Critiques de notre temps

Critiques de notre temps

Pensées pour une amie

Saint-Denis de La Réunion, jeudi 9 mai 2019

 

Je voudrais essayer de répondre aux questions d'une amie sur le sens que l'on peut donner à sa vie. Ou plutôt pas tant y répondre que de tenter d'y réfléchir ... Que peut-on attendre d'une vie. Comment est-il possible de se satisfaire de sa vie. Parce qu'on est vraisemblablement tous relativement insatisfait de notre vie. Existe-t-il une personne qui pense que sa vie est parfaite, merveilleuse, qu'il fait un métier qui le satisfait pleinement, totalement, qu'il vit dans un cadre idyllique, qu'il vit avec les personnes parfaites, avec lesquelles vivre est un véritable bonheur, une bénédiction, et qu'il est en somme parfaitement heureux ? De telles personnes existent forcément : ce sont des sages, non pas des philosophes mais juste des personnes heureuses, sages. Mais sinon, l’immense majorité des personnes ne sont pas sages, ou alors elles ne sont pas chanceuses (au cas où le bonheur ne serait pas question de sagesse mais simplement de chance). Sinon, il n'y aurait pas des couples qui se sépareraient. Il n'y aurait pas des personnes qui demenageraient, qui changeraient d'employeurs, qui accepteraient des mutations jusqu'à l'autre bout de la Terre, aussi sages et epanouies que ces personnes puissent paraitre. 

 

Le secret de la sagesse ? L'âge d'abord ! Il est tellement plus simple d'apprendre à être heureux lorsque l'on a pris de l'âge, lorsque l'on a vécu, lorsque l'on a vecu des histoires, des situations et des relations différentes, nombreuses. On apprend à tout âge, on apprend de soi sur ses relations aux autres à tout âge. Devenir sage  ou apprendre, c'est prendre des coups et apprendre de ces coups. Mais c'est surtout apprendre à se satisfaire de ce que l'on a, de ce que nous entoure, de ceux qui nous accompagnent. On peut etre heureux dans la pire misère, et on peut être malheureux dans la plus grande opulence financière. Tout ceci n'existe pas. Seul compte nous. On n'a besoin de rien pour être heureux. Et on peut apprendre à être heureux lorsque l'on a quand même beaucoup de chose, que l'on a un toit pour vivre, un travail pour exister, suffisamment pour manger pour soir et pour ses proches. Tout le reste n'est que du superflu. Et il faut aussi apprendre à se contenter de ceux qui nous entourent, apprendre à voir à eux l'etincelle de vie divine qui les qui les emplit, et apprendre à voir en leurs faiblesses et en leurs limitations, leurs fautes, ce qui les rend uniques, ce qui nous doit nous attendrir. Les sages le font avec leurs pires ennemis ; on devrait être capable de le faire avec des gens que l'on a aimé par dessus tout, avant que l'habitude ne bousille tout.

 

Evidemment, l'homme et la femme sont des êtres insatisfaits par nature. Je ne peux parler que de ce qu'un homme peut souhaiter. Aucune idée de ce qu'une femme peut penser. Je pense que la majorité des hommes souhaitent, rêvent de scènes de sexe torride, souhaitent vivre avec la femme parfaite, et rien n'est plus étranger à cette femme fantasmée que leur épouse qui a donné la vie à leurs enfants. Forcément, c'est la rencontre entre le fantasme et la réalité de l'amour. Mais si ma femme me demandait si notre relation me satisfaisait, que lui répondrais-je ? Je ne lui répondrais jamais que je rêve d'une autre femme. Je l'embrasserais, je souhaiterais la rassurer en l'assurant que je n'aime qu'elle. Evidemment. Mais au fond, serais-je vraiment heureux avec la femme parfaite, mince, merveilleusement belle, au corps sublime, rousse, blonde ou brune, que je vois dans des magazines ? Je sais évidemment qu'il n'en serait rien. Que je suis mille fois plus heureux là que je ne pourrais l'être avec la femme sublime, parfaite, fantasmée ! De la même manière, je doute qu´une femme (que ma femme) ne rêverait pas non plus d'un Apollon aux yeux de braise, aux abdominaux en forme de tablette de chocolat, que ce soit un dieu norvégien ou un dieu d'Hollywood. Evidemment que la comparaison ne serait pas à mon avantage.

 

Quoiqu'une femme puisse vouloir, ou quel que soit ce dont elle rêve, ce ne devrait pas être beaucoup plus accessible que ce sur quoi un homme fantasme. Je pense que le sens de la vie, c'est d'apprendre à être heureux, à se satisfaire de ce que l'on a, de ce qui est notre vie. 

 

Chercher un sens à la vie, penser à chercher le bonheur en envisageant éventuellement de tout recommencer, une nouvelle fois, seul ou à deux ou à trois, je pense que c'est le propre des gens en bonne santé. Il faut pour cela avoir une espérance de vie de plusieurs dizaines d'années devant soi, il ne faut pas avoir peur de mourir le lendemain, ou dans deux ou trois ans. Cela ne veut pas dire qu'une personne qui sait sa vie menacée à brève échéance ne voudra pas justement vivre ses dernières années sans faux semblants, sans vivre à moitié, une vie de merde, sans beauté. Mais penser que l'on peut recommencer sa vie, c'est une coquetterie de personnes en bonne santé. Lorsque l'on est confronté à sa propre mortalité, il est peut-être plus simple de devenir sage, de se rendre compte que l'on était heureux, que l'on était chanceux. Ou pas ! On peut aussi s'apercevoir que l'on s'était fourvoyé.

 

J'aimerais être sage, j'aimerais être heureux (et d'une certaine façon, je le suis souvent), et j'aimerais pouvoir expliquer comment le devenir. Dans ma jeunesse, j'ai longtemps été beaucoup moins heureux de ma vie, de mon existence. À une époque, chaque semaine qui commençait était sans intérêt, sans joie, une corvée. Et puis, j'ai peu à peu découvert le bonheur d'être en couple, d'être à deux, puis plus nombreux. Aujourd'hui, je suis même peut-être presque heureux, non pas sage, parce que je ne sais toujours pas me satisfaire de ce que j'ai. Mais juste heureux le plus souvent ...

 

 

Saucratès



09/05/2019
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