Critiques de notre temps

Critiques de notre temps

L'affaire Dieudonné

Réflexion quatre (lundi 13 janvier 2014)
Il n'y a plus d'affaire Dieudonné !

 

Voilà, c'est fini. C'en est presque triste, Dieudonné abandonne le conflit qui l'opposait au Système, au gouvernement, aux associations antiracistes. Il n'y a plus d'affaire Dieudonné. Comment écrire sur une affaire qui n'en est plus une ? De toute façon, contre l'unanimité de droite et de gauche, contre l'unanimité contre lui de tous les bien-pensants et les empêcheurs de penser en rond, il n'avait plus aucune chance. Lorsque les plus hautes instances judiciaires françaises violent allègrement le droit public français, que voulez-vous qu'un pauvre artiste franco-camerounais hors système fasse contre tout le monde ?

 

Ah ! Ca me rappelle les histoires sur Yannick Noah ! Le fait que lorsqu'il gagnait il était «le français qui gagnait» ... Et lorsqu'il perdait, il était «le franco-camerounais qui perdait» ... Parce que combien de fois n'a-t-on pas entendu ces derniers jours, les uns et les autres, de la part des journalistes ou des associations antiracistes, cette petite antienne sur Dieudonné le franco-camerounais ... Mais certainement lui n'a-t-il pas droit aux mêmes égards que les autres opprimés !!!

 

Ceci étant dit, gageons que la curée contre Dieudonné ne prendra pas fin aussi rapidement, et que ses opposants, ses adversaires ne s'arrêteront que lorsque Dieudonné sera mort, assassiné, emprisonné ou en fuite à l'étranger. Sous couvert d'un combat contre l'antisémitisme, c'est tout un système, toute la machinerie d'un système qui s'est déchaîné, et cette machinerie a besoin de sang pour être satisfaite.

 

La rue n'est pas totalement contre Dieudonné. Evidemment, des millions de personnes bien-pensantes en France se disent dégoûtées par les blagues racistes de Dieudonné ; j'en côtois de nombreuses, et défendre Dieudonné est à leurs yeux au mieux incompréhensible, et au pire fait de toi un raciste, un antisémite et un gros con. Malgré tout, une grosse frange des français, ceux des cités, tous ceux qui sont victimes des violences sociales de notre société, chômage, licenciement, doivent, je pense, trouver une certaine jouissance à le voir combattre un système qui les a eux-mêmes exclus, broyés, rejetés ... Comment cette rue peut-elle comprendre les rodomondades de Valls et de sa clique, de la ministre de la culture et autres personnages importants de l'Etat et de la société française ?

 

Comme moi ? L'impression que toute cette histoire n'avait pour seul but que de tenter de noyer l'affaire Hollande-Gayet dont le pouvoir socialiste savait qu'elle était sur le point d'exploser ... Il aurait simplement suffi que le magazine Closer informe quelques jours à l'avance le gouvernement de cette parution ... ou que les renseignements généraux jouent leur rôle et aient transmis cette information à leur hiérarchie ... de quel ministère dépendent-ils donc au fait ? De l'intérieur ? C'est bizarre ... (pour rappel, les RG avaient été capables sous Mitterrand de masquer son aventure extraconjuguale et sa fille Mazarine) ... On appelle cela allumer un contre-feu pour étouffer médiatiquement une autre affaire très dangereuse pour le pouvoir socialiste ...

 

Et les plus récentes paroles de Manuel Valls apparaissent en regard particulièrement désagréables : «Je ne laisserai plus jamais, plus rien passer des mots qui divisent les Français (...). J'ai déclenché un mouvement parce qu'il y avait une forme d'impunité qui me révoltait» ... Ou s'arrêtera le ministre de l'intérieur contre ce qui divise les français ? Des milliers de choses divisent les français ... L'autorisation du mariage des homosexuels divise les français ... Le chômage et le fait de disposer d'un travail divise les français ... Les différences de richesse divisent les français ... Les différences de pouvoir, entre ceux qui peuvent bafouer la loi, rouler à tombeaux ouverts sur les autoroutes parce qu'ils sont ministres, gendarmes ou policiers, et ceux qui à la moindre incartade passent sous les fourches caudines de la justice (comme Dieudonné), tout cela divise les français ... Pourquoi donc ne s'attaquer qu'aux mots ? Les propos moqueurs sur les blancs, sur les noirs, sur les jaunes, sur les musulmans, sur les bretons, sur les auvergnats, bénéficieront-ils également de la même valeureuse condamnation de Manuels Valls ?
http://tempsreel.nouvelobs.com/topnews/20140111.AFP7321/dieudonne-interdiction-du-spectacle-confirmee-a-orleans.html

 

Enfin, cette non-affaire Dieudonné continue de me laisser un goût d'insatisfaction. Insatisfaction parce que les jugements rendus par le Conseil d'Etat, notamment celui de jeudi soir, violent le droit constitutionnel français, les principes supérieurs du Droit français, ceux en raison desquels nous sommes une Démocratie, une République ... Les principes qui devraient être inviolables et sur lesquels justement le Conseil d'Etat et le Conseil Constitutionnel sont censés veiller scrupuleusement ... Et gageons que ce qui a été jugé de manière expéditive, sans possibilité pour Dieudonné d'être entendu ni même défendu, cette justice d'exception, gageons que nous nous trouverons nous aussi confronter à ces dérives, dérives d'une justice dévoyée ...

 

Alors oui, j'aimerais que cette affaire qui n'en est plus une ne s'arrête pas là. J'aimerais que la cour de justice européenne, que la cour européennes des droits de l'homme soit saisie de ce jugement du Conseil d'Etat incompréhensible, inacceptable ... J'aimerais que la liberté d'expression soit défendue ... Car on le voit bien, la fatwa du pouvoir socialiste contre Dieudonné va être lancée de la même manière contre le magazine Closer et ses journalistes qui osent s'en prendre au président de la république et à l'actrice avec lui est prêté une liaison ...

 

La boite de Pandorre a été ouverte. Et tous les bien-pensants feraient bien de réfléchir rapidement, sur le fait de savoir s'ils veulent rentrer dans une dictature des derniers bien-pensants, des plus puissants ... Le Conseil d'Etat n'a pas encore été appelé à se prononcer sur l'interdiction du magazine Closer, de la sortie de ce numéro ... ou de la fermeture administrative de ce magazine ... après tout, lui aussi est un récidiviste auquel on ne peut plus faire confiance ... Mais je suis sûr que le Conseil d'Etat saura, à la demande du même ministre de l'intérieur, prendre une nouvelle mesure expéditive et liberticide à la demande du pouvoir socialiste ... Quand je pense que des milliers de salariés protégés licenciés en conflit avec leur employeur, des milliers d'entrepreneurs en conflit avec une administration, attendent parfois des années que ce même Conseil d'Etat statue sur leur affaire ... et là, en quelques heures, en quelques dizaines de minutes, ce même Conseil d'Etat est capable de statuer ... Ca doit les laisser songeur ...

 

 

Réflexion trois (vendredi 10 janvier 2014)
La décision incompréhensible du conseil d'état dans l'affaire Dieudonné

 

A 18 heures 40 hier soir, le Conseil d'Etat, saisi en urgence par le ministre de l'intérieur, Manuel Valls, a cassé la décision du tribunal administratif de Nantes qui avait autorisé le spectacle de Dieudonné au Zenith de Nantes. Derrière la décision juridique sur laquelle on peut être ou non d'accord, notamment en ce qui concerne le respect ou non de la liberté d'expression et de la liberté d'opinion, je tiens à réagir sur l'enchaînement de ces événements et sur les délais invraisemblablement courts qui ont été observés dans cette affaire, lorsque l'on sait que le conseil d'état met souvent entre trois et quatre ans pour se prononcer sur les annulations d'autorisation administrative de licenciement de délégués syndicaux et de représentants du personnel.

 

Revenons sur l'enchainement de la journée d'hier.
http://tempsreel.nouvelobs.com/justice/20140109.OBS1800/en-direct-dieudonne-jouera-t-il-a-nantes-le-tribunal-est-reuni.html

 

A 10 heures 30 hier matin, l'audience du tribunal administratif de Nantes débute. A 14 heures 20, le tribunal administratif de Nantes décide d'annuler l'arrêté du préfet de la Loire-Atlantique, ce qui a pour effet de permettre la représentation du spectacle de Dieudonné le soir-même à Nantes. Un peu moins de quatre heures pour le procès et le rendu du délibéré, c'est déjà très rapide.

 

A 15 heures 10, le ministre de l'intérieur annonce la saisie immédiate du Conseil d'état. L'appel du jugement du tribunal administratif de Nantes se fera directement devant le Conseil d'Etat (et non pas devant une Cour administrative d'appel) car il s'agit d'un rejet de référé 'liberté'. Le recours n'aurait pas été suspensif : il n'aurait pas empêché l'exécution de la décision des juges.

 

A 15 heures 15, il est annoncé que l'audience en référé du conseil d'état se tiendra à 17 heures, soit avec une heure 45 minutes de délai. L'avocat de Dieudonné ne pourra pas être présent, et donc Dieudonné ne pourra vraisemblablement pas être défendu. Or, il me semblait qu'en droit français, toute personne avait le droit d'être défendue ? Sauf Dieudonné ?

 

A 18 heures 45, au bout donc de 1 heure 45 minutes de jugement et de délibéré, devant apparemment un juge unique, le Conseil d'Etat casse la décision du tribunal administratif de Nantes et donne raison au préfet de Loire-Atlantique. Le spectacle de Dieudonné est donc interdit ce soir à Nantes. 

 

Gageons qu'il s'agit d'un plus rapide jugement intervenu à la suite d'une décision d'un tribunal administratif ! Impossible de savoir si Dieudonné était représenté par un avocat/avoué devant la Conseil d'Etat et s'il a pu être défendu ? Impossible de savoir même de quel manière un rapporteur au conseil d'état a pu élaborer les conclusions du gouvernement ? Impossible surtout de savoir si les droits de cette personne, Dieudonné M'bala M'bala, ont été respectés.

 

Je n'ai jamais vu pareille parodie de justice être tenue, et je n'ai plus l'impression d'être dans un état de droit, même si tout le monde se réjouit de cette décision et de l'annulation du spectacle de Dieudonné. Pour moi, il n'y a pas eu de justice rendue dans cette affaire, aussi sordides puissent être les blagues et horreurs prononcées par Dieudonné sur les juifs. Même les pires criminels de guerre nazis avaient eu droit à un procès juste et équitable à Nuremberg !

 

Certains sont fiers d'être en France suite à ce jugement ! Moi, j'ai honte d'y vivre si la plus haute instance juridictionnelle en droit public français peut prononcer un jugement dans ces conditions, dans cette précipitation ! Gageons que la Cour européenne des droits de l'homme condamnera la France dans cette affaire !

 

 

Réflexion deux (jeudi 9 janvier 2014)
La liberté d'expression

 

A la base de l'affaire Dieudonné, pour sa condamnation ou sa défense, il me semble nécessaire de resituer ce que l'on appelle «la liberté d'expression». Quelles sont les fondements juridiques et constitutionnels de la liberté d'expression, et une personne comme Dieudonné peut-elle être condamnée publiquement et poursuivie pour des opinions, être interdit d'expression de ses opinions, même si celles-ci sont considérées comme racistes et antisémites ?

 

J'ai trouvé plusieurs fondements constitutionnels à la liberté d'expression. Le premier fondement historique, le plus ancien, se trouve dans la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen du 26 août 1789, principes qui sont repris dans le préambule de la constitution actuelle de la France (du 4 octobre 1958) et ont donc valeur constitutionnelle. Les articles 10 et 11 traitent respectivement de la liberté d'opinion et de la liberté d'expression.

Déclaration des droits de l'homme et du citoyen du 26 août 1789
http://www.legifrance.gouv.fr/Droit-francais/Constitution/Declaration-des-Droits-de-l-Homme-et-du-Citoyen-de-1789

Article 10 : «Nul ne doit être inquiété pour ses opinions, même religieuses, pourvu que leur manifestation ne trouble pas l'ordre public établi par la Loi.»

Article 11 : «La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l'Homme : tout Citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement, sauf à répondre de l'abus de cette liberté dans les cas déterminés par la Loi.»


A noter que les limites de la liberté d'expression doivent être prévues par la Loi. Concernant la liberté d'opinion, on notera que l'article 10 est plus restrictif avec cette référence à d'éventuels troubles de l'ordre public, notion particulièrement subjective. Il est clair que le droit fondamental à la liberté d'expression aux Etats-Unis est beaucoup plus protégé puisque le premier amendement de 1791 à la constition américaine stipule : «Congress shall make no law respecting an establishment of religion, or prohibiting the free exercise thereof; or abridging the freedom of speech, or of the press; or the right of the people peaceably to assemble, and to petition the Government for a redress of grievances.» (traduction : «Le Congrès ne fera aucune loi accordant une préférence à une religion ou en interdisant le libre exercice, restreignant la liberté d'expression, la liberté de la presse ou le droit des citoyens de se réunir pacifiquement et d'adresser à l'État des pétitions pour obtenir réparation de torts subis.»)

 

Le deuxième fondement constitutionnel de la liberté d'expression est à chercher dans La Déclaration universelle des droits de l'homme adoptée le 10 décembre 1948 par les 58 membres de l’Assemblée générale de l'Organisation des nations unies (ONU) de l'époque. Les articles 18 et 19 consacrent la liberté d'expression, conjointement à la liberté de conviction et de religion :

 

Article 18 : «Toute personne a droit à la liberté de pensée, de conscience et de religion ; ce droit implique la liberté de changer de religion ou de conviction ainsi que la liberté de manifester sa religion ou sa conviction seule ou en commun, tant en public qu'en privé, par l'enseignement, les pratiques, le culte et l'accomplissement des rites»

Article 19 : «Tout individu a droit à la liberté d'opinion et d'expression, ce qui implique le droit de ne pas être inquiété pour ses opinions et celui de chercher, de recevoir et de répandre, sans considérations de frontières, les informations et les idées par quelque moyen d'expression que ce soit»

 

Ces deux articles ont valeur constitutionnelle (article 55 de la constitution française de 1958 : «Les traités ou accords régulièrement ratifiés ou approuvés ont, dès leur publication, une autorité supérieure à celle des lois, sous réserve, pour chaque accord ou traité, de son application par l'autre partie.»). Il doit être noté également que les limites à la liberté d'expression et d'opinion des personnes et des individus ne sont pas prévues dans ces articles de La Déclaration universelle des droits de l'homme, par différence avec les deux premiers textes de 1789 ; signe que les principes démocratiques ont évolué avec les siècles, même si on ne s'en aperçoit pas actuellement en France. 

 

Un troisième fondement constitutionnel de la liberté d'expression peut être trouvé dans La Convention de sauvegarde des Droits de l'Homme et des Libertés fondamentales du Conseil de l'Europe, entrée en vigueur le 3 septembre 1953, dont l'article 10 traite de la liberté d'expression :

 

Article 10 – Liberté d'expression

«1. Toute personne a droit à la liberté d'expression. Ce droit comprend la liberté d'opinion et la liberté de recevoir ou de communiquer des informations ou des idées sans qu'il puisse y avoir ingérence d'autorités publiques et sans considération de frontière. Le présent article n'empêche pas les États de soumettre les entreprises de radiodiffusion, de cinéma ou de télévision à un régime d'autorisations.

2. L'exercice de ces libertés comportant des devoirs et des responsabilités peut être soumis à certaines formalités, conditions, restrictions ou sanctions prévues par la loi, qui constituent des mesures nécessaires, dans une société démocratique, à la sécurité nationale, à l'intégrité territoriale ou à la sûreté publique, à la défense de l'ordre et à la prévention du crime, à la protection de la santé ou de la morale, à la protection de la réputation ou des droits d'autrui, pour empêcher la divulgation d'informations confidentielles ou pour garantir l'autorité et l'impartialité du pouvoir judiciaire.»

 

Il peut être noté que ce texte est plus limitatif puisqu'il prévoit des limites («formalités, conditions, restrictions ou sanctions prévues par la loi») pour tout ce qui a trait «à la sûreté publique, à la défense de l'ordre (...), à la protection (...) de la morale, à la protection de la réputation ou des droits d'autrui (...)», certainement supposées être indispensables dans des démocraties comme les nôtres.

 

Enfin, pour ce qui constituerait une opinion politique (puisque la qualité d'humoriste de Dieudonné lui est refusée par ceux qui le contestent), la liberté d'expression est également protégée constitutionnellement par l'article 4 de la Constitution française du 4 octobre 1958 :
http://www.legifrance.gouv.fr/Droit-francais/Constitution/Constitution-du-4-octobre-1958

 

«Les partis et groupements politiques concourent à l'expression du suffrage. Ils se forment et exercent leur activité librement. Ils doivent respecter les principes de la souveraineté nationale et de la démocratie.

Ils contribuent à la mise en oeuvre du principe énoncé au second alinéa de l'article 1er dans les conditions déterminées par la loi.

La loi garantit les expressions pluralistes des opinions et la participation équitable des partis et groupements politiques à la vie démocratique de la Nation.»

 

Pour être clair sur ce sujet, il faudrait aussi s'intéresser à ce que l'on appelle la notion d'abus de droit, selon le principe qu'aucun droit ne devrait être absolu. Ce n'est cependant pas le cas dans le cadre des divers amendements à la constitution américaine (pourtant les américains ne s'en portent pas plus mal) ou bien si on lit La Déclaration universelle des droits de l'homme de 1948 (l'ironie de l'histoire veut que ce texte ait été adopté à Paris, au Palais Chaillot, en un autre temps). 

 

Autre ironie de cette histoire sur Dieudonné, c'est bien que le site du Nouvel Obs puisse appliquer une politique de modération et de censure sur les opinions exprimes sur les blogs concernant cette affaire, alors l'article 10 de la Convention de sauvegarde des Droits de l'Homme et des Libertés fondamentales du Conseil de l'Europe de 1953 indique pour la liberté d'expression «sans qu'il puisse y avoir ingérence d'autorités publiques (...)». L'équipe des modérateurs du Nouvel Obs n'est certainement pas une autorité publique, mais elle s'attribue un droit de censure qui est refusé aux autorités publiques. 

 

 

Réflexion une (mercredi 8 janvier 2014)
L'affaire Dieudonné

 

Que faut-il penser de cette histoire de quenelle, de Dieudonné, de son antisémitisme et de ses déboires avec le gouvernement français et tout particulièrement le ministre de l'intérieur Manuel Valls ? Je ne connais pas les spectacles de Dieudonné et je ne me suis même pas sûr que je les apprécierais. Mais cela ne suffit pas à m'interdire à prendre position dans cette affaire. Après tout, je ne connais guère plus le moindre humoriste français (autant qu'il soit possible de dire que Dieudonné est un humoriste) et il est certain par exemple que j'aime encore moins les spectacles de Jean-Marie Bigard et l'horrible slip kangourou qu'il a affiché pour un de ses spectacles. Le dernier humoriste que j'aimais bien était Coluche, et son ami Thierry Le Luron. J'ai un peu l'impression depuis cette époque qu'il n'y a eu pas un seul humoriste valable en France (à l'exception de quelques blagues de Roland Magdane). D'une certaine manière, Coluche et Thierry Le Luro étaient des humoristes engagés politiquement, plus que des simples humoristes faiseurs de blagues ... Mais évidemment, ils défendaient les 'bonnes' causes, les causes politiquement 'acceptables', et n'attaquaient pas les symboles qu'il ne faut pas aborder dans une démocratie française qui pose un certain nombre d'interdits.

 

Et c'est pour cette raison qu'il me semble qu'il faut défendre Dieudonné M'bala M'bala. Evidemment, il semble que ses spectacles soient largement occupés par des blagues ou des attaques concernant quelques personnes de la communauté juive française. On peut parler d'une obsession anti-juive de Dieudonné dans ses spectacles. En même temps, son obsession peut se comprendre s'il se croit l'objet d'une caballe des politiques et d'un lobby juif français. 
http://tempsreel.nouvelobs.com/societe/20140103.OBS1315/au-spectacle-de-dieudonne-rires-non-stop-et-obsession-des-juifs.html

 

Le problème selon moi se trouve à plusieurs niveaux. Premièrement, est-il normal en France qu'on puisse rire d'un certain nombre de choses, d'un certain nombre de gens, mais qu'il soit interdit de critiquer un certain nombre d'autres sujets, comme les juifs, comme la politique d'Israël, comme les handicapés, comme les femmes ... et j'en passe certainement quelques autres sujets. Je pense ainsi que l'on a plus le droit de se moquer des noirs sans risquer une plainte d'une association anti-racisme (notamment de celle de Lozès). Pourtant je me rappelle de certaines blagues d'un ancien humoriste qui aimait bien prendre un supposé accent africain (Michel Leeb) et je ne suis pas sûr que ses blagues ne seraient pas aujourd'hui poursuivies pénalement.

 

Voilà ce qu'écrivait Rama Yade de Michel Leeb, dans un ouvrage intitulé 'Noirs de France' :

« En jouant avec l’inconscient collectif de son public, Michel Leeb, grimé en noir et les lèvres rougies, a construit toute sa carrière d’humoriste sur ces clichés, notamment le supposé accent africain présenté comme la manifestation d’un handicap intellectuel, sans que, pendant longtemps, personne ne s’en étonne. On entend quelquefois dire que ces sketches ne sont pas racistes et que, décidément, on ne peut plus rire de rien. Pour savoir si les sketches de Michel Leeb sont drôles ou racistes, il suffirait d’imaginer, un instant, que son public soit entièrement noir »

 

De qui en France peut-on se moquer sans danger aujourd'hui ? A part des blancs, et de certains régionalismes de blancs français (les auvergnats par exemple), je ne suis pas sûr qu'on puisse se moquer ouvertement d'autres types de couleur de peau. Les chinois et les niakwés ? Je ne pense pas non plus que cela soit sans danger pénal ? Les guignols de Canal Plus se permettent simplement de se moquer des militaires américains ressemblant à Stallone se moquant des Niakwés ... Il est extraordinaire que Brice Hortefeux ait dû mentir pour travestir une de ses sorties racistes sur les arabes pour prétexter qu'il parlait en fait des 'auvergnats' ... «Un seul cela suffit ...». Personne ne l'a attaqué pour s'être attribué cette attaque et personne n'y aurait pensé. «Un seul auvergnat cela suffit ...» n'aurait été considéré comme raciste par personne. Mais l'expression «un seul magrebhin cela suffit ...» serait raciste ?

 

Mais il y a pire que de se moquer des noirs ou des magrebhins ou des niakwés. C'est de se moquer des juifs. Les premières blagues vous exposent à être poursuivis au plan civil ou pénal par les associations communautaristes noires ou antiracistes, si vous êtes un humoriste blanc. Les blagues sur les juifs ou Israël vous exposent à condamner politiquement comme antisémite par les associations communautaristes juives ou antiracistes et d'être en poursuivi et condamné par le gouvernement et par le ministre de l'intérieur. Elles vous exposent à être victime d'un déchainement de violences et d'une condamnation morale. Vous n'êtes plus un homme, ni un humoriste : vous êtes devenus un antisémite !

 

Défendre Dieudonné, c'est simplement selon moi combattre l'idée que la liberté d'expression puisse être limitée, c'est défendre l'idée que la liberté d'expression est illimitée et constitutionnellement protégée, et qu'elle ne se limite pas aux seules moqueries contre les 'hommes blancs'. Que ce n'est pas une sorte d'auto-dérision pour hommes blancs ayant le sens de l'humour, ou une catharsis pour les autres peuples ou pour les femmes qui peuvent leur faire payer des siècles de domination sans que la justice française n'y ait rien à redire. N'oublions pas que le simple fait qu'une association anti-raciste ait pu se constituer partie civile dans une histoire de racisme anti-blanc avait fait polémique il y a quelques mois.

 

Un deuxième raison me poussant à défendre la liberté d'expression de Dieudonné concerne l'acharnement de Manuel Valls à son égard. Les ministres de l'intérieur ont régulièrement des marottes. Le gouvernement de Nicolas Sarkozy avait la marotte des organisations terroristes d'extrême-gauche et un petit groupuscule de militants (le groupe de Tarnac autour de Julien Coupat) en avait fait les frais. La ministre de l'intérieur de Nicolas Sarkozy de l'époque, Michèle Alliot-marie, avait pour objectif de s'attaquer aux groupes supposés terroristes d'extrême gauche et n'avait trouvé à s'attaquer qu'au groupe de Tarnac, supposé être le rédacteur d'un petit livret (libelle) intitulé 'l'insurrection qui vient'. J'avais condamné cette affaire comme je condamne aujourd'hui la marotte de l'antisémitisme de Manuel Valls. Comme le disait Julien Coupat à l'époque : «l'antiterrorisme est la forme moderne du procès en sorcellerie». Aujourd'hui, avec ce gouvernement socialiste, c'est plutôt l'antisémitisme qui est la forme moderne du procès en sorcellerie. Tout ceci est bassement politique et ne devrait pas occuper l'espace médiatique. Je crains que cela ne vise qu'à étouffer toute autre forme de débat sur l'impopularité de ce gouvernement socialiste et à cristalliser une opposition et une opinion publique sur des sujets moins dangereux pour un président de la république aux abois. Les chiens (en général) ont besoin d'un os à ronger ; c'est simplement tombé sur Dieudonné comme il y a quelques années c'était tombé sur Julien Coupat et son amie Yldune Levy.

 

Après cela, que dire d'autres. Il est évident qu'en défendant Dieudonné, je me suis attiré la haine de toute une partie influente de la blogosphère du Nouvel Obs autour d'Allegra et Mirage ... et d'Anna (mais est-elle encore là) et que je ne vais pas pouvoir y faire long feu. On peut parler du contenu des blagues de Dieudonné ou de ce geste condamné (la quenelle). Je n'en ai strictement aucune opinion. Mais un geste qui choque a forcément beaucoup d'attrait pour tous ceux qui veulent s'inscrire contre le système (les jeunes adolescents ou adulescents), ou qui apprécient simplement le personnage de Dieudonné, pour X raisons. Les réactions indignées provoquées par la quenelle d'Anelka, les appels au limogeage/expulsion de ce joueur m'amusent ainsi extraordinairement. La quenelle d'Anelka est ainsi simplement révélateur que toute critique à l'égard des juifs et du sionisme est ainsi impossible en Europe (du moins en France et en Angleterre) et cette impossibilité anti-démocratique devrait de fait imposer à tous ceux qui militent pour la démocratie de combattre cette histérie anti-antisémite.

 

Saucratès



08/01/2014
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