Critiques de notre temps

Critiques de notre temps

De l’évolution des sociétés humaines

… Suite de mes réflexions sur l’origine de l‘État, sur l’origine de l’organisation sociale étatique, sur l’origine du pouvoir, sur l’origine de cette violence légitime qui constitue l’Etat …


De l’évolution des sociétés - Intermède un

De l’évolution des sociétés - Intermède un

 

… Suite de mes réflexions sur l’origine de l‘État, sur l’origine de l’organisation sociale étatique, sur l’origine du pouvoir, sur l’origine de cette violence légitime qui constitue l’Etat …

 

Par Saucratès 

 

Istanbul, mardi 30 août 2022

 
Toute classification, comparaison ou représentation de l’évolution des sociétés humaines fait apparaître un certain nombre de difficultés ou de limites.

 

Primo - La première limite tient d’abord à la qualité de l’observateur 

 

Si l’on remonte dans l’histoire des sociétés humaines pour tenter de les classifier, de les comparer, de les ordonner, pour essayer d’en déduire un certain nombre de constantes, de similitudes, on se retrouve face à une première difficulté : chaque écrivain qui nous renseigne sur une situation passée, sur l’organisation d’une société quelle qu’elle soit, l’observe avec ses propres principes, son propre regard, ses propres interprétations. Aussi bien construite et pensée que puisse être l’anthropologie, aussi compétents et pertinents que puissent être les œuvres et les observations des plus grands anthropologues du passé, Malinowski, Boas, Evans-Pritchard, Morgan, Clastres, ils ou elles ont tous rendu compte de ce qu’ils avaient cru comprendre ou de ce qu’on leur avait expliqué ou donné à voir, sans que l’on est aucune certitude que cela représentait la totalité voire même la réalité du fonctionnement de la société qu’ils ou elles observaient. Il s’agit de la première des limites de ce genre d’entreprise.

 

Le philosophe Cornelius Costariadis dans ses cours à l’EHESS en 1982-1983 ne disait pas autre chose :

 

«Comment nous, qui vivons dans une société déterminée, dans l’une de ces formes, pouvons-nous alors en sortir et comprendre d’autres formes de vie sociale, des formes antérieures ? Et si nous voulons juger et choisir entre ces différentes formes - peut-être y sommes-nous inéluctablement conduits - comment pouvons-nous le faire ?

Tout d’abord, comment pouvons-nous comprendre ? Il y a bien entendu une différence essentielle selon qu’il s’agit de formes social-historiques appartenant à notre tradition, ou qui lui sont extérieures. Dans le deuxième cas - c’est évident et banal - l’accès sera toujours infiniment plus difficile. La compréhension de la culture chinoise ou indienne, des cultures dites primitives ou archaïques, nous oblige à essayer de pénétrer dans un monde qui nous est étranger en l’abordant par certaines de ses dimensions, par exemple le côté fonctionnel-instrumental (chasse, agriculture…) ou par certains aspects de son organisation sociale. Et si l’on veut essayer de comprendre ce que ce monde signifie pour ceux qui l’ont construit, quelles significations tiennent ensemble toutes ces institutions particulières et les ordonnent en leur conférant un sens, on rencontre sans doute des difficultés considérables. Mais l’étonnant, c’est qu’en général elles se laissent surmonter et que, si l’on dispose d’un matériel documentaire suffisant, on arrive à comprendre ce qu’était la constitution du monde pour cette société-là. 

Cornelius Castoriadis, «Ce qui fait la Grèce»

 

Secundo - La deuxième limite tient à l’importance du sexe et du statut de l’observateur, et celui-ci a en fait une importance cruciale dans l’interprétation et la compréhension que l’observateur aura de la société étudiée.


Ainsi, ce n’est même pas forcément lié à ce que l’on appelle habituellement l’ethnocentrisme, consistant à analyser une société en fonction de ce que l’on est habitué à voir. Cela peut aussi être lié à ce que l’on vous autorise à voir, en fonction de votre sexe, de votre classe d’âge, en fonction des personnes que vous êtes autorisé à rencontrer, de l’histoire sur elle-même que la société dans son ensemble veut raconter, ou veut que l’extérieur connaisse.

 

Par exemple, il n’y a pratiquement rien de commun entre l’histoire que raconte Lewis Henry Morgan en 1877 sur la ligue des Iroquois, et l’histoire que Heide Goettner-Abendroth en racontera, cent-cinquante ans plus tard, en 2012-2018. Et pourtant, tous deux traitent normalement des mêmes faits historiques concernant l’origine de la Ligue des Iroquois, se déroulant entre les années 1000 et 1500 de notre ère. On pourrait même penser que Lewis H. Morgan, grand spécialiste des indiens des plaines, écrivant près de 150 ans avant Heide Goettner-Abendroth, avait accès à une information non encore trop dégradée par les contacts avec l’Occident, mieux préservée de l’influence de la culture occidentale que celle qui demeure aujourd’hui.

 

Et pourtant, l’histoire, la description de la société des Iroquois par Lewis Henry Morgan, ignore totalement l’influence et l’existence des femmes dans cette société, et nie même jusqu’à l’existence de celles qui sont aussi à l’origine de la Ligue des Iroquois, comme la matriarche Jigonsaseh. Lewis Henry Morgan dépeint une société dans laquelle les ‘gens’ et les ‘phratries’ sont matrilinéaires mais il n’accorde aucun intérêt aux femmes qui les composent, par lesquelles toute la généalogie des Iroquois s’expriment. Près de cent cinquante années plus tard, Heide Goettner-Abendroth indiquera qu’il existait dans l’organisation des Iroquois un Conseil clanique des femmes au niveau de chaque tribu iroquoise, en parallèle au Grand Conseil des hommes au niveau de la fédération iroquoise, et que les hommes ne pouvaient débattre d’une question que si le Conseil des femmes l’avait auparavant examiné. Et qu’il existait des sociétés de médecine réservées aux seules femmes ; la moitié de ses sociétés de médecine étant exclusivement réservées aux femmes.

 

Lewis Henry Morgan était-il un anthropologue refusant de rendre compte de la réalité de l’importance des femmes dans la société iroquoise, en raison de son éducation victorienne ? Non, je ne le pense pas. Je pense qu’il n’a pas pu s’en rendre compte, que les hommes eux-mêmes auxquels il s’intéressait, n’ont pas décrit leur réalité de cette manière, qu’il n’a pas pu être introduit dans les cercles des femmes, et qu’il a décrit la réalité qu’il pouvait comprendre, qu’il pouvait voir. Ou bien qu’il a estimé, de par son histoire d’américain, que le fédéral l’emportait sur le local, et qu’il n’y avait pas lieu de s’intéresser au local.

 

J’ai ainsi été à plusieurs reprises particulièrement injuste avec l’objectif affiché par Mme Heide Goettner-Abendroth de rendre compte des sociétés matriarcales, et avec son discours expliquant que les sociétés patriarcales, notamment occidentales, cherchaient depuis des millénaires à masquer, à nier, à faire disparaître l’histoire et l’organisation des sociétés matriarcales. 

J’ai considéré qu’elle exagérait avec un discours victimaire. J’avais tout faux ! Tout faux parce qu’en voyant la manière dont le grand spécialiste des indiens des plaines et des Iroquois décrit cette société iroquoise, je suis obligé de lui donner raison. Un observateur masculin ne semble pas capable de rendre compte de l’organisation d’une société matriarcale, qu’il ne peut pas comprendre, qu’il ne peut pas accepter, dont ses a priori masculin ne lui permettent pas de prendre conscience.

 

J’avais encore tout faux parce que des violences contre les sociétés matriarcales ont réellement lieu. On ne peut que donner raison à Mme Heide Goettner-Abendroth lorsqu’elle parle de la violence des sociétés patriarcales, puisque le Canada a imposé aux peuples indiens sur son territoire la filiation patrilinéaire et aux enfants de porter le nom du père. Comme toutes nos sociétés occidentales, comme la France en premier lieu.

 

Pourtant, on parle du Canada, une nation dont l’histoire coloniale semble beaucoup moins violente, beaucoup moins exterminatrice que celles des Etats-Unis, une nation qui a une réputation de tolérance plus grande vis-à-vis des différences ethniques. Et pourtant …

  

Cela peut bien sûr nous paraître normal ou anodin, à nos yeux d’occidentaux, mais pour une société matriarcale, qui repose sur le port d’un nom de ‘gens’, d’appartenance à un groupe où la filiation est matrilinéaire, c’est effectivement une véritable violence, une intrusion dans la culture d’un peuple, afin de la faire disparaître, de la modifier. En un mot : un ethnocide. Ce qu’un État comme le Canada n’aurait jamais dû mettre en œuvre à l’égard d’un peuple premier, peuple dont il aurait dû tolérer, accepter les différences.

 

Alors, évidemment, le discours véhiculé par Mme Heide Goettner-Abendroth peut paraître toujours excessivement politique, excessif, à défendre que seules des femmes peuvent enquêter sur des sociétés matriarcales et des peuples, que les sociétés matriarcales sont des sociétés de non violence, de respect des hommes et des femmes. Mais je n’en suis plus si certain. Cette violence existe, cette négation de la culture matriarcale de nombre de sociétés existe, parce que Lewis Henry Morgan n’est pas le seul anthropologue à s’être totalement planté dans l’analyse d’un fait social fondamental. 
 

Tertio - La troisième limite porte sur la réécriture complète régulière de toute l’histoire et de toute l’interprétation que l’on donne des faits et de l’histoire.

 

En lisant toujours «Ancient Society» de Lewis Henry Morgan, je prends conscience que tout un pan de l’histoire de la Grèce antique, de la Rome antique, et des peuples premiers comme les Iroquois a disparu de l’interprétation moderne de ces sociétés. Comme je l’ai indiqué, Lewis Henry Morgan a écrit ce livre dans les années 1877. Certes, il doit certainement interpréter imparfaitement cette histoire en matière de la place dévolue aux femmes. Certes, il utilise également des concepts archaïques sur les différents stades de l’humanité, entre âges sauvages, âges barbares et âge civilisé.

 

Mais il explique également quelque chose qui a disparu de toute interprétation actuelle de la Grèce et de la Rome classique. Cette idée que comme les Iroquois, les tribus grecs composant chaque cité antique reposait sur un système de tribus ou phylon (au nombre de trois), de phratries  ou phratra au sein de chaque tribu et de ‘gens’ (ou genos) au sein de chaque phratrie. Organisation qu’il appelait ‘gentilice’. Ainsi, les Ioniens d’Attique étaient divisés en quatre tribus (Géleontes, Hoplètes, Aégicores et Argadées) tandis que les Doriens (Sparte, Argos, Sicyone, Corinthiens, Epidaure et Trézène) étaient divisés en trois tribus (Hylleis, Pamphyli et Dymanes) auxquelles se greffaient parfois une ou plusieurs tribus non doriennes. 

 

Et il en allait également de même à l’origine de Rome, avec l’existence de trois tribus (les Latins, les Sabins et les Luceres), des phratries ou curies (d’où les comitia curiata) dans chaque tribu, et encore une fois des ‘gens’ dans chaque phratrie ou Curie. L’histoire actuellement enseignée a conservé l’idée que ces tribus étaient des peuples, mais pas le fait que chaque ville, chaque quartier de ces cités était organisée de manière gentilice, avec à chaque fois trois tribus avec des conseils ou des assemblées organisées, des lieux de culte leur étant réservés, des cérémonies religieuses particulières, et des phratries, phratra, obe (Sparte) ou curies elles-mêmes divisées en gens ou genos. Et que ce soit dans la Grèce antique ou la Rome antique, on retrouve un même nombre de cent gentes par phratries, que ce soit à Athènes ou à Rome.

 

Il en va aussi de même selon Lewis Henry Morgan de l’organisation primordiale du peuple juif, qui est partagée en treize tribus de consanguins, recevant pour nom celui des douze fils de Jacob, à l’exception de la tribu de Levi. Et ces tribus étaient elles-aussi divisées en phratries et en gentes. Ainsi pour la tribu de Lévi, elle se partage en les phratries de Guershon (gentes de Libnite et de Shimeite), de Kohath (gentes de Amramite, de Jisharite, d’Hebronite et d’Uzielite) et enfin de Merari (gentes de Machlite et de Mushite). Chacun de ses noms de phratries et de gentes correspondraient aux enfants et petits enfants de chacun des fils de Jacob. 

 

Pourquoi tant d’informations sur l’organisation sociale gentilité des plus grandes et plus anciennes sociétés archaiques ou classiques, que l’on estime que cette organisation soit archaïque ou bien qu’elle soit uniquement légendaire, ont-elles disparu des mémoires et des enseignements ? 

Quarto - Dernier point que je traiterai ci-dessous, toujours tiré de cet excellent livre de Lewis Henry Morgan (même s’il a pu ne rendre compte que d’une partie de la réalité et de l’histoire qu’il aurait dû observer), c’est que les noms que nous donnons à la majeure partie des peuples primitifs ou premiers que nous croisons, ne sont pas leur nom véritable. C’est simplement ceux qu’on leur a donnés, ou ceux que d’autres peuples leur donnaient et que l’on a utilisé pour les nommer par la suite.


«Lorsque les Européens entreprirent la colonisation du nord de l’Amérique, ils ne connûrent généralement pas le nom des tribus indiennes directement, mais par l’intermédiaire d’autres tribus qui leur attribuaient des noms qui n’etaient pas les leurs. C’est ainsi qu’un certain nombre de tribus sont maintenant désignées dans l’histoire par des noms qu’elles ne se reconnaissent pas à elles-mêmes.»

 

Lewis Henry Morgan, «Ancient Society»

 

Ainsi le vrai nom des Iroquois est «Ho-de’-no-saunee» (ou «Peuple de la Longue Maison»). De même, le vrai nom des indiens Cherokee est «Tas-lo-kee» («Grand Peuple»). Quant aux indiens Seneca, ils se désignaient eux-mêmes du nom du nom de «Nun-dà-wa-o-no» («Peuple de la Grande Colline») … Les indiens Omaha sont un peu à part, de leur vrai nom «O-mä-hä» qui signifie «Peuple qui remonte la Rivière».

 

Mais rien de tout ceci ne doit nous surprendre, nous européens. Après tout, les allemands nous appellent bien «Französisch» et non pas français. Et les anglais nous nomment «French». Nous appelons bien allemands un peuple qui se nomme lui-même Deutsche et que les anglais nomment ‘german’. Quant aux habitants de l’Espagne que nous appelons «Espagnols», ils se font bien appeler « Spanish» par les anglais. Nous renommons même jusqu’aux villes étrangères, comme Pékin pour Beijing.

 


Saucratès

 

 

Liste de quelques livres sur le sujet évoqué dans ces articles (les sources en couleur concernent l’article ci-dessus) :

 

Johann Jakob Bachofen - Le droit maternel - Recherche sur la gynécocratie de l’Antiquité dans sa nature religieuse et juridique - 1996 - Éditions L’Age d’Homme, Lausanne … Titre original : Das Mutterrecht - 1861

 

Cornelius Castoriadis - La création humaine II - Ce qui fait la Grèce - 1. D’Homère à Héraclite - Séminaires 1982-1983 - Éditions La Couleur des Idées - Seuil, Paris

  

Bernard Chapais, Aux origines de la société humaine – Parenté et évolution - 2017 - Editions du Seuil, Paris

 

Pierre Clastres - La société contre l’Etat - Recherches d’anthropologie politique - 1974 - Les éditions de Minuit - Collection Critique

 

Richard Dawkins - Il était une fois nos ancêtres. Une histoire de l’évolution - 2007 - Éditions Robert Laffont, Paris

 

Heide Goettner-Abendroth - Les sociétés matriarcales - Recherches sur les cultures autochtones à travers le monde - 2019 - Éditions Des femmes - Antoinette Fouque, Paris

 

Emmanuel Guy - Ce que l’art préhistorique dit de nos origines - 2017 - Éditions Flammarion - Au fil de l’histoire, Paris

 

Bronislaw Malinowski - Les Argonautes du Pacifique occidental - 1967 - Gallimard, Paris

 
Lewis Henry Morgan - La société archaïque - 1971 - Éditions Anthropos, Paris … Titre original : Ancient Society - 1877

 

Alain Testart – Le communisme primitif - Economie et idéologie - 1985 - Editions de la Maison des sciences de l’homme, Paris

 

Alain Testart – Eléments de classification des sociétés - 2005 - Editions Errance, Paris

 

Alain Testart – Avant l’histoire – L’évolution des sociétés de Lascaux à Carnac – 2012 – Editions Gallimard NRF – Bibliothèque des sciences humaines, Paris

 
Sources orientales - Tome 1 - La naissance du monde - 1959 - Éditions du Seuil, Paris


30/08/2022
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De l’évolution des sociétés - L’homme préhistorique

De l’évolution des sociétés - L’homme préhistorique

 

… Suite de mes réflexions sur l’origine de l‘État, sur l’origine de l’organisation sociale étatique, sur l’origine du pouvoir, sur l’origine de cette violence légitime qui constitue l’Etat …

 

Par Saucratès 

 

Istanbul, samedi 6 août 2022

 

Je vais en revenir à l’origine de toute chose, l’organisation des groupes d’hommes préhistoriques tels qu’ils existèrent et vécurent sur Terre pendant les millions d’années qui nous séparent de nos ancêtres hominidés. Y verrons-nous clair un jour dans cette préhistoire ? Chacun en tout cas a sa propre légende sur cette période de la préhistoire. 

 

A) Francois-Michel Maugis nous raconte ainsi une fable sur des hominidés découvrant les bienfaits de la pomme-en-l’air et apprenant à la jeter dans des incendies pour la faire cuire, expliquant par cette pomme-en-l’air le développement des capacités cognitives et intellectuelles des hominidés pour donner l’homme. De la sorte, le Titan Prométhée n’aurait pas défié Zeus en nous donnant le feu mais en nous donnant la pomme-en-l’air !

https://www.tela-botanica.org/2010/01/article3472/

 

B) M. Emmanuel Guy, historien de l’art paléolithique, docteur en préhistoire, avait une thèse encore plus farfelue. Selon son analyse, dans la lointaine préhistoire, à l’époque des habitants des grottes de Lascaux, de Chauvet, de Niaux, de Las Monedas, les hommes préhistoriques du Magdalénien avaient déjà découvert la sédentarisation grâce à «une économie de pêche avec stockage à grande échelle», comme les tribus amérindiennes de la côte Nord-est des Etats-Unis. Thèse encore plus farfelue ; M. Emmanuel Guy imaginait aussi l’existence d’universités en art paléothique pour expliquer la survivance sur plusieurs dizaines de milliers d’années de techniques de dessin paléothique et leur diffusion sur l’ensemble de l’Europe continentale et jusqu’en Afrique saharienne ! Il ne voyait aucune autre explication à cette généralisation et à cette perpétuation de l’art paléolithique que l’existence d’une université dans l’une ou l’autre de ses grottes.

https://www.hominidés.com/livres-et-medias/ce-que-lart-prehistorique-dit-de-nos-origines/

https://saucrates.blog4ever.com/recension-du-livre-ce-que-l-art-prehistorique-dit-de-nos-origines-d-emmanuel-guy

 

Il existe une autre éventualité. Que l’ensemble des mythes et légendes de l’ensemble des peuples et des religions humaines contiennent une parcelle de vérité, et que l’origine de l’homme ne remonte pas à des millions d’années, mais que l’histoire de sa création ressemble à ce que disent ces divers mythes et légendes. Pratiquement tous les peuples de notre planète, toutes les religions de notre planète, possèdent des mythes et légendes sur la création du monde et sur l’apparition des hommes. A les entendre, tous ces peuples, toutes ces religions, la Création de l’homme ne remonterait pas à des temps immémoriaux, à des millions d’années. En effet, le souvenir d’aucun mythe, d’aucune légende humaine ne peut résister sur des millions d’années, ne peut se référer à des faits, à des événements survenus il y a des millions d’années. «La fonction maîtresse du mythe est de fixer les modèles exemplaires de tous les rites et toutes les activites humaines significatives : aussi bien l’alimentation ou le mariage, que le travail, l’éducation, l’art ou la sagesse.» (Mircea Eliade)

 

Tous les peuples peuvent-ils avoir inventé pratiquement la même histoire ? Après tout, pratiquement tous les peuples et toutes les religions gardent le souvenir d’un déluge, d’un tsunami, qui a failli détruire/emporter l’humanité, et certains chercheurs estiment probables que la rupture d’un glacier, d’un lac gigantesque à l’époque de la fin de la dernière glaciation a pu causer un gigantesque raz de marée et aurait pu profondément marquer les peuples qui auraient assisté à ce cataclysme et serait à l’origine des mythes de la majeure partie des peuples et des religions actuels. Cet evenement dit-il lieu dans la Turquie actuelle, aux alentours de la mer noire. A-t-il eu lieu en Amérique du Nord, au niveau des grands lacs canadiens ?

 

Écartons d’abord les légendes et religions que nous connaissons bien, que ce soit les religions chrétiennes, judaïque ou musulmane, ou enfin zoroastrienne, qui remontent toutes plus ou moins à un vieux fond religieux trouvant son origine dans le passé de Sumer et de Babylone. Elles mentionnent évidemment la création d’Adam par Dieu et d’Eve à partir d’une côte d’Adam, ainsi que du déluge dont Noé fut averti. 

Ainsi, à Akkad, c’est le dieu Mardouk qui crée les hommes. «Kingou personnifie les forces de destruction et son intronisation par Tiamat, comparable en tout point à l’intronisation de Mardouk, le prédestinait au rôle de bouc émissaire. Il comparaît alors devant Ea qui lui tranche les veines et de son sang, crée l’homme. L’homme n’est donc pas, à sa naissance, un être innocent et pur. Dans ses veines coulent sans doute, le sang d’un dieu, mais d’un dieu coupable et condamné. C’est un sang vicié qui charrie le péché et la mort.» (cf. «Sources orientales - Tome 1 - La naissance du monde»)

 

Chez les turcs et les mongols, «dans une caverne des confins de la Chine, les eaux inondent une grotte et y entraînent de la glaise qui emplit une fosse de forme humaine. Sous l’effet de la chaleur solaire, le moulage prend vie. L’opération se répète une deuxième fois, mais, la cuisson étant incomplète, l’être formé n’est plus mâle, mais femelle. Un couple peut dès lors s’unir.» (récit du quatorzième siècle rapporté par l’Egyptien d’origine Kiptchak Abu Berkeley b.’Abd Allah)

 

Selon le bouddhisme siamois, «Comme les hommes se relâchent et oublient les mérites et la loi, la terre parfumée dont tous les hommes se nourrissaient disparaît alors dans les profondeurs et des monticules de terre, semblables à des champignons qui percent, surgissent puis s’enfoncent dans le sol ; alors croît une liane nommée Ph’at’th’alada semblable à l’Ipomea Aquatica et extrêmement savoureuse. Tous les hommes font alors de cette liane leur nourriture quotidienne. Au bout d’un certain temps, les hommes négligent complètement les mérites et la loi. Cette liane Ph’at’th’alada se résorbe et disparaît. Il pousse un riz nommé ‘riz primitif’ dépourvu de balle qui, sans qu’il y ait besoin de le piler, devient blanc spontanément… Lorsqu’ils ont mangé de ce riz, à partir de ce moment-là, le désir sexuel surgit parmi tous les êtres, et ils savent ce qui est juste et ce qui est mal. Quiconque éprouve ce désir sexuel d’une façon intense devient femme, quiconque éprouve un désir sexuel normal est homme. Tel est le processus de la formation du sexe mâle et femelle…»

 

Au Laos, «Malgré trois avertissements, les hommes désobéirent. Les thên alors provoquèrent une inondation qui submergea le monde d’en bas et détruisit tout ; le sable vola jusqu’au ciel, tous les hommes disparurent. Pu Lang S’oeung, Khun K’et et Khun K’an comprirent que les thên étaient furieux à leur égard. Ils construisirent un radeau à l’aide de perches sur lequel ils élevèrent une maison en bois, un toit. Sur ce radeau, ils firent monter leurs femmes et leurs enfants, et l’eau les entraina vers le haut, vers le royaume céleste, là-bas. Ils allèrent rendre hommage au roi des thên… Peu de temps après, une liane surgit des naseaux du buffle crevé. Quand elle se fut développée, elle donna naissance à trois fruits qui étaient gros comme ces paniers où l’on dépose le riz des semences. Quand les courges furent mûres, les hommes naquirent en leur sein, telle la Nang Asangno qui naquit dans le calice d’un lotus et fut élevé par un ermite. Tous ces hommes se mirent à pousser des cris stridents à l’intérieur des courges. À ce moment, Pu Lang S’oeung fit rougir un foret à l’idée duquel il perça les cucurbitacées. Par le trou ainsi foré, des hommes sortirent en se bousculant. Comme, par cette ouverture, serrés les uns contre les autres, ils s’échappaient avec peine, Khun K’an, avec un ciseau, perça un second trou grand et large par où, durant trois jours et trois nuits, un flot humain s’écoula.»

 

En Chine, «Dans les mythes déluge ou de l’inondation qui se rencontrent chez les populations aborigènes des provinces du sud-ouest de la Chine et du Nord-Vietnam, le déluge ou la grande inondation est souvent déclenché par le dieu du Tonnerre ; et dans plusieurs versions, le couple primordial frère-sœur (Fou-hi et Niu-koua), père et mère de l’humanité, échappe au désastre en entrant dans un tambour qui leur tient lieu d’embarcation. Dans d’autres cas, celle-ci est une gourde…

 

Selon la légende populaire, lorsque le Ciel et la Terre furent créés, il n’y avait pas encore d’humanité. Niu-koua commença à modeler des hommes avec de la terre jaune. Mais elle trouva la tâche trop lourde pour ses forces ; elle alla donc puiser de la boue dont elle se servit pour faire des hommes. C’est ainsi que les nobles furent des hommes formés avec de la terre jaune ; les gens pauvres, de condition vile et servile, sont des hommes tirés de la boue.» (Fong sou t’ong yi, IIème siècle après JC)

 

De telles légendes sur la création de l’homme, sur la création du monde, sur un déluge primordial et sur l’existence des héros civilisateurs, existent partout, dans tous les peuples, en meso-Amérique, en Afrique, en Australie. L’histoire bouddhique de la liane Ph’at’th’alada m’a plu parce qu’elle me rappelle la fable de M. Maugis.

  

Si tous ces mythes et toutes ces légendes racontent un fonds de vérité, existe-t-il alors une autre explication à l’origine de l’homme qu’une lente évolution à partir d’une branche des hominidés ? Les thèses des créationnistes font rire les scientifiques. Mais pourquoi tant de mythes, tant de légendes, chez tant de peuples différents, racontent-ils pratiquement tous ce même genre d’histoires ? Comme si l’homme était une création d’un Dieu ou d’un peuple divin.

 

Cela a du moins autant de sens que les fables que d’aucuns racontent pour expliquer l’émergence de l’homme.

 

 

Saucratès

 

 

Sources : 

 

 

Bernard Chapais, Aux origines de la société humaine – Parenté et évolution - 2017 - Editions du Seuil, Paris

 

Pierre Clastres - La société contre l’Etat - Recherches d’anthropologie politique - 1974 - Les éditions de Minuit - Collection Critique

 

Richard Dawkins - Il était une fois nos ancêtres. Une histoire de l’évolution - 2007 - Éditions Robert Laffont, Paris

 

Heide Goettner-Abendroth - Les sociétés matriarcales - Recherches sur les cultures autochtones à travers le monde - 2019 - Éditions Des femmes - Antoinette Fouque, Paris

 

Emmanuel Guy - Ce que l’art préhistorique dit de nos origines - 2017 - Éditions Flammarion - Au fil de l’histoire, Paris

 

Bronislaw Malinowski - Les Argonautes du Pacifique occidental - 1967 - Gallimard, Paris

 

Alain Testart – Le communisme primitif - Economie et idéologie - 1985 - Editions de la Maison des sciences de l’homme, Paris

 

Alain Testart – Eléments de classification des sociétés - 2005 - Editions Errance, Paris

 

Alain Testart – Avant l’histoire – L’évolution des sociétés de Lascaux à Carnac – 2012 – Editions Gallimard NRF – Bibliothèque des sciences humaines, Paris

 
Sources orientales - Tome 1 - La naissance du monde - 1959 - Éditions du Seuil, Paris


06/08/2022
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De l’évolution des sociétés - Suite

De l’évolution des sociétés - Suite

 

Par Saucratès 

 

Istambul, dimanche 31 juillet 2022

 

Les sujets de réflexion qui m’interpellent le plus sont évidemment l’origine de l‘État, et par origine de l’Etat, je veux entendre l’origine de l’organisation sociale étatique au sens où nous l’entendons aujourd’hui, c’est-à-dire une organisation où il existe un monopole de la violence légitime (pour reprendre une définition de Max Weber). Et dans un deuxième temps, parce qu’il s’agit d’un sujet connexe, il s’agit de discourir sur l’origine du pouvoir, de cette violence légitime. Car selon de nombreux philosophes, il n’y a pas de pouvoir, sans la possibilité d’user de la violence, quelle soit légitime ou non.

 

Riche programme n’est-il pas ? Mais dans un premier temps, cette réflexion ne sera pas immédiatement la mienne dans ces articles. Avant de réfléchir à une quelconque origine de l’Etat en tant qu’organisation sociale ou bureaucratique, il faut parler d’évolution et de classification des sociétés humaines. En effet, au fond, de manière historique ou anthropologique, tenter de répondre à la question sur l’origine de l’Etat en cherchant les différentes formes que les sociétés humaines ont pu prendre par le passé, jusqu’à nos jours, c’est la même chose que de répondre à l’autre question approchante visant à déterminer comment des formes d’organisations sociales apparemment non étatiques ont pu résister, survivre pratiquement jusqu’à nos jours.

 

Dans mon introduction, j’ai essayé de présenter un certain nombre de notions que je tiendrais désormais pour acquises.

De l’évolution des sociétés - Introduction

 

La toute première société humaine organisée ayant laissé des traces archéologiques massives date ainsi d‘environ 12.000 ans BP (before present) et se trouve être contemporaine de la dernière glaciation du quaternaire que l’on nomme «Dryas récent». Il s’agit du site de Göbekli Tepe, en Anatolie centrale. En Occident et au Proche-Orient, il n’existe pas d’autres traces archéologiques massives, hors la Turquie, pendant les 6.500 années qui vont suivre. Les premières cités attestées archéologiquement parlant datent de l’occupation sumérienne il y a 5.500 ans. Et en Grèce ou en Crète, les premières traces archéologiques historiquement datées remontent à 3.500 ans, aux temps obscurs de la Grèce antique, où seules des légendes nous renseignent sur le passé, comme l’Iliade et l’Odyssée. 

 

Nota 1 : Quand je parle de trace archéologique massive, je ne prends pas en compte les trous de poteaux d’habitats préhistoriques que l’archéologie découvre régulièrement en Europe ou au Proche-Orient. Je veux parler de réalisations monumentales ou mégalithiques, un peu à la manière de Stonehenge, qui date de 4.800 ans BP, ou des alignements de Carnac, à partir de 7.000 ans BP.

 

Mais ces sites archéologiques massifs ne renseignent que difficilement sur l’organisation sociale des sociétés qui les ont construits. Sumer et Akkad ont connu des rois, des guerriers, des prêtres et des paysans. Carnac ou Stonehenge semblent également démontrer l’existence de castes de personnages importants, pour lesquels des tumulus massifs étaient construits, ou des castes de prêtres ou de druides chargés de la liturgie. Impossible en revanche de savoir quelle était l’organisation du ou des peuples qui ont construits Göbekli Tepe.

 

En Revanche, depuis Sumer, on sait que les grands États qui se sont succédés à la surface du monde ont tous été organisés de la même manière qu’à Sumer, jusqu’à la période récente. Des Rois, des prêtres, des soldats, des guerriers et enfin des paysans et des artisans. Cette même organisation en trois ordres qui a survécu inchangée jusqu’à la Révolution Française.

 

Mais cette histoire qui remplit nos livres d’histoire n’est qu’une fraction de l’histoire des sociétés humaines. Parce que l’histoire des Amériques, l’histoire de l’Afrique en dehors de l’Egypte, l’histoire de l’Asie dans son entier à l’exception de la Chine des mandarins, l’histoire des civilisations du Pacifique, n’a pas grand chose à voir avec cette histoire des grandes civilisations. Des peuples y vivent depuis des dizaines de millénaires avoir y laissé de traces archéologiques majeures ayant perduré jusqu’à nous, voire sans avoir inventé cette organisation sociale en trois ordres.

 

Nota 2 : J’oublie évidemment les constructions des Mayas, des Incas ou des Aztèques en Amérique, les temples d’Ankor en Asie, les églises sculptées dans la roche en Éthiopie …

 

Ce sont donc ces sociétés auxquelles je vais m’intéresser. Ces sociétés survivantes d’un ordre ancien, plus ou moins influencées par les civilisations que ces peuples ont croisé au cours de leur histoire. Car, comme je l’ai déjà indiqué, aucune société humaine, même celles que l’on croit les plus isolées, n’est restée à l’abri de toute influence d’autres sociétés humaines. Il n’existe probablement pas de tribus restées vierges de toute influence extérieure depuis la préhistoire. Il en va de même pour ce peuple des îles Sentinelles, au large de l’Inde, que l’on dit réfugiés sans contact avec le reste de l’humanité. Et pourtant, au dix-neuvième siècle, des habitants de ces tribus ont été exhibés comme des trophées par des anglais les ayant visité, ont été forcés à travailler comme des forçats. Il est ainsi facile de comprendre pourquoi ce peuple refuse aujourd’hui tout contact avec le reste de l’humanité. Ont-ils d’ailleurs tord sachant que le capitalisme d’aujourd’hui (si cher à AMA) accaparerait immédiatement leur île pour y construire un hôtel pour vacancier occidental ou en prélever les richesses.

 

D’où vient donc l’humanité ? Quelle est donc l’origine de l’Etat, des sociétés humaines ? Il y a cependant quelque chose d’invraisemblable. S’il n’avait existé à la surface de la Terre aucun autre peuple que des civilisations occidentales, on aurait pu tout ignorer des formes anciennes d’autres formes d’organisations sociales ! Si des auteurs du passé n’avaient rencontré et rendu compte des peuples qu’ils avaient en face d’eux, on ne saurait rien non plus de ces peuples. Mais Jules César a décrit dans sa «Guerre des Gaules» les mœurs et coutumes des Gaulois qu’il a affronté. Tacite a décrit les peuples germains de son temps. Morgan a décrit les mœurs et l’organisation sociale des peuples Iroquois qu’il a pu voir de son temps. De La Boétie dans son «De la servitude volontaire» s’est servi des descriptions des observateurs de son temps (16eme siècle) pour penser l’apparition de l’Etat et de la servitude. Clastres a décrit l’organisation des indiens Guayakis au fin fond de l’Amazonie, qui se réservaient à eux seuls le terme d’humains.

 

Nota 3 : Mais eux aussi, même si Pierre Clastres les présentent comme vivants sans connaissance de l’existence du reste de l’humanité, doivent, comme ce peuple des Îles Sentinelles refusant le contact avec tout peuple extérieur, avoir été en contact avec l’envahisseur espagnol au seizième siècle, descendant de quelques peuples ou civilisations amazoniennes, répartis se réfugier dans la forêt amazonienne pour échapper à l’envahisseur et au colonisateur espagnol ou portugais.

Et enfin Malinowski a décrit le peuple des îles Trobriandais et le mécanisme de la Kula, dans les îles Trobriand, en pleine Mélanésie.

 

Pour continuer plus avant sur cette origine des sociétés, je me baserai sur un certain nombre d’auteurs. Le premier que je citerai sera le primatologue et anthropologue Bernard Chapais dans son livre publié en 2017 (la version originale américaine date de 2008) intitulé « Aux origines de la société humaine – Parenté et évolution ».

http://www.tetralogiques.fr/spip.php?article178

 

Je suis absolument en désaccord avec les thèses qu’il y développe. Pourtant, son approche visant à rapprocher primates et humains me semble utile. En effet durant des millions d’années, si on oublie la théorie chrétienne de la création divine de l’homme, l’homme préhistorique a dû vivre dans une organisation sociale ayant à voir avec l’organisation sociale des bandes de primates, et ceci jusqu’à très récemment, jusqu’à il y a quelques dizaines de milliers d’années.  

 

De son côté, Bernard Chapais ramène toute l’origine de la société humaine à l’évitement de l’inceste chez les primates ainsi qu’à la prohibition de l’inceste chez les humains, et propose un supposé ‘modèle du groupe patrilocal ancestral’ dont l’origine remonterait à nos plus proches ancêtres paninés, à savoir les chimpanzés (pan troglodytes) et les bonobos (pan paniscus), qui serait organisé sur un système dit de ‘philopatrie mâle’.

 

Nota 4 : Le terme ´patrilocal’ signifie qui vit chez le mari ou le père. En anthropologie, on observe deux catégories contradictoires de résidence : celle-ci est matrilocale si le fiancé va demeurer dans la famille de sa femme, et patrilocale quand la fiancée se rend dans la demeure de son futur mari.— (Lowie, «Anthropologie culturale»)

https://www.lalanguefrancaise.com/dictionnaire/definition/patrilocal

 

De son côté, la ‘philopatrie’ (de philo : amour et pater : père) est la tendance de certains individus à rester ou à instinctivement revenir à l'endroit où ils sont nés, pour se reproduire (sur terre, ou sous l'eau). Ce phénomène a été observé chez de nombreux vertébrés. 
https://fr.wikipedia.org/wiki/Philopatrie

 

Il me semble particulièrement réducteur de tout faire provenir d’un supposé évitement de l’inceste, que l’on retrouve chez la majorité des espèces animales (grands félins, éléphants), ou dans une organisation sociale ressemblante des groupes (on retrouve la même organisation à un mâle et plusieurs femelles à la fois chez les gorilles et chez le lion dans la famille des grands félins, alors que l’on estime que le dernier ancêtre commun à ces deux espèces remonte à 85 millions d’années (séparation d’avec les Laurasiathériens) d’après Richard Dawkins. Une ressemblance entre l’organisation sociale de deux espèces animales différentes ne s’explique ainsi pas forcément par un ancêtre commun, puisqu’aucun autre grand félin n’a la même organisation sociale en groupe sociaux que les lions.

 

Nota 5 : Le fait que le dernier ancêtre commun entre la lignée des homininés (hommes et gorilles) et celles des félins remonte à 85 millions d’années n’est pas incompatible avec le fait que le premier félin soit supposément apparu il y a 11 millions d’années. Cela signifie simplement que les félins se sont séparés du reste de la famille des Laurasiathériens il y a 11 millions d’années.

 

Pour ma part, même si j’aimerais énormément connaître l’organisation sociale des hommes préhistoriques il y a plusieurs millions d’années, voire même simplement il y a quelques dizaines de milliers d’années, je ne peux pas imaginer simplement transposer une hypothétique organisation sociale des primates sur ces premiers humains.

 

Nota 6 : Surtout qu’une autre forme d’organisation sociale est défendue par d’autres penseurs ou anthropologues sur lesquels je reviendrais plus tard, à savoir sur une organisation des sociétés humaines traditionnelles organisées sous forme matriarcales. (Heide Goettner-Abendroth, «Les sociétés matriarcales - Recherches sur les cultures autochtones à travers le monde»)

 

https://saucrates.blog4ever.com/lecture-du-livre-de-heide-goettner-abendroth-les-societes-matriarcales-suite-1

 

 

Saucratès

 
 

Sources : 

 

 

Bernard Chapais, Aux origines de la société humaine – Parenté et évolution - 2017 - Editions du Seuil, Paris

 

Pierre Clastres - La société contre l’Etat - Recherches d’anthropologie politique - 1974 - Les éditions de Minuit - Collection Critique

 

Richard Dawkins - Il était une fois nos ancêtres. Une histoire de l’évolution - 2007 - Éditions Robert Laffont, Paris

 

Heide Goettner-Abendroth - Les sociétés matriarcales - Recherches sur les cultures autochtones à travers le monde - 2019 - Éditions Des femmes - Antoinette Fouque, Paris

 

Bronislaw Malinowski - Les Argonautes du Pacifique occidental - 1967 - Gallimard, Paris

 

Alain Testart – Le communisme primitif - Economie et idéologie - 1985 - Editions de la Maison des sciences de l’homme, Paris

 

Alain Testart – Eléments de classification des sociétés - 2005 - Editions Errance, Paris

 

Alain Testart – Avant l’histoire – L’évolution des sociétés de Lascaux à Carnac – 2012 – Editions Gallimard NRF – Bibliothèque des sciences humaines, Paris


31/07/2022
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De l’évolution des sociétés - Introduction

De l’évolution des sociétés - Introduction

 

Par Saucratès 

 

Saint-Denis de La Réunion, vendredi 15 juillet 2022

 

J’ouvre un nouveau sujet d’écriture. Je souhaitais en effet vous parler d’évolution et de classification des sociétés humaines, comme je vous l’avais promis.

 

Comme je vous l’avais donc indiqué, l’idée est de savoir s’il est possible de retracer une évolution des sociétés humaines allant des premiers groupes de chasseurs-cueilleurs de la lointaine préhistoire, donc des premiers groupes d’humanoïdes, jusqu’aux sociétés humaines de notre modernité, de notre époque, qu’il s’agisse des sociétés occidentales modernes, technologiques et industrielles, qu’il s’agisse des sociétés russes, chinoises ou indiennes, qu’il s’agisse des Etats d’Afrique ou d’Amérique du Sud, ou bien tout simplement des divers peuples vivants en dehors ou à l’écart de ces divers Etats, comme certaines tribus amérindiennes vivant de chasse et de cueillette, comme les aborigènes d’Australie, les peuples Kong ou San en Afrique australe, les tribus pygmées d’Indonésie ou d’Afrique équatoriale, ou enfin les derniers peuples restés à l’écart du reste de l’humanité comme les peuples isolés des îles Sentinelles. 

 

Je vais donc vous parler d’évolutionnisme des sociétés humaines en me basant sur les théories exposées dans les différents livres d’Alain Testart. 

Mais avant cela, un certain nombre de points doivent être éclaircis ou explicités. 

 

A) Lorsque l’on parle d’évolution, on part du principe que les sociétés humaines que l’on pense les plus archaïques n’ont pas varié, n’ont pas évolué depuis les temps préhistoriques. Or, aucune société humaine, même celles que l’on croit les plus isolées, n’est restée à l’abri de toute influence d’autres sociétés humaines. Il n’existe probablement pas de tribus restées vierges de toute influence extérieure depuis la préhistoire.

 

B) Très vraisemblablement, les sociétés archaïques des peuples de chasseurs-cueilleurs (peuplades des îles Sentinelles au large de l’Inde, les indiens Guayakis d’Amazonie) ne constituent pas forcément les restes de sociétés primordiales mais elles ont pu également régresser, évoluer, par rapport à des formes de sociétés plus grandes, plus nombreuses.

 

C) S’il n’avait existé aucun autre peuple que ceux de nos civilisations occidentales, on aurait pu tout ignorer des formes anciennes d’autres formes d’organisations sociales. On aurait ainsi pu ignorer que les peuples préhistoriques vivaient de chasse et de cueillette.

 

D) On peut aussi se demander comment ont pu apparaître la démocratie primitive des anciennes cités grecques athéniennes ou spartiates, la démocratie primitive des anciens peuples germains avant qu’ils n’envahissent la Rome antique, ou l’organisation sociale sans chefs des peuples Sans en Afrique australe ou des aborigènes australiens ? Ces différents peuples ont-ils pu inventer à partir de rien ces formes de démocratie, ou bien ces formes viendraient-elles d’une forme d’organisation humaine plus ancienne, d’un fond immémorial de l’humanité ?

 

D) Ce que l’on appelle «histoire» n’est qu’une infime fraction de l’histoire totale de l’humanité et ce que l’on appelle «préhistoire» couvre la majeure partie de l’évolution des sociétés humaines, à l’exception des quelques derniers milliers d’années. L’histoire elle-même est née à Sumer, avec l’invention de l’écriture, il y a environ 5 millénaires. Les premières tablettes couvertes de signes cunéiformes sont datées de 3.200 avant JC à Uruk. Tout ce qui remonte avant ces cinq derniers millénaires constituent la préhistoire. 

E) Il existe deux méthodes pour dater et exprimer l’histoire ou la préhistoire. La première consiste à dater par rapport à l’an 0 de la chrétienté et l’on parle ainsi de date avant JC ou après JC. La seconde méthode pour exprimer les datations consiste à chiffrer par rapport à aujourd’hui, et on parle ainsi de datation BF («before present» - avant le temps présent). Ces deux formes de datations disent la même chose, mais elles ne doivent pas être confondues, plus de 2.000 ans les séparant. 

F) Il existe également de nombreuses méthodes de datation pour dater des fossiles, des fragments de poteries, des tablettes ou des papyrus. Les plus connues sont la dendrochronologie et la datation au carbone 14.

 

1-La dendrochronologie est une méthode pour dater les bois anciens grâce aux empreintes des cernes des arbres. Il existe des bibliothèques d’empreintes d’arbres permettant de remonter de plusieurs milliers d’années dans le temps, et de les dater à l’année près. La dendrochronologie permet de remonter jusqu’à des datations de 9.000 ans BF.

 

2-La datation au carbone 14 est une autre méthode pour dater des vestiges d’êtres vivants. Mais comme la dendrochronologie, elle ne permet pas de remonter très loin dans le passé. Au delà de 50.000 ans BF, cette méthode n’est plus assez précise. Le carbone 14 est un isotope instable du carbone ; le carbone 12 étant un isotope stable. Environ un million de millionième du carbone du monde est constitué en C14, et sa demi-vie est de 5.730 ans. Au bout de 5.730, la moitié d’un échantillon de carbone 14 aura disparu et se sera transformé en azote 14 (de manière stupéfiante, le carbone 14 est issu lui-même de l’azote 14 du fait des bombardements par des rayons cosmiques dans l’atmosphère). Les plantes absorbent indifféremment du carbone 12 ou du carbone 14, et celles-ci sont mangés par des animaux qui sont à leur tour mangés par d’autres animaux. Le carbone 14 se disperse ainsi chez tous les êtres vivants, et la proportion entre les deux isotopes C12 et C14 est à peu près la même que dans l’atmosphère.

 

A partir de la mort d’un végétal ou d’un animal, il n’y a plus de nouveaux apports de carbone et la proportion entre C14 et C12 va commencer à baisser dans les tissus morts. En mesurant cette proportion, en se basant sur la demi-vie du C14 de 5.730 ans, on peut ainsi dater précisément un reste ou un fossile d’être vivant.

 

https://www.cea.fr/comprendre/Pages/radioactivite/essentiel-sur-la-datation-au-carbone-14.aspx

 

3-Pour les datations au-delà de 50.000 ans ou bien concernant des vestiges non organiques ou non végétaux, il faut utiliser d’autres méthodes de datation comme par exemple la méthode Potassium-Argon, qui permet de dater des roches éruptives dans une fourchette de 100.000 ans à 10 millions d’années, en raison de la transformation de l’isotope Potassium 40 (K40) en l’isotope Argon 40 (Ar40). Dans ce cas, on ne cherche pas à mesurer la quantité de K40 dans une roche, puisqu’on ignore combien il y en avait au départ. Ce que l’on mesure, c’est la proportion de K40 et d’Ar40. Quand le K40 contenu dans un cristal décroît, l’Ar40, un gaz, reste piégé dans ce cristal. Si ce cristal contient autant de K40 et d’Ar40, on sait donc que la moitié du potassium s’est transformée. Il y a donc 1,3 milliard d’années que ce cristal s’est formé. S’il y a deux fois plus de K40 que d’Ar40, le cristal n’a que 650 millions d’années … Heureusement, l’Ar40 est également un isotope stable de l’argon.

 

Autre méthode de datation, la méthode Uranium 238-Thorium 234, dont la demi-vie est de 4,5 milliards d’années. À noter néanmoins que le Thorium 234 n’est pas un isotope stable, et qu’il va passer par 14 stades intermédiaires avant de se transformer en plomb 236, seul isotope stable de cette chaîne de transformation.

 

 

http://www.archeologiesenchantier.ens.fr/spip.php?article9

 

G) Si les premières cités humaines connues remontent à Sumer, il y a 5.000 ans, il existe néanmoins d’autres traces d’habitats humains antérieurs, que ce soit sur les bords de l’Euphrate, avant Sumer, remontant à 7.000 ans BF, ou que ce soit ailleurs, notamment dans les plaines d’Europe, avec des maisons constitués en ossements de mammouths.

 

Mais l’un des plus anciens vestiges archéologiques prouvés au monde est le site de Göbekli Tepe, en Anatolie, à la frontière syrienne, sorte de temple que l’on considère comme le plus ancien du monde, dont la construction et l’occupation remonte à près de 12.000 ans BF (à partir de -9.600 ans avant JC). Même si ce temple ne nous éclaire pas sur l’organisation sociale du peuple qui le construisit, qu’il nous renseigne au plus sur leurs croyances, il constitue néanmoins un marqueur intéressant de l’évolution des sociétés. Il y a 12.000 ans, bien avant les premières preuves connues de sédentarisation, bien avant les premières cités sumériennes, bien avant ce que l’on pensait être les premières cités humaines, des peuples avaient construit de gigantesques temples nécessitant une main d’œuvre nombreuse, preuve de sédentarité.

 

Sa construction est notamment contemporaine de la dernière période glaciaire appelée le Dryas récent, qui s’est étendue de 12.850 à 11.650 ans BF (10.900 à 9.700 ans avant JC). 

 

https://www.laterredufutur.com/accueil/un-ancien-temple-raconte-lhistoire-dune-collision-de-cometes-provoquant-lage-de-glace/

 
H) Enfin, dernièrement, j’aborderais dans les prochains articles ce que l’on appelle les systèmes de parenté. Il existe un certain nombre de système de parenté de par le monde. Ces systèmes reposent sur la manière dont Ego appelle ses apparentés.

 

- On appelle ainsi un système de parenté de type «eskimo» un système de parenté descriptif, dans lequel les termes «père», «mère», «frères» et «sœurs» ne s’appliquent qu’à une seule personne. Ce système de parenté est également celui de nos sociétés occidentales. C’est egalement un système dans lequel le même terme de «cousines» est utilisée pour désigner les cousines croisées (fille du frère de la mère et fille de la sœur du père) et les cousines parallèles (fille de la sœur de la mère et fille du frère du père).

 

- On appelle système de parenté de type «hawaïen» un système de type classificatoire dans lequel tous les individus de même sexe d’une génération sont désignés par le même terme de parenté. On l’observe notamment dans toute l’aire de peuplement malayo-polynésienne. Mais ce système ne distingue pas plus que le système «eskimo» les cousines croisées des cousines parallèles.

 

- On appelle système de parenté de type «iroquois» un système de parenté dans lequel il existe un terme différent pour les cousines croisées et un autre pour les cousines parallèles et pour les sœurs. Ce système a notamment été observé par L.H. Morgan chez les iroquois, mais c’est également ce système de parenté qui est observé en Australie.

 

- Enfin, on distingue également des systèmes de parenté de type «soudanais», «omaha» et «crow», qui sont proches du système «iroquois», mais qui different par les termes employés pour distinguer les deux types de cousines croisées (fille du frère de la mère et fille de la sœur du père).

 

Après vous avoir exposé ces quelques préalables, je vais pouvoir m’enfoncer plus profondément dans ce que l’on peut appeler une classification des sociétés, en me basant notamment plus précisément sur quelques lectures de livres d’Alain Testard.

 

  

Saucratès

 

 

Bibliographie : 

 

 

Alain Testart – Le communisme primitif - Economie et idéologie - 1985 - Editions de la Maison des sciences de l’homme, Paris

 

 

Alain Testart – Eléments de classification des sociétés - 2005 - Editions Errance, Paris

 

 

Alain Testart – Avant l’histoire – L’évolution des sociétés de Lascaux à Carnac – 2012 – Editions Gallimard NRF – Bibliothèque des sciences humaines, Paris

 

Richard Dawkins - Il était une fois nos ancêtres. Une histoire de l’évolution - 2007 - Éditions Robert Laffont - Paris

 


15/07/2022
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