Critiques de notre temps

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De l'enseignement - Bis

Réflexion six (dimanche 15 juillet 2018)

Réforme du baccalauréat et orientation scolaire et universitaire

 

Que faut-il penser de la réforme du baccalauréat que nous prépare le gouvernement et le ministre de l'éducation nationale ? Et que faut-il penser plus largement des déboires de la plateforme «Parcours sup» et de l'orientation scolaire puis supérieure de nos enfants et des jeunes gens en général ? 

 

Je m'appuierai pour ce dernier point de l'article du Monde suivant, qui me semble intéressant. On n'y trouve donc des témoignages de jeunes gens et de jeunes filles qui n'ont pas voulu suivre des études scientifiques mais ont privilégié les études littéraires ou techniques, ou bien n'ont pas intégré la voie d'excellence des classes préparatoires aux grandes écoles, pour privilégier l'Université ! Et ils ne se sont pas sentis épaulés par leurs proches ou leurs enseignants ! 

https://www.lemonde.fr/campus/article/2018/07/13/eleves-brillants-ils-ont-choisi-d-etudier-hors-de-la-voie-royale_5330731_4401467.html

 

Certes ! Mais il me semble neanmoins que ce genre de témoignages devraient être compensés par des témoignages inverses/contraires, de jeunes gens ayant choisi la voie technologique sans que personne ne les alertent sur les choix qu'ils faisaient (ni proches, ni enseignants) et qui se retrouvent avec un baccalauréat décoté hors de la branche technique qu'ils avaient choisi, et de perspectives de carrière et d'évolution professionnelle complètement bouchées. Parce que pour un élève brillant auquel on déconseille de s'enfermer dans des études sans rapport avec ses capacités intellectuelles ou scolaires, et qui ne se sent pas soutenu, combien d'autres élèves souffrent a contrario de leur choix d'orientations, qui ne leur permet pas de déboucher sur les études qu'ils souhaiteraient ?

 

J'ai ainsi connu un jeune qui s'est orienté vers un baccalauréat en école hôtelière parce qu'une personne de son entourage avait eu beaucoup de difficulté à décrocher son bac en filière scientifique (après deux redoublements). Tous ses proches trouvaient ainsi très pertinent de le voir s'orienter dans cette branche, parce que ce jeune aimait faire la cuisine ! Mais le résultat aujourd'hui, c'est que ses seuls débouchés professionnels, c'est d'être serveur dans des hôtels restaurants. Son baccalauréat ne lui pas permet de faire grand chose d'autres. Il doit avoir un Bac+2 dans le domaine de l'hôtellerie et il ne pourra guère faire autre chose dans sa vie. Accessoirement, il n'aime même plus faire la cuisine. Et le métier de serveur ne l'intéresse plus trop non plus. C'est en plus un métier particulièrement dur. 

 

Combien de milliers d'expériences de ce genre peut-on entendre ? Même chose ; on a le discours d'un jeune qui a abandonné Sciences-Po parce qu'il ou elle se sentait en train de changer (au lieu de vouloir changer le monde). Mais ce sont des choses extrêmement normales et fréquentes, et de tout temps. Des jeunes se rendaient compte que l'école ou les études dans laquelle ils étaient inscrits ne leur convenaient pas, trop commerciales, trop techniques, trop élitistes et ne correspondaient pas à leurs aspirations ! Ces témoignages, c'est un peu comme si ces jeunes découvraient la vie et qu'ils étaient les premiers à découvrir une façon nouvelle de vivre ! Mais ce n'est pas le cas ! Et il est aberrant que le journal Le Monde, par une présentation partisane et partiale, donne à découvrir cette réalité complètement factice et veule faire croire que le truc vraiment tendance c'est de sortir de la voie royale des écoles préparatoires pour faire ce que l'on veut faire ! 

 

Les journalistes du Monde sont-ils des manipulateurs ou bien viennent-ils eux aussi de découvrir la vie ?

 

On en revient ainsi à notre sujet primaire de la réforme du baccalauréat. Réforme qui se base également sur l'idée de casser les filières d'excellence scientifiques pour homogénéiser le baccalauréat et l'orientation ultérieure des futurs bacheliers. À ce sujet là, comme le précédent article, il m'a toujours semblé clair que l'orientation scolaire était toujours une orientation par défaut, par l'échec. C'était vrai il y a trente ans comme avant. Soit on n'était capable de suivre la voie principale, terminale C avant les années 1990, terminale S depuis, soit on en n'était pas capable et on était orienté vers des voies moins brillantes selon l'endroit/le niveau où on échouait ! Schématiquement, en généralisant à outrance, hormis les jeunes qui choisissaient une autre voie, si on échouait au collège, on était dirigé vers l'enseignement professionnel (les LEP de mon temps). Si on échouait en seconde, on était orienté vers des Bac techniques ou littéraires. Et si c'était en première, on était dirigé vers le Bac D de mon temps (ES aujourd'hui). Chaque autre BAC était de moins en moins élitiste en fonction de l'écart d'avec le bac C ou S ! Je ne vois rien que de très commun et naturel dans tout cela, même si certes, il est nécessaire de connaître les codes et les usages pour savoir s'orienter ou pour conseiller utilement nos enfants ! Mais en même temps, toute cette organisation repose in fine sur le travail scolaire des enfants. Il faut travailler pour s'en sortir. C'est la méritocratie, même si ceci est évidemment profondément inacceptable pour un communiste ou un socialiste moyen, pour lequel il faut combattre les classes moyennes par tout moyen pour les empêcher de s'auto-reproduire.

 

Petit délire ... Quelle idée de récompenser les résultats scolaires des enfants ! Mais quelle aberration ! Il vaut certainement mieux favoriser des critères sociaux ou d'origine ethnique pour égaliser les chances et casser les classes moyennes, puisque la méritocratie, pour les socialistes/islamo-gauchistes comme pour l'ex ministre de l'éducation nationale, est une simple forme de reproduction des classes moyennes ... Je m'égare ? Je médis ? Je déforme ? Non, juste un petit délire ... Et d'une manière très amusante, je suis aussi largement opposé à la nouvelle réforme de l'éducation nationale et du Baccalauréat, qui n'émane pourtant pas d'un islamo-socialo-gauchiste.

 

Pour en revenir à ma préoccupation première, à savoir la transformation du Bac pour y intégrer une forte dose de contrôle continu, et l'impossible équité que cela imposerait, je m'appuierais sur un autre article publié dans le journal Le Monde.

https://www.lemonde.fr/campus/article/2018/07/10/le-bac-est-il-donne-a-tout-le-monde_5328877_4401467.html 

 

Comme lui, j'estime qu'il est illusoire de croire que les notes de contrôle continu puissent être équitables entre les différents établissements scolaires : «Il s’agit sans aucun doute d’un des problèmes majeurs soulevés par la nouvelle organisation du baccalauréat avec l’instauration d’un contrôle continu important. Pour réduire une inégalité inévitable dans les pratiques de notation, la réforme du baccalauréat prévoit l’organisation de partiels dans chaque établissement à partir de sujets établis au niveau national par le ministère. Cette initiative est bienvenue. Toutefois, les pratiques de notation sont différentes selon les établissements.

 

Un 15/20 d’un élève de terminale scientifique inscrit au lycée Louis-le-Grand n’est pas comparable à un 15/20 d’un élève scolarisé dans la majorité des lycées de banlieue. Pour prendre en compte ces différences, sur la plate-forme d’orientation en 1re année d’études supérieures Parcoursup, certaines universités ont pondéré les notes des candidats, notamment en accordant des bonus à certains lycées compte tenu du classement des établissements. Cette démarche d’équité, a priori séduisante, est pourtant inappropriée. Outre un classement des établissements discutable, ce classement est ordinal (il définit un ordre du premier au dernier) mais il n’est pas cardinal (il ne définit pas des niveaux de compétences moyens des établissements). Ainsi, à une différence importante dans le classement des lycées peut correspondre une différence faible en termes de niveau moyen des élèves.»

 

Ces quelques phrases illustrent parfaitement le problème que va créer l'instauration du contrôle continu comme méthode d'évaluation pour le Baccalauréat ! Il est impossible de comparer et d'égaliser les échelles de notation entre les différents lycées d'une ville et encore moins de la Nation. Chaque jeune n'aura pas une chance égale d'obtenir le Bac et une mention selon qu'il étudie dans un lycée difficile de banlieue ou un lycée prisé élitiste. D'une certaine façon, cela va devenir l'inverse de ce qui existe aujourd'hui. Actuellement, il faut fuir les lycées difficiles de banlieue où le niveau est plus faible. Demain, il faudra fuir les lycées élitistes pour rejoindre des lycées difficiles où les contrôles communs seront beaucoup plus simples, plus accessibles, et votre enfant aura certainement beaucoup plus de chances d'obtenir son Bac avec une mention !

 

Le problème des échelles de notation et des sujets d'exercice, comme de toute forme d'évaluation, c'est qu'il ne s'agit pas d'une appréciation objective, fondée et mathematique, mais d'une appréciation subjective et surtout relative. Un enfant est toujours évalué en comparaison de ses coreligionnaires dans un processus de notation. Il est plus facile d'être parmi les meilleurs élèves dans un lycée difficile que dans un lycée élitiste ou à Louis Le Grand ! Plus facile également d'être dans les meilleurs dans une classe de cancres que dans une classe de matheux ! C'est donc un peu comme si cette réforme avait pour objectif de décourager les élèves et leurs parents de rejoindre les lycées privés (ou boîtes à Bac) quand ils le peuvent, pour les pousser à rejoindre les établissements publics difficiles de banlieue. C'est une politique ?

 

Evidemment, les algorithmes d'affectation de «ParcoursSup» tendent pour l'instant à privilégier les lycées élitistes en surpondérant les moyennes de leurs élèves. Mais qu'en sera-t-il demain lorsque ces lycées prisés aux très bons résultats au Baccalauréat afficheront des résultats très en retrait des autres lycées parce que leurs étudiants partiront avec des moyennes de contrôle continu très inférieures à celles des autres lycéens des établissements moins élitistes ? Sera-ce la fin des lycées privés élitistes ? Est-ce l'objectif de ce gouvernement Macron/Philippe ? Ce que les socialistes sous Mitterand n'ont pas réussi faire (réformer l'enseignement privé), un gouvernement de droite/centriste le réussira-t-il ? Mais dans quel intérêt ?

 

 

Saucratès



15/07/2018
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