Critiques de notre temps

Critiques de notre temps

De l'importance des médias comme en atteste les dossiers du Consortium international des journalistes d'investigation

Mardi 27 novembre 2017

Saint-Denis, Ile de la Réunion

 

En ce début de semaine, le journal Le Monde, comme de nombreux autres journaux dans le monde, publie une nouvelle enquête dont l'origine est le Consortium international des journalistes d'investigation (CIJI ou ICIJ en anglais). Je veux parler de l'enquête dite des «Implants files», ou fichier des implants médicaux. Et alors que ce sujet était totalement ignoré par les médias et les politiques jusqu'à ce week-end, grâce à ces articles, les médias et les commentateurs découvrent brutalement l'absence de tout contrôle sur ces implants médicaux. Gageons que d'ici quelques semaines, les députés auront prochainement à se prononcer sur un projet de loi ou une proposition de loi sur ce sujet. 

 

Cet exemple démontre la puissance et l'importance de la presse lorsqu'elle fait son travail d'analyse critique, au lieu de servir de simple caisse de résonance de l'Etat et du gouvernement.

 

Non pas que je cautionne les critiques et la violence véhiculées par certains gilets jaunes à l'encontre de la presse et des reporters de presse. La violence n'est que rarement une solution, et la liberté de la presse est une chose trop importante pour s'attaquer à ses représentants. Les gilets jaunes haineux qui s'attaquent à des reporters et aux journalistes sont les mêmes qui violent, tuent, et volent pendant les guerres et les conflits sociaux. Des sociopathes en puissance, qui n'ont besoin que d'une proie, d'un ennemi sur lequel s'acharner. Il s'est trouvé que c'est tombé sur un journaliste, mais cela aurait pu tomber sur un autre automobiliste qui n'aurait pas partagé leur opinion radicale, ou sur une femme seule les croisant dans un coin désert. Des hyènes et des chacals qu'il faudrait éradiquer, éliminer !

https://www.lemonde.fr/societe/article/2018/11/26/gilets-jaunes-la-violence-contre-des-journalistes-prend-une-ampleur-inedite_5388961_3224.html

 

Qu'est-ce que le CIJI ou ICIJ ? «L'International Consortium for Investigative Journalism (ICIJ), en français Consortium international pour le journalisme d'investigation, est un réseau mondial de 185 journalistes d'investigation dans plus de 65 pays qui collaborent pour enquêter en profondeur sur des affaires ayant essentiellement un retentissement international : corruption, fraude, crise économique, abus de pouvoir ....». Fondé en 1997 aux Etats-Unis.

https://www.glossaire-international.com/pages/tous-les-termes/international-consortium-for-investigative-journalism-icij.html

 

Quatre journalistes francais feraient partie du CIJI : Fabrice Arfi et Karl Laske, de Mediapart, ainsi qu'Édouard Perrin et Aurore Gorius. Le Journal Le Monde collabore régulièrement et publie régulièrement des articles sur les enquêtes du CIJI, comme de très nombreux autres journaux en Europe ou dans le monde entier. 

https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Consortium_international_des_journalistes_d%27investigation

 

La première fois que j'ai entendu réellement parler du CIJI, ce devait être pour les Panama Papers, dans lequel Le Journal Le Monde avait mis en grand titre, en exergue, son appartenance, sa collaboration avec le CIJI.

 

Wikipedia cite les principales enquêtes du CIJI : 

 

- Les Offshore Leaks (signifiant littéralement «Fuites extraterritoriales») qui paraissent en avril 2013, et qui correspondent à «une série de fuites d'informations relatives aux paradis fiscaux et à leur utilisation à des fins de fraude fiscale et de blanchiment d'argent à travers le monde.» Les Offshore Leaks représentent 2,5 millions de documents financiers et 120.000 sociétés écran (ou offshore). Les documents proviendraient de deux entreprises basées aux îles Vierges britanniques.

https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Offshore_Leaks

 

- Les Luxembourg Leaks paraissent en novembre 2014. Le CIJI en collaboration avec une quarantaine de journaux, révèlent «le contenu de centaines d'accords fiscaux préalables très avantageux conclus avec le fisc luxembourgeois par le cabinet de conseil PricewaterhouseCoopers pour le compte de nombreux clients internationaux au nombre desquels sont cités AppleAmazonHeinzPepsiIkea et Deutsche Bank. Des copies de ces documents sont publiées sur un site web librement accessible au public.

https://www.icij.org/investigations/luxembourg-leaks/explore-documents-luxembourg-leaks-database/

 
- Les Swiss Leaks paraissent en février 2015. L'enquête révèle «un système international de fraude fiscale et de blanchiment d'argent qui aurait été mis en place par la banque britannique HSBC à partir de la Suisse. Selon les journalistes, entre novembre 2006 et mars 2007, plus de 180 milliards d’euros ont transité, à Genève, sur les comptes de 100 000 clients et de 20 000 sociétés offshore, concernant 188 pays différents.»
 
A noter que cette affaire est différente du procès qui a eu lieu en octobre 2018 et qui concernait la banque suisse UBS poursuivie pour avoir démarcher de manière illégale de riches contribuables français pour qu'ils échappent au fisc français. La Banque HSBC devrait également être poursuivie prochainement pour les mêmes motifs de démarchage illégal et pour délit de blanchiment aggravé.
 
- Les Panama Papers paraissent en mars 2016. «109 rédactions membres de l'ICIJ dans 79 pays révèlent simultanément ce que l'ICIJ qualifie de plus gros scandale d'évasion fiscale. Plusieurs millions de documents du cabinet panaméen Mossack Fonseca constituent une source d'information sur les activités des clients de ce cabinet, impliquant des personnalités de premier plan dans une quarantaine de pays.»
 
- En septembre 2016 sortent les «Bahamas Leaks». Des «documents obtenus par la Süddeutsche Zeitung portent sur 175 480 structures offshore enregistrées aux Bahamas entre 1959 et 2016. Ils dressent l’équivalent d’un registre du commerce pour ce paradis fiscal opaque, levant le voile sur l’identité des administrateurs de certaines de ces sociétés, jusque-là anonymes».
 
- Les Malta Files sortent en mai 2017, notamment par le site Mediapart. «Mediapart et douze autres médias internationaux du réseau d’investigation European Investigative Collaboration (EIC) publient des révélations sur les pratiques fiscales de Malte». «L’hebdomadaire allemand Der Spiegel et le site d’information roumain The Black Sea ont obtenu des fichiers internes d’un cabinet fiduciaire maltais spécialisé dans l’immatriculation et l’administration de sociétés ... ainsi que ... l’ensemble des données du registre du commerce maltais, soit 53 247 sociétés au 20 septembre 2016.»
 

- Les Paradise Papers sortent en novembre 2017. «À l’issue d’un an d’enquête collaborative menée par 381 journalistes de 67 pays, 95 médias partenaires coordonnés par le Consortium ont publié les premières révélations des Paradise Papers, une fuite massive de documents issus notamment du cabinet d’avocats Appleby, spécialisé dans les activités offshore, mais aussi de documents issus des registres confidentiels des sociétés de dix-neuf paradis fiscaux.»

 
- Les Implants Files sortent donc le 25 novembre 2018. «250 journalistes issus de 59 médias internationaux, révèlent un scandale sanitaire mondial : les dégâts causés par les prothèses et implants médicaux sont nombreux, souvent sous-estimés, difficiles à cartographier. La réglementation en la matière est insuffisante. L'opacité des autorités de santé en France, et de l'ANSM est spécifiquement pointée.» En se basant sur les chiffres des autorités de contrôle sanitaire des Etats-Unis, le CIJI fait apparaitre une première mesure des taux de morts et d'incendie sur la majeure partie des types d'implants médicaux, permettant la mise en lumière d'un débat, d'un suivi et d'une transparence nécessaire. 
 
Le Monde, en collaboration avec d'autres journaux européen, a également publié des dossiers sur un complément d'analyse aux Panamas Papers, analysant les suites des Panama Papers, pour le cabinet Panamaéen Mossack Fonseca (où on découvrait que les filiales du cabinet panaméen s'étaient juste contenté de changer de nom pour continuer à encourager l'évasion fiscale, que les banques françaises continuaient de travailler avec des sociétés offshores malgré tous leurs démentis et assurances de bien se comporter, et que les pratiques d'évasion fiscales perduraient) et pour les pratiques d'évasion fiscale (ou d'extraterritorialité). C'était en juin 2018.
 
Un peu plus récemment, en octobre 2018, Le Monde a également sorti un dossier sur les pratiques d'optimisation fiscale et sur les combines de remboursement indu d'impôts sur les dividendes par les grandes entreprises et les grands groupes internationaux, sur le dos des finances publiques des États européens : «les CumEx Files» (aussi appelé «arbitrage de dividendes», en abrégé div-arb). Et gageons que Macron, lorsqu'il était à la Banque Rothschild, devait vraisemblablement connaître ses astuces des grands groupes qu'il conseillait. Alors que ce sujet était complètement ignoré par les médias et par les hommes politiques (même si l'ex salarié de la Societe Générale, Jérôme Kerviel, avait alerté sans succès les sénateurs lorsqu'ils l'avaient auditionné), l'Assemblée nationale a décidé la création d'une mission d'information parlementaire sur ce sujet.
 
 
Saucratès


27/11/2018
0 Poster un commentaire

A découvrir aussi


Inscrivez-vous au blog

Soyez prévenu par email des prochaines mises à jour

Rejoignez les 25 autres membres