Critiques de notre temps

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Lettre ouverte au Parti Socialiste français

Saint-Denis de La Réunion, jeudi 7 février 2019

 

Le Secrétaire Général du Parti Socialiste a ouvert un droit d'inventaire sur le quinquennat de Francois Hollande. Je ne suis pas adhérent au Parti mais j'estime qu'en tant qu'ancien électeur de Lionel Jospin en 1997 et en 2002, de Ségolène Royal en 2007 et de François Hollande en 2012, j'ai le droit de m'exprimer sur ce droit d'inventaire, sur la manière dont le Parti Socialiste a gouverné de 2012 à 2017 suite à mon vote !

 

Alors que l'on entend régulièrement François Hollande se gargariser par presse interposée ou par colloque interposé sur l'excellence de son bilan, j'aimerais que le Parti socialiste n'omette dans cet indispensable droit d'inventaire de ce quinquennat maudit aucune des erreurs, manipulations et compromissions auxquelles des socialistes (supposément) ont participé. Ce n'est qu'à cette unique condition que je pourrais un jour envisager de revoter pour des socialistes.

 

Je vous ai d'ailleurs entendu dire que ce droit d'inventaire ne pouvait pas se limiter à la seule responsabilité des députés frondeurs socialistes ! Je pense pour ma part que si certains députés et certains socialistes ont dû fronder, s'opposer à la ligne d'un gouvernement et d'un Parti supposément Socialiste, c'est parce que ces supposés socialistes n'étaient plus des socialistes, ne défendaient plus et n'appliquaient pas une politique de gauche, Socialiste. Les frondeurs ne peuvent être les responsables d'un fiasco ; ils ne sont que les quelques courageux qui souhaitèrent défendre une autre vision du socialisme.

 

Je vais donc vous lister ce que je retiens de ce quinquennat maudit, où je pense que le Parti Socialiste a perdu son âme de gauche.

 

1) La première et plus monstrueuse trahison concerne l'adoption de la Loi Travail et des mesures de réécriture du Code du Travail et des droits sociaux. Le gouvernement Socialiste a même indiqué à plusieurs reprises être prêt à remettre en cause ou à flexibilités les trente-cinq heures, mais aussi à transcrire dans la Loi française une proposition d'accord réformant les instances représentatives du personnel dans les entreprises, que le patronat, la CFDT et deux autres syndicats étaient prêts à signer. C'est uniquement parce que la CFE/CGC n'a finalement pas avalisé cet accord que cet accord n'a pas été signé et n'a finalement pas été transposé en droit français., avant 2017. Comme vous le savez sûrement, le texte de Macron de réforme des instances représentatives du personnel, qu'il a appelé pompeusement «modernisation du dialogue social», mais qui constitue un recul phenomenal du dialogue social dans les entreprises, n´est rien d´autre que ce projet d´accord initialement concocté par le MEDEF et la CFDT et que le gouvernement socialiste avait prévu de transcrire dans la Loi ! Le président Macron n'a fait que reprendre votre propre texte.

 

L'idéologie des Socialistes entre 2002 et 2007 a été de répondre favorablement à toutes les demandes du patronat pour toujours plus de flexibilité en matière de droit du travail, en matière de protection sociale. Quelle decheance pour un parti qui en 1982, a ecrite et mis en oeuvre les Lois Auroux qui ont créé de nouveaux droits pour les salariés, qui permettaient aux salariés de mettre en place des groupes de discussion dans les entreprises, pour un parti qui a généralisé les comités d'entreprise ou les comités d'établissement dans toutes les entreprises de plus de cinquante salariés, qui a également généralisé les comités d´hygiène de sécurité et des conditions de travail (CHSCT) dans toutes entreprises de plus de cinquante salariés, et ceci malgré la colere et l´opposition du patronat de l'époque. Quelle déchéance aussi pour un parti qui en 1988, a remis en cause la reforme du RPR pendant la cohabitation, en privant de contenu leur réforme des DUP (délégation unique du personnel) qui restreignait drastiquement le dialogue social dans les entreprises de cinquante à deux cent salariés. Quelle decheance pour un parti qui en 1981, a diminué le temps de travail hebdomadaire de 40 heures à 39 heures, et offert aux salariés une cinquième semaine de congés payés. Quelle déchéance enfin pour un parti qui en 1997 avait fait voter la loi sur les trente-cinq heures payés trente-neuf heures, toujours en faisant face à l'opposition et à la condamnation du patronat !

 

En 2007, le parti socialiste s'est presenté devant les electeurs sans aucune nouvelle proposition, en se declarant l´ennemi de la Finance, mais en menant une politique ultraliberale favorable aux theses du patronat, qui ne rompait ni avec la politique de Nicolas Sarkozy qui l´avait précédé, ni avec celle d´Emmanuel Macron qui lui a succédé. Voilà je pense la premiere leçon de l´inventaire qu´il convient de tirer des annees Holande.

 

Je dirais également que cet inventaire permet de souligner les enjeux des futurs prochains programmes des socialistes pour 2022 : rétablir le dialogue social dans les entreprises en accroissant les nombres d'élus dans les nouveaux CSE, leurs heures de délégation, et la présence des suppléants comme des titulaires dans les réunions avec l'employeur. Recréer les CHSCT dans toutes les entreprises parce qu´une seule et unique instance avec 5 ou 6 élus ne peut pas s´occuper de tous les sujets, et que les conditions de travail et la sécurité des travailleurs sont extrêmement important. Proposer de consentir une sixième semaine de congés payés pour tous les salariés. Et revenir sur la monetisation du compte personnel de formation qui conduit en fait à une diminution drastique des droits des salzriés à la formation. Précédemment, avant la monétisation, le CPF ne servait qu´à rémunérer les heures passées en formation. Les couts de formation et les frais pédagogiques étaient automatiquement à la charge des entreprises. Ces frais et ces coûts sont désormais ponctionnés dans le CPF qui ne sert plus a financer la participation des salariés aux formations. A défaut, il faut revaloriser très fortement les taux de conversion des heures qui ont été utilisés.

 

Mais tout ceci ne vise qu'à corriger les déviations ultraliberales des années Macron-Hollande. Au plan du travail, il me semble qu'un programme socialiste ne peut se passer d'avoir un grand projet, comme Mitterrand en 1981 ou Jospin en 1997. De la même manière qu'un gouvernement de droite a toujours un projet en faveur du patronat de simplification, de suppression de dispositions législatives sur le travail (restreindre les droits des IRP, faciliter les licenciements, ou réduire les indemnisations des chômeurs ou des licenciés économiques ...). Et c'est pour cette raison que la trahison du quinquennat Hollande est encore plus insupportable à vivre, parce que n'est pas sensé être un programme de gauche ! Un grand projet socialiste pour 2022 pourrait être la co-gestion à l'allemande dans toutes les grandes entreprises et dans tous les établissements publics, sans exception. Imposer que la moitié de tous les postes d'administrateurs soient occupés par des administrateurs salariés élus. Généraliser cela à toutes les formes de sociétés quelque soit leur statut. Leur permettre de voter sur toutes les décisions car bien souvent, sur les sujets importants, comme les nominations, ou autres, les dirigeants leur imposent de quitter la salle de réunion. Il resterait à déterminer à article de quels effectifs on généraliserait la co-gestion, car il peut être contre-productif de l'imposer dans une entreprise d'une dizaine de salariés.

 

2) Pendant la période 2012-2017, le gouvernement socialiste était également particulièrement trop à l'écoute des demandes des grands commis de l'Etat, des dirigeants d'entreprises publiques ou privées qui travaillaient autrefois, auparavant, dans les ministères ou les cabinets ... Le quinquennat d'Hollande a commencé avec cette idée idiote de fusion de plusieurs établissements publics pour creer Bpifrance Financement, dont les coûts humains lies à la fusion ont été complètement niés mais sont pourtant extrêmement lourds. Bpifrance correspond toujours à la même tare initiale du quinquennat Hollande : répondre aux besoins des entreprises sans faire attention aux salariés. Il y a d'autres fusions dans le secteur public pendant ce quinquennat, comme pendant le quinquennat précédent. La Banque de France voulait récupérer un établissement public assurant l'émission monétaire dans les départements d'outre-mer, issu de la France libre. Le gouverneur, qui était au cabinet du ministère de l'économie fin des années 1990-début des années 2000, à l'époque d'une précédente tentative de filialisation de cet institut, a trouvé cette fois-ci dans un cabinet ami la volonté politique de parvenir à faire disparaître cet institut. Il y a eu aussi l'idée de fusionner la CDC et l'AFD, quelqu'en puissent être les coûts humains. Au temps de ce quinquennat Hollande, les politiques croyaient avoir de géniales idées dictées par les grands commis de l'état qui les entouraient, sans s'occuper des conséquences humaines de telles fusions, de telles révolutions. Et c'était d'autres grands commis de l'état, bien introduits, issus de ces mêmes cabinets ministériels, qui orchestraient à marche forcée les conséquences sociales de ces décisions funestres, sans humanité, avec l'aide du haut encadrement de ces établissements. 

 

Comment faire en sorte, si Le Parti socialiste revient au pouvoir, que les hauts fonctionnaires (socialistes ou non) de chaque cabinet ministériel ne s'attachent pas à favoriser tels ou tels de ses anciens condisciples ou en échange ou non de certaines faveurs ? Que les dirigeants de tous les établissements publics, de tous ces organismes, ne soient pas confiés seulement à des hauts fonctionnaires, à des membres d'une nébuleuse constituée d'une même caste issue des mêmes écoles ? Une solution à un tel souci (car c'en est un pour les français extérieurs à cette caste, c'est à dire 99,99% de la population française) serait d'instaurer la co-gestion dans toutes les entreprises et tous les établissements publics et de faire en sorte que les postes de directions generales et de présidence soit pour moitié occupés par un représentant des actionnaires ou de l'état, et de l'autre désigné ou élu par les administrateurs salariés, issu de l'entreprise ou de l'établissement. Evidemment, cela ne marchera pas partout, mais on peut espérer qu'au fil des années, une culture de la co-gestion naîtra et que la prise en compte des intérêts des salariés dans les décisions des entreprises, que la participation des salariés à ces prises de décisions, deviendra une évidence et progressera.

 

3) Un programme socialiste ne peut pas non plus ignorer les enseignants. Ils étaient les principaux partisans, défenseurs du Parti socialiste. Ceux qui ouvraient parfois aussi les yeux aux collégiens ou lycéens dans leur classe. Le projet socialiste pour le quinquennat Hollande visait à leur imposer une réforme de l'école, imposant une demi-journée de travail hebdomadaire supplémentaire au primaire et quelques semaines de congés annuels en moins ! Tout ceci en fonction d'une réforme de l'enseignement pondu par quelques socialistes ignorants étrangers au Monde de l'enseignement. Que cette réforme corresponde aux prescriptions des chronospecialistes des capacités cognitives des enfants ne fait pas d'une mauvaise réforme imposée une bonne chose.

 

Le quinquennat Hollande a aussi démontré un autre versant de la pensée socialiste. Cette idée qu'il faut niveler par le bas les matieres que les collégiens ou lycéens peuvent étudier. Cette idée que pour donner les mêmes chances à tout le monde à l'école, il faut surtout empêcher que des enfants interessés puissent étudier des matières que les enfants non intéressés ne souhaitent pas étudier. Je pense au latin et au grec au collège, je pense à l'apprentissage dès la sixième d'une deuxième langue vivante (ou classe bilangue). Si des enfants sont intéressés, souhaitent apprendre, pourquoi ne pas leur permettre d'étudier une troisieme langue vivante ou des langues mortes. Est-ce que cela a un sens de vouloir avoir une lecture comptable du coût des enseignements par enfant ? Que ce coût financier doive être le même pour tous les élèves, pour tous les collégiens ?

 

Il y a aussi la question de l'islamisation croissante de l'école. Est-ce que pour plaire à l'altérité voulue de l'électorat socialiste, le Parti socialiste doit-il une prise en compte de la diversité religieuse ? Pendant le quinquennat Hollande, j'ai eu l'impression que cette islamisation de l'enseignement prenait de l'ampleur. L'enseignement est laïc et doit le rester. Les programmes d'histoire doivent parler  de l'histoire de la France, et n'en déplaise en certains et certaines, l'enseignement de «mes ancetres les gaulois» n'a rien de choquant. J'ai appris l'histoire du Sénégal à l'école primaire au Sénégal et je  n'en suis pas offusqué. Et cela m'a ouvert un intérêt pour tout ce qui concerne l'anthropologie et l'histoire d'ailleurs !

 

Il reste aussi le souci des méthodes d'enseignement sur lesquelles le Parti socialiste doit réfléchir. De la Méthode globale, au principe voulant faire sortir la connaissance des propres connaissances des enfants, des méthodes d'enseignement reposant sur des exercices et non sur des leçons ... les difficultés de l'enseignement des mathématiques, où les élèves ne se voient plus donner de leçons qu'ils peuvent apprendre mais doivent tirer des enseignements des exercices qu'on leur fait faire, devraient nous alerter sur l'importance des méthodes d'enseignement et éclaire d'un jour nouveau le constat d'une dégradation des résultats en mathématiques et en culture scientifique des jeunes francais dans les enquêtes internationales comme PISA ou TIMMSS. Ce n'est pas forcément en révolutionnant contre les parents d'eleves et contre les enseignants les programmes du scolaire, du collège ou du lycée que l'on combattra cette perte de qualité ou le fait que le système francais d'enseignement est particulierement inegalitaire, ce n'est pas en privatisant comme dans les pays scandinaves les écoles et en précarisant les enseignants que les résultats s'amélioreront. La solution est peut-être dans la révision des méthodes d'enseignement, dans l'ouverture des choix et des méthodes que les enseignants peuvent utiliser, dans une réforme des inspections académiques qui se sont muées parfois en ayatollah des méthodes d'enseignement modernes au détriment des méthodes connues et issues du passé qui fonctionnaient très bien.

 

Il y a un programme de l'école et de l'enseignement à mettre en œuvre, un programme qui ne peut être décidé par quelques ex-syndicalistes étudiants ou énarques mais qui doit être concerté avec la base de l'électorat socialiste : le monde de l'enseignement et non pas par quelques énarques ou managers des collèges ou lycées. Avec une idée forte : cesser de vouloir niveler par le bas le monde de l'enseignement pour y étendre la médiocrité, ou l'ouvrir à l'islam, comme cela a pu être vécu pendant ce quinquennat Hollande.

 

4) On ne peut réfléchir à un droit d'inventaire sans citer le mariage pour tous. Là aussi, nous avons un projet imposé. S'agit-il d'une ouverture ou d'un droit nouveau pour une communauté malgré tout discriminée, à savoir les couples homosexuels ? Peut-être. Ou bien s'agissait-il d'un projet électoral pour capter des voix d'une fraction de l'électorat ? Seuls ceux qui ont pensé cette réforme le savent. Neanmoins, ce projet a profondement divisé la société française. Et surtout, était-ce un projet fondamentalement socialiste, un projet phare ? En 1981 et en 1988 Mitterrand avait mis en œuvre le revenu minimum d'insertion (RMI), la couverture mutuelle universelle (CMU) qui constituent aujourd'hui encore des socles indépassables des droits sociaux des francais dans leur ensemble. Je ne vois rien de tel dans le mariage pour tous. Juste une uniformisation de la société française, ouvrant la porte aux prochaines aspirations de certains couples : aspiration au droit à l'enfant pour tous. Demain, que peut-on imaginer comme prochain droit  à demander ? La PMA pour tous, la GPA pour tous ? Ou bien autoriser la polygamie et la polygynie (pour satisfaire aussi les féministes) afin de capter une fraction d'une partie de l'électorat musulman pour gagner les prochaines élections ? 

 

Derrière ce sujet de société, on touche au positionnement des socialistes ! Les socialistes défendent-ils la laicité par volonté, par idéal, ou bien s'opposent-ils au catholicisme, à la chrétienté, par calcul ou par souci d'opposition ? Les socialistes défendent-ils et avancent-ils des propositions heurtant les croyants catholiques et chretiens pour défendre un ideal ou bien cherchent-ils juste à heurter les catholiques pour les combattre ? Le quinquennat d'Hollande a ainsi vu des attaques de plus en plus régulières contre des symboles religieux catholiques, tout en donnant de plus en plus l'impression de défendre des positions pro-islamiques. Des petits riens comme une remise en cause des crèches dans les espaces publics mais qui heurtent les catholiques ou les chrétiens qui constituent encore une majorité des francais. Quelle est la limite à la diversité culturelle, à la pluralité culturelle et religieuse ? Et à partir de quand ce souci du pluralisme visible impose une dictature de la bienpensance et de la soumission ?

 

5) Enfin, on ne peut pas faire un inventaire des manquements, des erreurs du quinquennat Hollande sans conclure sur sa fin, sur le fait qu´une majorité de députés, d'élus socialistes ont tourné casaque et ont choisi une investiture LaREM, auprès de Macron. On ne peut pas oublier que le ministre de l'économie d'Hollande, et auparavant un des membres de son cabinet à l'Elysée, a défendu un projet politique ni de droite ni de gauche mais ultra-libéral. On ne peut pas oublier que tant de deputés socialistes ou d'hommes politiques aient rejoint le camp du vainqueur, qui avait enterré les socialistes. Je pense à l'ex ministre de l'intérieur de Macron, le maire de Lyon, Gérard Colomb, supposément être un vieux socialiste avant de trahir. Il y a tant de noms de socialistes qui se sont fait élire ou qui ont tenté de se faire élire sous une étiquette LaREM : Monique Orphé, Jean-Michel Clément, Manuel Valls, premier ministre socialiste de Francois Hollande (qui a demandé l'investiture de LaREM qui lui a été refusée, mais qui n'avait pas d'adversaire LaREM), Anne-Christine Lang, Richard Ferrand ... entre autres ... Ou d'autres encore, comme Ericka Bareigh, qui évitaient de s'afficher comme socialistes pour les dernières législatives comme si c'était une maladie honteuse.

 

Tous ces élus n'ont même pas forcément été exclus du Parti socialiste (par exemple Mme Monique Orphé, battue, pourtant avec une étiquette LaREM mais qui serait toujours PS ?) mais dont les défections doivent interpeler. Comment autant de traitres ont pu occuper et avoir des responsabilités au sein du Parti socialiste et voter des lois ? Et basculer du jour au lendemain dans un Parti qui promeut des idées ultra-libérales ? Pourquoi alors s'étonner que le quinquennat Hollande ait pu être aussi marqué d'ultra-libéralisme, aussi à droite, si la majeure partie des élus et des ministres et des hommes politiques socialistes étaient des ultra-liberaux maquillés en socialistes ? 

 

Tant d'exemples que cette lettre ne pourrait pas tous les contenir. Les socialistes ne peuvent faire cette économie de s'interroger sur ces trahisons et d'en faire un véritable procès. Parce que cela nourrit sinon chez les francais cette impression de similitude entre tous les partis, qui au final ne peut qu'attiser les pires extrêmismes. Lorsqu'un élu trahit et change de camp, c'est une brebis galeuse. Lorsqu'une centaine d'élus trahissent en même temps, il faut se poser des questions, non pas sur la raison de leur départ, mais sur les raisons pour lesquelles on les avait choisi comme députés, et sur ce qu'ils ont pu faire avant de partir et sur les dégâts qu'ils ont pu causer ! 

 

A défaut d'un véritable droit d'inventaire, d'un véritable tournant politique, d'un rejet de l'ultra-libéralisme qui était devenu le mantra du PS de François Hollande, je ne pense pas que le Parti socialiste est un quelconque avenir.

 

 

Saucratès


09/02/2019
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La démocratie est-elle en danger en France et dans les États occidentaux ?

Saint-Denis de La Réunion, mercredi 6 février 2019

 

C'était plus ou moins le titre d'un article publié dans le média Le Monde citant le politologue et professeur d'Harvard Yascha Mounk. 

 

https://www.lemonde.fr/politique/article/2019/01/30/le-systeme-de-gouvernement-des-democraties-est-aujourd-hui-menace_5416634_823448.html

 

Un certain nombre d'Etats précédemment considérés comme de grandes démocraties ont basculé ces dernières années dans des régimes populistes d'extrême droite. Il y a eu la Hongrie de Viktor Orbán, les États-Unis de Donald Trump, l'Italie de Giuseppe Conte, Luigi Di Maio et Matteo Salvini, le Brésil de Jair Bolsonaro ... Difficile de considérer par ailleurs que la Turquie de Recep Tayyip Erdoğan, le Vénézuela de Nicolás Maduro Moros ou la Russie de Vladimir Poutine puissent encore être considérées comme des démocraties, même si des élections supposément libres, ouvertes et démocratiques y ont régulièrement/parfois lieu. Certains de ces régimes, de ces gouvernements sont appelés régimes illiberaux par certains politologues, c'est à dire qu'ils considérés comme étant opposés au libéralisme en politique. 

 

Cette situation rappelle-t-elle la situation des années 1920-1930 et la montée des fascismes en Europe, qui a conduit à l'arrivée au pouvoir des Adolf Hitler, des Benito Mussolini, des Francisco Franco ou des Joseph Staline ? Un tel parallèle a-t-il un sens et doit-il nous faire peur ? Et dans ce sens, le mouvement des gilets jaunes, son populisme par essence, même en l'absence de leader, n'est-il qu'une autre forme du MAL qui gangrène lentement mais sûrement les démocraties occidentales ? 

 

C'est une thèse que certains défendent. C'est une thèse que l'on peut comprendre et craindre, dès lors que des régimes politiques populistes d'extrême droite prennent le pouvoir dans de plus en plus d'Etats, et qu'ils se font élire et défendent des formes de plus en plus assumées de nationalisme et de rejet des étrangers, des migrants et des musulmans (puisqu'il s'agit le plus souvent de pays occidentaux). Si la France ou l'Allemagne basculaient elles-aussi prochainement dans un régime d'extrême-droite, ce serait certainement un signal d'inquiétude, de retour des pires moments de l'histoire. Sauf que l'Europe n'est plus le centre du monde, qu'un risque de conflagration mondiale risque difficilement de sortir de la vieille Europe, et qu'elle naitra plus vraisemblablement des conflits existant entre les Etats-Unis, la Chine, l'Inde ou la Russie, les grands pays continents. 

 

Le mouvement des gilets jaunes valide, à tord ou à raison, cette impression d'un retour des grandes insurrections du passé, mai 1968, le Front populaire de 1936, les jacqueries, le boulangisme ou les épisodes de la commune de Paris. Mais le discours de Macron me semble complètement décrédibilisé parce qu'il veut jouer sur les peurs des gens, des francais, de la classe moyenne, parce qu'il veut nous faire croire que c'est lui ou le déluge, lui ou le retour de la barbarie, lui ou le retour de l'extrême droite. À défaut de pouvoir être aimé pour lui-même, pour sa politique, il veut jouer sur les peurs des français. Mais il n'a aucunement l'aura du Général de Gaulle. Parce qu'il n'est rien d'autre qu'un triste personnage issu de la caste des hauts fonctionnaires, des hauts managers de l'Etat ou des entreprises privées.

 

J'ai lu avec gourmandise l'analyse du Monde diplomatique (ou plutôt de Serge Halimi et de Pierre Rimbert) sur  la crise des gilets jaunes, notamment leur article de février 2019 sur la «Lutte des classes en France».

 

«D'ordinaire, le champ du pouvoir se déploie en composantes distinctes et parfois concurrentes : hauts fonctionnaires français ou européens, intellectuels, patrons, journalistes, droite conservatrice, gauche modérée. C'est dans ce cadre aimable que s'opère une alternance calibrée, avec ses rituels démocratiques (élections puis hibernation).»

 

Le Monde diplomatique cite également le dirigeant socialiste français Jules Guesde, qui indiquait en 1900, en parlant de longévité au pouvoir de la classe capitaliste :

 

«On s'est divisé en bourgeoisie progressiste et en bourgeoisie républicaine, en bourgeoisie cléricale et en bourgeoisie libre-penseuse, de façon à ce qu'une fraction vaincue pût toujours être remplacée au pouvoir par une autre fraction de la même classe également ennemie. C'est le navire a cloisons étanches qui peut faire eau d'un côté et qui n'en demeure pas moins insubmersible.»

 

Le Monde diplomatique (Serge Halimi et Pierre Rimbert) continue :

 

«Face aux gilets jaunes, la bourgeoisie à effectué un mouvement de ce type. Ses porte-paroles habituels, qui par temps calme, veillent à entretenir l'apparence d'un pluralisme d'opinions, ont associé d'une même voix les contestataires à une meute de possédés racistes, antisémites, homophobes, factieux, complotistes. Mais surtout ignares.»

 

Le pire, c'est que plus largement, au delà du complot d'une caste qui nous fait croire qu'ils constituent l'ensemble unique des choix possibles, j'ai participé à cette même interprétation du mouvement des gilets jaunes. Au delà du complot, cela doit être inhérent à l'appartenance à la classe bourgeoise, cette peur du pauvre, du peuple. 

 

«Tout un univers social ... (d'Europe Écologie Les Verts aux débris du Parti Socialiste, de la CFDT à deux animateurs de France Inter) ... s'est retrouvé pour pilonner les personnalités politiques bienveillantes envers le mouvement. Leur tord ? Attenter à la démocratie en ne se montrant pas solidaires de la minorité apeurée.»

 

Le Monde diplomatique de février 2019

 

Depuis maintenant plus d'un siècle, le champ politique est obstrué par une même haute classe sociale qui occupe pratiquement tout l'échiquier politique, de la droite à la gauche en passant par le centre et les verts, et qui a rendu possible cette impression que quelque soit les personnes portées au pouvoir, rien ne changeait jamais et que tous les partis appliquaient les mêmes politiques, les mêmes décisions, privant de la sorte de toute substance la politique et déclenchant une détestation légitime du politique par le peuple, dont le mouvement des gilets jaunes se nourrit, qu'il a parfaitement compris. Au fond, cette «meute de possédés racistes, antisémites, homophobes, factieux, complotistes et ignares» avait tout compris bien avant moi, bien avant eux, preuve que ces gilets jaunes sont bien loin d'être bêtes et ignares !

 

La plus violente démonstration de l'existence de cette caste fut cette alternance entre Sarkozy, Hollande puis Macron. Comment les mêmes remèdes ultrà libéraux purent être mis en place par la droite décomplexée, puis par la gauche anti-finance puis enfin par l'homme ni de droite ni de gauche ? Comment l'homme ni de droite ni de gauche a-t-il pu être rejoint à la fois par des politiques de droite et de gauche ?

 

Si j'en reviens à mon propos liminaire, si la démocratie est en danger en France, plus largement dans les pays occidentaux, la responsabilité n'en revient pas aux électeurs trop bêtes, trop racistes, trop haineux qui votent pour les extrêmes en politique. Ce n'est pas la faute aux électeurs américains de Trump, ni aux électeurs italiens de la Ligue ou du mouvement Cinq Étoiles, ni aux électeurs du Rassemblement National. La responsabilité écrasante en revient aux politiciens de la bourgeoisie ultralibérale qui se sont succédés en France depuis plus d'un siècle. Cette classe de riches et puissants bourgeois avait réussi à nous faire croire au concept TINA cher à Margareth Thatcher : «There is no alternative» ! Le mouvement des gilets jaunes les effraie-t-il ? En tout cas, ce gouvernement, l'ensemble des députés tout parti politique confondu qui tendent à criminaliser ce mouvement des gilets jaunes, qui cherchent à terroriser les francais pour les empêcher de venir manifester, qui criminalisent des individus avant même tout passage à l'acte, juste parce qu'ils sont porteurs de quelques outils dans leur véhicule ou d'un masque de chantier, semblent avoir tellement peur de ces vrais français qu'ils ne reculeront devant aucune loi scélérate,  aucune privation de droits constitutionnels ! Au mépris de cette habitude de nous faire croire qu'il y avait une pluralité d'opinions, de possibilités et de choix en politique ...

 

 

Saucratès


06/02/2019
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De la laïcité à la française

Saint-Denis de La Réunion, vendredi 18 janvier 2019

 

Je vais traiter aujourd'hui de nos institutions, du respect de la laïcité de l'Etat francais. Le principe de la laïcité de notre État, de notre gouvernement, est un débat immémorial. Il remonte à plusieurs siècles dans le passé, mais il a opposé historiquement les tenants de l'Etat, de l'école laique, des gauchistes aux tenants des curés, de l'école privée, de la droite ! C'est un vieux débat ancien que l'on retrouve dès lors que l'on lit des écrivains de la fin des années 1800, début des années 1900. C'est l'époque où les religieux perdent peu à peu de leur influence dans les campagnes françaises, mais aussi dans les grandes villes françaises. C'est l'époque de ceux que l'on a appelé les hussards noirs de la République. C'est une époque où le fait d'être absent de l'église lors de la messe était un signe remarqué d'athéisme. Et le mal, la condamnation, l'excommunication n'était jamais très loin à cette époque envers les athées, ceux qui n´allaient pas à l'église. 

 

C'est une opposition aujourd'hui qui semble irréelle, parce que cette opposition entre les curés et les instituteurs, les syndicalistes, les communistes, n'a plus aucun sens. La société française s'est presque totalement pacifiée aujourd'hui, et l'église s'est presque totalement sécularisée. Il ne reste presque plus d'enjeu à ce niveau ; la pratique religieuse étant devenue une pratique privée et les curés n'empiètant plus du tout sur la vie de la cité. La véhémence n'est désormais pratiquement plus que le fait que des athées, des agnostiques, qui érigent leur athéisme, leurs doutes, leur refus de la religion en étendard sanglant, comme si l'existence même, la persistance, la survivance de la religion catholique représentait pour eux une insulte, un danger, une remise en cause de leurs propres valeurs, de leurs propres façons de voir la vie.

 

Mais en même temps, un autre combat autour de la laïcité s'est développé autour de l'affichage des signes d'appartenance religieuse. Ce combat ne concerne plus en premier lieu la religion catholique, mais surtout la religion musulmane. Mais ce combat touche également par ricochet l'affichage de signes religieux catholiques. La défense de la laïcité a visé l'obligation faite aux femmes musulmanes de porter le voile islamique, la burka, c'est-à-dire de se cacher en public, de se cacher le visage ou les cheveux. Par ricochet, le port de signe extérieur religieux a aussi pu concerner le port de la croix catholique, ou pourrait concerner le port de la kipa juive. La défense de la laïcité est ainsi devenue un système empiétant sur des signes d'affichage privé d'une croyance religieuse. Et on en arrive à des situations ubuesques. Interdire à des femmes de se couvrir la tête, alors que c'était une obligation autrefois pour pénétrer dans une église en France ! Pour protéger quelques centaines/milliers/millions de femmes ou jeunes filles qui seraient forcées de se couvrir et qui ne le souhaiteraient pas, on criminalise celles qui préfèrent se couvrir, quelqu'en soit le motif ! Un peu bizarre.

 

Evidemment, ce combat a fait d'autres victimes collatérales. Sous le prétexte de la laïcité, les communes, collectivités locales n'ont plus le droit de faire, de symboliser des crèches dans l'espace public. Des nouveaux venus des grandes villes dans des petites communes rurales ont fait interdire en justice les sonneries des clochers parce que cela gênait les nouveaux venus. De la même manière qu'ils font interdire les chants des coqs. Et ils ont parfois gagné ! En même temps, sous le prétexte du respect de la diversité culturelle envers les autres religions, des symboles religieux de l'islam ont envahi les cantines de nos écoles. On réfléchit à proposer des repas halal et on y banit la viande de porc parce que les pauvres enfants musulmans ne pourraient pas manger dans nos cantines sans cela. Bientôt, on y mangera halal parce que ce sera considéré comme non incommodant pour les non-musulmans. Et pourtant, la nourriture halal est un signe religieux fondamental pour l'islam.

 

La laïcité à la française est un truc bizarre. Elle s'attaque essentiellement aux symboles de la religion catholique, comme pour démontrer que la France n'a aucune racine chrétienne et qu'elle est a-religieuse ou athée, oubliant, niant plus d'un millénaire de racines chrétiennes de celle qui était la fille aînée de l'Eglise catholique. Elle s'attaque aussi avec véhémence aux symboles de l'islam qui entravent l'émancipation des femmes occidentales, comme si le seul combat à mener contre l'islam était un combat de féministes ! Les fervents défenseurs de la laicité estiment-ils qu'ils seraient plus heureux en tant qu'athées, en tant qu'agnostiques, dans un régime islamiste que dans un pays aux racines chrétiennes ? J'en ai parfois l'impression. 

 

Dans un monde aussi profondément religieux, que je pense aux Etats-Unis, à l'Inde, au Japon et à la Chine, aux pays arabes et du Maghreb, peut-on imaginer qu'un pays au milieu de cette tempête envisage de rester athée, non religieux ? Je ne pense pas que cela soit possible. Et l'article suivant publié par BFMTV ne peut que me confirmer dans cette idée. 

https://www.bfmtv.com/societe/islam-francais-un-rapport-accablant-1038242.html

 

Avec quelques idées fortes qui en ressortent. 

 

1. «les musulmans comptent pour 5,6% des habitants de métropole (...). Mais ils sont 10% des moins de 25 ans, signe de la prégnance croissante de la deuxième religion du pays auprès des jeunes générations.»

 

2. «28% des croyants ont adopté un système de valeurs clairement opposé aux valeurs de la République, s'affirmant en marge de la société (... et) 29% des interrogés se sont également déclarés d'accord à l'affirmation suivante : la loi islamique (charia) est plus importante que la loi de la République.»

 

3. «Une écrasante majorité des musulmans interrogés ne refusent pas la mixité, acceptant de se faire soigner par un médecin (92,5%) ou de serrer la main d'une personne (88%) du sexe opposé». Mais a contrario, cela signifie que 7,5% des musulmans interrogés refuseraient de se faire soigner par un médecin du sexe opposé, et 12% refuseraient de serrer la main d'une personne du sexe opposé.

 

4. «70% des répondants déclarent toujours acheter de la viande halal (... et) 65% se déclarent favorables au port du foulard (et 24% à celui du niqab), (tandis que) 37% des personnes de culture musulmane considèrent que les jeunes filles devraient pouvoir porter le voile au collège et au lycée.»

 

Dans un autre article, mais il s'agissait peut-être d'un article d'un site identitaire, j'avais lu l'interview d'un responsable musulman espérant que la France pourrait devenir un État islamique sous une vingtaine d'années. «Laissez-nous rêver» indiquait-il. 

 

Mais la position inverse existe aussi, la volonté de français musulmans d'émigrer en terre d'islam pour mieux vivre leur foi musulmane. 

https://www.lemonde.fr/societe/article/2010/01/19/reve-d-islam_1293760_3224.html

 

Peut-on en déduire que je suis ou non favorable à la laïcité en fait ? Je suis favorable à la laïcité parce que je n'aurais pas aimé vivre dans le totalitarisme chrétien des années 1800-1900, où les bigots, les bien-pensants surveillaient qui allait à l'église et qui n'y allait pas. Je suis aussi favorable à la laïcité parce que je n'aimerais pas vivre sous un totalitarisme islamique, pour des raisons comparables. Mais je ne suis pas favorable à la laïcité lorsque l'on méconnaît, rejette les racines chrétiennes de l'Europe et de la France, lorsque l'on veut mettre l'islam sur un plan d'égalité avec la chrétienté. L'Europe pour moi est judéo-chrétienne, et s'est construite dans la suite de la Grèce et la Rome Antique, qui ont façonné notre Monde et nos institutions. La morale, l'éthique et la méta-morale se sont construites sur des fondements chrétiens. Elles sont à mon sens inséparables de la religion chrétienne. Et en ce sens, la laïcité à la française pourrait être considérée selon moi comme une aberration, une relique du passé qui n'a plus de nécessité aujourd'hui.

 

 

Saucratès


18/01/2019
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Les gilets jaunes - Quater

Réflexion huit (mercredi 16 janvier 2019)

Où le mouvement des gilets jaunes réinterroge le principe même du consentement à l'impôt, ou plutôt les injustices face aux taxes et à l'impôt !

 

Ce mouvement des gilets jaunes, que ce soit au niveau national, ou à son niveau réunionnais, a remis en exergue, en lumière, le principe premier de l'importance du consentement à l'impôt pour le citoyen ! Ce qui n'était qu'un principe juridique voire philosophique, cantonné aux livres juridiques, aux théories constitutionnelles, redevient brutalement, dans le cadre de ce mouvement social, un sujet d'actualité brûlante !

 

Qu'est-ce que le consentement à l'impôt ? C'est avant tout une notion très ancienne, remontant au début du parlementarisme occidental, à l'époque de la royauté. Ultérieurement, ce principe du consentement à l’impôt est reinstauré par un décret de la Constituante le 17 juin 1789. «Le texte proclame que désormais toutes les contributions existantes sont illégales et nulles parce qu’elles n’ont pas été consenties. Dorénavant, aucune levée d’impôt ne pourra s’effectuer si elle n’a pas été préalablement décidée par l’assemblée représentative des citoyens.» On retrouve ce principe dans l’article 14 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen du 27 août 1789, qui dispose : «Tous les citoyens ont le droit de constater, par eux-mêmes ou par leurs représentants, la nécessité de la contribution publique, de la consentir librement, d’en suivre l’emploi, et d’en déterminer la quotité, l’assiette, le recouvrement et la durée».

 

https://www.cairn.info/revue-regards-croises-sur-l-economie-2007-1-page-27.htm

 

http://www.vie-publique.fr/actualite/dossier/impot/consentement-impot-mutations-du-citoyen-contribuable.html

 

Voilà pour le principe juridique du consentement à l'impôt. En clair, cela signifie simplement qu'il n'est pas aussi évident que cela d'accepter de payer les taxes et les impôts que l'Etat, le fisc, nous demande, et que notre consentement, notre acceptation s'explique par le fait que ce sont nos propres représentants au parlement, des représentants dans lesquels nous avons placés notre confiance et dans lesquels nous avons confiance, qui les ont votés. Et c'est bien cela qui est remis en cause par le mouvement des gilets jaunes, et plus largement et de manière souterraine, par une majorité des contribuables français. Cette question de confiance et de consentement. Ce ne sont d'ailleurs plus nos représentants au parlement qui décident des quotités, assiettes et recouvrements, mais des énarques et des technocrates.

 

Le lien ci-dessus sur Cairn.info fait également un lien intéressant entre le paiement de l'impôt et la citoyenneté dans les pays en développement, qui, selon l'auteur, «ne fiscalisent généralement qu’une partie de leur économie, souvent les quelques grandes sociétés étrangères présentes, leurs salariés et ceux des organismes publics. Le reste de la population, c’est à dire l’essentiel, constitue un secteur pudiquement nommé informel».

 

Il poursuit :

 

«La fiscalité ne peut jouer dans ce cadre le rôle de lien de citoyenneté qu’elle a historiquement rempli dans les pays occidentaux (...). L’impôt est nécessaire à l’éveil de la conscience politique. Sans impôt, pas de nécessité de rechercher le consentement des citoyens, pas de conscience des droits et des devoirs, et pas de débat démocratique réel.»

 

Dans un pays comme la France où le travail non déclaré, le secteur informel, dans certains secteurs d'activité est aussi fortement developpé, on peut s'interroger. Ce fort développement s'explique-t-il par l'ancienneté de la contestation de l'impôt ou simplement par une volonté d'échapper au fisc et la volonté de bénéficier de prestations sociales indues ?

 

Le fait de lier la fiscalité et la citoyenneté est un des messages forts que j'ai entendu dans le mouvement des gilets jaunes. Derrière la contestation de telle ou telle taxe sur les carburants, on entend aussi une remise en cause des cadeaux faits aux très riches, comme la suppression de l'impôt de solidarité sur la fortune (ISF) voulue et donnée par Macron. 

 

On peut alors s'interroger sur la poursuite de l'existence de ce lien entre impôts et citoyenneté, lorsque l'on voit les plus riches des contribuables organiser leur non-imposition en France, cherchant les cieux les plus cléments en matière fiscale ou les paradis fiscaux les plus opaques pour y cacher leurs fortunes ! Lorsque l'on voit des stars du business ou des milliardaires français se réfugier en Patagonie, en Suisse, en Belgique, en Russie ou au Portugal pour ne plus payer d'impôts, même ces mêmes personnes continuent d'utiliser les infrastructures publiques françaises ... routes, autoroutes, aéroports ... les forces de police pour proteger leurs biens, qu'ils continuent à vendre leurs albums, leurs films ou leurs produits à des francais, à parader dans des émissions de télévision francaise ... ou à se faire enterrer royalement en France !

 

Enfin, le dernier message que j'ai retenu des gilets jaunes, c'est la remise en cause de l'absence égalité de tous devant l'impôt. Cette impression que les énarques et technocrates parisiens ignorent ce qu'est la vie en province (ou à La Réunion), où l'on ne peut se passer de voitures, où les réseaux de transport en commun ne permettent pas de se déplacer aussi facilement qu'à Paris et en région parisienne. 

 

Mais on découvre aussi par la même occasion que nous ne sommes pas tous égaux devant l'impôt. Un article du Monde indiqué ainsi que des députés échappent totalement à l'impôt. Comment est-il possible qu'une personne dont les revenus dépassent 5.300 euros nets mensuel, sans compter les défraiements pour frais de mandat (5.000 euros par mois dans sa forme précédente), la gratuité des voyages en train ou en avion, puisse ne pas avoir d'impôts sur le revenu à payer et même se faire rembourser quelques centaines d'euros au titre de l'impôt. 

 

https://www.lemonde.fr/societe/article/2019/01/12/pourquoi-certains-deputes-ne-paient-pas-d-impot-sur-le-revenu_5408319_3224.html

 

Il n'y a aucune égalité devant l'impôt. Les députés en premier, qui votent nos impôts, se sont octroyés le droit d'échapper à l'impôt sur le revenu, en déclarant non imposables certaines des sommes qu'ils touchent (alors que nous, nous devons même payer des impôts sur des taxes  que l'on paye sans les toucher, à savoir la CSG et la CRDS), en construisant des systèmes pour échapper à l'impôt, ou en organisant leur non imposition !

 

Pour conclure, je reprendrais une phrase de l'article publié sur Cairn.info dont le lien est reproduit plus haut :

 

«Lorsque les individus sont soumis à une autorité qui ne repose sur aucune autre légitimité que la force brutale, le prélèvement fiscal apparaît comme purement confiscatoire et il est évident que la résistance à l’impôt se confondra avec la résistance au pouvoir.» On est plus très loin de cette situation en France !

 

 

Saucratès

 

 

Précédents écrits sur le même sujet

1.Les gilets jaunes - Populisme ou anarchisme

2.Les gilets jaunes - Populisme ou anarchisme - Bis

3.Les gilets jaunes - Ter


16/01/2019
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Existe-t-il une chape de plomb médiatique autour de la dangerosité des migrants et des risques encourus ?

Saint-Denis de La Réunion, le 15 janvier 2019

Existe-t-il une chape de plomb médiatique autour de la dangerosité des migrants et des risques encourus ?

 

Est-ce qu’on nous ment sur les réfugiés demandeurs d’asile, et surtout, qui nous ment ? Quand je dis «qui nous ment ?», je cherche surtout à ne pas paraître paranoïaque et à ne pas accuser le gouvernement pour tout et n'importe quoi.

 

Sur le sujet des réfugiés, il y a un péril à éviter : vérifier au maximum ses sources pour ne pas reproduire des informations non vérifiées provenant de sites identitaires affiliés à l’extrême-droite, française ou américaine. Je ne veux pas forcement dire que ces informations sont obligatoirement fausses ; simplement qu'elles sont orientées et peuvent être grossies, déformées.

 

Néanmoins, il y a une question qui me trotte quand même dans la tête, sur l’immigration : courre-t-on un risque en France en devant accueillir assez massivement des réfugiés demandeurs d’asile, majoritairement de religion islamique ? C’est une question qui peut paraître être politisée, mais c’est une question qui me semble normale. Dans l’Ile de la Réunion, il y a désormais la même interrogation possible à se poser, au sujet des réfugiés Sri-Lankais. Ce n’est pas parce qu’une question ne plait pas à certains qu’elle est forcément illégitime ! 

 

Sur la dangerosité des réfugiés, il me semble qu’il y a un silence de l’Etat et plus largement de tout le monde, médias, associations, intellectuels. Il n’est pas politiquement correct de s’exprimer sur ce sujet, et la presse est aussi particulierement silencieuse. Un des États européens qui a apparemment très largement ouvert ces frontières et a accueilli un nombre très important de migrants est la Suède. Dans une moindre mesure, il y a également le cas de l’Allemagne. Ces deux pays sont-ils ou non confrontés à une forte progression de la délinquance du fait des migrants, et notamment des agressions à caractère sexuel (viol) ? Je me rappelle notamment des chasses aux femmes observées dans la ville de Cologne qui avaient particulièrement marqué les esprits en Allemagne il y a quelques années (la nuit de la Saint-Sylvestre, le 31 décembre 2015). Un événement certes ponctuel, mais au combien choquant ! Sur lequel en fait une chape de plomb a été déposée ; les journaux français ayant soigneusement évité de donner de plus amples informations :  combien de victimes, combien d'agressions ? des couples d’hommes et de femmes ont-ils été attaqués ? Y a-t-il eu des morts ? Aujourd'hui encore, si on fait des recherches sur ces événements de Cologne, on ne trouve que des sites identitaires pour en parler. Est-ce à dire que c'est de l'intox, qu'il ne s'est rien passé à Cologne ? Ou bien est-ce à dire que les médias traditionnels n'en parlent pas, soit parce qu'il n'y a rien à en dire, soit parce que ce n'est pas politiquement correct de faire un lien entre immigrés et violences (surtout les violences sexuelles faites aux femmes) ? Où est la vérité ? 

 

Je vais prendre un exemple beaucoup plus proche et plus récent. Il concerne le meurtre d'un citoyen qui hébergeait un jeune migrant chez lui, tué avec 28 coups de couteau. L'information n'est normalement pas à prendre trop avec méfiance, puisqu'elle provient du site de BFMTV, qui, malgré ses soucis avec les gilets jaunes, donne normalement des informations fiables. Les faits se seraient déroulés dans la nuit du 11 au 12 décembre 2018, et l'alerte aurait été donnée le 16 décembre 2018 au soit, après que des invités du migrant aurait découvert le corps du quinquagénaire planqué sous un lit. 

 

https://www.bfmtv.com/police-justice/indre-et-loire-un-migrant-tue-de-28-coups-de-couteau-l-homme-qui-l-hebergeait-1604970.html

 

Le défunt était apparemment bénévole aux Restos du cœur depuis près de 20 ans, et il était engagé depuis avril 2018 auprès d’Utopia 56, une association d’aide aux migrants. 

 

Ce n'est pas le fait divers sordide qui m'alerte particulièrement. Evidemment, c'est terrible d´imaginer que le migrant soit-disant en extrême difficulté que l'on peut héberger puisse être un tueur sanguinaire. Ce qui est arrivé à ce quinquagenaire aurait pu arriver à plein d'autres personnes qui veulent bien faire, être solidaire, en hébergeant des migrants. 

 

Non, ce qui est choquant, c'est d'abord l'absence de médiatisation de cette histoire, et la presque impossibilité de tomber sur des informations concernant cette affaire par le biais des moteurs de recherche, comme si il existait une chape de plomb sur ce genre d'informations, pour pas qu'elles sortent. Je ne pense pas ainsi que Le Monde en est parlé, comme s'il ne fallait pas communiquer sur des informations qui pourraient faire peur aux gens, qui pourrait leur faire prendre conscience des dangers encourus, ou bien qui pourrait rompre la bien-pensance autour de l'accueil des migrants et du gentil et malheureux migrants. À La Réunion aussi, des familles accueillent peut-être aussi des migrants Sri-Lankais ou pourraient être tentées de le faire. De telles histoires pourraient aussi arriver, même si cet incident ne concerne peut-etre qu'un seul migrant sur des centaines de milliers d'autres pour lesquels cela se passe bien.

 

Mais comment peut-on le savoir. N'y a-t-il qu'une seule histoire de ce type tue ? Pourquoi les médias ne camouffleraient pas des centaines d'affaires de ce type. Ils sont l'un de nos seuls et principaux moyens d'information sur le Monde qui nous entoure, encore aujourd'hui.

 

L'autre élément choquant de cette histoire, c'est l'absence de toute mention de cet incident sur le site de Utopia 56 ( http://www.utopia56.com/fr). Le site continue à promouvoir l'hébergement citoyen, un article traite du fondateur de l'association, mais pas un mot sur le drame ayant touché ce quinquagénaire, qui était pourtant engagé avec eux depuis avril 2018. Comment peut-on appeler le comportement de cette association, ce manque criant d'empathie ?

 

Concernant cette même association Utopia 56, les sites identitaires consultés fait état de débats autour de l'habillement conseillé aux femmes intervenant sur des camps de migrants. L'association semble leur demander de se couvrir pour respecter les coutumes des migrants. Disons qu'au delà de la légitime interrogation que cela peut poser sur les acquis des combats des féministes des decennies passées, cela met bien à contrario en valeur les risques potentiels d'agressions de la part de ces migrants à l'encontre des femmes si elles ne sont pas suffisamment couvertes ! Sous la limite que ces débats reproduits par les sites identitaires soient véridiques.

 

 

Alors oui, ce post n'est pas très politiquement correct, mais où se trouve la vérité ?

 

 

Saucratès


14/01/2019
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