Critiques de notre temps

Critiques de notre temps

Pourquoi la notion de patriarcat est-elle devenue un sujet à la mode?

Saint-Denis de La Réunion, jeudi 7 mai 2020

 

Foin de Covid 19 et de confinement ; changeons de sujet de préoccupation ! On ne pense pratiquement plus qu'au confinement, il occupe vraisemblablement toutes nos pensées (entre ceux qui réagissent mal au confinement et ceux qui craignent de perdre leur emploi et de se retrouver au chômage à la fin de la période de confinement ... ou qui y sont déjà), et les informations télévisées ne parlent pratiquement que de cela. Donc, aujourd'hui, je souhaite vous parler d'un autre sujet qui, je trouve, a pris une place importante dans le débat public ces derniers mois.

 

Ce sujet, c'est le terme «Patriarcat» ! Assez régulièrement, à la télévision, des journalistes, souvent de sexe féminin, utilisent ce terme en parlant de la société actuelle et de l'organisation du pouvoir dans notre société. Bizarrement, j'avais rarement entendu ce terme de «patriarcat» dans le débat public, dans le domaine médiatique, avant ces derniers mois. Et coup sur coup, je l'ai entendu à plusieurs reprises, tout en lisant le récent livre (2019) de Heide Goettner-Abendroth intitulé «Les sociétés matriarcales - Recherche sur les cultures autochtones à travers le monde» (titre original en langue anglaise : «Matriarcal Societies, Studies on Indigenus Cultures across the Globe» - 2012-2018).

 

Qu'est-ce que le «patriarcat» ? Et à quoi s'oppose-t-il ? Heureusement, il est particulièrement simple de répondre à ma deuxième question. Le «patriarcat» s'oppose à une notion qui s'appelle le «matriarcat». Notre organisation sociale, que certaines féministes considèrent comme «patriarcale», s'opposerait ainsi à une organisation sociale dite «matriarcale». En plus simple et plus clair, ce serait l'opposition entre une organisation reposant sur le pouvoir des pères, des hommes, des vieux, contre une organisation reposant sur le pouvoir des mères, des femmes. Voilà sous une forme schématique ce que l'on entend par «patriarcat» et par «matriarcat».

 

La vraie question, ce serait de savoir pour quelle raison ce terme de «patriarcat» envahit actuellement notre espace médiatique, pour quelle raison des livres sortent sur cette opposition et surtout pourquoi ce terme envahit le discours des journalistes, en tant qu'idéologie à déboulonner, à combattre, à anéantir ? Qu'est-ce qui fait qu'un thème devient un thème à la mode, un thème plus ou moins central dans le discours médiatique ? (Même si je conviens que c'est compliqué à entendre aujourd'hui sachant l'importance et l'omniprésence dans les médias de la crise du coronavirus et de la gestion du confinement)

 

Terme à la mode, qu'il est de bon ton de critiquer, descendre, combattre. À cette heure où le pouvoir des vieux hommes est combattu à la fois par les mouvements feminins, féministes, mais aussi par les jeunes loups aux longues dents qui rêvent de remplacer prématurément les anciens, que ce soit dans le monde de la politique, de l'économie ou de la Culture. Cette offensive vise vraisemblablement à contrer toutes velleités de prendre le parti, de défendre l'exercice du pouvoir légitime par des hommes relativement âgés, blancs et hétérosexuels. Il est de bon ton pour tout homme, quel que soit son origine, son âge, son orientation sexuelle, de faire acte de foi à la nouvelle idéologie anti-patriarcat des médias et de la Culture. C'est le nouveau Mal absolu, aux côtés évidemment du fascisme (qui n'a évidemment pas quitté le devant de la scène de la détestation médiatique). De toute façon, pour tous les tenants du rejet du patriarcat, femmes, jeunes, défenseurs de la diversité, le «patriarcat» et le «fascisme» sont les deux faces d'une seule et même pièce. D'où l'obligation pour tout homme d'âge mûr ne voulant pas être taxé de facho de critiquer lui aussi le «patriarcat» !

 

Dans un deuxième article, je décrirais et critiquerais plus précisément ce livre de Heide Goettner-Abendroth (très bon livre d'anthropologie au demeurant), dont on peut déjà souligner le féminisme plus que virulent ... Une simple citation du début de l'introduction suffira, je pense, à expliciter mon interprétation :

 

«... Chaque système philosophique a toujours fait référence à l'homme et, même si ce terme était supposé inclure les femmes, il était évident que, en fait, seule la moitié masculine de l'humanité était prise en compte : l'homme était la norme, le standard de l'être humain. La moitié féminine de l'humanité n'existait pas dans les systèmes philosophiques ; «être humain» et «homme» étaient des termes interchangeables dans leur mentalité comme dans leur façon de parler européennes et occidentales. Je me sentais comme une extra-terrrestre, en proie à la perte progressive de mon identitié en tant que femme...»

 

Mais ceci n'est pas ici l'objet de mon propos, ni même de m'apeusantir sur les travers de la notion de matriarcat opposée et idéalisée face à cette notion de patriarcat que le monde de la Culture semble vouloir vouer aux gémonies. L'objet de mon propos est d'interroger l'apparition de ce concept de patriarcat dans le débat médiatique actuel. N'est-il qu'un nouvel instrument dans les mains des féministes et des penseurs du politiquement correct ? N'est-il qu'une nouvelle arme dirigée vers le pouvoir de l'homme blanc hétérosexuel âgé, une nouvelle façon de déligitimiser l'exercice de son supposée  pouvoir sur la société occidentale ? 

 

Ou bien n'est-ce essentiellement qu'un effet de mode de la part des journalistes de tout milieu, de tout sexe, de toute orientation sexuelle, une manière de coller à l'air du temps, une manière pour eux de démontrer qu'ils ont des lettres et qu'ils sont au courant des derniers ouvrages parus ? Et au fond, la simultanéité des attaques de ces journalistes et des féministes qui ont fait de la lutte contre le système patriarcal une obsession et un nouvel angle de d'attaque n'est-il au fond qu'une pure coïncidence, autant que l'ère médiatique qui régit désormais notre monde permet de croire en une telle forme de coïncidence ?

 

 

Saucratès



07/05/2020
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