Critiques de notre temps

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De la crise financière


Finance offshore et évasion fiscale

Réflexion une (jeudi 9 novembre 2017)

La finance offshore

 

Le Monde et l'ICIJ viennent de publier une nouvelle enquête sur le monde de la finance offshore.

http://www.lemonde.fr/idees/article/2017/11/06/paradise-papers-l-envers-de-la-mondialisation_5210798_3232.html

 

Il y a dix-huit mois, en avril 2016, Le Monde et des médias partenaires de l'ICIJ («International consortium of Investigative Journalists» ou «Consortium pour un journalisme d'investigation») avaient décortiqué des milliers de documents provenant du cabinet Mossack Fonseca, installé dans l'Etat du Panama. Cette fuite avait pris le nom des «Panama Papers».

https://www.lesechos.fr/04/04/2016/lesechos.fr/021815208784_--panama-papers-----revelations-sur-la-finance-offshore-mondiale.htm

 

Ces documents avaient permis de mettre en lumière des pratiques de blanchiment et de financement occulte de grandes entreprises et de nombreux hommes politiques du monde entier. Il y était notamment question d'hommes politiques connus islandais ou de quelques autres pays qui avaient utilisé ce cabinet pour échapper à l'impôt et masquer des biens ou leur patrimoine. 

 

Qu'en était-il ressorti de cette affaire des «Panama Papers» au final ? Le cabinet Mossack Fonseca n'a pas cessé ses activités pour autant. Même si cette histoire a dû lui faire du tord ; ce genre de clients cherchant avant tout la discrétion et la confidentialité. Quelques hommes politiques, notamment en Islande, avaient dû démissionner ou plutôt avaient été contraints par la rue et la presse de démissionner de leurs responsabilités gouvernementales ... Mais soyons sûr qu'ils reviendront tôt ou tard ; les électeurs n'ayant qu'une très faible mémoire des fautes et erreurs des hommes politiques qu'ils élisent. Quelques fraudeurs ont bien dû être rattrapés par le fisc français ou par les fisc étrangers, et quelques centaines de contribuables ont dû choisir de profiter des services de la cellule de rapatriement de leurs avoirs en France en payant une partie des impôts qu'ils auraient dû payer. On avait aussi découvert que certains grands établissements bancaires francais continuaient de travailler dans les Etats offshore alors que les dirigeants de ces établissements avaient assuré qu'ils n'avaient aucun lien avec ces Etats là et avec le monde de la finance offshore.

 

Quelques années auparavant déjà, les mêmes médias et l'ICIJ avaient deja fait sortir des milliers de documents provenant de deux sociétés très actives dans le monde de l'offshore : Commonwealth Trust Limited, située dans les Îles Vierges britanniques, et Portcullis Trustnet, basée à Singapour. C'était en avril 2013.

http://www.france24.com/fr/20130404-offshore-leaks-secrets-paradis-fiscaux-icij-enquete-revelation-medias

 

Les 6 et 7 novembre 2017, Le Monde, ainsi que de nombreux autres journaux et médias de par le monde, publient donc une nouvelle enquête sur la finance offshore. Cette enquête se base sur 6,8 millions de documents internes du cabinet d'avocats Appleby aux Bermudes, de 0,6 million de documents internes du cabinet Asiaciti Trust de Singapour, et de 6,2 millions de documents issus des registres confidentiels des sociétes de dix-neuf paradis fiscaux (Antigua-et-Barbuda, Aruba, Bahamas, Barbade, Bermudes, Dominique, Grenade, Îles Caïmans, Îles Cook, Îles Marshall, Labuan, Liban, Malte, Saint-Kitts-et-Nevis, Sainte-Lucie, Saint-Vincent-et-les-Grenadines, Samoa, Trinité-et-Tobago, Vanuatu). Les médias ont donné à cette affaire le nom de «Paradise Papers».

 

Par différence d'avec les «Panama Papers», il ne semble pas que ces documents internes démontrent des montages illégaux ou de financement de blanchiment ou d'argent sale. Ils montrent les dessous du Monde de la finance et de l'évasion fiscale.

 

«Ces histoires mises bout à bout composent un monde à part, où l'impôt n'existe pas. Un Monde réservé aux élites du XXIe siècle, qui souligne le problème de l'équité fiscale et du partage de l'impôt entre des contribuables qui ont le pouvoir d'y échapper et d'autres qui ne peuvent agir sur leur facture fiscale. Un monde enfin, qui se joue des tentatives de régulation des États.» Jérémie Barush, Jean-Baptiste Chastand, Anne Michel et Maxime Vaudano, Le Monde.

 

Cette nouvelle affaire est presque désespérante. Apres 2013 et 2016, après les «offshore leaks» puis les «Panama papers», rien ne semble devoir changer. Des hommes politiques à chaque fois avaient été mis en cause, mais cette nouvelle enquête démontre encore que les plus puissants sont les premiers à utiliser ces systèmes d'optimisation fiscale pour échapper à l'impôt. La couronne britannique, de nombreux membres du gouvernement américain parmi les proches du nouveau president Trump, des proches de Trudeau au Canada ... Et puis surtout, malgré tout ce qui est dit et écrit sur la finance offshore, rien ne change. 2013, 2016, 2017 ... combien faudra-t-il d'articles de presse, de fuites de documents, pour que quelque chose bouge ? À moins qu'en fait cela ne serve à rien. Que les coupables ne soient jamais inquiétés, que la finance offshore continue de prospérer et de croître, et que l'opinion publique ne s'en accommode et trouve cela normal.

 

Faut-il désespérer ?

 

 

 

Saucratès


09/11/2017
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De la crise financière (17)

 

Réflexion cent-neuf (25 octobre 2017)
La crise financière - Plus de dix ans plus tard

 

Il y a dix ans que le monde de la finance ne nous a pas concocté une bonne petite crise. Qu'est-ce qui se passe ? Les déséquilibres mondiaux dont se nourrissent les crises financières se seraient-ils résorbés tous seuls ces dernières années ? Le monde de la finance serait-il devenu sage et propre ? L'économie aurait-elle cessée de ne penser qu'aux profits et aux bénéfices pour s'intéresser plutôt aux humains et au bien commun ? La réponse à ces questions est : Evidemment que non ! Le monde n'a pas changé mais nous connaissons une paix financière relative depuis quelques années, avec notamment une stabilisation de la crise de la zone euro.

 

C'est une situation surprenante ! J'étais notamment persuadé depuis deux ans qu'une crise financiere nous affecterait courant 2016 puis courant 2017. Mais j'ai eu tord. Ma seule mesure de protection avait cependant seulement été de sortir des placements en actions. Les conséquences n'en sont donc pas trop graves. Mes principaux arguments étaient la régularité cyclique des crises : 1992-1993 / 1999-2000 / 2007-2009. Qu'il n'y ait toujours aucune prémisse de crise en 2017 est une incohérence devant cette régularité mécanique. Peut-être un signe que certaines mesures prises par les autorités monétaires ou politiques ont été efficaces.

 

En même temps, les signaux inquiétants ne manquent pas, mois après mois, années après années. L'élection de Donald Trump à la Maison Blanche, le régionalisme catalan, la crise avec la Corée du Nord ou avec l'Iran, la sortie du Royaume Uni de l'Union Européenne, le scandale du dieselgate, une présence massive de députés d'extrême droite en Allemagne au Bundestag, la fragilité de la situation de la dette de la Grèce mais aussi de l'Italie, l'afflux des migrants vers l'Europe au travers de la Méditerranée ... Et j'en oublie certainement beaucoup. Et pourtant les indices boursiers continuent de progresser régulièrement. Bizarrement. Ils atteignent actuellement un niveau proche de leur maxima de 2007 (le CAC 40 avait alors approché les 6.000 points) au dessus de 5.400 points après être tombés proche de 2.500 points en début d'année 2009, au pire de la crise financière.

http://www.boursorama.com/bourse/cours/graphiques/popup.phtml?mo=0&form=OUI&code=FR0003500008&symbole=1rPCAC&choix_bourse_graf=country3A33&tc=line&duree=120&pe=0&is=0&mm1=50&mm2=&mm3=&comp=0&indiceComp=1rPCAC&codeComp=&i1=4&i2=no&i3=no&grap=1&type=1&st=3&nomenu=yes

 

S'agit-il d'un signe rassurant pour autant, que les indices boursiers progressent ? Pour l'existence ou non de crise economique ou financière, il s'agit effectivement d'un signe rassurant. Pas de crise sans effondrement des indices boursiers. Pour le devenir de l'économie, pour les chomeurs, pour les jeunes qui sortent des écoles dans le monde du travail, c'est aussi un signe positif ; rien n'est pire que de sortir d'une école au cours d'une période de crise, lorsque les entreprises n'embauchent pratiquement plus par manque de débouchés. Donc effectivement, une progression des indices boursiers malgré les inquiétudes européennes ou internationales est un signal rassurant, signe que tout va encore à peu près bien sur terre, dans les pays occidentaux ... Evidemment, à nos portes, tout ne va pas aussi bien. Guerre en Syrie. Misère en Afrique qui jette sur les routes et les mers des millions de migrants. Peste à Madagascar.

 

Au fond, que représentent ces crises financières et les outils financiers mis en œuvre par les banques centrales à l'aune des difficultés de la majeure partie des habitants du monde, hors Etats occidentaux ? Se rendent-ils véritablement compte que des crises financières éclatent ou au contraire n'éclatent pas. Et les moyens financiers faramineux mis en œuvre pour résorber ces crises ou pour calmer la situation ne pourraient-ils être mieux utilisés ou servir à d'autres fins ?

 

A lire aussi des articles du Monde sur les années 2007-2017 ...

http://www.lemonde.fr/economie/article/2017/07/07/2007-2017-au-coeur-de-la-crise-qui-a-change-le-monde_5157226_3234.html

 

 

Réflexion cent-huit (6 août 2012)
La crise financière - Cinq ans déjà - Retour sur un peu d'histoire

 

Il y a exactement cinq ans, dans les premiers jours d'août 2007, la crise des crédits subprimes américains explosait sur les marchés financiers, prélude de ce qui allait devenir la pire crise financière que le monde ait connu depuis les années 1930.

http://saucrates.blog4ever.com/blog/lire-article-447196-1985888-de_la_crise_financiere__1_.html

 

Cette crise a connu des moments successifs d'amélioration et de dégradation des opinions, d'optimisme exubérant et de pessimisme excessif des marchés. Et les marchés, de trimestres en trimestres, d'années en années, ont continué à dégringoler depuis maintenant cinq ans. Les principaux indices boursiers ont commencé à dégringoler à la mi-2007, en vagues successives. Le CAC 40 est ainsi passé de plus de 6.100 points en juillet 2007 à un minimum historique d'à peine 2.500 points en mars 2009. On pouvait avoir depuis cette date l'impression que les bourses et les économies mondiales se redressaient petit à petit, mais c'était avant qu'éclate en 2010-2011 la crise de la dette souveraine en zone euro, et les nouveaux plus bas atteints à cette époque.

 

De cette époque là, on se rappelle tous quelques évènements qui ont marqué l'histoire.

- Janvier 2008 : annonce d'une perte de 4,9 milliards d'euros par la Société Générale suite au débouclage d'opérations à risques. 

- Septembre 2008 : faillite aux Etats-Unis de Lehman-Brothers et prise de contrôle par l'état fédéral américain d'AIG.

- Mars 2009 : annonce par AIG de la pire perte historique pour une société américaine (61,7 milliards USD pour le quatrième trimestre 2008 et 99,3 milliards USD pour toute l'année 2008).

 

Qui ne se rappelle pas non plus les sigles qui ont rythmé nos lectures de cette période (d'ajourd'hui encore) et que l'on a découvert à cette occasion : les CDS («credit default swap»), le 'private equity' (ou «leverage buy out») les CDO ((«Collateralized Debt Obligations» ou titres de créances hypothécaires), le 'subprime mortgage' ou crédits à risque hypothécaires, les monoliners (ou réhausseurs de crédits) ...

 

Qui se rappelle d'ailleurs des monoliners comme AMBAC Financial, MBIA, ACA Financial (filiale de Crédit Agricole), FSA (filiale de Dexia) ou CIFG (filiale de Natixis) ? Ces sociétés qui réhaussaient et garantissaient des milliards de dettes et de titres, cotés AAA par les principales agences de notation internationales avant la crise, et dont la valeur boursière et de notation ne vaut actuellement plus rien ! Monoliners qui ont couler ou ont fait perdre des milliards de capitalisation boursière à leurs actionnaires bancaires français.

 

Et maintenant, en ce mois d'août 2012, cinq ans après la médiatisation de la crise financière, que se passe-t-il ? Après une crise financière (toujours pas finie), puis une crise économique (toujours en cours), puis une crise des dettes souveraines (en cours), on assiste petit à petit à une montée des protectionnismes, même au sein de la zone euro avec des états comme la Belgique qui expulse les chômeurs d'autres nationalités de leur territoire, ce qui amène les instances européennes à s'alarmer de la montée des tensions entre états européens. Et les banques européennes (grecques, espagnoles, maltaises après celles anglaises, irlandaises et islandaises) qui continuent à avoir besoin de l'aide de leurs états européens, sans que l'on sache jusqu'où ira la crise, jusqu'aux banques de quels pays impactera-t-elle ?

 

Pour finir, un article intéressant des Echos sur les pertes des principales banques européennes :

http://www.lesechos.fr/entreprises-secteurs/finance-marches/diaporama/DIAP160312580_4A29B1-banques-europeennes-les-plus-grosses-pertes-302837.php

- Fortis : pertes de 28 milliards d'euros en 2008

- RBS (Royal Bank of Scotland) : pertes de 27 milliards d'euros en 2008 (nouvelles pertes en 2011 - ses difficultés ont valu à son ancien patron Fred Goodwin de perdre cette année son titre de chevalier).

- UBS : pertes de 13 milliards d'euros en 2008

- Hypo Real Estate : pertes de 5,5 milliards d'euros en 2008

- Commerzbank : pertes de 6,6 milliards d'euros en 2008

- Anglo Irish Bank : pertes de 12,7 milliards d'euros en 2009 et de 17,7 milliards d'euros en 2010

- LLoyds Banking Group (nationalisée après la crise financière de 2008) : perte de 7 milliards d'euros en 2009

- Allied Irish Bank : pertes de 10,4 milliards d'euros en 2010

- Dexia : pertes de 11,6 milliards d'euros en 2011

- Unicredit (première banque italienne) : pertes de 9,2 milliards d'euros en 2011

- Intesa Sanpaolo : pertes de 8,2 milliards d'euros en 2011

 

 

Réflexion cent-sept (20 juillet 2012)
De quoi le dernier sommet européen avait-il accouché ? S'agit-il d'une union bancaire européenne ?

 

Le dernier sommet européen remonte à un peu moins d'un mois. Selon les médias, ce sommet avait accouché d'une réforme majeure avec l'instauration d'un soi-disante 'union bancaire européenne' et avait vu une révolte des pays du sud de l'Europe, arrachant à la clancelière allemande des concessions majeures : l'extension du rôle du Mécanisme européen de stabilité pour la recapitalisation directe des banques en difficulté (sans passer par les Etats) et l'adoption des 'projects bonds' pour financer des dépenses en infrastructures ...

http://www.agefi.fr/fiche-blogs-wikifinance/crise-de-la-dette-l-europe-peut-et-doit-mieux-faire-1849.html

 

Il y a néanmoins une forme de théatralisation dans ce compte-rendu de ce sommet européen. Une avancée dans la mise en oeuvre d'une union bancaire était demandée par un certain nombre d'intervenants, au premier rang desquels le fonds monétaire international (FMI) et la banque des règlements internationaux (BRI). «La création d'une union bancaire pour la zone euro permettrait de desserrer l'étau de la crise de la dette et laisserait un peu plus de temps aux Etats pour poser les bases d'une stabilité durable de l'Union économique et monétaire (UEM)», déclarait cette dernière dimanche 24 juin.

http://www.euractiv.fr/fmi-appelle-europe-achever-union-bancaire-article

http://www.latribune.fr/entreprises-finance/banques-finance/industrie-financiere/20120625trib000705609/l-union-bancaire-europeenne-permettrait-aux-banques-de-souffler.html

 

Clairement, il n'y avait rien de très nouveau dans ce projet d'union bancaire européenne, dont la présentation au cours de ce sommet européen était présumée depuis fin mai 2012 (article d'Easybourse) mi-juin 2012 (La Tribune). Et il était connu que cette union bancaire ne pouvait être acceptée par l'Allemagne que si le contrôle des banques était assuré de manière centrale par la BCE.

http://www.latribune.fr/entreprises-finance/banques-finance/industrie-financiere/20120615trib000704108/le-projet-d-union-bancaire-europeenne-pourrait-etre-presente-le-28-juin.html

http://www.easybourse.com/bourse/financieres/article/23005/la-bce-appelle-a-une-reforme-du-secteur-bancaire-en-europe-pour-resoudre-la-crise.html

 

Toutefois, derrière ces annonces extraordinaires qui n'en sont peut-être pas, il nous faut nous interroger sur ce qui va réellement changer et sur ce qui reste à faire et à penser.

 

Au sujet de la supervision centrale des banques par un organisme européen unique, il y a la difficulté des normes comptables et fiscales divergentes en Europe. Cela veut faire croire que la surveillance des banques est beaucoup plus laxiste dans certains pays que dans d'autres. Cela consiste surtout à minimiser la barrière des langues (des contrôleurs parlant anglais ou allemand dans les services comptables des banques françaises, italiennes ou espagnoles). Et l'on oublie carrément que la supervision des banques implique d'avoir une connaissance de proximité des risques, de la conjoncture économique et des entreprises, qui conduit le plus souvent les équipes de contrôle à s'adjoindre le renfort de participants issus de succursales de la région (en France). Une supervision des banques menée depuis Francfort, par des euro-fonctionnaires germanophiles, ne sera pas plus efficace (inversement) que les contrôles actuels des autorités bancaires de chaque pays de la zone euro.

 

Un fond européen unique capable de renflouer directement les banques en difficulté, sans impacter les dettes des états, est évidemment une bonne chose dans l'idée d'une union bancaire, notamment parce que la crise des années 2008-2012 a suffisamment démontré que les sommes en jeu pouvaient être astronomiques et qu'elles excédaient parfois les capacités des états pris séparément. Néanmoins, encore faut-il que le Mécanisme européen de stabilité est les moyens financiers nécessaires pour recapitaliser toutes les banques qui pourraient en avoir besoin. Puisque l'on voit bien que la seule recapitalisation des banques espagnoles va peser 100 milliards d'euros et qu'il semble que le MES n'aurait pas les moyens d'effectuer une telle recapitalisation des banques françaises ou allemandes.

 

Néanmoins, ces quelques mesures masquent mal l'absence de toute réflexion sur les causes de cette crise financière et sur les mesures à mettre en place. Ce qui pose problème, c'est le modèle de la banque universelle qui existe en Europe mais également aux Etats-Unis. A l'origine, cette crise des dettes souveraines provient de l'explosion de la crise financière en 2007, et de la contamination de l'ensemble des banques occidentales par les dérivés de crédits subprime américains. Ce sont notamment les mesures de soutien aux systèmes bancaires, de relance de l'activité économique, et l'envol des dépenses sociales qui expliquent l'explosion des déficits étatiques et l'emballement des dettes souveraines. Le ralentissement de l'activité économique et son corrolaire (la diminution des rentrées fiscales) a simplement accentué ce phénomène, en même temps qu'il impactait également les bilans des établissements bancaires, auxquels les pouvoirs publics demandaient par ailleurs de continuer à financer l'économie.

 

La solution pour éviter la répétition d'une telle catastrophe, c'est d'interdire aux banques les activités de marché, de banques d'affaires, pour les limiter à la seule activité de banque de dépôts et de crédits, comme cela a longtemps été leur seul métier et leur seule occupation. C'est rétablir la séparation de ces activités, dans la droite ligne de la loi américaine de 1933 dite Glass-Steagall Act, partiellement remise en oeuvre par le Dodd–Frank Wall Street Reform and Consumer Protection Act de juillet 2010. C'est aussi l'option retenue par l'Angleterre, même si ces derniers ne visent qu'à cantonner ces activités au sein des banques (insuffisant selon moi). Le Glass-Steagall Act avait été abrogé en 1999 sous la présidence Clinton. En France, cette séparation entre ces divers métiers de banques existait également, mais elle avait été abrogée beaucoup plus tôt, avec l'adoption de la nouvelle loi bancaire de 1984.

 

Il ne faut pas croire néanmoins qu'une telle loi éliminera tout risque de cataclysme bancaire à l'avenir en Europe ou en Occident. Les banques de dépôts peuvent toujours être confrontées au risque de crédit, lié aux faillites de leur clientèle. C'est par exemple l'origine des difficultés des banques espagnoles, confrontées à l'explosion d'une bulle immobilière et aux faillites de très nombreuses entreprises. Les crises financières du dix-neuvième siècle avaient toutes pour origine de telles difficultés, notamment aux Etats-Unis, avec des faillites en cascade des banques. Mais un tel risque de crédit est beaucoup plus facile à surveiller et contrôler que les risques financiers actuels, où l'on peut voir des pertes de plusieurs milliards d'euros survenir en quelques heures sur les marchés financiers, sur des produits dérivés.

 

Au-delà même des banques, c'est également le métier de l'assurance qu'il faut reréglementer, pour éviter que des catastrophes n'y surviennent dans les prochains mois ou années. Ce sont des métiers désormais aussi dangereux que le marché du crédit subprime américain, avec le développement de la banque-assurance, qui conduit des banques à sélectionner la clientèle des assureurs, comme si l'assurance était sans risque. Sans oublier les risques des assurances-emprunteurs et des CDS (credits default swap).

 

Ces quelques points ont conduit certains à faire état que les banques européennes étaient les grandes gagnantes de ce sommet européen, puisqu'il évitait toute mesure de contrainte à leurs égards, et notamment la séparation de leurs activités. Evidemment, ces dernières (et leurs actionnaires) seraient les grandes perdantes de telles réformes. Leur rentabilité future (et leur capitalisation boursière) serait très fortement limitée par une telle séparation. Mais il ne faut pas oublier que les cours de bourse des banques occidentales ne peuvent pas intégrer leur risque de défaut, puisque celui-ci est au final pris en charge par la collectivité. Ce que l'on appelle «la privatisation des profits et la collectivisation des pertes».

http://finance.blog.lemonde.fr/2012/06/09/lunion-bancaire-europeenne-est-elle-un-defi-ou-une-utopie/

 

 

Réflexion cent-six (29 juin 2012)
Actualité de la crise financière et de la contagion bancaire ...

 

Les mois de mai et juin 2012 ont été marqué par une nouvelle dégradation de la situation financière européenne. Les élections grecques ont d'abord enregistré la percée des votes contestataires des électeurs grecs, portant au pouvoir en Grèce des partis anti-européens extrêmistes, de droite ou de gauche. Le Crédit Agricole, implanté en Grèce dans la banque Emporikiri, a enregistré en quelques mois une nouvelle diminition par deux de sa capitalisation boursière (elle ne vaut plus que 8 milliards d'euros), soit une division par dix depuis ses plus hauts historiques avant le déclenchement de la crise financière.

http://www.lemonde.fr/economie/article/2012/05/10/enlise-en-grece-avec-sa-filiale-emporiki-le-credit-agricole-voit-monter-la-facture_1698921_3234.html

 

Le mois de juin 2012 a également enregistré les demandes espagnoles et chypriotes de recapitalisation de leurs systèmes bancaires : entre 50 et 100 milliards d'euros pour l'Espagne et une dizaine de milliards d'euros pour Chypre, toutes deux devant être versées par le FESF (Fonds européen de stabilité financière).

http://www.boursier.com/actualites/reuters/l-eurogroupe-detaille-les-plans-d-aide-a-l-espagne-et-chypre-113955.html

 

Ces nouvelles sont inquiétantes à plusieurs titres. Elles montrent d'une part que les systèmes bancaires et financiers européens continuent d'être les hommes malades des économies européennes, au lieu d'en constituer les rouages essentiels de relance et de financement des entreprises. Il y a notamment les craintes de voir peu à peu se généraliser les demandes d'aides étatiques pour les systèmes bancaires : quels états après l'Espagne et Chypre ? Quels systèmes bancaires demeurent fragiles en Europe ? L'Italie ou le Portugal ou encore la France ? La faiblesse des capitalisations boursières des grandes banques françaises, du Crédit Agricole (8 milliards d'euros pour des fonds propres de 49 milliards d'euros), de la Société Générale (13 milliards d'euros pour des fonds propres de 47 milliards d'euros), de la BNP Paribas (34,5 milliards d'euros pour des fonds propres de 85,6 milliards d'euros) ou de Natixis (5,9 milliards d'euros pour des fonds propres de 21 milliards d'euros), ne constitue-t-il pas un signe des anticipations des marchés sur sa fragilité ?

 

Ces nouvelles montrent également que la situation financière commence à redevenir aussi dangereuse qu'aux pires moments de la crise financière des années 2007-2009, époque où les systèmes bancaires des principaux états occidentaux (Etats-Unis, Allemagne, Angleterre, France, Irlande, Lettonie, Islande ...) avaient rencontré de graves problèmes financiers et avaient nécessité des aides massives soit de leurs propres états nationaux (Etats-Unis, Allemagne, Angleterre, France) soit des prêteurs internationaux tels le Fonds monétaire international (Lettonie, Islande) ou l'Europe.

 

Mais ce rappel pourrait aussi permettre de relativiser la situation grecque, espagnole et chypriote actuelle, en démontrant que des évènements similaires ont déjà été observés dans un passé récent et qu'ils sont surmontables, dès lors que les peuples de ces états acceptent quelques sacrifices financiers indispensables à leur redressement. En 2009, Riga, capitale de la Lettonie, demande une aide de 7,5 milliards d'euros après la nationalisation de la deuxième banque du pays (Parex) et une chute de son PIB de 28,7% au premier trimestre 2009.

http://www.boursorama.com/actualites/la-grece-confrontee-a-l-austerite-les-lettons-y-sont-passes-aussi-c835d5b4285c3b9b36f23e1ed85ad1bd

 

De son côté, l'Irlande avait dû prêter 50 milliards d'euros à son système bancaire, faisant grimper son déficit budgétaire à 32% du PIB en 2010, puis faire appel à hauteur de 90 milliards d'euros à une aide de l'Union européenne, principalement pour aider les banques irlandaises en crise.

http://www.lepoint.fr/economie/apres-la-grece-l-europe-aide-l-irlande-22-11-2010-1265241_28.php

 

En France, en 2008, le plan de soutien au secteur bancaire français avait atteint 360 milliards d'euros.

http://lci.tf1.fr/economie/conjoncture/2008-10/l-aide-aux-banques-aucun-cout-pour-le-contribuable-4879611.html

 

Toujours en 2008, l'Angleterre mettra en oeuvre un plan de 384 milliards d'euros, l'Allemagne un plan de soutien de 480 milliards d'euros, la Suisse un plan de 44 milliards d'euros (essentiellement pour recapitaliser UBS) et jusqu'à Singapour qui mettra en place un fonds de 75 milliards d'euros de garantie des dépôts.

 

Cela sans compter les milliers de milliards de dollars que l'état fédéral américain et la Réserve fédérale auront injecté dans leur système bancaire américain pour le recapitaliser et le renflouer (200 milliards de dollars pour recapitaliser Fanny Mae et Freddy Mac, 85 milliards de dollars pour sauver AIG, 700 milliards de dollars pour le plan Paulson en septembre 2008, 185 milliards d'euros de prise de participations dans le capital de neuf banques américaines dont Citigroup, Wells Fargo, JP Morgan Chase et Bank of America, 2.000 milliards de dollars en février 2009 pour le plan de stabilité financière ...).

 

Pour sa part, l'Islande a fait appel à une aide du FMI et des autres pays scandinaves de l'ordre de 5 milliards d'euros à l'automne 2008 pour faire face à une crise financière née de l'effondrement de ses trois plus grandes banques (Glitnir, Landsbanki et Kaupthing). Des problèmes non encore résolus à ce jour sont également nés de la faillite de la banque en ligne Icesave (filiale de la banque Landsbanki), dont les 340.000 épargnants, pour la plupart étrangers, britanniques ou hollandais, seront indemnisés par les gouvernements de ces deux pays, qui demanderont ensuite à l'Islande le remboursement des aides consentis.

http://www.lepoint.fr/debats/l-islande-une-nouvelle-utopia-26-02-2012-1435208_34.php

http://www.20minutes.fr/economie/819230-lecons-crise-islandaise-laisser-banques-faire-faillite

 

A noter enfin que les dirigeants de la zone euro sont arrivés à un accord cette nuit pour une possibilité de recapitalisation directe par l'Europe des banques des différents états, sans que cette aide n'impacte les dettes des états souverains. Le début d'une union monétaire et bancaire plus large que ce qu'elle est aujourd'hui, conduisant à une surveillance renforcée des banques au niveau européen.

http://www.lemonde.fr/economie/article/2012/06/29/accord-de-la-zone-euro-pour-une-recapitalisation-bancaire_1726720_3234.html

 

 

Réflexion cent-cinq (4 juin 2012)
Quelle probabilité pour la survenance d'un cataclysme financier majeur ?

 

La crise financière peut-elle s'aggraver à un tel point que notre système bancaire puisse s'écrouler ? C'est la question qui m'interpelle depuis une conversation avec des amis il y a quelques soirs, qui croient dur comme fer que la pire crise financière que l'on puisse imaginer approche, qui verra disparaître les banques, nos placements et la valeur de la monnaie. Ils sont ainsi persuadés que seul un placement en or véritable permettra de préserver une partie de leur épargne.

 

Le problème, c'est qu'ils sont loin d'être les seuls à y croire et à anticiper une telle catastrophe ; je lisais que les vendeurs de coffres-forts faisaient ainsi fortune grâce aux craintes croissantes des particuliers envers les banques.

 

La question n'est pas de savoir s'il peut être rationnel d'avoir de telles craintes, car les crises financières échappent à toute forme de rationalité, comme l'ont prouvé à la fois la crise financière de 2007 mais également la bulle spéculative de crédit qui l'avait précédée. Si de telles craintes se généralisaient dans l'économie française ou dans l'économie mondiale, le fait qu'elles soient irrationnelles n'y changeraient rien ; ces craintes s'auto-alimenteraient pour engendrer la catastrophe même qu'elles anticiperaient.

 

La question est plutôt de savoir si une telle catastrophe est possible et si les banques françaises (ou plutôt européennes) seraient capables de résister à une telle catastrophe ?

 

Nous nous trouvons actuellement devant le cas d'école d'une crise auto-entretenue. La crise financière actuelle s'explique essentiellement par des attaques spéculatives contre les dettes d'un certain nombre d'états européens considérés comme fragilisés par la crise financière de 2007, appartenant à la région méditérannéenne de la zone euro, France comprise. Il n'y a évidemment rien d'auto-entretenu dans cette crise, qui s'explique plutôt par les mécanismes de la spéculation financière. Cette spéculation se nourrit des dettes publiques importantes, des faibles perspectives de croissance des économies européennes et des craintes planant sur les places boursières mondiales. Néanmoins, les chutes des actions sur les bourses mondiales que l'on observe par voie de conséquence amplifient la réception des thèses des pseudo-économistes alarmistes, qui sont persuadés depuis maintenant cinq à six ans que l'économie mondiale va voir exploser la plus gigantesque bulle de crédit que le monde n'a jamais connue. Leurs conseils : ne pas rester propriétaire mais au contraire vendre pour racheter dans quelques années, privilégier l'or physique comme placement, et se méfier des banques en surveillant leur santé, en sélectionnant les plus solides (Banque Postale) et en partageant ses placements.

 

Cas d'école d'une crise auto-entretenue, plus le nombre de gens partageant cette opinion augmente, plus leurs comportements s'additionnent et viennent amplifier les problèmes de l'immobilier, l'excédent de l'offre sur la demande, ainsi que l'absence de confiance dans le système bancaire. Par définition même, l'absence de confiance entraîne la survenue de la crise !

 

Evidemment, en économie, tous les acteurs ne partagent pas toujours la même opinion sur l'économie, de même que chacun ne prend pas les mêmes décisions, ni ne consomme en même temps ni n'investit au même moment (contrairement à ce que la théorie économique libérale pourrait laisser penser avec son homo oeconomicus). Il y a toujours des acteurs qui sont optimistes et d'autres pessimistes, dépensiers ou épargnants. Toutefois, le fait que le nombre de pessimistes progresse fortement pourrait enclencher un cercle vicieux pessimiste auto-entretenu.

 

Ma deuxième réflexion concerne le principe même d'une catastrophe bancaire, même dans le cas où le pessimisme ambiant viendrait dégrader fortement les marchés immobiliers et financiers. Une catastrophe bancaire ne me semble pas envisageable, même si au début de la crise financière, en 2008, les faillites de Lehman Brother et de l'assureur américain AIG auraient pu avoir des conséquences préjudiciables sur la stabilité de l'ensemble du système financier mondial, si l'état américain n'avait pas eu la capacité d'intervenir pour sauver son système bancaire.

 

Je ne crois pas en la possibilité de faillites bancaires en cascade en France, même si une ou deux faillites pourraient éventuellement avoir lieu (par exemple Dexia s'est bien montrée incapable de résister à la crise financière). Je pense par contre possible que la crise financière se poursuive encore plusieurs années, comme lors de la longue dépression, dans les dernières années du dix-neuvième siècle, entre 1870 et 1895, ou lors de la grande dépression, dans les années 1930. Nous allons peut-être connaître une décennie de crise en ce début de vingt-et-unième siècle, avec des périodes où la crise va s'amplifier et d'autres où elle va sembler s'éloigner, jusqu'à ce que de nouvelles technologies relancent le moteur de l'économie mondiale.

 

Mais je ne crois pas en la grande catastrophe bancaire, dans le cataclysme financier qui entraînera la fin de l'euro, des banques, de l'immobilier et de nos économies.

 

 

Réflexion cent-quatre (6 mai 2012)
Quelles conclusions tirer de la crise ?


La crise financière est loin d'être terminée à ce jour, mais il ne me semble pas idiot de revenir sur son déclenchement et sur les leçons que l'on pourrait en tirer. Pour suivre l'analyse de Stiglitz, la manière dont les banques ont été sauvées pose problème, même si à cette époque, je croyais que leur sauvetage était indispensable et leur faillite inenvisageable !

 

Il faut que je m'explique. En effet, Stiglitz a une approche un peu différente de la mienne en ce qui concerne le fonctionnement du système financier, approche qui ne me semble pas dénuée de valeur. Le fonctionnement capitaliste repose selon lui sur la possibilité de la faillite des entreprises, sur les risques de perte des actionnaires et sur leur remplacement par les obligataires (dont les dettes sont converties en capital). Une faillite d'une banque doit ainsi selon lui être envisageable pour que le système capitaliste et financier demeure éthique.

 

«En tant que système, le capitalisme peut admettre de fortes inégalités, et il y a un argument qui explique leur existence : elles servent à motiver les gens. Lorsqu'on rémunère chacun à proportion de sa contribution à la société, on a une économie plus efficace. Mais ceux qui ont été si largement rétribués pendant la bulle immobilière n'ont pas rendu la société plus efficace. Ils ont peut-être accru un moment les profits des banques, mais ceux-ci n’étaient qu'un mirage. En fin de compte, ils ont imposé des coûts gigantesques aux populations du monde entier.» (Joseph E. Stiglitz - «Le triomphe de la cupidité» - page 212)

 

Le sauvetage des banques organisé par le gouvernement des Etats-Unis et par la Réserve fédérale américaine pose selon lui problème en raison de son coût gigantesque pour le contribuable américain, se chiffrant en milliers de milliards de dollars pour un résultat économique microscopique. Et ce débat n'est d'ailleurs pas aujourd'hui terminé, puisqu'il se pose à nouveau en Espagne avec un nouveau plan de sauvetage des banques en cours.

 

Faut-il sauver à tout prix un système bancaire, ou faut-il laisser faire faillite les banques ayant pris des risques trop importants tout en veillant à préserver les autres établissements bien gérés des effets de contagion systémique ? C'est l'interrogation que pose Stiglitz. Les dizaines de milliers de milliards de dollars des plans de secours au secteur bancaire et financier américain n'auraient-ils pas été mieux utilisés s'ils avaient servi à relancer la machine du crédit américaine en direction des ménages et des entreprises ? Hypothèse qui en soi pose aussi question puisqu'il reconnaît lui-même que le problème principal des Etats-Unis est un problème d'endettement excessif.

 

«Le succès d’un système financier se mesure en dernière analyse par le bien-être quil apporte aux simples citoyens, parce que lallocation des capitaux est meilleure ou le risque mieuxré. Or, malgré limmense fierté que sa propre inventivité inspire à notre secteur financier surdimensionné, on  ne voit pas que la plupart de ses innovations aient beaucoup contribué, dans les faits, au succès léconomie américaine ou à lamélioration du niveau de vie de la grande majorité des américains.» (page 216)

 

Il s'agit d'une autre critique présentée par Stiglitz à l'encontre du fonctionnement des grandes banques américaines ; le fait qu'elles n'aient pas construit des outils protégeant les emprunteurs et leur permettant de gérer leurs risques, mais qu'elles n'aient pensé qu'à leur seul intérêt, qu'à leur seul bénéfice à court terme.

 

Pour condenser, selon Stiglitz, les grandes banques américaines ont non seulement une responsabilité écrasante dans l'éclatement de la crise financière de 2007 par leur recherche effrénée du profit à court terme et par la dillution du risque, mais elles sont aussi responsables du processus de dérèglementation des dix ou vingt dernières années, qui selon elles allaient ouvrir au monde une ère de développement ininterrompue, mais qui s'est conclue par la pire crise financière depuis les années 1930.

 

Il faut selon lui rétablir les règles mises en oeuvre à la suite de la crise financières des années 1930, et notamment la séparation des activités de banques de dépôt et d'affaire (en fait rétablir le Glass-Steagall Act de 1933 qui avait été abrogé en 1999 par le Gramm-Leach-Bliley Act pour permettre la fusion de Citigroup), découper les établissements financiers considérées comme 'too big to fail' en établissements de taille plus petite, moins dangereux pour la préservation de la stabilité financière internationale, mettre fin au processus d'innovation financière, dont le seul intérêt est de fabriquer des commissions pour le profit des banques, et enfin interdire les rémunérations incitatives du système financier pour éliminer les risques de dérives du système.

 

Tout au long de son livre («Le triomphe de la cupidité»), Joseph E. Stiglitz remet aussi en cause le principe de l'indépendance des banques centrales des pouvoirs politiques, l'une des hypothèses de base du monétarisme cher à Friedmann, à l'origine lui-même de toutes les dérives de la déréglementation qui ont conduit à la crise financière que nous observons aujourd'hui.

 

«Les dirigeants de banque centrale du monde entier ont répandu une doctrine : les banques centrales doivent être indépendantes des processus politiques. Cest un principe que de nombreux pays en développement,  indépendants depuis peu, ont eu vraiment du mal à accepter : on leur explique lénorme importance de la démocratie, mais, quand il sagit de la politique macroéconomique et monétaire, celle qui a le plus dimpact sur la vie de leur population, on leur dit que ces sujets-là sont trop importants pour qu'on les laisse aux procédures démocratiques ordinaires. Largument qui plaide pour l'indépendance, c'est qu'elle accroît la crédibilité de la banque centrale : elle ne cèdera pas à des exigences populistes en faveur d'une politique d'expansion, ce qui veut dire quil y aura moins dinflation et plus de stabilité.» (page 267)

 

Cette indépendance était sensée protéger les systèmes financiers des interférences politiques vers plus d'inflation. Mais elles conduisent en fait à organiser la protection endogène du système financier par ses propres dirigeants, sans avoir de comptes à rendre à la moindre personne, alors que le coût financier ultime en sera en fait supporté par le contribuable, dans le cas de cette crise financière majeure.

 

Et cette interrogation me parle particulièrement puisque j'adhère aujourd'hui largement aux thèses monétaristes alors que je les avais combattues avec acharnement lors de mes études en économie dans les années 1980.

 

Enfin, on ne peut oublier l'une des autres thèses développées par Stiglitz, sur l'aléa moral que causent les plans de sauvetage des systèmes bancaires et financiers, aléa moral qui est à la base du capitalisme, et qui est pourtant appliqué avec la plus extrême rigueur par ces mêmes établissements bancaires vis-à-vis de leurs emprunteurs (et qui explique ainsi notamment les positions extrêmement hostiles des banques aux procédures de rétablissement personnel et à l'abandon de dettes). L'aléa moral doit également s'appliquer aux banques, mais à celles 'too big to fail' que l'on doit laisser faire faillite tout en évitant la contagion au reste du système financier.

 

Dernière bonne nouvelle de cette crise financière : la contestation croissante des salaires mirobolants des dirigeants des plus grandes sociétés. 

http://www.lemonde.fr/economie/article/2012/05/08/pousse-par-ses-actionnaires-le-directeur-general-d-aviva-demissionne_1697611_3234.html

 

  

Saucratès
 

Mes autres écrits sur la crise financière :
1.http://saucrates.blog4ever.com/blog/lire-article-447196-1985888-de_la_crise_financiere_1.html
2.http://saucrates.blog4ever.com/blog/lire-article-447196-1985907-de_la_crise_financiere_2.html
3.http://saucrates.blog4ever.com/blog/lire-article-447196-1986317-de_la_crise_financiere_3.html
4.http://saucrates.blog4ever.com/blog/lire-article-447196-1988042-de_la_crise_financiere_4.html
5.http://saucrates.blog4ever.com/blog/lire-article-447196-1988064-de_la_crise_financiere_5.html
6.http://saucrates.blog4ever.com/blog/lire-article-447196-1988067-de_la_crise_financiere_6.html

7.http://saucrates.blog4ever.com/blog/lire-article-447196-1991164-de_la_crise_financiere_7.html

8.http://saucrates.blog4ever.com/blog/lire-article-447196-1991178-de_la_crise_financiere_8.html

9.http://saucrates.blog4ever.com/blog/lire-article-447196-1992408-de_la_crise_financiere_9.html

10.http://saucrates.blog4ever.com/blog/lire-article-447196-1992422-de_la_crise_financiere 10.html

11.http://saucrates.blog4ever.com/blog/lire-article-447196-1992436-de_la_crise_financiere_11.html

12.http://saucrates.blog4ever.com/blog/lire-article-447196-1992440-de_la_crise_financiere_12.html
13.http://saucrates.blog4ever.com/blog/lire-article-447196-1992951-de_la_crise_financiere_13.html

14.http://saucrates.blog4ever.com/blog/lire-article-447196-1992974-de_la_crise_financiere_14.html

15.http://saucrates.blog4ever.com/blog/lire-article-447196-2533109-de_la_crise_financiere_15.html

16.http://saucrates.blog4ever.com/blog/lire-article-447196-3374320-de_la_crise_financiere_16.html


09/05/2012
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Une nouvelle crise financière à l’horizon ?

Essayons d’oublier la politique et revenons-en à l’économie ! En même temps, il me faut convenir que ces deux sujets sont étroitement liés ; que deviendraient les calculs électoralistes de François Hollande en vue de la présidentielle de 2017 si la croissance disparaît en cas de ralentissement économique mondial ? Après avoir parié sur l’inflexion à la baisse du chômage lorsqu’il avait été élu, quelle image garderait-on de lui si la croissance disparaissait aussi ?

 

Nous sommes en 2015 et la précédente crise financière date de 2007-2009. L’économie française n’a même pas réussi à redémarrer et le chômage n’a même pas commencer à baisser qu’il semble que l’on arrive déjà à la fin de ce cycle de croissance des bourses mondiales. Sept ou huit ans, c’est la bonne durée s’étirant entre deux périodes de crise économique et financière.

 

On peut remonter dans notre passé et on vérifiera assez facilement l’existence d’un tel cycle. Dans notre mémoire collective, on se rappelle de la crise des années 1971-1974, démarré avec les désordres monétaires de l’inconvertibilité du dollar en or (fin du système dit de Bretton-Woods) et qui est suivi par le premier choc pétrolier de 1974, considéré comme marquant la fin de la période des trente glorieuses.

 

On se rappelle aussi dans notre mémoire collective de la récession des années 1980-1982, marqué en France par l’élection de François Mitterand à la Présidence de la République et l’impossibilité pour la France de tenir une politique économique séparée de celle du reste du monde.

 

On se rappelle peut-être moins du krach financier d’octobre 1987, qui a donné naissance à ce que l’on a appelé le ‘Black Monday’ (ou lundi noir) pour le 19 octobre 1987, en référence au célèbre Black Thursday (ou jeudi noir) qui désigne le 24 octobre 1929, première journée du krach de 1929. En octobre 1987, il faut imaginer que la place boursière de Hong Kong perdra 45,8% de sa capitalisation, celle d’Australie 41,8%, celles du Royaume-Uni 26,4% et celles du Canada 22,5%. L’indice Dow Jones avait pour sa part perdu 22,6% la seule journée du 19 octobre 1987.

 

Notre mémoire collective garde aussi souvenir de la crise économique et financière des années 1992-1993, marquée par une profonde récession, des faillites de plusieurs établissements financiers en France, avec un CAC 40 qui était passé de 2.000 points à un peu plus de 1.000 points pendant cette période de crise. Cette crise se doublera aussi d’une crise aigüe des changes, avec des attaques spéculatives contre les monnaies européennes et notamment le franc, qui conduira à des niveaux de taux directeurs extrêmement élevés (dépassant 10% plusieurs mois durant).

 

La phase haussière suivante prendra fin en 2000, juste avant l’explosion des dot.com, aussi appelée bulle spéculative des valeurs technologiques. Dans cette période 1994-2000 d’euphorie boursière, l’indice CAC40 s’envolera néanmoins à des niveaux inégalés, jusqu’à atteindre près de 7.000 points à l’été 2000.

 

Après deux années de crise, la bourse redémarrera en 2002 pour exploser une nouvelle fois finalement avec la bulle spéculative des crédits subprime américains en 2007. Les années 2007-2009 enregistreront notamment de nombreuses faillites bancaires, surtout dans les pays anglo-saxons, mais aussi en Islande. Et en 2015, il semble une nouvelle fois que les bourses mondiales soient confrontées à une nouvelle phase de baisse, qui contaminera l’activité réelle des entreprises, le financement bancaire et l’emploi.

 

Evidemment, certains pourront contester cette contamination ? Pour quelle raison l’économie réelle serait-elle affectée par des mouvements boursiers essentiellement spéculatifs ? Le plus simple pour expliquer cette contamination consiste à imaginer que l’activité industrielle réelle dépend énormément à la fois des financements qui lui sont consentis, sur les marchés et par les banques, mais également de la demande de ses produits qui émane de ses clients et du marché, et qui est fortement corrélé à l’ambiance économique d’ensemble. Des séismes boursiers comme on les observe ces dernières semaines auront forcément un impact sur le moral des entreprises et des consommateurs, à la longue.

 

Même au-delà de ces évènements de ces dernières semaines, il faut avoir en tête que l’on s’approche forcément, maintenant, dans 6 mois ou même dans un an, d’un plus haut des capitalisations boursières internationales, qui se traduiront forcément par une nouvelle correction de grande ampleur, comme en 2001 ou en 2008. Le fait que les indices boursiers français, notamment le CAC 40, soit actuellement très loin de ses maximums de 2000 (où il avait atteint près de 7.000 points) ou 2007 (6.000 points) ne résout rien ou ne nous met pas à l’abri de ce mouvement de correction. Une vision à plus long terme nous rappelle que la précédente crise financière, avant 2000, remontait aux années 1992-1993, époque à laquelle le CAC ne s’élevait qu’à 2.000 points et où il était retombé à tout juste 1.000 à 1.500 points. Actuellement, l’indice Dow Jones tout comme les bourses chinoises se situent très au-dessus de leur plus haut historique, et les phases de correction boursière n’épargnent jamais aucune place boursière.

 

Y a-t-il des raisons qui pourraient faire qu’une crise économique et financière n’éclate pas ces prochains mois et que ces éventuels mouvements boursiers n’affectent pas l’économie réelle ? Il n’existe qu’une seule crise boursière qui n’a pas eu d’impact sur l’activité réelle. Il ne s’agit évidemment pas de la crise de 1929, dont les effets se firent sentir jusqu’à l’explosion de la seconde guerre mondiale ! Il s’agit du krach d’octobre 1987 qui n’a pas eu pour conséquence une crise économique. Mais on se situait au démarrage de la période de libéralisation mondiale des marchés financiers, tandis qu’en France c’était la période des grandes privatisations.

 

Je ne veux pas être considéré comme un oiseau de mauvais augure, ni jouer au Cassandre, mais la fin de l’année 2015 et le début de l’année 2016 devraient se traduire par la dégringolade plus ou moins lente ou plus ou moins rapide des bourses mondiales (et française) et s’accompagner d’un mouvement de ralentissement économique, n’en déplaisent aux éminents économistes socialistes du gouvernement. C’est en tout cas ce que l’histoire économique des crises boursières peut nous enseigner, même si chacune de ces crises trouve un ensemble d’explications au-delà de la simple reproduction d’un cycle graphique : le pétrole et les guerres israélo-arabes en 1974, les dot.com en 2000, les crédits subprime en 2007-2009.

 

Saucratès


01/09/2015
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Les banques et les leçons de la crise financière

 

Réflexion deux (6 janvier 2014)
Quelles leçons tirées de la crise financière de ces dernières années ?

 


La crise financière est-elle derrière nous ? Et quelles leçons en a-t-on tiré ? A la première question, il est bien difficile d'apporter une réponse. Certains des déséquilibres ayant amené à la crise financière sont toujours criants. Les Etats-Unis présentent toujours un déficit phénoménal de leur balance commerciale et ce déficit, ainsi que les excédents commerciaux des états asiatiques contribuent toujours aux déséquilibres financiers mondiaux. Mais la crise des dettes souveraines en Europe semble s'être calmée depuis ces derniers mois ; la Grèce, l'Espagne et le Portugal ne sont plus autant attaqués sur les marchés financiers et ces états envisagent même de pouvoir recommencer à intervenir sur les marchés. Pourtant, les niveaux d'endettement public de nombre d'états européens continuent d'être élevés, la France et l'Italie notamment, et il n'est pas impossible que les prochaines cibles des marchés financiers soient ces deux états.

 

De même, les cours de bourse se sont fortement redressés ces derniers mois en Occident, même s'ils demeurent largement en dessous de leurs précédents maximums. Il doit être noter que si la bourse américaine a retrouvé et dépassé en 2013 son précédent niveau atteint en 2007 (le Dow Jones est passé de 13.500 à 16.500 points en 2013) alors qu'il avait à peine dépassé 14.000 points à son maximum en 2007, les bourses européennes demeurent très largement en dessous de leur niveau des années 2007. L'Euro Stoxx 50 dépasse à peine 3.000 points contre 4.500 points en 2007, et le CAC 40 atteint aujourd'hui 4.200 points contre plus de 6.000 points en 2007. A noter que le même phénomène avait été observé entre 2007 et la précédente crise des dotcoms des années 1999-2000, puisque le CAC 40 avait atteint à son plus haut niveau 7.000 points en 2000 (soit 1.000 points au dessus de 2007) alors que l'Euro Stoxx 50 avait égalé son plus haut de 2000 alors que le Dow Jones ne s'était élevé qu'à 12.000 points entre 1999 et 2001. Ce point mériterait une note à lui tout seul ainsi que des explications : avec d'un côté des indices boursiers européens qui n'arrivent plus à égaler leurs précédents plus hauts (7.000 points en 2000 pour le CAC, 6.000 points en 2007 et 4.200 points en 2013 et 4.500 points pour l'Euro Stoxx 50 en 2000 et 2007 contre 3.000 points en 2013) alors que le Dow Jones explose ses précédents records (12.000 points en 2000, 14.000 points en 2007 et 16.500 en 2013) et devrait plafonner ou s'écrouler dans les prochains mois !

 

La crise financière semble ainsi en ce début d'année 2014 assez loin derrière nous. Il ne paraît plus opportun de se méfier des marchés financiers et des grandes banques, et tout le monde semble dans l'attente d'un redémarrage de l'activité et des économies européennes, ainsi que d'un reflux du chômage. Et pourtant ... Les zones de fragilité de la finance internationale, des marchés mondiaux, sont toujours aussi visibles et rien pour l'instant n'a été fait !

 

Cette période de calme temporaire doit aussi être l'occasion de réfléchir aux leçons qui ont été tirées de cette crise financière de 2007. A cette deuxième question, la réponse est tout aussi compliquée à apporter, même si je pense qu'aucune réelle réforme du système financier n'a été menée depuis 2007. Evidemment, les banques ont été obligés de porter quelques petits bouts de sparadraps, ainsi que quelques réformettes ou limitations. Les bonus qu'elles payaient sans vergogne à une petite fraction de leurs salariés vedettes ont dû être pour partie amputés, ou repoussés de quelques années. Elles doivent aussi désormais faire assaut d'innovations pour masquer les bénéfices monstrueux qu'elles continuent de dégager après avoir fait financer par la collectivité des contribuables les pertes records qu'elles ont dégagé entre 2007 et 2010.

 

Les lois de réformes bancaires votées aux Etats-Unis et en Europe aux lendemains des faillites en cascade de Lehman Brothers ? De la poudre aux yeux permettant de faire croire à l'opinion publique que des mesures drastiques étaient prises pour réglementer l'activité bancaire. La loi américaine Dodd-Franck et les lois européennes de séparation des activités de trading et pour compte propre ne vont absolument pas aussi loin que les anciennes lois de régulation des activités bancaires, prises à l'issue de la crise des années 1930. Les mêmes mécanismes de titrisation continuent d'être mis en oeuvre par les banques américaines ou européennes. Elles restent contrôlées par les mêmes mécanismes et entités, même si une autorité européenne a vu le jour. Nous sommes passés de Bâle II à Bâle III, avec des réglementations ressemblantes. Simplement, les banques devraient être astreintes à des obligations de constitution de fonds propres plus importantes en regard de leur situation en 2007 avec Bâle II. Les banques continueront à faire les mêmes activités de trading-book que par le passé. Seules leurs opérations de diversification massive dans les systèmes financiers étrangers non-domestiques auront reçu un coup d'arrêt en raison des pertes massives enregistrées par un certain nombre d'entre elles.

 

Enfin, que penser des agences de notation internationales ? Alors que les trois principales agences (Moody's, Fitch et Standard&Poor's) étaient massivement remises en cause dans les années 2007-2010 pour leur aveuglement dans la notation des dérivés de crédit pendant les années précédent la crise financière, on entend pratiquement plus parler d'elles actuellement, si ce n'est lorsqu'elles se décident à abaisser par palliers les notes des grands états occidentaux. Personne ne leur a demandé de comptes sur les notes qu'elles ont émises sur les montages financiers abracadabrantesques qu'elles ont validés et cautionnés dans les années antérieures à 2007 ... et il n'est plus question de réformes de leur fonctionnement et de leur pouvoir de vie ou de mort sur les états ... 

http://fr.wikipedia.org/wiki/Crise_financière_mondiale_débutant_en_2007

 

 

Réflexion une (2 juillet 2013)
Dans quelle situation est-on aujourd'hui ?


Cela fait plus d'un an que je n'ai plus parlé de la crise financière, depuis la perte du triple AAA de la dette française. Nous sommes en juillet 2013. Il y a aujourd'hui six ans que la crise financière dite des subprimes a explosé médiatiquement (fin du mois de juillet 2007). Evidemment, cette crise couvait depuis plusieurs mois ou années. Juillet 2007 constitue simplement le point de retournement des marchés boursiers internationaux.

 

Six ans après, la crise financière et économique n'est toujours pas terminée, surtout pas en Europe occidentale. La crise financière s'est d'abord muée en crise bancaire, puis en crise économique, avant de devenir une crise des finances publiques européennes et une crise de confiance en l'euro. Les marchés boursiers américains se sont pourtant largement repris, les banques américaines ont recommencé à afficher des résultats financiers gigantesques, à la mesure des pertes qu'elles ont affiché pendant la crise. Mais l'Europe reste engluer dans le marasme économique, ses banques continuent d'afficher des pertes financières considérables et les finances publiques demeurent déficitaires malgré les successions de plans de rigueur.

 

Depuis quelques mois, les marchés des changes (l'euro) et des dettes européennes bénéficient d'une acalmie et d'une diminution de la pression de la spéculation internationale. Les spéculateurs ont dû certainement trouver une autre source de profits juteux. Ou bien est-ce simplement un effet d'une moindre médiatisation de la crise financière. Il est en effet difficile de faire la part des choses entre la réalité du monde de la Finance et l'image qui en est donnée par les différents médias.

 

Il apparaît clairement que six ans après l'explosion de la crise des subprimes, nous ne sommes pas sortis de cette crise et que nous sommes apparemment rentrés dans une crise financière longue, un peu à l'image de la crise des années 1929-1939 voire de celle des années 1973-1996. Six années, ce n'est rien en regard des vingt-trois années de la longue dépression de la fin du dix-neuvième siècle. En même temps, je trouve cela rassurant : il est possible de sortir d'une telle crise sans forcément sombrer dans la montée des fascismes et dans une troisième déflagration mondiale !

 

Le monde de la Finance et de la Banque a-t-il changé depuis six ans ? Les médias répondent tous les jours à cette question. La Finance n'a pas changé ; elle gouverne toujours le monde, elle invente toujours des produits financiers extrêmement complexes et elle attaque toujours des entreprises, des états ou des monnaies. Les agences de notation dégradent toujours les cotes des états ou des entreprises, et les marchés financiers soubre-sautent toujours au rythme des vagues ou des annonces de tempête. Les mêmes immenses groupes financiers (Capital World Investors, The Vanguard Group, Fidelity Investment, BlackRock Institutional Trust Company, State Street Corporation ...) contrôlent toujours des pans entiers de l'économie mondiale et des plus grandes firmes.

http://thezog.wordpress.com/who-controls-wall-street-part-2/ 

 

Le monde de la Banque a par contre bougé. Lors de l'explosion de la crise financière en 2007, les accords dits de Bâle II étaient sur le point d'entrer en application. Négociés pendant la période d'euphorie financière, ils imposaient à la fois aux banques une plus grande maîtrise de leurs risques, et en même temps diminuaient les contraintes financières (fonds propres) qui leur étaient imposées. Avec les conséquences que l'on a vu : l'explosion systémique du système bancaire américain et plus largement occidental, passé tout proche d'une faillite en chaîne, et qui a été sauvé in extremis par un sauvetage massif des Etats et des banques centrales.

 

En 2013, les accords de Bâle III ont remplacé Bâle II. Les banques se voient imposer de nouvelles contraintes réglementaires et vont devoir doubler d'ici la fin de la décennie le montant de leurs fonds propres (ou diminuer leurs risques et notamment leurs encours de crédits). Il est à espérer que le risque systémique bancaire, que l'on avait cru voir disparaître après la crise des années 1929-1939, ne sera de nouveau plus qu'un vieux souvenir oublié. Des réglementations peuvent encore être édictées par les pouvoirs publics, imposant notamment la séparation des activités de banque et de marché.

 

Mon impression est que le marché du crédit aux entreprises et aux ménages ne redémarre toujours pas ; les banques françaises notamment étant extrêmement réticentes à prêter. Un marché du crédit atone et une focalisation des banques sur la recherche de liquidités semblent être la principale conséquence de l'adoption de ses nouvelles règles prudentielles, avec pour conséquence le maintien de la stagnation de l'économie française, comme de l'économie européenne plus largement.

 

  

Saucratès
 

Mes autres écrits sur la crise financière :
1.http://saucrates.blog4ever.com/blog/lire-article-447196-1985888-de_la_crise_financiere_1.html
2.http://saucrates.blog4ever.com/blog/lire-article-447196-1985907-de_la_crise_financiere_2.html
3.http://saucrates.blog4ever.com/blog/lire-article-447196-1986317-de_la_crise_financiere_3.html
4.http://saucrates.blog4ever.com/blog/lire-article-447196-1988042-de_la_crise_financiere_4.html
5.http://saucrates.blog4ever.com/blog/lire-article-447196-1988064-de_la_crise_financiere_5.html
6.http://saucrates.blog4ever.com/blog/lire-article-447196-1988067-de_la_crise_financiere_6.html

7.http://saucrates.blog4ever.com/blog/lire-article-447196-1991164-de_la_crise_financiere_7.html

8.http://saucrates.blog4ever.com/blog/lire-article-447196-1991178-de_la_crise_financiere_8.html

9.http://saucrates.blog4ever.com/blog/lire-article-447196-1992408-de_la_crise_financiere_9.html

10.http://saucrates.blog4ever.com/blog/lire-article-447196-1992422-de_la_crise_financiere 10.html

11.http://saucrates.blog4ever.com/blog/lire-article-447196-1992436-de_la_crise_financiere_11.html

12.http://saucrates.blog4ever.com/blog/lire-article-447196-1992440-de_la_crise_financiere_12.html
13.http://saucrates.blog4ever.com/blog/lire-article-447196-1992951-de_la_crise_financiere_13.html

14.http://saucrates.blog4ever.com/blog/lire-article-447196-1992974-de_la_crise_financiere_14.html

15.http://saucrates.blog4ever.com/blog/lire-article-447196-2533109-de_la_crise_financiere_15.html
16.http://saucrates.blog4ever.com/blog/lire-article-447196-3374320-de_la_crise_financiere_16.html


02/07/2013
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De la crise financière (16)

Réflexion cent trois (15 janvier 2012)
La perte du triple A de la France
...


Je serais tenté de dire : voilà, c'est fait ! L'agence de notation anglo-saxone Standard & Poor's a finalement dégradé ce vendredi 13 janvier 2012 la note AAA de la France, la ramenant à AA+, en même temps qu'elle dégradait les notes de huit autres pays européens.

 

Standard & Poor's a ainsi également dégradée les notes de l'Autriche (également de AAA à AA+), de la Slovénie (de AA- vers A+), de la Slovaquie (de A+ vers A), de Malte (de A vers A-), de l'Espagne (de AA- vers A), de l'Italie (de A vers BBB+), de Chypre (de BBB vers BB+) et du Portugal (de BBB- vers BB).

 

Sur les six états européens qui conservaient jusqu'à vendredi leur cote maximum AAA il n'en reste ainsi plus que quatre : l'Allemagne, la Finlande, le Luxembourg et les Pays-Bas. Par ailleurs, trois pays européens sont classés dans la catégorie des junk bonds (obligations pourries) le Portugal (BB), Chypre (BB+) et la Grèce (C). Deux pays sont également aux portes de la catégorie des junk bonds : l'Irlande (BBB+) et l'Italie (BBB+).

http://www.lemonde.fr/crise-financiere/article/2012/01/14/la-decision-de-s-p-confirme-une-zone-euro-a-quatre-vitesses_1629623_1581613.html

http://www.lemonde.fr/crise-financiere/article/2012/01/15/divisions-en-europe-autour-d-un-renflouement-du-fesf_1629950_1581613.html

http://www.lemonde.fr/crise-financiere/article/2012/01/14/la-perte-du-aaa-choc-politique-pour-m-sarkozy_1629707_1581613.html

 

Avec les écarts de taux (le spread entre les taux allemands et français) enregistrés ces derniers mois entre les obligations publiques allemandes (Bund) et françaises (Oat - obligations assimilables du Trésor), qui dépassaient 150 points de base, l'abaissement de la note de la France était d'une certaine façon déjà intégrée par les marchés financiers, même si le pire n'est jamais certain et si l’irrationalité des marchés financiers est plus que jamais d'actualité. On peut vraisemblablement s'attendre demain lundi matin, à l'ouverture de la bourse parisienne, à une dégringolade des actions des principales banques et du CAC40 ... Bien qu'en la matière, il est presque impossible de faire la moindre prévision de la réaction des marchés.

 

D'une certaine façon, l'abaissement de la note de la France est derrière nous ; elle ne pend plus comme une épée de Damoclès au dessus de nos têtes. Evidemment, les deux autres agences de notation (Moody's et Fitch Rating) vont également réviser leur notation sur la France lors des prochaines semaines, après avoir fortement réfléchis évidemment ... Plus prosaïquement, elles attendront que les bourses assimilent ces nouvelles avant de rajouter une couche et faire tomber les indices boursiers plus bas. Puis quelques semaines plus tard, ces mêmes agences reréviseront une nouvelle fois les notes de la France, puisque Standard & Poor's a indiqué une perspective négative à la note AA+ de la France (comme à quatorze autres pays européens).

 

Amusant de découvrir qu'à l’Élysée, on s'inquiète d'abord des conséquences sur les taux d'emprunt de l'Italie, qui commençaient à s'améliorer ; amélioration ruinée par Standard & Poor's selon l’Élysée ... Amusant surtout que l'on découvre à l’Élysée qu'il aurait fallu s'attaquer aux agences de notation anglo-saxonnes (on les appelle à tord selon moi 'internationales') dès le début de la crise financière de 2007. Évidemment cela fait des années qu'un certain nombre d'économistes français (comme moi-même) militent pour qu'il soit fait interdiction aux agences de notation de coter la dette publiques des états !

 

Les agences de notation anglo-saxonnes seraient-elles des pompiers pyromanes ou de simples girouettes suivant les avis des marchés financiers, ou plutôt les courants de la spéculation financière ? Elles ne sont en aucun cas de simples thermomètres qu'il pourrait être inadéquat de casser ... Amusant en tout cas de noter qu'elles interviennent de la sorte en pleine campagne électorale française, en plantant une épine gigantesque dans le pied du président-candidat UMP sortant, et en permettant de ramener le programme économique socialiste vers plus de pragmatisme ...

 

A ce stade, il me semble qu'il ne faut pas accorder à ce fait plus d'importance qu'il en a. Mis à part notre honneur national bafoué avec cette perte du triple A, cette nouvelle a peu de valeur. Les taux des OAT françaises demeureront plus élevés que les taux des Bunds allemands, essentiellement parce que les banques et sociétés d'assurance françaises qui les achètent demandent plus de rentabilité. Mais les taux ne devraient pas trop se renchérir pour cette seule raison. 

 

Par contre, il devient urgent de définir une position mondiale vis-à-vis du contrôle et de la supervision de ces agences de notation, voire de réglementer leur activité de notation sur ce qu'elles auront le droit de faire et de ne pas faire ... sur les clients qu'elles pourront noter et sur ceux qu'elles ne pourront pas noter ...

 

Enfin, mettre en jugement les trois agences 'internationales' de notation ainsi que les grandes institutions financières mondiales pour leur rôle dans la survenance de la crise financière et dans l'encouragement apporté à la fraude fiscale, va devenir indispensable si on veut pouvoir reconstruire un système financier mondial sain et solide ... Tout en revisitant les idées de John Maynard Keynes à la sortie de la deuxième guerre mondiale pour l'organisation d'un système financier mondial stable, autour d'une monnaie mondiale, le Bancor.

 

 

Réflexion cent deux (10 janvier 2012)
Sortir les états européens de la spirale de l'endettement public ... La solution préconisée par Michel Rocard
...


La question posée par Michel Rocard dans un article du Monde démontre l'existence d'un vrai problème.

http://www.lemonde.fr/idees/article/2012/01/02/pourquoi-faut-il-que-les-etats-payent-600-fois-plus-que-les-banques_1624815_3232.html

 

Il a absolument raison de comparer les montants prêtés aux banques américaines lorsqu'elles ont été en difficulté (1.200 milliards de dollars de refinancements bancaires prêtés au taux de 0,01%, taux directeur de la réserve fédérale américaine depuis l'explosion de la crise des crédits subprimes) et les ressources et les taux octroyés aux états européens voire à l'état américain. La même démontration vaudrait également pour les refinancements consentis aux établissements de crédit européens par la BCE depuis la crise financière de 2007, même si le taux consenti est seulement de 1%. La BCE a prêté des centaines de milliards d'euros aux banques européennes sur la même période.

 

Pour quelles raisons les banques centrales pourraient-elles sauver des banques en leur octroyant des centaines de milliards d'euros ou de dollars de prêts, mais pas sauver des états, en laissant ceux-ci dans les mains de leurs banques créancières (le plus souvent des fonds de pension et des fonds spéculatifs) qui leur font des prêts à des taux usuraires ?

 

La solution préconisée par Michel Rocard me semble tout à fait naturelle et normale. Cette solution aurait un effet non pas immédiat mais à plus long terme. Elle ne diminuerait pas immédiatement le coût de la dette des états concernés, puisqu'elle ne concernerait que les nouvelles dettes. Mais elle sauvegarderait l'état des finances publiques des états concernés (ou de tous les états).

 

Cette solution sauvegarderait également les comptes des banques et des sociétés d'assurance européennes, qui ne devraient plus comptabiliser les pertes potentielles de non-remboursements des titres publics qu'ils détiendraient en portefeuille. Cela ne ferait peut-être que ruiner les fonds spéculatifs ... voire même pas ... Cela résoudrait le problème actuel de la dette des états européens.

 

La question est évidemment de savoir si la Banque centrale européenne peut octroyer un tel volume de refinancements aux états européens en plus des refinancements qu'elle doit octroyer aux banques. Cela voudrait dire prêter rien qu'en 2012 un volume dépassant largement les 2.000 milliards d'euros aux états européens (600 milliards à l'Italie, 400 milliards à la France, potentiellement autant à l'Espagne et à l'Allemagne, sans compter la Grêce ou l'Irlande ...) à un  taux de 1%, en passant par une banque publique nationale (BEI pour l'Europe, CDC pour la France ...). Je ne sais vraiment pas si de tels montants de refinancements peuvent être consentis par la seule Banque centrale européenne.

 

Il vaudrait vraisemblablement mieux ressusciter l'idée de monnaie mondiale de John Maynard Keynes : le Bancor ; une monnaie de crédit reposant sur un établissement émetteur mondial ... Mais bon, sur le fond, l'aberration qui veut que les banques centrales puissent sauver à coup de centaines de milliards d'euros ou de dollars les banques mais pas des états demeure posée !

 

 

Réflexion cent-une (22 décembre 2011)
Questions sur la liquidité du système bancaire européen en zone euro

 

Hier, mercredi 21 décembre 2011, la Banque centrale européennne a octroyé 489 milliards d'euros de financement au système financier européen, pour une durée de trois ans, au taux de 1%, dans le cadre d'une opération exceptionnelle de prêts.

http://www.lemonde.fr/crise-financiere/article/2011/12/21/la-bce-prete-489-milliards-d-euros-aux-banques-europeennes_1620979_1581613.html

 

Les interventions normales et habituelles de la Banque centrale européenne dans ses prêts aux établissements bancaires prennent la forme de prises en pension de créances sur quelques jours (une semaine). De manière exceptionnelle, déjà, au plus fort de la crise financière en 2007-2008-2009, la BCE avait déjà procédé à des prêts sur de plus longues durées, de trois mois à un an. Mais il s'agissait d'apporter massivement des liquidités aux établissements bancaires européens dans le cadre d'un marché interbancaire qui ne fonctionnait plus du tout, en raison de la frilosité et des peurs des banques à se prêter entre elles.

 

Cette opération de prêt aux banques européennes à trois ans réalisée hier par la BCE peut ainsi être analysée de multiples manières.

 

1) Pour les uns, ce prêt d'un montant et d'une durée inusités est le signe que la crise financière s'aggrave en zone euro et que les banques européennes ne se font une nouvelle fois plus suffisamment confiance pour se prêter et emprunter sur le marché interbancaire. Certains intervenants que j'ai pu rencontrer faisaient ainsi état la semaine dernière que les banques préfèraient de nouveau déposer leurs liquidités auprès de la BCE plutôt que de les placer sur le marché interbancaire, et qu'elles hésitaient de nouveau à se prêter ebntre elles, comme au plus fort de la crise financière, en 2008.

 

Pour ma part, je ne suis pas certain de cette vision ; les signes de crise financière ne me semblant pas plus nets que les trimestres précédents et la dégradation des cotations boursières des banques comme de la majeure partie des entreprises européennes côtées dépendant essentiellement d'un climat pessimiste au plan mondial, sur les places boursières occidentales ...

 

2) Pour d'autres, comme cet article le fait apparaître, cette opération exceptionnelle peut être comprise comme une possibilité offerte aux banques européennes d'acheter de la dette publique des états nationaux et pourrait apporter une bouffée d'oxygène sur le marché de la dette publique en zone euro. 489 milliards d'euros, ce n'est pas rien, un montant pas très éloigné de la puissance de frappe du FESF (Fonds européen de stabilisation financière). D'une certaine manière, pour ceux-là, cette opération permet de contourner le refus de la BCE de se présenter en prêteur en dernier ressort pour faciliter la monétisation de la dette européenne.

 

3) La position de la BCE me paraît plus difficile à comprendre. Apparemment, le gouverneur de la BCE, Mario Draghi, nie toute volonté d'aide aux Etats nationaux et permettraient selon lui aux banques de renflouer leurs fonds propres, et de rembourser des échéances obligataires importantes à mi-2012. Selon lui, la BCE «resterait complètement dans son rôle tout en se rapprochant de celui que certains voulaient attribuer à la BCE, à savoir le rachat direct des dettes souveraines de l'eurozone».

 

Il paraît cependant difficile de penser que ces refinancements à trois ans puissent renforcer les fonds propres des banques, sauf sous la forme limitée de la souscription à des titres subordonnés ou super-subordonnés, que les banques émettraient et souscriraient entre elles ou avec leurs principaux clients. Le renforcement des fonds propres passe forcément par une augmentation de capital sur les marchés et en aucun cas par la tranformation de ressources de financement en capital.

 

Il faut aussi noter que la BCE n'énoncerait jamais que cette opération aurait pu être rendue nécessaire par des difficultés de financement accrues des établissements bancaires européens, pas plus qu'elle n'expliquera que cette opération doit permettre aux banques nationales d'acheter de la dette publique, ce qu'elle ne veut pas faire. En somme, aucune explication sérieuse n'est disponible sur cette opération et celles qui sont avancées ont de fortes chances de ne pas être les bonnes.

 

A noter néanmoins que j'ai pu observer que l'Agence France Trésor avait pu emprunter à un taux pratiquement nul de 0,005% pour cette fin d'année, pour des durées de deux à trois mois.

http://www.aft.gouv.fr/aft_fr_23/dette_etat_24/adjudications_98/dernieres_adjudications_101/dernieres_adjudications_decembre_2011_7165.html

 

Autres articles du Monde à lire :

http://www.lemonde.fr/crise-financiere/article/2011/12/20/la-fed-s-attaque-au-risque-systemique-des-banques-americaines_1620935_1581613.html

http://www.lemonde.fr/crise-financiere/article/2011/10/03/de-herstatt-a-lehman-brothers-trois-accords-de-bale-et-35-ans-de-regulation-bancaire_1581336_1581613.html

 

 

Réflexion cent (8 décembre 2011)
Un contrôle occulte de nos économies

 

J'ai fait apparaître dans ma précédente réflexion (n°99) que les plus grands établissements financiers américains ainsi que les deux agences anglosaxonnes de cotation internationales (Moody's et Standard & Poor's) étaient contrôlés par un même petit groupe d'actionnaires et de sociétés d'investissement, au premier rang desquelles on trouve Berkshire Hathaway, The Capital Group Companies, The Vanguard Group, Fidelity Investment, BlackRock Institutional Trust Company et State Street Corporation. Même si ces groupes d'actionnaires contrôlent moins de 50% du capital des principales sociétés américaines, leur importance est vraisemblablement suffisante pour en contrôler les organes de direction et les politiques conduites.

 

Il en va de même en France où il est de notoriété publique que les sièges d'administrateurs des principales sociétés du CAC40 (c'est-à-dire celles présentant les plus importantes capitalisations boursières) sont pour la plupart occupés par une olygarchie tournant entre le service public et les plus grosses entreprises et formée dans les mêmes grandes écoles (ENA, Polytechnique, HEC, Minesn, ESSEC ...) et que les participations croisées en vérouillent le contrôle ...

 

Mais le contrôle de nos économies occidentales ne se limite pas au noyautage du capital et des conseils d'administration des plus grandes entreprises et banques. Il y existe également un certain nombre de commissions plus ou moins occultes qui semblent réglementer et donner une direction à l'économie mondiale et son organisation. Ces commissions occultes, réservées à un certain nombre de décideurs de la planète, sont légions. Il faudrait vraisemblablement également y associer les diverses loges maçonniques dont l'influence sur nos économies est loin d'être comprise et peut-être même exagérée. J'évoquerais ici le groupe Bilderberg, le forum de Davos et la Commission trilatérale ... Mais il existe évidemment de nombreux autres groupes d'influence encore plus secrets voire importants (The Council on Foreign Relations aux Etats-Unis, the Group of Thirty, les loges secrètes des universités américaines et d'ailleurs ...)

 

1) Le groupe Bilderberg (http://fr.wikipedia.org/wiki/Groupe_Bilderberg)

 

Le groupe Bilderberg regroupe environ 130 personnalités du monde politique ou des affaires, qui se réunissent chaque année pour une conférence au mois de mai ou de juin, dans des villes et des continents différents. Ces conférences ne sont pas médiatisées. Ses membres se nomment eux-mêmes les «Bilderbergers».

 

Son nom vient du lieu où se tint la première conférence, dite de Bilderberg : du nom de l'hôtel où elle s'est tenue à Oosterbeek aux Pays-Bas en mai 1954. Pour certains, le groupe Bilderberg aurait été créé dans le contexte de la guerre froide pour renforcer la coopération entre les Etats-Unis et leurs partenaires d'Europe occidentale. Il prendrait des décisions politiques et économiques importantes, hors de tout contrôle démocratique, et les ferait appliquer en influençant les gouvernements et l'opinion publique.

 

Les lieux de ces diverses conférences risquent d'être totalement inconnus du public :

  • 2000 : du 1 au 3 juin, au château du Lac, à Gerval (Belgique)
  • 2001 : du 24 au 27 mai, dans la commune de Stenungsund (Suède)
  • 2002 : du 30 mai au 2 juin, au Westfields Marriott à Chantilly (Virginie - Etats-Unis)
  • 2003 : du 15 au 18 mai, au château de Versailles (France)
  • 2004 : du 3 au 6 juin, au Grand Hôtel des Iles Borromées, à Stresa (Italie)
  • 2005 : du 5 au 8 mai, en Bavière (Allemagne)
  • 2006 : du 3 au 6 juin, à l'hôtel Brookstreet à Kanata (Ottawa - Canada)
  • 2007 : du 31 mai au 3 juin, au Ritz-Carlton d'Istanbul (Turquie)
  • 2008 : du 5 au 8 juin, au Westfiels Mariott à Chantilly (Virginie - Etats-Unis)
  • 2009 : du 14 au 17 mai, à l’Astir Palace de Vouliagméi, à côté d'Athènes (Grèce)
  • 2010 : du 3 au 6 juin en Espagne, à Sitges, à côté de Barcelone (Espagne)
  • 2011 : du 9 au 12 juin, à Saint-Moritz (Suisse)

Parmi les six membres du groupe Bilderberg représentant la France, on trouve notamment Nicolas Bazire (Groupe Arnault, proche de Nicolas Sarkozy), Henri de Castrie (Axa) et Maurice Lévy (Publicis). En Italie, l'un des Bilderbergers est Mario Monti, nouveau président du conseil depuis le départ de Silvio Berlusconi.

http://fr.wikipedia.org/wiki/Liste_des_participants_au_groupe_Bilderberg

 

2) Le forum de Davos (http://fr.wikipedia.org/wiki/Forum_économique_mondial)

 

Le Forum économique mondial est une fondation à but non lucratif dont le siège est à Genève. Le Forum est connu pour sa réunion annuelle à Davos, en Suisse, qui réunit des dirigeants d’entreprise, des responsables politiques du monde entier ainsi que des intellectuels et des journalistes, afin de débattre des problèmes les plus urgents de la planète, y compris dans les domaines de la santé et de l’environnement. Il a été créé en 1971 par Klaus M. Schwab, professeur d’économie en Suisse.

 

Ces réunions sont beaucoup moins secrètes que celles du groupe Bilderberg et certains détails des discussions filtrent parfois dans la presse.

 

A noter qu'au sein du Conseil de fondation, la plus haute instance du forum composée de 22 membres, on trouve également le français Maurice Lévy, ainsi que Carlos Ghosn (groupe Renault).

 

3) La commission trilatérale (http://fr.wikipedia.org/wiki/Commission_Trilatérale)

 

La commission trilatérale a été créée en 1973 à l'initiative des principaux dirigeants du groupe Bilderberg et du Council on Foreign Relations américain. Composée de 300 à 400 membres (hommes d'affaires, politiciens), son but est de «promouvoir et construire une coopération politique et économique entre les trois zones clés du monde» : Europe occidentale, Amérique du Nord et Asie Pacifique.

http://www.trilateral.org/

 

Parmi les 150 membres européens qui la composent, je n'ai pas vu de personnalités françaises particulières à noter (Jérôme Seydoux, Jean-Louis Bruguières ...). A noter que le président du groupe Europe est une nouvelle fois l'italien Mario Monti.

 

Certains lui attribue le développement des thèses mondialistes en économie. A noter que les mêmes thèses sont développées par le groupe Bilderberg et par le Council on Foreign Relations américain. Plus précisément, en 2008, cette dernière instance a lancér une réflexion pour cinq ans : «Le programme cherche à identifier les faiblesses critiques du cadre actuel de coopération multilatérale ; à proposer des réformes spécifiques adaptées aux nouvelles situations mondiales : à promouvoir un leadership constructif des États-Unis visant à renforcer les capacités des organisations existantes et à promouvoir de nouvelles institutions ainsi que de nouveaux partenariats plus efficaces tant au niveau régional que mondial incluant le secteur privé et les ONG.»

http://fr.wikipedia.org/wiki/Council_on_Foreign_Relations

 

 

Réflexion quatre-vingt-dix-neuf (30 novembre 2011)
Répartition du capital des principales institutions financières américaines ... Un contrôle exercé par quelques groupes financiers et fonds de pension

 

Sur la base d’un article déposé sur le forum de Boursorama, je me suis amusé à vérifier la répartition du capital des principales agences de notation internationales et des principales banques américaines. Le résultat est édifiant. On retrouve en effet un même cartel constitué des mêmes actionnaires dans toutes les institutions financières américaines et dans les deux grandes agences de notation internationales anglo-saxonnes.

http://blogs.mediapart.fr/blog/marie-caroline-porteu/271111/scoop-actionnaires-des-agences-de-notation

 

Ces sociétés d'investissement ou fonds de pension que l’on retrouve dans la majorité des sociétés financières américaines sont :

- Berkshire Hathaway, société d'investissement de Warren Buffett,

- Capital World Investors, entité de Capital Group Companies, un des plus grands fond d'investissement mondial

- The Vanguard Group, société américaine d’investissement , créée en 1975, qui gérerait plus de 1.000 milliards de dollars d’actifs, et ses nombreux fonds (Vanguard Total Stock Market Index Fund - Vanguard 500 Index Fund - Vanguard Institutional Index Fund - Vanguard/Windsor II - Vanguard/Wellington Fund ...)

(source : http://fr.wikipedia.org/wiki/The_Vanguard_Group)

- Fidelity Investment (et son fond FMR LLC, entre autres ...), groupe américain de services financiers, fondé en 1946

(source : http://en.wikipedia.org/wiki/Fidelity_Investments)

- BlackRock Institutional Trust Company, l'une des plus importantes sociétés de gestion d'actifs au monde

(source : http://www.blackrockinvestments.com.au/index.htm)

- State Street Corporation, un des premiers prestataires mondiaux de services financiers aux investisseurs institutionnels

(source : http://en.wikipedia.org/wiki/State_Street_Corporation)

- Price (T.Rowe) Associates

(source : http://en.wikipedia.org/wiki/T._Rowe_Price)

 

Voici dans le détail la décomposition du capital des principales sociétés financières américaines, en commençant par les trois principales agences de notation internationales, sur la base d'informations vérifiées au maximum de mes capacités ...

  

L'agence Fitch Ratings (que l'on pourrait considérer comme française) est un cas un peu à part, détenue à hauteur de 60% par le groupe français Fimalac, contrôlé par Marc Ladreyt De Lacharrière, et à 40% par le groupe géant de medias américain Hearst, détenu par un Trust familial.

 

Les principaux actionnaires de l'agence Moody’s sont :

(http://fr.finance.yahoo.com/q/mh?s=MCO)

 

Principaux actionnaires

1. Berkshire Hathaway

2. Capital World Investors

3. Price (T.Rowe) Associates

4. ValueAct Holdings, L.P

5. The Vanguard Group

6. AllianceBernstein, L.P.

7. State Street Corporation 

Participation 

865 244 362 $

851 762 625 $

 

 

 

 

 

Capital 

12,80%

 12,60%

7,56%

7,47%

7,19%

3,94%

3,24%

 

L'agence Standard & Poor's est détenue à 100% par la société américaine Mc Graw-Hill Companies. Mais le capital de cette société nous apprend que l'on retrouve le même groupe d'actionnaires.
http://finance.yahoo.com/q/mh?s=MHP+Major+Holders

 

1. Capital World Investors

2. The Vanguard Group

3. Oppenheimer Funds

4. State Street Corporation 

5. Price (T.Rowe) Associates

6. Dodge & Cox

1 234 473 100 $

 

 

 

 

 

10,26%

7,52%

5,21%

4,25%

4,93%

4,90%

 

On retrouve pratiquement les mêmes investisseurs dans l'actionnariat des principales grandes banques américaines. Ainsi les actionnaires de la banque Citigroup sont les suivants :

http://fr.finance.yahoo.com/q/mh?s=C

 

1. The Vanguard Group

2. FMR LLC (Fidelity Investment)

3. State Street Corporation 

4. BlackRock Institutional Trust Company

5. JP Morgan Chase & Company

6. Capital World Investors

4 941 074 785 $

 

 

 

 

 

6,59%

3,92%

3,68%

2,48%

2,12%

1,98%

 

Les actionnaires de Wells Fargo Bank sont :

http://finance.yahoo.com/q/mh?s=WFC+Major+Holders

 

1. Berkshire Hathaway

2. The Vanguard Group

3. FMR LLC (Fidelity Investment)

4. State Street Corporation 

5. Capital World Investors

6. Wellington Management Company LLP

7. Dodge & Cox

8 716 239 768 $

 

 

 

 

 

 

6,85%

6,49%

4,67%

3,64%

2,86%

2,79%

2,75%

 

Les actionnaires de Bank of America (BOA) :
http://finance.yahoo.com/q/mh?s=BAC+Major+Holders

 

1. The Vanguard Group

2. State Street Corporation 

3. BlackRock Institutional Trust Company

4. JP Morgan Chase & Company

5. Dodge & Cox

4 245 742 788 $

 

 

 

 

6,62%

4,50%

2,48%

2,20%

2,11%

Ne pas oublier que la société d'investissement de Warren Buffett, Berkshire Hathaway, a investi 5 milliards de dollars dans Bank of America courant d'année 2011 lui permettant de devenir son principal actionnaire.

 

Les actionnaires de la banque JP Morgan Chase (elle-même actionnaire de Citigroup et de Bank of America) :

http://finance.yahoo.com/q/mh?s=JPM+Major+Holders

 

1. The Vanguard Group

2. State Street Corporation 

3. Price (T.Rowe) Associates

4. BlackRock Institutional Trust Company

5. Wellington Management Company LLP

6. FMR LLC (Fidelity Investment)

9 234 718 338 $

 

 

 

 

 

8,07%

4,08%

2,74%

2,68%

2,42%

2,36%

   

Les actionnaires de la banque Goldman Sachs :
http://fr.finance.yahoo.com/q/mh?s=GS

 

1. The Vanguard Group

2. Capital World Investors

3. State Street Corporation 

4. Dodge & Cox

5. Massachusetts Financial Services

6. Citigroup

7. BlackRock Institutional Trust Company

8. Wellington Management Company LLP

3 128 415 875 $

 

 

 

 

 

 

 

6,74%

5,70%

3,92%

3,78%

3,52%

2,73%

2,61%

 2,53%

   

Les actionnaires de la banque Morgan Stanley :
http://finance.yahoo.com/q/mh?s=MS+Major+Holders

 

1. Mitsubishi UFJ Financial Group

2. State Street Corporation 

3. The Vanguard Group

4. FMR LLC (Fidelity Investment)

5. Franklin Resources

 5 836 551 723 $

 

 

 

 

22,41%

8,69%

5,00%

3,86%

2,52%

 

Les actionnaires de la banque PNC Financial Service (qui détient 35% des parts de la société de gestion d'investissement BlackRock) :
http://finance.yahoo.com/q/mh?s=pnc+Major+Holders

 

1. The Vanguard Group

2. Wellington Management Company LLP

3. State Street Corporation 

4. Barrow, Hanley, Mewhinney & Strauss

5. Eaton Vance Management

6. Capital World Investors

7. BlackRock Institutional Trust Company

8. Franklin Resources

 2 594 344 577 $

 

 

 

 

 

 

 

10,24%

5,38%

4,03%

3,85%

3,33%

2,69%

2,41%

2,02%

 

  

Saucratès
 

Mes autres écrits sur la crise financière :
1.http://saucrates.blog4ever.com/blog/lire-article-447196-1985888-de_la_crise_financiere_1.html
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3.http://saucrates.blog4ever.com/blog/lire-article-447196-1986317-de_la_crise_financiere_3.html
4.http://saucrates.blog4ever.com/blog/lire-article-447196-1988042-de_la_crise_financiere_4.html
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7.http://saucrates.blog4ever.com/blog/lire-article-447196-1991164-de_la_crise_financiere_7.html

8.http://saucrates.blog4ever.com/blog/lire-article-447196-1991178-de_la_crise_financiere_8.html

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10.http://saucrates.blog4ever.com/blog/lire-article-447196-1992422-de_la_crise_financiere 10.html

11.http://saucrates.blog4ever.com/blog/lire-article-447196-1992436-de_la_crise_financiere_11.html

12.http://saucrates.blog4ever.com/blog/lire-article-447196-1992440-de_la_crise_financiere_12.html
13.http://saucrates.blog4ever.com/blog/lire-article-447196-1992951-de_la_crise_financiere_13.html

14.http://saucrates.blog4ever.com/blog/lire-article-447196-1992974-de_la_crise_financiere_14.html

15.http://saucrates.blog4ever.com/blog/lire-article-447196-2533109-de_la_crise_financiere_15.html


29/11/2011
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