Critiques de notre temps

Critiques de notre temps

La montée des populismes

Réflexion une (mardi 11 septembre 2018)

Une montée inéluctable des populismes ?

 

Un article intéressant du Monde d'hier 10 septembre traitait de la montée d'un vote populiste, d'extrême droite, voire raciste, dans le plus parfait et le plus emblématique des États européens : la Suède. Comment ce modèle d'intégration, d'inclusion, de vivre ensemble, pouvait-il voir une telle montée des idéaux et d'un vote d'extrême-droite ?

https://www.lemonde.fr/idees/article/2018/09/10/la-suede-un-pays-europeen-comme-les-autres_5352960_3232.html

 

Mais peut-être que la réponse, la raison concernant la Suède est à chercher ailleurs. La Suède est un pays parfait où l'égalité entre les hommes et les femmes est érigée en paradigme, ou l'idée même de ségrégation et le racisme est niée. Mais comment peuvent faire ceux qui ne se retrouvent pas dans cette perfection, qui ne trouve pas normal qu'on nie les différences physiologiques entre les hommes et les femmes, ou que l'on place sur le même plan d'égalité toutes les religions, qu'elles soient autochtones comme le protestantisme ou le catholiscisme, ou importées récemment comme l'islam ? Ces hommes et ces femmes qui ne se retrouvent pas dans le discours de la perfection, des politiques parfaits proches de leurs administrés, ont simplement choisi cette possibilité du vote protestataire d'extrême droite. Et ce vote devrait prendre de plus en plus d'ampleur, comme dans les autres pays d'Europe, ou plutôt faudrait-il dire dans les autres pays occidentaux.

 

Un autre article encore plus intéressant à été publié dans le Monde Diplomatique de septembre 2018, en pages 22 et 23 : «Libéraux contre populistes, un clivage trompeur», de Serge Halimi et Pierre Rimbert. Les auteurs rappellent les nombreux renoncements et mensonges des dirigeants de droite ou de gauche de ces dernières décennies. Comme ils l'écrivent, «en gouvernant à rebours de leurs promesses, les dirigeants libéraux, de droite comme de gauche, ont conforté ce soupçon à l'issue de presque chaque élection.»

 

 - «Élu pour rompre avec les politiques conservatrices de ses prédécesseurs, M. Obama réduit les déficits publics, comprimé les dépenses sociales et, au lieu d'instaurer pour tous un systeme public de santé, impose aux américains l'achat d'une assurance médicale à un cartel privé.»

 

 - «En France, M. Nicolas Sarkozy retarde de deux ans l'âge de la retraite qu'il s'était formellement engagé à ne pas modifier ; avec la même désinvolture, M. François Hollande fait voter un pacte de stabilité européen qu'il avait promis de renégocier.»

 

 - «Au Royaume-Uni, le dirigeant libéral Nick Clegg s'allie, à la surprise générale, au Parti Conservateur, puis devenu vice-premier ministre, accepte de tripler les frais d'inscription universitaires qu'il avait juré de supprimer.»

 

 - «En 1992, rappelle le journaliste Jack Dion, les Danois ont voté contre le Traité de Maastricht : ils ont été obligés de retourner aux urnes» (et ils ont servi d'exemples au reste de l'Europe de ce qu'il ne fallait pas faire si on ne voulait pas etre exclu de l'Europe comme cela allait être le cas des pauvres Danois ... qui sont d'ailleurs toujours dans l'Europe ... normal, ils ont bien voté par la suite me direz-vous).

 

 - «En 2001, les Irlandais ont voté contre le Traité de Nice : ils ont été obligés de retourner aux urnes.»

 

 - «En 2005, les Francais et les Neerlandais ont voté contre le Traité constitutionnel europeen (TCE) : celui-ci leur a été imposé sous le nom de Traité de Lisbonne.»

 

 - «En 2008, les Irlandais ont voté contre le Traité de Lisbonne : ils ont été obligés de revoter.»

 

 - «En 2015, les Grecs ont voté à 61,3% contre le plan d'amaigrissement de Bruxelles - qui leur a été quand même infligé.»

 

Et on pourrait y rajouter l'exemple plus ancien de l'élection en 1995 de M. Jacques Chirac, élu sur la promesse de combattre la fracture sociale, et qui appliqua en 1995, puis en 2002, une politique au seul bénéfice des puissants et des riches, comme un bon homme politique de droite ...

 

De ces multiples exemples, il en ressort effectivement que les promesses des hommes politiques ne les ont jamais engagés une fois élus, et qu'ils ont effectivement tous appliqué, qu'ils soient de droite ou de gauche, la même politique libérale avec les mêmes programmes de réductions des dépenses sociales, de destruction des lois protectrices des salariés, pour toujours plus de libéralisme, de marchéisation de l'économie, au bénéfice des super-riches, des banques, des grandes entreprises et des grandes firmes !

 

Les auteurs de l'article du Monde Diplomatique soulignent également la proximité économico-idéologique entre les dirigeants libéraux et les dirigeants populistes qui sont élus pour les remplacer, comme Donald Trump aux Etats-Unis, Viktor Orbán en Hongrie, Jaroslaw Kaczyński en Pologne ou Matéo Salvini en Italie. Les uns et les autres sont simplement des défenseurs du capitalisme, du libéralisme, des grandes entreprises et des plus riches, même si les populistes défendent «un capitalisme véhiculé par une autre culture, illibérale nationale et autoritaire, exaltant le pays profond plutôt que les valeurs des grandes métropoles.» Ce que sous-entend aussi cet article, c'est que les populistes de gauche comme Bernie Sanders aux Etats-Unis, Jeremy Corbyn au Royaume-Uni ou les membres de Podemos ou de la France Insoumise, sont également des partisans de cette même démocratie illibérale, d'une démocratie expurgée des travers de la démocratie. 

 

Au-delà de ces deux articles, il en ressort un ensemble cohérent. Les mensonges et les politiques libérales menées par tous les hommes politiques de droite comme de gauche depuis des dizaines d'années ont creusé le sillon du populisme, que ce soit hier Orbán, Salvini ou Trump, ou demain Le Pen en France entre autres. Chaque nouvel essai de porter un autre homme politique au pouvoir, qu'il soit afro-américain aux États-Unis ou jeune et inconnu en France ou au Canada, conduit à la mise en place de la même politique néo-libérale. Qu'en sera-t-il demain ? Les électeurs continueront-ils à nouveau à se mobiliser pour empêcher une nouvelle fois l'élection possible d'un leader populiste, raciste, ou ouvertement xénophobe ? Ou bien une majorité de ces électeurs se diront-ils qu'après tout, cela ne devrait pas être très différent avec ce populiste qu'avec ces prédécesseurs ultra-libéraux ? Et je ne pourrais pas leur jeter la pierre. Pour la France, l'exemple de l'élection de Macron et la politique qu'il mène en est un parfait exemple. La majeure partie de son électorat doit se sentir particulièrement floué par sa politique depuis un an, hormis les électeurs de droite qui avaient compris que le candidat ni de droite ni de gauche était simplement un pur néo-libéral de droite ! Dans quatre ans, un échec éventuel de Macron offrira un boulevard à l'extrême droite francaise, à moins d'une apparition et de la victoire d'un islam politique comme l'a décrit Michel Houellebecq dans son livre «Soumission» (victoire du candidat islamique soutenu par l'ensemble des vieilles formations qui se croient démocratiques et bien-pensantes).

 

Mais la morale de cette histoire est à chercher ailleurs selon moi. La victoire des leaders populistes et leur extension dans tout l'espace occidental me rappelle fortement l'essor des fascismes dans les années 1930-1940. Leur cortège de discours politistes, les tentatives de guerres commerciales que certains d'entre eux développent à outrance, tout ceci rappelle les grandes heures de l'Entre-Deux-Guerres et de la Grande Dépression. Stopper cette machinerie me semble être devenu presque impossible, parce que ce qui est en cause, comme l'indique cet article du Monde Diplomatique, c'est le raz-le-bol des électeurs qui voient non seulement des hommes politiques élus violer leurs engagements de campagne, mais surtout que les politiques économiques et étatiques mises en place sont toujours uniquement favorables aux plus riches, aux plus puissants, aux dirigeants eux-mêmes et à leurs proches ou à leurs amis ! Face à ceci, il n'y a pas d'espoir. 

 

En 1945, les États européens survivants, libérés, ont mis en place un nouveau contrat social articulé autour du partage d'idéaux communs : nationalisations, protection sociale collective, lois protectrices. Plus de soixante dix années après, tout ceci a été remis en cause et les derniers vestiges sont en voie d'être jetés aux orties, pour prétendre d'être plus efficace, plus efficient !

 

C'est l'élan de 1945 qu'il faut retrouver. Etre capable de mettre en œuvre des politiques qui ne soient plus favorables aux seuls grands propriétaires et aux seuls maîtres du capitalisme, mais au contraire qui soient pensées pour l'intérêt du plus grand nombre. Alors seulement, les jours des populismes seront comptés. Comme en leur temps les jours des fascismes furent comptés !

 

 

Saucratès



11/09/2018
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