Critiques de notre temps

Critiques de notre temps

Point sur la crise des cryptomonnaies

Point sur la crise des cryptomonnaies

Par Saucratès 

Saint-Denis de la Réunion, dimanche 29 janvier 2023

 

Qu’il soit clair que je ne conseille à personne d’acheter, d’investir, ou de spéculer dans des cryptomonnaies. Je reste persuadé que les cryptomonnaies ne reposent sur rien de concret, et qu’elles peuvent très facilement perdre demain toute valeur. Une action, une obligation, un fond commun de placement reposent normalement sur une part d’une entreprise, sur des valeurs, sur une activité, sur un rendement futur. Du fait de l’évolution des marchés, ces placements peuvent évidemment perdre toute valeur, s’effondrer, du jour au lendemain, mais c’est le propre de la vie et de l’économie. Des exemples de ce type pullulent dans l’histoire boursière : Bourbon, Moulinex, 1855.com … Mais malgré tout, ces échecs sont des exceptions, la faute à des erreurs de gestion, des erreurs de stratégie, ou des arnaques.

 

Mais les cryptomonnaies ne représentent aucune de ses protections, de ses sous-jacents, rien de tout cela. Elles ne correspondent pas à des valeurs, à des placements, à des activités. Elles ne sont que pure spéculation. Elles ne servent à rien, si ce n’est de moyens de paiement recherchés par des terroristes ou des mafieux du fait de leur supposée intraçabilité, ou par des spéculateurs ou des épargnants cherchant à spéculer et à s’enrichir.

Par ailleurs, j’ai beaucoup de peine avec la finance moderne, cette finance qui repose sur la désécurisation des flux financiers et des informations financières. Mais le monde a changé. La finance ne peut plus être maintenue à l’écart des hackeurs informatiques et du réseau.

 

Ceci étant dit, les évolutions des derniers mois interpellent. Je me permets donc de revenir ci-dessous sur les divers événements ayant touché l’univers des cryptomonnaies. 

https://g.co/finance/BTC-EUR?window=5Y


(nota : je ne conseille en aucun cas d’investir dans une cryptomonnaie, que ce soit le Bitcoin ou une autre), et par ailleurs je ne détiens aucune cryptomonnaie ni même le moindre produit type actions, OPCVM ou FCP en direct)

 

Après un somment atteint en septembre 2021, la chute des cryptomonnaies en 2022 … «Winter is coming»

 

En mai 2022, effondrement de l’UST et du LUNA provoque un tremblement de terre dans l’univers des cryptomonnaies. 

 

https://www.objectifeco.com/riche-rentier/argent/investir/investissement-cryptomonnaies.html

 

L’UST est un stablecoin dont la parité est arrimé au dollar à raison du cours minimal de 1 UST pour 1 dollar. Il avait été développé par TERRA dont le PDG, Do Kwon, était en fuite et recherché par Interpol.


Ce stablecoin, adossé en principe au dollar américain et qui se rêvait en tant qu’alternative crédible au BUSD de BINANCE, à l’USDC de CIRCLE et surtout à l’USDT de TETHER, permettait de bénéficier de rendements élevés.


La chûte de ce stablecoin qui n’avait de stable que le nom a fait s’écrouler le LUNQ, l’autre cryptomonnaie de TERRA qui a perdu l’entièreté de sa valeur.

 

https://journalducoin.com/actualites/catastrophe-terra-luna-analyste-blockchain/

 

La baisse globale des cours qui s’en est suivie a conduit à la banqueroute de plusieurs acteurs, dont Celsius, société dirigée par Alex Mashinsky, et le fond Three Arrows Capital (3AC) mené par Su Zhu et Kyles Davies.

 

Novembre 2022, faillite de FTX 

 

Deuxième plus grande plateforme d’échange de cryptomonnaies après BINANCE, la société FTX de l’emblématique PDG fondateur Sam Bamkman-Fried, aka SBF, qualifié de génie de la finance et des cryptomonnaies qui a surtout fait fortune grâce à une autre société, Alameda Research, est mise en faillite après l’échec de la tentative avortée de rachat par son principal concurrent BINANCE.

 

https://www.lerevenu.com/bourse/la-plateforme-de-cryptomonnaies-ftx-en-faillite-aux-etats-unis-son-patron-demissionne

 

On apprend ainsi que FTX utilisait les dépôts de ses clients en collatéral pour financer les opérations d’Alameda Research (malgré les dénégations de SBF), dont la CEO est Caroline Ellison, largement responsable de la débâcle FTX (jeune fille de 28 ans, sans aucune expérience préliminaire à ce type de job).

 

Ce qui fait dire aux journalistes sur ces boîtes de cryptomonnaies : «les PDG ont tous des têtes d’adolescents, les sociétés n’ont pas dépassé 5 ans d’âge et ils se retrouvent avec des milliards en gestion».


Des victimes collaterales de la chute de FTX : la banque SOFTBANK, le fonds SÉQUOIA CAPITAL, le Fonds de Pension des enseignants de l’Ontario (qui avait investi 95 millions de dollars dans FTX)

 

De nombreuses autres cryptomonnaies résistent cependant encore à ce que les spécialistes appellent désormais l’hiver des cryptomonnaies, parmi lesquelles on trouve : l’UST de TETHER, BINANCE (et son charismatique patron Changpeng Zhao, surnommé «CZ»), et bien sûr le roi BITCOIN.


BINANCE est-il trop grand pour faire faillite (Too Big to Fail) ? C’est la question que se pose certains articles, et ce qui protège aujourd’hui l’univers des cryptomonnaies d’une faillite généralisée.

 

Quelque chose de tout à fait normal pour quelque chose qui ressemble à de la monnaie décentralisée

 

Mais les jeunes générations qui croient avoir réinventé la monnaie et la finance me font rire, ou bien les vieux loups qui croient avoir découverts la poule aux œufs d’or ou la réponse au règne de l’argent roi. Cet hiver des cryptomonnaies n’est rien d’autres que quelque chose de très normal, tout à fait naturel. Le dix-neuvième siècle occidental a été rempli de ses phases d’expansion et de crise des monnaies, avec des centaines de faillites d’établissements bancaires. 

Ce que l’on observe depuis les années 1980 est l’exception d’un système financier qui a plusieurs siècles d’histoire et des réglementations derrière lui. La banque aujourd’hui est une aberration, et elle conduit les acteurs de la finance, de la cryptomonnaie à se méprendre sur ce qu’est la monnaie et la banque. Pour échapper à cette succession de faillites et de bulles, les États et les banques ont organisé le système des banques centrales, des prêteurs en dernier ressort d’une puissance financière monstrueuse. Et pourtant parfois, même ses puissances ont pu être dépassées par la spéculation sur les marchés financiers, comme lors de la crise du système monétaire européen dans les années 1992-1993, lorsque Georges Sorros avait réussi à battre la Banque centrale d’Angleterre, l’obligeant à laisser la livre sterling être dévaluée. 

L’univers des cryptomonnaies n’a rien de tout cela pour combattre la spéculation, ni prêteurs en dernier ressort, ni SEC, ni ACPR, ni droit bancaire, ni même autorités crypto-monétaires. Les acteurs de ce monde des cryptomonnaies ne sont que des fonds spéculatifs qui cherchent l’enrichissement. 

https://www.jeuxvideo.com/news/1664646/cette-plateforme-crypto-prevoit-de-racheter-des-banques.htm

 

Tout ceci ne cherche ni à vous décourager d’investir dans ce domaine des cryptomonnaies, ni inversement à vous encourager à y investir. Des personnes ont certainement dû gagner de l’argent en y investissant, et de nombreuses personnes ont dû se faire arnaquer, ont dû perdre toutes leurs économies. 

Au fond, tout ceci n’est peut-être qu’une tentative de faire revenir un camarade sur sa décision de ne plus rien poster sur ZINFOS. 

 

 

Saucratès



https://www.lemonde.fr/economie/article/2023/01/10/coinbase-licencie-en-masse-pour-se-tirer-du-naufrage-des-cryptomonnaies_6157349_3234.html

 

https://www.lerevenu.com/bourse/la-plateforme-de-cryptomonnaies-binance-renonce-racheter-ftx

 

https://www.lerevenu.com/bourse/cryptomonnaies-les-remous-de-la-faillite-de-ftx-frappent-dautres-plateformes

 

https://www.lerevenu.com/bourse/devises/dogecoin-une-blague-18-milliards-deuros

 

https://www.lerevenu.com/bourse/devises/binance-coin-gare-aux-pirates

 

https://www.lerevenu.com/bourse/devises/tether-le-dollar-comme-metre-etalon


29/01/2023
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Vaccination – La grande méprise

Vaccination – La grande méprise
Entre experts et antivax, où se trouve la vérité ?

Par Saucratès 

Saint-Denis de la Reunion, jeudi 19 janvier 2023, jour de grève 

 

Qui a raison, des antivax ou des journalistes obsédés de porter la voix de la Macronie et de la raison ?

 

Nous n’aurons jamais la réponse, coincé entre les antivax qui se sentent confortés par tout nouveau décès qu’ils attribuent forcément à la vaccination et au vaccin, et les journalistes et experts gouvernementaux, qui ne reconnaitront jamais le moindre lien entre vaccination et décès, même si les décès devaient exploser.

 

C’est certainement là le cœur du problème ; le fait qu’il n’y aura jamais de réponse. Parce qu’on ignore à partir de combien de centaires de milliers ou de millions de décès le gouvernement et les experts reconnaitront qu’il y a un problème et qu’ils en sont les instigateurs avec l’obligation vaccinale qu’ils auront mis en œuvre ! Parce qu’il y a forcément des décès les années passant, même pour des causes naturelles, mais que chacun de ces décès vient conforter la position des antivax, et que chaque dénégation des experts et du gouvernement vient les conforter dans leur certitude !

 

Si on lit le journal Le Monde, ardent partisan et défenseur de la vaccination obligatoire, ardent partisan et défenseur des confinements et du tour de vis policier et sécuritaire de la démocratie française, ardent partisan et défenseur de l’exclusion des soignants ou des salariés essentiels ou non-essentiels non vaccinés, on comprend que ce journal mène une croisade acharnée contre les positions des antivax. Avec le terme ‘croisade’, on est effectivement très proche de la réalité de ce combat mené par Le Monde, un combat entre le ‘BIEN’ (le vaccin, les gens sérieux, vaccinés, le gouvernement et le président Macron …) et le ‘MAL’ (les antivax, ennemis d’aujourd’hui, et les fascistes et membres de l’ultra-droite, les opposants au confinement, les ‘gilets jaunes’ …). Le Monde se croit du côté du BIEN, se prend pour un soldat du BIEN, qui doit combattre inlassablement les fausses informations (tout ce qui est contraire à la logique, à la raison, aux positions du gouvernement).

 

https://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2023/01/14/les-infarctus-de-sportifs-de-l-obsession-antivax-morbide-a-la-manipulation-ehontee_6157842_4355770.html

 

Ma position au milieu de tout cela ?

Quelle est-elle ? Je suis à la fois gêné par les positions extrémistes des antivax, parce que ce qu’ils racontent ne tient pas la route, un peu comme face un naturopathe fou que vous n’arriveriez pas à suivre dans ces délires naturistes et énergétiques, mais également gêné par les positions des journalistes et des experts gouvernementaux, parce que je sens bien qu’ils ne cherchent qu’à nous manipuler, à nous mentir, à inventer de nouvelles règles pour mieux nous imposer leurs règles et leurs décisions. Et évidemment, je suis également vacciné comme une large fraction des français, un peu contraint, un peu forcé, sans avoir vraiment eu le choix … Cette contrainte m’aurait plutôt poussé à ne pas me faire vacciner que l’inverse.

 

Parce qu’on n’aura jamais la réponse, sauf à ce que la mort s’arrête complètement (ce qui enlèvera tout argument aux antivax) ou bien sauf à ce que la mort et le vaccin extermine totalement l’immense majorité de la population occidentale (ce qui donnera raison aux antivax), il me reste à répondre à une autre question …

 

Comment tout ceci est-il né ?

Tout ceci est né d’une méprise ou plutôt de non-dits. Les arguments des antivax se nourrissent de tous les à-peu-près de la communication du gouvernement depuis l’apparition du coronavirus, c’est-à-dire depuis 2020. On ne va pas revenir sur l’argument des masques chirurgicaux, première erreur de communication du gouvernement et des ministres. On pourrait parler des confinements en dépit du bon sens qui a été mis en œuvre partout dans les mêmes conditions, qu’il y ait des cas de coronavirus dans les départements ou qu’il n’y avait pas de circulation de l’épidémie. 

 

Mais, à l’inverse, si le gouvernement avait confiné le territoire métropolitain mais pas la Réunion ou pas les Antilles, que n’aurait-on entendu sur un gouvernement qui ne protégeait pas la population domienne, dont la santé ne lui importait pas. Résultat, nous avons été confiné alors qu’il n’y avait que quelques cas épisodiques dans l’île. Des entreprises mises à l’arrêt. Des salariés interdits de se déplacer librement.

 

Non, je ne m’intéresserais qu’à la seule question de l’obligation vaccinale et de l’exclusion des soignants et des personnels essentiels non vaccinés. Et là, on se trouve véritablement face à une méprise et à une déformation des faits.

 

Quel est l’impact des déboires des précédentes campagnes de vaccination, notamment contre la grippe H1N1, sur les décisions prises par ce gouvernement pendant l’épidémie de coronavirus ? Une ministre comme Roselyne Bachelot a pu être moquée et mise en cause sur l’histoire des millions de doses inutilisées de vaccins contre le virus de la grippe H1N1 ; Macron et le gouvernement ne voulaient en aucun cas se retrouvaient dans une telle situation. Et la seule façon d’y échapper, lorsqu’il est apparu clair que la manipulation médiatique des publicités pour la vaccination ne suffirait pas, cela a été de mettre en place la vaccination obligatoire pour tout le monde. On a ainsi imposé la vaccination de tout le monde pour éviter de dilapider des millions de doses de vaccins commandés et livrés

 

Quelles sanctions pouvait-on mettre en œuvre pour rendre obligatoire la vaccination ? Puisque qui dit ‘obligation’ implique forcément de penser ‘sanctions’ et ‘exclusions’. La première solution retenue a été d’interdire aux citoyens non vaccinés de sortir dans des restaurants, en boite, dans les bars, à défaut de pouvoir les forcer à rester chez eux enfermés. N’oublions pas les mots du président de la république à cette époque, indiquant « qu’il avait bien envie d’emmerder les non-vaccinés ». Et le plus triste, ce fut cette absence de réactions de toute la presse et tous les médias. Aucune condamnation unanime des propos de Macron de la part de la classe politique ou des médias, dont la majeure partie véhiculait les mêmes arguments, les mêmes positions idéologiques.

 

La deuxième solution quelques mois plus tard fut d’aller encore plus loin dans l’emmerdement des non-vaccinés, en leur refusant le droit de travailler s’ils n’étaient pas vaccinés. Mais là encore, il y avait méprise et travestissement de la réalité. L’argument de Macron, des ministres du gouvernement, des parlementaires et des journalistes, c’était qu’il était intolérable d’attraper le Covid et d’être contaminé en étant hospitalisé. C’est même ce qui motive toujours le maintien de l’obligation vaccinale pour les soignants et le refus de leur réintégration. 

 

Mais c’est un travestissement de la réalité, puisqu’une personne vaccinée peut toujours être contagieuse, porteuse du virus, et qu’elle peut contaminée des patients ou d’autres soignants. Evidemment, le risque est censé être plus faible que pour une personne vaccinée, mais il y aura bien toujours potentiellement des malades qui auront été hospitalisés et qui auront été contaminé à l’hôpital. Ce qui était supposé être intolérable.

 

Il n’y a pas de réponse définitive. L’argumentaire du gouvernement relayé jusqu’à plus soif par les médias n’effaceront jamais l’énorme gâchis démocratique que la gestion abracadabrantesque de cette épidémie par le gouvernement de Macron a causé. Parce que ce gouvernement était incapable de faire entendre raison aux français, de persuader les français qu’ils agissaient pour leur bien, pour le bien commun de tous, ils ont pris des décisions abracadabrantesques, obligatoires, imposées sans concertation, ce qui a encore plus creusé un fossé béant, un gouffre infranchissable, entre ce gouvernement et les citoyens français qui ne croient plus en ce gouvernement.

 

Et si demain, ce gouvernement a véritablement besoin de l’appui des citoyens face à un nouveau danger, il ne trouvera pratiquement plus personne pour le croire, pour adhérer à ses alertes. C’est une victoire à la Pyrrhus, si l’on peut dire, avec une grosse proportion des français, des classes moyennes qui ne se reconnaitront plus dans ses discours et dans ses actions.

 

La vaccination aurait dû demeurer un choix individuel. Le droit de chacun d’entre nous à disposer de son corps aurait dû pouvoir résister à cette épidémie et à ses conséquences. Le droit de pouvoir faire ses propres choix et d’en assumer les conséquences aurait dû survivre à cette épidémie. Et c’était le rôle du gouvernement français de protéger ce droit, de protéger nos libertés publiques. Et non pas l’inverse.

 

 
Saucratès


19/01/2023
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Existe-t-il des gouvernements qu’il est normal de combattre, et d’autres qu’il est intolérable de vouloir renverser?

Existe-t-il des gouvernements qu’il est normal de combattre, et d’autres qu’il est intolérable de vouloir renverser?

Par Saucratès 

Saint-Denis de la Reunion, lundi 16 janvier 2023


En quoi le fait que des supporters de Bolsonaro aient envahi les principaux lieux de pouvoir brésilien, le bâtiment du congrès à Brasilia, représente-t-il une si grave menace pour la démocratie, que l’ensemble des dirigeants des États démocratiques occidentaux se sentent obliger de le dénoncer de manière aussi virulente ? De la même manière, en quoi l’irruption du peuple américain, cette fraction du peuple américain qui supportait inconditionnellement Donald Trump, dans le temple de la démocratie américaine, à savoir le congrès, était-il à ce point-là choquant qu’il devait être contesté par tous les médias occidentaux défendant la démocratie, par tous les gouvernements des États démocratiques occidentaux ?

 

https://www.lemonde.fr/international/article/2023/01/09/tentative-d-insurrection-au-bresil-joe-biden-juge-scandaleuses-les-violences-des-pro-bolsonaro-emmanuel-macron-assure-lula-du-soutien-indefectible-de-la-france_6157098_3210.html

  

https://www.lemonde.fr/international/article/2023/01/08/au-bresil-des-centaines-de-partisans-de-bolsonaro-envahissent-l-exterieur-du-congres_6157090_3210.html

 

Soyons clair, je ne cherche pas à me prononcer sur l’invasion du Capitole américain ou du Congrès brésilien. Je ne suis pas vraiment ni pro-Trump, ni pro-Bolsonaro. Je cherche plutôt à comprendre pour quelles raisons les dirigeants, les médias et les élites politiques de pays supposément démocratiques, nés de violentes révolutions menées non pas par le peuple, mais en fait par des fractions de ce peuple, peuvent réagir aussi violemment, de manière aussi virulente, peuvent dénoncer de manière aussi intransigeante, des mouvements sociaux qui ne sont en fait pas très différents des mouvements sociaux qui sont à l’origine de leurs propres régimes démocratiques.

 

Au fond, le problème n’est pas tant ces foules acclamant Trump ou Bolsonaro et tentant d’occuper des lieux de pouvoir, que la peur que l’on ressent chez tous ceux qui s’en offusquent, tout ceux qui les condamnent. Le mouvement des gilets jaunes n’aurait pas saccagé l’Arc de Triomphe le 1er décembre 2018, mais aurait marché sur l’Elysee et l’aurait occupé, renversant le pouvoir autoproclamé de notre Jupitérien président, que l’on aurait vu fleurir également dans tous les pays se disant démocratique une formidable condamnation. Les armées de l’UE auraient peut-être même marché sur Paris pour libérer le monarque jupitérien injustement emprisonné par le peuple.

 

On en saura évidemment rien. Le mouvement des gilets jaunes a avorté et a raté sa révolution ce jour-là. Le pouvoir policier lui a ensuite fait payer sa peur et sa terreur. Le macronisme est passé ce jour-là tout près de sa chute. Les énucléations des gilets jaunes ne sont que le prix à payer pour cette peur des puissants, pour cette vengeance des puissants envers les sans-dents.

 

Au fond, les dirigeants du monde entier n’ont jamais agi différemment après une révolte du peuple. Chercher des coupables, de préférence parmi leurs opposants politiques, parmi leurs adversaires, et punir des victimes expiatoires, afin de terroriser leurs adversaires, leurs contestataires.

 

https://www.lemonde.fr/international/article/2023/01/14/anderson-torres-ancien-ministre-de-jair-bolsonaro-arrete-dans-le-cadre-de-l-enquete-sur-le-saccage-a-brasilia_6157886_3210.html

 
https://www.lemonde.fr/international/article/2023/01/14/bresil-une-enquete-pourrait-etre-ouverte-contre-jair-bolsonaro-apres-la-tentative-d-insurrection-de-l-extreme-droite-a-brasilia_6157821_3210.html

 

La peine doit être la plus afflictive possible afin que le prix à payer pour une prochaine révolte fasse reculer les prochains qui seraient tentés de se révolter. C’est la raison pour laquelle les jacqueries du moyen-âge furent réprimer le plus sauvagement possible, le plus violemment possible, de la même manière que Macron a fait charger sans arrêt, à condamner sans arrêt le mouvement des gilets jaunes.

 

Les dirigeants, les médias de la France, du Royaume-Uni, des États-Unis d’Amérique sont donc les plus virulents pour condamner l’occupation du congrès brésilien par les partisans de Bolsonaro, ou précédemment l’occupation du congrès américain par les partisans de Trump. Ont-ils oublié que la France célèbre un mouvement social comparable : le renversement de la royauté et de son pouvoir, par le peuple de Paris, ou plutôt par des membres du peuple de Paris. Ils ont occupé puis rasé la prison de la Bastille, occupé le palais des Tuileries et Versailles, puis emprisonné et guillotiné le roi légitime de la France. 

Le régime parlementaire anglais est né d’un régicide. Et quant aux États-Unis d’Amérique, aux glorieux États-Unis d’Amérique, ils se sont révoltés et libérés du carcan d’un merveilleux régime démocratique et parlementaire. Tous les états démocratiques sont nés dans le sang et dans la fureur. En quoi le combat d’une partie du peuple d’autres pays merite-t-il d’être condamné et lynché aussi violemment, si ce n’est parce que ces régimes meurent de peur ? Leur violence et leur virulence, et celle des médias qui les défendent et qui se nourrissent d’eux, se nourrissent de leur peur, de leur terreur d’être les prochains sur la liste.

 

Car ils n’ont aucun peuple qui se lèvera pour les protéger. Ils n’ont qu’un État policier pour les protéger, ils n’ont que l’armée, la police et la gendarmerie pour les garantir de la colère et de la haine du peuple qu’ils méprisent si ouvertement. «Il suffit de traverser la rue pour trouver du travail».

Rien n’empêche donc des personnes qui glorifient la Révolution française, anglaise ou américaine, de condamner le plus vigoureusement possible des mouvements populaires tout à fait respectables.

 

Il existe donc des gouvernements qu’il est normal de renverser, et d’autres qu’il est intolérable de vouloir renverser.

Lorsque les partisans de Trump ou de Bolsonaro cherchent à renverser leurs adversaires gauchistes ou démocrates, c’est ignoble, abject, insupportable. Lorsque les partisans de Gaino cherchent à renverser Maduro ou lorsque celui-ci s’autoproclame président, les démocraties occidentales applaudissent et chantent ses louanges, et lui confie la gestion des avoirs de réserves du Venezuela en Occident. Demain, le peuple russe renverserait Poutine qu’il serait acclamé par tous les dirigeants et médias occidentaux.

 

Pourquoi donc ces différences ? Sur quoi se fondent-elles ? Qu’est-ce qui sépare l’élection qui a porté Macron, Biden, ou Lula des élections qui ont porté Poutine ou Maduro au pouvoir ? La forme démocratique ou non démocratique de ces élections ? Lorsque tous les pouvoirs constitués, pratiquement tous les partis politiques de la droite à l’extrême gauche, tous les syndicats, toutes les associations, ont appelé à voter Macron et à faire barrage à l’extrême droite ? Ceci serait différent des élections russes ou vénézuéliennes ? Parce qu’on appelle cela une démocratie ? Et malgré le fait qu’elle se batte pratiquement seule contre une multitude, Marine Le Pen fait pratiquement 45% des suffrages !

 

Il y a des gouvernements qu’on a le droit ou le devoir moral de combattre, parce qu’ils sont le MAL par nature, et ceux qu’il serait anti-démocratique de combattre, contre lesquels il ne faut pas résister, parce qu’ils seraient BONS par nature.

 

Voilà la raison de ces réactions internationales outragées. En raison d’une vision manichéenne des gouvernements, selon qu’ils sont catalogués comme BONS, conformes aux valeurs, aux principes occidentaux, au règne de l’argent et au respect des puissants et des élites, ou alors catalogués comme MAUVAIS, comme LE MAL, contraires aux valeurs ou aux principes occidentaux. Et puis au-delà du manichéisme, il y a la Chine, trop puissante, trop riche, trop dangereuse pour être classée dans les forces du MAL. 

 

Si la Révolution française se rejouait aujourd’hui, que se passerait-il ?

La Révolution française est supposée être un symbole mondial de l’histoire de la démocratie et des droits de l’homme. Mais elle se rejouerait, ou se jouerait sous nos yeux, quelles seraient les réactions internationales ou médiatiques ? Dithyrambiques ? Ou condamnation unanime des médias et de nos partenaires occidentaux ? Vous le savez évidemment.

 

La fin des privilèges de naissance ? Il en existe encore tout autant, liés notamment à l’héritage financier, et personne n’a utilisé cet argument pour excuser ou défendre le mouvement des gilets jaunes. Et aucun média français. Et les privilèges des lords anglais ou la richesse des Windsor ne gênent personne en Occident ! En fait, la Revolution française se jouerait aujourd’hui sous nos yeux que le monde entier condamnerait le peuple français, ou la fraction du peuple français qui aurait osé raser et brûler la Bastille ou fait décapiter le Roi, seul gouvernement légitime reconnu.

 

On célèbre ainsi un événement qui serait condamné s’il était effectué à notre époque. Nos dirigeants le célèbrent en grande pompe, des dirigeants étrangers y sont invités, mais ces célébrations n’ont pour seul objectif que de boucher les yeux du peuple. La plus grande crainte de nos dirigeants est que le peuple français se révolte à nouveau contre ses nouveaux maîtres.

 

Ce qui sépare la Révolution française de l’assaut du congrès américain par les supporters de Trump ou de l’assaut du congres brésilien par les défenseurs de Bolsonaro n’est pas une différence de valeur, n’est pas la différence entre le BIEN et le MAL, mais simplement une question de réussite. Ils eussent réussi que dans deux siècles, le peuple américain ou brésilien chanteraient encore les louanges des émeutiers, ainsi que leurs dirigeants ‘démocratiquement’ élus. Mais ils ont échoué, et les condamnations pénales ou internationales vont leur tomber dessus comme la grêle, comme la vérole.

 


Saucratès


15/01/2023
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Antisémitisme, islamisme et justice en France

Antisémitisme, islamisme et justice en France

Par Saucratès 

Saint-Denis de la Reunion, jeudi 12 janvier 2023

 

À l’heure où toute critique de l’Islam est systématiquement poursuivie devant les tribunaux en France au travers de plainte pour incitation à la haine et au racisme, de la part d’associations musulmanes, du culte musulman ou de mosquées, qu’il s’agisse de l’écrivain Michel Houellebecq ou d’un présentateur d’une chaîne télévisée du groupe Bolloré, on peut se demander s’il est encore possible aujourd’hui de s’exprimer en France sur l’Islam et sur les musulmans ? 
 
Peut-être pas ? Et peut-être même est-ce normal. On ne peut pas plus s’exprimer sur les juifs en France sans être accusé d’être antisémite. Mais on ne sera peut-être pas encore condamné par la justice française. Mais l’Histoire de la seconde guerre mondiale et l’Holocauste explique cette crispation. Pour ce qui concerne l’islam, je n’en vois pas de raisons légitimes, comme si cela relevait d’une guerre politique et idéologique conduite par des partis islamo-gauchistes alliés à des autorités religieuses musulmanes.
 

Il me resterait donc uniquement la possibilité de critiquer les français autochtones, ces français qui sont français depuis de nombreuses générations, ainsi que la religion chrétienne (ou faut-il se limiter aux seuls catholiques ?), les méchants curés et les méchantes autorités ecclésiastiques des évêchés et du Vatican.

 
La dénonciation de la partialité de la justice française et des personnes qui gravitent autour d’elle, experts, juges, procureurs, est à la base de ce blog que je viens de découvrir.

http://www.veroniquechemla.info/2022/08/eyal-hadda-assassinat-antisemite.html

 
Evidemment, ce blog estime que la justice française est antisémite et qu’elle ne défend pas les victimes juives.  

 

Je fais ci-dessous un petit rappel des différentes affaires d’assassinats ou agressions (citées par ce site), assassinats dont les motivations sont, sans contestation possible, antisémites. Et je ne parle pas des attentats islamistes de ces dernières années …

 

Une trop grande proportion de ces assassins ont été déclarés pénalement irresponsables par la justice française : l’assassin de Sébastien Selam, l’agresseur de  Jean-Louis Lévy, l’assassin de Sarah Halimi … 

 

Sébastien Selam, assassiné en 2003

«Sébastien Selam, assassiné à Paris en novembre 2003 par un voisin musulman, Adel Amastaibou. Sebastien Selam avait 23 ans et il était juif. Le 5 janvier 2010, la Cour d’appel de Paris a jugé Adel Amastaibou pénalement irresponsable lors de cet assassinat.» Il est sorti libre d’hospitalisation et il est revenu vivre dans le même immeuble, où il croise régulièrement la mère de Sébastien Selam.

 

 

https://www.tribunejuive.info/2022/03/30/meyer-habib-19-ans-apres-son-assassinat-le-corps-de-sebastien-selam-dit-dj-lamc-a-ete-transfere-a-netanya/
 

Ilan Halimi, assassiné en 2006

«En 2006, le jeune Ilan Halimi, âgé de 23 ans, séquestré, torturé et assassiné dans une banlieue parisienne par le gang des Barbares dirigé par Youssouf Fofana». Une partie des protagonistes de cette affaire (geôliers, bourreaux, appat, meurtriers, hommes de mains …) ont été condamnés en 2010. 25 d’entre eux ont été condamnés.

 

Gageons que certains islamo-gauchistes ou membres du gouvernement, demanderont bientôt la libération de Youssouf Fofana, condamné en 2010 à la réclusion criminelle à perpétuité assortie d’une période de 22 ans sûreté, si ce n’est déjà fait !

 

Jean-Louis Levy, agressé gravement en 2016

«Jean-Louis (Chalom) Levy, sexagénaire français juif, agressé gravement au couteau en août 2016 par Mehdi Kerkoub, délinquant franco-algérien multirécidiviste, alors âgé de 44 ans et criant ‘Allahou Aqbar’. Le 12 septembre 2019, la Chambre de l’instruction de la Cour d’appel de Colmar a déclaré l’agresseur pénalement irresponsable en raison d’un trouble psychique ou neuropsychique ayant, au moment des faits, aboli son discernement ou le contrôle de ses actes. Le 30 décembre 2019, Jean-Louis Levy est décédé à l’âge de 65 ans ; il a été enterré en Israël.»

 

http://www.veroniquechemla.info/2020/01/jean-louis-chalom-levy-victime-dune.html

 

Sarah Halimi, aussi appelée Lucie Attal, assassinée en 2017

Dans la nuit du 3 au 4 avril 2017, dans le quartier parisien de Belleville, Sarah Halimi (appelée aussi Lucie Attal), ancienne directrice d'école, sexagénaire juive orthodoxe, a été séquestrée, rouée de coups dans son domicile et défenestrée par Kobili Traoré, voisin musulman d’origine malienne et âgé de 27 ans. La juge d'instruction Anne Ihuellou a refusé jusqu'en février 2018 de retenir la circonstance aggravante d'antisémitisme, et a multiplié les expertises psychiatriques.»  

 

La chambre d'instruction de la cour d'appel de Paris a finalement rendu un d'arrêt de déclaration d'irresponsabilité pénale reconnaissant l'abolition du discernement de Kobili Traoré. Et la Cour de Cassation a confirmé le 14 avril 2022, que Kobili Traoré, le meurtrier de Sarah Halimi, retraitée parisienne de confession juive tuée en 2017, ne pouvait être jugé en raison d'un discernement aboli au moment des faits. Kobili Traoré est très vite ressorti libre de l’hospitalisation. Vive la justice française.


http://www.veroniquechemla.info/2017/06/assassinat-antisemite-de-sarah-halimi.html 

 

Mireille Knoll, assassinée en 2018

«Mireille Knoll, veuve juive française âgée de 85 ans, a été découverte le vendredi 23 mars 2018 vers 18 h 30 morte, poignardée au cri de ‘Allah OuAkbar’ et brûlée dans son appartement parisien au 30 avenue Philippe Auguste Paris onzième. (…) Le 10 novembre 2021, Yacine Mihoub a été condamné à la réclusion criminelle à perpétuité pour le meurtre antisémite de Mireille Knoll, Alex Carrimbacus à 15 ans de prison pour "vol aggravé" et Zoulika Khellaf, mère de Mihoub, à trois ans de prison, dont deux avec sursis, pour avoir fait obstacle à la manifestation de la vérité par destruction de preuves. Yacine Mihoub et Alex Carrimbacus ont interjeté appel.»

 

http://www.veroniquechemla.info/2018/03/mireille-knoll-victime-dun-assassinat.html

 

Mort de Jérémie Cohen en février 2022

«Jérémie Cohen était un Français juif qui souffrait d'un léger handicap mental et portait souvent sa kippa blanche. Le 16 février 2022, vers 20 h, à Bobigny (Seine-Saint-Denis), il est sauvagement agressé physiquement par une quinzaine d'individus. Il parvient à fuir, mais en traversant les voies du tramway, il est percuté par une rame, et décède à l'hôpital. L'enquête piétine, malgré celle menée par la famille de la victime. Le 4 avril 2022, grâce à ses twitts, Eric Zemmour révèle cette tragédie.»

 

http://www.veroniquechemla.info/2022/04/la-mort-de-jeremy-cohen.html 

 

René Hadjadj, assassiné en mai 2022

Le 17 mai 2022, dans le quartier de la Duchère, dans le 9e arrondissement de Lyon, René Hadjadj, français juif âgé de 89 ans, a été tué et défenestré par un voisin, Rachid Kheniche, âgé de 50 ans.  

 

http://www.veroniquechemla.info/2022/06/rene-hadjaj-un-assassinat-antisemite.html

 

Liyahou Haddad, assassiné en août 2022

Liyahou Haddad, juif âgé de 34 ans, a été assassiné à coups de couteau et de hache le samedi 20 août 2022, à Longperrier (Seine-et-Marne), par Mohammed Dridi, âgé de 24 ans et d'origine tunisienne. Un assassinat révélé par le Bureau national de vigilance contre l'antisémitisme (BNVCA) le 28 août 2022. Le compte Facebook de Baha/Mohammed Dridi, révèle sa piété islamiste. 


http://www.veroniquechemla.info/2022/08/eyal-hadda-assassinat-antisemite.html

 

Certains me diront que cette longue liste d’assassinats ne démontre rien. Ils n’auront pas tord. Je ne souhaite rien prouver, juste rappeler ces différentes affaires qui m’ont marqué, qui participent à un climat d’insécurité en France, tout particulièrement pour nos concitoyens juifs, qui sont de plus en plus enclins à partir se réfugier en Israël, loin d’une société française devenue antisémite et d’une justice incapable de les défendre et de condamner leurs assassins.

 
 
Saucratès


11/01/2023
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Les mythes à l’origine de l’humanité

Les mythes à l’origine de l’humanité
A partir des travaux de Jean-Loic Le Quellec

Par Saucratès 

Saint-Denis de la Réunion, samedi 7 janvier 2023

 

C’est un sujet de Science & Vie de janvier 2023 intitulé : «On a retrouvé le mythe originel - La nouvelle théorie issue de l’art pariétal», qui m’a conduit à prendre connaissance d’une partie des théories de Jean-Loic Le Quellec, contenues dans son livre «L’origine de l’humanité selon les mythes - Variations sur l’histoire de l’humanité».

 

M. Le Quellec s’est intéressé, aux côtés d’autres chercheurs en anthropologie, en archéologie et en linguistique, à recenser les différents mythes sur l’origine de l’humanité et à les analyser avec les outils de la linguistique et de la biologie. 

 

https://www.researchgate.net/publication/327670818_2018_-_L'Origine_de_l'humanite_selon_les_mythes_Variations_sur_l'histoire_de_l'humanite_Preface_Yves_Coppens_Paris_La_Ville_Brule_p_13-37

 

https://www.researchgate.net/publication/302499087_Peut-on_retrouver_les_mythes_prehistoriques_L%27exemple_des_recits_anthropogoniques


Ce n’est bien sûr pas la première fois que certains nous parlent de certaines de ces théories. Je pense notamment à certaines présentations des mythes de l’origine de l’humanité à partir d’une cucurbitacée qui nous avaient été présentées sur ZINFOS, mais que je n’ai pas retrouvées dans les courriers des lecteurs. Impossible de rendre à Caesar ce qui est à Caesar. Mais il s’agissait certainement soit de M. Maugis, soit de l’association Energie Environnement.

 

Les recherches de Jean-Loic Le Quellec permettent notamment de démontrer que cette théorie de l’origine végétale de l’humanité est extrêmement peu développée, selon les analyses de M. Jean-Loic Le Quellec, et qu’elle ne s’est diffusée que dans quelques rares régions du monde, essentiellement en Asie du Sud-Est dans la région de la Thaïlande, et sporadiquement en Afrique ou en Amérique du Sud.

 
Le mythe originel de l’émergence primordiale

Par contre, dans les études réalisées par M. Jean-Loic Le Quellec, je trouve beaucoup plus intéressant son analyse du mythe originel de l’émergence primordiale, dont il note la très forte diffusion sur l’ensemble des continents. Il en note près de 700 occurrences dans les mythes d’un très grand nombre de peuples, distribués à peu près partout, sauf en Europe où ce mythe aurait, toujours selon lui, été remplacé par le mythe du corps souillé.

 

Qu’est-ce donc que le mythe de l’émergence primordiale ? Ci-dessus le mythe des indiens Hopi.

 

«Au début, les Hopi vivaient sous terre, de même que les Paiute et les Pueblo. Un jour, ils entendent des bruits de pas au-dessus d’eux. Ils envoient trois oiseaux qui reviennent exténués sans avoir rien trouvé, mais le quatrième trouve un passage conduisant vers le monde supérieur. Il y rencontre Masau’u (« Squelette » — la divinité de la mort) qui dit vivre là pauvrement et déclare qu’il accepterait volontiers de cohabiter avec des nouveaux-venus. Le chef du village sort d’abord, en montant le long d’un roseau, et il est suivi d’un grand nombre d’habitants du monde inférieur. Ayant peur qu’ils soient trop nombreux à le suivre, le chef retira le roseau, et beaucoup de gens retombèrent en bas.»

 

 Ou bien celui des Xhosa 

 

«Vers l’Est se trouve une caverne appelée Ilhanga, de laquelle l’humanité et les animaux sont sortis : leurs traces se voient encore sur les rochers des alentours. Le bétail émergea d’abord, puis l’humanité, et enfin les autres animaux et les oiseaux …»

  
On trouve aussi le mythe Chthonien des Mandans

 

«Toute la nation résidait dans un grand village sous le sol près d'un lac souterrain. Une vigne étendait ses racines jusque chez eux, et ils voyaient un peu de lumière en sa direction. Quelques aventureux grimpèrent le long de la racine, furent ravis de voir la lumière à la surface, et furent heureux de voir que la Terre était couverte de bisons et de toute sorte de fruits. Ils redescendirent avec les raisins qu'ils avaient cueillis, les firent goûter à leurs compagnons d'en bas et toute la nation décida de quitter l'obscurité souterraine. Hommes, femmes et enfants grimpèrent le long de la racine et environ la moitié avait atteint la surface quand le poids d'une femme corpulente causa la rupture de la racine, ce qui ferma l'accès du reste de la nation à la lumière du soleil.» (Lewis & Clark, 1902: 148-149)

 

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Figure 1. Il s’agit de la carte de répartition géographique des mythes d’émergence primordiale élaborée par M. Le Quellec. L’utilisation de cette forme de planisphère, centrée sur le pôle nord, permet de visualiser plus facilement les lieux de passage ou de diffusion de ces mythes. Dans ses cartes récentes, M. Le Quellec utilise une autre forme de dessin des côtes représentant les niveaux des mers et des océans lors de la dernière glaciation, époque à laquelle ces mythes ont émergé et se sont diffusés.

 

Comment en arrive-t-on à comparer et à classer des mythes ? En décomposant les mythes en unités narratives appelées ‘mythèmes’, «c’est-à-dire la plus petite partie insécable d’un mythe», on peut utiliser les outils de la phylogénétique pour découvrir l’arbre évolutif du récit lui-même.

 

Pour reprendre les termes de l’article de Science & Vie mais également de M. Le Quellec, «le mythe de l’émergence primordiale serait né en Afrique du Sud (les mythes khoïsan) il y a au moins 100.000 ans. Il aurait ensuite suivi les voies migratoires récemment mises au jour : sorti d’Afrique via la Corne, il se serait répandu en Eurasie, puis en Australie, et il aurait même atteint l’Amérique du Sud via le détroit de Béring il y a entre 16.000 et 30.000 ans, avant que ce pont naturel entre continents ne disparaisse. Sa présence parmi les cultures amérindiennes l’attesté : ce mythe était narré au Paléolithique.»

 

Que l’on puisse par le biais de la phylogénétique estimer si précisément l’ancienneté d’un mythe et son origine en pleine Afrique australe, au sein du peuple Khoisan, me semble extraordinaire. Que ce mythe puisse être également aussi généralisé, aussi répandu sur l’ensemble des continents me semble également extraordinaire. 

 

Reste bien sûr enfin à expliquer comment l’ensemble des peuples concerné peuvent se raconter que l’humanité et les animaux ont pu sortir, naitre d’une caverne, à l’origine de la vie, à l’origine des temps, il y a à peu près 100.000 ans, est par contre un peu difficile à comprendre. 100.000 ans, c’est aussi le goulet d’étranglement de la population génétique humaine, cette époque où l’humanité est passée tout près de l’extinction, époque à laquelle la population humaine est passée par un minimum de quelques milliers d’individus.

 

Si un jour le monde était victime d’un apocalypse nucléaire, si une partie de l’humanité devait se réfugier dans des abris antiatomiques souterrains pendant plusieurs siècles, et qu’ils en sortaient un jour, je pense que c’est ce même genre de mythes que leurs descendants se raconteraient plusieurs générations plus tard, et c’est aussi ce qui resterait de ce mythe, de cette histoire, 100.000 ans plus tard.

 

Mais faut-il donner une explication littérale à des mythes d’origine de l’humanité ? Ces mythes signifient-ils réellement quelque chose de tangible ou ne sont-ils que des tentatives mythiques d’expliquer l’origine de l’homme ? Les mythes du déluge nous parlent-ils vraiment d’un déluge ? Ou bien ne sont-ce que des allégories de quelques esprits à peine éveillés, et les déluges et cavernes ne serait-ils que des tentatives d’explication psychologique des épisodes de la naissance et de l’enfance. 

 
Existence d’autres mythes recensés et présentés par M. Le Quellec

L’article de Science & Vie se limite à ce seul mythe explicatif et cet article se focalise sur l’explication de l’art pariétal, à savoir expliquer les raisons pour lesquelles les hommes préhistoriques s’enfonçaient dans des cavernes pour y dessiner des animaux et des signes. On oublie évidemment que ce mythe de l’émergence primordiale a été effacé en Europe, remplacé par le mythe de la souillure originelle ou celui du plongeon créateur. Ce mythe y existait-il donc à l’époque des grottes ornées d’Europe ? Pourquoi l’absence d’êtres humains dans ces dessins alors que ce mythe est sensée raconter l’origine de l’humanité et des animaux? Tout ceci n’est pas si simple. Tout ceci n’est pas encore si évident à comprendre.

 

Les mythes du corps souillé

Un premier de ces autres mythes présentés par M. Le Quellec est donc celui du corps souillé ou de la souillure originelle. C’est en gros celui du serpent de la Bible alias le Diable qui contamine Adam et Ève. Ce mythe «raconte que le créateur a formé les premiers humains - un homme et une femme - à partir d’argile. Mais alors que le créateur avait le dos tourné, le diable en a profité pour cracher sur les deux statuettes - une souillure à l’origine des maladies et de notre mortalité.» (d’après Science & Vie)

 
Ainsi le récit Tatar de création des hommes :

 

«Quand le grand Pajana forma les premiers hommes, il ne put leur procurer l’esprit vivifiant, ce qui l'obligea à aller chercher l'âme au ciel. Pendant son absence, il laissa un chien pour protéger l'homme. Entre temps, survint Erlik qui dit au chien encore nu à ce moment : Tu n'as pas de poils, mais je te donnerai une toison en or si tu m'abandonnes ces hommes sans âme. La proposition d'Erlik agréa au chien qui lui remit les créatures confiées à sa garde. Quand Erlik se fut emparé des hommes, il les souilla de sa salive, puis il prit la fuite au moment ou le dieu revenait pour les animer. Quand le dieu vit qu'Erlik avait souillé le corps des hommes, il tourna leur extérieur sali vers l'intérieur. C'est pourquoi les intestins humains contiennent encore aujourd'hui de la salive et de la saleté.» (Harva, 1959: p.83)

 

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Répartition mondiale des mythes du corps souillé. Tiré de ‘L’origine de l’humanité selon les mythes’ de Jean-Loic Le Quellec.

 

Les mythes de l’origine céleste de l’humanité

Les mythes traitant d’une origine céleste de l’humanité sont très proches des mythes de l’origine chthonienne de cette même humanité. Simplement, au lieu d’émerger d’une grotte, les humains seraient descendus d’un monde supérieur, ils auraient découvert un passage vers un nouveau monde, et ils y seraient descendus également à l’aide d’une racine ou d’une corde.

 

Ainsi le mythe des indiens Warao de Guyane 

 

«Les ancêtres vivaient au ciel. Là-haut, l'un d'eux, nommé Okonoroté, était un fameux chasseur. Une fois, il poursuivit un oiseau pendant plusieurs jours sans pouvoir trouver l'occasion de le flécher. À la fin, il réussit, et sa flèche perça bien l'oiseau, mais celui-ci tomba dans un trou profond, et il était apparemment perdu. Okonoroté, regardant dans ce trou, vit qu'il y avait de la lumière au fond, et bientôt il discerna tout en bas un pays sur lequel marchaient de nombreux animaux. Avec l'aide des autres membres de sa tribu, il fit pendre une longue corde végétale par cet orifice, et l'utilisa pour descendre. En bas, il chassa beaucoup de gibier, puis grimpa à la corde pour retourner chez lui, riche d'une abondante venaison. Les Warao qui étaient restés au ciel, n'ayant jamais connu de viande aussi goûteuse, l'apprécièrent tellement qu'ils se décidèrent à descendre eux aussi au pays d'en bas. Un grand nombre d'entre eux réussit à le faire, mais une femme-enceinte selon les uns, obèse selon les autres -resta bloquée dans le trou du ciel, et malgré que ceux du bas la tiraient pendant que ceux du haut la poussaient, il fut impossible de la sortir de là. C'est pourquoi les Warao qui étaient déjà sur Terre y sont restés, et que ceux qui étaient encore au ciel y demeurent encore.» (Thurn, 1883 : page 377) 
 
 
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Répartition mondiale des mythes d’origine céleste de l’humanité. Tiré de ‘L’origine de l’humanité selon les mythes’ de Jean-Loic Le Quellec. 

 

Les mythes de création de l’humanité à partir de squames divins (ou par coroplastie).

Une très grande partie des mythes de création de l’humanité recensés par M. Le Quellec font ainsi remonter l’origine du monde ou celle des humains à des squames ou déchets du corps divin du créateur. 

Ainsi le mythe des Blaans des Philippines 
 
«Melu, un être si grand que rien ne peut lui être comparé; il était blanc, avec des dents d'or, se tenait assis sur les nuages et occupait tout l'espace au-dessus de ceux-ci; il était obsédé par sa propreté et se frottait sans cesse le corps avec les mains pour assurer la blancheur de sa peau, déposant à côté de lui les squames de peau morte qui, en s'accumulant, finirent par faire un tel amas qu'il en fut gêné; pour s'en débarrasser, il en fit la Terre et, comme il était content du résultat, il décida d'utiliser le reste pour créer deux petits êtres lui ressemblant, mais beaucoup plus petits: c'était le premier couple humain.» (Cole 1913 : p.135)
   

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Répartition mondiale des mythes de création de l’humanité par coroplastie. Tiré de ‘L’origine de l’humanité selon les mythes’ de Jean-Loic Le Quellec.

 

Les mythes d’origine végétale de l’humanité (ou née d’une cucurbitacé)

On en arrive ainsi aux mythes donnant une origine de l’humanité à travers une cucurbitacé. Certains de ces mythes nous ont ainsi déjà été présentés par quelques Zinfonautes. 

 

«Selon d'autres récits, les premiers humains sont issus de végétaux. Ainsi, un mythe noté en Afrique australe, chez les Sandawe, veut que l'ancêtre de ces derniers, dénommé Matunda, soit issu de l'arbre à pain: en l'ouvrant, Matunda permit à la hyène de sortir, suivie des moutons, puis d'une femme avec deux enfants, et enfin de Wangu, l'homme qui épousa la sœur de Matunda, alors que ce dernier épousait celle de Wangu (Baumann 1936: 144).

 

Ou bien, chez les Apinaye du Plateau brésilien, Soleil et Lune, premiers occupants de la Terre, firent une plantation de courges, et, lorsqu'elles furent mûres, ils les mirent dans l'eau sous le petit pont qui franchissait le plus proche cours d'eau, et là elles se changèrent en êtres humains (Nimuendaju, 1939: 163).»

  

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Répartition mondiale des mythes d’origine végétale de l’humanité (et non pas uniquement issue d’une cucurbitacé). Tiré de ‘L’origine de l’humanité selon les mythes’ de Jean-Loic Le Quellec. 

 

Les mythes du plongeon créateur

Toujours selon M. Le Quellec, les mythes du plongeon créateur, extrêmement présents dans toute la moitié nord de l’Eurasie et en Amérique du Nord, auraient remplacé l’ancienne mythologie de l’Emergence primordiale dans le contexte de la reconquête des territoires septentrionaux après le dernier maximum glaciaire.

 

Dans ces mythes, l’origine de l’humanité et des terres s’explique par le plongeon d’un être ou d’un animal primordial qui ramène du fond de l’océan ou de la mer de la boue à partir de laquelle le créateur compose les continents et l’homme.

  
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Répartition géographique des mythes du plongeon créatif. Tirée de ‘Peut-on retrouver les mythes préhistoriques? L'exemple des récits anthropogoniques’ de Jean-Loic Le Quellec


(Nota : consulter les versions des articles de M. Le Quellec pour observer les schémas originels de la répartition géographique de ces divers mythes sur l’ensemble des continents. M. Le Quellec utilise des cartes géographiques centrées sur le pôle Nord permettant de mieux comprendre les phénomènes de diffusion spatiale des mythes. Dans ces travaux récents, et dans Science & Vie, M. Le Quellec utilise des planisphères datant de la dernière période glaciaire, permettant d’observer les côtes telles qu’elles étaient à l’époque du paléolithique).
 
 

Saucratès


08/01/2023
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