Critiques de notre temps

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Sur l’Histoire enseignée dans les écoles

Sur l’Histoire enseignée dans les écoles

Par Saucratès

 

Saint-Denis de la Réunion, France, samedi 30 octobre 2021

Nouveau samedi soir sur cette bonne vieille Ile de La Réunion, bientôt reconfinée ? Et il me faut trouver un nouveau sujet de discussion, tout trouvé parce qu’il s’agit des dialogues entretenus avec quelques lecteurs du site internet de ZINFOS974 (autrement appelés zinfonautes).

 

Le sujet est donc le débat sur la place de l’enseignement de l’histoire dans les programmes scolaires d’un État comme la France, ou d’une région comme la Guyane ou La Réunion.

 

Tout est venu d’une ancienne interview de Mme Christiane Taubira-Delanon, interview dans laquelle elle avait fait état de sa honte, de sa rage, lorsque enfant, on lui faisait apprendre et réciter ce que certains appellent le mythe de «nos ancêtres les gaulois». Cette expression a-t-elle été inventée, et popularisée, par Henri Salvador, ou bien appartient-elle réellement aux programmes scolaires qui ont été appris et inculqués à Mme Christiane Taubira-Delanon enfant, et aux zinfonautes comme Bokapola ou Lodiab ? Et ce pseudo-mythe est-il encore appris à nos marmailles dans les cours d’école ?

Au fond, ce n’est pas tant la question qui est intéressante mais plutôt le principe même de l’enseignement de l’histoire d’une Nation, d’un État comme ferment d’une conscience nationale. Faut-il apprendre à nos jeunes, quelque soit leur origine ethnique, quelque soit l’endroit où ils habitent, quelque soit l’endroit dont viennent ou descendent leurs ancêtres, l’histoire de la France et de son peuplement, ses grands hommes, ou bien faut-il au contraire respecter l’histoire personnelle et familiale de chacun de ces enfants ou de ces jeunes. Aurait-il fallu apprendre à l’enfant Christiane Taubira-Delanon l’histoire de ses propres ancêtres, ou aux enfants Lodiab et Bokapola l’histoire de leurs ancêtres réunionnais ? 

Evidemment, pour ma part, j’ai ma réponse. Il y a de cela très très longtemps, j’ai été scolarisé au Sénégal, à l’école des frères Maristes, en classe de CM1 et de CM2. Et j’ai même retrouvé une photo de ma classe à cette époque là. Première surprise, le nombre de gamins et de gamines sur cette photo de classe s'élevait à 44. Et je n’ai pas souvenir d’avoir eu des difficultés à apprendre malgré ce nombre élevé d’enfants dans ma classe. Nous étions quelques enfants d’occidentaux dans cette classe mais j’ai parfaitement souvenir des leçons d’histoire et de géographie où on nous enseignait l’histoire du Sénégal, l’histoire des invasions Almoravides, des rois Toucouleurs et des empereurs Peuls qui s’étaient succédés dans le peuplement du Sénégal. J’en ai un souvenir très précis, que j’ai retrouvé, dont je me suis souvenu en lisant les livres d’histoire de l’Afrique publiés sous couvert de l’UNESCO.

 

Je ne sais pas si, comme les enfants Lodiab, Bokapola ou Taubira-Delanon, je considérais cette histoire comme inutile parce que j’étais un petit français blanc et que ce n’était pas mon histoire, ou bien si cette histoire m’intéressait à cause de son étrangeté pour un petit blanc qui quelques mois plus tôt vivait dans sa Charente maritime et apprenait l’histoire des rois français et de ses ancêtres les gaulois. Je ne sais pas si comme eux, je me sentais offensé parce qu’on me forçait à apprendre une histoire qui n’était pas la mienne, celle de mes ancêtres.

 

A moins que je n'étais un enfant moins fermé, moins obtus, moins persuadé de ma supériorité intellectuelle ou ethnique que les enfants Lodiab, Bokapola ou Taubira-Delanon. En tout cas, ce que je sais, ce que je me rappelle, ce que j’ai retrouvé dans la magnifique collection sur l’histoire de l’Afrique publié sous l’égide de l’UNESCO, ce sont ces noms de peuples et de dynasties qui ne m’ont jamais quittés, les Almoravides (il existait un quartier et une promenade à Dakar, au bord de l’Océan, qui portait ce nom de promenade des Almoravides) et les noms des rois et des reines qui ont régné sur cette partie de l’Afrique au cours de cette période.

 

Et il m’est aussi resté un amour, un intérêt pour l’Afrique, pour l'étrangeté, qui m’ont notamment conduit à découvrir et à adorer l’anthropologie (encore appelé ethnologie). Quelle émotion, quel plaisir au sortir d’une journée harassante de travail, de se retrouver en licence d’anthropologie et d’entendre parler par des enseignants de rois sacrés, de prémices (ou prémisses) de récolte, de noms de peuple comme les Nuers, ou d’entendre parler de Madagascar, ou d’anthropologie urbaine. Le plus difficile était certainement de comprendre ou d’assimiler la différence existant entre la sociologie, l’anthropologie et l’ethnologie. Ce que j’en ai retiré, c’est au fond qu’on a plus ou moins la même différence entre sociologie et anthropologie qu’on en trouve entre la macro et la micro-économie. 

 

Pour en revenir à mon sujet, contrairement à ce qui était avancé par Bokapola ou Lodiab, je ne comprends pas pourquoi ce serait choquant, ce qu’il y aurait d’infâme à faire apprendre à des enfants d’origine diverse, l’histoire de la France et des peuples à l’origine de notre peuplement, ou à de petits français blancs habitant au Sénégal l’histoire du Sénégal, de l’Afrique de l’Ouest et de son peuplement (ou d’un autre pays).

 

Mais très vraisemblablement, les petits occidentaux et leurs parents ne cultivent pas les mêmes complexes d’infériorité ou de supériorité que nombre d’immigrés ou de natifs de lointaines contrées qui estiment que l’histoire de la France ne les concerne pas, qui rêvent déjà de la détruire en tant que nation, ou d’indépendance.
 

Donc aujourd’hui, dans une classe avec des enfants maliens, des enfants afghans et des enfants tchétchènes, ou réunionnais, il faudrait leur apprendre à chacun l’histoire de leur pays ? Mes contradicteurs sur ZINFOS me demandaient si «vous ou vos parents auraient accepté qu'on vous inculque une unique version erronée lors de vos cours d'histoire?» En quoi est-ce que l’histoire des peuls ou des toucouleurs représente-t-elle une version erronée de l’histoire (pour reprendre leurs mots) ? Je suis évidemment en total opposition avec cette interprétation de l’enseignement de l’histoire. C’est l’histoire du Sénégal et je l’ai trouvée extraordinaire.

 

Et ceux qui vivent au Sénégal et qui ne veulent pas que l’on apprenne cette histoire à leurs enfants, ou les enfants qui s’offusquent qu’on veuille leur faire apprendre cette histoire, n’ont qu’à quitter le Sénégal et repartir dans leur France chérie pour y apprendre une histoire qui leur conviendrait mieux.

 

Les propros de Lodiab et de Mme Taubira ne sont donc pas audibles. L’indigénisme n’est pas audible pour moi. Si on a cessé de faire apprendre à nos enfants, à nos jeunes l’histoire du peuplement de la France, des peuples qui l’ont fondé, constitué, sous prétexte de métissage et de culturalisme pour ne pas choquer les consciences, il y a un problème. Il y a aussi un problème de méthode d’apprentissage, puisque l’enseignant ne va plus apporter la connaissance, mais va devoir chercher à sortir la connaissance d’enfants qui ne connaissent rien.

Pour citer ces Zinfonautes :«Est-il judicieux de conformer la jeunesse et de lui imposer l'histoire d'un autre pays sans l'informer de l'histoire du pays où ses ancêtres sont nés et surtout de son héritage culturel?» J’y ai déjà répondu. C’est l’histoire du pays où ils sont nés ou bien où leurs parents ont choisi d’émigrer. Pourquoi y rester s’ils ne sont pas d’accord ? Comment étudier en classe l’histoire de tous les pays où les ancêtres des jeunes sont nés ? Faudrait-il faire des classes de maliens, de sénégalais, d’afghans, de tchadiens dans les écoles françaises pour que ces enfants soient heureux ? Et comme ces mêmes parents voudront aussi de la diversité, il faudra aussi mettre dans chacune de ces classes des enfants blancs ? Et à eux, on ne leur demandera pas leur accord pour leur apprendre une autre histoire que celle de leurs ancêtres ?

 

Au fond, il y a eu en France métropolitaine la même sensibilité. On a appris aux petits bretons, aux petits corses, aux petits occitans, aux petits basques, l’histoire de leur pays, la France. Et on les a forcé à s’exprimer en français. Cela a eu lieu plus de 50 à 60 ans avant ce que vous dites avoir vécu. Il faut lire le Cheval d’orgueil. Aujourd’hui, les écoles Diwan tentent de conserver l’enseignement du breton pour conserver cette histoire. Y apprennent-ils une autre histoire ? Cela a-t-il un sens ? Non selon moi.

 

Faudra-t-il créer des écoles créoles comme il y a eu, et qu’il y a encore, des écoles Diwan ? À moins que l’indigénisme et la théorie de la repentance mémorielle aient tellement progressé en France qu’il ne soit plus nécessaire de fonder de nouvelles écoles, payantes, chères parce que non sous contrat, et que les indépendantistes de tout crin soient désormais capables d’obliger l’éducation nationale à modifier ses programmes pour imposer l'étude des particularismes locaux ou ethniques, pour ne pas heurter les petites sensibleries des racistes persuadés par les thèses intersectionnalistes.

 

Pour la petite histoire, l’histoire de la Bretagne a une toute autre épaisseur que celle de la Reunion, ou de l’île Bourbon. Elle ne remonte pas à 1600 mais à l’histoire des celtes, plusieurs milliers d’années avant JC. Les Lodiab et les Bokapola, comme tous ceux de leur clan, semblent persuadés de la justesse de leur combat. Combattre l’hydre de la domination des méchants français qui ont envahis leur magnifique île, qui detruisent leur belle langue, qui nient leur histoire et leurs souffrances. Mais ils oublient que nous sommes très nombreux à combattre contre l’injustice, et que leurs ancêtres, eux-aussi, ont tous débarqué sur cette île à un moment ou un autre au cours des 400 dernières années ... puisqu’ils ne peuvent pas descendre des dodos qui étaient les premiers habitants de cette île et qui furent exterminés !

 

 
Saucratès



30/10/2021
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