières révélations des Paradise Papers, une fuite massive de documents issus notamment du cabinet d’avocats Appleby, spécialisé dans les activités offshore, mais aussi de documents issus des registres confidentiels des sociétés de dix-neuf paradis fiscaux.»

 
- Les Implants Files sortent donc le 25 novembre 2018. «250 journalistes issus de 59 médias internationaux, révèlent un scandale sanitaire mondial : les dégâts causés par les prothèses et implants médicaux sont nombreux, souvent sous-estimés, difficiles à cartographier. La réglementation en la matière est insuffisante. L'opacité des autorités de santé en France, et de l'ANSM est spécifiquement pointée.» En se basant sur les chiffres des autorités de contrôle sanitaire des Etats-Unis, le CIJI fait apparaitre une première mesure des taux de morts et d'incendie sur la majeure partie des types d'implants médicaux, permettant la mise en lumière d'un débat, d'un suivi et d'une transparence nécessaire. 
 
Le Monde, en collaboration avec d'autres journaux européen, a également publié des dossiers sur un complément d'analyse aux Panamas Papers, analysant les suites des Panama Papers, pour le cabinet Panamaéen Mossack Fonseca (où on découvrait que les filiales du cabinet panaméen s'étaient juste contenté de changer de nom pour continuer à encourager l'évasion fiscale, que les banques françaises continuaient de travailler avec des sociétés offshores malgré tous leurs démentis et assurances de bien se comporter, et que les pratiques d'évasion fiscales perduraient) et pour les pratiques d'évasion fiscale (ou d'extraterritorialité). C'était en juin 2018.
 
Un peu plus récemment, en octobre 2018, Le Monde a également sorti un dossier sur les pratiques d'optimisation fiscale et sur les combines de remboursement indu d'impôts sur les dividendes par les grandes entreprises et les grands groupes internationaux, sur le dos des finances publiques des États européens : «les CumEx Files» (aussi appelé «arbitrage de dividendes», en abrégé div-arb). Et gageons que Macron, lorsqu'il était à la Banque Rothschild, devait vraisemblablement connaître ses astuces des grands groupes qu'il conseillait. Alors que ce sujet était complètement ignoré par les médias et par les hommes politiques (même si l'ex salarié de la Societe Générale, Jérôme Kerviel, avait alerté sans succès les sénateurs lorsqu'ils l'avaient auditionné), l'Assemblée nationale a décidé la création d'une mission d'information parlementaire sur ce sujet.
 
 
Saucratès

27/11/2018
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La montée des populismes

Réflexion une (mardi 11 septembre 2018)

Une montée inéluctable des populismes ?

 

Un article intéressant du Monde d'hier 10 septembre traitait de la montée d'un vote populiste, d'extrême droite, voire raciste, dans le plus parfait et le plus emblématique des États européens : la Suède. Comment ce modèle d'intégration, d'inclusion, de vivre ensemble, pouvait-il voir une telle montée des idéaux et d'un vote d'extrême-droite ?

https://www.lemonde.fr/idees/article/2018/09/10/la-suede-un-pays-europeen-comme-les-autres_5352960_3232.html

 

Mais peut-être que la réponse, la raison concernant la Suède est à chercher ailleurs. La Suède est un pays parfait où l'égalité entre les hommes et les femmes est érigée en paradigme, ou l'idée même de ségrégation et le racisme est niée. Mais comment peuvent faire ceux qui ne se retrouvent pas dans cette perfection, qui ne trouve pas normal qu'on nie les différences physiologiques entre les hommes et les femmes, ou que l'on place sur le même plan d'égalité toutes les religions, qu'elles soient autochtones comme le protestantisme ou le catholiscisme, ou importées récemment comme l'islam ? Ces hommes et ces femmes qui ne se retrouvent pas dans le discours de la perfection, des politiques parfaits proches de leurs administrés, ont simplement choisi cette possibilité du vote protestataire d'extrême droite. Et ce vote devrait prendre de plus en plus d'ampleur, comme dans les autres pays d'Europe, ou plutôt faudrait-il dire dans les autres pays occidentaux.

 

Un autre article encore plus intéressant à été publié dans le Monde Diplomatique de septembre 2018, en pages 22 et 23 : «Libéraux contre populistes, un clivage trompeur», de Serge Halimi et Pierre Rimbert. Les auteurs rappellent les nombreux renoncements et mensonges des dirigeants de droite ou de gauche de ces dernières décennies. Comme ils l'écrivent, «en gouvernant à rebours de leurs promesses, les dirigeants libéraux, de droite comme de gauche, ont conforté ce soupçon à l'issue de presque chaque élection.»

 

 - «Élu pour rompre avec les politiques conservatrices de ses prédécesseurs, M. Obama réduit les déficits publics, comprimé les dépenses sociales et, au lieu d'instaurer pour tous un systeme public de santé, impose aux américains l'achat d'une assurance médicale à un cartel privé.»

 

 - «En France, M. Nicolas Sarkozy retarde de deux ans l'âge de la retraite qu'il s'était formellement engagé à ne pas modifier ; avec la même désinvolture, M. François Hollande fait voter un pacte de stabilité européen qu'il avait promis de renégocier.»

 

 - «Au Royaume-Uni, le dirigeant libéral Nick Clegg s'allie, à la surprise générale, au Parti Conservateur, puis devenu vice-premier ministre, accepte de tripler les frais d'inscription universitaires qu'il avait juré de supprimer.»

 

 - «En 1992, rappelle le journaliste Jack Dion, les Danois ont voté contre le Traité de Maastricht : ils ont été obligés de retourner aux urnes» (et ils ont servi d'exemples au reste de l'Europe de ce qu'il ne fallait pas faire si on ne voulait pas etre exclu de l'Europe comme cela allait être le cas des pauvres Danois ... qui sont d'ailleurs toujours dans l'Europe ... normal, ils ont bien voté par la suite me direz-vous).

 

 - «En 2001, les Irlandais ont voté contre le Traité de Nice : ils ont été obligés de retourner aux urnes.»

 

 - «En 2005, les Francais et les Neerlandais ont voté contre le Traité constitutionnel europeen (TCE) : celui-ci leur a été imposé sous le nom de Traité de Lisbonne.»

 

 - «En 2008, les Irlandais ont voté contre le Traité de Lisbonne : ils ont été obligés de revoter.»

 

 - «En 2015, les Grecs ont voté à 61,3% contre le plan d'amaigrissement de Bruxelles - qui leur a été quand même infligé.»

 

Et on pourrait y rajouter l'exemple plus ancien de l'élection en 1995 de M. Jacques Chirac, élu sur la promesse de combattre la fracture sociale, et qui appliqua en 1995, puis en 2002, une politique au seul bénéfice des puissants et des riches, comme un bon homme politique de droite ...

 

De ces multiples exemples, il en ressort effectivement que les promesses des hommes politiques ne les ont jamais engagés une fois élus, et qu'ils ont effectivement tous appliqué, qu'ils soient de droite ou de gauche, la même politique libérale avec les mêmes programmes de réductions des dépenses sociales, de destruction des lois protectrices des salariés, pour toujours plus de libéralisme, de marchéisation de l'économie, au bénéfice des super-riches, des banques, des grandes entreprises et des grandes firmes !

 

Les auteurs de l'article du Monde Diplomatique soulignent également la proximité économico-idéologique entre les dirigeants libéraux et les dirigeants populistes qui sont élus pour les remplacer, comme Donald Trump aux Etats-Unis, Viktor Orbán en Hongrie, Jaroslaw Kaczyński en Pologne ou Matéo Salvini en Italie. Les uns et les autres sont simplement des défenseurs du capitalisme, du libéralisme, des grandes entreprises et des plus riches, même si les populistes défendent «un capitalisme véhiculé par une autre culture, illibérale nationale et autoritaire, exaltant le pays profond plutôt que les valeurs des grandes métropoles.» Ce que sous-entend aussi cet article, c'est que les populistes de gauche comme Bernie Sanders aux Etats-Unis, Jeremy Corbyn au Royaume-Uni ou les membres de Podemos ou de la France Insoumise, sont également des partisans de cette même démocratie illibérale, d'une démocratie expurgée des travers de la démocratie. 

 

Au-delà de ces deux articles, il en ressort un ensemble cohérent. Les mensonges et les politiques libérales menées par tous les hommes politiques de droite comme de gauche depuis des dizaines d'années ont creusé le sillon du populisme, que ce soit hier Orbán, Salvini ou Trump, ou demain Le Pen en France entre autres. Chaque nouvel essai de porter un autre homme politique au pouvoir, qu'il soit afro-américain aux États-Unis ou jeune et inconnu en France ou au Canada, conduit à la mise en place de la même politique néo-libérale. Qu'en sera-t-il demain ? Les électeurs continueront-ils à nouveau à se mobiliser pour empêcher une nouvelle fois l'élection possible d'un leader populiste, raciste, ou ouvertement xénophobe ? Ou bien une majorité de ces électeurs se diront-ils qu'après tout, cela ne devrait pas être très différent avec ce populiste qu'avec ces prédécesseurs ultra-libéraux ? Et je ne pourrais pas leur jeter la pierre. Pour la France, l'exemple de l'élection de Macron et la politique qu'il mène en est un parfait exemple. La majeure partie de son électorat doit se sentir particulièrement floué par sa politique depuis un an, hormis les électeurs de droite qui avaient compris que le candidat ni de droite ni de gauche était simplement un pur néo-libéral de droite ! Dans quatre ans, un échec éventuel de Macron offrira un boulevard à l'extrême droite francaise, à moins d'une apparition et de la victoire d'un islam politique comme l'a décrit Michel Houellebecq dans son livre «Soumission» (victoire du candidat islamique soutenu par l'ensemble des vieilles formations qui se croient démocratiques et bien-pensantes).

 

Mais la morale de cette histoire est à chercher ailleurs selon moi. La victoire des leaders populistes et leur extension dans tout l'espace occidental me rappelle fortement l'essor des fascismes dans les années 1930-1940. Leur cortège de discours politistes, les tentatives de guerres commerciales que certains d'entre eux développent à outrance, tout ceci rappelle les grandes heures de l'Entre-Deux-Guerres et de la Grande Dépression. Stopper cette machinerie me semble être devenu presque impossible, parce que ce qui est en cause, comme l'indique cet article du Monde Diplomatique, c'est le raz-le-bol des électeurs qui voient non seulement des hommes politiques élus violer leurs engagements de campagne, mais surtout que les politiques économiques et étatiques mises en place sont toujours uniquement favorables aux plus riches, aux plus puissants, aux dirigeants eux-mêmes et à leurs proches ou à leurs amis ! Face à ceci, il n'y a pas d'espoir. 

 

En 1945, les États européens survivants, libérés, ont mis en place un nouveau contrat social articulé autour du partage d'idéaux communs : nationalisations, protection sociale collective, lois protectrices. Plus de soixante dix années après, tout ceci a été remis en cause et les derniers vestiges sont en voie d'être jetés aux orties, pour prétendre d'être plus efficace, plus efficient !

 

C'est l'élan de 1945 qu'il faut retrouver. Etre capable de mettre en œuvre des politiques qui ne soient plus favorables aux seuls grands propriétaires et aux seuls maîtres du capitalisme, mais au contraire qui soient pensées pour l'intérêt du plus grand nombre. Alors seulement, les jours des populismes seront comptés. Comme en leur temps les jours des fascismes furent comptés !

 

 

Saucratès


11/09/2018
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La mise en question de la fin ultime de la souveraineté (redite)

 

Saint-Denis de la Réunion - Mardi 2 janvier 2018

 

En ce début d'année 2018, je voudrais ressortir un post écrit il y a quelques années, en octobre 2010, sur la morale et la politique. Ce post avait été écrit sous l'hyper présidence de Nicolas Sarkozy, et elle interrogeait les fins ultimes de la souveraineté dans un Etat de droit démocratique.

 

Ce post n'a rien perdu de sa contemporanéité, sous la présidence d'Emmanuel Macron, qui certains médias (ou lui-même) aiment à appeler «jupitérien», ce qui renforce d'autant le rapprochement pouvant être fait avec l'Ancien Régime absolutiste royal. Je pourrais tout à fait utiliser les mêmes mots pour décrire la situation française présente. Et cette réflexion est tout autant valable pour les Etats-Unis d'Amérique sous l'ère Trump. 

 

Réflexion quarante-quatre (19 octobre 2010)
La mise en question de la fin ultime de la souveraineté
 
Il est une question que l'on ne pose pratiquement plus, comme si elle ne se posait plus, comme si on lui avait trouvé une réponse parfaite, indépassable, réponse qui résolvait tous les problèmes qui pouvaient exister auparavant. Cette question, c'est de savoir qu'elle est la fin d'un gouvernement, la fin de la souveraineté du gouvernement, la raison (ou les raisons) pour laquelle nous donnons mandat à certains d'entre nous (ou à certains) pour nous représenter, ou pour nous gouverner. Cette question était posée par certains philosophes à l'époque de l'absolutisme royal. Face à un souverain qui estimait régner par droit divin et qui détenait un pouvoir conquis par la force et par la conquête, il était nécessaire pour certains philosophes de fonder la légitimité de sa souveraineté sur autre chose que sur la force, sur l'obligation qui lui était faite de gouverner en fonction du bien public, de l'intérêt général.
 
Ainsi Pufendorf écrivait : «On ne leur a conféré (à ces souverains) l'autorité souveraine qu'afin qu'ils s'en servent pour procurer et maintenir l'utilité publique (...). Un souverain ne doit rien tenir pour avantageux à lui-même, s'il ne l'est aussi à l'Etat.» Cette mise en question est évidemment fondamentale dans le cadre des anciens régimes monarchiques où un souverain succède à un de ses parents.
 
Mais pour autant, n'est-il pas bizarre de ne plus se poser cette question dans le cadre d'un régime démocratique. Qu'est-ce qui expliquerait que cette mise en question ne se pose plus, qu'il ne soit plus nécessaire de s'interroger sur la fin ultime du pouvoir confié à quelques uns de nous représenter, de nous gouverner, même si leur légitimité provient du suffrage universel ?
 
J'aime rappeler que le terme démocratie provient du grec dhmo (dêmos - peuple) et kratia (kratos - pouvoir). Une fort belle introduction à toute réflexion sur ce concept politique et social. L'exercice que fait le président Nicolas Sarkozy du pouvoir exécutif, législatif et judiciaire, le mélange des genres qu'il pratique, entre les diverses fonctions (président de la république, chef du parti majoritaire), entre les différents pouvoirs, entre les intérêts de l'état, les siens personnels et ceux des plus riches fortunes de France dont il s'affiche comme l'ami (non pas seulement lui mais de nombreux autres ministres de son gouvernement) ...
 
Tout cela doit nous permettre de souligner que le simple fait de recevoir sa légitimité du suffrage universel ne résout pas par magie toutes les interrogations que l'on peut avoir, que l'on doit avoir, sur la légitimité de la souverainté de nos gouvernants, de nos gouvernements. Certains ont pu croire que la démocratie résolvait tous ces problèmes, que le simple fait d'énoncer que le pouvoir émanait du peuple dans son entier et que ce peuple avait la possibilité de le confier à quelques uns de ses représentants était suffisant. Mais ce n'est pas vrai. La façon dont une personne a obtenu son pouvoir, la manière dont elle est devenue un gouvernant, par le biais du suffrage universel, ou par la force des armes, du poison ou par la conquête, n'a aucune incidence sur la façon dont elle gouvernera.
 
 
Saucratès

02/01/2018
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