Critiques de notre temps

Critiques de notre temps

La montée des populismes

Réflexion une (mardi 11 septembre 2018)

Une montée inéluctable des populismes ?

 

Un article intéressant du Monde d'hier 10 septembre traitait de la montée d'un vote populiste, d'extrême droite, voire raciste, dans le plus parfait et le plus emblématique des États européens : la Suède. Comment ce modèle d'intégration, d'inclusion, de vivre ensemble, pouvait-il voir une telle montée des idéaux et d'un vote d'extrême-droite ?

https://www.lemonde.fr/idees/article/2018/09/10/la-suede-un-pays-europeen-comme-les-autres_5352960_3232.html

 

Mais peut-être que la réponse, la raison concernant la Suède est à chercher ailleurs. La Suède est un pays parfait où l'égalité entre les hommes et les femmes est érigée en paradigme, ou l'idée même de ségrégation et le racisme est niée. Mais comment peuvent faire ceux qui ne se retrouvent pas dans cette perfection, qui ne trouve pas normal qu'on nie les différences physiologiques entre les hommes et les femmes, ou que l'on place sur le même plan d'égalité toutes les religions, qu'elles soient autochtones comme le protestantisme ou le catholiscisme, ou importées récemment comme l'islam ? Ces hommes et ces femmes qui ne se retrouvent pas dans le discours de la perfection, des politiques parfaits proches de leurs administrés, ont simplement choisi cette possibilité du vote protestataire d'extrême droite. Et ce vote devrait prendre de plus en plus d'ampleur, comme dans les autres pays d'Europe, ou plutôt faudrait-il dire dans les autres pays occidentaux.

 

Un autre article encore plus intéressant à été publié dans le Monde Diplomatique de septembre 2018, en pages 22 et 23 : «Libéraux contre populistes, un clivage trompeur», de Serge Halimi et Pierre Rimbert. Les auteurs rappellent les nombreux renoncements et mensonges des dirigeants de droite ou de gauche de ces dernières décennies. Comme ils l'écrivent, «en gouvernant à rebours de leurs promesses, les dirigeants libéraux, de droite comme de gauche, ont conforté ce soupçon à l'issue de presque chaque élection.»

 

 - «Élu pour rompre avec les politiques conservatrices de ses prédécesseurs, M. Obama réduit les déficits publics, comprimé les dépenses sociales et, au lieu d'instaurer pour tous un systeme public de santé, impose aux américains l'achat d'une assurance médicale à un cartel privé.»

 

 - «En France, M. Nicolas Sarkozy retarde de deux ans l'âge de la retraite qu'il s'était formellement engagé à ne pas modifier ; avec la même désinvolture, M. François Hollande fait voter un pacte de stabilité européen qu'il avait promis de renégocier.»

 

 - «Au Royaume-Uni, le dirigeant libéral Nick Clegg s'allie, à la surprise générale, au Parti Conservateur, puis devenu vice-premier ministre, accepte de tripler les frais d'inscription universitaires qu'il avait juré de supprimer.»

 

 - «En 1992, rappelle le journaliste Jack Dion, les Danois ont voté contre le Traité de Maastricht : ils ont été obligés de retourner aux urnes» (et ils ont servi d'exemples au reste de l'Europe de ce qu'il ne fallait pas faire si on ne voulait pas etre exclu de l'Europe comme cela allait être le cas des pauvres Danois ... qui sont d'ailleurs toujours dans l'Europe ... normal, ils ont bien voté par la suite me direz-vous).

 

 - «En 2001, les Irlandais ont voté contre le Traité de Nice : ils ont été obligés de retourner aux urnes.»

 

 - «En 2005, les Francais et les Neerlandais ont voté contre le Traité constitutionnel europeen (TCE) : celui-ci leur a été imposé sous le nom de Traité de Lisbonne.»

 

 - «En 2008, les Irlandais ont voté contre le Traité de Lisbonne : ils ont été obligés de revoter.»

 

 - «En 2015, les Grecs ont voté à 61,3% contre le plan d'amaigrissement de Bruxelles - qui leur a été quand même infligé.»

 

Et on pourrait y rajouter l'exemple plus ancien de l'élection en 1995 de M. Jacques Chirac, élu sur la promesse de combattre la fracture sociale, et qui appliqua en 1995, puis en 2002, une politique au seul bénéfice des puissants et des riches, comme un bon homme politique de droite ...

 

De ces multiples exemples, il en ressort effectivement que les promesses des hommes politiques ne les ont jamais engagés une fois élus, et qu'ils ont effectivement tous appliqué, qu'ils soient de droite ou de gauche, la même politique libérale avec les mêmes programmes de réductions des dépenses sociales, de destruction des lois protectrices des salariés, pour toujours plus de libéralisme, de marchéisation de l'économie, au bénéfice des super-riches, des banques, des grandes entreprises et des grandes firmes !

 

Les auteurs de l'article du Monde Diplomatique soulignent également la proximité économico-idéologique entre les dirigeants libéraux et les dirigeants populistes qui sont élus pour les remplacer, comme Donald Trump aux Etats-Unis, Viktor Orbán en Hongrie, Jaroslaw Kaczyński en Pologne ou Matéo Salvini en Italie. Les uns et les autres sont simplement des défenseurs du capitalisme, du libéralisme, des grandes entreprises et des plus riches, même si les populistes défendent «un capitalisme véhiculé par une autre culture, illibérale nationale et autoritaire, exaltant le pays profond plutôt que les valeurs des grandes métropoles.» Ce que sous-entend aussi cet article, c'est que les populistes de gauche comme Bernie Sanders aux Etats-Unis, Jeremy Corbyn au Royaume-Uni ou les membres de Podemos ou de la France Insoumise, sont également des partisans de cette même démocratie illibérale, d'une démocratie expurgée des travers de la démocratie. 

 

Au-delà de ces deux articles, il en ressort un ensemble cohérent. Les mensonges et les politiques libérales menées par tous les hommes politiques de droite comme de gauche depuis des dizaines d'années ont creusé le sillon du populisme, que ce soit hier Orbán, Salvini ou Trump, ou demain Le Pen en France entre autres. Chaque nouvel essai de porter un autre homme politique au pouvoir, qu'il soit afro-américain aux États-Unis ou jeune et inconnu en France ou au Canada, conduit à la mise en place de la même politique néo-libérale. Qu'en sera-t-il demain ? Les électeurs continueront-ils à nouveau à se mobiliser pour empêcher une nouvelle fois l'élection possible d'un leader populiste, raciste, ou ouvertement xénophobe ? Ou bien une majorité de ces électeurs se diront-ils qu'après tout, cela ne devrait pas être très différent avec ce populiste qu'avec ces prédécesseurs ultra-libéraux ? Et je ne pourrais pas leur jeter la pierre. Pour la France, l'exemple de l'élection de Macron et la politique qu'il mène en est un parfait exemple. La majeure partie de son électorat doit se sentir particulièrement floué par sa politique depuis un an, hormis les électeurs de droite qui avaient compris que le candidat ni de droite ni de gauche était simplement un pur néo-libéral de droite ! Dans quatre ans, un échec éventuel de Macron offrira un boulevard à l'extrême droite francaise, à moins d'une apparition et de la victoire d'un islam politique comme l'a décrit Michel Houellebecq dans son livre «Soumission» (victoire du candidat islamique soutenu par l'ensemble des vieilles formations qui se croient démocratiques et bien-pensantes).

 

Mais la morale de cette histoire est à chercher ailleurs selon moi. La victoire des leaders populistes et leur extension dans tout l'espace occidental me rappelle fortement l'essor des fascismes dans les années 1930-1940. Leur cortège de discours politistes, les tentatives de guerres commerciales que certains d'entre eux développent à outrance, tout ceci rappelle les grandes heures de l'Entre-Deux-Guerres et de la Grande Dépression. Stopper cette machinerie me semble être devenu presque impossible, parce que ce qui est en cause, comme l'indique cet article du Monde Diplomatique, c'est le raz-le-bol des électeurs qui voient non seulement des hommes politiques élus violer leurs engagements de campagne, mais surtout que les politiques économiques et étatiques mises en place sont toujours uniquement favorables aux plus riches, aux plus puissants, aux dirigeants eux-mêmes et à leurs proches ou à leurs amis ! Face à ceci, il n'y a pas d'espoir. 

 

En 1945, les États européens survivants, libérés, ont mis en place un nouveau contrat social articulé autour du partage d'idéaux communs : nationalisations, protection sociale collective, lois protectrices. Plus de soixante dix années après, tout ceci a été remis en cause et les derniers vestiges sont en voie d'être jetés aux orties, pour prétendre d'être plus efficace, plus efficient !

 

C'est l'élan de 1945 qu'il faut retrouver. Etre capable de mettre en œuvre des politiques qui ne soient plus favorables aux seuls grands propriétaires et aux seuls maîtres du capitalisme, mais au contraire qui soient pensées pour l'intérêt du plus grand nombre. Alors seulement, les jours des populismes seront comptés. Comme en leur temps les jours des fascismes furent comptés !

 

 

Saucratès


11/09/2018
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Billet d'humeur sur le prélèvement à la source

Réflexion une (mardi 4 septembre 2018)

Le prélèvement à la source

 

Voilà l’arlésienne de la réforme de l’impôt sur le revenu qui revient à la Une de l’actualité. Cette réforme se fera-t-elle ou ne se fera-t-elle pas ? Et pour quelle raison l’Etat et le gouvernement veulent-ils faire une telle réforme de cet impôt ?

 

L’Etat a lancé dans les entreprises une grande campagne d’explication de cette réforme, à travers les agents des impôts, et le ministère du budget a lancé au courant de l’été une grande campagne de publicité médiatique pour promouvoir cette réforme. Campagne médiatique complètement faussée évidemment, comme de nombreuses autres campagnes médiatiques gouvernementales. Je pense notamment aux publicités sur les onze (ou treize) mètres gagnés grâce à la réduction de la vitesse sur les routes départementales (onze ou treize mètres qui lui ont sauvé la vie !). Imaginons la même publicité expliquant les 10 centimètres qui ont sauvé la vie à un conducteur grâce à la réduction de la vitesse de 10 à 9 kilomètres-heures. De cette manière, on peut ramener la vitesse à 70, puis à 60, puis à 50 et jusqu’à 0 kilomètres heure sur les routes nationales ou départementales, avec toujours les mêmes arguments.

 

Revenons donc à la réforme de l’impôt sur les revenus. Quelques articles retracent les principales interrogations des pouvoirs publics sur cette réforme. Notamment un article des décodeurs du Monde.

https://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2018/08/31/prelevement-a-la-source-les-quatre-risques-qui-font-hesiter-le-gouvernement_5348666_4355770.html

 

 - Doutes sur sa compatibilité avec le système fiscal français

 - Peur d’une incompréhension des contribuables

 - Risque d’un effet négatif pour la croissance

 - Crainte des bugs pour les contribuables et les entreprises

 

Si l’on en croit le ministre du budget, il n’y aurait plus aucun bug dans le système. Pourtant, hier, un article du même journal Le Monde faisait état que chaque mois, plusieurs centaines de milliers de nouveaux bugs apparaissaient à chaque mise à jour, pour des problèmes d’homonymie notamment, et que ces bugs continueront d’apparaître.

https://www.lemonde.fr/economie/article/2018/09/02/prelevement-a-la-source-de-nombreuses-erreurs-lors-de-la-phase-d-essai_5349086_3234.html

https://www.lemonde.fr/politique/article/2018/09/03/le-prelevement-a-la-source-une-mesure-toujours-en-sursis_5349459_823448.html

 

Pour ma part, je suis aussi opposé à cette réforme et mes arguments diffèrent des raisons, des risques évoqués par Le Monde. Et je m’étonne que ces risques ne soient absolument pas évoqués par les journalistes, ce qui conforte mon interprétation que les médias ne sont présents que pour distiller les opinions du gouvernement, et en aucun cas pour servir de contre-pouvoir à ce gouvernement, surtout sous l’ère macroniste.

 

1)     La réduction des revenus retenus par les banques sur la capacité d’emprunt des ménages imposables

 

L’instauration du prélèvement à la source va mécaniquement faire baisser les salaires virés par les employeurs. Bien évidemment ! Les salariés vont se voir retenir leurs impôts par leurs employeurs, à charge à celui-ci de les reverser à l’Etat, comme ceux-ci reversent déjà les cotisations sociales et les cotisations de retraite aux organismes sociaux. Néanmoins, bien évidemment, les salaires que les banques vont voir être versés sur les comptes de leur clientèle salariée vont être minorés, d’un pourcentage compris en 5% à 20% vraisemblablement. Evidemment, ces mêmes clients n’auront plus à payer leurs impôts par prélèvements mensuels ou par tiers provisionnels, ce qui devrait être plus ou moins neutre pour leur trésorerie. Néanmoins, comment vont réagir les banques pour le calcul de la capacité d’endettement de ces ménages (ou plutôt de la totalité des ménages) ? Je pense notamment au calcul de la capacité maximum d’un ménage égale à 33% de ces revenus. Les banques vont-elles continuer à se baser sur un salaire net théorique qu’elles ne verront jamais pour lui appliquer le taux de 33%, ou bien se baseront-elles sur le salaire réellement versé, qui sera ainsi minoré de 5% à 20% selon la situation fiscale des salariés ? Evidemment que très vite, les banques utiliseront ce revenu sans tenir compte du prélèvement à la source. Les magazines qui se font fort de déterminer la surface habitable maximale moyenne qu’un salarié peut acheter dans l’immobilier (en fonction du prix moyen observé) devrait s’intéresser à ce sujet. De -5% à -20% de surface habitable, ce n’est pas rien alors que l’on s’amuse à calculer l’impact de la moindre infime variation de taux.

 

2)     La remise en cause du système fiscal français global

 

Comme l’article des décodeurs du Monde le signale, le prélèvement à la source n’est pas parfaitement compatible avec notre système de calcul de l’impôt sur le revenu basé sur les revenus du ménage dans son ensemble et de sa composition familiale. Le risque de cette réforme de la collecte de l’impôt, c’est bien que le gouvernement modifie ensuite par la suite la méthode de calcul elle-même de l’impôt sur le revenu, pour qu’il s’applique directement sur le salaire de chaque contribuable, sans référence au ménage, à la composition familiale ou aux diverses réductions ou déductions fiscales. Il y aura forcément des gagnants et des perdants dans une telle réforme fiscale qui ne dit pas son nom.

 

On peut donc contester et craindre une telle modification de la fiscalité, surtout puisqu’à nouveau, elle ne concernera principalement que les seuls salariés. Dans certains départements comme en outre-mer, ou dans les cités de la région Ile de France, il n’y a qu’une infime minorité des contribuables qui sont imposables, notamment en raison de l’existence d’une économie informelle institutionnalisée. Ce ne seront encore qu’une infime minorité des contribuables qui seront à nouveau ponctionnés, tandis qu’ils pourront se voir retirer toute aide de la collectivité dans le cadre de la réforme probable des déductions d’impôts pour déduction familiale (quotient familial, etc ...).

 

3)     La différence de traitement entre les très nombreux non imposables non salariés de l’économie informelle ou des bénéficiaires des aides sociales et les beaucoup moins nombreux salariés ou fonctionnaires corvéables et tondables à satiété

 

Quelle est la proportion de contribuables non imposables en France ? On en arrive à la proportion tout bonnement incroyable de 57% de contribuables non imposables pour la France entière. Seuls 43% des ménages français payent l’impôt sur les revenus ! Les autres en sont exemptés. En outre-mer, et notamment à la Réunion, c’est 80% des foyers fiscaux qui sont non imposables. Inversement, cela signifie donc que la charge de l’impôt se trouve concentrée sur seulement 20% des foyers fiscaux réunionnais ! Je trouve ces ratios invraisemblables. Ces ratios s’expliquent non pas par une misère générale des ménages français, mais pour une grande part, par une inimposabilité organisée par de nombreux contribuables potentiels, soit pour bénéficier des aides sociales et des aides publiques, ou pour profiter des divers biais de notre système fiscal, qui permet aux très riches contribuables, aux entrepreneurs individuels, aux patrons d’entreprise d’échapper à l’impôt en toute légalité.

 

En toute fin de chose, la machinerie fiscale se trouve concentrer sur les seules épaules des salariés et des fonctionnaires, qui se voient seuls imposer de financer l’Etat et le gouvernement, et la machinerie administrative et policière qui n’est chargée que de leur tomber dessus, de les contrôler, de les surveiller, de leur imposer limitations, amendes et taxes.

 

4)     Quid de la perception des impôts reposant sur les entreprises, sachant que de nombreuses entreprises ne sont déjà pas capables de reverser convenablement les cotisations sociales qu’elles prélèvent déjà sur leurs salariés

 

La question du prélèvement des cotisations sociales salariales et employeurs et leurs paiements réels aux organismes de sécurité sociale ou de retraite complémentaire est pourtant déjà un enjeu monstrueux. De très nombreuses entreprises ne règlent comme elles le devraient la TVA perçues, les cotisations salariales prélevées sur leurs employés, les éventuelles cotisations au profit de caisse de congés payés (dans le bâtiment), ou dans les organismes de retraite complémentaire, et le gouvernement veut leur transmettre le paiement de l’impôt sur le revenu, sachant que ce sera donc de nouvelles sommes que des employeurs peut scrupuleux pourront faire disparaître ou simplement ne pas payer, avec tous les risques et tous les ennuis qui s’abattront ensuite sur leurs salariés qui risqueront de se voir prélever deux fois ces sommes ? Les patrons peu scrupuleux sont-ils si rares, sachant que le gouvernement envisage une amélioration du taux de recouvrement de l’impôt sur le revenu, qui selon lui, devrait passer de 98% de taux de recouvrement à 99% de taux de recouvrement ? Quel est le taux de recouvrement de la TVA ? Des cotisations sociales dues à la Sécurité Sociale ? Des cotisations sociales dues aux organismes de retraite complémentaires ? Pour ces raisons, un taux de recouvrement de 99% me paraît immensément exagéré ! 

 

Et au final, les salariés feront-ils les frais de défaut de remboursement de leurs impôts par leurs employeurs ? Les employés du Fisc qui font la promotion de cette réforme de la collecte de l'impôt certifient que ce ne sera pas le cas. Mais qu'en sera-t-il réellement lorsque des patrons s'envoleront réellement avec les salaires, les cotisations, les taxes et les impôts de leurs salariés, ou quand ils ne remettront pas de fiches de paye à leurs salariés ? 

 

La logique et la sécurité voudraient que les salariés soient opposés à cette réforme, comme à tout projet de ce gouvernement ni de droite ni de gauche et sûrement pas du centre.

 

 

Saucratès


04/09/2018
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L'origine de l'Etat

1) Introduction

 

L'origine de l'Etat - L'Etat peut sembler une réalité inébranlable/indépassable/ininterrogeable à des occidentaux comme nous, une réalité qu'il n'est pas concevable de vouloir remettre en cause ou de simplement interroger. Comment pourrait-on imaginer se passer de l'Etat, vivre sans un État au dessus de nos têtes, au dessus de nos existences ? Comment pourrait-on croire que l'Etat n'est pas indispensable, imaginer nos vies et nos existences sans la protection d´un État ?

 

Peut-on vivre sans État ou bien a-t-on autrefois pu vivre sans État ? A-t-il existé des sociétés humaines sans État ? Voilà une série de questions qui me paraissent particulièrement pertinentes et intéressantes. Il existe une réponse  cette question. On sait que l'Etat n'a pas dû toujours exister, à un moment au moins de l'histoire de l'humanité. On le sait parce que les anthropologues ont découvert par le passé certaines sociétés humaines fonctionnant plus ou moins sans État, des sociétés pratiquement égalitaires. Ces sociétés existaient et pour certaines existent encore plus ou moins bien conservées, protégées de l'influence occidentale, dans les endroits les plus isolés et les moins favorables de la planète, dans les déserts sud-africains (les Bushmen dans le Kalahari), dans la forêt vierge ameridienne (les Guayakis d'Amazonie), africaine (les Pygmées) ou indonésienne ou encore en Australie (les Aborigènes australiens).

 

De nombreux livres d'anthropologie ont décrit ces peuples, certains de leurs usages et leur croyance. Pierre Clastres disait que ces sociétés, que l'on peut décrire comme primitives, n'étaient pas des sociétés sans État, mais plutôt des sociétés contre l'Etat. Selon lui, et je partage son analyse, d'après ses écrits datant des années 1970, ces sociétés disposent de règles de fonctionnement visant à empêcher l'émergence du pouvoir d'un État au bénéfice de certaines personnes du groupe. Les institutions de ces sociétés fonctionnent pour empêcher que quelqu'un ou un groupe s'imaginent pouvoir être au-dessus des autres. Ces institutions permettent à l'ensemble du groupe de leur dire : «tu es comme nous, tu as souffert comme nous dans ta chair lors de l'initiation, tu n'es pas plus que nous !».

 

Au delà de ce qu'a pu écrire Pierre Clastres, il me paraît évident que dans un passé très ancien, remontant vraisemblablement entre -100.000 et -10.000 ans, toutes les sociétés humaines fonctionnaient plus ou moins de cette manière, de manière pseudo-égalitaire, sans État à proprement parler. Ce n'est que plus récemment que des États ont pu apparaître, de plus en plus structurés, de plus en plus inégalitaires ! Sans cela, je n'imagine pas comment ces peuples primitifs auraient pu inventer leurs institutions si celles-ci ne relevaient pas de leurs traditions. 

 

Il n'y a rien de jugeant, de clivant ou d'offensant dans cette idée. Non pas qu'un peuple primitif ne puisse inventer une forme de société particulière. Mais je me pose la même question pour la cité démocratique grecque ; a-t-elle pu apparaître ex-nihilo, être inventé à un moment donné par les athéniens à partir de rien, sans que cette démocratie ne soit inscrit dans leur culture et dans leur histoire ? Il ne faut pas non plus oublier que les tribus germaines et franques fonctionnaient également de manière égalitaires, beaucoup plus tardivement, lorsqu'ils rencontrèrent  l'empire romain. Etienne de La Boetie écrivait d'ailleurs que lorsque l'Etat et le pouvoir de l'un sur la multitude est inventé, il n'y a pas de retour en arrière possible.

 

Des institutions contre l'Etat ne peuvent avoir été inventées en remplacement de l'Etat. Elles sont forcément primordiales, et elles sont suffisamment largement répandues dans les dernières zones inaccessibles de la planète, et si extrêmement éloignées les unes des autres, qu'elles constituent forcément les restes des institutions primordiales de l'humanité. Il est même presque miraculeux que l'on ait pu trouver à notre époque  des restes de sociétés humaines ayant sauvegardé/conservé cette forme primordiale d'institutions.

 

Evidemment, rien ne nous permet d'indiquer que ces formes d'institutions sociales et humaines sont celles des premières sociétés humaines. Les sociétés primitives que les anthropologues ont rencontrées et décrites, ont évidemment pu évoluer et muter par rapport à la forme des premières sociétés humaines primordiales ! Il n'existe probablement pas de formes sociales primordiales pures, de même qu'il n'existe pas une langue primordiales pure. Toutes ont forcément évolué et muté au fil des siècles, des millénaires et des dizaines de millénaires. 

 

Quelle origine commune peuvent avoir ces différentes civilisations/sociétés humaines ? Les aborigènes australiens ont vécu isolés du reste du monde pendant 40.000 ans si mes souvenirs sont exacts. De la même manière, de combien de dizaines de millénaires peuvent être séparés les tribus primitives amérindiennes des tribus primitives des jungles de Malaisie ou d'Afrique noire ? Sachant que les Amériques ont été occupées par des tribus passées par le détroit de Béring il y a au moins 20.000 ans ... Tout ceci fait remonter à il y a bien longtemps l'existence d'un peuple primordial commun disposant de ces institutions organisées contre l'apparition de l'Etat. Et laisse imaginer la date minimale où les premiers prémices de l'Etat ont pu apparaître au sein d'une société humaine ... pour donner naissance, quelques milliers ou dizaines de milliers d'années plus tard, au Monde tel que nous le connaissons !

 

2) Parle-t-on de l'apparition de l'État, des inégalités ou du pouvoir de coercition ?

 

Quel est le mécanisme, la survenue que nous recherchons ? Est-ce que nous souhaitons retracer l'apparition de l'Etat, l'apparition des inégalités ou bien l'apparition du pouvoir de coercition et de la violence étatique ? Ou bien recherchons-nous quelque chose d'encore différent ?

 

L'existence même de l'Etat est une construction forcément tardive, dès lors que l'on pense à l'institution telle que nous la connaissons, telle que nous l'imaginons aujourd´hui. Mais même si on prend une acceptation très large d'un État, forcément, on recherche l'émergence tardive d'une organisation politique bien postérieure aux autres formes d'organimation des sociétés humaines. L'apparition de l'Etat est forcément très tardive, postérieure à l'apparition des premières inégalités et premieres formes de pouvoir coercitif. Sinon, il faudrait imaginer l'existence d'un État égalitaire loin dans le passé, une sorte de cité parfaite, ce qui n'est pas impossible mais qui ne semble guère probable. 

 

L'apparition des premières formes d'inégalités sera par contre plus ancienne, et je m'appuierais pour cela sur la lecture de Brian Hayden et notamment son livre intitulé «L'homme et l'inégalité» et sous-titré «L'invention de la hiérarchie durant la Préhistoire». Enfin, la recherche des premières formes d'apparition du pouvoir de coercition pourrait offrir un découpage temporel encore different, la violence coercitive du groupe étant selon moi inhérente à toutes les formes d'organisations sociales, même les plus égalitaristes.

 

Je commencerais donc par m'intéresser à l'apparition des premières formes d'inégalités à travers le livre de Brian Hayden qui permet de poser un certain nombre de bases à cette analyse. Brian Hayden est un archéologue canadien, professeur à l'université Simon Fraser, en Colombie Britannique (Canada). Pour Hayden, l'apparition des inégalités pouvait être déduite de la présence de biens de prestige dans les tombes préhistoriques découvertes par les archéologues, et que l'on en observait de plus en plus au Néolithique, notamment des perles, sur des bracelets, sur des tuniques trouvés dans des tombes, forcément de personnages importants. C'est une partie des thèses décrites par Hayden. 

https://www.scienceshumaines.com/la-revolution-neolithique_fr_27231.html

 

Mais Hayden décrivait aussi les différents modèles explicatifs d'apparition des inégalités sociales, selon un certain nombre d'auteurs, d'archéologues ou d´anthropologues. 1) Il décrit ainsi les modèles cognitifs, sociaux, culturels et relativistes. Ces modèles s'opposent aux théories qui privilégient les facteurs matériels ou écologiques. Ce serait les valeurs culturelles ou personnelles qui mèneraient aux inégalités (Chauvin, Harrison, Isabelle, Cook, Legros).

 

2) Il décrit ensuite les modèles dits «fonctionnalistes». Les fonctionnalistes défendraient l'idée que l'apparition de la fonction des élites apporte quelque chose de positif aux sociétés humaines. On y trouve des modèles mettant en avant l'efficacité dans le traitement de l'information par les élites, d'autres qu'elles permettent une meilleure adaptation à la pénurie et aux fluctuations de nourriture ... 

 

3) Selon Hayden, on trouve ensuite des modèles démographiques, dans lesquels c'est la pression démographique, la concentration, la sédentarisation et la territorialité qui expliqueraient la survenue des inégalités sociales (Rosenberg, Carneiro). Hayden a néanmoins éliminé très vite les modèles reposant sur la pression démographique, au contraire de Pierre Clastres qui en faisait un critère probable d'organisation sociale étatique. 

 

4) Quatrième type de modèles, les modèles reposant sur le contrôle des échanges ou des ressources : contrôle du produit stocké, des biens ou des réseaux d'échange, des terres fertiles ou sur d'autres moyens de production (Testart, Bishop, Wason).

 

5) Dernier type de modèles, les modèles politiques qui reposent sur le contrôle du travail par des individus qui recherchent leur propre interet dans des contextes particuliers, en utilisant une grande diversité de stratégies, comme le prix de la mariée, l'échange, l'extorsion, la guerre, les rituels, les fêtes. C'est évidemment notamment Hayden qui utilise ce genre de modèle explicatif pour l'apparition des inégalités. 

 

Selon Hayden, des individus avec des personnalités triple A seraient à l'origine de ces apparitions des inégalités. Des individus capables d'utiliser toutes sortes de stratégies pour faire accepter par leurs concitoyens des inégalités sociales grandissantes. Et selon lui, l'apparition d'objets de prestige, c'est-à-dire des objets difficiles à fabriquer, rares, demandant un temps de travail très important pour les créer, et sans aucune utilité réelle, serait un signe d'apparition de telles inégalités. 

 

Je suis particulierement sceptique à l'égard des théories de Hayden, que ce soit les personnalités triple A, ou les biens de prestige. Les anthropologues qui ont étudié les biens de type Kula ne seraient certainement pas non plus très satisfaits de son analyse sur les biens de prestige.

 

3) Une théorie de l'origine des inégalités et de l'Etat - la société contre l'Etat

 

Puisque les analyses de Hayden ne me convainquent pas totalement, je vais donc devoir expliquer d'une autre manière l'apparition des inégalités et de l'Etat. Pour rester sur les traces de Clastres, je dirais qu'à la plus extrême limite, on trouve des sociétés de chasseurs cueilleurs vivant dans les forêts vierges les plus inaccessibles, les plus inexpugnables. Ces sociétés constituent le point 0 des sociétés étatiques humaines. Clastres avait décrit la société des Guayakis, qui au sein de la forêt amazonienne, avaient toujours vécu à l'écart du reste de l'humanité, jusqu'à croire qu'ils étaient les seuls et uniques représentants des êtres humains, des hommes. Ceux des autres tribus qu'ils avaient parfois pu croiser n'étaient pas des hommes, pas des Guayakis. Rares sont les sociétés humaines ayant vécu autant à l'écart du reste du monde, jusqu'à n'avoir jamais rencontré d'autres humains au delà de leur petit groupe.

 

Les Guayakis décrits par Clastres n'étaient pas très nombreux, quelques dizaines environ. Ils constituaient une société plus ou moins égalitaire, même si ces sociétés amérindiennes étudiées par Clastres avait un chef, et parfois un chef de guerre choisi parmi les guerriers. Ces sociétés n'étaient pas sans hiérarchie. Elles étaient simplement organisées pour empêcher que l'un d'entre ses membres en devienne le roi, pour empêcher la survenance de l'Etat, du pouvoir d'un sur les autres. Ainsi le chef avait seul le droit de parler au reste du groupe, mais aussi l'obligation. Il devait parler en certaines occasions ! Quant au chef de guerre, malheur à lui si le reste du groupe ne voulait plus faire la guerre ; le guerrier chef de guerre risquait alors d'être rejeté hors du groupe, hors du Monde, et ses chances de survie seul dans la forêt vierge étaient alors proches de zéro. Autre institution décrite par Clastres et permettant d'empêcher la survenance des inégalités, du pouvoir de l'un sur les autres, ce sont les rites d'initiation. Marquer les corps au fer rouge pour que jamais les membres du groupe n'oublient qu'ils sont tous égaux, qu'ils ont tous souffert de la même manière, et qu'ils sont tous marqués de la même façon. La violence des rites d'initiation est indispensable pour que tous les hommes se sachent égaux. Voilà ce que Clastres avait étudié en Amérique du Sud et qu'il avait dénommé des« sociétés contre l'Etat».

 

Evidemment, on ne peut trouver de telles sociétés humaines que dans des milieux extrêmement hostiles/difficiles, comme la forêt amazonienne, les forêts vierges africaines ou indonésiennes, et peut être dans certains déserts comme le Kalahari. En Amérique du Sud, Clastres avait noté que des tribus beaucoup plus nombreuses risquaient de basculer dans le pouvoir de l'un sur les autres, sur des premières formes d'Etat. Il semblait ainsi défendre une sorte de modèle démographique où c'est le nombre de membres d'une société qui expliciterait la survenue des premières formes d'Etat.

 

De façon assez clair, c'est l'impossibilité de survivre hors du groupe, à l'abri du groupe, grâce aux dangers de la forêt vierge, qui permet au groupe de se protéger des éventuels penchants dictatoriaux de certains de leurs membres. Si à l'extérieur du groupe, ce membre ne court aucun danger et peut survivre seul très facilement, il est alors beaucoup moins marquant, utile et dangereux d'exclure un de ses membres intéressés par la recherche du pouvoir.

 

On en revient aux analyses de Hayden sur les liens entre croissance démographique et montée des inégalités, ou plutôt à l'absence de liens. Selon lui, si la croissance démographique expliquait l'apparition des inégalités et de l'Etat, les peuples africains auraient développé des inégalités sociales et des États des centaines de milliers d'années avant les peuples européens, asiatiques ou américains. Puisque ce n'est pas le cas, c'est donc selon Hayden qu'il n'y a aucun lien entre croissance démographique et l'apparition des inégalités sociales. «Maintenir que la croissance démographique est un facteur constant auquel les sociétés sont inexorablement confrontées et qu'elle entraîne la domestication et l'inégalité n'est tout simplement pas tenable étant donné les données empiriques de la préhistoire». Hayden estime que «l'origine de l'accélération exponentielle du développement au cours des trente derniers millénaires fut la capacité de produire, stocker et transformer des surplus de nourriture et l'introduction concomitante d'une compétition basée sur l'économie» ainsi que l'apparition «d'aptitude de certains individus à exercer sur les autres membres de leur communauté un pouvoir politique et économique». Mais rien n'explique que cela se produise justement pendant ces trente mille dernières années et pas au cours des millions d'années précédentes, comme Hayden le juge pour la croissance démographique.

 

Expliciter cette apparition des inégalités sociales, trouver les mécanismes qui ont conduit, qui expliquent cette évolution est ainsi extrêmement complexes. «Comment de simples chasseurs-cueilleurs, démunis de tout surplus, se sont-ils transformés en chasseurs-cueilleurs complexes, disposant de surplus abondants» ?

 

Le stade des sociétés de chasseurs-cueilleurs stockeurs, pouvant pratiquement devenir sédentaires en consommant des ressources importantes, sont en effet l'un des derniers stades des sociétés pré-étatiques fortement inégalitaires selon Hayden. Parmi ces sociétés, on trouve notamment les communautés de la côte nord-américaine, basées sur le stockage des glands de chêne, ressource abondante et que l'on peut facilement stocker et consommer ultérieurement.

 

Mais avant ce stade ultime, on trouve d´autres formes de sociétés humaines. 

 

4) L'institution du service de la fiancée

 

Parmi les autres formes de sociétés humaines dans l'échelle des inégalités et du pouvoir, on trouve en effet les aborigènes australiens, les Bushmens aussi appelés peuple San, mais aussi les inuits. Ce n'est pas tant que ces sociétés aborigène, san ou inuit seraient une sorte de point 1, post 0, dans l'échelle des organisations des sociétés humaines, mais plutôt parce qu'il s'agit plus ou moins aussi de sociétés pseudo égalitaires, mais également parce qu'elle contient une institution remarquable plus ou moins tombé en désuétude : le service de la fiancée (ou service de la belle-mère dans le cas des aborigènes australiens) en lieu et place du prix de la fiancée ou de la dot de la fiancée. Le service de la fiancée est-elle une forme plus ancienne du prix de la fiancée, et la dote de la fiancée la version la plus développée ? Les aborigènes sont donc rester isolés du reste du monde pendant environ 40.000 ou 50.000 ans. Sachant que les tribus amérindiennes sont passées par le détroit de Béring pour occuper l'Amérique du Sud, ce qui représente des millénaires de déplacement pour traverser l'Asie puis les deux Amériques, les plus anciens ancêtres communs à ces peuples doivent remonter à des dizaines ou des centaines de millénaires. L'Afrique possède également parfois cette institution du service de la fiancée en lieu et place du prix de la fiancée, ce qui repousse également à une époque très reculée l'invention de cette institution, si l'on suppose qu'elle est unique et qu'elle provient d'un legs primordial. 

 

Quelle est la la différence entre le prix de la fiancée et le service de la fiancée ? Pour le prix de la fiancée, l'homme doit régler le prix convenu pour pouvoir épouser une fille ou une femme. Il s'agit d'un prix coutumier, en nourriture, en animaux domestiques ou en métaux précieux. Quant au service de la fiancée, le mari n'apporte pas des biens pour obtenir une femme, mais s'engage à servir le père ou la mère de sa femme, pendant des mois ou des années, pour pouvoir l'épouser. De quelle manière le futur mari a-t-il pu faire évoluer cette histoire de services en un paiement en une fois de sa femme, et comment ce paiement dû par le mari a-t-il pu évoluer en Occident en un paiement du père vers son gendre pour doter sa fille, au lieu de se faire acheter sa fille ?

 

Signe de son ancienneté, on trouve mention du service de la fiancée dans l'Ancien Testament ! Signe qu'il était le mode normal de prestations matrimoniales dans les temps anciens dans les tribus juives et arabes d'Arabie et de Judée, selon où on situe le lieu d'élaboration de la Bible et de l'Ancien Testament. 

 

A noter néanmoins que les prestations matrimoniales en Australie sont particulièrement compliquées et diffèrent des autres formes du service de la fiancée, tel qu'on l'observe en Afrique. Il s'agit plutôt d'un service de la belle-mère, et qu'à la différence du service de la fiancée, il n'est pas limité dans le temps. 

 

C'est l'anthropologue Alain Testart qui a longuement étudié ces mécanismes institutionnels et qui estime que ce sont ceux-ci qui expliquent l'absence de développement ou de dénaturation de la société aborigène vers une société étatique et fortement inégalitaire, comme les autres communautés humaines, au premier rang desquelles la société occidentale. C'est le maintien du service de la fiancée (ou une forme approchant ou ressemblant), chez les chasseurs-cueilleurs aborigènes comme chez les chasseurs-cueilleurs du désert du Kalahari, qui explique que ces sociétés ne se soient pas transformées en sociétés hiérarchisées à outrance, fortement inégalitaires avec l'apparition de chefs, de notables et de rois.

 

Selon Alain Testart également, l'institution du prix de la fiancée contient également en germe l'institution de l'esclavage. Parce que le prix de la fiancée peut introduire l'endettement puis l'insolvabilité de la famille du marié si celui-ci est incapable d'honorer le paiement ou le remboursement du prix de la fiancée dû à la famille de la fiancée, ou à la famille qui leur a prêté les biens demandés. Et parce que l'esclavage de la famille du marié insolvable n'est possible que parce que les familles acceptent de vendre leurs filles contre un paiement.

 

 

Saucratès


28/08/2018
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Sur le Brexit

Réflexion une (dimanche 22 juillet 2018)

Du Brexit. Ou pourquoi le Royaume-Uni ne peut pas sortir de l'Union Européenne

 

Bizarrement, je n'ai encore jamais parlé du Brexit sur ce blog (https://saucrates.blog4ever.com/), comme si ce sujet n'était pas fondamentalement important. Que penserions-nous d'un européen des années 1940 qui ne parlerait pas d'un événement aussi important que la seconde guerre mondiale ? Je vais donc enfin parler du Brexit, parce qu'aujourd'hui enfin, je crois pouvoir parler du Brexit en n'écrivant pas que des choses insignifiantes, que des choses sans aucun intérêt, que des succédanés d'informations et d'opinions relayées par les journaux et les informations télévisuelles. 

 

Le Royaume Uni (ou quelque soit le nom par lequel on appelle ... Angleterre ou Grande Bretagne) ne doit pas quitter l'Union Européenne (ou quelque soit le nom qu'on lui donne ... Europe ou Communauté Européenne) parce que l'Europe a autant besoin de la Grande Bretagne que la Grande Bretagne a besoin de l'Europe ! Au-delà d'une pétition de principes, c'est un fait ! Le Brexit a autant de sens que si l'Angleterre ou la Grande Bretagne décidait de quitter l'Europe géographique, si elle décidait qu'elle appartenait aux Amériques, à l'océanie, à l'Afrique ou à l'Asie ! La Grande Bretagne a toujours été européenne et elle le restera toujours. L'Union Européenne n'est rien d'autre qu'une construction politique et économique de l'Europe, et la Grande Bretagne doit en faire partie !

 

L'Europe a besoin de la Grande Bretagne parce que l´Europe doit se construire sur un équilibre entre intégrationnisme et spécificités et que les anglais étaient les plus grandes défenseurs des spécificités dans les domaines sociaux mais aussi dans les domaines juridiques. L'histoire de l'Europe est inséparable de l'histoire de la Grande Bretagne, et cette dernière a inventé les principes de démocratie, de parlementarisme et de chartes de droits. De la même manière que l'Europe tout comme la Grande Bretagne ne peut renier l'histoire qui les lie à la Grèce Antique et a la Rome Antique, dont ils ont aussi hérité et réinventé la démocratie et le parlementarisme. Les racines anglaises de l'Union Européenne ne peuvent pas être oubliées ou niées, meme du temps de la Communauté initiale, même bien avant que la Grande Bretagne la rejoigne. 

 

Evidemment, le reste de l'Union Europeenne (et moi-même) a souvent trouvé insupportable certaines des positions anglaises, notamment en matiere de protection sociale. Comment peut-on refuser une harmonisation européenne des droits sociaux minimums ? Les autocrates qui détiennent le pouvoir au sein de la fonction publique de la communauté Européenne, de meme que les opinions publiques socio-democrates de nombres de pays européens ne peuvent pas vraiment le comprendre. Aucun d'eux ne peuvent comprendre que chacun des pays qui composent l'Europe se sont construits sur des équilibres économiques, sociaux et politiques différents, et qui, en tant que tels, ne permettent pas d'imposer des règles venus d'ailleurs, qui n'auraient aucun sens s'ils étaient imposés tels quels dans un autre pays, et notamment dans un pays comme la Grande Bretagne. Les dirigeants de nombre de pays, et notamment tous ceux qui se disent libéraux (partisans de l'absence de toute règles), pour lesquels l'Angleterre est une sorte d'Eldorado, de modèle du libéralisme debridé, l'oublient également de la même manière. Chacun des systèmes politique, économique et social de nos grands pays européens est un équilibre différent, construit sur une histoire differente, sur des pratiques économiques, sociales et syndicales différentes, et sur des équilibres de prix et d'usages différents. Nos dirigeants libéraux de toutes obédiences, de toutes nationalités voudraient importer les pratiques qu'ils croient les plus intéressantes de chacun des pays dont ils se servent pour modèle, qu'ils voient comme le modèle qui leur offrira le plus de bénéfices. Mais ils se trompent.

 

L'Europe telle que nous la connaissons aujourd'hui est donc une aberration, une forme de cancer bureaucratique qui a envahi, qui s'est imposé à l'ensemble de nos démocraties, une sorte de mal insidieux, mais qui croit certainement agir pour le bien collectif, et qui agit peut-être en croyant bien faire. Il y a des francais parmi ces gens là, et sûrement des anglais ou des allemands. Comme des italiens, des espagnols ou des polonais. Entre autres. C'est cette Europe qui a légiféré sur la teneur en chocolat, qui autorise le glyphosphate ou qui impose des quotas d'immigrés africains ou syriens dans chaque pays d'Europe. Parmi d'autres millions de domaines desquels l'Europe ne devrait pas s'occuper. Evidemment, ce cancer doit être combattu, cette Europe-là n'est pas celle dont nous rêvion,s mais cela ne doit pas nous conduire à quitter cette Europe. Cette Europe-là doit être combattue par les peuples, par les gouvernements, mais on ne doit pas la combattre en la quittant. Car c'est un choix de faibles, un choix de la peur, et les anglais ne sont pas un peuple de faibles, un peuple de peureux. Quand il l'a fallu, ils se sont élevés seuls contre la barbarie, contre la peur et ils ont gagné. Ils se sont élevés contre le mal et ils en ont libéré l'Europe en 1945. Ils ne doivent pas reculer aujourd'hui ni se perdre.

 

La réponse des européens au Brexit est une mauvaise réponse. Cette idée de faire payer le plus cher possible aux anglais leur sortie de l'Union Européenne et les exclure du marché intérieur européen. La Grande Bretagne sera toujours aux portes de l'Europe. Et la Grande Bretagne a vocation à faire partie de la construction politique et économique de l'Europe continentale. Comment peut-on vouloir faire payer chèrement à la Grande Bretagne son départ de l'Europe, la punir, tout en sachant que nous continuerons demain à avoir des relations politiques, commerciales et économiques, et qu'un jour, nous nous retrouverons tous à nouveau dans la même construction européenne ou internationale.

 

Il y a même plus aberrant. Comment peut-on vouloir étendre toujours plus loin l'Europe, à l'Ukraine ou à la Turquie, à des pays qui n'imaginent même pas ce qu´est un état de droit, une démocratie parlementaire, mais vouloir en exclure la Grande Bretagne et lui en faire payer chèrement sa sortie ??? Il y a une forme de schizophrénie dans cet exercice, ou bien une volonté de transformer l'Europe des pères fondateurs en quelque chose qui ne dit pas son nom, en une entité qui n'aura plus rien d'européen, en une middle Europa, en une Europe dont le barycentre ne sera plus l'alliance franco-allemanée mais juste l'Allemagne et ses protectorats est-européens. 

 

La Grande Bretagne a-t-elle un avenir hors de l'Europe ? C'est vraisemblablement le cas ; la Grande Bretagne a été une Grande puissance avant que l'Europe ne soit créée et elle Le demeurera. Ce ne sera vraisemblablement pas sur les mêmes bases économiques et il y aura sûrement une période pendant laquelle le peuple anglais se demandera pourquoi ils sont sortis de la construction européenne. Surtout, la grande différence d'avec le passé, ce sera le retour des frontières entre le reste de l'Europe et le Royaume Uni, apres une période de dizaines d'années d'effacement des frontières intérieures et d'ouverture au reste de l'Europe. La Grande Bretagne se retrouvera dans le rôle de la forteresse assiégée qu'elle affectionne tant et qui l'a tant servi, mais de qui se protégera-t-elle désormais ?

 

L'Europe a-t-elle un avenir sans la Grande Bretagne ? Je ne le pense pas. Après l'unité des capitales européennes autour de cette négociation, apres l'impression de soulagement dû à la sortie des anglais, qui pouvaient sembler être les empêcheurs d'avancer de l'Europe, les européens se rendront malgré tout compte que l'Europe les entraîne vers un futur autre qu'ils ne l'avaient rêvé. Le futur d'une Middle Europa qui n'a que faire des états sud européens ou de la France, ou bien autre chose ... C'est une partie de l'âme de l'Europe qui partira avec les anglais, une partie de l'esprit européen ... ce ne sera plus la même Europe, ni la même Grande Bretagne. Ce sera peut être même le commencement de la fin de la première. 

 

Les grands hommes d'Etat se reconnaissent à la grandeur de leur combat, à l'opiniâtreté dont ils durent faire preuve face à l'adversité. Mais ils se reconnaissent surtout à la justesse de la cause pour laquelle ils se battirent.  Charles de Gaulle en France fut un de ses grands hommes, de même que Winston Churchill. Qu'est-ce que l'histoire retiendra-t-elle des défenseurs du Brexit, des Boris Johnson et autres qui promettaient la Lune aux électeurs anglais. Winston Churchill fut peut être battu lors des élections législatives qui suivirent la fin de la seconde guerre mondiale et la victoire des alliés sur l'Allemagne nazie, mais l'histoire n'oubliera jamais Winston Churchill et ne se souvient que confusément de son vainqueur d'après guerre. Uniquement parce que lui aussi dut participer aux négociations des alliés après guerre à Yalta. 

 

Non, la Grande Bretagne ne doit pas quitter l'Union Européenne mais doit participer à sa réforme, pour faire de l'Europe une construction conforme aux rêves des peuples europeen, et non pas seulement une construction administrative, sans âme, sans idées, sans croyance. Et la Grande Bretagne ne doit plus écouter les nains politiques qui l'ont entraîné depuis de nombreuses années sur la pente du Brexit, ces nains politiques qui ne se croient grands que par l'immensité de leur adversaire, l'Europe, et par les espoirs que les anglais avaient placé en elle.

 

 

Saucratès


22/07/2018
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De l'enseignement - Bis

Réflexion six (dimanche 15 juillet 2018)

Réforme du baccalauréat et orientation scolaire et universitaire

 

Que faut-il penser de la réforme du baccalauréat que nous prépare le gouvernement et le ministre de l'éducation nationale ? Et que faut-il penser plus largement des déboires de la plateforme «Parcours sup» et de l'orientation scolaire puis supérieure de nos enfants et des jeunes gens en général ? 

 

Je m'appuierai pour ce dernier point de l'article du Monde suivant, qui me semble intéressant. On n'y trouve donc des témoignages de jeunes gens et de jeunes filles qui n'ont pas voulu suivre des études scientifiques mais ont privilégié les études littéraires ou techniques, ou bien n'ont pas intégré la voie d'excellence des classes préparatoires aux grandes écoles, pour privilégier l'Université ! Et ils ne se sont pas sentis épaulés par leurs proches ou leurs enseignants ! 

https://www.lemonde.fr/campus/article/2018/07/13/eleves-brillants-ils-ont-choisi-d-etudier-hors-de-la-voie-royale_5330731_4401467.html

 

Certes ! Mais il me semble neanmoins que ce genre de témoignages devraient être compensés par des témoignages inverses/contraires, de jeunes gens ayant choisi la voie technologique sans que personne ne les alertent sur les choix qu'ils faisaient (ni proches, ni enseignants) et qui se retrouvent avec un baccalauréat décoté hors de la branche technique qu'ils avaient choisi, et de perspectives de carrière et d'évolution professionnelle complètement bouchées. Parce que pour un élève brillant auquel on déconseille de s'enfermer dans des études sans rapport avec ses capacités intellectuelles ou scolaires, et qui ne se sent pas soutenu, combien d'autres élèves souffrent a contrario de leur choix d'orientations, qui ne leur permet pas de déboucher sur les études qu'ils souhaiteraient ?

 

J'ai ainsi connu un jeune qui s'est orienté vers un baccalauréat en école hôtelière parce qu'une personne de son entourage avait eu beaucoup de difficulté à décrocher son bac en filière scientifique (après deux redoublements). Tous ses proches trouvaient ainsi très pertinent de le voir s'orienter dans cette branche, parce que ce jeune aimait faire la cuisine ! Mais le résultat aujourd'hui, c'est que ses seuls débouchés professionnels, c'est d'être serveur dans des hôtels restaurants. Son baccalauréat ne lui pas permet de faire grand chose d'autres. Il doit avoir un Bac+2 dans le domaine de l'hôtellerie et il ne pourra guère faire autre chose dans sa vie. Accessoirement, il n'aime même plus faire la cuisine. Et le métier de serveur ne l'intéresse plus trop non plus. C'est en plus un métier particulièrement dur. 

 

Combien de milliers d'expériences de ce genre peut-on entendre ? Même chose ; on a le discours d'un jeune qui a abandonné Sciences-Po parce qu'il ou elle se sentait en train de changer (au lieu de vouloir changer le monde). Mais ce sont des choses extrêmement normales et fréquentes, et de tout temps. Des jeunes se rendaient compte que l'école ou les études dans laquelle ils étaient inscrits ne leur convenaient pas, trop commerciales, trop techniques, trop élitistes et ne correspondaient pas à leurs aspirations ! Ces témoignages, c'est un peu comme si ces jeunes découvraient la vie et qu'ils étaient les premiers à découvrir une façon nouvelle de vivre ! Mais ce n'est pas le cas ! Et il est aberrant que le journal Le Monde, par une présentation partisane et partiale, donne à découvrir cette réalité complètement factice et veule faire croire que le truc vraiment tendance c'est de sortir de la voie royale des écoles préparatoires pour faire ce que l'on veut faire ! 

 

Les journalistes du Monde sont-ils des manipulateurs ou bien viennent-ils eux aussi de découvrir la vie ?

 

On en revient ainsi à notre sujet primaire de la réforme du baccalauréat. Réforme qui se base également sur l'idée de casser les filières d'excellence scientifiques pour homogénéiser le baccalauréat et l'orientation ultérieure des futurs bacheliers. À ce sujet là, comme le précédent article, il m'a toujours semblé clair que l'orientation scolaire était toujours une orientation par défaut, par l'échec. C'était vrai il y a trente ans comme avant. Soit on n'était capable de suivre la voie principale, terminale C avant les années 1990, terminale S depuis, soit on en n'était pas capable et on était orienté vers des voies moins brillantes selon l'endroit/le niveau où on échouait ! Schématiquement, en généralisant à outrance, hormis les jeunes qui choisissaient une autre voie, si on échouait au collège, on était dirigé vers l'enseignement professionnel (les LEP de mon temps). Si on échouait en seconde, on était orienté vers des Bac techniques ou littéraires. Et si c'était en première, on était dirigé vers le Bac D de mon temps (ES aujourd'hui). Chaque autre BAC était de moins en moins élitiste en fonction de l'écart d'avec le bac C ou S ! Je ne vois rien que de très commun et naturel dans tout cela, même si certes, il est nécessaire de connaître les codes et les usages pour savoir s'orienter ou pour conseiller utilement nos enfants ! Mais en même temps, toute cette organisation repose in fine sur le travail scolaire des enfants. Il faut travailler pour s'en sortir. C'est la méritocratie, même si ceci est évidemment profondément inacceptable pour un communiste ou un socialiste moyen, pour lequel il faut combattre les classes moyennes par tout moyen pour les empêcher de s'auto-reproduire.

 

Petit délire ... Quelle idée de récompenser les résultats scolaires des enfants ! Mais quelle aberration ! Il vaut certainement mieux favoriser des critères sociaux ou d'origine ethnique pour égaliser les chances et casser les classes moyennes, puisque la méritocratie, pour les socialistes/islamo-gauchistes comme pour l'ex ministre de l'éducation nationale, est une simple forme de reproduction des classes moyennes ... Je m'égare ? Je médis ? Je déforme ? Non, juste un petit délire ... Et d'une manière très amusante, je suis aussi largement opposé à la nouvelle réforme de l'éducation nationale et du Baccalauréat, qui n'émane pourtant pas d'un islamo-socialo-gauchiste.

 

Pour en revenir à ma préoccupation première, à savoir la transformation du Bac pour y intégrer une forte dose de contrôle continu, et l'impossible équité que cela imposerait, je m'appuierais sur un autre article publié dans le journal Le Monde.

https://www.lemonde.fr/campus/article/2018/07/10/le-bac-est-il-donne-a-tout-le-monde_5328877_4401467.html 

 

Comme lui, j'estime qu'il est illusoire de croire que les notes de contrôle continu puissent être équitables entre les différents établissements scolaires : «Il s’agit sans aucun doute d’un des problèmes majeurs soulevés par la nouvelle organisation du baccalauréat avec l’instauration d’un contrôle continu important. Pour réduire une inégalité inévitable dans les pratiques de notation, la réforme du baccalauréat prévoit l’organisation de partiels dans chaque établissement à partir de sujets établis au niveau national par le ministère. Cette initiative est bienvenue. Toutefois, les pratiques de notation sont différentes selon les établissements.

 

Un 15/20 d’un élève de terminale scientifique inscrit au lycée Louis-le-Grand n’est pas comparable à un 15/20 d’un élève scolarisé dans la majorité des lycées de banlieue. Pour prendre en compte ces différences, sur la plate-forme d’orientation en 1re année d’études supérieures Parcoursup, certaines universités ont pondéré les notes des candidats, notamment en accordant des bonus à certains lycées compte tenu du classement des établissements. Cette démarche d’équité, a priori séduisante, est pourtant inappropriée. Outre un classement des établissements discutable, ce classement est ordinal (il définit un ordre du premier au dernier) mais il n’est pas cardinal (il ne définit pas des niveaux de compétences moyens des établissements). Ainsi, à une différence importante dans le classement des lycées peut correspondre une différence faible en termes de niveau moyen des élèves.»

 

Ces quelques phrases illustrent parfaitement le problème que va créer l'instauration du contrôle continu comme méthode d'évaluation pour le Baccalauréat ! Il est impossible de comparer et d'égaliser les échelles de notation entre les différents lycées d'une ville et encore moins de la Nation. Chaque jeune n'aura pas une chance égale d'obtenir le Bac et une mention selon qu'il étudie dans un lycée difficile de banlieue ou un lycée prisé élitiste. D'une certaine façon, cela va devenir l'inverse de ce qui existe aujourd'hui. Actuellement, il faut fuir les lycées difficiles de banlieue où le niveau est plus faible. Demain, il faudra fuir les lycées élitistes pour rejoindre des lycées difficiles où les contrôles communs seront beaucoup plus simples, plus accessibles, et votre enfant aura certainement beaucoup plus de chances d'obtenir son Bac avec une mention !

 

Le problème des échelles de notation et des sujets d'exercice, comme de toute forme d'évaluation, c'est qu'il ne s'agit pas d'une appréciation objective, fondée et mathematique, mais d'une appréciation subjective et surtout relative. Un enfant est toujours évalué en comparaison de ses coreligionnaires dans un processus de notation. Il est plus facile d'être parmi les meilleurs élèves dans un lycée difficile que dans un lycée élitiste ou à Louis Le Grand ! Plus facile également d'être dans les meilleurs dans une classe de cancres que dans une classe de matheux ! C'est donc un peu comme si cette réforme avait pour objectif de décourager les élèves et leurs parents de rejoindre les lycées privés (ou boîtes à Bac) quand ils le peuvent, pour les pousser à rejoindre les établissements publics difficiles de banlieue. C'est une politique ?

 

Evidemment, les algorithmes d'affectation de «ParcoursSup» tendent pour l'instant à privilégier les lycées élitistes en surpondérant les moyennes de leurs élèves. Mais qu'en sera-t-il demain lorsque ces lycées prisés aux très bons résultats au Baccalauréat afficheront des résultats très en retrait des autres lycées parce que leurs étudiants partiront avec des moyennes de contrôle continu très inférieures à celles des autres lycéens des établissements moins élitistes ? Sera-ce la fin des lycées privés élitistes ? Est-ce l'objectif de ce gouvernement Macron/Philippe ? Ce que les socialistes sous Mitterand n'ont pas réussi faire (réformer l'enseignement privé), un gouvernement de droite/centriste le réussira-t-il ? Mais dans quel intérêt ?

 

 

Saucratès


15/07/2018
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