Critiques de notre temps

Critiques de notre temps

De la crise financière (17)

 

Réflexion cent-neuf (25 octobre 2017)
La crise financière - Plus de dix ans plus tard

 

Il y a dix ans que le monde de la finance ne nous a pas concocté une bonne petite crise. Qu'est-ce qui se passe ? Les déséquilibres mondiaux dont se nourrissent les crises financières se seraient-ils résorbés tous seuls ces dernières années ? Le monde de la finance serait-il devenu sage et propre ? L'économie aurait-elle cessée de ne penser qu'aux profits et aux bénéfices pour s'intéresser plutôt aux humains et au bien commun ? La réponse à ces questions est : Evidemment que non ! Le monde n'a pas changé mais nous connaissons une paix financière relative depuis quelques années, avec notamment une stabilisation de la crise de la zone euro.

 

C'est une situation surprenante ! J'étais notamment persuadé depuis deux ans qu'une crise financiere nous affecterait courant 2016 puis courant 2017. Mais j'ai eu tord. Ma seule mesure de protection avait cependant seulement été de sortir des placements en actions. Les conséquences n'en sont donc pas trop graves. Mes principaux arguments étaient la régularité cyclique des crises : 1992-1993 / 1999-2000 / 2007-2009. Qu'il n'y ait toujours aucune prémisse de crise en 2017 est une incohérence devant cette régularité mécanique. Peut-être un signe que certaines mesures prises par les autorités monétaires ou politiques ont été efficaces.

 

En même temps, les signaux inquiétants ne manquent pas, mois après mois, années après années. L'élection de Donald Trump à la Maison Blanche, le régionalisme catalan, la crise avec la Corée du Nord ou avec l'Iran, la sortie du Royaume Uni de l'Union Européenne, le scandale du dieselgate, une présence massive de députés d'extrême droite en Allemagne au Bundestag, la fragilité de la situation de la dette de la Grèce mais aussi de l'Italie, l'afflux des migrants vers l'Europe au travers de la Méditerranée ... Et j'en oublie certainement beaucoup. Et pourtant les indices boursiers continuent de progresser régulièrement. Bizarrement. Ils atteignent actuellement un niveau proche de leur maxima de 2007 (le CAC 40 avait alors approché les 6.000 points) au dessus de 5.400 points après être tombés proche de 2.500 points en début d'année 2009, au pire de la crise financière.

http://www.boursorama.com/bourse/cours/graphiques/popup.phtml?mo=0&form=OUI&code=FR0003500008&symbole=1rPCAC&choix_bourse_graf=country3A33&tc=line&duree=120&pe=0&is=0&mm1=50&mm2=&mm3=&comp=0&indiceComp=1rPCAC&codeComp=&i1=4&i2=no&i3=no&grap=1&type=1&st=3&nomenu=yes

 

S'agit-il d'un signe rassurant pour autant, que les indices boursiers progressent ? Pour l'existence ou non de crise economique ou financière, il s'agit effectivement d'un signe rassurant. Pas de crise sans effondrement des indices boursiers. Pour le devenir de l'économie, pour les chomeurs, pour les jeunes qui sortent des écoles dans le monde du travail, c'est aussi un signe positif ; rien n'est pire que de sortir d'une école au cours d'une période de crise, lorsque les entreprises n'embauchent pratiquement plus par manque de débouchés. Donc effectivement, une progression des indices boursiers malgré les inquiétudes européennes ou internationales est un signal rassurant, signe que tout va encore à peu près bien sur terre, dans les pays occidentaux ... Evidemment, à nos portes, tout ne va pas aussi bien. Guerre en Syrie. Misère en Afrique qui jette sur les routes et les mers des millions de migrants. Peste à Madagascar.

 

Au fond, que représentent ces crises financières et les outils financiers mis en œuvre par les banques centrales à l'aune des difficultés de la majeure partie des habitants du monde, hors Etats occidentaux ? Se rendent-ils véritablement compte que des crises financières éclatent ou au contraire n'éclatent pas. Et les moyens financiers faramineux mis en œuvre pour résorber ces crises ou pour calmer la situation ne pourraient-ils être mieux utilisés ou servir à d'autres fins ?

 

A lire aussi des articles du Monde sur les années 2007-2017 ...

http://www.lemonde.fr/economie/article/2017/07/07/2007-2017-au-coeur-de-la-crise-qui-a-change-le-monde_5157226_3234.html

 

 

Réflexion cent-huit (6 août 2012)
La crise financière - Cinq ans déjà - Retour sur un peu d'histoire

 

Il y a exactement cinq ans, dans les premiers jours d'août 2007, la crise des crédits subprimes américains explosait sur les marchés financiers, prélude de ce qui allait devenir la pire crise financière que le monde ait connu depuis les années 1930.

http://saucrates.blog4ever.com/blog/lire-article-447196-1985888-de_la_crise_financiere__1_.html

 

Cette crise a connu des moments successifs d'amélioration et de dégradation des opinions, d'optimisme exubérant et de pessimisme excessif des marchés. Et les marchés, de trimestres en trimestres, d'années en années, ont continué à dégringoler depuis maintenant cinq ans. Les principaux indices boursiers ont commencé à dégringoler à la mi-2007, en vagues successives. Le CAC 40 est ainsi passé de plus de 6.100 points en juillet 2007 à un minimum historique d'à peine 2.500 points en mars 2009. On pouvait avoir depuis cette date l'impression que les bourses et les économies mondiales se redressaient petit à petit, mais c'était avant qu'éclate en 2010-2011 la crise de la dette souveraine en zone euro, et les nouveaux plus bas atteints à cette époque.

 

De cette époque là, on se rappelle tous quelques évènements qui ont marqué l'histoire.

- Janvier 2008 : annonce d'une perte de 4,9 milliards d'euros par la Société Générale suite au débouclage d'opérations à risques. 

- Septembre 2008 : faillite aux Etats-Unis de Lehman-Brothers et prise de contrôle par l'état fédéral américain d'AIG.

- Mars 2009 : annonce par AIG de la pire perte historique pour une société américaine (61,7 milliards USD pour le quatrième trimestre 2008 et 99,3 milliards USD pour toute l'année 2008).

 

Qui ne se rappelle pas non plus les sigles qui ont rythmé nos lectures de cette période (d'ajourd'hui encore) et que l'on a découvert à cette occasion : les CDS («credit default swap»), le 'private equity' (ou «leverage buy out») les CDO ((«Collateralized Debt Obligations» ou titres de créances hypothécaires), le 'subprime mortgage' ou crédits à risque hypothécaires, les monoliners (ou réhausseurs de crédits) ...

 

Qui se rappelle d'ailleurs des monoliners comme AMBAC Financial, MBIA, ACA Financial (filiale de Crédit Agricole), FSA (filiale de Dexia) ou CIFG (filiale de Natixis) ? Ces sociétés qui réhaussaient et garantissaient des milliards de dettes et de titres, cotés AAA par les principales agences de notation internationales avant la crise, et dont la valeur boursière et de notation ne vaut actuellement plus rien ! Monoliners qui ont couler ou ont fait perdre des milliards de capitalisation boursière à leurs actionnaires bancaires français.

 

Et maintenant, en ce mois d'août 2012, cinq ans après la médiatisation de la crise financière, que se passe-t-il ? Après une crise financière (toujours pas finie), puis une crise économique (toujours en cours), puis une crise des dettes souveraines (en cours), on assiste petit à petit à une montée des protectionnismes, même au sein de la zone euro avec des états comme la Belgique qui expulse les chômeurs d'autres nationalités de leur territoire, ce qui amène les instances européennes à s'alarmer de la montée des tensions entre états européens. Et les banques européennes (grecques, espagnoles, maltaises après celles anglaises, irlandaises et islandaises) qui continuent à avoir besoin de l'aide de leurs états européens, sans que l'on sache jusqu'où ira la crise, jusqu'aux banques de quels pays impactera-t-elle ?

 

Pour finir, un article intéressant des Echos sur les pertes des principales banques européennes :

http://www.lesechos.fr/entreprises-secteurs/finance-marches/diaporama/DIAP160312580_4A29B1-banques-europeennes-les-plus-grosses-pertes-302837.php

- Fortis : pertes de 28 milliards d'euros en 2008

- RBS (Royal Bank of Scotland) : pertes de 27 milliards d'euros en 2008 (nouvelles pertes en 2011 - ses difficultés ont valu à son ancien patron Fred Goodwin de perdre cette année son titre de chevalier).

- UBS : pertes de 13 milliards d'euros en 2008

- Hypo Real Estate : pertes de 5,5 milliards d'euros en 2008

- Commerzbank : pertes de 6,6 milliards d'euros en 2008

- Anglo Irish Bank : pertes de 12,7 milliards d'euros en 2009 et de 17,7 milliards d'euros en 2010

- LLoyds Banking Group (nationalisée après la crise financière de 2008) : perte de 7 milliards d'euros en 2009

- Allied Irish Bank : pertes de 10,4 milliards d'euros en 2010

- Dexia : pertes de 11,6 milliards d'euros en 2011

- Unicredit (première banque italienne) : pertes de 9,2 milliards d'euros en 2011

- Intesa Sanpaolo : pertes de 8,2 milliards d'euros en 2011

 

 

Réflexion cent-sept (20 juillet 2012)
De quoi le dernier sommet européen avait-il accouché ? S'agit-il d'une union bancaire européenne ?

 

Le dernier sommet européen remonte à un peu moins d'un mois. Selon les médias, ce sommet avait accouché d'une réforme majeure avec l'instauration d'un soi-disante 'union bancaire européenne' et avait vu une révolte des pays du sud de l'Europe, arrachant à la clancelière allemande des concessions majeures : l'extension du rôle du Mécanisme européen de stabilité pour la recapitalisation directe des banques en difficulté (sans passer par les Etats) et l'adoption des 'projects bonds' pour financer des dépenses en infrastructures ...

http://www.agefi.fr/fiche-blogs-wikifinance/crise-de-la-dette-l-europe-peut-et-doit-mieux-faire-1849.html

 

Il y a néanmoins une forme de théatralisation dans ce compte-rendu de ce sommet européen. Une avancée dans la mise en oeuvre d'une union bancaire était demandée par un certain nombre d'intervenants, au premier rang desquels le fonds monétaire international (FMI) et la banque des règlements internationaux (BRI). «La création d'une union bancaire pour la zone euro permettrait de desserrer l'étau de la crise de la dette et laisserait un peu plus de temps aux Etats pour poser les bases d'une stabilité durable de l'Union économique et monétaire (UEM)», déclarait cette dernière dimanche 24 juin.

http://www.euractiv.fr/fmi-appelle-europe-achever-union-bancaire-article

http://www.latribune.fr/entreprises-finance/banques-finance/industrie-financiere/20120625trib000705609/l-union-bancaire-europeenne-permettrait-aux-banques-de-souffler.html

 

Clairement, il n'y avait rien de très nouveau dans ce projet d'union bancaire européenne, dont la présentation au cours de ce sommet européen était présumée depuis fin mai 2012 (article d'Easybourse) mi-juin 2012 (La Tribune). Et il était connu que cette union bancaire ne pouvait être acceptée par l'Allemagne que si le contrôle des banques était assuré de manière centrale par la BCE.

http://www.latribune.fr/entreprises-finance/banques-finance/industrie-financiere/20120615trib000704108/le-projet-d-union-bancaire-europeenne-pourrait-etre-presente-le-28-juin.html

http://www.easybourse.com/bourse/financieres/article/23005/la-bce-appelle-a-une-reforme-du-secteur-bancaire-en-europe-pour-resoudre-la-crise.html

 

Toutefois, derrière ces annonces extraordinaires qui n'en sont peut-être pas, il nous faut nous interroger sur ce qui va réellement changer et sur ce qui reste à faire et à penser.

 

Au sujet de la supervision centrale des banques par un organisme européen unique, il y a la difficulté des normes comptables et fiscales divergentes en Europe. Cela veut faire croire que la surveillance des banques est beaucoup plus laxiste dans certains pays que dans d'autres. Cela consiste surtout à minimiser la barrière des langues (des contrôleurs parlant anglais ou allemand dans les services comptables des banques françaises, italiennes ou espagnoles). Et l'on oublie carrément que la supervision des banques implique d'avoir une connaissance de proximité des risques, de la conjoncture économique et des entreprises, qui conduit le plus souvent les équipes de contrôle à s'adjoindre le renfort de participants issus de succursales de la région (en France). Une supervision des banques menée depuis Francfort, par des euro-fonctionnaires germanophiles, ne sera pas plus efficace (inversement) que les contrôles actuels des autorités bancaires de chaque pays de la zone euro.

 

Un fond européen unique capable de renflouer directement les banques en difficulté, sans impacter les dettes des états, est évidemment une bonne chose dans l'idée d'une union bancaire, notamment parce que la crise des années 2008-2012 a suffisamment démontré que les sommes en jeu pouvaient être astronomiques et qu'elles excédaient parfois les capacités des états pris séparément. Néanmoins, encore faut-il que le Mécanisme européen de stabilité est les moyens financiers nécessaires pour recapitaliser toutes les banques qui pourraient en avoir besoin. Puisque l'on voit bien que la seule recapitalisation des banques espagnoles va peser 100 milliards d'euros et qu'il semble que le MES n'aurait pas les moyens d'effectuer une telle recapitalisation des banques françaises ou allemandes.

 

Néanmoins, ces quelques mesures masquent mal l'absence de toute réflexion sur les causes de cette crise financière et sur les mesures à mettre en place. Ce qui pose problème, c'est le modèle de la banque universelle qui existe en Europe mais également aux Etats-Unis. A l'origine, cette crise des dettes souveraines provient de l'explosion de la crise financière en 2007, et de la contamination de l'ensemble des banques occidentales par les dérivés de crédits subprime américains. Ce sont notamment les mesures de soutien aux systèmes bancaires, de relance de l'activité économique, et l'envol des dépenses sociales qui expliquent l'explosion des déficits étatiques et l'emballement des dettes souveraines. Le ralentissement de l'activité économique et son corrolaire (la diminution des rentrées fiscales) a simplement accentué ce phénomène, en même temps qu'il impactait également les bilans des établissements bancaires, auxquels les pouvoirs publics demandaient par ailleurs de continuer à financer l'économie.

 

La solution pour éviter la répétition d'une telle catastrophe, c'est d'interdire aux banques les activités de marché, de banques d'affaires, pour les limiter à la seule activité de banque de dépôts et de crédits, comme cela a longtemps été leur seul métier et leur seule occupation. C'est rétablir la séparation de ces activités, dans la droite ligne de la loi américaine de 1933 dite Glass-Steagall Act, partiellement remise en oeuvre par le Dodd–Frank Wall Street Reform and Consumer Protection Act de juillet 2010. C'est aussi l'option retenue par l'Angleterre, même si ces derniers ne visent qu'à cantonner ces activités au sein des banques (insuffisant selon moi). Le Glass-Steagall Act avait été abrogé en 1999 sous la présidence Clinton. En France, cette séparation entre ces divers métiers de banques existait également, mais elle avait été abrogée beaucoup plus tôt, avec l'adoption de la nouvelle loi bancaire de 1984.

 

Il ne faut pas croire néanmoins qu'une telle loi éliminera tout risque de cataclysme bancaire à l'avenir en Europe ou en Occident. Les banques de dépôts peuvent toujours être confrontées au risque de crédit, lié aux faillites de leur clientèle. C'est par exemple l'origine des difficultés des banques espagnoles, confrontées à l'explosion d'une bulle immobilière et aux faillites de très nombreuses entreprises. Les crises financières du dix-neuvième siècle avaient toutes pour origine de telles difficultés, notamment aux Etats-Unis, avec des faillites en cascade des banques. Mais un tel risque de crédit est beaucoup plus facile à surveiller et contrôler que les risques financiers actuels, où l'on peut voir des pertes de plusieurs milliards d'euros survenir en quelques heures sur les marchés financiers, sur des produits dérivés.

 

Au-delà même des banques, c'est également le métier de l'assurance qu'il faut reréglementer, pour éviter que des catastrophes n'y surviennent dans les prochains mois ou années. Ce sont des métiers désormais aussi dangereux que le marché du crédit subprime américain, avec le développement de la banque-assurance, qui conduit des banques à sélectionner la clientèle des assureurs, comme si l'assurance était sans risque. Sans oublier les risques des assurances-emprunteurs et des CDS (credits default swap).

 

Ces quelques points ont conduit certains à faire état que les banques européennes étaient les grandes gagnantes de ce sommet européen, puisqu'il évitait toute mesure de contrainte à leurs égards, et notamment la séparation de leurs activités. Evidemment, ces dernières (et leurs actionnaires) seraient les grandes perdantes de telles réformes. Leur rentabilité future (et leur capitalisation boursière) serait très fortement limitée par une telle séparation. Mais il ne faut pas oublier que les cours de bourse des banques occidentales ne peuvent pas intégrer leur risque de défaut, puisque celui-ci est au final pris en charge par la collectivité. Ce que l'on appelle «la privatisation des profits et la collectivisation des pertes».

http://finance.blog.lemonde.fr/2012/06/09/lunion-bancaire-europeenne-est-elle-un-defi-ou-une-utopie/

 

 

Réflexion cent-six (29 juin 2012)
Actualité de la crise financière et de la contagion bancaire ...

 

Les mois de mai et juin 2012 ont été marqué par une nouvelle dégradation de la situation financière européenne. Les élections grecques ont d'abord enregistré la percée des votes contestataires des électeurs grecs, portant au pouvoir en Grèce des partis anti-européens extrêmistes, de droite ou de gauche. Le Crédit Agricole, implanté en Grèce dans la banque Emporikiri, a enregistré en quelques mois une nouvelle diminition par deux de sa capitalisation boursière (elle ne vaut plus que 8 milliards d'euros), soit une division par dix depuis ses plus hauts historiques avant le déclenchement de la crise financière.

http://www.lemonde.fr/economie/article/2012/05/10/enlise-en-grece-avec-sa-filiale-emporiki-le-credit-agricole-voit-monter-la-facture_1698921_3234.html

 

Le mois de juin 2012 a également enregistré les demandes espagnoles et chypriotes de recapitalisation de leurs systèmes bancaires : entre 50 et 100 milliards d'euros pour l'Espagne et une dizaine de milliards d'euros pour Chypre, toutes deux devant être versées par le FESF (Fonds européen de stabilité financière).

http://www.boursier.com/actualites/reuters/l-eurogroupe-detaille-les-plans-d-aide-a-l-espagne-et-chypre-113955.html

 

Ces nouvelles sont inquiétantes à plusieurs titres. Elles montrent d'une part que les systèmes bancaires et financiers européens continuent d'être les hommes malades des économies européennes, au lieu d'en constituer les rouages essentiels de relance et de financement des entreprises. Il y a notamment les craintes de voir peu à peu se généraliser les demandes d'aides étatiques pour les systèmes bancaires : quels états après l'Espagne et Chypre ? Quels systèmes bancaires demeurent fragiles en Europe ? L'Italie ou le Portugal ou encore la France ? La faiblesse des capitalisations boursières des grandes banques françaises, du Crédit Agricole (8 milliards d'euros pour des fonds propres de 49 milliards d'euros), de la Société Générale (13 milliards d'euros pour des fonds propres de 47 milliards d'euros), de la BNP Paribas (34,5 milliards d'euros pour des fonds propres de 85,6 milliards d'euros) ou de Natixis (5,9 milliards d'euros pour des fonds propres de 21 milliards d'euros), ne constitue-t-il pas un signe des anticipations des marchés sur sa fragilité ?

 

Ces nouvelles montrent également que la situation financière commence à redevenir aussi dangereuse qu'aux pires moments de la crise financière des années 2007-2009, époque où les systèmes bancaires des principaux états occidentaux (Etats-Unis, Allemagne, Angleterre, France, Irlande, Lettonie, Islande ...) avaient rencontré de graves problèmes financiers et avaient nécessité des aides massives soit de leurs propres états nationaux (Etats-Unis, Allemagne, Angleterre, France) soit des prêteurs internationaux tels le Fonds monétaire international (Lettonie, Islande) ou l'Europe.

 

Mais ce rappel pourrait aussi permettre de relativiser la situation grecque, espagnole et chypriote actuelle, en démontrant que des évènements similaires ont déjà été observés dans un passé récent et qu'ils sont surmontables, dès lors que les peuples de ces états acceptent quelques sacrifices financiers indispensables à leur redressement. En 2009, Riga, capitale de la Lettonie, demande une aide de 7,5 milliards d'euros après la nationalisation de la deuxième banque du pays (Parex) et une chute de son PIB de 28,7% au premier trimestre 2009.

http://www.boursorama.com/actualites/la-grece-confrontee-a-l-austerite-les-lettons-y-sont-passes-aussi-c835d5b4285c3b9b36f23e1ed85ad1bd

 

De son côté, l'Irlande avait dû prêter 50 milliards d'euros à son système bancaire, faisant grimper son déficit budgétaire à 32% du PIB en 2010, puis faire appel à hauteur de 90 milliards d'euros à une aide de l'Union européenne, principalement pour aider les banques irlandaises en crise.

http://www.lepoint.fr/economie/apres-la-grece-l-europe-aide-l-irlande-22-11-2010-1265241_28.php

 

En France, en 2008, le plan de soutien au secteur bancaire français avait atteint 360 milliards d'euros.

http://lci.tf1.fr/economie/conjoncture/2008-10/l-aide-aux-banques-aucun-cout-pour-le-contribuable-4879611.html

 

Toujours en 2008, l'Angleterre mettra en oeuvre un plan de 384 milliards d'euros, l'Allemagne un plan de soutien de 480 milliards d'euros, la Suisse un plan de 44 milliards d'euros (essentiellement pour recapitaliser UBS) et jusqu'à Singapour qui mettra en place un fonds de 75 milliards d'euros de garantie des dépôts.

 

Cela sans compter les milliers de milliards de dollars que l'état fédéral américain et la Réserve fédérale auront injecté dans leur système bancaire américain pour le recapitaliser et le renflouer (200 milliards de dollars pour recapitaliser Fanny Mae et Freddy Mac, 85 milliards de dollars pour sauver AIG, 700 milliards de dollars pour le plan Paulson en septembre 2008, 185 milliards d'euros de prise de participations dans le capital de neuf banques américaines dont Citigroup, Wells Fargo, JP Morgan Chase et Bank of America, 2.000 milliards de dollars en février 2009 pour le plan de stabilité financière ...).

 

Pour sa part, l'Islande a fait appel à une aide du FMI et des autres pays scandinaves de l'ordre de 5 milliards d'euros à l'automne 2008 pour faire face à une crise financière née de l'effondrement de ses trois plus grandes banques (Glitnir, Landsbanki et Kaupthing). Des problèmes non encore résolus à ce jour sont également nés de la faillite de la banque en ligne Icesave (filiale de la banque Landsbanki), dont les 340.000 épargnants, pour la plupart étrangers, britanniques ou hollandais, seront indemnisés par les gouvernements de ces deux pays, qui demanderont ensuite à l'Islande le remboursement des aides consentis.

http://www.lepoint.fr/debats/l-islande-une-nouvelle-utopia-26-02-2012-1435208_34.php

http://www.20minutes.fr/economie/819230-lecons-crise-islandaise-laisser-banques-faire-faillite

 

A noter enfin que les dirigeants de la zone euro sont arrivés à un accord cette nuit pour une possibilité de recapitalisation directe par l'Europe des banques des différents états, sans que cette aide n'impacte les dettes des états souverains. Le début d'une union monétaire et bancaire plus large que ce qu'elle est aujourd'hui, conduisant à une surveillance renforcée des banques au niveau européen.

http://www.lemonde.fr/economie/article/2012/06/29/accord-de-la-zone-euro-pour-une-recapitalisation-bancaire_1726720_3234.html

 

 

Réflexion cent-cinq (4 juin 2012)
Quelle probabilité pour la survenance d'un cataclysme financier majeur ?

 

La crise financière peut-elle s'aggraver à un tel point que notre système bancaire puisse s'écrouler ? C'est la question qui m'interpelle depuis une conversation avec des amis il y a quelques soirs, qui croient dur comme fer que la pire crise financière que l'on puisse imaginer approche, qui verra disparaître les banques, nos placements et la valeur de la monnaie. Ils sont ainsi persuadés que seul un placement en or véritable permettra de préserver une partie de leur épargne.

 

Le problème, c'est qu'ils sont loin d'être les seuls à y croire et à anticiper une telle catastrophe ; je lisais que les vendeurs de coffres-forts faisaient ainsi fortune grâce aux craintes croissantes des particuliers envers les banques.

 

La question n'est pas de savoir s'il peut être rationnel d'avoir de telles craintes, car les crises financières échappent à toute forme de rationalité, comme l'ont prouvé à la fois la crise financière de 2007 mais également la bulle spéculative de crédit qui l'avait précédée. Si de telles craintes se généralisaient dans l'économie française ou dans l'économie mondiale, le fait qu'elles soient irrationnelles n'y changeraient rien ; ces craintes s'auto-alimenteraient pour engendrer la catastrophe même qu'elles anticiperaient.

 

La question est plutôt de savoir si une telle catastrophe est possible et si les banques françaises (ou plutôt européennes) seraient capables de résister à une telle catastrophe ?

 

Nous nous trouvons actuellement devant le cas d'école d'une crise auto-entretenue. La crise financière actuelle s'explique essentiellement par des attaques spéculatives contre les dettes d'un certain nombre d'états européens considérés comme fragilisés par la crise financière de 2007, appartenant à la région méditérannéenne de la zone euro, France comprise. Il n'y a évidemment rien d'auto-entretenu dans cette crise, qui s'explique plutôt par les mécanismes de la spéculation financière. Cette spéculation se nourrit des dettes publiques importantes, des faibles perspectives de croissance des économies européennes et des craintes planant sur les places boursières mondiales. Néanmoins, les chutes des actions sur les bourses mondiales que l'on observe par voie de conséquence amplifient la réception des thèses des pseudo-économistes alarmistes, qui sont persuadés depuis maintenant cinq à six ans que l'économie mondiale va voir exploser la plus gigantesque bulle de crédit que le monde n'a jamais connue. Leurs conseils : ne pas rester propriétaire mais au contraire vendre pour racheter dans quelques années, privilégier l'or physique comme placement, et se méfier des banques en surveillant leur santé, en sélectionnant les plus solides (Banque Postale) et en partageant ses placements.

 

Cas d'école d'une crise auto-entretenue, plus le nombre de gens partageant cette opinion augmente, plus leurs comportements s'additionnent et viennent amplifier les problèmes de l'immobilier, l'excédent de l'offre sur la demande, ainsi que l'absence de confiance dans le système bancaire. Par définition même, l'absence de confiance entraîne la survenue de la crise !

 

Evidemment, en économie, tous les acteurs ne partagent pas toujours la même opinion sur l'économie, de même que chacun ne prend pas les mêmes décisions, ni ne consomme en même temps ni n'investit au même moment (contrairement à ce que la théorie économique libérale pourrait laisser penser avec son homo oeconomicus). Il y a toujours des acteurs qui sont optimistes et d'autres pessimistes, dépensiers ou épargnants. Toutefois, le fait que le nombre de pessimistes progresse fortement pourrait enclencher un cercle vicieux pessimiste auto-entretenu.

 

Ma deuxième réflexion concerne le principe même d'une catastrophe bancaire, même dans le cas où le pessimisme ambiant viendrait dégrader fortement les marchés immobiliers et financiers. Une catastrophe bancaire ne me semble pas envisageable, même si au début de la crise financière, en 2008, les faillites de Lehman Brother et de l'assureur américain AIG auraient pu avoir des conséquences préjudiciables sur la stabilité de l'ensemble du système financier mondial, si l'état américain n'avait pas eu la capacité d'intervenir pour sauver son système bancaire.

 

Je ne crois pas en la possibilité de faillites bancaires en cascade en France, même si une ou deux faillites pourraient éventuellement avoir lieu (par exemple Dexia s'est bien montrée incapable de résister à la crise financière). Je pense par contre possible que la crise financière se poursuive encore plusieurs années, comme lors de la longue dépression, dans les dernières années du dix-neuvième siècle, entre 1870 et 1895, ou lors de la grande dépression, dans les années 1930. Nous allons peut-être connaître une décennie de crise en ce début de vingt-et-unième siècle, avec des périodes où la crise va s'amplifier et d'autres où elle va sembler s'éloigner, jusqu'à ce que de nouvelles technologies relancent le moteur de l'économie mondiale.

 

Mais je ne crois pas en la grande catastrophe bancaire, dans le cataclysme financier qui entraînera la fin de l'euro, des banques, de l'immobilier et de nos économies.

 

 

Réflexion cent-quatre (6 mai 2012)
Quelles conclusions tirer de la crise ?


La crise financière est loin d'être terminée à ce jour, mais il ne me semble pas idiot de revenir sur son déclenchement et sur les leçons que l'on pourrait en tirer. Pour suivre l'analyse de Stiglitz, la manière dont les banques ont été sauvées pose problème, même si à cette époque, je croyais que leur sauvetage était indispensable et leur faillite inenvisageable !

 

Il faut que je m'explique. En effet, Stiglitz a une approche un peu différente de la mienne en ce qui concerne le fonctionnement du système financier, approche qui ne me semble pas dénuée de valeur. Le fonctionnement capitaliste repose selon lui sur la possibilité de la faillite des entreprises, sur les risques de perte des actionnaires et sur leur remplacement par les obligataires (dont les dettes sont converties en capital). Une faillite d'une banque doit ainsi selon lui être envisageable pour que le système capitaliste et financier demeure éthique.

 

«En tant que système, le capitalisme peut admettre de fortes inégalités, et il y a un argument qui explique leur existence : elles servent à motiver les gens. Lorsqu'on rémunère chacun à proportion de sa contribution à la société, on a une économie plus efficace. Mais ceux qui ont été si largement rétribués pendant la bulle immobilière n'ont pas rendu la société plus efficace. Ils ont peut-être accru un moment les profits des banques, mais ceux-ci n’étaient qu'un mirage. En fin de compte, ils ont imposé des coûts gigantesques aux populations du monde entier.» (Joseph E. Stiglitz - «Le triomphe de la cupidité» - page 212)

 

Le sauvetage des banques organisé par le gouvernement des Etats-Unis et par la Réserve fédérale américaine pose selon lui problème en raison de son coût gigantesque pour le contribuable américain, se chiffrant en milliers de milliards de dollars pour un résultat économique microscopique. Et ce débat n'est d'ailleurs pas aujourd'hui terminé, puisqu'il se pose à nouveau en Espagne avec un nouveau plan de sauvetage des banques en cours.

 

Faut-il sauver à tout prix un système bancaire, ou faut-il laisser faire faillite les banques ayant pris des risques trop importants tout en veillant à préserver les autres établissements bien gérés des effets de contagion systémique ? C'est l'interrogation que pose Stiglitz. Les dizaines de milliers de milliards de dollars des plans de secours au secteur bancaire et financier américain n'auraient-ils pas été mieux utilisés s'ils avaient servi à relancer la machine du crédit américaine en direction des ménages et des entreprises ? Hypothèse qui en soi pose aussi question puisqu'il reconnaît lui-même que le problème principal des Etats-Unis est un problème d'endettement excessif.

 

«Le succès d’un système financier se mesure en dernière analyse par le bien-être quil apporte aux simples citoyens, parce que lallocation des capitaux est meilleure ou le risque mieuxré. Or, malgré limmense fierté que sa propre inventivité inspire à notre secteur financier surdimensionné, on  ne voit pas que la plupart de ses innovations aient beaucoup contribué, dans les faits, au succès léconomie américaine ou à lamélioration du niveau de vie de la grande majorité des américains.» (page 216)

 

Il s'agit d'une autre critique présentée par Stiglitz à l'encontre du fonctionnement des grandes banques américaines ; le fait qu'elles n'aient pas construit des outils protégeant les emprunteurs et leur permettant de gérer leurs risques, mais qu'elles n'aient pensé qu'à leur seul intérêt, qu'à leur seul bénéfice à court terme.

 

Pour condenser, selon Stiglitz, les grandes banques américaines ont non seulement une responsabilité écrasante dans l'éclatement de la crise financière de 2007 par leur recherche effrénée du profit à court terme et par la dillution du risque, mais elles sont aussi responsables du processus de dérèglementation des dix ou vingt dernières années, qui selon elles allaient ouvrir au monde une ère de développement ininterrompue, mais qui s'est conclue par la pire crise financière depuis les années 1930.

 

Il faut selon lui rétablir les règles mises en oeuvre à la suite de la crise financières des années 1930, et notamment la séparation des activités de banques de dépôt et d'affaire (en fait rétablir le Glass-Steagall Act de 1933 qui avait été abrogé en 1999 par le Gramm-Leach-Bliley Act pour permettre la fusion de Citigroup), découper les établissements financiers considérées comme 'too big to fail' en établissements de taille plus petite, moins dangereux pour la préservation de la stabilité financière internationale, mettre fin au processus d'innovation financière, dont le seul intérêt est de fabriquer des commissions pour le profit des banques, et enfin interdire les rémunérations incitatives du système financier pour éliminer les risques de dérives du système.

 

Tout au long de son livre («Le triomphe de la cupidité»), Joseph E. Stiglitz remet aussi en cause le principe de l'indépendance des banques centrales des pouvoirs politiques, l'une des hypothèses de base du monétarisme cher à Friedmann, à l'origine lui-même de toutes les dérives de la déréglementation qui ont conduit à la crise financière que nous observons aujourd'hui.

 

«Les dirigeants de banque centrale du monde entier ont répandu une doctrine : les banques centrales doivent être indépendantes des processus politiques. Cest un principe que de nombreux pays en développement,  indépendants depuis peu, ont eu vraiment du mal à accepter : on leur explique lénorme importance de la démocratie, mais, quand il sagit de la politique macroéconomique et monétaire, celle qui a le plus dimpact sur la vie de leur population, on leur dit que ces sujets-là sont trop importants pour qu'on les laisse aux procédures démocratiques ordinaires. Largument qui plaide pour l'indépendance, c'est qu'elle accroît la crédibilité de la banque centrale : elle ne cèdera pas à des exigences populistes en faveur d'une politique d'expansion, ce qui veut dire quil y aura moins dinflation et plus de stabilité.» (page 267)

 

Cette indépendance était sensée protéger les systèmes financiers des interférences politiques vers plus d'inflation. Mais elles conduisent en fait à organiser la protection endogène du système financier par ses propres dirigeants, sans avoir de comptes à rendre à la moindre personne, alors que le coût financier ultime en sera en fait supporté par le contribuable, dans le cas de cette crise financière majeure.

 

Et cette interrogation me parle particulièrement puisque j'adhère aujourd'hui largement aux thèses monétaristes alors que je les avais combattues avec acharnement lors de mes études en économie dans les années 1980.

 

Enfin, on ne peut oublier l'une des autres thèses développées par Stiglitz, sur l'aléa moral que causent les plans de sauvetage des systèmes bancaires et financiers, aléa moral qui est à la base du capitalisme, et qui est pourtant appliqué avec la plus extrême rigueur par ces mêmes établissements bancaires vis-à-vis de leurs emprunteurs (et qui explique ainsi notamment les positions extrêmement hostiles des banques aux procédures de rétablissement personnel et à l'abandon de dettes). L'aléa moral doit également s'appliquer aux banques, mais à celles 'too big to fail' que l'on doit laisser faire faillite tout en évitant la contagion au reste du système financier.

 

Dernière bonne nouvelle de cette crise financière : la contestation croissante des salaires mirobolants des dirigeants des plus grandes sociétés. 

http://www.lemonde.fr/economie/article/2012/05/08/pousse-par-ses-actionnaires-le-directeur-general-d-aviva-demissionne_1697611_3234.html

 

  

Saucratès
 

Mes autres écrits sur la crise financière :
1.http://saucrates.blog4ever.com/blog/lire-article-447196-1985888-de_la_crise_financiere_1.html
2.http://saucrates.blog4ever.com/blog/lire-article-447196-1985907-de_la_crise_financiere_2.html
3.http://saucrates.blog4ever.com/blog/lire-article-447196-1986317-de_la_crise_financiere_3.html
4.http://saucrates.blog4ever.com/blog/lire-article-447196-1988042-de_la_crise_financiere_4.html
5.http://saucrates.blog4ever.com/blog/lire-article-447196-1988064-de_la_crise_financiere_5.html
6.http://saucrates.blog4ever.com/blog/lire-article-447196-1988067-de_la_crise_financiere_6.html

7.http://saucrates.blog4ever.com/blog/lire-article-447196-1991164-de_la_crise_financiere_7.html

8.http://saucrates.blog4ever.com/blog/lire-article-447196-1991178-de_la_crise_financiere_8.html

9.http://saucrates.blog4ever.com/blog/lire-article-447196-1992408-de_la_crise_financiere_9.html

10.http://saucrates.blog4ever.com/blog/lire-article-447196-1992422-de_la_crise_financiere 10.html

11.http://saucrates.blog4ever.com/blog/lire-article-447196-1992436-de_la_crise_financiere_11.html

12.http://saucrates.blog4ever.com/blog/lire-article-447196-1992440-de_la_crise_financiere_12.html
13.http://saucrates.blog4ever.com/blog/lire-article-447196-1992951-de_la_crise_financiere_13.html

14.http://saucrates.blog4ever.com/blog/lire-article-447196-1992974-de_la_crise_financiere_14.html

15.http://saucrates.blog4ever.com/blog/lire-article-447196-2533109-de_la_crise_financiere_15.html

16.http://saucrates.blog4ever.com/blog/lire-article-447196-3374320-de_la_crise_financiere_16.html



09/05/2012
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