Critiques de notre temps

Critiques de notre temps

Le sujet des rythmes scolaires

Réflexion 3 (mardi 24 juin 2014)
Les résultats de l'enquête PISA 2003

 

L'enquête PISA (programme international pour le suivi des acquis des élèves) réalisée en 2003 sous l'égide de l'OCDE portait sur quarante-et-un pays, dont onze hors pays de l'OCDE. Les élèves concernés par cette enquête sont les élèves nés 1987, âgés de 15 ans en 2003. L'échantillon a porté sur 183 établissements scolaires, au sein desquels une trentaine d'élèves au maximum sont sélectionnés aléatoirement (soit au total environ 5000 élèves). Une classe d'âge (les élèves de 15 ans par exemple) étant de l'ordre de 800.000 à 850.000 individus, la représentativité de cette enquête est un peu supérieure à 0,5% des élèves âgés de 15 ans. A noter que par rapport à l'enquête effectuée trois ans plus tôt (en 2000), c'est la culture mathématique qui a été plus particulièrement étudiée dans cette enquête.
http://cache.media.education.gouv.fr/file/22/0/5220.pdf

 

Le premier enseignement de l'enquête PISA 2003 est que «en culture mathématique, point majeur de l'évaluation 2003, comme en culture scientifique, la France obtient un score de 511 points, ce qui la situe, dans les deux cas, significativement au-dessus de la moyenne des trente pays de l'OCDE. C'est en résolution de problèmes que la France affiche ses meilleures performances (519 points), tandis qu'en compréhension de l'écrit son score reste dans la moyenne de l'OCDE, comme lors de l'évaluation 2000 dont c'était l'objet principal. Parmi les pays de l'OCDE, la Finlande et la Corée sont toujours très bien situées dans chacun des domaines. C'est également le cas pour l'Australie et le Canada parmi les pays membres de l'OCDE et Hong Kiong (hors OCDE). Le Japon fait, lui aussi, toujours partie des pays très performants en mathématiques, sciences et résolution de problèmes, mais pas en compréhension de l'écrit.»

 

Pas de grandes évolutions donc pour ce qui concerne la France entre les enquêtes PISA 2000 et 2003, avec des moyennes assez proches de leur niveau de 2000. «Sur l'ensemble des vingt-cinq pays qui avaient déjà participé à PISA 2000, la performance globale est en hausse en mathématiques, tandis qu'elle est restée stable en compréhension de l'écrit et en sciences. En France, les tendances observées ne sont pas tout à fait les mêmes : c'est en sciences qu'un progrès est constaté, tandis que les performances en mathématiques et en compréhension de l'écrit se maintiennent à un niveau similaire à 2000. On gardera à l'esprit que, pour chaque domaine, la comparaison est fondée sur environ vingt-cinq items repris de l'évaluation 2000.»

 

Par contre, une lecture graphique de l'évolution de la position de la France par rapport aux autres pays étudiés donne une impression de recul, puisqu'en 2000, la France semblait se trouver dans un groupe des dix premiers pays en terme de résultats, tandis qu'en 2003, la France semble plutôt se placer entre la douzième et la quinzième place dans chacun des domaines étudiés. On voit ainsi apparaître dans les pays ayant les meilleurs résultats des pays comme Hong Kong (non retenu dans l'enquête PISA 2000 et qui truste les premières places en 2003) ou la Corée du Sud (qui n'apparaissait pas sur le graphique de 2000). Par ailleurs, des pays comme le Danemark ou la République tchèque, qui affichaient des résultats inférieurs à la France en 2000, se placent en 2003 au-dessus de la France dans tous les domaines. C'est également le cas de l'Allemagne qui dépasse désormais la France dans trois des quatres domaines recensés, alors qu'elle se plaçait derrière la France dans chaque domaine en 2000.

 

On peut donc avoir dès 2003 une impression de recul relatif de la France dans ce classement PISA, avec un recul des élèves français d'environ cinq à sept places dans ce classement. Néanmoins, il s'agit de ne pas oublier les limites statistiques de cet exercice qui étaient déjà rappelées lors de l'enquête PISA 2000, où les moyennes des pays placés dans un intervalle de 10 points au-dessus et en-dessous sont considérées comme non-significativement différentes.

 

La culture mathématique a été découpée en quatre sous-domaines (ou champs) : espaces et formes (géométrie) - variations et relations (lecture de graphiques) - quantité (nombre, calculs) - incertitude (staistiques et probabilités). En 2000, les élèves français avaient enregistré leurs meilleurs résultats en géométrie plane et en lecture de graphiques. Leurs performances étaient peu élevées dans les situations algébriques et numériques. En 2003, les champs espaces et formes ainsi que variations et relations enregistrent à nouveau les meilleurs résultats des élèves français, au-dessus ou largement au-dessus de la moyenne des pays de l'OCDE. Les scores pour les deux atres champs sont par contre plutôt dans la moyenne, certaines parties de l'enquête (probabilités) ne faisant d'ailleurs pas partie du programme étudié par les élèves de 15 ans, au collège ou en seconde.

 

En culture scientifique, trois compétences sont évaluées dans PISA : «décrire, expliquer et prédire des phénomènes scientifiques», «comprendre des investigations scientifiques» et «interpréter des faits et des conclusions scientifiques». «Les items les mieux réussis par les élèves français, relativement à la moyenne internationale, se situent dans cette compétence.»

 

L'enquête PISA 2003 permet toujours de chiffrer l'ampleur de l'impact du redoublement sur les résultats des élèves français. Elle permet toujours de faire apparaître les écarts entre d'un côté, les élèves à l'heure, n'ayant jamais redoublé dans leur cursus scolaire, et scolarisés en classe de seconde générale et technologique (score moyen de 564 en culture mathématique - il s'établissait à peu près à 560 en 2000 en compréhension de l'écrit)  «supérieur aux scores moyens de Hong Kong ou de Finlande, pays qui arrivent en tête du palmarès international.» (comme je l'ai néanmoins déjà indiqué, il est difficile de comparer les résultats d'une partie des meilleurs élèves à une moyenne générale d'un autre pays, pays qui regroupe vraisemblablement également des différences de niveau, sauf à vouloir démontrer que la France devrait se débarrasser d'une partie de ses jeunes, les moins efficaces scolairement !), et de l'autre côté les élèves en retard, scolarisés en troisième («score de 467 soit 100 points de moins que leurs camarades à l'heure, résultat qui les situe au niveau des scores moyens du Portugal et de l'Italie» - en 2000, en compréhension de l'écrit, ils obtenaient un score de 440). «Les élèves encore en quatrième à 15 ans (deux ans de retard) sont, avec un score de 401 à plus de 150 points de leurs camarades à l'heure, juste au-dessus du score moyen des élèves mexicains de 15 ans.»

 

Pour contrôler cet impact du redoublement, les tests PISA avaient été appliqués à un échantillon comparable des autres élèves de troisième, pour vérifier si leurs résultats se rapprochaient des élèves en retard de troisième ou des élèves à l'heure de seconde. «Il apparaît que l'écart de performance entre les élèves à l'heure de troisième et les élèves à l'heure de seconde est faible (environ 25 points).» ... «Le fait que les élèves à l'heure aient les mêmes résultats en troisième et en seconde ne signifie certainement pas que l'action pédagogique de la classe de seconde n'apporterait rien aux élèves. En fait, il faut voir là la traduction logique du choix effectué pour construire le protocole des épreuves de PISA : la capacité des jeunes adultes de 15 ans approchant de la fin de la scolarité obligatoire, quel qu'ait été leur parcours scolaire, à exploiter leurs connaissances et compétences pour faire faire face aux situations de la vie réelle. Cette conception est peut-être plus proche de celle en débat à propos du socle commun que de celle des programmes d'enseignement de nos différents niveaux scolaires.»

 

Point supplémentaire à noter. A la différence de l'enquête PISA de 2000, le compte rendu réalisé sur l'enquête PISA 2003 fait apparaître des différences chiffrées entre les filles et les garçons. Ces différences sont conformes aux présupposés habituels, supposant que les garçons sont plus forts en maths, et les filles plus fortes en français. «Parmi les élèves français, on observe des différences importantes entre les filles et les garçons. Sur l'échelle de culture mathématique de PISA, la différence de scores entre sexes est significative en France, avec 8 points de score à l'avantage des garçons (scores de 507 et 515 points respectivement). L'écart est bien supérieur en compréhension de l'écrit où il atteint 38 points, cette fois en faveur des filles. En culture scientifique comme en résolution de problèmes, aucune différence n'est observée.»

 

 

Réflexion 2 (lundi 23 juin 2014)
Les résultats de l'enquête PISA 2000

 

Le programme international pour le suivi des acquis des élèves (PISA) évalue certains aspects de la préparation à la vie adulte des jeunes de quinze ans. Ce programme est mené sous l'égide de l'OCDE, et étudie trois domaines : la compréhension de l'écrit, la culture mathématique et la culture scientifique. La première étude PISA s'est tenue en 2000 et portait essentiellement sur la compréhension de l'écrit. Il était prévu dès 2000 que l'étude PISA 2003 étudierait principalement la culture mathématique tandis que l'étude PISA 2006 s'intéresserait plus spécifiquement à la culture scientifique.
http://cache.media.education.gouv.fr/file/2001/42/2/ni0152_22422.pdf

 

L'étude PISA 2000 portait sur trente deux pays, appartenant majoritairement à l'OCDE (plus le Brésil, le Lichtenstein, la Lettonie et la Russie). Celle de 2003 portait sur quarante-et-un pays, dont onze pays hors OCDE. Celle de 2006 se basait sur les résultats de cinquante-six pays dont vingt-six ou vingt-sept extérieurs à l'OCDE. Enfin, les enquêtes PISA 2009 et 2012 intégraient les résultats de soixante-quatre pays (ou économies partenaires). Ces enquêtes évoluent ainsi dans le temps et s'intéressent aussi prioritairement à des sujets parfois différents, avec un nombre d'états étudiés qui passe de 32 pays en 2000 à 64 pays en 2009 et 2012.

 

Quels sont les principaux enseignements que l'on pouvait retirer de l'enquête PISA de 2000 ?

 

1) «Sur l'ensemble de l'évaluation en compréhension de l'écrit, la France se situe dans la moyenne des pays participants, avec un score de 505, légèrement supérieur à la moyenne internationale, mais pas de manière significative.» A noter que la France obtient un score de 517 en culture mathématique en 2000 et de 500 en culture scientifique. A noter qu'il existe aussi des enquêtes internationales antérieures aux enquêtes PISA, à savoir les enquêtes reading literacy en lecture et TIMSS en mathématiques et en sciences, mais les comparaisons sont apparemment difficiles.

 

2) «La position de la France dans un tel palmarès international cache en fait des performances variables selon les activités proposées. L'analyse des résultats par item permet de mettre en évidence cette variabilité. En compréhension de l'écrit par exemple, pour plus de 20% des items testés (29 sur 129), la France se classe parmi les cinq premiers pays alors qu'elle se situe dans les dix derniers pour 29 autres items. Ce constat incite à la prudence quant à l'interprétation des palmarès qui ne constituent en somme qu'une moyenne de résultats disparates et non une mesure unidimensionnelle robuste d'une compétence de portée générale.» Il est amusant de constater que cette prudence affichée en décembre 2001 sur la base des résultats de 2000 est totalement oubliée par les hommes politiques analysant les résultats des enquêtes PISA dans les années 2010-2014 !

 

3) En compréhension de l'écrit, trois compétences étaient étudiées : s'informer (score des jeunes français de 515), interpréter (score un peu supérieur à 500) et réagir (score de 496). En culture mathématique, l'enquête distinguait des compétences en géométrie plane, dans la lecture de graphiques et dans des situations numériques et algébriques. «En culture mathématique, les résultats des élèves français semblent étroitement liés aux programmes scolaires ainsi  qu'aux types de question. La bonne réussite en géométrie plane est, sans aucun doute, due à son importance dans les programmes. De même, la maîtrise de lka lecture de graphiques est très certainement induite par l'emploi et l'exploitation de tels supports tout au long de la scolarité, tant en mathématiques que dans les autres disciplines.» 

 

4) «De manière générale, les élèves français ont tendance à s'abstenir de répondre aux questions ouvertes soit à cause des difficultés d'expression écrite, soit par crainte de fournir une réponse fausse, soit enfin, parce qu'ils sont habituellement peu sollicités sur ce type de questionnement.»

 

5) Enfin, les résultats des élèves français présentent une grande diversité fonction des niveaux scolaires. «Les élèves de 15 ans en retard obtiennent des résultats nettement inférieurs à ceux des élèves à l'heure ou en avance, scolarisés en lycée général et technologique et dans une moindre mesure en lycée professionnel.» Ainsi, la moyenne des élèves de seconde en compréhension de l'écrit atteint environ 560 alors qu'elle est inférieure à 460 pour les élèves de troisième. En culture mathématique, la moyenne des élèves de seconde est proche de 570 contre proche de 470 pour les élèves de troisième. Et pour la culture scientifique, la moyenne ressort à 560 pour les élèves de seconde contre 440 pour les élèves en troisième. «On se gardera d'interpréter ce constat comme une évaluation de l'effet d'un redoublement. D'une part, les élèves de 15 ans en troisième ont pour nombre d'entre eux redoublé, soit au début de l'élémentaire,, soit au début du collège ; d'autre part, il est normal qu'en moyenne les élèves de troisième aient - quel que soit leur âge - des compétences moins développées que leurs camarades des lycées. En revanche, on retrouve ici un constat classique : le fait d'avoir redoublé est un indicateur d'échec scolaire à un certain moment de la scolarité mais aussi un prédicteur de l'échec scolaire futur.»

 

6) «Les résultats des élèves de 15 ans scolarisés en seconde professionelle se rapprochent de ceux des élèves de troisième. Il s'agit d'une population particulière : généralement issus de milieux défavorisés, ils n'ont pas connu, durant leur parcours scolaire, d'échecs se traduisant par un redoublement. On peut penser qu'ils ont volontairement choisi la voie professionnelle.»

 

7) La France se classe entre la huitième et la dixième place dans les trois domaines évalués par PISA (compréhension de l'écrit, culture mathématique et culture scientifique). Quelques pays affichent de meilleurs résultats : La Finlande, le Canada, l'Australie et l'Irlande en compréhension de l'écrit, le Japon, la Finlande, l'Australie et le Canada en culture mathématique, et le Japon, la Finlande, la Grande-Bretagne et le Canada en culture scientifique. «La Finlande et le Japon restent parmi les pays qui obtiennent les scores les meilleurs à ce type de comparaison internationale. Les pays anglo-saxons (à l'exception des Etats-Unis) obtiennent généralement des résultats supérieurs aux moyennes. En Europe, la France se situe toujours devant l'Allemagne, arrive en tête des pays latins et devance les pays d'Europe de l'Est. Elle a des résultats du même ordre que les Etats-Unis, sauf en culture mathématique où son score est nettement supérieur.» 

 

Mon prochain article portera sur l'enquête PISA de 2003 et les enseignements qui en avaient été tirés à l'époque. A noter qu'il n'est nullement question en 2000 de résultats différents en fonction du sexe ou de l'oriigine ethnique (immigration de première ou de seconde génération). Ces notions ne semblent apparaître qu'à partir des enquêtes PISA 2009 et 2012.

 

 

Réflexion 1 (mercredi 18 juin 2014)
Retour sur une décision gouvernementale abracadabrante

 

Je souhaitais ensuite parler de la réforme gouvernementale concernant les rythmes scolaires. Il s'agissait d'une promesse électorale du candidat François Hollande lors de l'Election présidentielle de 2012, mais plus largement d'une idée fixe des socialistes en matière d'éducation.

 

Le premier à m'en avoir parlé il me semble en 2012 avait été mon petit garçon (on l'appellera Nicolas) qui avec sa classe tenait une sorte de journal de la campagne électorale. Il avait 8 ans à l'époque et il était en classe de CM1. Donc, Nicolas avait débarqué un jour de l'école, complètement remonté contre François Hollande, qui voulait lui voler son mercredi hebdomadaire de repos, ainsi qu'une partie de ses vacances scolaires. Du jour au lendemain, il s'est transformé en anti-hollandiste acharné et en pro-sarkoziste convaincu.

 

Je suis presque sûr que si à l'époque, les enfants scolarisés en primaire avaient eu le droit de vote, François Hollande n'aurait jamais été élu à la Présidence de la République ! J'espère juste que ces enfants n'oublieront jamais cette décision absurde de François Hollande et des socialistes.

 

Evidemment le sujet des rythmes scolaires est plus vaste que cette petite introduction familiale que j'en donne. Les décisions politiques du gouvernement s'appuient sur un certain nombre d'avis de spécialistes éclairés !

 

Il y a d'abord les avis des chronobiologistes selon lesquels les rythmes scolaires doivent être concentrés sur les créneaux horaires journaliers au cours desquels les enfants sont les plus attentifs. Selon de nombreux chronobiologistes, les trop longues coupures les week-end désynchronisent les enfants en leur permettant de se coucher plus tard, les trop longues périodes de vacances scolaires sont également néfastes aux apprentissages ... A ce sujet là, ma position est très simple.

 

- Premièrement, je suis sûr que de tels personnages défendraient également que l'esclavage était bien meilleur pour la santé des travailleurs (les week-end de deux jours qui se suivent, quelle horreur ... et les congés payés, mauvais pour la productivité des salariés et des entreprises !) que nos droits sociaux occidentaux !

 

- Deuxièmement, depuis quand considère-t-on les positions des spécialistes comme légitimes dans leur domaine de compétence ? Ferait-on confiance à un banquier ou à un financier pour tout ce qui concerne les lois sur la Finance ou la Banque, pour traiter des questions d'endettement et de finances publiques ? On les a laissé faire tout ce qu'ils voulaient pendant des décennies et ils ont failli détruire l'économie mondiale et emporter toutes nos économies dans leur folie destructrice. Pourquoi faudrait-il avoir plus confiance dans les positions des spécialistes en chronobiologie ?

 

- Troisièmement, il risque d'y avoir autant de positions divergentes que de spécialistes de la question, entre ceux qui indique une chose (les enfants sont plus attentifs le matin) et ceux qui indique autre chose (créneaux privilégiés de 9h30 à 12h et de 14h30 à 17h).

 

La deuxième analyse repose sur la dégradation de la position de la France au sein d'enquêtes internationales comparatives sur les résultats éducatifs des différents états : les enquêtes PISA et PIRLS. Pour mémoire, les enquêtes PISA (programme international pour le suivi des acquis des élèves) émane de l'OCDE et couvre une soixantaine de pays (65 en 2012), dont une trentaine de pays de l'OCDE (34 en 2012). La première enquête PISA est sortie en 2000 et la plus récente date de 2012, sur la base d'un rythme triennal. La France recule régulièrement dans les différentes enquêtes PISA successives, en 2000, 2003, 2006, 2009 et 2012. Il est ainsi intéressant de lire les différentes analyses qui ont été publiées au fil des années sur les résultats des enquêtes PISA.

 

En 2009, la France obtenait la moyenne dans les trois capacités étudiées : lecture (496), maths (497) et sciences (498). Mais les critiques les plus importantes portées contre le système éducatif français ne porte pas tant sur les résultats bruts eux-mêmes, que sur leur hétérogénéité en fonction du milieu social des enfants (les milieux favorisés réussissent mieux que les milieux défavorisés) ou leur appartenance a des minorités ethniques, de première ou de deuxième génération. Accessoirement, on observe aussi une discrimination concernant le sexe, les filles réussissant mieux que les garçons, avec un écart qui atteint 40 points en lecture (insupportable discrimination que le gouvernement évidemment ne combattra pas !). Du coup, je trouve bizarre de vouloir combattre et dénoncer des discriminations de milieu ou ethniques, mais de trouver naturelles des discriminations de genre, sous prétexte qu'elles sont favorables au sexe féminin (ce serait au bénéfice du sexe masculin, par contre, je suis sûr que les bien pensants proposeraient d'y remédier !).
http://www.cafepedagogique.net/lesdossiers/Pages/2010/08122010-pisa.aspx

 

Je serais forcément amené à revenir sur les résultats de ces enquêtes, justement parce que les réponses qui ont voulu y être apportées par le gouvernement, le ministère de l'éducation et les clampins socialistes qui se pressent autour de François Hollande ne me satisfont pas du tout.

 

Je vais ainsi revenir sur ces différentes enquêtes, pour lesquelles je vais transmettre des liens permettant de retrouver les données brutes et des analyses de première main. J'y reviendrais dans de prochaines analyses.

- L'enquête PISA de 2000
http://cache.media.education.gouv.fr/file/2001/42/2/ni0152_22422.pdf

- L'enquête PISA de 2003
http://cache.media.education.gouv.fr/file/22/0/5220.pdf

- L'enquête PISA de 2006
http://www.education.gouv.fr/cid20804/l-evolution-des-acquis-des-eleves-de-15-ans-en-culture-mathematique-et-en-comprehension-de-l-ecrit.html
http://media.education.gouv.fr/file/2008/41/7/ni0808_22417.pdf
http://media.education.gouv.fr/file/2008/92/8/NI-08-08_23928.xls

- L'enquête PISA de 2009
http://www.education.gouv.fr/cid75400/l-evolution-des-acquis-des-eleves-de-15-ans-en-culture-mathematique-et-en-culture-scientifique.html
http://cache.media.education.gouv.fr/file/2010/99/6/NIMENJVA1023_161996.pdf
http://cache.media.education.gouv.fr/file/2010/02/9/NI-10-23_162029.xls

L'enquête PISA de 2012
http://www.education.gouv.fr/cid54176/pisa-2012-les-performances-des-eleves-francais-de-15-ans-restent-stables-en-comprehension-de-l-ecrit-et-en-culture-scientifique.html
http://cache.media.education.gouv.fr/file/2013/92/9/DEPP_NI_2013_31_eleves_15_ans_France_selon_PISA_2012_culture_mathematique_baisse_performances_augmentation_inegalites_depuis_2003_285929.pdf
http://cache.media.education.gouv.fr/file/2013/92/5/DEPP_NI_2013_30_evolution_acquis_eleves_15_ans_comprehension_ecrit_culture_scientifique_Premiers_resultats_evaluation_internationale_PISA_2012_285925.pdf
http://cache.media.education.gouv.fr/file/2013/92/0/DEPP_NI_2013_30_donnees_evolution_acquis_eleves_15_ans_comprehension_ecrit_culture_scientifique_Premiers_resultats_evaluation_internationale_PISA_2012_285920.xls
http://www.oecd.org/pisa/keyfindings/pisa-2012-results-overview-FR.pdf

 

Au delà de ces analyses à venir, je voudrais réagir sur quelques éléments. Tous ceux qui ont déjà des enfants devraient pouvoir me comprendre. Comparer les résultats de ses enfants est extrêmement difficile. Mais expliquer ces différences par des questions de milieu social ou d'appartenance ethnique est une réduction de la réalité. Il y a des critères personnels qui interviennent dans les différences observées, qu'il est réducteur de rapporter à un milieu social ou ethnique. J'ai deux enfants, l'un qui adore lire (le deuxième que j'ai appelé ici Nicolas) et l'autre, l'aîné de mes enfants, que je n'ai jamais réussi à intéresser à la lecture, qui ne lit absolument pas. Je dois surveiller les heures de coucher du deuxième et d'extinction des lumières, et pas du premier qui n'a jamais lu le soir. Même milieu social, même origine ethnique, mais une soif de lecture totalement différente, et peut-être une capacité de compréhension du français très différente au même âge. Est-ce le fait d'être aîné ou benjamin qui influe sur ce comportement, est-ce une compétence individuelle particulière en matière de lecture (le plaisir de lire ou bien une capacité à combiner imagination et lecture) ? En tout état de cause, on peut observer des différences importantes au sein d'une même famille qui s'expliquent par des raisons totalement différentes du milieu social ou du milieu ethnique. Je doute donc de la pertinence de ces mêmes seuls arguments dans le cadre d'une enquête comme l'enquête PISA, au niveau d'une nation. Les écarts de sexe, de place dans la famille ou de compétences particulières me semblent tout autant pertinentes que celles concernant le niveau social ou l'appartenance ethnique.

 

Autre élément de réaction, j'ai également lu dans l'une des analyses qui avait été faite de l'enquête PISA de 2009, que les auteurs indiquaient que c'était «comme si l'Ecole française abritait trois systèmes éducatifs différents (pour les différences en capacité de lecture entre les immigrants de première génération - à 420 en lecture - ceux de seconde génération - à 448 - et les autochtones - à 502)». Les auteurs rapprochaient ainsi ces résultats de notre système éducatif «de la Thaïlande ou de Trinidad pour les immigrants de première génération, du Chili pour les immigrants de deuxième génération, et de la Norvège pour les autochtones». Mais pour ces pays de référence, il s'agissait également de moyennes, entre des bons ou très bons résultats, et des mauvais résultats, s'expliquant aussi par toute une autre série de facteurs d'explications. La comparaison et l'analyse ne me semble ainsi n'avoir aucune pertinence !

 

Enfin, toujours sur la méthodologie scientifique, au vu de tous les croisements d'origine ethnique et de milieu social, il est possible de s'interroger sur la représentativité et la qualité statistique de ces résultats. Il ne s'agit pas d'une enquête portant sur l'exploitation des résultats à des tests de l'ensemble des enfants français. Il ne s'agit que d'un échantillonnage de quelques milliers d'enfants pour la France, choisis de manière aléatoire entre une petite centaine d'établissements scolaires dans toute la France. Autant dire que la moindre erreur d'échantillonnage, un poids un peu trop important accordé à tel ou tel type d'établissements difficiles (zone d'éducation prioritaire) aurait un impact très fort sur les résultats finaux. Vous mettez le lycée Henri IV ou celui d'une ZEP de Sarcelles, et je pense que les résultats moyens obtenus seront fort différents.

 

(nota : ainsi l'enquête PISA de 2000 portait pour la France sur 184 établissements accueillant des élèves de 15 ans. Le tirage de l'échantillon tenait compte du type d'établissement (collège, SEGPA compris, lycée professionnel, lycée agricole, lycée d'enseignement général et technologique). Dans chacun de 184 établissements, une trentaine d'élèves au maximum étaient sélectionnés aléatoirement. L'échantillon français regroupait au total 4.673 élèves).
http://cache.media.education.gouv.fr/file/2001/42/2/ni0152_22422.pdf

 

Autre élément de réaction, les seules pistes de réflexion envisagées par le gouvernement pour améliorer les résultats des écoliers, collégiens et lycéens français portent uniquement sur le nombre d'heures et de jours d'école des écoliers, et sur des modifications des programmes. Pourtant, je suis certain que la meilleure piste d'amélioration des résultats scolaires de nos enfants passerait par une réduction du nombre d'enfants par classe. Dans toutes les classes où mes enfants sont passés, ils étaient à plus de 30 élèves par classe. Je n'ai pas souvenir d'avoir été dans des classes aussi chargées dans les années 1970 et 1980. Si le gouvernement voulait vraiment améliorer les résultats de nos enfants, il imposerait un nombre maximum d'enfants par classe au primaire, au collège et au lycée d'une vingtaine d'enfants par classe. Les enseignants auraient moins d'enfants à encadrer et pourraient effectuer plus de suivis personnalisés. Mais cela demanderait des effectifs enseignants supplémentaires, des classes supplémentaires, des bâtiments supplémentaires que le gouvernement n'est absolument pas prêt à concéder. Je suis ainsi persuadé que la dégradation des résultats scolaires que l'on observe depuis 2000 par le biais des enquêtes PISA, et depuis les années 1960 ou 1980 en dehors de ces enquêtes, s'explique essentiellement par les politiques d'économie budgétaire des gouvernements successifs de droite et de gauche, par le non-remplacement des enseignants, par le transfert vers les collectivités locales des efforts d'investissement en nouveaux bâtiments que l'Etat ne veut plus engager, et par le refus du gouvernement de s'attaquer au lobby des enseignants sur la question de la durée du travail des enseignants. Entre les années 1960, 1980, et 2010, on a augmenté le nombre des élèves, des collègiens et des lycéens par classe, au détriment de la qualité de l'enseignement et du transfert de compétences. Dans des classes de 32 à 33 élèves, malheur à l'enfant qui décroche ou qui ne comprend pas une notion. Face à des enseignants parfois démissionnaires, ou prompts à condamner l'incapacité de l'enfant à apprendre (et plus largement l'enfant lui-même considéré alors comme un enfant à problème), l'enfant en difficulté sur une notion est forcément perdu. J'ai découvert récemment, en classe de CM2, que mon fils (Nicolas) avait mal compris les notions de Nord et de Sud. Il avait confondu (inversé) les hémisphères, et à aucun moment, l'enseignante ne s'en est aperçue. Elle a continué à enlever des points dans les évaluations de mon enfant sans jamais s'intéresser au fait de savoir si ces erreurs ne s'expliquaient pas par une notion mal comprise. Je suppose que soit, cette enseignante ne devrait pas enseigner, soit l'explication réside uniquement dans le nombre trop élevé d'élèves par classe. Selon moi, cette histoire révèle également l'inanité des systèmes de notation et d'évaluation à la française, qui, si ceux-ci ne permettent de relever ce genre de difficultés, ne servent tout simplement à rien.

 

Enfin, et je terminerais sur ce dernier sujet, ce qui est mis en cause dans plusieurs enquêtes PISA, c'est la politique française de redoublement. Plusieurs enquêtes PISA signale bien effectivement que d'autres pays pays, affichant de meilleurs résultats que la France, ne procède pas à un système de redoublement et que tous les enfants d'une même classe d'âge se trouvent dans les mêmes cursus scolaires, dans des classes de même niveau. Un certain nombre d'enquête PISA faisaient ainsi apparaître que les résultats des enfants variaient énormément selon la classe où ils étaient, s'ils avaient redoublé ou non.

 

Voilà en quelques mots ce que je voulais dire sur ce sujet des rythmes scolaires et sur mon incompréhension vis-à-vis des réponses abracadabrantes apportées par le gouvernement socialiste français.

 

En clair, pourquoi le retard de la France observée dans les enquêtes PISA, concernant les élèves âgés de 15 ans, principal argument avancé par le gouvernement pour la réforme des rythmes scolaires, ne concerne-t-il aucun des éléments qui impacteraient directement les élèves concernés (disparition du redoublement, baisse du nombre d'élèves par classe, modification du système français de notation/jugement) mais va uniquement toucher les jeunes écoliers qui ne seront concernés que dans au mieux 4 à 5 ans par les enquêtes PISA ?

 

 

Saucratès



19/06/2014
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