Critiques de notre temps

Critiques de notre temps

Elles s'appellent ou s'appelaient Rahaf Mohammed Al-Qunum, Dina Ali Lasloom, Ashwaq et Areej Hamoud, Tala et Rotana Farea ...

Saint-Denis de La Réunion, le 8 janvier 2019


Elle s'appelle Rahaf Mohammed Al-Qunun, et elle risque toujours d'être tuée par sa famille ou bien d'être condamnée à mort en Arabie Saoudite si on l'y renvoie. Son crime : avoir résisté à sa famille, s'être fait couper les cheveux, vouloir abandonner la religion musulmane, refuser de porter le hidjab ... 

 

https://www.lemonde.fr/international/article/2019/01/07/menacee-par-sa-famille-une-jeune-saoudienne-demande-l-asile-depuis-l-aeroport-de-bangkok_5405917_3210.html

 

On note d'ailleurs que dans le respect des belles valeurs traditionnelles musulmanes, son frère avait tenté de la remettre dans le droit chemin en la frappant pour lui faire accepter le hidjab et de prononcer ses prières ! Vive la famille !

 

Elle a apparemment eu de la chance. À l'aeroport de Bangkok, les services de l'immigration lui avaient apparemment confisqué son passeport et ses billets d'avion et souhaitaient la renvoyer vers l'Arabie Saoudite, mais elle a réussi à alerter le Haut commissariat des Nations unies pour l'accueil des réfugiés, ainsi que la presse internationale. L'Australie, où elle avait apparemment prévu de demander asile, «a contacté le HCR et les autorités thaïlandaises pour obtenir des garanties afin qu’elle puisse accéder au processus d’obtention du statut de réfugié, a fait savoir un porte-parole du gouvernement australien».

 

Comme l'indique les services de l'immigration thailandais, selon le journal Le Monde, 

 

«Le chef de la police de l’immigration, Surachate Hakparn, avait d’abord soutenu que la jeune fille n’avait ni billet de retour, ni réservation d’hôtel et ne pouvait donc pas entrer en Thaïlande et devait retourner au Koweït, d’où elle était arrivée.

 

Le responsable de l’immigration de l’aéroport, Pruettipong Prayonsiri, avait abondé en ce sens. D’où qu’elle vienne, elle doit y rentrer, avait-il déclaré, expliquant qu’elle n’était pas une réfugiée mais une enfant que sa famille veut récupérer et que l’ambassade [saoudienne] a fait tout le travail avec nous».

 

C'est clair qu'un passager en transit ne risque pas d'avoir des réservations d'hôtel, ni de billet de retour dans le cas où cette personne veut fuir son pays ! Mieux vaut en rire !

  

Elle a eu beaucoup plus de chance que de précédentes jeunes femmes ayant elles-aussi tenté de fuir leur famille et l'Arabie Saoudite (ou d'autres pays arabes). On parle ainsi de Dina Ali Lasloom en avril 2017, qui avait été bloqué à l'aéroport de Manille aux Philippines, alors qu'elle voulait elle aussi demander asile en Australie pour échapper à sa famille saoudienne et à un mariage forcé. Mais Dona Ali Lasloom n'a pas eu autant de chance : elle avait été renvoyée par les Philippines en Arabie Saoudite, remise à ses oncles, et on n'a apparemment plus eu de nouvelles de sa part depuis cette date !

 

https://www.aufeminin.com/news-societe/mariage-force-dina-ali-saoudienne-arabie-saoudite-human-rights-watch-ong-koweit-philippines-manille-s2219245.html

 

Il y a aussi eu l'histoire des sœurs Ashwaq and Areej Hamoud, également en 2017, mais je n'ai retrouvé aucun lien, aucun article en francais sur leur histoire. Elles étaient aussi originaires d'Arabie Saoudite, elles voulaient demander l'asile en Nouvelle-Zelande apparemment, mais j'ignore ce qui leur est arrivé, si elles ont également été renvoyées en Arabie Saoudite, et dans quel pays ont-elles été interceptées (la Turquie apparemment). Et j'ignore si elles sont toujours en vie, si on a eu la moindre nouvelle de ces deux sœurs.

 

https://www.aljazeera.com/news/2017/12/saudi-sisters-fled-turkey-fear-forced-return-171222115345162.html

 

Et en 2018, il y a également eu l'affaire du décès des soeurs Tala and Rotana Farea, mortes alors qu'elles étaient sur le point d'être renvoyées en Arabie Saoudite avec leurs parents. Là aussi, pas d'articles en francais. Cela s'est passé à New-York et Il ouvrait s'agir d'un pacte de suicide passée entre les deux soeurs. 

 

https://en.m.wikipedia.org/wiki/Deaths_of_Tala_and_Rotana_Farea

 

Rahaf Mohammed Al-Qunun réussira-t-elle à échapper à sa famille et à se réfugier en Australie, et pourra-t-elle y avoir la vie dont elle doit rêver ? Cette histoire nous rappelle l'histoire des passagers Sri-lankais qui débarquent à La Réunion et qui souhaitent y demander l'asile politique ? Comment déterminer ceux qui réellement risquent la mort et ceux qui ne cherchent qu'à profiter des aides sociales et bénéficier d'une plus belle vie, poussés par des réseaux mafieux de passeurs ? Comment séparer les personnes véritablement en danger de mort (pour des motifs que l'on estime injustes) de ceux qui ne sont pas en danger de mort dans leur pays d'origine ?

 

Et comment décider de ce qui est juste et injuste ? Un criminel fuyant son pays, où il risque la prison à vie ou la peine de mort, est-ce un motif juste ou injuste ? Une jeune femme rejetant la religion musulmane, ce qui est justifiable de la peine de mort en application de la charia (ce que l'on appelle l'apostasie), comment pourrait-on décider que ce motif n'est pas un motif juste ? Évidemment, j'ai comme tout un chacun, mon opinion sur ces motifs ! Mais d'autres français d'une autre religion pourraient avoir un discours totalement différent !

 

Autrement dit, est-ce que seules les jeunes filles venant d'Arabie Saoudite refusant le mariage forcé ou voulant rompre avec l'islam peuvent-elles bénéficier de l'asile politique dû aux personnes en danger ? Et pas les hommes ni les femmes avec une famille ? C'est une putain de question à laquelle je n'ai aucune réponse à donner !

 

 

Saucratès



08/01/2019
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