Critiques de notre temps

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Le phénomène des Bandes de jeunes - et la redécouverte par les médias de la Lune

Saint-Denis de La Réunion, samedi 27 février 2021


Le phénomène des bandes de jeunes, et leur antagonisme, est-il quelque chose d’aussi nouveau et récent que semble le laisser imaginer la surprise et le désarroi des journalistes et des commentateurs politiques devant les incidents et assassinats survenus entre bandes de jeunes en France ces derniers jours ? Pourquoi les journalistes, dès lors qu’il survient un fait divers douloureux, comme un meurtre ou un assassinat, ont-ils toujours besoin de sembler redécouvrir la Lune, ont-ils besoin de mettre en œuvre un intense battage médiatique ? 

Il existerait donc des bandes de jeunes dans nos villes et cités tentaculaires, et ces bandes de jeunes seraient en conflit les unes avec les autres, au lieu de gentiment cohabiter ensemble, partager des pots de l’amitié, et partager les ressources rares ! I am really choking !!! Bienvenue hors du monde idéal de bisounours de Messieurs et Mesdames les journalistes. Voilà la vraie vie  !

 

https://www.lemonde.fr/societe/article/2021/02/26/les-bandes-un-phenomene-difficilement-chiffrable_6071260_3224.html

 

https://www.lemonde.fr/societe/article/2021/02/26/rixe-de-boussy-saint-antoine-sept-mineurs-mis-en-examen-dont-un-pour-meurtre_6071277_3224.html

 
Il semble donc que Mesdames Messieurs les journalistes vivent en dehors de la vraie vie, et ne la redécouvrent que lorsque des événements dramatiques se produisent, lorsque des faits divers rémunérateurs (en terme de potentiel de lecteurs) leur font découvrir l’existence de l’envers du décor, hors de leur beau monde.

 

J’ai pour ma part toujours entendu parler de l’existence de bandes de jeunes, même si mes exemples sont reunionno-centrés. Je devrais même dire dyonisio-centrés ... De mon temps, dans les années 1980-1990, on parlait ainsi de l’antagonisme entre les bandes de jeunes des quartiers du Chaudron, du Moufia, de la cité Cow-boy des bas du Moufia, et de la cité Far-ouest. Malheur au jeune d’un de ces quartiers qui osait tomber amoureux, sortir avec une fille d’un autre quartier, s’il était attrapé par les gars de la bande d’en face, sur le terrain de la bande d’en face.

 

Il devait d’ailleurs exister des lieux neutres, vraisemblablement les églises, où les jeunes de quartiers différents pouvaient se rencontrer, se voir, se fréquenter, mais sans trop s’exhiber, sans trop se faire voir. Quelques livres d’anthropologie urbaine, ou d’anthropologie sociale, ont dû traiter de cette question sociale pour la ville de Saint-Denis de la Réunion.

 

Et ces bandes de jeunes devaient et doivent exister dans toutes villes ou villages de France dès lors qu’il s’y trouve ou trouvait un nombre suffisant de jeunes gens pour constituer un groupe. Le livre et le film de la Guerre des Boutons ne raconte pas autre chose, au milieu du siècle précédent. Et j’ai également retrouvé la même histoire racontée dans le livre «Le cheval d’orgueil», de Pierre-Jakez Hélias, au fin fond du pays Bigouden et des Pen-Sardines, pour les années 1900-1920. Les bandes de jeunes, à cette époque-là, voyaient aussi s’affronter les écoliers et les collégiens des écoles et collèges publics et ceux des écoles et collèges privés, et pas uniquement ceux de bourgs différents. Cela a toujours été comme ça !

 

Que ce soit en plein milieu de nos cités urbaines modernes, ou au fin fond des campagnes de la France historique, il a toujours existé un phénomène de bande de jeunes, plus ou moins jeunes, qui défendent leur territoire, et leurs ressources, et notamment la plus précieuse d’entre toutes, les jeunes filles en âge de se marier, de la convoitise des bandes de jeunes des autres villages, des autres villes, des autres quartiers, des autres cités ! C’est peut-être triste, même si cela débouche rarement sur des meurtres, vraisemblablement parce qu’il y a toujours un ou des adultes qui ont été informés du piège ou de l’expédition punitive, ou qui simplement passaient par là, et qui réussissaient à faire fuire, à mettre en déroute, la meute déchaînée. 

Cela servait d‘exemple, c’était utilisé comme un exemple, cela pouvait aussi servir de prétexte à des vengeances ou à des expéditions punitives, et vraisemblablement, cela a dû conduire, partout dans le monde, à des décès prématurés. 

Je ne pense pas que quelque chose ait particulièrement changé, juste nos journalistes qui redécouvrent brutalement que le monde n’est pas exactement le monde de bisounours qu’ils croyaient, qu’il existe une vraie vie pas loin, juste derrière le boulevard, hors de leur quartier merveilleux et de leur maisonnée si tranquille, que les méchants ne sont pas seulement les méchants du Rassemblement National et les populistes tels Donald Trump ou Victor Orbán, mais qu’ils peuplent les gentilles cités qui les entourent, où il n’y a pas seulement des gentils islamistes et adorables islamo-gauchistes qui éduquent les jeunes !

  

 
Saucratès



27/02/2021
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