Critiques de notre temps

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Morale et politique


La mise en question de la fin ultime de la souveraineté (redite)

 

Saint-Denis de la Réunion - Mardi 2 janvier 2018

 

En ce début d'année 2018, je voudrais ressortir un post écrit il y a quelques années, en octobre 2010, sur la morale et la politique. Ce post avait été écrit sous l'hyper présidence de Nicolas Sarkozy, et elle interrogeait les fins ultimes de la souveraineté dans un Etat de droit démocratique.

 

Ce post n'a rien perdu de sa contemporanéité, sous la présidence d'Emmanuel Macron, qui certains médias (ou lui-même) aiment à appeler «jupitérien», ce qui renforce d'autant le rapprochement pouvant être fait avec l'Ancien Régime absolutiste royal. Je pourrais tout à fait utiliser les mêmes mots pour décrire la situation française présente. Et cette réflexion est tout autant valable pour les Etats-Unis d'Amérique sous l'ère Trump. 

 

Réflexion quarante-quatre (19 octobre 2010)
La mise en question de la fin ultime de la souveraineté
 
Il est une question que l'on ne pose pratiquement plus, comme si elle ne se posait plus, comme si on lui avait trouvé une réponse parfaite, indépassable, réponse qui résolvait tous les problèmes qui pouvaient exister auparavant. Cette question, c'est de savoir qu'elle est la fin d'un gouvernement, la fin de la souveraineté du gouvernement, la raison (ou les raisons) pour laquelle nous donnons mandat à certains d'entre nous (ou à certains) pour nous représenter, ou pour nous gouverner. Cette question était posée par certains philosophes à l'époque de l'absolutisme royal. Face à un souverain qui estimait régner par droit divin et qui détenait un pouvoir conquis par la force et par la conquête, il était nécessaire pour certains philosophes de fonder la légitimité de sa souveraineté sur autre chose que sur la force, sur l'obligation qui lui était faite de gouverner en fonction du bien public, de l'intérêt général.
 
Ainsi Pufendorf écrivait : «On ne leur a conféré (à ces souverains) l'autorité souveraine qu'afin qu'ils s'en servent pour procurer et maintenir l'utilité publique (...). Un souverain ne doit rien tenir pour avantageux à lui-même, s'il ne l'est aussi à l'Etat.» Cette mise en question est évidemment fondamentale dans le cadre des anciens régimes monarchiques où un souverain succède à un de ses parents.
 
Mais pour autant, n'est-il pas bizarre de ne plus se poser cette question dans le cadre d'un régime démocratique. Qu'est-ce qui expliquerait que cette mise en question ne se pose plus, qu'il ne soit plus nécessaire de s'interroger sur la fin ultime du pouvoir confié à quelques uns de nous représenter, de nous gouverner, même si leur légitimité provient du suffrage universel ?
 
J'aime rappeler que le terme démocratie provient du grec dhmo (dêmos - peuple) et kratia (kratos - pouvoir). Une fort belle introduction à toute réflexion sur ce concept politique et social. L'exercice que fait le président Nicolas Sarkozy du pouvoir exécutif, législatif et judiciaire, le mélange des genres qu'il pratique, entre les diverses fonctions (président de la république, chef du parti majoritaire), entre les différents pouvoirs, entre les intérêts de l'état, les siens personnels et ceux des plus riches fortunes de France dont il s'affiche comme l'ami (non pas seulement lui mais de nombreux autres ministres de son gouvernement) ...
 
Tout cela doit nous permettre de souligner que le simple fait de recevoir sa légitimité du suffrage universel ne résout pas par magie toutes les interrogations que l'on peut avoir, que l'on doit avoir, sur la légitimité de la souverainté de nos gouvernants, de nos gouvernements. Certains ont pu croire que la démocratie résolvait tous ces problèmes, que le simple fait d'énoncer que le pouvoir émanait du peuple dans son entier et que ce peuple avait la possibilité de le confier à quelques uns de ses représentants était suffisant. Mais ce n'est pas vrai. La façon dont une personne a obtenu son pouvoir, la manière dont elle est devenue un gouvernant, par le biais du suffrage universel, ou par la force des armes, du poison ou par la conquête, n'a aucune incidence sur la façon dont elle gouvernera.
 
 
Saucratès

02/01/2018
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Le fait religieux en politique

 

Réflexion deux (28 octobre 2017)

Islam et signe d'ouverture


Un commentaire de mon ami Nolats va m'amener à discourir sur l'islam et sur ma position vis-à-vis de cette religion. Et d'une certaine façon, le titre de cet article n'est peut-être plus parfaitement en adéquation avec son contenu. Je parle certes de la religion, mais parle-je bien de la religion et de la politique ? Sauf à considérer que tout est politique.

 

Le plus simple serait de me dire et de me penser islamophobe. Ou plutôt de me dénoncer comme islamophobe. Je dis cela pour mes lecteurs. Mais je ne suis pas sûr pourtant que les partis qui jouent avec l'islamophobie soient la bonne réponse à nos problèmes. Je ne suis pas sûr que voter Front National ou bien Marine Le Pen soit une bonne réponse, une bonne idée. Je suis même persuadé du contraire. 

 

Plusieurs années d'attentats terroristes islamistes ont donc changé mon regard sur l'islam. Auparavant, je croyais dans les écrits pronostiquant une prochaine guerre de religion à venir entre l'islam et la chrétienté, tel le choc des civilisations décrit par Samuel Huntingdon. Aujourd'hui, après ces multiples événements terroristes, j'en suis désormais persuadé. Il n'y a pas d'espoir autre qu'une prochaine guerre de religion. Elle est en cours. Elle se limite pour l'instant à nos forces de police et à nos forces armées, contre une poignée de terroristes se revendiquant de l'islam radical. Mais elle s'étend.

 

Pourtant, je ne me sens pas raciste ou islamophobe. Vu la société où je vis et mes études en anthropologie, je crois en la pluralité et en la diversité culturelles. Je crois en la tolérance vis-à-vis des autres, dès lors qu'il y a des valeurs minimales communes. Il y a quelques rares peuples qui arrivent à vivre les uns à côté des autres, en paix et en relation harmonieuse, et parmi eux les réunionnais. Non pas sans différence de couleur de peau, mais plutôt sans que cela ne soit vraiment important. Peu importe la couleur de peau dès lors que des croyances communes minimalistes existent entre les uns et les autres. Mais lorsque ces croyances communes n'existent plus, ne sont plus respectées, lorsque l'«autre» dans son altérité est nié, alors, dans ce cas, il n'y a plus de possibilité de vie commune. Et c'est ce qui est en train d'arriver entre les français et une minorité croissante islamo-afro-arabe vivant dans les cités francaises, persuadée d'être ostracisée par les «blancs». 

 

Deux exemples issus de l'actualité des semaines passées pour l'illustrer. Premièrement, les tensions à Val-Fourré à Mantes-la-Jolie, où des jeunes immigrés attaquent la police pour une histoire de bavure policière. Ce même Val-Fourré où un adepte de l'Etat islamique avait tué un commandant de police et sa compagne à leur domicile. 

http://www.lemonde.fr/societe/article/2017/11/21/la-cite-du-val-fourre-a-mantes-la-jolie-sous-tension_5218082_3224.html

 

Deuxièmement, un stage ethnique organisé par un syndicat Sud dans le 93 se basant sur la couleur de peau. Pour les «blancs», un stage réservé pour «interroger nos représentations et nos postures dominantes». Pour les autres, les «enseignant.e.s racisé.e.s», un stage également réservé pour «un récit d'expérience» interrogeant leur vie professionnelle. Faire réfléchir les sales blancs sur leur domination et aider les pauvres enseignants racisés (Lol, j'ai oublié l'écriture inclusive ... je suis contre d'ailleurs) à exprimer leur vécu malheureux. Au-delà des faits eux-mêmes, ces histoires interpellent quant à l'impossibilité de vivre ensemble. Et quand c'est relayé par des organisations syndicales.

http://www.huffingtonpost.fr/2017/11/20/jean-michel-blanquer-condamne-le-stage-antiracisme-non-mixte-dun-syndicat_a_23283106/

 

Je ne me reconnais pas dans le discours politique ambiant traitant de ce sujet. Lorsqu'il est affiché qu'il faut une certaine dose de diversité de couleur de peau au gouvernement, à l'Assemblée Nationale ou dans le paysage audiovisuel français. Ou à la tête des partis politiques français, comme par exemple au Parti socialiste. Lorsqu'il est impossible de déclarer que la France est un pays aux racines chrétiennes, la fille aînée de l'Eglise catholique! Mensonge obscurantiste ? De la même manière qu'Isrël est juive et que l'Arabie Saoudite est terre d'islam et patrie du prophète, la France est un pays de religion chrétienne. Les campagnes francaises résonnent encore du clocher de ses églises, et autrefois ceux-ci vibraient des sons des cloches et pleuraient au son du tocsin. Et pourtant aujourd'hui, ceux qui ont le malheur de dire cela sont victimes de l'acharnement médiatique des bien-pensants, des adeptes de la pensée unique, et des vendus à l'islamisme. Et ce sont les mêmes qui proclament qu'Israel est une terre juive et que la terre d'Arabie est entièrement sacrée, ou qui acclament ceux qui le défendent. Evidemment, cela ne signifie pas que d'autres religions n'aient pas de nombreux adeptes en France, dont certains de religions extrémistes prônant l'anéantissement des religions autres que la leur, celles des mécréants. De la même manière que dire qu'Israel est juive n'est pas incompatible avec le fait qu'il y existe une forte minorité d'arabes israéliens ! Et pourtant, ceux qui disent quelque chose d'identique de la France sont considérés comme des racistes !

 

L'histoire de l'islam n'est pas l'histoire d'une religion tolérante et ouverte à l'extérieur. D'une Afrique majoritairement chretienne ou juive (en éliminant tout le Sud et l'Ouest africain qui est longtemps resté animiste), l'islam s'y est imposé par les guerres et les annexions militaires. Savons nous que des royaumes chrétiens, à l'égale de Constantinople et des royaumes francs ou burgondes, se sont maintenus jusqu'au XII-XVe siècles après JC dans le Sud de l'Afrique, victimes de guerres régulières de leurs voisins islamistes. Au Soudan, dans les boucles du Nil, et en Ethiopie ... Se rappelle-t-on que l'Egypte était majoritairement copte et que le patriarcat d'Alexandrie et de Constantinople avait une influence jusqu'au fond de l'Afrique. L'islam s'est imposé très rapidement par la guerre à toute l'Afrique du Nord, puis à l'Espagne et à toute l'Afrique. L'islam est une religion de guerre, qui par malheur, n'a pas véritablement changé depuis quatorze siècles, à la différence de la chrétienté. Même si il y a encore peu, il y a à peine quelques siècles, la chrétienté elle-même s'était crue investie du devoir d'évangéliser la planète entière.

 

L'histoire de l'islam est une succession de guerre, et de peuples qui suivirent l'exemple de Mahomet. D'abord ces descendants de Medine puis d'Arabie, puis les peuples berbères qui donnèrent naissance aux civilisations des Almoravides puis des Almohades, qui occupèrent jusqu'à l'Espagne. 

 

Alors, laisser entendre que s'ouvrir à l'islam puisse être une preuve d'ouverture d'esprit me semble un raccourci sémantique problématique. C'est plus certainement une affirmation d'une confiance dans la bonté humaine, que le terrorisme islamique pourra nous épargner si on arrive à communiquer avec les musulmans que l'on pense modérés. C'est certainement une preuve de croyance en l'avenir et de foi (bizarrement le concept même de «foi» est un concept strictement chrétien). Mais pour peu que l'islam n'est pas abandonné ses objectifs d'universaliser guerrier, ce serait comme si un peuple de moutons proposait d'accueillir une horde de loups pour vivre en harmonie, ou bien comme les états européens qui cherchèrent aveuglement pendant les années 1935-1938 à sauvegarder leurs espoirs de paix face à la montée de l´Allemagne nazie, à l'époque de Munich. 

 

Vision pessimiste de notre futur, de l'islam tel que l'histoire nous permet de le voir, inchangé et toujours djihadiste ? Quelqu'un dira-t-il bientôt, comme Winston Churchill en 1938 : «Ils devaient choisir entre le déshonneur et la guerre. Ils ont choisi le déshonneur, et ils auront la guerre.» Et ce quelqu'un fera-t-il parti des vainqueurs ou bien sa phrase se perdra-t-elle dans les poubelles de l'histoire en tant qu'histoire des vaincus ? 

 

 
Réflexion une (28 octobre 2017)
Quelle place accorder à la religion


Il y a quelques années, je regardais une émission télévisée sur la montée du Front National dans l'électorat, et sur les transferts de voix entre la Gauche et l'Extrême Droite, dont la pertinence était contestée par certaines des personnes présentes. L'une des explications avancées était que certains électeurs se reconnaissaient dans les positions de plusieurs partis politiques, et pouvaient donc à la fois avoir envie de voter pour le Front National ou pour le Parti Socialiste.

 

C'est très certainement possible. En tant qu'être humain, nous ne sommes pas monolithiques. Nous faisons face à des aspirations divergentes, nous avons des opinions divergentes sur un certain nombre de sujets très divers et variés. Evidemment, nous ne pouvons pas trouver des réponses à tous les sujets qui nous préoccupent chez un seul parti politique, dans une seule église philosophique, chez un seul auteur, chez un seul représentant politique. 

 

Qu'est-ce qui fait que nous nous sentons à un moment donné proche de tel parti politique, de tel homme politique, de telle école philosophique, de telle religion ? C'est une question de construction politique, de construction d'un moi, d'une évolution personnelle intérieure. Et cette construction évolue au fil de notre vie, au fil du déroulement de notre vie !

 

On est souvent gauchiste lorsque l'on est jeune, avant de devenir réactionnaire (de droite) en vieillissant et en s'embourgeoisant. Je ne sais plus qui disait que de ne pas être de gauche en étant jeune était un signe d'absence de coeur, et ne pas être de droite en vieillissant était un signe d'absence d'intelligence ? C'était vrai autrefois, de mon temps, dans les années 1980 ; mais cela peut-il encore être vrai de nos jours ?

 

De mon temps, les jeunes pouvaient difficilement échapper aux idées de l'UNEF-ID, de «Pas touche à mon pote», de SOS Racisme ou à une participation aux mouvements estudiantins post mai 1968. C'était l'époque où François Mitterand était Président de la République, où l'on pouvait encore se reconnaitre dans les grandes idées de la Gauche, d'une Gauche qui ne s'était pas encore vendue aux néolibéraux et aux islamo-trotskistes ! Une Gauche qui parlait encore de nationalisation, d'avancée des droits sociaux pour les travailleurs, pour les pauvres et pas seulement pour les homosexuels et les transgenres. Aujourd'hui, les jeunes peuvent-ils encore de gauche tout en étant jeune ? Alors que le néolibéralisme semble triomphant en France, sous la nouvelle hyper présidence d´Emmanuel Macron, où la seule philosophie acceptable est de réformer partout, pour tout, à tout niveau, pour relancer la France, apparemment avec l'assentiment d'une majorité de francais et de la presque totalité des médias !

Alors, quid de la religion ? La dernière élection présidentielle a vu le sujet religieux être mis en avant par certains candidats, surtout à droite. François Fillon et Marine Le Pen sont deux représentants de la France catholique et François Fillon, bien plus que Marine Le Pen, se présentait en étendard de la morale chrétienne. Mais le «père la morale», héro des catholiques convaincus, ne s'appliquait pas véritablement à lui même les principes moraux catholiques voire protestants qu'il professait si fort. Même si on peut trouver invraisemblable le lynchage médiatique et l'acharnement juridique dont il fut victime (et qui s'arrêta finalement presque totalement une fois l'élection présidentielle terminée et l'homme retiré dans sa retraite), on ne peut que remarquer que les usages qu'il fit des fonds liés à l'embauche d'assistants parlementaires n'est pas si parfaitement 'catholique' que cela !

 

Et l'islam dans tout cela ? L'islam occupe déjà la scène du terrorisme islamique, qui frappe la France et plus largement l'Europe entière ... de l'Espagne à l'Allemagne ... Par ailleurs, tels les trotskistes autrefois, dans les années 1960-1970, l'islam joue aussi l'entrisme dans les formations de gauche, du Parti socialiste (ce qui était déjà le cas à l'époque de SOS Racisme et «Touche pas à mon pote») jusqu'au mouvement des insoumis. On a l'impression que dans les partis de gauche, la laïcité a plus de difficultés à s'accorder avec le catholicisme qu'avec l'islam. Comme si être catholique était une tare pour un socialiste, un signe de droitisation (mais pas de néolibéralisme ... ce qui y est par contre très bien vu et très apprécié aujourd'hui comme hier) et de sidaisation/lepenisation des esprits ... tandis qu'être musulman y est au contraire considéré comme un signe d'ouverture d'esprit, d'intelligence et un plus certain pour une carrière politique dans un Parti de gauche et devant les électeurs. De la même manière que c'est un plus certain pour devenir syndicaliste à la CFDT. 

 

 

Saucratès


26/06/2013
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Homosexualité, parentalité et religion

 
Réflexion cinq (19 juin 2013)
Le Hollandisme, les défaites électorales du Parti socialiste et l'homosexualité


Il y a pratiquement six mois que je n'ai plus rien écrit sur ce blog. Six mois au cours desquels un certain nombre d'évènements politiques se sont produit en France. 

 

Il y a d'abord eu tous les débats portant sur le mariage des homosexuels, appelé imparfaitement le mariage pour tous. Pour tous ? En se limitant aux seuls êtres humains, majeurs ... Cette affaire m'a profondément heurté. Je ne peux pas me retrouver dans cette décision politique, qui entre en opposition avec mes croyances religieuses profondes ; le fait que le terme d'union ne peut concerner selon moi que l'union d'un homme et d'une femme. Le fait aussi que je ne considère pas l'homosexualité comme une forme 'normale' de sexualité, mais comme une aberration, en liaison avec des déséquilibres psychologiques ou affectifs dans le développement psychique des personnes concernées. Peu importe que je considère que l'homosexualité s'explique par une relation dégradée avec l'image du père ou de la mère, une mère envahissante/violente/poison/assassine ou un père absent/envahissant/violent ... Les défendeurs du mariage homosexuel et de l'homosexualité peuvent évidemment estimer/considérer  que l'homosexualité est parfaitement normale ; je la considère comme pathologique, non pas comme une perversion ou une maladie, mais simplement comme un déséquilibre du développement psychologique et affectif normal de l'enfant, de l'adolescent ou du jeune adulte.

 

Et pour les personnes qui comme moi ont cette image de l'homosexualité, il est évident que la naissance et l'éducation de jeunes enfants dans un modèle de famille homosexuelle ne peut qu'être considéré comme dangereux pour le développement affectif et psychologique de ces enfants, que nous ayons raison ou tord. Mais je comprends parfaitement que ma position puisse choquer, être considérée comme rétrograde ou infamante.

 

Un article du Monde de ces derniers jours faisait apparaître un recul de l'acceptation de l'homosexualité en France depuis ces débats sur le mariage homosexuel. Moi le premier, je ne regarde plus l'homosexualité de la même manière que je la regardais avant cette affaire. L'homosexualité n'est plus à mes yeux une simple différence d'inclinaison sexuelle ; elle est devenue un danger social, une forme de contestation de ma propre inclinaison sexuelle, une violation de mes croyances, de mes convictions morales et religieuses, que je ne peux plus accepter.

http://www.lemonde.fr/societe/article/2013/06/06/l-homosexualite-est-aujourd-hui-moins-acceptee-qu-en-2007-en-france_3424577_3224.html

 

Ce qui me semble extrêmement dangereux, ce sont les suites de cette décision législative reconnaissant le droit au mariage pour les homosexuels/homosexuelles. Il y a bien sûr le droit de recourir à des méthodes d'insémination artificielle, pour suppléer à l'impossibilité biologique qu'ont deux hommes ou deux femmes de procréer ensemble. Mais il y a aussi et surtout le risque juridique de voir l'Eglise catholique être contrainte de devoir reconnaître la possibilité pour deux hommes ou deux femmes de se marier religieusement. Je sais pertinemment que l'Eglise sera attaquée pénalement dans quelques semaines, mois ou années, par un couple homosexuel par que l'Eglise aura refusé de bénir leur union. Et face à l'aberration de la justice en France, il arrivera un jour que l'Eglise sera condamnée pour discrimination parce qu'elle aura refusée de bénir des homosexuels/homosexuelles souhaitant être mariés/mariées religieusement ... parce que ces gens sont des extrêmistes pour la reconnaissance de leur droit à l'homosexualité.

 

Ils ne s'arrêteront en fait que lorsque l'hétérosexualité sera condamnée en France, et que seule l'homosexualité sera autorisée !

 

Mon impression plus large sur cette affaire, sur l'année qui vient de s'écouler depuis l'élection présidentielle, c'est que François Hollande et le parti socialiste ont déclaré la guerre aux personnes qui se reconnaissent dans les valeurs religieuses du catholicisme. On ne peut plus se reconnaître à la fois dans le socialisme français et dans le catholicisme.

 

Et c'est plus largement dans le cadre de cette analyse qu'il faut appréhender les multiples défaites électorales qu'ont subi les socialistes en France depuis un an. Le Parti socialiste va durablement pâtir de la présidence de François Hollande et de son équipe gouvernementale. Comme de nombreux catholiques, même pas forcément pratiquants, je ne voterais plus jamais socialiste, quoiqu'il m'en coûte. C'est un divorce de fond qui va séparer le Parti socialiste, François Hollande, et les électeurs catholiques. Libre à certains de vouloir croire qu'il ne s'agit que d'un désenchantement passager, le contre-coup d'une affaire Cahuzac qui sera oubliée dans quelques mois. Pour moi, il s'agit d'une rupture beaucoup plus forte, d'un aveuglement auquel il a été violemment mis fin, d'un mensonge qui est enfin mis en pleine lumière. Le socialisme n'a aucune considération pour les valeurs religieuses catholiques, aucun respect des différences d'opinion religieuse. Les socialistes et François Hollande respectent parfaitement les différences d'inclinaison sexuelle, de couleur de peau, mais absolument pas les différences d'opinions religieuses, qui n'ont pas le droit selon eux de citer, d'exister.

 

L'enjeu actuel concerne la récupération de ces suffrages en déshérence. Soit ces suffrages seront récupérés par un centre reconstruit, régénéré ... Soit notre pays basculera vers l'extrême droite, qui est remarquablement dirigée par une dirigeante qui a su gommer toutes les traces infâmantes des sorties verbales de son père. 

 

 

Réflexion quatre (5 décembre 2012)
Le gouvernement, ses projets et sa guerre contre l'Eglise


Le dernier épisode de la guerre menée par le gouvernement socialiste contre l'Eglise catholique concerne le problème de l'accueil des sans-abris. Nous sommes aujourd'hui représentés par des hommes ou des femmes politiques dont les petites haines recuites et les sentiments anti-catholiques influent sur les positions publiques et médiatiques. Quel besoin avait la ministre du logement d'exprimer l'opinion suivante : «je ne comprendrais pas que l'Eglise ne partage pas nos objectifs de solidarité». Comme si l'Eglise n'avait pas été de tout temps, depuis les plus sombres heures du Moyen-Âge jusqu'à aujourd'hui, en passant par les sombres années d'occupation, en première ligne dans toutes les actions de solidarité menées au sein de la Cité. Cette phrase est inutilement vexatoire et ne sert qu'à faire transpirer une incompréhension grandissante entre les croyants catholiques et un gouvernement dont l'intégrisme laïque commence à poser problème.

 

Comme si ce gouvernement voulait dégoûter à jamais les français de voter à gauche !

 

Quelles raisons à ce besoin de heurter les sensibilités religieuses, que l'on trouve déjà dans cette histoire de négation des sexes et de mise en avant du mariage pour les homosexuels ? Quelques articles intéressants du Monde sur ces sujets :

http://www.lemonde.fr/politique/article/2012/12/04/logement-les-chiffres-derriere-la-polemique_1799641_823448.html

http://www.lemonde.fr/idees/article/2012/12/04/intolerable-intolerance-sexuelle-de-l-eglise_1799493_3232.html

http://www.lemonde.fr/idees/article/2012/12/04/non-a-un-monde-sans-sexes_1799504_3232.html

http://www.lemonde.fr/education/article/2012/12/04/sos-homophobie-se-voit-retirer-son-agrement-dans-les-ecoles_1799815_1473685.html

 

Je ne suis évidemment pas d'accord avec chacun de ces articles, notamment sur celui qui parle d'une intolérable intolérance sexuelle de l'Eglise. Mais il fait parfaitement contrepoids voire vaut démonstration de cet autre article des psychologues Monette Vacquin et Jean-Pierre Winter s'opposant à un monde sans sexe, qui parle de «revendication d'une minorité d'activistes qui savent parler le langage que l'on désire entendre aujourd'hui : celui de l'égalitarisme idéologique, synonyme de dédifférenciation. Et manier efficacement le chantage à l'homophobie qui empêche de penser». Le premier article dont j'ai parlé n'exprime au fond que cette seule idée ; l'Eglise s'oppose au mariage des gays et lesbiennes parce qu'elle est homophobe.

 

L'article des psychologues Monette Vacquin et Jean-Pierre Winter développe un certain nombre d'idées intéressantes, notamment lorsqu'elle parle du politiquement correct. Avec le mariage pour tous, nous sommes face à l'extrêmisme du politiquement correct, et toute personne qui est contre cette aberration est sommée d'argumenter pour justifier son point de vue et elle est immédiatement soupçonnée/considérée comme homophobe.

 

«Ce déni de la différence, une femme est un homme, Freud le nommait déni de la castration. Cela signifie, dans le jargon psychanalytique, que la castration n'existe pas, il suffit que je la nie mentalement pour que son existence réelle soit réfutée. Quand un licenciement devient plan social, on est mal à l'aise. Quand un ballon devient référent rebondissant, on se demande si on rêve. Quand le mariage devient une discrimination légale contre les citoyens fondée sur leur orientation sexuelle, on commence à avoir peur. Politiquement correct : le discours doit être poli, sans aucun tranchant. Le polissage de la forme, objet d'une surveillance idéologique pointilleuse, masque le terrorisme qu'elle fait régner et conduit à une éthique de la haine et de la confusion, au nom du bien débarrassé de toute négativité...».

 

Ce gouvernement n'a pas le droit de gommer les différences de genre (sexe) dans sa volonté de légitimiser les amours homosexuels. Est-ce être homophobe que d'être heurté par le fait d'appeler 'amour' les relations homosexuelles, que de penser que le seul amour véritable puisse exister entre un homme et une femme ? Est-ce être homophobe que d'être heurté par l'idéologie véhiculée par une association comme SOS Homophobie, qui intervenant en milieu scolaire, explique par exemple que «les représentants des religions interviennent souvent publiquement pour s'opposer aux avancées en matière de droit des homosexuels» ? Imaginer que les militants de cette association aient pu s'approcher de nos enfants pour les gagner à leurs arguments malsains et à leurs sophismes, avec la bénédiction du ministère de l'éducation nationale, me pose un problème existentiel.

 

Comme le tribunal administratif de Paris l'a indiqué dans son jugement, «les scénarios intitulés 'le proviseur homophobe' ou 'la mère homophobe', bâtis à partir de témoignages et destinés à faire réfléchir les élèves, sont à ce point insuffisamment nuancés qu'ils portent atteinte au principe de neutralité qui s'impose aux associations qui interviennent dans l'enseignement public».

 

Il reste désormais un sentiment anti-catholique rampant dans le gouvernement socialiste français, et une volonté de s'attaquer aux 'riches' (ou ceux considérés comme riches touchant plus de 4.000 euros par mois) et aux catholiques. Je pronostique que ce gouvernement va prochainement s'attaquer une nouvelle fois à l'enseignement privé, pour tenter de faire disparaître ses spécificités, tout ce qui le rend différent, préférable à l'enseignement public, dans une volonté maladive de détruire tout ce qui permet à une fraction des classes moyennes de s'arracher à la haine et à la violence de la masse.

 

Il reste des hommes et femmes politiques confrontées à l'impuissance de la chose publique, à l'étau des contraintes budgétaires, à un état bloqué où le fonctionnariat est vécu à l'opposé d'un travail pour la collectivité, un état incapable d'aucune action publique effective, et auquel il ne reste plus que l'arme de confiscation, de l'invective et du jugement de valeur pour pouvoir agir. A défaut de pouvoir agir réellement en faveur de l'habitat et des sans-abris, il ne restait pour la ministre du logement qu'à s'attaquer aux ennemis naturels du gouvernement socialiste : les riches, les banques, les grandes entreprises et l'Eglise catholique, sans aucunement tenir compte de l'action concrète de l'Eglise et des congrégations religieuses en faveur des sans-abris, des mal-logés, des exclus de la société !

 

 

Réflexion trois (14 novembre 2012)
L'homosexualité dans le monde


A l'heure où se pose la question de l'autorisation du mariage des homosexuels en France, un article du Monde vient rappeler que «l'homosexualité est réprimée dans de nombreux pays dans le monde. (...) 84 Etats (ou parties d'Etat) font de l'homosexualité un crime ou un délit. Certains de ces pays condamnent l'homosexualité, tandis que d'autres condamnent uniquement l'homosexualité masculine ou encore uniquement la sodomie, quel que soit le sexe».

http://www.lemonde.fr/societe/visuel/2012/11/13/homosexualite-un-crime-dans-de-nombreux-pays-d-afrique-et-du-moyen-orient_1789748_3224.html

 

Intéressant de rappeler cela alors que certains partisans des droits des homosexuels considèrent toute contestation du mariage homosexuel comme un signe d'homophobie.

 

Cet article interactif permet ainsi de rappeler les peines prévues dans un certain nombre de pays, avec un certain nombre de surprises dans quelques cas.

- ainsi, l'Arabie Saoudite prévoit la peine capitale par lapidation pour les hommes mariés homosexuels, et seulement (!) 100 coups de fouet pour les célibataires. Elle prévoit aussi la peine capitale pour tout non-musulman pratiquant la sodomie avec un musulman.

- en Iran, l'homosexualité est passible de la peine capitale en cas de consentement mutuel, de 74 coups de fouet pour une personne non mature, de 100 coups de fouet s'il n'y a pas de pénétration,, et de 60 coups de fouet en cas de baiser entre hommes.

- au Yémen, les peines sont proches de celles prononcées en Arabie Saoudite : lapidation pour les hommes mariés, flagellation pour les hommes célibataires.

 

Ces peines ne me surprennent pas ; elles sont parfaitement en phase avec les lois extrêmement éclairées et justes de ces divers pays et avec le sort qui y est réservé aux femmes ainsi qu'aux minorités religieuses, ainsi qu'à l'application éclairée et clémente de la si douce et tolérante religion musulmane. Adorable religion qui pour mémoire punit également de mort la renonciation à la religion musulmane (apostasie) : «ceux qui ouvrent délibérément leur cœur à l’infidélité, ceux-là ont sur eux une colère de Dieu et ils ont un châtiment terrible» .

 

On retrouve aussi dans ce groupe d'états 'tolérants' le Soudan, la Somalie, le Nigéria, mais également le Kenya, la Tanzanie, l'Ouganda, la Zambie, le Malawi, ou à l'autre bout de la Terre, la Malaisie ou la Papouasie-Nouvelle Guinée (les peines prononcées vont de la lapidation à des peines de prison, à vie ou pour 14 ans).

 

D'autres législations très contraignantes me surprennent, telles par exemple celles de l'Île Maurice (5 ans de prison), des Seychelles (14 ans de prison), le Sénégal (1 à 5 ans de prison et jusqu'à 1,5 million de francs CFA d'amende) ou le Maroc et la Tunisie (3 ans de prison). Gageons que les touristes homosexuels qui s'y aventurent ignorent les peines qui pourraient être prononcées à leur encontre.

 

 

Réflexion deux (7 novembre 2012)
Passage en force gouvernemental - La place du religieux en politique


Le mariage homosexuel me semble mériter l'ouverture d'un véritable débat de société ... ce que ne respecte ce gouvernement socialiste qui entend faire passer de force ce projet de loi de généralisation du mariage aux couples homosexuels, et qui impliquera une réforme importante de la filiation et des appellations administratives en France.

http://www.lemonde.fr/societe/article/2012/11/07/mariage-pour-tous-le-gouvernement-devoile-son-projet-au-milieu-des-polemiques_1786909_3224.html

http://www.lemonde.fr/societe/article/2012/11/07/bertinotti-pas-de-parent-a-dans-le-livret-de-famille_1786017_3224.html

 

Se réfugier comme le font certains politiques socialistes derrière quelques sondages qui expliquent qu'une majorité de français (en fait une majorité de sondés d'un échantillon de 1.371 personnes, jugé représentatif) nous replace une nouvelle fois dans une démocratie d'opinions, une démocratie de sondage, alors que l'on sait que ces sondages n'ont pratiquement aucune valeur (si ce n'est la valeur de la déontologie de la société qui les réalise), et que les résultats d'un éventuel référendum sur un tel sujet verrait se cristalliser les différences d'opinions ...

 

La France suivrait les traces de quelques pays avant-gardistes sur ce sujet en légalisant les mariages homosexuels, comme en Espagne, en Belgique, au Canada ou dans quelques états états-uniens ? La belle affaire ! Mais on perd de vue l'essentiel ! Comment peut-on déclarer mari et femme deux hommes ou deux femmes ensemble, sans dénaturer ce qui fait justement la solennité de la cérémonie du mariage, de cet engagement pour tous ceux qui ne sont pas homosexuels !

 

François Hollande présente ce texte comme «un progrès pas seulement pour quelques-uns mais pour toute la société» selon la porte-parole du gouvernement, Najat Vallaud-Belkacem. Celui-ci souhaite que le débat «soit maîtrisé et respectueux des opinions comme des croyances en laissant la place à une large concertation». Mais j'aimerais comprendre de quelle manière ce texte peut constituer un progrès et non une régression pour les couples hétérosexuels. Et que l'on me démontre pourquoi le fait de mettre sur un même plan des relations pédérastes, sodomites ou lesbiennes avec des relations sexuelles entre un homme et une femme ne peut pas être considéré comme déstabilisant. Les inclinaisons sexuelles peuvent être libres sans devoir obligatoirement être valorisées sur un même plan. On doit pouvoir les accepter, les tolérer, sans cesser parallèlement de les considérer comme des pratiques déviantes, choquantes, que l'on ne peut aucunement souhaiter pour ceux que l'on aime.

http://www.lemonde.fr/societe/article/2012/11/07/homoparentalite-aucune-etude-n-a-pu-demontrer-un-risque_1787295_3224.html

 

Il y a un autre sujet qui m'interpelle dans la position gouvernementale sur cette affaire du mariage homosexuel. C'est par exemple celle de David Assouline, porte-parole du Parti socialiste, qui juge «que l'Eglise n'était pas vraiment dans son rôle en s'opposant à une mesure qui concerne le mariage civil dans la République laïque». Il y a aussi la position du sociologue Jean Baubérot, spécialiste de la laïcité, qui fait valoir que «toutes les convictions, incluant les religions, ont le droit à la libre expression, mais qu'aucune ne prévaut face au suffrage universel».

 

Ces interventions interpellent en remettant en perspective la notion de la place de la religion catholique au sein de la république française. Selon le parti socialiste, l'Eglise catholique, par la voix de ses évêques et de ses archevêques, n'aurait pas à intervenir dans le débat public français sur une question de valeur morale fondamentale : le mariage ! Alors que je continue de rappeler que le mariage civil étatique n'est qu'une transposition du mariage religieux chrétien, que l'état français a récupéré pour prendre le contrôle de la société française à la fin du Moyen-âge, pour restaurer la place de l'Etat pour ne pas laisser à l'Eglise chrétienne le contrôle administratif des corps !

 

Plus largement, cette histoire montre les limites d'une laïcité comprise comme la négation des valeurs religieuses. C'est la place de la religion dans la république qui est ici interpelée, mis en lumière. Nous sommes sensés vivre dans une république laïque, sans lien avec de quelconques valeurs religieuses, surtout pas chrétiennes ; cette république laïque est censée tenir à égale distance toutes les religions, d'où qu'elles soient, quelque soit leur histoire et leur rapport à la France ... Et en même temps, près de 80% des français ont été élevés avec des préceptes moraux et philosophiques issus/tirés de la religion catholique/chrétienne et dans lesquels ils se reconnaissent plus ou moins, même si cela peut parfois entrer en contradiction avec leur inclinaison sexuelle par exemple.

http://www.lemonde.fr/societe/article/2012/11/03/homos-et-cathos-comment-ils-vivent-le-paradoxe_1785184_3224.html

 

En même temps, la république s'interroge sur les violences ethniques et sociales de groupes marginaux au sein des cités françaises, et la société attend que les citoyens respectent un ensemble de préceptes de citoyenneté dont l'essentiel relève des principes moraux et religieux chrétiens. C'est la place de Dieu et de la morale chrétienne dans la société qui est niée/interpelée. En violant de la sorte les croyances religieuses dans toute une fraction de la population française, le parti socialiste prend le risque de rappeler à l'ensemble du corps électoral que la place du religieux ne peut être oubliée en politique et que seuls les partis politiques de centre-droit peuvent la prendre en compte. Le parti socialiste va se couper de toute une frange de son électorat, et ressusciter un parti centriste moribond ou une UMP en voie d'éclatement. 

 

Quant à parler de l'onction du suffrage universel comme l'avance un supposé spécialiste de la laïcité (un thésard qui a vraisemblablement écrit une bafouille sur le sujet), il faut ramener à sa juste place la sainte onction dont se revendiquent les politiques. Ils ont été élus à la suite d'un président de la république, sur la base de quelques promesses qu'il va peut-être tenir, pour lui servir de majorité. La seule onction démocratique que je reconnaîtrais, qui aurait une valeur démocratique, serait un référendum populaire, comme c'est le cas aux Etats-Unis ou en Suisse. Et il resterait malgré tout à se demander de quelle manière une majorité peut laisser des droits à une minorité.

 

Après plus d'un siècle de laïcité, il me semble que l'on arrive à un point de sans retour. La république française est-elle laïque, sans religion, ou bien son essence morale est-elle avant tout rattachée à la religion catholique, et ne faudrait-il pas revenir sur le concept même de laïcité, pour que l'on reconnaisse que toutes les opinions religieuses ne se valent pas en France, que toutes les lois scélérates ne peuvent pas être promulguées par des politiques athés, que nos valeurs morales et citoyennes sont rattachés aux préceptes chrétiens ? 

 

 

Réflexion une (5 novembre 2012)
Contre le mariage homosexuel


Je ne comprends pas l'intégrisme juridique des partisans de l'homosexualité dans leur lutte pour généraliser le mariage aux couples homosexuels. Les couples gays et lesbiennes (lesbiens ?) ont obtenu en 1999, sous un précédent gouvernement socialiste (Jospin), une reconnaissance de leur union par le biais du Pacs, le pacte civil de solidarité. Le Pacs est également devenu la forme privilégiée d'union entre les jeunes couples hétérosexuels, de préférence au mariage.

 

Je me reconnais par contre parfaitement dans les positions publiques de l'église catholique sur ce sujet, comme par exemple les positions de l'archevèque de Paris, André Vingt-Trois, notamment lorsqu'il déclare que le «changement législatif ouvrant le mariage aux personnes homosexuelles ne serait pas un mariage pour tous mais le mariage de quelques-uns imposé à tous».

http://www.lavie.fr/religion/andre-vingt-trois-le-mariage-de-quelques-uns-impose-a-tous-03-11-2012-32882_10.php

http://religion.blog.lemonde.fr/2012/11/03/mariage-pour-tous-a-lourdes-mgr-vingt-trois-denonce-une-supercherie-et-les-lobbies/

 

Il est trop simple d'accuser les personnes opposées à la généralisation du mariage aux couples homosexuels d'être homophobes ou d'avoir une vision archaïque du mariage. Nous nous trouvons devant un problème d'ordre éthique concernant l'imposition d'un choix individuel de vie aux autres. Après la reconnaissance du mariage homosexuel et de la liberté d'adopter, quel sera la prochaine revendication des intégristes homosexuels ? Le droit d'enfanter librement ? Mais cela est un choix divin (ou de la Nature) d'interdire à deux personnes de même sexe de se reproduire librement ! Ou bien iront-ils ensuite jusqu'à faire interdire juridiquement les mariages et les unions hétérosexuels ?

 

Toute personne qui s'oppose à la généralisation du mariage aux homosexuels semble devoir se défendre d'être homophobe. Pour ma part, je ne m'estime pas homophobe, même si l'affichage public d'une liaison homosexuelle, dans la rue ou à la télévision (comme dans Plus belle la vie par exemple) me gêne profondément, alors que je trouve attendrissante une liaison hétérosexuelle ... Je n'ai pas non plus d'amis homosexuels, pour ce que j'en sais, mais il me semble que cela relève d'un choix de vie personnel. J'ai vraisemblablement été marqué par le rejet de l'homosexualité, de la différence tout simplement, observé dans mes années de collégien et de lycéen, où l'insulte suprême était d'être accusé d'avoir un comportement ou une apparence de pédé.

 

Je ne m'estime pas homophobe, donc, mais je considère l'homosexualité comme un dérèglement psychique, le résultat d'une souffrance psychique, une relation ratée à ses parents et notamment à la figure de la mère. Je ne pense pas ainsi que l'homosexualité soit naturelle (même si de nombreux animaux sont indistinctement homosexuels ou hétérosexuels et que l'homosexualité entre mâles semble relever chez de nombreuses espèces du processus de domination, comme chez les primates ou les félins). Mais ce n'est pas non plus une déviation sexuelle ou morale, juste un biais observé dans nos jeunes années et qui nous conduit à avoir une orientation sexuelle déséquilibrée. Peut-on parler d'orientation sexuelle librement consentie par certains, sans traumatismes antérieurs, et de relation d'amour ? Cela me paraît difficile à imaginer. D'où la souffrance des parents de jeunes homosexuels/homosexuelles, pères ou mères, qui peuvent culpabiliser, s'estimer responsables de l'orientation sexuelle de leurs enfants. 

 

Ainsi, l'homosexualité n'est selon moi, ni un choix de vie personnel autonome, ni à l'inverse une perversion ou une maladie ... mais un déséquilibre dans la construction personnelle psychique de la personne, et la réponse que ces personnes en donneront, l'équilibre que ces personnes trouveront en réponse. C'est peut-être une vision excessivement psychanalytique ou psychologique, et je ne me persuade pas que j'ai forcément raison.

 

En même temps, l'histoire étant pleine de génies, d'héros et d'écrivains homosexuels, défendre une telle position implique de considérer que ce genre de traumatismes, de relations à problème avec les figures paternelle et maternelle, du père et de la mère, est extrêmement courant et constitue une sorte de norme pour l'humanité !

 

Comme de nombreux évèques catholiques, je considère que la norme doit rester de fonder une famille, d'élever des enfants dans un couple hétérosexuel, entre une présence paternelle (sécurisante) et une présence maternelle (sécurisante et aimante). Evidemment, on peut estimer cette image passéiste et archaïque, mais en est-on sûr ? L'enfant ne doit-il pas passer par des phases, par un complexe d'Oedipe qu'il doit dépasser. Peut-on envisager un enfant essayant de s'immiscer dans la relation entre deux hommes (ou deux femmes) ... Et quelles en seront les conséquences en terme de construction psychique pour ces enfants de couples homosexuels ?

 

Et je considère que la voix de l'Eglise et de ses représentants doit être entendue parce que le mariage, avant d'être une institution civile, a d'abord été une institution religieuse catholique, et que l'Etat n'a repris la comptabilisation des mariages, après le Moyen-Age obscur, que dans un but de reconstruction étatique, pour contester aux Eglises le contrôle des populations, pour reprendre les thèses de Michel Foucault (accessoirement également notoirement homosexuel). La sanctification de l'union de deux êtres par une cérémonie religieuse est une constante catholique (même si une telle union préexistait sûrement aux religions catholiques et juives), et le catholiscisme me semble tout à fait fondé à contester une généralisation problématique et contraire à son objet de l'institution du mariage.



Saucratès


07/11/2012
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Morale et politique (5)

 

Réflexion quarante-six (9 janvier 2013)
Actes de repentance et actes de contrition à répétition du gouvernement français


Le dernier acte de reconnaissance et de repentance du président de la république française visant la répression sanglante d'une manifestation d'indépendantistes algériens le 17 octobre 1961 soulève une nouvelle fois la question de l'usage de ces actes de contrition.

http://www.lepoint.fr/societe/17-octobre-1961-hollande-reconnait-une-repression-sanglante-17-10-2012-1517948_23.php

http://www.lefigaro.fr/flash-actu/2012/10/17/97001-20121017FILWWW00573-hollande-reconnait-la-repression-sanglante-d-octobre-1961.php

http://www.bvoltaire.fr/benoitrayski/hollande-bagatelle-pour-un-massacre,2110

 

La France devra-t-elle s'excuser indéfiniment pour tous les actes problématiques dont son histoire est le réceptacle ? Tous les états ne se sont-ils pas constitués sur des guerres, des massacres, des morts et des martyres, et l'histoire humaine elle-même n'es-elle pas pratiquement que scènes de guerre, de viols, de vols, de tortures et de massacres ? 

 

De quoi devrons-nous, nous français, encore nous excuser ? Si notre président commence à s'excuser de la répression (même sanglante) par la police parisienne d'une manifestation de quelques dizaines (ou quelques centaines) d'indépendantistes algériens en octobre 1961, ne va-t-on pas devoir s'excuser sur des centaines ou des milliers d'autres évènements proches survenus ? Comme le site Boulevard Voltaire le rappelle, quelques mois plus tard, en mars 1962, il y eut lieu un autre massacre, cette fois de neuf communistes français, tués par la même police sous les ordres du même préfet de police (Maurice Papon). Mais il y eut aussi le meurtre de Malik Oussekine par cette même police parisienne en décembre 1986, dans le cadre des manifestations estudiantines contre le projet de loi du secrétaire d'état Alain Devaquet, ainsi que la repression violente des manifestants sur la place des Invalides, qui fera deux blessés grièvement atteints.

 

A combien d'autres milliers d'actes de contrition et de repentance ne devront pas se plier nos dirigeants (sans parler des dirigeants des autres pays européens) si on s'engage dans cette voie ? Je rejoins les hommes politiques de droite qui s'alarment de cet exemple aberrant.

 

Et à quelle période de temps s'intéresse-t-on ? Faut-il se repentir des évènements survenus pendant la Révolution française, pendant les croisades, à l'époque gallo-romaine, lors de l'invasion gauloise, à l'époque de la préhistoire ? Qui décide de la période de repentance ? Faut-il par exemple se repentir vis-à-vis des templiers, pour les actes du roi Philippe Le Bel ? Ou pour les massacres d'ouvriers dans les mines de charbon à la fin du dix-neuvième siècle, lorsque les ouvriers se battaient pour la reconnaissance du droit syndical ?

 

La commémoration par le prédécesseur de François Hollande, le président Jacques Chirac, de la rafle du vélodrome d'hiver, en juillet 1942, et la repentance qu'il avait exprimé au nom de la France pour les actes de la police française qui avait organisé cette raffle des juifs pour les envoyer vers l'extermination vers les camps de la mort ne me semble absolument pas avoir la même absence d'importance. Les actes perpétrés par la police de l'Etat pétainiste français méritaient effectivement une repentance, car c'était la France qui avait livré ces citoyens, qui avait collaboré avec l'envahisseur nazi allemand ... Se repentir de ces actions innommables en cessant de se réfugier derrière l'excuse commode que ce n'était pas la république française qui était coupable mais l'aberration de l'Etat français était quelque chose de suffisamment marquant, de suffisamment important pour que cet acte de repentance soit un évènement marquant ! Derrière la raffle du Veld'Hiv, c'est l'ensemble du comportement de la France pendant les années d'occupation qui était concerné, c'est la remise en cause du voile pudique jeté sur ces évènements et sur ces années d'horreur qui était en jeu !

http://tempsreel.nouvelobs.com/politique/20120722.OBS7918/commemoration-des-70-ans-de-la-rafle-du-vel-d-hiv.html

 

Il n'y a rien de comparable dans les évènements d'octobre 1961. La France était un état colonial, plongé dans une guerre d'indépendance avec une de ses colonies. Evidemment, la France, ses soldats et sa police firent des choses peu reluisantes pendant ces années-là, pendant toute la période de colonisation d'ailleurs. Mais si on commence à se repentir de tels ou tels épisodes de notre histoire, autant se préparer à passer des années à expier les innombrables massacres et répressions auxquels nous avons participé ... Il y en a des centaines. Et tous les états devraient également faire de même. Rappelons-nous de la mise à mort sur le bûcher de Jeanne d'Arc par les anglais ... etc ... 

 

Tout cela n'a aucun sens. La république française doit demeurer fière de son histoire, de ses grandes dates et de ses évènements sombres. On doit arrêter d'avoir honte d'être français, et on ne peut pas vouloir avoir un devenir commun si on nourrit la haine de ceux qui sont différents, par le rappel de tous les petits évènements qui font notre histoire !

 

 

Réflexion quarante-cinq (5 août 2012)
Pour en finir avec la désobéissance - Le problème des valeurs et des normes - Et les valeurs de la Droite ...


Sur le concept de désobéissance civile, pour rappel, je contestais l'idée qu'un simple citoyen puisse s'estimer supérieur à ceux, les législateurs, qui avaient voté ces lois. Sur le fond, je reste convaincu qu'un citoyen lambda n'a pas la légitimité morale pour juger celle des lois votées, promulguées, de son Etat. Il faudrait véritablement que ces lois soient absolument contraires à la morale la plus basique, la plus évidente. D'où la nécessité de pouvoir déterminer de manière certaine, incontestable, ce que sont les valeurs, les normes et la morale. En l'absence de telles définitions, tout citoyen pourrait sinon estimer que telle ou telle ou telle loi est contraire à telle ou telle idée qu'il se fait de la morale !

 

Cette approche ignorait cependant un élément d'analyse. La majeure partie des normes légales édictées par les états ne sont pas votées par des législateurs ; elles sont édictées par de simples fonctionnaires ou personnels politiques, proches d'hommes politiques ou de groupes de pression, qui n'ont pas plus de légitimité que de simples citoyens lambda pour décider des lois. Et pourtant, les normes réglementaires qui émanent d'eux nous assaillent en permanence. Ces règles à la légitimité floue pose ainsi effectivement problème, dès lors qu'elles imposeraient des actes tendancieux, posant problème, contraires aux valeurs personnelles d'un individu. D'où une nécessité de définir non seulement ce que l'on entend par valeurs, normes et morale, mais également par le concept de légitimité. D'une certaine manière, il nous faut définir ce qui nous les rend opposables !

 

Il y a quelques jours, Le Monde avait sorti un article intéressant sur les valeurs de l'UMP. On y parlait de valeurs, même si au fond il y était essentiellement question de doctrine de gouvernement.

http://www.lemonde.fr/culture/article/2012/07/26/la-droite-repete-nos-valeurs-nos-valeurs-mais-lesquelles_1738800_3246.html

 

Selon l'historien Michel Winock, «la première vocation de la droite est la défense de l'autorité de l'Etat, sur le plan intérieur (l'ordre, la sécurité...) autant qu'extérieur (défense, diplomatie...). La deuxième vocation est l'affirmation de l'impératif de la production, avant la consommation et l'égalité sociale. La troisième, enfin, est un certain conservatisme des moeurs où se retrouve la trace de l'influence catholique ; à cet égard, ce n'est pas un hasard si la question du mariage homosexuel et de l'homoparentalité est un vrai point de divergence avec la gauche».

 

«Malgré les efforts ou les ruses de Marine Le Pen, son parti reste encore marqué historiquement par l'héritage du père, dont les idées néopétainistes, antidémocratiques, xénophobes, antisémites, antigaullistes sont un repoussoir pour beaucoup. Les convictions affirmées du FN contre l'euro et contre l'Europe, pour la fermeture des frontières et le protectionnisme ne peuvent faciliter davantage le rapprochement. On peut deviner que celui-ci, s'il a lieu, sera plus feutré qu'éclatant, sur la base d'accords électoraux plus que sur celle d'un programme commun de gouvernement».

 

Il apparait ainsi que l'étalage, l'usage permanent par les hommes politiques de droite, du terme 'valeurs' ne servirait en fait qu'à masquer un désert idéologique, et ne constituerait qu'une simple posture électoraliste pour laisser croire que la Droite dispose d'une sorte de monopole du coeur, des valeurs, comme si la Gauche n'en avait pas.

 

On en revient ainsi une nouvelle fois au même problème : qu'entend-t-on par valeurs, par normes, par morale ?

 

Pour citer Ruwen Ogien et Christine Tappolet («Les concepts de l'Ethique»), livre que je suis en train de lire : «Examinons le discours moral ou pratique de plus près, il s'empressera probablement de proposer une de ces classifications souvent sommaires qui sont supposées mettre un peu de clarté dans des choses confuses. Il séparera sans doute les jugements portant sur ce qui est bien ou mal, ou plus spécifiquement sur ce qui est admirable, désirable, courageux ... et ceux qui contiennent les différentes locutions ayant trait à l'interdit, l'obligatoire et le permis.

 

Il appellera les premiers 'évaluatifs' ou encore 'axiologiques' et les seconds 'normatifs' en ce sens spécifique ou, pour éviter les confusions 'déontiques'.» (pages 30-31)

 

Mais je n'ai pas encore trouvé dans ce livre de définition de ce que les auteurs entendent par jugements axiologiques (valeurs) et jugements déontiques (normes) ! Si ce n'est comme corrolaire de cette présentation que les valeurs sont du domaine de l'évaluatif (plus ou moins ceci ou cela) à la différence des normes !

 


Réflexion quarante-quatre (26 juin 2012)
Le problème de la désobéissance en démocratie ...


Cet article ne traitera pas de la légitimité de la désobéissance aux ordres injustes, que je ne mets pas en questionnement. Face à l'absence de justice dans un état de non-droit, dans une dictature, il est normal selon moi de prôner la désobéissance et la résistance armée ; il y a même une obligation de désobéir et de s'insurger !

 

Non, je parlerais simplement de la désobéissance dans nos démocraties occidentales, en me référant à un livre de Sandra Laugier et Albert Ogien, intitulé «Pourquoi désobéir en démocratie». Ce livre s'ouvre sur un certain nombre d'appels publics à la désobéissance civile, émanant soit de personnels des Assedics et de l'ANPE refusant de transmettre les noms des chômeurs étrangers aux préfectures, soit d'enseignants de l'Education nationale refusant de mettre en oeuvre certains outils (Base élèves), appelant à s'opposer aux expulsions d'enfants de sans-papiers, ou à se révolter contre le contrôle social.

 

Ce livre fait plus que m'interpeler ; je rejette totalement son parti pris affiché pour la désobéissance, que l'on retrouve même tout simplement dans son titre. Il s'agit d'un plaidoyer sur la légitimité de la désobéissance, pour mettre en avant la désobéissance, comme si ces personnes étaient de courageux révolutionnaires mettant leur vie en danger pour combattre le mal absolu. Le fait de simples révolutionnaires de pacotille ... Mais il est à craindre que ces courageux drilles se mueront en zélés concierges délateurs à la seconde même où une véritable dictature fascisante s'installera en France ...

 

Donc ce livre me gène, me pose problème, de même que ceux qui s'affichent comme désobéisseurs/désobéissants. Dans la désobéissance sociale ou syndicale, les auteurs expriment ainsi les diverses formes que peuvent prendre la contestation, et expliquent que la séquestration de patrons est une action totalement normale, au même titre que les grèves ou les occupations d'usine.

 

Dans toutes les positions des désobéisseurs/désobéissants, le point qui m'interpelle est la remise en cause de la loi votée. Je peux comme eux être interpelé par la représentativité des élus qui fabriquent les lois, au gouvernement ou à l'Assemblée nationale ! Mais cela ne me conduit pas à remettre en cause la légalité de la loi qui a été votée et promulguée. Je n'ai personnellement pas plus de compétence, de légitimité à écrire et à juger une loi que ceux qui l'ont écrite, votée, promulguée, où qui ont jugé sa conformité à la constitution ou à la jurisprudence. Je n'ai pas plus de compétence que nos politiques ou nos juges pour décider que le fait de priver une personne de sa liberté est normal ou légal, ou au contraire que c'est amoral et illégal. Ce que je reconnais comme unique règle, c'est de ne pas faire à quelqu'un une chose que je n'aimerais pas qui me soit faite ! Le fait que la loi ne fasse pas de différence entre une séquestration de patrons et une séquestration criminelle me semble suffisamment claire quant à sa conséquence morale ; il s'agit dans le deux cas d'un acte criminel.

 

De même, les autres actes de désobéissance pose le même problème de la portée générale des lois. Peut-on décider d'aider tel ou tel enfant ou adulte sans-papier sous prétexte qu'ils nous paraissent bien sous tout rapport, gentils et bien éduqués, pour leur offrir une éducation ? Pourquoi celui-là et pas un autre ? Quelle différence entre tel sans-papier que l'on va défendre et tel autre qui présenterait l'inconvénient d'avoir six femmes et une vingtaine d'enfants, ou d'appartenir à un gang de voleurs ...

 

Le problème de ceux qui se revendiquent désobéisseurs/désobéissants, c'est que leur désobéissance est fonction de la personne qui leur fait face ; tel sans-papier (ou non sans-papiers) agressif, aviné et qui agresserait un salarié de Pôle Emploi serait sans problème dénoncé à la police par le même employé qui serait signataire d'un appel à ne pas transmettre le nom des sans-papiers à la préfecture pour lutter contre le fichage des sans-papiers. De la même manière, l'enseignant refusant le fichage de la population française sera peut-être un grand distributeur d'avertissements et d'observations à ses élèves, pour se faire respecter ou parce qu'il sera de mauvaise humeur.

 

Le principe même de la loi, c'est sa portée générale, le fait qu'elle puisse s'appliquer à tous dans les mêmes conditions, avec les mêmes règles. Les formes tolérées ou légales de la contestation sociale me semblent les seules formes normales utilisables, compatibles avec la loi. Sinon, cela nous conduirait à nous prendre pour une sorte de dieu en décidant de ce que l'on aurait le droit de faire ou de ne pas faire : pourquoi ne pas décider que l'on aurait le droit de voler les uns parce qu'on aurait tel besoin, ou de tuer les autres parce que cela ferait avancer telle autre idée ou chose ? Le problème même de la désobéissance civile me semble de vouloir se substituer au législateur, voire à Dieu, pour définir ce qui est bien ou mal, ce que l'on a le droit de faire ou de ne pas faire !

 

La seule limite à ma présentation, à mon analyse, repose dans l'histoire. Ce qui est aujourd'hui considéré comme une forme normale et légale de contestation dans une société démocratique ne l'a pas toujours été dans les sociétés soi-disantes démocratiques passées. Ainsi, les grèves étaient interdites au dix-neuvième siècle, même sous la seconde ou troisième république (démocratique), et le droit de grève aujourd'hui reconnu n'est que le résultat des combats des grèves illégales de cette période de l'histoire ... De la même manière que les défilés syndicaux des 1er mai sont le résultat des luttes teintées de sang de syndicalistes américains dont certains furent pendus en 1886 pour avoir manifesté un 1er mai dans une soi-disante démocratie !

 

 

Réflexion quarante-trois (12 avril 2012)
Le président mythomane, l'élection présidentielle, les bagarres entre candidats et l'actualité politique ...


Je vais commencer ce petit tour d'horizon de la politique par l'élection présidentielle et les postures de Nicolas Sarkozy. Nous avions déjà eu des présidents de la république sujets aux troubles de mémoire pour ce qui les embêtait, mais jamais nous n'avions eu de président mythomane, et qui simplement pour s'attaquer à l'un de ses principaux adversaires, s'inventait un voyage qui n'avait jamais eu lieu. A moins que Nicolas Sarkozy ne soit pas mythomane mais simplement tellement nul en géographie qu'il ait pu confondre Tokyo et Fukushima ... Et que le simple fait de s'être trouvé à quelques centaines de kilomètres d'une zone irradiée lui ait fait tellement peur qu'il ait pu croire qu'il avait fait le voyage et qu'il avait pris des risques monstrueusement inconsidérés (probablement pour sa future progéniture).

http://www.lemonde.fr/election-presidentielle-2012/article/2012/04/11/fukushima-hollande-ironise-sur-le-voyage-imaginaire-de-sarkozy_1683592_1471069.html

Nicolas Sarkozy donne en effet un ton extrêmement agressif et polémique à cette élection présidentielle, dans laquelle il est pour l'instant encore largement distancé dans les sondages ... Même si le premier tour n'est pas encore passé et que les débats du deuxième tour de la présidentielle n'ont pas encore débuté.

 

Est-il concevable de considérer à un moment donné une proposition politique de son adversaire comme absolument nullissime et dangereuse («... c'est exactement le contraire de qu'il faut faire ... plus personne ne louera et plus personne ne construira ... cela n'a marché nulle part même à l'époque de l'Union soviétique ...»), mais quelques semaines plus tard la reprendre à son compte et retourner complètement sa veste ? C'est pourtant ce que Nicolas Sarkozy vient de faire sur le système de l'encadrement des loyers ... On a beau dire qu'il n'y a que les imbéciles qui ne changent pas d'avis !
http://www.lemonde.fr/election-presidentielle-2012/article/2012/04/11/encadrement-des-loyers-sarkozy-rejoint-hollande_1684039_1471069.html

 

En même temps, comment être encore surpris de cette nouvelle volte-face de Nicolas Sarkozy, qui a mené pendant les cinq années de son quinquénat une politique fiscale et sociale ultra-favorable au capital et aux très riches, mais qui dans cette campagne électorale, veut se grimmer en un président des pauvres, des français comme les autres, et qui ressort ses oripeaux de la précédente campagne de 2007 sur le «travailler plus pour gagner plus».

 

Dans le reste de l'actualité politique, il y a aussi cette plainte de quelques dizaines de français de la diversité contre les contrôles au faciès de la police française. Deux articles du Monde en traitent, l'un pour dépeindre le ressentiment de certains jeunes 'black' face à l'injustice ressentie face à des contrôles d'identité qu'ils estiment discriminatoires ...
http://www.lemonde.fr/societe/article/2012/04/11/controles-au-facies-je-suis-black-ils-n-en-arretent-qu-un-c-est-moi_1683585_3224.html

... l'autre pour expliquer l'existence de tels contrôles d'identité au faciès ...

http://www.lemonde.fr/idees/article/2012/04/11/les-controles-au-facies-sont-ils-condamnables_1682942_3232.html

 

N'étant pas moi-même issu de la diversité, ma position sur la possibilité et la légitimité de tels contrôles discriminatoires ne sera pas très fortement engagée politiquement. D'une certaine façon, je comprends la possibilité de tels contrôles. Si je ressemblais comme deux gouttes d'eau à un dangereux terroriste (par exemple Oussama Ben Laden ou bien Mesrine en son temps), devrais-je être particulièrement surpris d'être très régulièrement contrôlé par les forces de police, ou bien d'être à chaque fois fouillé lorsque je prendrais un avion ? Selon moi, ce serait idiot et pourtant il s'agirait de contrôles au faciès.

 

Il se trouve que les jeunes blacks ou arabes sont beaucoup plus souvent impliqués dans des actes de vandalisme, de vol et d'agression que les petits vieux gaulois ou les petites vieilles à fichus ... Si des policiers se mettaient à contrôler les petits vieux et les petites vieilles à la sortie des métros ou ailleurs, je crains que les réactions des passants et des contrôlés ne soient assez hostiles et que l'on s'étonne qu'ils emmerdent les passants ne présentant aucun risque plutôt que de s'attaquer à la délinquance ...

 

Le jour où de nombreux gangs de petits vieux se lanceront dans le banditisme et dans le vandalisme, je pense que ce jour-là, les contrôles au faciès toucheront alors beaucoup plus cette tranche de population, aujourd'hui un peu préservée. Cela sera-t-il incompréhensible ou injuste ?

 

Enfin, je lisais hier qu'un policier de la Brigade anti-criminalité avait été assassiné par des malfaiteurs sur un cambriolage, à Chambéry. En référence à tous ces jeunes beurs des cités qui se lancent dans la violence dès lors qu'un jeune est tué par les forces de police, je me suis amusé à penser qu'il aurait été drôle que la presse ce matin titre sur les vagues de violence ayant touché la France cette nuit avec des bandes de gendarmes et de policiers brûlant des voitures et des cités pour protester contre la mort de leur collègue.

http://www.lemonde.fr/societe/article/2012/04/11/un-policier-de-chambery-tue-dans-un-cambriolage_1683402_3224.html

 

Tout le monde trouvant cela très naturel lorsqu'il s'agit de jeunes, qui s'estiment injustement discriminés et que les bonnes âmes excusent si facilement, il me semble qu'une telle réaction des policiers aurait été tout aussi normale et excusable, même s'il y aurait pu y avoir des dérapages et des victimes malencontreuses. Je suis déçu ! Apparemment, il ne s'est rien passé de tel dans nos beaux quartiers français. Mais peut-être que les bonnes âmes n'auraient rien compris et que certains auraient encore accusés les policiers et les gendarmes de violences discriminatoires. Il vaut mieux en rire !



Saucratès


Parties précédentes :
1.http://saucrates.blog4ever.com/blog/lire-article-447196-2003066-morale_et_politique__1_.html
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4.http://saucrates.blog4ever.com/blog/lire-article-447196-2003495-morale_et_politique__4_.html


12/04/2012
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Morale et politique (4)

Réflexion quarante-deux (31 mai 2011)
Indignés, rebelles, révoltés et ordre établi ... 


J'écoutais ce matin une chanson de Raphaël : «Le patriote». Cette chanson décrit à l'envers, d'une certaine manière, toute l'incompréhension qui existe entre les jeunes idéalistes et les adultes un peu plus âgés ... L'étalage des bons sentiments, l'idée que l'on peut tout partager, ce que l'on a et ce que l'on n'a pas ... une certaine idée ou un certain regard sur la France ...

Ce qui a de vrai dans cette chanson, c'est que la politique, les médias, ne peuvent pas réagir sans fard face à l'actualité. Lorsque des jeunes meurent dans des accidents de la route, ou dans une course poursuite avec les forces de police, dans un poste transformateur d'EDF, il n'est pas possible de réagir conformément à la logique ; les médias et les politiques sont obligés de réagir sur le mode compassionnel, ce qui permet à un artiste comme Raphaël de nous critiquer en parlant de nous comme 'regrettant' ... On ne peut pas dire que ces jeunes l'avaient bien cherché, en refusant de respecter la loi. Ce ne serait pas politiquement correct ! Et pourtant, il faut être con pour ne pas voir le danger et le braver gratuitement, juste pour dire 'fuck' la police ou se sentir vivre.

Il y a un âge où l'on ne voit plus l'idéal de braver la mort gratuitement pour se croire jeune et invulnérable, mais où l'on réfléchit aux conséquences de ses actes, de ses actions, où l'on prend en compte le ressenti, la vie des autres ... Taper quelqu'un pour lui voler son portable ou parce que sa tête ne vous revient pas, c'est sûrement amusant et jouissif ... Mais quid de l'autre ?

J'ai l'impression que ces jeunes se croient peut-être dans un monde de nature, où seuls les plus forts ont le droit de survivre ... ont le droit de se servir ... et où les moins forts n'ont aucun droits ... Et vraisemblablement la police y paraît-elle un anachronisme, l'agent d'un ordre rejeté, l'agent de l'ordre des vieux, des possèdants, des autres ... Et la violence qui règne au sein des relations entre enfants et adolescents, à l'école, au collège, au lycée ... violence considérée comme normale entre pairs, n'est-elle pas étrangère à ce sentiment. Pourquoi ce qui est possible dans la cour de récréation, sous le préau, serait-il moins autorisé à l'extérieur, ou un peu plus tard, dès lors que l'on se trouve plus fort que l'autre, comme dans l'état de nature ?

A côté de cela, il y a l'actualité des mouvements sociaux arabes qui commencent à gagner l'Europe. Je pronostiquais il y a quelques mois que ces mouvements sociaux toucheraient d'abord l'Italie, un gouvernement corrompu ... Ils touchent en fait d'abord l'Espagne et maintenant la France, en liaison avec les difficultés économiques et sociales qui touchent nos pays. La révolution est-elle en marche ? Une autre politique, une autre démocratie est-elle possible ? Evidemment que oui ! Les démocraties européennes (j'élimine l'Allemagne ou l'Angleterre) ont seulement l'apparence de démocraties ; on nous laisse le choix de choisir les membres de l'élite qui nous représenteront, grâce à toute une série de filtres comme les partis politiques et les groupes d'influence. Les élections ne sont cependant que des simulacres, des ersatz de démocratie ... des pseudo-démocraties ...

Mais même si ces mouvements sociaux européens débouchaient sur quelque chose, sur le départ d'une classe politique fatiguée et sans légitimité, n'y a-t-il pas un risque que ce qui les remplacera demeurera tout autant adémocratique que ce qui avait précédé ?

Par ailleurs, une révolte, une révolution, n'est-elle pas autre chose que l'impression d'un retour à l'état de nature ? La victoire des plus forts sur les plus faibles, des hommes sur les femmes ... comme le viol d'une journaliste américaine en Egypte, lors d'un rassemblement des contestataires nous l'a rappelé ... le retour de la bête dans l'homme, des pires aspects guerriers, violeurs et meurtriers de la fraction masculine de l'humanité ... 

Je peux aimer l'idée de la révolution, d'une autre politique, sans aimer voire même craindre les moments par lesquels il faudra passer pour y arriver ...


Réflexion quarante-et-une (18 mars 2011)
Le 'grave secret' sur Nicolas Sarkozy du colonel Kadhafi ... 


On connaît donc enfin le grave secret de Nicolas Sarkozy que le colonel Kadhafi menaçait de révéler : le financement sur fonds libyens de l'élection présidentielle de 2007. L'un des fils du colonel Kadhafi a ainsi affirmé détenir des preuves de ces transferts financiers.

Le nouveau ministre de l'intérieur Claude Guéant, anciennement directeur de la campagne de Nicolas Sarkozy pour la présidentielle de 2007 a récusé ces accusations rappelant qu'aucun financement individuel ne pouvait dépasser 4.600 euros ...
http://www.lemonde.fr/politique/article/2011/03/17/gueant-refute-les-accusations-des-kadhafi_1494332_823448.html

Mais quand il explique pour rassurer les électeurs français que les comptes de campagne des candidats sont vérifiés par le conseil constitutionnel, un doute m'a néanmoins saisi au souvenir des interrogations concernant les quelques dizaines de millions de francs reçus et déclarés par Edouard Balladur dans le cadre de sa campagne présidentielle de 1995 et du contrôle extrêmement pointilleux dont ils firent l'objet de la part du conseil constitutionnel ... Au vu du cas Balladur, je ne pense pas que le contrôle exercé par le conseil constitutionnel offre la moindre garantie à l'électeur français. Ce n'est pas ce contrôle qui doit nous rassurer sur le fait de savoir si oui ou non Nicolas Sarkozy aurait pu recevoir des fonds non déclarés de la part du régime libyen du colonel Kadhafi ...

Ce qui ferait de la France la risée du monde entier, lorsque l'on se rappelle qu'à peine élu, quelques mois plus tard (mais également après le dénouement heureux de l'affaire des infirmières bulgares), Nicolas Sarkozy avait reçu royalement le colonel Kadhafi, l'autorisant même à planter sa tente sous les ors de la république, lui offrant la reconnaissance internationale dont il était privé depuis de nombreuses années ...

J'espère que l'on en saura plus dans les prochains jours sur la réalité des accusations de Mouammar Kadhafi, et sur la véracité des preuves que les libyens disent détenir. Et j'espère que si ces accusations s'avèrent exactes, la justice française enquêtera sur cette affaire quels qu'en soient les protagonistes ...

Faut-il voir dans cette accusation, comme Le Monde le laisse entendre, une tentative de déstabiliser la France qui serait particulièrement en pointe dans cette affaire, défendant notamment un projet de résolution à l'ONU ? Pourquoi dans ce cas vise-t-on Nicolas Sarkozy et non le premier ministre anglais David Cameron, particulièrement en pointe également dans cette affaire ? Parce que cela ressemblerait énormément à  Nicolas Sarkozy, du moins à l'image que les français et l'opinion publique se font de lui ?

Une histoire véridique, cette affaire de financement de la campagne de Nicolas Sarkozy ? Ce qui ferait de la France la risée du monde entier ? Saura-t-on un jour la vérité sur cette affaire ! A noter que le code électoral interdit tout financement d'un candidat par un état étranger ... 

Si la famille Kadhafi n'a pas inventé toute cette histoire pour un bluff invraisemblable (mais vouloir faire peur à quelqu'un qui n'a rien à se reprocher n'est-il pas complètement idiot ?), et si l'on peut difficilement imaginer que Nicolas Sarkozy aurait fait quelque chose d'aussi aberrant que d'accepter l'argent d'un état étranger (terroriste), ne faudrait-il pas plutôt imaginer que les Kadhafi auraient pu être dupés par quelques intermédiaires, qui leur auraient pu leur faire croire qu'ils allaient financer la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy avec l'espoir de le contrôler, alors qu'en fait les Kadhafi finançaient quelqu'un d'autre, quelque chose d'autre, n'importe quoi, un groupe de pression quelconque ... En saura-t-on un jour plus ?


Réflexion quarante (22 février 2011)
Les attaques de l'UMP contre Dominique Strauss-Kahn prennent de l'ampleur, signe de l'affolement de ce parti à l'idée de perdre les prochaines élections présidentielles ... 


Les attaques venant de l'UMP contre Dominique Strauss-Kahn, candidat non proclamé à la primaire socialiste, prennent de plus en plus d'ampleur ces derniers jours. Au cours du week-end, Pierre Lellouche a d'abord accusé le patron du FMI d'incarner la gauche ultra caviar. Puis, Christian Jacob, ancien leader paysan, l'a décrit comme le représentant des bobos et lui a reproché de ne pas être à l'image de la France, la France rurale, celle des terroirs et des territoires ... Cette attaque ressemblait énormément à celles qui visaient dans les années 1930 le socialiste Léon Blum, accusé également de ne pas correspondre à la France profonde des terroirs ... et d'être en tant que juif le représentant du capitalisme international.
http://www.rtl.fr/actualites/politique/article/le-ps-indigne-par-les-attaques-contre-strauss-kahn-7660149797
http://www.lemonde.fr/politique/chat/2011/02/16/faut-il-s-indigner-des-propos-de-christian-jacob-sur-dsk_1480847_823448.html

Lundi, c'était l'ancien premier ministre UMP, Jean-Pierre Raffarin, qui l'attaquait personnellement, quittant néanmoins pour partie la phraséologie des années 1930-1940 pour considérer qu'en tant que représentant de la planète d'en haut (sic !), il lui serait difficile de séduire la France d'en bas ... «(...) Ce n'est pas parce qu'on connaît le prix de la baguette de pain en dollar qu'on est forcément le mieux placé pour convaincre les Français (...)». Raffarin doit vraisemblablement considérer qu'il représente lui-même la planète d'en bas, comme Nicolas Sarkozy (!!!) ... La juxtaposition d'images aussi incohérentes, mais qui visent à distiller dans l'opinion publique une méfiance à l'encontre de Dominique Strauss-Kahn est invraisemblable et méprisable. Mais on  ne doit évidemment rien attendre d'autre de l'UMP et des séides de Nicolas Sarkozy, qui ne reculeront devant rien au cours des quinze prochains mois pour tenter de se maintenir au pouvoir ... Et comme certains au Parti socialiste participent également aux attaques contre Dominique Strauss-Kahn ...
http://www.lemonde.fr/politique/article/2011/02/20/pour-raffarin-dsk-n-est-pas-l-adversaire-le-plus-dangereux-pour-sarkozy_1482905_823448.html

Les autres attaques échevelées de l'UMP sont venues de son secrétaire général, Jean-François Copé, qui a jugé que Dominique Strauss-Kahn était lointain et hautain. «Il a passé l'essentiel de son interview à nous donner des leçons et à nous expliquer comment il fallait faire (...). Je trouverais formidable qu'il arrête de donner des leçons (...) du haut de sa grandeur (...). Ce que j'attendais ce soir, c'est qu'il nous donne quelques idées nouvelles (...)».
http://www.lemonde.fr/politique/article/2011/02/21/reactions-a-l-intervention-de-dsk_1482961_823448.html

Mais également de Catherine Vautrin, députée UMP, vice-présidente de l'Assemblée nationale, qui a déclaré : «Le quotidien de DSK n'est ni celui des gens qui souffrent, ni celui des Français. Comment répondre aux attentes des Français quand on ne vit pas avec eux et qu'on ne peut s'engager sur rien ?»

Ou de Valérie Rosso-Debord, députée UMP de Meurthe-et-Moselle, qui a estimé quant à elle que : «le directeur du FMI est venu se prêter, sur France 2, à l'exercice qu'il affectionne le plus depuis quelque temps : la dispersion de petits cailloux. (...) Tout ceci serait très drôle si DSK n'occupait pas une place éminente dans le concert mondial au moment où la France préside le G20 et le G8. Comment prendre au sérieux un homme qui s'est engagé en 2007, lorsqu'il a pris ses fonctions au FMI, à aller au bout de son mandat s'il songe déjà à ne pas respecter sa parole ?»

Consternant ... Et tout ceci alors que Dominique Strauss-Kahn n'est même pas encore officiellement candidat à la présidentielle de 2012 ! Mais à quel point a-t-on donc peur de sa candidature à l'Elysée et à l'UMP !

Je préfère conclure en citant l'intervention de Richard Prasquier, président du Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF), qui a qualifié d'incroyable maladresse les propos du président du groupe UMP Christian Jacob. «Christian Jacob est un syndicaliste agricole, je comprends qu'il ait un sentiment particulier pour le terroir (...). Je n'ai pas de lien particulier avec le terroir, je crois que le président de la République n'en a pas non plus. Le terroir, c'est formidable, c'est magnifique, il ne faut pas pour autant en faire un critère essentiel d'appartenance à la nation (...)».


Réflexion trente-neuf (20 février 2011)
Les voyages ministériels en avion, les mensonges d'Alliot-Marie et les attaques de l'UMP sur Dominique Strauss-Kahn, insuffisamment conforme à l'image que certains se font de la France ... 


Je voudrais réagir à deux évènements récents qui ont secoué l'actualité politique ces dernières semaines ou ces derniers jours.

Le premier évènement concerne les mensonges autour de l'affaire Alliot-Marie. Michèle Alliot-Marie est ministre des affaires étrangères ; dans le cadre des vacances pour les fêtes de Noël, elle aurait profité de l'avion d'un proche de l'ancien régime tunisien pour se rendre en Tunisie. Ses parents, âgés de plus de quatre-vingt-dix ans, auraient en effet investi dans une opération immobilière de cet ami tunisien. Le problème est que Michèle Alliot-Marie a menti pour se couvrir, expliquant notamment qu'elle avait rencontré par hasard cette personne qui lui aurait proposé de les véhiculer dans son jet privé pour aller en Tunisie ...
http://www.lemonde.fr/politique/chat/2011/02/17/pourquoi-sarkozy-garde-alliot-marie-au-gouvernement_1481399_823448.html

Il se trouve que le premier ministre, François Fillon, a également profité d'un avion gouvernemental égyptien pour un voyage moitié officiel, moitié de vacances à la même période. Par contre, il ne mentira pour couvrir son escapade, reconnaissant les faits. Si on peut poursuivre Alliot-Marie pour mensonge en estimant que cela n'est pas acceptable d'un ministre de la France, on a rien contre François Fillon.

Par contre, il se trouve que, suite à l'affaire de Joyandet (qui avait utilisé un avion officiel gouvernemental au lieu d'un vol civil, représentant un coût budgétaire dépassant 100.000 euros), le premier ministre François Fillon avait édicté une règle restreignant l'usage des avions gouvernementaux français pour les ministres.

On découvre donc aujourd'hui que les ministres français, ainsi que le premier ministre, se rabattent sur les avions gouvernementaux d'autres pays (deux pays qui par manque de chance viennent de voir leurs gouvernements 'légitimes' être renvoyés par la rue) pour respecter si ce n'est l'esprit du moins la lettre des règles édictées par le même premier ministre.

Nicolas Sarkozy se refuse ainsi à sacrifier Michèle Alliot-Marie, pour protéger trois ministres (François Fillon mais également Patrick Ollier), de la même manière si ce n'est pour les mêmes raisons pour lesquelles il avait refusé de sacrifier Eric Woerth, jusqu'à l'adoption de la réforme des retraites.

Le deuxième évènement dont je voudrais parler concerne les attaques ad hominem dont Dominique Strauss-Kahn est désormais la cible de la part de certains de l'UMP. Selon certains à l'UMP, il ne correspondrait en effet pas suffisamment à la France profonde, à la France rurale, à la France.  

Des attaques nauséabonneuses ! Les conservateurs aux Etats-Unis n'avaient pas osé s'attaquer à Barack Obama de la même manière, alors même qu'il avait des racines kényanes de par son père. Mais ils ne sont pas descendus à ce niveau de bassesse. Par contre, cela n'arrête pas les ténors et les porte-flingues de l'UMP, sous le prétexte que Dominique Strauss-Kahn serait un notable, juif, et grand financier de la planète, exilé depuis quelques années au Fonds monétaire international à Washington.

Il est intéressant de lire une réponse d'un élu socialiste (Matthias Fekl) rappelant que Léon Blum fut également, dans les années 1930-1940, la cible du même genre d'attaques de la part de l'extrême gauche, de la droite et de l'extrême droite française, pour les mêmes raisons ... parce qu'il était un grand bourgeois, qu'il était juif et qu'il dénotait dans les banquets paysans et dans le terroir ... Evidemment, il s'agissait des années noires de la France, à l'époque de la montée des extrêmismes et des haines, du racisme et de l'antisémitisme ... années qui conduirent à la seconde guerre mondiale et son lot d'abominations ...
http://www.lemonde.fr/idees/article/2011/02/17/leon-blum-etait-il-a-l-image-de-la-france_1481527_3232.html

«(...) Et puis, bien sûr, Léon Blum était juif - c'était là son crime le plus odieux pour bien des contemporains haineux et fanatisés. Car Blum était pour eux, ipso facto, l'agent du complot international, des banques, de la haute finance, en un mot, l'une des incarnations de l'anti-France. Il lui fut même reproché de ne pas être assez rural, ni assez authentiquement français : ne rentrait-il pas parfois malade de banquets de campagne, où il ne parvenait pas toujours à faire honneur aux plats ni à suivre le rythme des libations ? Ne préférait-il pas l'élection à Paris plutôt que l'ancrage en province ? Son raffinement intellectuel n'en faisait-il pas un bobo de l'époque, l'un de ces happy few plus enclins à la vie élégante qu'aptes à la vraie vie ? (...)» (Lettre de soutien de Matthias Fekl)

Les attaques nausébonneuses provenant de l'UMP nous rappellent opportunément que l'abjection et le racisme ne sont jamais très loin, et qu'il suffit de peu, d'un peu de peur de certains, pour que les pires comportements, les pires moments de l'histoire nous reviennent instantanément. Merci à cet obscur tâcheron de l'UMP, dont il vaut mieux ne pas se souvenir du nom, de nous avoir donné le ton dégeulasse qu'utilisera l'UMP lors de la prochaine élection présidentielle française.


Réflexion trente-huit (19 octobre 2010)
La mise en question de la fin ultime de la souveraineté

Il est une question que l'on ne pose pratiquement plus, comme si elle ne se posait plus, comme si on lui avait trouvé une réponse parfaite, indépassable, réponse qui résolvait tous les problèmes qui pouvaient exister auparavant. Cette question, c'est de savoir qu'elle est la fin d'un gouvernement, la fin de la souveraineté du gouvernement, la raison (ou les raisons) pour laquelle nous donnons mandat à certains d'entre nous (ou à certains) pour nous représenter, ou pour nous gouverner. Cette question était posée par certains philosophes à l'époque de l'absolutisme royal. Face à un souverain qui estimait régner par droit divin et qui détenait un pouvoir conquis par la force et par la conquête, il était nécessaire pour certains philosophes de fonder la légitimité de sa souveraineté sur autre chose que sur la force, sur l'obligation qui lui était faite de gouverner en fonction du bien public, de l'intérêt général.

Ainsi Pufendorf écrivait : «On ne leur a conféré (à ces souverains) l'autorité souveraine qu'afin qu'ils s'en servent pour procurer et maintenir l'utilité publique (...). Un souverain ne doit rien tenir pour avantageux à lui-même, s'il ne l'est aussi à l'Etat.» Cette mise en question est évidemment fondamentale dans le cadre des anciens régimes monarchiques où un souverain succède à un de ses parents. Mais pour autant, n'est-il pas bizarre de ne plus se poser cette question dans le cadre d'un régime démocratique. Qu'est-ce qui expliquerait que cette mise en question ne se pose plus, qu'il ne soit plus nécessaire de s'interroger sur la fin ultime du pouvoir confié à quelques uns de nous représenter, de nous gouverner, même si leur légitimité provient du suffrage universel ?

J'aime rappeler que le terme démocratie provient du grec dhmo (dêmos : peuple) et kratia (kratos : pouvoir). Une fort belle introduction à toute réflexion sur ce concept politique et social. L'exercice que fait le président Nicolas Sarkozy du pouvoir exécutif, législatif et judiciaire, le mélange des genres qu'il pratique, entre les diverses fonctions (président de la république, chef du parti majoritaire), entre les différents pouvoirs, entre les intérêts de l'état, les siens personnels et ceux des plus riches fortunes de France dont il s'affiche comme l'ami (non pas seulement lui mais de nombreux autres ministres de son gouvernement) ... Tout cela doit nous permettre de souligner que le simple fait de recevoir sa légitimité du suffrage universel ne résoud pas par magie toutes les interrogations que l'on peut avoir, que l'on doit avoir, sur la légitimité de la souverainté de nos gouvernants, de nos gouvernements.

Certains ont pu croire que la démocratie résolvait tous ces problèmes, que le simple fait d'énoncer que le pouvoir émanait du peuple dans son entier et que ce peuple avait la possibilité de le confier à quelques uns de ses représentants était suffisant. Mais ce n'est pas vrai. Et pourtant, la façon dont une personne a obtenu son pouvoir, la manière dont elle est devenue gouvernant, par le biais du suffrage universel, ou par la force des armes, du poison ou par la conquête, n'a pas beaucoup d'incidence sur la façon dont elle gouvernera. La mise en place d'un régime démocratique ne règle ainsi pas la nécessité de définir les objectifs, les fins, d'un gouvernement. Dire que sa légitimité émane du peuple, du suffrage universel, ne résout en rien le risque que ce gouvernant use des pouvoirs qui lui ont été dévolus dans son seul intérêt, dans l'intérêt de ses proches ou de ses amis ... Ce que l'on a vu être mis en oeuvre par Nicolas Sarkozy et son gouvernement en est un simple exemple, comme cela a pu aussi être observé dans l'Italie de Silvio Berlusconi ou la Russie de Vladimir Poutine ... C'est la tâche à laquelle la philosophie politique va devoir s'atteler : répondre à la question que s'étaient déjà posés autrefois les philisophes et les juristes de droit canon à l'égard de l'origine et les fondements du pouvoir monarchique ... Comment faut-il gouverner ? En vertu de quelles fins, de quels principes, de quels objectifs ?


Réflexion trente-sept (4 août 2010)
Les débats sur le discours de Nicolas Sarkozy concernant la déchéance de nationalité

J'ai un problème de conscience. Au fond, le discours martial de Nicolas Sarkozy prononcé à Grenoble, que je n'ai pas entendu, ne me pose pas de problème puisque je trouvais déjà anormal depuis quelques temps que l'on ne puisse pas retirer leur nationalité française à des délinquants dangereux, ayant choisi de vivre en dehors des règles normales de la société française. Il m'est ainsi impossible de condamner le discours de Nicolas Sarkozy, et au fond, rien ne m'y choque véritablement. Dans ce que je proposais, il ne m'aurait pas non plus paru inacceptable de déchoir de la nationalité française leurs parents (père, mères, frères et soeurs). Dans mes armuments, le fait de vivre en dehors de nos règles fondamentales (ne pas tuer et ne pas voler) est un choix volontaire de ces personnes, et il ne me semblerait pas anormal de le faire subir les conséquences de leur choix ... Le fait que la déchéance de nationalité et l'expulsion du territoire français puisse également concerner leurs parents proches ne serait qu'un autre élément du choix qu'il leur faudrait prendre en compte ; et si malgré cela, ils s'engageaient dans cette voie criminelle, ils n'auraient, eux et leurs parents, qu'à subir les conséquences de leur choix.

Evidemment, il sera facile de me répondre qu'il s'agit d'un raisonnement de nantis, de personne de milieu social favorisé ... On me dira qu'il est facile de penser comme cela lorsque l'on a fait des études supérieures, que l'on a un emploi stable, que l'on est intégré socialement et professionnellement ... C'est vraisemblablement moins évident lorsque l'on est un jeune d'un milieu social défavorisé ou que l'on se trouve au croisement de sa vie, lorsque tout paraît possible, et que l'intégration sociale et le monde du travail paraissent être plus ou moins une forme d'esclavage et de déshumanisation ... Je me rappelle encore de ma vision de la société de cette époque.

En même temps, j'entends les réactions provoquées par le discours de Nicolas Sarkozy. Pas tant les critiques d'orfraies qui s'élèvent à gauche ; une bonne partie d'entre elles me paraissent tellement stéréotypées qu'elles me semblent sans fondement. Par contre, les critiques juridiques, constitutionnelles et philosophiques portées contre cette proposition, qui est aussi la mienne, me paraissent beaucoup plus fondées. En exprimant moi-même mon point de vue, il me paraissait en effet difficile d'appliquer dans la réalité une telle proposition. Qu'était-ce qu'un français d'origine étrangère ? Sans m'interroger sur les fondements de la nationalité française et sur la base que représente la Constitution française de 1958, il me paraissait néanmoins préoccupant de proposer d'exclure de la nationalité française des français quelle que soit leur origine.
http://www.lemonde.fr/politique/article/2010/08/03/decheance-de-nationalite-une-impossibilite-juridique_1395089_823448.html

Pour cette raison, je ne peux malgré tout que rejoindre l'opinion professée par Bernard-Henri Levy, qui a magnifiquement exprimé des idées belles et courageuses (par différence avec mes écrits beaucoup trop partisans).

Au delà de cela, je ne peux également que regretter que le président de la république n'est pas la capacité de retrait de la vie politique de ses prédécesseurs, et qu'il parle à tout bout de champ sans retenue ne réflexion. Ce n'est pas à lui de lancer des ballons d'essais, mais c'est à lui de défendre les décisions prises par le gouvernement. Il eusse mieux valu qu'il défende de telles idées après leur mise en oeuvre par le gouvernement et le parlement, plutôt que de vouloir faire croire que c'est Lui qui est à l'origine de tout !  Et comme d'autres internautes, je ne peux ignorer la probabilité que ces discours ne soient qu'une tentative de dévier l'attention médiatique des problèmes de sa majorité et notamment des déboires de son ministre Woerth.

Concernant cette affaire de déchéance de la nationalité française, l'impossibilité probable d'une telle décision politique n'élimine le problème que représente aujourd'hui des milliers de jeunes exclus ayant choisi de vivre aux franges de notre société, en dehors de nos règles sociales, parce qu'ils disent ne plus croire à la capacité d'intégration de la société française (ce qui est néanmoins encore à prouver). La solution serait peut-être de sortir du principe du 'droit du sol' sur lequel repose pour partie l'obtention de la nationalité française, pour en venir au principe du 'droit du sang', comme en Allemagne, de telle sorte que le simple fait de naître en France n'ouvrerait plus pratiquement automatiquement le droit à la nationalité française, ce qui limiterait fortement les problèmes liés à l'acquisition de la nationalité française.

Evidemment, je crois également que cette autre proposition posera autant de problèmes constitutionnels et philosophiques que ma première idée. De même, il est difficile de défendre une telle position qui, pour régler le problème de quelques jeunes insatisfaits et contrevenant aux règles de notre société, changerait le code de la nationalité en remettant en cause la situation de dizaines de milliers d'autres personnes obéissant parfaitement aux règles et qui ne créent aucun problème et sont parfaitement intégrées dans notre société.

Pour conclure, le texte de Bernard-Henri Levy :

« Le président de la République vient, à la faveur de la trêve estivale et de la torpeur qui va avec, de commettre, en huit jours, trois erreurs.

La première fut de convoquer, à l'Elysée, le 28 juillet, au lendemain des actes de délinquance graves dont Saint-Aignan (Loir-et-Cher) fut le théâtre, un "sommet" supposé "faire le point" sur "la situation des Roms et des gens du voyage". Il n'est pas sûr, d'abord, que le palais de l'Elysée soit le bon endroit pour débattre de questions de délinquance.

Il est sûr, en revanche, qu'il y avait dans le principe même de ce sommet une façon de faire l'amalgame entre des étrangers en situation irrégulière (certains Roms) et des citoyens de plein droit, Français depuis plusieurs générations et astreints donc, à ce titre, au droit commun à tous les Français (les hommes et les femmes entrant, à leur corps plus ou moins défendant, dans la catégorie statistique et administrative de "gens du voyage").

Mais il est évident surtout qu'il y avait, dans le fait même de convoquer cette réunion, dans le fait de dire les Roms ou les gens du voyage quand tels Roms ou tels gens du voyage s'étaient rendus coupables de délits ou de crimes, bref dans le fait de tenir une communauté pour comptable des agissements de certains de ses membres, un risque de stigmatisation collective contraire aux usages républicains.

L'opinion publique ne s'y est pas trompée qui a vu ressurgir, du plus haut des ministères jusqu'au caniveau des populismes, les clichés que l'on croyait éculés tant ils ont pu être, dans un passé récent, atrocement meurtriers sur le gitan "voleur de poules" ou propriétaire de "Mercedes grosse cylindrée". Et quant aux intéressés, quant aux honnêtes gens (puisque c'est, semble-t-il, le mot du jour) qui vivent dans une précarité honnête ou une opulence fiscalisée leur culture nomadisée, quant à ces Français de longue date ou d'adoption qui, communauté pour communauté, et dès lors qu'on les traitait comme une ou, plutôt, deux communautés, ont eu la surprise supplémentaire de découvrir qu'on n'avait même pas songé à convier à la réunion un représentant, un porte-parole, un témoin desdites communautés, ils sont, aujourd'hui, en état de choc.

Pour aucun autre groupe, on n'aurait osé agir de la sorte. De n'importe quelle catégorie sociale, on aurait, et c'est heureux, eu l'élémentaire courtoisie (ou précaution ?) de solliciter l'avis. En l'occurrence, on ne l'a pas fait – et qu'il se trouve si peu de responsables pour s'en émouvoir, que ce lapsus, cet oubli, ce mépris soient passés dans l'évidence et l'innocence, que la gauche elle-même ait semblé juger la cause peu digne de ses indignations programmées ne fait qu'ajouter à la colère le chagrin et, hélas !, la pitié.

La deuxième erreur fut, dans le désormais fameux discours de Grenoble, la proposition de déchoir de la nationalité française toute personne "d'origine étrangère" qui aurait "volontairement porté atteinte à la vie d'un policier, d'un gendarme ou de tout autre dépositaire de l'autorité publique".

Je passe sur le caractère ubuesque de cette notion d'origine étrangère. Car où commence l'origine étrangère ? A partir de combien de générations serait-on, dans l'esprit de la mesure envisagée, à l'abri de la possible déchéance ? Le président a-t-il un critère en tête ? Un test (peut-être ADN) ? Et, quand bien même cela serait, dans l'hypothèse où les Sages du Conseil constitutionnel, du Conseil d'Etat ou, tout simplement, du Parlement valideraient cette proposition insensée, qu'adviendrait-il des déchus ? N'ayant, comme tout un chacun, pas de nationalité de rechange, dans quel vide juridique tomberaient-ils ? Ex-Français ? Apatrides ? Allons-nous, sous prétexte que, comme dit le chef de l'Etat, la machine à fabriquer des citoyens "a marché" mais "ne marche plus", la remplacer par une machine à fabriquer des sans-patrie?

Le pire, cela dit, le pire et le fond de l'affaire, c'est que la proposition, si elle est sérieuse, si elle n'est pas juste une façon de gesticuler pour tenter de prendre à Marine Le Pen un peu de son fonds de commerce électoral, contreviendrait de manière frontale à un axiome trois fois sacré car inscrit dans le triple marbre des trois textes fondateurs de notre vivre ensemble républicain : le programme du Conseil national de la Résistance du 15 mars 1944, la Déclaration des droits de l'homme de 1948, la Constitution de 1958.

Il postule, cet axiome, l'"égalité devant la loi" (quelle que soit, précisément, leur "origine") de tous les citoyens. Il dit qu'on est Français ou qu'on ne l'est pas – mais qu'à partir du moment où on l'est, on l'est tous de la même manière. Il insiste : on devient Français ou on ne le devient pas – mais, dès lors qu'on l'est devenu, il est interdit de distinguer entre Français plus ou moins français.

On peut discuter, en d'autres termes, des conditions qui permettent d'accéder à l'être-Français; on peut les multiplier, les affiner, les durcir, les solenniser : mais que l'on laisse s'insinuer l'ombre de l'idée qu'il y aurait deux classes de Français selon qu'ils sont nés Français ou qu'ils le sont seulement devenus, que l'on se laisse aller à imaginer un ordre des choses où il y aurait les Français à l'essai et les Français pour toujours, les Français en sursis et les Français sans débat, les Français qui restent Français même s'ils commettent des actes de délinquance et ceux qui cessent de l'être parce qu'ils ne l'étaient, au fond, qu'à demi, voilà qui, si la France est la France, n'est tout simplement pas concevable. Question de principe.On ne touche pas, fût-ce par ruse ou tactique, à cette sorte de principe. Car, que l'on s'y risque, que l'on joue avec ce postulat fondateur, et c'est le socle de la République, ce bien commun des Français, qui se met à vaciller. On part, fleur au fusil, à la chasse aux casseurs de gendarmeries. On se retrouve, à l'arrivée, dans la peau d'un casseur de ce dont les gendarmeries sont censées être, aussi, les gardiennes: l'esprit des lois, le génie du droit, la lettre d'une Loi fondamentale dont tout le sens est de nous dire ce qu'être Français veut dire…

Et je ne parle même pas des suiveurs qui, l'imagination des imbéciles n'ayant pas plus de limites que l'autre, se sont engouffrés dans la brèche d'une politique dont on leur serine, en haut lieu, à tout bout de champ, qu'elle doit être "sans tabou" et brisent, en effet, les derniers tabous de l'honneur et du bon sens en lançant, par exemple, cette proposition ahurissante, presque démente: coller en prison les parents de mineurs délinquants n'ayant pas respecté, notamment, leurs "obligations en termes de résultats scolaires" !

Et puis la troisième faute, enfin, tient à l'usage même du mot de "guerre" dans la "guerre nationale" déclarée par le président, toujours à Grenoble, aux nouveaux voyous. Le mot était déjà problématique quand il servait à George Bush à déclarer, aux Etats-Unis, la guerre à un terrorisme dont son prédécesseur, Bill Clinton, fit opportunément observer qu'il ne se serait pas mieux sorti d'une classique mais implacable traque policière. Il l'était, en France, au moment des émeutes de 2005 dans les banlieues, quand le premier ministre du moment, Dominique de Villepin, exhuma un arrêté datant de la guerre d'Algérie pour imposer le couvre-feu à des quartiers dont il devint clair, en un instant, que les plus hautes autorités de l'Etat, celles qui avaient pour mission de calmer le jeu, d'apaiser les esprits, de refuser l'escalade et la surenchère, bref de doser répression et discours pour isoler les délinquants et, à terme, les punir, les tenaient pour des zones ennemies.

Eh bien, il est tout aussi choquant quand c'est le président Sarkozy qui le reprend et qui, ce faisant, chaussant ces bottes de va-t-en-guerre, entérinant l'idée que la France serait engagée dans une véritable guerre intérieure, bref, répondant à l'outrance par l'outrance, à l'escalade par une autre forme d'escalade, prend un double et même un triple risque: celui, en dramatisant ainsi les choses, de distiller dans le pays une autre sorte de tension, de fièvre, peut-être de peur et, au fond, d'insécurité ; celui de venir sur le terrain des voyous, d'accepter le défi qu'ils lui lancent et de consentir, par conséquent, à cette montée aux extrêmes qui est leur imaginaire en même temps que leur projet secret ; et puis celui, enfin, de s'engager dans une bataille dont les démocraties, ces royaumes du droit et du scrupule, ont toujours su qu'elles ne sont pas équipées pour la mener et dont il n'est pas du tout certain, du coup, qu'elles sachent la gagner.

Quand les voyous parlent de guerre, c'est une provocation. Quand les Etats disent "chiche, la guerre!", cela s'appelle la guerre civile. Et c'est précisément parce que la guerre civile menace, c'est précisément parce que le lien social, partout, commence de craquer, qu'il faut tout faire pour éviter ce que les mafias-terreurs nous présentent comme inévitable – et, inlassablement, répéter : les délinquants ne sont pas des ennemis, ce sont des criminels ; les gens chargés de les neutraliser ne sont pas des soldats, ce sont des policiers ; et si cette neutralisation est difficile, si les systèmes d'incivilité contemporains ont gagné en sophistication et contraignent ceux qui s'y opposent à plus d'habileté mais aussi de fermeté, la pire des solutions serait d'en revenir à la langue martiale, rustique et, encore une fois, hautement risquée de la militarisation de l'action policière : parler de "guerre aux voyous", c'est déjà l'avoir perdue.

Alors ce sont des mots, dira-t-on. Ce ne sont que des mots, probablement dictés par des considérations politiciennes. Sauf que, dans la bouche d'un président de la République, les mots sont toujours plus que des mots et donnent à une société son souffle, son rythme, ses réflexes. Face à la montée de l'insécurité et de la haine, face à la nécessité, comme disait Michel Foucault, de défendre la société contre des hommes dont tout le programme est le nihilisme, face à l'ardente obligation, n'en déplaise à l'angélisme ambiant, de lutter contre les voyous publics et leur violence sans limite, il y a, en vérité, deux solutions.

Monter aux extrêmes donc, tenir le langage de la déchéance, de l'œil pour œil dent pour dent et de la guerre : ce ne sera jamais que la version sophistiquée du tristement fameux "casse toi, pauv'con" – et, l'exemple venant d'en haut, les comportements des citoyens s'indexant mystérieusement mais constamment sur ceux des princes, c'est la garantie d'une société fiévreuse, inapaisée, où chacun se dresse contre chacun et où le ressentiment et la haine seront très vite les derniers ciments du contrat social.

Ou éviter le piège, cesser de faire assaut de déclarations fracassantes, prétendument viriles et qui ne font, je le répète, que souligner l'impuissance des Etats, sortir, en un mot, du rang des matamores et de leur bouillante passion pour la rivalité mimétique et l'esprit de revanche – et s'en aller fouiller dans l'autre corps, celui qui, selon l'historien américain Ernst Kantorowicz (1895-1963), est fait, non de passion, mais de distance, pour y puiser audace, fermeté, mais aussi sagesse, finesse, mesure et, surtout, sang-froid. Ce sont, en la circonstance, les seules vertus qui vaillent. Mais ce sont celles dont Nicolas Sarkozy paraît, hélas !, ces jours-ci, le plus tragiquement dépourvu. »
Bernard Henri Levy
http://www.lemonde.fr/idees/article/2010/08/04/les-trois-erreurs-de-nicolas-sarkozy_1395439_3232.html



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22/11/2010
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