Critiques de notre temps

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La COP 15 sur la désertification de mai 2022 et la question foncière

La COP 15 sur la désertification de mai 2022 et la question foncière

 

Par Saucratès 

 

Istanbul, samedi 13 août 2022

 

Tout le monde a plus ou moins entendu parlé des COP sur le climat qui traitent du réchauffement climatique et des mesures à prendre pour limiter les hausses des températures terrestres. On en est à quelle COP déjà ? En fait, on en est arrivé à la COP 26, qui s’est tenue du 31 octobre au 12 novembre 2021 à Glasgow, au Royaume-Uni.


Mais la convention cadre sur le climat des Nations-Unies n’est pas la seule convention cadre des Nations Unis pour laquelle sont organisées des COP (conférences des parties). Ainsi, le 20 mai 2022, à Abidjan, s’est achevéé la quinzième conférence des parties (COP15) contre la désertification. D’ailleurs on parle aussi des conférences sur la biodiversité.

 

Pas de mouvements des jeunes écologistes et collapsologistes occidentaux (et surtout européens), lors de cette COP15 sur la désertification. Pas de couverture médiatique en Occident et en France notamment. Un article du Monde au debut de la COP15 et un article à la clôture de la COP15 ; voilà tout ce que Le Monde juge important de raconter sur cette convention. Pas d’articles tous les jours, pas d’articles dithyrambiques sur les futurs annonces de M. Macron. Rien. Le strict minimum syndical. 

https://www.lemonde.fr/planete/article/2022/05/21/a-la-cop15-contre-la-desertification-de-grandes-declarations-mais-aucune-decision-politique-majeure_6127076_3244.html

 

https://www.lemonde.fr/afrique/article/2022/05/09/cote-d-ivoire-la-cop15-contre-la-desertification-s-ouvre-a-abidjan_6125312_3212.html

 

L’histoire nous dira si même un seul représentant du gouvernement français était présent à cette conférence, s’il avait fait le déplacement. Très vraisemblablement, on y trouvait quelques dirigeants ou cadres de l’Agence française de développement, s’il n’avait rien de mieux à faire ce jour-là. Au cas vraisemblablement où il y aurait quelques juteux contrats de prêts à signer. Mais l’Afrique intéresse-t-elle encore la France et l’AFD (à moins que cette dernière n’est encore changée de nom pour faire disparaitre les quelques liens qui subsistent encore avec son auguste histoire de la Caisse centrale de la France libre) ? Mais participer à une conférence où il n’y a même pas un grand dirigeant d’un pays occidental présente-t-il le moindre intérêt ?

 

La COP 15 (qui s’est tenue du 9 mai au 20 mai à Abidjan) contre la désertification s’achève donc sur une impression d´insuffisence et d’insatisfaction. Son président était Alain-Richard Donwahi, président ivoirien de la COP 15. Les mesures prises à l’issue de cette conférence telles qu’indiquées par le journal Le Monde:

 

- Accélération de la restauration d’un milliard d’hectares de terres dégradées d’ici à 2030

 

- Renforcement de la résilience face à la sécheresse en identifiant l’expansion des zones arides

 

- Amélioration de l’implication des femmes dans la gestion des terres

 

- Prise en compte, pour la première fois, de la question foncière. La mise en place d’un régime foncier constitue un pré requis indispensable à une lutte efficace contre la dégradation des terres, et par conséquent, à la survenance des conflits et des déplacements de populations.

 

Et sur ces points-là que je souhaite intervenir. D’abord sur cette redécouverte de l’implication des femmes dans la gestion des terres. Je ne pense pas correspondre à ce que l’on appelle un féministe convaincu ; bien au contraire. Je me vois plutôt comme un masculiniste. Et pourtant, sur ce point-là, je ne comprends pas. Dans toutes ses sociétés africaines ou non africaines touchées par ce processus de désertification, les femmes ont culturellement toujours été chargée de la gestion des terres, de la gestion des ressources issues de la terre, de la même manière que les hommes étaient majoritairement chargés, en lien, avec l’activité de la chasse. Que l’on ait pu retirer aux femmes africaines, dans les sociétés étatiques, la gestion traditionnelle des terres et de la nature est une totale aberration.

 

Je crois que je dois reconnaître ma profonde erreur sur mon refus de reconnaissance de l’existence d’une organisation patriarcale de la société occidentale, et plus largement mondiale, qui a administrativement combattu et détruit l’organisation matriarcale, ou simplement équilibrée, des sociétés humaines antérieures au contacts avec les sociétés patriarcales occidentales ou chinoises, en un mot modernes.

 

Je devrais notamment faire mon mea culpa à l’égard d’une anthropologue que j’ai violemment critiquée sur ce point. Il existe un biais, qu’il faut bien appeler ‘patriarcal’, qui cherche à nier et à retirer toute existence et toute responsabilité, non pas aux femmes, mais au féminin. Une femme qui agit comme un homme ne gêne pas l’organisation patriarcale de la société (ainsi des dirigeantes comme Thatcher ou Merkel) ; elle lui donne un vernis d'égalité entre les sexes. Non, ce qui semble gêner le système patriarcal, c’est l’existence d’un pôle féminin différent et fondateur au sein de la société traditionnelle.

 

De la sorte, que la COP 15 reconnaisse simplement le rôle des femmes, du genre, n’est pas une grande avancée. C’est juste triste qu’il faille attendre 2022 pour que des dirigeants de grands pays africains ou autres reconnaissent la place légitime, centrale, primordiale que les femmes ont occupé de tous temps dans toutes les sociétés humaines, et encore plus dans les sociétés traditionnelles.

 

Le deuxième point qui m’affole concerne la question foncière. «La mise en place d’un régime foncier constituerait-il vraiment un pré requis indispensable à une lutte efficace contre la dégradation des terres ?» En dehors de l’Europe, il n’existait pas de régime d’accaparement par des individus des terres agricoles. Seule existait par le passé la propriété collective par des communautés des terres lui appartenant, dont la communauté pouvait confier l’entretien et l’usage à certains de ses membres, en fonction de leur besoin. Cela a été le principe qui a gouverné le monde jusqu’à l’ère moderne. Et seule la colonisation du monde par les occidentaux a conduit à généraliser la privatisation et l’accaparement des terres par des grands propriétaires, le plus souvent occidentaux. La possession des terres par des communautés villageoises est le fondement de toutes les sociétés humaines, de toutes les organisations humaines hors de l’Europe. 

Seule la gestion par des communautés du foncier peut permettre de régler les questions de son entretien, de sa gestion. Les aborigènes australiens avaient organisé la mise à feu régulière des terres qui appartenaient à leurs communautés. Ces mises à feu régulières et contrôlées de leurs terres permettaient à chacune de ces communautés d’éviter la survenance des grands incendies que l’on observe désormais.

 

L’existence d’une propriété foncière n’est pas le premier pas vers une gestion raisonnée des ressources. C’est le premier pas vers l’accaparement des terres. C’est le premier pas pour priver des communautés de la propriété collective de leurs terres communes. C’est le nouveau combat contre les enclosures, entre la privatisation et la collectivisation des terres, entre les tenants du capitalisme et les communautés villageoises.

 

Mettre au devant de la réflexion la mise en place d’un régime foncier dans les zones sahéliennes ou désertiques, c’est se conformer à une vision occidentale de la propriété privée, de la confiscation des terres et un préalable à leur accaparement par des intérêts privés ou des multinationales. Mettre en place un régime foncier ne réglera aucun problème de désertification, que la propriété collective par des communautés villageoises ou par des tribus peut parfaitement gérer. Cela ne fera que régler, ordonnancer le monde en fonction des désidérata, des règles des occidentaux et des financeurs !

 

Comment se fait-il que les points de vue des communautés villageoises soient à ce point ignorées et niées par les instances telles les Nations Unies ou les financeurs internationaux, ou simplement par les COP sur la désertification qui les concernent en premier lieu ? 
 
 
Saucratès



13/08/2022
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