Critiques de notre temps

Critiques de notre temps

De la collapsologie et des collapsologues

Saint-Denis de La Réunion, Samedi 7 septembre 2019

 

En profitant ce matin du calme du début de la journée pendant mon petit déjeuner, en écoutant les oiseaux chanter pour le soleil levant, je me rendais compte qu'une grande majorité des humains ont cessé de célébrer la nature, le soleil levant, l'aurore, le soleil couchant, le crépuscule. Qui n'a pas un jour entendu le raffut des oiseaux dans les bosquets d'arbres chantant au soleil levant ou au soleil couchant, en marchant ou immobile entouré de milliers de pépiements. Une sorte d'ode à la nature, au soleil, à la vie. Ces moments ont quelque chose de magique. Alors que tant d'entre nous passent leur vie enfermés entre quatre murs, au mieux derrière des fenêtres, sans plus voir le soleil, pendant ces longues journées d'hiver où nul ne voit plus le soleil le matin ou le soir, enfermés au travail ou à l'école. Tant de millions ou de milliards d'humains ne pensent plus à célébrer la nature, le soleil, la vie.

 

Mon premier écrit de cette semaine traitera ainsi de la collapsologie. Ou plutôt des collapsologues. C'est un terme particulièrement à la mode. Les médias regorgent de leurs prises de parole, de leurs prises de position, de leurs chaînes YouTube ou de leur file d'actualité pour les plus jeunes. Même sur le site réunionnais ZINFO974, on est envahi par des prédicateurs de la fin du monde en herbe. La collapsologie est donc cette pseudoscience de l'effondrement des sociétés. Elle se réfère au terme médical «collapsus» qui signifie au choix «affaiblissement d'un organe» ou «effondrement des fonctions physiologiques, ou même de la structure d'un organe».

(François Bournérias, Encyclopædia Universalis. http://www.universalis.fr/encyclopedie/collapsus/)

 

Pourquoi les grands prédicateurs de la fin du monde me posent-ils problème ? Pourquoi les chantres de l'effondrement à venir de la société occidentale me fatiguent-ils ? Après tout, ceci n'est pas si nouveau. Autrefois, dès les années 1970, c'était le thème de la décroissance qui était l'un des thèmes en vogue dans les sciences économiques. Aujourd'hui, des grandes prêtresses de la fin des temps (et de l'école buissonnière), des grands gourous de l'apocalypse prolifèrent sur les peurs des consommateurs et sur l'avidité financière des grands groupes médiatiques détenus par des milliardaires souhaitant contrôler des pays ou le monde entier. 

 

Et c'est ce que je reproche aux collapsologues. Il s'agit soit de gourous autoproclamés, des capitalistes du catastrophisme, intéressés par le rendement financier de leurs petites entreprises surfant sur la fin du monde, soit des gourous du retour à la nature, perdus dans leurs montagnes ou campagnes profondes, qui n'en sortent que pour publier leur énième bouquin catastrophe, pour courir les plateaux de télévision afin de vendre plus de bouquins, tout en s'affichant comme les sauveurs de l'humanité. Il y a tous ceux qui rêvent de devenir célèbres, qui doivent trouver plus simple de parler de la fin du monde plutôt que de chanter à la Star Ac ou à The Voice, ou bien qui n'aucun talent. Et puis il y a aussi tous ceux qui sont persuadés d'avoir un message à transmettre, des nouveaux messies de la fin des temps, des nouveaux Moïse ou des nouveaux Mahomet. À d'autres époques, ils auraient créé des Eglises et des religions et aujourd'hui ils surfent sur les médias, désespérant d'attirer l'attention sur leurs petites personnes, leurs si importants combats.

 

Ils ne tiennent nullement compte de l'immense masse des travailleurs qui seraient touché, frappé par leurs propositions d'évolution de nos sociétés, de leurs remèdes de collapsologues. La masse des citoyens de nos pays, de l'humanité (mais l'humanité dans son ensemble ne les lit pas) ne vit pas royalement des sommes gagnées avec la vente de leurs livres, les dons de leurs admirateurs aveuglés. Il est à craindre que derrière chacun de ces prêtres et prêtresses de l'apocalypse, il y a une entreprise dont l'objet est pécunier et financier, des prophètes ou des proches dont l'objectif est de s'enrichir, sous prétexte de sermonner les masses ou d'influencer les puissants. La masse des citoyens de nos pays vivent chichement, difficilement, peinent à finir le mois. La masse des citoyens du monde entier vivent enfermer dans des appartements étriqués, quand ils ont la chance d'avoir un toit à eux, d'un toit qui leur appartient, pour la possession duquel ils ont trimé toute leur vie, et on voudrait le leur enlever ? Les collapsologues veulent les rendre responsables de l'état du monde, de l'état de la planete, les faire payer toujours plus ou au contraire leur interdire de se déplacer. Une nouvelle loi les rend responsable d'habiter dès passoire thermique et leur imposera soit des dépenses somptuaires pour les mettre aux normes, soit leur interdira de pouvoir vendre leur bien, voire bientot de le louer. 

 

La collapsologie oublie les hommes et les femmes, les humains derriere ses grandes théories fumeuses.  Tout ceci est évidemment fait pour les prochaines générations, pour les pauvres des autres pays en développement ... peut-être ... sauf qu'ils sont absolument comme la masse des travailleurs et des exploités de nos pays occidentaux, et que la collapsologie ne pense absolument pas à eux. La collapsologie est juste un courant à la mode, rempli soit de capitalistes qui ont trouvé le filon pour s'enrichir et/ou devenir celebres, soit de prêtresses et de prophetes qui se croient investis d'une mission sacrée. 

 

Pour finir, je reprendrais une citation de Matrix que j'ai revu récemment :

 

Smith à Morphéus : «Je souhaiterais vous faire part d’une révélation surprenante, j’ai longtemps observé les humains, et ce qui m’est apparu quand j’ai tenté de qualifier votre espèce, c’est que vous n’étiez pas réellement des mammifères… Tous les mammifères sur cette planète ont contribué au développement naturel d’un équilibre avec le reste de leur environnement, mais vous les humains vous êtes différents. Vous vous installez quelque part, et vous vous multipliez, vous vous multipliez, jusqu’à ce que toutes vos ressources naturelles soient épuisées, et votre espoir de réussir à survivre, c’est de vous déplacer jusqu’à un autre endroit… Il y a d’autres organismes sur cette planète qui ont adopté cette méthode, vous savez lesquels ?... Les virus. Les humains sont une maladie contagieuse, le cancer de cette planète, vous êtes la peste ...»

 

J'ai trouvé cela tellement en rapport avec le sujet de ce soir. Suis-je collapsologue ? Non.

 

Ce qui fait la force des collapsologues, c'est que notre monde a déjà vécu des effondrements de sociétés. Celles de peuples du nouveau Monde comme les Incas ou les Mayas. L'effondrement de l'empire romain au cinquième siècle. Ou bien plus tôt dans l'histoire humaine, les multiples 'effondrements' des sociétés mésopotamiennes. Sauf qu'aujourd'hui il ne s'agira plus de se déplacer de quelques centaines de kilomètres et d'abandonner nos villes pour trouver de nouvelles terres sur lesquelles s'installer, ou de nouvelles ressources naturelles à collecter ou à chasser. C'est la force des collapsologues de jouer sur cette peur, de demander à la multitude exploitée de se serrer toujours plus la ceinture, tout en s'enrichissant sur leurs peurs. Tout en sachant qu'ils ne sont que l'autre face de ceux qui s'enrichiront sur les solutions technologiques luttant contre l'effondrement. Mais le monde moderne ne peut tourner que si les élites qui profitent des bienfaits du monde et de la technologie ne sont qu'une poignée et si la masse des exploités ne profitent pas d'un train de vie trop élevé. Ce sont les classes moyennes occidentales qui posent problème aux collapsologues, ces classes moyennes qui osent polluer la planète et dont le style de vie est tellement répréhensible, parce qu'il copie celui des puissants.

 

 

Saucratès


08/09/2019
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Une histoire du franc CFA - du CFA à l'ECO

Saint-Denis de La Réunion, samedi 31 août - dimanche 1er septembre 2019

 

Nota : Au sujet des points abordés dans cet article, voir les deux articles du journal Le Monde de ce jour, en libre accès, traitant de ces sujets sous des angles de vue assez différents, assez opposés, mais peut-être aussi complémentaires :

 

https://www.lemonde.fr/afrique/article/2019/09/01/avec-sa-cryptomonnaie-facebook-veut-concurrencer-les-services-de-transfert-d-argent-en-afrique_5505189_3212.html

 

https://www.lemonde.fr/afrique/article/2019/06/30/la-monnaie-unique-ouest-africaine-risque-d-etre-un-echec-cuisant_5483447_3212.html

 

Mutation

 

Le monde de la monnaie est un monde en mutation. Entre la guerre des monnaies autour du dollar et du yuan/renminbi, entre la création de la nouvelle crypto-monnaie de Facebook, le LIBRA et enfin la disparition programmée du franc CFA et son remplacement par l'ECO, sans compter les centaines de crypto-monnaies qui de créent et qui visent bien souvent les pays en voie de développement, pour y concurrencer les monnaies nationales.

 

L'histoire du franc CFA est intrinsèquement lié à l'histoire de l'Ile de La Réunion, comme d'une bonne partie des colonies françaises d'Afrique. Mais je commencerais à parler de la première des mutations monétaires qui touche notre Monde et plus particulièrement l'Afrique ; les multiples projets de lancement de cryptomonnaies africaines (par exemple l’AFRO qui est gérée par une ONG installée à Genève en Suisse, le KOBOKOIN ou encore le ZYNECOIN promu par Dieudonné ...). 

 

https://www.capital.fr/entreprises-marches/zynecoin-la-tres-douteuse-cryptomonnaie-soutenue-par-dieudonne-1347779

 

Les projet de l’AFRO et le LIBRA se ressemblent particulièrement. Toutes les deux prévoient de s’implanter par le biais d’une association en Suisse. Toutes les deux visent tout spécialement l’Afrique afin d’apporter de la stabilité monétaire. Tous les projets de cryptomonnaies visent aussi à permettre d’économiser les frais de transfert d’argent entre l’Occident et l’Afrique pour les transferts de fond venant des diasporas installées en Occident. Mais sur l’ensemble de ces projets (Libra, Kobocoin, Safcoin, Afro, Digital shilling, SureRemit, Awehcash, Mcoin, Dala, Zynecoin, etc), combien sont des arnaques ou des monnaies sans aucun avenir ?

 

Toutes ces monnaies par ailleurs, et le LIBRA de Facebook en tout premier, visent délibérément à remplacer les monnaies des Etats africains pour apporter stabilité monétaire, mais aussi pour supprimer le pouvoir régalien de battre monnaie à ces Etats en voie de développement. Confisquer le pouvoir monétaire à ces Etats pour le confier a des multinationales, voilà une bien drôle de façon de promouvoir la libre égalité et considération de tous les peuples et leur droit à disposer d'eux-mêmes. Vouloir récupérer la rente monétaire qui appartient aux États et aux peuples africains et la confisquer au bénéfice d'un seul milliardaire, sous prétexte d'apporter ordre et stabilité c'est une drôle de façon de concevoir le Bien public et l'ordre mondial. Cela ressemble bien plus à une forme moderne de captation des richesses créées et de néocolonialisme inavoué.

 

L'ECO

 

Mais ceci est un autre sujet que celui qui m'occupe : une présentation personnelle du projet de création de l’ECO en remplacement du franc CFA (ou plutôt de l’un des francs CFA). C’est ce sujet qui va occuper mes réflexions dans le reste de ce post. Il est donc prévu que l’ECO devienne assez rapidement (prévu à partir du 1er janvier 2020), la monnaie commune de quinze Etats d’Afrique de l’Ouest appartenant à la Cédéao (Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest), dont huit d’entre eux actuellement ont pour monnaie le franc CFA. Les huit pays dont la monnaie est actuellement le franc CFA, qui appartiennent à ce que l’on appelle l’UEMOA (Union économique et monétaire ouest-africaine) sont : le Bénin, le Burkina Faso, la Cote d’Ivoire, la Guinée-Bissau, le Mali, le Niger, le Sénégal et le Togo. Ils seront rejoints par sept autres états d’Afrique de l’Ouest : le Cap-Vert, la Gambie, le Ghana, la Guinée, le Libéria, le Nigéria et le Sierra Leone.

 

https://www.bfmtv.com/economie/des-pays-africains-abandonnent-le-franc-cfa-pour-l-eco-1722815.html

 

Le franc CFA n'est néanmoins pas prévu de disparaître, puisque les pays dont la monnaie est le deuxième franc CFA ne sont pas concernés par le lancement de l’ECO. Ces six pays appartenant à la CEMAC (Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale) sont le Cameroun, la République centrafricaine, la République du Congo, le Gabon, la Guinée équatoriale et le Tchad. Ces six pays devraient conserver le franc CFA comme monnaie. 

 

L'appellation franc ne devrait donc pas disparaître à très court terme, malgré la création de l’ECO. Il existe d’ailleurs d’autres francs en Afrique, comme le franc malgache (renommé Ariary), le franc comorien, le franc burundais, le franc congolais et le franc rwandais, mais qui ne sont plus rattachés au Trésor français et qui ne sont pas en convertibilité fixe avec l’EURO.

 

D'ailleurs, c'est justement pour cette raison que le franc CFA fait l’objet de critiques régulières. L’une des premières raisons est l’obligation (réelle ou fantasmée) faites aux deux banques centrales de ces deux zones monétaires de maintenir des réserves de change auprès du Trésor Public français, pourtant rémunérées dans ce que l’on appelle un compte d’opération. C’est le Trésor français qui se charge de garantir la convertibilité du franc CFA en euro. Les autres raisons sont liées à la perte d’autonomie en matière monétaire de ces états, qui ont l’impression d’être demeurés contrôlés par l’ancien état colonisateur. La dévaluation de 50% du franc CFA du 12 janvier 1994 a notamment donné l’image d’avoir été décidée par la France et imposée aux Etats africains, dans le plus grand secret. Du jour au lendemain, les économies des ménages et des entreprises africaines avaient été divisées par deux en devises étrangères. D’autres critiques reposent sur les inconvénients d’un régime de change fixe (arrimé à l’EURO) par opposition à un régime de change flexible. 

 

http://www.rfi.fr/afrique/20190804-eco-franc-cfa-monnaie-cedeao

http://www.cadtm.org/Le-Franc-CFA-une-monnaie-coloniale-servile-et-predatrice

 

Après tout, l'existence d'un seul EURO valable aussi bien en Allemagne que dans le Sud de l'Europe, pose déjà problème aux États du Sud de l'Europe, voire même à la France. Ce doit être encore plus compliqué d'être dans un régime de change fixe, arrimé à une monnaie relativement forte comme l'EURO dans un rapport fixe, pour des États africains qui n'ont en plus même pas droit à un poste au sein du Conseil des gouverneurs de l'euro système  De là à considérer qu'il s'agit d'une forme de colonialisme, il n'y a qu'un pas et cela se comprend parfaitement. Et pourtant, cela ne me semble pas être le cas.

 

Un peu d'histoire

 

À l'origine, le franc CFA (franc des colonies françaises d'Afrique) est créé à l'occasion de la Libération de la France par le gouvernement de la France Libre, il y a donc 74 ans. Le général de Gaulle avait eu besoin d'un trésor public et d'une Banque centrale pour libérer la France, et c'était les colonies d'Afrique qui avaient été les premières à rejoindre la France libre, puis à accueillir le gouvernement provisoire. À la libération, de Gaulle disposait ainsi de deux Trésor Public, de deux Banques centrales, les unes qui l'avaient accompagnées dans sa reconquête de la France, les autres qui avaient collaboré avec le régime de Vichy. La France par ailleurs ressortait de la seconde guerre mondiale exsangue financièrement, tandis que les colonies françaises avaient été moins touchées. Elles étaient plus riches que la métropole et le rapport de conversion entre le franc français et le franc CFA à l'époque reflète ce déséquilibre. La parité initiale du franc CFA, à l’origine est ainsi de 1,7 francs métropolitain pour 1 franc CFA. Lors de la dévaluation du franc français du 17 octobre 1948, qui ne concerne que le franc métropolitain, la parité du franc CFA passe à 2 francs métropolitains pour 1 franc CFA.

 

Ainsi, à l'origine, le rapport de domination de parité dont se souviennent tous les réunionnais ou les peuples africains n'existe pas, bien au contraire. C'est l’instauration du nouveau franc en France métropolitaine (qui vaut 100 anciens francs français), le 27 décembre 1958, qui introduit cette parité dont tout le monde se souvient, avec un franc CFA qui vaut 0,02 nouveau franc métropolitain. Le 12 janvier 1994 survient une nouvelle dévaluation de 50% de la valeur externe du franc CFA, qui ne vaut plus désormais que 0,01 franc français.

 

Le franc CFA a ainsi cours légal à La Réunion (décret du 25 décembre 1945), dans l'ensemble des colonies françaises en Afrique ainsi qu'à Saint-Pierre-et-Miquelon, mais pas aux Antilles et en Guyane, qui appartiennent à la zone du franc métropolitain. A noter qu’avant décembre 1945, c’est-à-dire à l’époque coloniale, c’était le franc français qui était l’unité monétaire dans l’île, mais avec des billets émis par la Banque coloniale de la Réunion, qui avait le privilège de l’émission monétaire dans la colonie, jusqu’au 30 novembre 1942, date du ralliement de La Réunion à la France Libre, et l’installation de la Caisse centrale de la France Libre (CCFL). A noter que des banques coloniales d’émission existaient aussi dans les trois autres vieilles colonies d’Amérique (le nouveau franc ne sera pas non plus instauré immédiatement en 1958 dans les colonies des Antilles et de Guyane, dont la monnaie demeure l’ancien franc métropolitain). Elles verront également l’implantation de la CCFL, de même que dans l’île de Saint-Pierre-et-Miquelon, où celle-ci se substitue à la Banque de France qui émettait précédemment elle-même la monnaie.

 

A La Réunion comme dans les trois autres départements d’Outre-Mer, c’est la Caisse centrale de la France d’Outre-Mer (CCFOM), nouveau nom de la Caisse centrale de la France Libre, qui émet les signes monétaires (billets et pièces), depuis le 1er juillet 1944. Mais il est à noter que jusqu’en 1952, ce sont les quatre anciennes banques coloniales qui continuent à émettre les billets, pour le compte de la Caisse centrale de la France d’Outre-Mer (CCFOM). Dans le reste des colonies françaises, la CCFOM a également remplacé les anciennes banques d'émission et émet le franc CFA. Mais le mouvement des indépendances n'a pas encore démarré !

 

À noter que dans les colonies françaises du Pacifique et d'Asie, il est créé une autre monnaie, le franc CFP, qui est aujourd'hui encore en vigueur en Polynésie française, en Nouvelle-Calédonie et à Wallis-et-Futuna. 

 

Ce qui fonde l'histoire du franc CFA n'est pas ainsi cette histoire post-coloniale tellement décriée en Afrique. Elle trouve son origine dans un établissement financier, la CCFL (Caisse centrale de la France Libre, à la fois Trésor de de Gaulle et Banque centrale), qui avait accompagné le Général de Gaulle dans sa lutte de Londres jusqu'à Alger, et jusqu'à la libération de Paris. L'histoire du franc CFA, c'est aussi l'histoire des relations de cet établissement, la CCFL devenue ensuite la CCFOM, avec la Banque de France, et la volonté de cette dernière de reprendre le pouvoir perdu à la libération de la France. Ainsi, en 1947, la Banque de France préconise de «restituer aux quatre anciennes banques coloniales le privilège de l’émission monétaire qui leur a été retiré en 1944, et de les transformer en instituts publics ou semi-publics, placés sous le contrôle direct de la Banque de France, chargée de veiller à ce que leur gestion soit rigoureusement conforme à ses directives et s’inspire uniquement de l’intérêt général. (...) La Banque de France prendrait, dans le capital de chacun des quatre instituts, une participation assez importante pour en détenir le contrôle de fait». (Lettre du 3 novembre 1947 adressé par le gouverneur de la Banque de France, Emmanuel Monnick, au Ministre des Finances).

 

En 1955, l'histoire du franc CFA commence à se séparer de l'histoire de la CCFOM, et les histoires des francs CFA divergent les uns des autres. Le 20 janvier 1955, deux nouveaux instituts d’émission sont créés, entérinant la séparation entre les activités de financement et de banque centrale de la CCFOM : les Instituts d’émission d’AOF-Togo (qui deviendront ultérieurement la «Banque centrale des Etats de l’ouest africain» - BCEAO) et d’AEF-Cameroun (qui deviendront la «Banque centrale des Etats d’Afrique centrale» - BEAC). En 1958, l’appellation de franc CFA change de signification, devenant «franc de la communauté française d'Afrique» au lieu de «franc des colonies françaises d’Afrique». Une ordonnance du 7 janvier 1959 crée par ailleurs un Institut d’Emission des Départements d’Outre-Mer (IEDOM) qui se voit transférer le privilège de l’émission monétaire précédemment confié à la CCFOM pour les départements d’outre-mer. La CCFOM change également de nom, devenant la Caisse centrale de Coopération Economique (CCCE). En 1960, le terme CFA change encore de signification, avec la création d’appellations différentes selon les zones d’émission. On a ainsi le franc de la Communauté financière africaine (CFA) pour la zone de l’Afrique de l’ouest, le franc de la Coopération financière en Afrique centrale (CFA) et le franc CFA des Comores et Madagascar. Et il y a aussi le franc CFA de La Réunion. 

 

Et c'est le 27 décembre 1958 qu'a lieu le changement de parité entre le franc CFA et le nouveau franc français, et d'où on peut faire démarrer le ressenti d'un franc CFA sous-valorisé, voire dévalorisé, avec une parité d'un franc CFA pour 2 centimes de nouveau franc français. Et il est notable que le passage au nouveau franc n'ait eu lieu ni en Afrique, ni dans le Pacifique, ni dans aucun des départements français d'outre-mer, comme pour mieux acter la victoire de la métropole, elle qui avait été essentiellement libérée par les anglais, les américains et ses colonies. Treize ans plus tard, c'est la vengeance de la métropole sur ses colonies, de la Banque de France sur la Caisse centrale !

 

En mars 1967 est créé l'Institut d'émission de l'outre-mer (IEOM) dont la zone d'émission couvre les territoires et colonies du Pacifique, où la monnaie en circulation est le franc CFP. Le 1er janvier 1963, l’ancien franc local des Antilles et de la Guyane est remplacé par des coupures, toujours émises par l’IEDOM, mais exprimées en nouveau franc français. En décembre 1972, le franc métropolitain est introduit à Saint-Pierre-et-Miquelon en remplacement du franc CFA (loi du 11 juillet 1972)

 

En 1973, Madagascar sort de la zone du franc CFA. Et c'est le 1er janvier 1975 que le franc français est enfin mis en circulation à La Réunion, en remplacement du franc CFA et que les billets de la Banque de France exprimés en francs français y ont cours légal, comme dans les autres départements d’outre-mer. 

[En application de l’article 17 de la loi n° 74-1114 du 27 décembre 1974 et des décrets n° 74-1130 du 30 décembre 1974 et n° 75-182 du 19 mars 1975 (fixant au 31 mars 1975 la fin de la double circulation du franc français et du franc CFA).]

 

Il ne faut évidemment pas oublier que depuis le 1er janvier 2002, le franc français a été remplacé par l’euro (taux de conversion : 1 euro pour 6,55957 francs français) à La Réunion comme dans l’ensemble de la zone euro. 

 

Les questions ouvertes par l'ECO

 

Je comprends parfaitement les questions soulevées par le maintien du franc CFA, puisque je soulève moi-même l'idée que le maintien de l'ancienne parité du franc CFA doit être vu comme un combat entre deux institutions françaises adverses. Initialement considérée comme un outil de développement et d'uniformisation monétaire des colonies françaises, à une époque où des hommes et des économistes croyaient en un rattrapage possible de l'Occident par les colonies, les anciennes colonies françaises et par les nouveaux États indépendants, le franc CFA est petit à petit devenu ce qu'il est aujourd'hui, une monnaie commune mais aussi une source d'incompréhension.

 

Une grande idée initiale mais otage par la suite des conflits entre institutions. Néanmoins, malgré l'épisode de la dévaluation de 1994, le franc CFA a réussi à maintenir une valeur stable de la monnaie des États qui l'utilise. Il suffit d'observer les désordres des monnaies sud-américaines et des épisodes hyper-inflationnistes qui y ont été régulièrement observés. Il suffit d'observer l'évolution de la valeur de la roupie mauricienne, indépendante du franc français comme de la livre sterling, mais qui diminue régulièrement depuis des décennies. Il ne vaut mieux pas parler du franc malgache et de l'ariary malgache, dont la valeur externe s'est complètement effondrée au fil des années. Et de la monnaie de nombreux autres États africains.

 

Il reste l'idée que les Etats africains ne seraient pas maîtres de leurs réserves de change, contraints de les conserver bloqués auprès du Trésor français ! Mais au delà de la rémunération de ces réserves placés en compte d'opération, qui ont l'avantage d'être rémunérées à une époque de taux directeurs négatifs, on oublie surtout que des réserves de change sont avant tout des sommes forcément bloquées, dans d'autres devises ou en actifs de réserves, comme de l'or ou des DTS (droits de tirage spéciaux) du FMI, et qu'ils sont forcément bloqués pour pouvoir aider à maintenir une parité de change et éviter qu'elle ne s'effondre sous les coups de boutoir des spéculateurs internationaux ou plus simplement juste des mouvements financiers naturels de ventes et d'achats de devises.

 

 

Saucratès

 

 

Mes sources : essentiellement divers rapports d'activités, publications et archives de la CCFOM-CCCE-CFD-AFD ainsi que de l'IEDOM. Voir également l'excellent livre de Didier Bruneel, «Des banques coloniales à l'IEDOM», aux éditions «Société d'histoire de la Guadeloupe».


01/09/2019
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La reprise en main de la presse française porte ses fruits

Saint-Denis de La Réunion, mardi 28 août 2019

 

La lecture des principaux journaux de ces derniers jours fait froid dans le dos.

 

Si vous lisez Le Monde, il semble que tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles, et ceci depuis plusieurs semaines. Et ce n’est pas seulement dans les gros titres, mais aussi dans le corps des articles. Nous avons un président et des ministres fantastiques, tellement bons, attentifs, aux besoins des français, et brillants !

 

« La France résiste mieux que l’Allemagne au ralentissement économique ». Une façon de nous faire croire que la France est le meilleur élève de l’Europe, que même l’Allemagne, pourtant sensée être en meilleure santé économique, va pourtant moins bien que nous. Tout va vraiment pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles, grâce à notre extraordinaire président.

https://www.lemonde.fr/economie/article/2019/08/28/la-france-resiste-mieux-que-l-allemagne-au-ralentissement-economique_5503535_3234.html

 

 « Rentrée scolaire : le gouvernement joue l’apaisement avec les enseignants ». Dans cet article, on peut y lire que « le monde enseignant bénéficiera-t-il de ce temps de respiration qu’il réclame ». Ou encore, « c’est en ministre des ressources humaines qu’il [Jean-Michel Blanquer] a voulu inaugurer cette année scolaire, réagit-on déjà dans les cercles d’enseignants ». Là aussi, il nous faut décrypter qu’un ministre extraordinaire (l’élève le plus brillant du président Emmanuel Macron) est à l’écoute des enseignants, des syndicats, et que tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles à l’école. On a même cessé de nous importuner avec les articles sur les bacheliers sans affectation pour la rentrée scolaire ou avec les contestations ou les ratés du logiciel Parcourssup. C’est tellement contre-productif de parler de ce qui ne va pas !

https://www.lemonde.fr/societe/article/2019/08/27/rentree-scolaire-le-gouvernement-joue-l-apaisement-a-l-adresse-des-enseignants_5503467_3224.html 

 

Sur le G7, on a droit à deux articles : « A Biarritz, Macron réussit un sommet du G7 qui s’annonçait pourtant délicat » et « Après le succès du G7, Emmanuel Marcon bouscule les diplomates ». On peut y lire pêle-mêle, « Emmanuel Macron a gagné son pari pour le premier somment du G7 sous sa présidence. S’annonçant pour le moins difficile, la réunion de Biarritz (...) a été un incontestable succès. » Ou encore « ... ce mot très martial était au cœur, mardi 27 août, du discours long de près de feux heures tenu par Emmanuel Macron devant les ... ». Ou « Après quelques phrases de câlinothérapie félicitant les diplomates pour cette réussite collective (la réussite du sommet du G7), il a commencé à pourfendre les fonctionnaires enfermés dans leurs certitudes » ... Traduction, quel merveilleux dirigeant et fin stratège nous avons la chance d’avoir en France ! Les journaux télévisés ont rivalisé de scènes de promenades vides à Biarritz, où le président marchait entouré de journalistes, promenades dont tous les fâcheux étaient exclus (ouf, pas de risque pour les journalistes de devoir approcher les terribles gilets jaunes), de repas magnifiés entre grands de ce monde, et de promenades des épouses dans les villages avoisinants menées par une merveilleuse première dame française faisant découvrir les charmes du Pays Basque aux autres premières dames, visites que la première dame préparait depuis des mois.

https://www.lemonde.fr/international/article/2019/08/26/a-biarritz-emmanuel-macron-reussit-son-g7_5503036_3210.html

 

Conclusion de l’article, « si les diplomates ont apprécié sa performances du G7, cette partie de poker gagnée avec seulement un huit en main, selon l’un d’eux, les admonestations du chef de l’Etat ont suscité quelques grincements, même si nul ne doute de la nécessité de changements. Et il a été massivement applaudi. » Je me permets de traduire : on a un président merveilleux, intelligent, fin stratège, mais en plus heureux (ou brillant) au jeu (gagner au poker avec un 8 en main, ce n’est pas facile) ... On se permet quelques critiques contre les vilains diplomates qui grincent des dents, « qui sont enfermés dans leurs certitudes » ; ce sont des énarques et on a compris qu’on avait le droit de les critiquer ... Heureusement on est en démocratie et il faut bien quelques victimes expiatoires à donner au bon peuple ! Mais notre président est tellement brillant que « nul ne doute ». Et en plus, il a finalement « été massivement applaudi » !

https://www.lemonde.fr/international/article/2019/08/27/apres-le-succes-du-g7-macron-bouscule-les-diplomates_5503441_3210.html

 

Mais nous avons quand même un article qui donne à voir un autre regard sur ce sommet du G7. « La vanité du G7 ou les rites de l’ancien monde vus par la presse étrangère ». L’article commence par une analyse de la presse française. « Quel bilan tirer du sommet du G7 ? En France, la presse salue globalement une réussite, admirant tour àtour l’activisme, le verbe inépuisable et le pari gagnant d’Emmanuel Macron, loué pour être parvenu à créer les conditions d’une reprise du dialogue entre Washington et Téhéran. » Mais dans le reste de l’article, on peut malgré tout lire les analyses des presses des autres pays, qui manifestement n’ont pas vu la même chose que la presse française.

https://www.lemonde.fr/international/article/2019/08/27/la-vanite-du-g7-ou-les-rites-de-l-ancien-monde-vus-par-la-presse-etrangere_5503420_3210.html

 

Pour le quotidien britannique The Guardian, « Dans l’ensemble, ce fut un week-end plutôt agréable à Biarritz (...) Certains dirigeants étaient peut-être un peu indifférents, et il est toujours déconcertant de se retrouver face à quelqu’un qui présente un trouble de la personnalité encore plus grand que le vôtre, mais globalement tout le monde s’est bien entendu ». Cette comparaison visait-elle Trump et Johnson ou bien notre président Macron ?

 

Le Financial Times rappelle que le sommet du G7 n’a pas donné lieu à la signature ou l’établissement d’un communiqué final (bizarrement cela a complètement échappé à la presse française). « L’absence de communiqué final était stratégique, rappelle le  Financial Times : il fallait à tout prix éviter de répéter le fiasco du G7 de 2018 au Canada, quand Donald Trump avait retiré son soutien au document. Cette année, le président français a donc eu l’habileté de ne pas publier de communiqué final. Or, s’il n’y avait pas de document, il n’y avait rien à refuser de signer. Rien à refuser de signer, mais, du même coup, aucune obligation ni engagement à tenir non plus. »

 

The Guardian indique aussi que « La réunion n’a ainsi donné lieu [...] qu’à une simple déclaration […] plus mince que la page sur laquelle elle était imprimée. »

 

Je ne cite pas les articles louant son admirable discours sur la réforme des retraites, où il fait montre, selon de nombreux journalistes, d'une telle prudence et d'une telle générosité. Ou des articles conspuant l'horrible président brésilien qui l'aurait si perfidement insulté, ou de la citation des nombreuses personnalités brésiliennes qui s'excusent auprès de la France de ces insultes. Mais aucune remise en question du droit d'un président français de s'occuper des incendies en Amazonie, et pas d'interrogations pour se demander pourquoi Macron n'intervient pas du coup sur les incendies dans l'extrême-nord sibérien ?

 

Au final, on comprend que la reprise en main de la presse française hexagonale par le gouvernement et par les milliardaires actionnaires de ces journaux est une véritable réussite ! Tout faire pour que les français aient l’impression que tout va pour le mieux des mondes possibles, qu’il n’y a aucune raison de manifester contre ce pouvoir et ces hommes si brillants et si merveilleux, dévoués, parfaits ... Au pire, il suffira, dans les prochaines semaines, si des mouvements de grève arrivent malgré tout à démarrer, de les peindre sous le jour d’empêcheurs de tourner en rond, d’irréductibles fonctionnaires contestataires qui se refusent à la moindre concession, voire simplement de les ignorer et de ne même pas parler de ces manifestations.

 

Après tout, comme on le dit souvent, la pire des insultes est l’indifférence !

 

 

Saucratès


28/08/2019
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De l'importance de la confiance dans notre histoire personnelle

Saint-Denis de La Réunion, samedi 24 août 2019

 

Samedi soir, dans la nuit tombée, un feu de bois tente de démarrer au fond de mon jardin. Je bois un verre de vin rouge de ma cave, un petit Saint-Julien sans aucune prétention de 2008 et je pense au monde qui nous entoure. Notre vie entière repose sur la confiance que l'on peut accorder à d'autres gens. La confiance, c'est la clef de voûte de toute notre vie, de la vie de chacun d'entre nous.

 

Evidemment, notre vie commence dans cette confiance. Bébé et enfant, nous sommes incapables de nous défendre et nous dépendons des parents chez lesquels nous vivons, ou chez lesquels nous avons été placés par la DDASS éventuellement. On ne choisit pas ces parents pas plus qu'on ne choisit sa famille. Toute notre vie sera conditionnée en grande partie par ces quelques dix-huit ou vingt ans que l'on passera avec eux, au milieu d'eux.

 

La confiance est aussi au fondement de la vie en couple, du mariage, de la famille. Derrière le couple, derrière l'amour, derrière le sexe, tout est avant tout question de confiance, confiance en l'autre certes, mais surtout confiance en sa bonté, en sa mansuétude, confiance en le fait qu'elle ou lui ne cherchera pas qu'à nous détruire, à nous faire payer quelque chose, à se venger (de quoi de rien éventuellement), à nous battre ou nous frapper éventuellement, parfois à nous tuer. La mise en couple est un pari, un jeu de hasard, un moment où on cherche la personne idoine et on espère pouvoir lui faire confiance.

 

La confiance est aussi à la base de nombreux autres phases ou situations de notre vie. Lorsque l'on conduit, cas où notre vie et celles de nos proches reposent sur la confiance que l'on peut avoir sur le comportement des autres usagers de la route, même si certains comme les motards font peu de cas du respect des autres usagers ... Heureusement, leurs motos sont si fragiles qu'ils ne représentent pas un véritable danger ... même si certains comme les chauffeurs de camions et de bus font peu de cas également des autres usagers ... mais heureusement aussi, la majorité connaissent la dangerosité des mastodontes qu'ils conduisent ... et puis ils ne sont pas si nombreux. La conduite automobile repose sur la confiance, et aussi sur les probabilités. Quelle probabilité y aurait-il pour que le gars suicidaire ou terroriste choisisse justement le moment où vous les croisez pour se suicider ou pour se sacrifier en emportant  vie. Pour le reste des situations dangereuses, comme les personnes saoules ou zamalées, ou les tombeaux roulants qui ne devraient pas circuler, on fait aussi confiance à l'action des forces de l'ordre, des forces de police qui devraient être capables d'arrêter les dangers publics. Et parfois, l'un d'eux échappe aux contrôles, et sèment parfois la mort.

 

Autre situation qui repose sur la confiance, les moments où on prend l'avion, mais également les moments où l'on doit être opéré. Cela peut presque paraître le moment le plus important ; ce moment où notre vie, deja en danger, repose entre les mains, sous le scalpel d'un chirurgien, d'un anesthésiste ou d'un docteur. Un moment où nous sommes absolument sans protection, un peu comme à notre naissance, lors de nos premiers mois ou premières années chez nos parents, dans notre famille.

 

Et d'une certaine manière, c'est aussi le cas en cas de guerre, lorsque des hommes et des femmes désarmés peuvent se retrouver entre les griffes d'hommes armés. Même si nous n'avons plus connu ces situations en Occident depuis plusieurs décennies.

 

Mais l'endroit qui repose le plus sur la confiance, c'est le couple. C'est cette histoire dans laquelle nous vivons presque tous les jours, presque toute notre vie d'adulte, à laquelle nous avons peut-être révé depuis notre plus petite enfance, ou au moins depuis notre adolescence, cette recherche de la personne presque parfaite à laquelle nous avons toujours aspiré, et cette certitude que nous ne pourrons pas non plus correspondre à la personne presque parfaite à laquelle notre autre, notre moitié, aspire également vraisemblablement. 

 

Voilà les quelques pensées nées en cette soirée, ce samedi 24 août 2019, nées des difficultés racontées par une personne rencontrée au cours de mes courses, au supermarché, un vigile avec lequel j'ai sympathisé, empêtré dans des difficultés avec une ex petite amie qui lui réclame le règlement de pensions alimentaires.

 

 

Saucratès


24/08/2019
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Où je me replonge dans des articles de presse datant de 2004

Saint-Denis de La Réunion, samedi 24 août 2019

 

Il est parfois amusant, surprenant, drolatique, de se replonger dans des articles de presse datant de dix ou quinze ans. Hier soir, je tombais sur des articles de pages du Journal Le Monde datant du 26 juin 2004. On y lisait d'abord que M. Jean-Pierre Raffarin contredisait son ministre de l'écologie, M. Serge Lepeltier, qui avait annoncé quelques jours auparavant la mise en place d'un système de bonus-malus à l'achat de voitures neuves. Il indique que «cette mesure qui vise à pénaliser les vehicules les plus polluants n'engage pas le gouvernement, et (que) le dossier n'est qu'à l'étude.» (Le Monde du samedi 26 juin 2004, page 10).

 

C'est amusant parce que cette mesure aujourd'hui semble très ancienne. On n'imagine plus  que cette mesure puisse n'avoir qu'un peu plus d'une dizaine d'années, et qu'elle ait pu être à l'origine d'une bronca des députés de la majorité UMP de l'époque.

 

Il y a un deuxième enseignement surprenant à observer qui concerne la façon de se comporter de la majorité au pouvoir. On lit dans cet article que :

 

«Lors de la réunion hebdomadaire du bureau du groupe UMP de l'Assemblée nationale, le député de Paris Pierre Lelouche, appuyé par l'ensemble du bureau, ne décolère pas. La charge porte sur la forme. Les députés du Parti Chiraquien sont ulcérés d'avoir découvert les mesures de M. Lepeltier à la télévision, dans les médias. M. Lelouche relève que l'initiative de M. Lepeltier n'a donné lieu à aucune discussion préalable à l'UMP, alors qu'il existe un groupe de travail santé-environnement au sein du groupe de l'Assemblée nationale. Les députés sont d'autant plus courroucés qu'ils pensaient que leur souhait de ne plus être mis devant le fait accompli et de devoir se contenter d'assurer l'après-vente des mesures gouvernementales avait été entendu par M. Raffarin.» (Le Monde du 26 juin 2004, page 10).

 

À l'heure actuelle où le groupe de parlementaires de La République en Marche semble complètement muet, qu'on a l'impression qu'ils découvrent comme tout le monde les annonces gouvernementales dans la presse, dans les discours de M. Macron, que les députés que Macron a fait élire n'ont aucune stature, qu'il n'y en a pas un seul qui dépasse de la ligne, on rêve en découvrant qu'en d'autres temps, à d'autres époques, les députés d'une majorité gouvernementale n'étaient pas uniquement présents pour jouer les girouettes et encenser et applaudir le président de La République et son gouvernement. 

 

Aujourd'hui, ils ne sont même plus capables d'assurer le service après-vente des mesures gouvernementales tellement ils ont peur de leurs administrés, de leurs électeurs. Et on peut mieux comprendre du coup les mises à sac et les attaques de leur permanence parlementaire. Les électeurs n'ont pas véritablement d'élus présents à l'Assemblée nationale. Ils ne font plus les lois. Ils sont juste là pour voter comme on leur demande de voter, non pas au nom de leurs électeurs, mais juste au nom d'un homme. Il ne sert à rien de condamner la violence inadmissible et exceptionnelle dont les députés de La République en Marche sont victimes, qui porterait atteinte au bon fonctionnement de la démocratie. C'est le comportement même de ces élus impotents, incapables, qui est un danger pour la démocratie ! Là est le danger.

 

Le deuxième article de cette page qui m'a fait sourire parlait de M. Ernest-Antoine Seilliere, alors président du MEDEF, qui s'exprimait au sujet du projet de charte de l'environnement, et de l'inscription du principe de précaution dans la Constitution. «Affirmant s'exprimer au nom de ses quelques 700.000 adhérents, le patron des patrons a d'abord tenu à écarter l'idée que le MEDEF chercherait uniquement à préserver un hypothétique droit à polluer.» Amusant de se rappeler l'existence de ce personnage qui a représenté l'archétype du patron des patrons, des employeurs hautains, qui a représenté le summum de la lutte des patrons contre la Gauche et contre l'existence des trente-cinq heures !

 

un dernier article a attiré mon attention sur cette page. Ca a même été le premier article qui a attiré mon regard. Cet article traitait de M. Claude Bartolone et de M. François Hollande. Le Journal Le Monde citait M. Claude Bartolone :

 

«François Hollande a changé de statut. Il est désormais le premier secrétaire de la première force politique du pays. Il bénéficie de son travail patient accompli pour faire travailler ensemble tous les socialistes.» Toutefois, «Hollande pâtit du handicap de n'avoir jamais été membre d'un gouvernement».

 

«Le choix du candidat PS à l'election présidentielle de 2007 se fera dans un contexte de crise, à un moment où il sera plus aisé de voir qui a l'étoffe d'un homme d'état, qui sera le mieux à même de représenter les socialistes et toute la gauche pour les mener à la victoire.»

 

Quinze ans apres cela, ou plutôt treize plus tard, après les cinq années de la présidence ratée de M. François Hollande, le Parti socialiste n'est plus que l'ombre de lui-même, moribond, tombé à peine à un peu plus de 6% des suffrages lors de la présidentielle de 2017 et lors des élections européennes de 2019. Le contraste entre ces deux époques, séparées par à peine quinze ans, me semble à peine croyable, envisageable. Comment le parti politique qui depuis les années 1970-1980 occupait les premières places en France a pu tomber aussi profondement et aussi dramatiquement bas. Cinq années pendant lesquelles, sous l'impulsion de M. Francois Hollande, mais également de nombreux autres socialistes, dont certains sont aujourd'hui partis poursuivre leur carrière politique en Espagne, en Catalogne, le Parti socialiste a mis en œuvre une politique pas très différente de celle de son prédécesseur Nicolas Sarkozy ou de son successeur (et élève) Emmanuel Macron. 

 

En 1981, en 1988, en 1997, le Parti socialiste a mis en œuvre une politique économique et sociale de gauche, axée autour des salariés, des syndicats, de l'économique. Nationalisation en 1981, accroissement du rôle des salariés et des IRP dans les entreprises en 1981 puis en 1988, mise en place des trente-cinq heures en 1997. Mais également des mesures sociales pour combattre l'exclusion et la relegation sociale : RMI à partir de 1988, CMU, CMU complémentaire et emplois-jeunes à partir de 1997-1999 ; tout ceci correspondait à des politiques d'inspiration socialiste, ouvrière. 2012 et les années suivantes furent des erreurs : La Défense d'intérêts particuliers avec le mariage pour tous, la mise en œuvre d'une politique ouvertement favorable aux entreprise, pro-MEDEF avec le CICE, la loi Travail ... etc ...

 

Extraordinaire de se rappeler tout le chemin parcouru, ou plutôt tout le précipice parcouru en une petite quinzaine d'années.

 

 

Saucratès


24/08/2019
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