Critiques de notre temps

Critiques de notre temps

Est-il plus grave pour un homme de tuer sa femme que pour une femme de tuer son mari ? Ou quand l'inégalité entre les sexes devient intolérable.

Saint-Denis de La Réunion, Lundi 10 février 2020

 

On parle énormément de féminicides ces derniers temps. Mais bizarrement, on ne parle pas de respect de l'égalité entre les hommes et les femmes victimes de violence. Tuer un homme ou tuer une femme vaut-il la même condamnation pénale ? Un homme et une femme ont-ils la même valeur ?

 

Deux décisions de justice rendues à quelques jours d'intervalle prouvent en fait le contraire. Et démontre une incompréhensible injustice dans les peines de prison auxquels les deux meurtriers, réellement le meurtrier et la meurtrière, ont été condamnés. Ce n'est pas que je n'y comprends plus rien. Cela fait des années, bien avant les moments #meetoo et #balancetonporc.org, que l'injustice de la Justice (mais peut-on encore appeler cela une Justice ?) me semble évidente. Nous sommes sensés vivre dans une société dans laquelle tous les citoyens sont égaux, mais en réalité, depuis quelques dizaines d'années, il y a les droits des femmes et les obligations des hommes. 

 

Le moindre féminicide fait les titres à satiété des journaux, et les homicides causés par des épouses et des femmes sont pratiquement présentés comme un juste retour des choses, comme un retour à l'envoyeur. Les féministes de tout poil ne se cachent plus pratiquement pour se réjouir. Un homme de moins, semblent-elles dire !

 

Une condamnation à treize ans de prison pour une meurtrière, et de l'autre une peine de trente années de prison pour avoir tué sa femme ; mais qu'est-ce qui peut bien expliquer une telle divergence entre les peines de prison prononcées, si ce n'est le fait que tuer un homme semble beaucoup moins grave que de tuer une femme ? 

 

La Justice, ou dirais-je l'Injustice, n'est que le reflet de la société et des inégalités de considération vis-à-vis des vies des hommes et des femmes. Il n'y a qu'à voir le nombre de marches blanches organisées dès lors qu'il y a le décès d'une femme tuée par un mari ou un petit copain jaloux ou violent, alors qu'il n'y a que des silences gênés, complices, lorsqu'un homme est assassiné par sa femme. 

 

Je n'exagère même pas. Le 15 septembre 2017, une femmes, Laurence Blerreau, a assassiné son mari, Paul Chany. L'affaire était jugée par la cour d'assisses de Lyon, ce 7 février 2020. Une condamnation à treize années de prison alors que l'avocat général avait demandé une peine comprise entre quinze et dix-huit années de prison. L'article a besoin de préciser que le mari ne frappait pas sa femme, que ce n'était pas une femme battue, que la meurtrière avait simplement tué son mari qui voulait la quitter pour qu'il ne parte pas avec quelqu'un d'autre.

  

https://www.lemonde.fr/police-justice/article/2020/02/08/homicide-conjugal-pres-de-lyon-elle-a-frappeson-mari-pour-priver-sa-rivale-du-couple-ideal_6028889_1653578.html

 

Deuxième affaire, inversement, dans la nuit du 19 au 20 novembre 2016, un homme, Abdessadek Boumajane, a assassiné sa compagne, Ninon Kesmedjian. L'affaire était jugée par la cour d'assise du Gard, du 5 au 7 février 2020. Similitude des dates, des faits, des meurtres. Mais lui a été condamné à trente années de prison. 

 

https://www.lemonde.fr/societe/article/2020/02/08/aux-assises-du-gard-le-proces-du-meurtre-de-ninon-20-ans-j-avais-peur-que-son-je-t-aime-soit-moins-fort-que-le-mien_6028867_3224.html

 

https://www.midilibre.fr/2020/02/07/morte-sous-les-coups-de-son-compagnon-le-troisieme-jour-du-proces-a-nimes,8716874.php

 

Qu'est-ce qui peut bien expliquer de telles différences entre ces deux condamnations ? Treize ans de prison pour tuer son mari et trente ans pour avoir tuer sa femme ? Un homme vaudrait-il deux fois moins cher en prison qu'une femme ? D'un côté, Laurence Blerreau ne fera que six ou sept ans de prison, et elle sortira vraisemblablement dans à peine quatre ans de prison. De l'autre côté, pour Abdessadek Boumajane, il sortira peut-être dans vingt ans de prison !

 

Est-ce la violence du meurtre qui explique la différence de traitement, l'inégalité dans les peines de prison réclamées et prononcées ? Même pas, Ninon est morte frappée à coup de tuyau d'aspirateur et de manche de balai. Paul lui est mort frappé de trente-sept coup de couteau dans le corps, dont vingt-un au niveau du coeur. Une violence au fond relativement semblable, un même acharnement, une même rage des deux meurtriers.

 

Injustice des peines prononcées mais aussi réclamées, et injustice des traitements médiatiques. Si une femme tue son mari, les journalistes ont besoin de préciser que la femme n'était pas battue, comme s'il était évident qu'une femme ne tue son mari que parce qu'il la frappe. Par contre, nulle mention ou recherche pour savoir si l'homme n'était pas battu par sa femme. Même pas imaginable. C'est connu. Seules les femmes sont tuées par des maris. Et seuls les maris battent leurs femmes.

 

Des exemples de ce types, il y en a des centaines, mais il est rare que de telles affaires se suivent autant chronologiquement. Et puis les femmes ne sont pas stupides. Il leur est tellement facile, dans cette société inégalitaire et sexiste, de se fabriquer des excuses et de se faire plaindre. Il leur suffit de dire qu'elles étaient battues. Et un ou une bonne avocate féministe se fera forte de les faire absoudre par la Justice (lol, l'Injustice) pour les horribles violences qu'elles ont vécu avant de réussir à trouver la force de se rebeller. 

 

Les mouvements #meetoo et #balancetonporc.org sont en train de faire un mal de chien à notre société française, et plus largement occidentale. Les féministes ont gagné, et celles-ci doivent jubiler à chacune de ses affaires globalement injustes. Et pas une seule voix ne se lève, pas une seule des associations de défense contre les violences faites aux femmes, pour dénoncer une aussi faible condamnation pénale à l'encontre de la meurtrière de Paul Chany. A peine si certains et certaines ne doivent pas songer à lui faire remettre une médaille, à Laurence Blerreau !

 

C'eut été un féminicide, on les aurait entendu dans toute la France hurler leur colère et dénoncer un blanc seing donné à tous les futurs meurtriers. Et le gouvernement s'en serait mêlé, pour contester et annoncer que l'assassinat devrait être rejugé, que les juges ne pouvaient accepter un tel verdict.

 

Je vis en France, dans la patrie des Droits de l'Homme ? Ce n'est plus le cas, et l'Injustice n'est plus que le lieu où les mouvements #meetoo et #balancetonporc.org décident de ce qui est bien et mal, de ce qui est normal et de ce qui est abominable. Honte à la Justice/Injustice de mon pays !

 

 

Saucratès



10/02/2020
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