Critiques de notre temps

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Quand on parle des néobanques

Quand on parle des néobanques

Par Saucratès

 

Saint-Denis de la Réunion,

Samedi 6 novembre 2021

 

Si je vous dis « Swoon », « Morning », « Wirecard », « Boon », « C-Zam » ? Est-ce que ces quelques noms là vous disent quelque chose ? A votre avis ? A quoi donc ces noms se rattachent-ils ?

 

Ce sont les noms de Fintechs et de Néobanques qui ont fait faillite ou qui ont été fermées par les autorités monétaires ou leurs actionnaires au cours de ces derniers mois. Ce sont les noms de quelques scandales financiers ou bancaires des années 2020 ou 2021. Cela fait quand même beaucoup de Fintechs et de Néobanques qui se plantent, ne trouvez-vous pas ?

 

Mais qu’appelle-t-on donc « Fintechs » ou « Néobanque » ?

 

« Les néobanques sont de nouveaux opérateurs bancaires qui viennent concurrencer les acteurs traditionnels en proposant, principalement via des applications mobiles sur téléphone, une gamme restreinte, mais à prix compétitifs, de services comme la tenue de compte ou les paiements via des cartes ou des virement. »

https://www.lerevenu.com/finances-privees/banque/quest-ce-quune-neobanque

 

De son côté, le terme de Fintech « est l’abréviation de financial technology (technologie financière), terme générique désignant tout type d’innovation technologique utilisée en appui ou pour la fourniture de services financiers. Les nombreuses transformations induites par les Fintech dans le secteur financier se traduisent par l’apparition de modèles d’activité, d’applications, de processus et de produits entièrement nouveaux. Les entreprises Fintech placent l’innovation technologique au cœur de leurs activités. Elles sont particulièrement actives dans des domaines tels que les systèmes de paiement, la notation des crédits et les conseils automatisés en investissement et font appel à l’intelligence artificielle, aux mégadonnées (big data) ou à la blockchain. »

https://www.bankingsupervision.europa.eu/about/ssmexplained/html/fintech.fr.html

 

Ces deux appellations ne sont donc pas comparables. Elles ne signifient pas la même chose, elles ne recouvrent pas forcément la même réalité. Toutes les néobanques ne sont pas des Fintechs et toutes les Fintechs ne sont pas des néobanques.

 

Et comme si cela n’était pas encore suffisamment compliqué, il existe aussi ce que l’on appelle les banques en ligne, différentes d’une certaine façon des néobanques !


- Ainsi BforBank, Boursorama, Fortuneo et Monabanq et ING Direct sont des banques en ligne, dotées d’une licence bancaire française (ou batave pour ING). Orange Bank, Ma French Bank et N26 sont des néobanques, disposant également d’un agrément bancaire, en France, ou en Allemagne (dans le cas de N26). N26, Revolut, ou Nickel, pour les plus connues, sont enfin également considérées comme des Fintechs.

 

Et comme si cela ne suffisait pas, certaines d’entre elles par ailleurs appartiennent à des réseaux bancaires traditionnels, comme

- BforBank qui appartient au Crédit Agricole, 

- Boursorama qui appartient à la Société Générale,

- Fortuneo qui appartient au Crédit Mutuel Arkéa,

- Hello Bank et Nickel qui appartiennent à Bnp Paribas,

- Ma French Bank qui appartient à la Banque Postale.

- Monabanq qui appartient au Crédit Mutuel CIC (à travers leur filiale Cofidis)

- Orange Bank qui appartient à l’opérateur téléphonique Orange, à l’origine nommé Groupama Banque, filiale de l’assureur Groupama

 

C’est même le principe de base des fondateurs de néobanques, ou des néobanques elles-mêmes : se faire racheter par une vraie banque, ou par un gros opérateur et tenter d’empocher par ce biais des importantes plus-values. La réussite commerciale, le développement du nombre de clients, n’a pour seul et unique objectif que de séduire un réseau bancaire traditionnel pour être racheté et toucher le pactole. Celles qui réussissent sont rachetées, les autres échoueront et seront liquidées !

 

Ce qui est amusant, c’est que le site Le Revenu.com indique qu’il «existe des astuces pour vérifier la fiabilité des néobanques», que «tous les superviseurs bancaires ne se valent pas, y compris en Europe». Et que «les questions de sécurité – et la robustesse des procédures - ne sont souvent qu’un élément du discours (des néobanques). Pas une réalité.»

 

Je gage qu’aux yeux du site «Le Revenu.com», les superviseurs français ou allemands ne font pas partie des pires superviseurs nationaux européens ! Mais le superviseur français (l’ACPR) a laissé la Néobanque Swoon faire faillite et entrainer dans sa chute près de 500 clients. Quant au superviseur allemand, la BaFin, elle a laissé la néobanque Wirecard prospérer pendant des années et présenter des comptes truqués, et entrainer dans sa chute 300.000 entreprises clientes. Le scandale Wirecard a d’ailleurs entraîné la chute d’un plus grand cabinet d’audit et de commissariat aux comptes de la planète : Ernst and Yung (E&Y). Et l’inaction et le caractère non approprié de l’action de supervision de la BaFin a été pointé du doigt jusqu’au parlement européen. 

 

« En août 2020, la presse révèle que les employés de la BaFin effectuaient des opérations pour leur propre compte sur les actions WireCard. Selon le Frankfurter Allgemeine Zeitung c'est au sein de l'unité chargée de la lutte contre les fraudes que les spéculations des employées auraient été les plus importantes. En octobre 2020, un rapport commandité par le Parlement européen souligne les faiblesses structurelles de la supervision de la BaFin vis à vis des FinTech. »

https://fr.wikipedia.org/wiki/Wirecard

 

Et pourtant, la France et l’Allemagne sont les états européens où les autorités de contrôle sont les moins susceptibles d’être compromises, disposent des plus gros moyens humains et technologiques, et sont les plus efficaces !... Qu’est-ce que cela donne ailleurs ? Mais au fait, qu’est-ce qu’un superviseur bancaire ou une autorité de contrôle ?

 

Ce genre d’autorités de contrôle sont une création des années 2000. Auparavant, la Banque de France appartenait à l’Etat et le législateur, l’Etat, ou la Banque centrale, créait des comités (comme le Comité national du crédit) ou des commissions (comme la Commission bancaire) pour surveiller et contrôler les établissements, qui étaient d’ailleurs aussi propriété de l’Etat en France. Et puis la mode est venue des autorités indépendantes ! Indépendantes de quoi ? Pas des élites qui les contrôlent toutes. Indépendantes du pouvoir politique, des représentants du peuple. Simplement ... Mais par contre dépendants des organismes supranationaux, indépendants comme eux-mêmes de toute forme de contrôle politique. Un monstre qui contrôle les monstres. Une possibilité pour les élites qui les contrôlent de ne plus jamais avoir à rendre compte de leurs actions auprès du peuple. 

Mais revenons-en au sujet qui nous intéresse. Ces néobanques et Fintechs qui se développent de plus en plus, qui veulent nous faire croire qu’elles vont réinventer la Lune en permanence et nous la mettre à disposition. Ou bien qui vont révolutionner le métier de la Banque.

 

Il faut je pense qu’il y ait de temps à autre des faillites de ce genre d’établissements pour que cela serve de leçon à tous ceux qui sont tellement crédules et âpres au gain.

 

La plus récente de ces faillites est donc celle de « Swoon », créée il y a trois ans par M. Quentin Hadouche, qui proposait un compte de paiement sur mobile ainsi qu’un livret d’épargne assorti d’un compte rémunéré à 3% à partir de prêts consentis à des PME. Les prêts étaient consentis par une autre entreprise de M. Hardouche, intitulée «La Financière de Garantie». Très beau nom tout à fait apte à attirer le badeau. «Ces conditions avantageuses avaient tenté près de 500 clients qui sont désormais sur le carreau, dans l’impossibilité de récupérer leurs avoirs sans savoir s’ils pourront un jour récupérer partie de leurs dépôts», victimes de leur cupidité ou de leur soif de nouveauté.

https://www.lerevenu.com/finances-privees/banque/neobanque-les-lecons-de-la-faillite-de-swoon

 
Je ne pense pas qu’aucune des mesures proposées par les autorités monétaires françaises ou européennes pour protéger les déposants ou les épargnants pourront suffire pour les mettre à l’abri des aigrefins et des gangsters compétents. Un système comme le site de l’ORIAS ou le REGAFI peut suffire à vous protéger des faux démarcheurs en produits financiers ou des banques bidons. Pas d’une Néobanque comme Swoon ou d’un dirigeant comme Quentin Hardouche. Comme indiqué, Swoon et son autre filiale «La financière de Garantie» étaient inscrite sur le site de l’ORIAS jusqu’au 10 septembre 2021. Jusqu’à cette date, ces établissements n’auraient pas dû pouvoir exercer, mais ils semblaient tout à fait autorisés à exercer.

 

On peut mettre en cause l’âpreté au gain des clients lésés, leur stupidité et leur aveuglement liés à leur soif de s’enrichir, comme je le fais moi-même. Je suis toujours mort de rire quand des personnes se plaignent d’avoir été les victimes de ces escrocs qui vous font croire qu’ils ont besoin d’aide pour rapatrier des millions d’héritage ou de sommes dérobées d’Afrique, et qu’ils ont pensé à vous pour les aider. Que des gens, tellement crédules et affamés d’argent faciles se fassent couillonner me semble extrêmement sain ! L’envie est un péché capital !

 
Mais la raison principale est à rechercher ailleurs. Les néobanques ne devraient pas être autorisées à ouvrir et à commercialiser des moyens de paiement. Elles ne devraient pas pouvoir être autorisées à ouvrir des comptes à des clients.

 

Et surtout, les clients devraient savoir qu’utiliser et ouvrir des comptes dans des néobanques est extrêmement dangereux, que l’on peut y perdre toutes ses économies. Les clients cherchent à économiser sur le prix d’une carte, sur le prix de certains services bancaires. Mais cette économie et ce goût de la nouveauté ont également un prix dont ces clients n’ont peut-être pas conscience : beaucoup moins de sécurité, de certitude de pouvoir retrouver les sommes placées. 

Je dis toujours que face à des dépôts virtuels, en compte, face à des placements financiers virtuels (comme des actions placées sur un portefeuille-titres tout autant virtuel), il vaut mieux les avoir placés dans une banque ayant pignon sur rue (c’est le cas de le dire), dont on connaît l’emplacement, dont on connaît la réalité, les guichets, plutôt que de les avoir dans une banque tout autant virtuelle, n’existant que sur internet ! Le contraire est suicidaire.

Les néobanques ne devraient pas pouvoir être autorisées à fonctionner et à concurrencer les véritables banques. Les contraintes de fonctionnement des banques (capital minimum, dirigeants autorisés par l’Acpr ...) devraient être appliquées de la même manière à tous, quel que soit la taille où l’ancienneté des établissements concernés. 

Reste le fait que des épargnants français déposent des fonds dans ces néobanques, ou y ouvrent des comptes et y demandent des cartes bancaires. Ces derniers n’ont plus conscience qu’ils prennent des risques. Que le fait que des sommes déposées dans une banque y soient en sécurité n’est pas tellement évident en soi, n’est pas obligatoire ou normal, mais correspond à une exception. Le système de garantie des dépôts français (et européen) est tellement bon, a tellement bien fonctionné, qu’aucun épargnant français ou européen ne s’est retrouvé ruiné ses dernières années ou décennies suite à la faillite d’un établissement bancaire. Les épargnants ont perdu toute notion de l’existence d’un risque lorsque l’on confie ses fonds à une banque. Cela leur paraît tellement normal, évident. Les épargnants n’ont plus conscience de l’existence de ce  risque de non récupération de leurs dépôts. 

Cela remet en exergue le principe bancaire primordial : plus vous avez de perspectives de gains, plus vous prenez des risques, et plus vous risquez de perdre la totalité ou partie de votre investissement. Si vous voulez une banque, il y a un prix à payer pour la sécurité de vos fonds, pour y disposer d’une carte bancaire ou de conseils bancaires. CQFD

 

 

Saucratès

 

 

Post scriptum : J’oublie volontairement de parler d’une chose dans cette démonstration ou dans cette prise de position : l’irruption des néobanques a contraint les banques normales à évoluer, à proposer de nouveaux services comme la banque à distance, à baisser le prix de certains services comme les cartes bancaires. Cette irruption n’est pas inutile. La mise en concurrence peut avoir un effet bénéfique sur les services proposés. Par ailleurs, ces néobanques se developperaient malgré tout de la même manière à l’étranger si elles ne se développaient pas en France. La concurrence frapperait forcément un jour ou l’autre les banques françaises. Il reste l’idée que les déposants choisissant ce genre de néobanques doivent comprendre qu’ils prennent des risques importants de perdre leurs dépôts en utilisant ces établissements. Il n’est donc pas bon que ces épargnants ayant choisi «Swoon» ne payent pas le prix de leur inconscience ! Cela servira de leçon aux épargnants suivants. Sinon, c’est un jeu où l’on ne perd jamais, et ceci est très dangereux !



06/11/2021
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