Critiques de notre temps

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Justice, politique et éthique

Saint-Denis de La Réunion, jeudi 11 mars 2021


La justice et la politique, entendues au sens large, que ce soit en France, ailleurs en Europe, ou dans le monde, sont-elles éthiques et appliquent-elles une éthique ? C’est une question que je me pose souvent, et à laquelle l’actualité médiatique de ces dernières heures ou de ces dernières semaines viennent fournir une réponse.

 

Est-il normal que le parlement européen puisse lever l’immunité parlementaire de M. Puigdemont et des ministres indépendantistes catalans alors que la justice espagnole menace de les condamner à une peine de prison de plus d’une dizaine ou d’une quinzaine d’années, non pas pour avoir tué, assassiné ou volé, mais simplement pour avoir proclamé l’indépendance de la Catalogne, province espagnole, conformément au souhait de nombre de catalans. Comment le parlement européen, par calcul politique, par respect des courant politiques, peut-il lever l’immunité parlementaire de certains de ses membres en faisant comme si la justice espagnole était une justice démocratique et que leur condamnation ne risquait pas d’être injuste ? Quelle éthique peut y avoir en politique en Europe ? Il y a de la noblesse et de l’inconscience dans le combat de Puigdemont et des indépendantistes catalans face à des États européens qui ne laisseront jamais aucun espoir aux velléités indépendantistes chez eux, mais seulement chez les autres, ailleurs, en Afrique, en Asie ou dans les Balkans.

 

https://www.lemonde.fr/international/article/2021/03/09/apres-la-levee-de-l-immunite-de-puigdemont-l-offensive-judiciaire-espagnole-en-europe_6072508_3210.html

 

De même, la justice elle-même réfléchit-elle aux conséquences des décisions judiciaires qu’elle prend et aux jugements et aux condamnations qu’elle prononce ? Ethiquement, de nombreuses décisions judiciaires ne sont-elles pas totalement hors de propos et déplacées. N’est-elle pas astreinte à réfléchir aux conséquences éthiques de ses choix et de ses décisions judiciaires ?

 

Premier exemple, dans les plaintes concernant le piratage de cet outil de messagerie utilisé par les pires criminels, EncroChat, n’est-il pas aberrant que la justice française se range aux côtés des criminels. «EncroChat était une messagerie cryptée réputée inviolable, utilisée par des narcotrafiquants, des marchands d’armes, des réseaux de blanchiment d’argent sale et de trafic ou de traite d’êtres humains. Et la justice française malgré cela se prononce sur des requêtes en nullité qui dénoncent l’illégalité des moyens employés». La justice française, et les juges qui la composent, peuvent-ils se mettre aux côtés des pires criminels et les protéger, sans prendre en compte le fait qu’ils protègent des criminels en faisant cela ?


Que diront ces juges devant les victimes de ces criminels ? Tant pis pour vous ? J’espère surtout que demain, ces mêmes juges ne seront pas les victimes de ces mêmes criminels. Même si c’est rarement le cas. Les juges qui libèrent des assassins, des violeurs ou des pédophiles sont rarement les nouvelles victimes de ces monstres lorsqu’ils récidivent. 

Est-ce la conformité au texte de la loi, et au respect des procédures qui doit primer sur l’éthique même de la justice, et sur l’éthique de la portée des décisions judiciaires prononcées ? 

 

https://www.lemonde.fr/societe/article/2021/03/10/piratage-d-encrochat-les-recours-se-multiplient-contre-la-justice-francaise_6072569_3224.html

 
On a un deuxième exemple dans cette plainte et ce jugement en cours au Pérou concernant un ancien président, Alberto Fujimori, poursuivi pour avoir mis en œuvre des stérilisations forcées de femmes boliviennes ! La justice bolivienne appelée à se prononcer sur cette plainte ne doit-elle pas réfléchir aux conséquences d’un tel procès et de l’éventuelle décision qui sera prise. La stérilisation forcée des hommes et des femmes sur notre planète n’est-elle pas la seule manière de limiter la croissance de la population terrienne et de ne pas nous retrouver à plusieurs dizaines de milliards d’humains sur Terre dans quelques décennies ?

 

https://www.lemonde.fr/international/article/2021/03/10/au-perou-alberto-fujimori-devant-la-justice-dans-le-dossier-des-sterilisations-forcees_6072531_3210.html

 
On a également un troisième exemple dans le procès du siècle sur l’inaction climatique du gouvernement français. Qu’elle peut être la légitimité de la justice française pour faire condamner l’Etat français, c’est-à-dire en quelque sorte tous les français, nous tous, eux également, pour un supposé inaction gouvernementale ? N’est-il pas aberrant que la justice française condamne le gouvernement français ? Vous pensez qu’en dehors de l’Europe, voire en dehors de la France, un autre pays se condamnerait lui-même par sa propre justice ? La justice de ces pays-là n’est même pas capable (ou en etat) de juger équitablement des justiciables étrangers dès lors que leurs intérêts sont contraires aux intérêts de leurs propres ressortissants. Mais en France, la justice donne non seulement raison aux justiciables étrangers, mais elle nous condamne en plus collectivement tous ensemble, à travers le gouvernement. Qui sont donc ces juges et ces rapporteurs publics pour rendre de cette manière la justice en France ? En sont-ils simplement dignes ?

 

Ils croient peut-être faire avancer la cause de la lutte contre le réchauffement climatique, à moins que ces juges ne recherchent seulement que la gloire personnelle, laisser une trace dans l’histoire, passer à la postérité autrement que comme les traîtres ayant condamné leur propre pays et leur propre gouvernement !

https://www.lemonde.fr/planete/article/2021/02/03/climat-l-etat-condamne-pour-carences-fautives-dans-l-affaire-du-siecle_6068613_3244.html

 

Et des histoires de ce type, il y en a des millions d’autres. Mais il apparaît évident à ce moment de ma présentation que chacun d’entre nous peut avoir sa propre interprétation de ce qui devrait être l’éthique à défendre dans le cas de ces différents sujets ou jugements. Entre l’appréciation du juge et l’appréciation de chacun d’entre nous sur ce qui devrait être jugé, de ce qui devrait être condamné ou non, il peut en effet y avoir une multitude de positions antagonistes.

 

Et pourtant, en matière d’éthique, peut-il y avoir plusieurs positions sur un même sujet, sur les obligations morales qui s’imposeraient aux juges ? Peut-il y avoir des positions éthiques antagonistes ? Non, évidemment que non. Dans ces différents cas recensés, il peut y avoir des jugements ou des positions politiques se basant sur des principes juridiques, ou politiques, de primauté de tels ou tels principes, mais au fond, ces divers jugements ne sont pas conformes à l’éthique. Ils ne sont pas éthiques. Ils respectent juste un principe de primauté du droit ou des principes. Rien d’autre. Il reste à définir ce que devrait être cette éthique des juges et de la justice, ou de la politique. 

 

 

Saucratès



10/03/2021
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