Critiques de notre temps

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Les dilemmes de l’écologie (suite)

Les dilemmes de l’écologie

Ou les limites du débat écologique

Par Saucratès 

Saint-Denis de La Reunion, mardi 15 novembre 2022

 

Il y a plusieurs sujets de débat qui me semblent faire dilemme à ce jour en matière d’écologie. Le premier de ces débats est de questionner la nécessité de réduire l’ensemble de notre rythme de vie pour préserver la planète, ou au contraire de ne s’attaquer qu’aux mécanismes les plus polluants, qu’aux systèmes expliquant la plus grande partie du réchauffement climatique.

 

Est-il ainsi utile de s’attaquer à tous les petits usages, toutes les petites exagérations de chacun d’entre nous, pour réduire de quelques millionnièmes de pour-cents les émissions de gaz à effet de serre, sans toucher à l’agro-industrie qui est à l’origine de près de 40% de l’ensemble de la consommation de ressources énergétiques mondiales, de 40% de toutes les émissions de gaz à effet de serre ? 

L’autre sujet de débat est démographique et concerne l’augmentation de la population mondiale et sa répartition mondiale. Ce débat rejoint en partie le débat précédent : qui décide de ce qui est autorisé ou combattu ? Et au nom de quels principes, de quelles justifications, de quelle légitimité ?

 

Sont-ce les seuls enjeux de débats au sein de l’écologie ? Je pense que tous les débats tournent autour de ces deux tentations ?

 

1) Un combat contre le seul complexe agro-industriel suffirait-il à sauver et à empêcher l’emballement climatique, et qu’est-ce que ce complexe agro-industriel ?

 

L’agro-industrie correspond à l’ensemble du mode de production occidental, d’une agriculture extensive et monoculture utilisant des semences modifiées, OGM désormais, et des intrants (engrais, herbicides, eau) en nombre conséquent pour maintenir des rendements élevés. C’est également les chaines de transport et de traitement, les fabricants de semences, d’engrais, d’herbicides. C’est le combat historique des mouvements écologistes comme par exemple contre Mosanto.

 

La question est bien de savoir quelle fraction de nos besoins alimentaires ce monstre fournit ? Aide-t-il à combattre la faim dans le monde ? Sans lui, la faim dans le monde serait-elle encore plus grave ? Ou bien au contraire, ces gens-là fabriquent-ils la faim dans le monde pour se rendre toujours plus riches, toujours plus indispensables ? D’après Vandana Shiva, le complexe agro-industriel ne fournirait que 40% des besoins alimentaires mondiaux, tout en utilisant plus de 70% des ressources énergétiques disponibles. On pourrait tout à fait s’en passer, revenir à une agriculture respectueuse des hommes et de la nature si les moyens et les terres utilisés par l’agro-industrie étaient affectés à l’agriculture respectueuse. 

S’attaquer à cette agro-industrie pourrait suffire à abaisser considérablement les émissions de gaz à effet de serre qu’elle produit, fabrique, ou qu’elle utilise à travers sa consommation d’intrants. Mais c’est vraisemblablement la volonté politique internationale qui manque : ces firmes sont soit américaines, soit occidentales. Voilà un objet de combat que les consommateurs de tous pays pourraient combattre, même si cela entrainerait la disparition de nombre de nos habitudes alimentaires (les céréales Kellogs, la viande de Kobé ou Black-Angus cultivée à l’autre bout du monde). 

Mais il y a deux problèmes. Le premier concerne la capacité du complexe à nier sa responsabilité, à réécrire l’histoire. Ou plutôt, ce problème est lié à l’existence de plusieurs histoires concomitantes, et au fait que l’histoire est écrite par les vainqueurs, par l’Occident, par le complexe. Ainsi, d’un côté, la révolution verte du Pendjab a-t-elle été imposée à l’Inde par les Nations Unies et les États-Unis à la suite d’une famine, ou bien est-elle le fruit «d’innovations agricoles mises a point dans les annees 1960 par des chercheurs indiens et étrangers» (instituts internationaux de recherche publique au Mexique pour le blé et aux Philippines pour le riz)», comme l’indique l’Ecole normale supérieure de Lyon ? 

 

http://geoconfluences.ens-lyon.fr/glossaire/revolution-verte

 
Le fait que l’ENS Lyon puisse masquer la responsabilité de l’Occident dans cette révolution verte est inquiétant car il s’agit de l’un des Instituts les plus prestigieux de la recherche française. Et pourtant le prix Nobel de la paix en 1970 a bien été attribué à l’américain Norman Ernest Borlaug, considéré comme le père de la Révolution Verte, sans même cependant que son nom soit mentionné par l’ENS Lyon, ni mentionné surtout la responsabilité de l’Occident dans la destruction écologique mise en œuvre. Le prix Nobel 1970 n’a été attribué ni à un savant indien, ni à un savant mexicain ou indonésien !
 

Le deuxième problème concerne l’inaction potentielle des milliers de militants écologistes occidentaux dans ce combat contre le complexe. Contre qui pourraient-ils se battre au quotidien, contre quoi pourraient-ils se battre au quotidien, s’il ne s’agissait que de combattre les géants de l’agro-industrie ? Il faut bien qu’ils se trouvent des cibles proches, plus faciles à attaquer, plus simples à combattre ! Comment pourraient-ils se sentir utiles, qui pourraient-ils insulter, maudire, rendre responsables du réchauffement climatique ? Il est tellement plus facile, jouissif de s’attaquer à des 4x4, à des quidams comme leurs voisins, plutôt que de s’attaquer à des multinationales toutes-puissantes ? Il suffit de les voir à la COP27, à tourner en rond plutôt que d’affronter les geôles égyptiennes. Tellement plus simple de braver les autorités dans une démocratie que lorsque l’on risque véritablement quelque chose, pour de vrai !

 

2) Faut-il que la lutte écologique s’attaque à notre vie de tous les jours ?

 

Il y a évidemment une deuxième façon de voir ce problème du champ de combat de l’écologie. Chacun d’entre nous, chaque militant, chaque citoyen qui se sent concerné par la question climatique, peut avoir envie de faire quelque chose à titre personnel, à titre individuel. Pourquoi continuer à polluer ou à participer à la pollution ou la dégradation de la planète même si combattre le complexe agro-industriel pourra suffire à freiner le réchauffement climatique ? Il est donc normal de chercher à réduire individuellement son empreinte carbone.

 

Mais le militant écologique se trouve confronté à un dilemme. Pourquoi laisser son voisin continuer à polluer si lui-même se prive ? On en arrive alors très vite à l’activisme écologique, qui n’a pas forcément pour origine de nobles aspirations écologiques, mais plutôt de plus basses et beaucoup plus triviales motivations liées à la jalousie et à l’envie.

 

La dictature écologique n’est alors plus très loin. Celle de Rebellion Extinction. Celle de la Nupes, des Insoumis, d’Europe Écologie Les Verts. Et on en arrive alors à la question centrale de ce dilemme : «Qui décide de ce qui est autorisé ou combattu ? Et au nom de quels principes, de quelles justifications, de quelle légitimité ?»

 

- Quid de la climatisation des maisons et appartements personnels, surtout quand on sait que les écologistes habitent majoritairement dans l’Ouest de la Réunion, dans les zones des plages de l’île, qui se trouvent aussi les plus chaudes du département ? Mais la climatisation des voitures est par contre mauvaise ?

 

- Quid des déplacements aériens vs les déplacements routiers pour aller travailler ? Les écologistes veulent criminaliser l’usage d’un véhicule de transport individuel pour leurs voisins, mais ils ne sont pas gênés par l’idée de voyager en avion aux quatre coins du monde pour observer les changements de la planète ou participer à des mouvements de lutte pour la planète.

 

Que je sache, les altermondialistes et militants du climat ne se sont pas rendus à Charm El-Cheikh, en Égypte, à la rame ou à la nage ? Combien de tonnes d’équivalent CO2 ont-ils dilapidé pour peser sur les négociations sur le climat, ou bien juste pour s’afficher, chercher à capter un peu de lumière, un peu d’exposition médiatique ? De combien de millionièmes de degrés de réchauffement seront-ils responsables pour exister et se faire voir ?

 

https://www.lemonde.fr/planete/article/2022/11/09/cop27-la-societe-civile-mise-au-ban-a-charm-el-cheikh-selon-des-ong_6149203_3244.html

 

https://www.lemonde.fr/planete/article/2022/11/13/a-la-cop27-la-frustration-et-le-malaise-des-militants-du-climat_6149630_3244.html

 

On laisse donc quelques hurluberlus d’Extinction Rébellion, d’EELV ou quelques politiques se croyant investis d’une mission divine, comme les louves alpha d’EELV, comme par exemple de combattre les barbecues (et les hommes qui s’en occupent) … Ce sont donc ces hurluberlus et ces louves alpha qui pourront décider de tout :

 

- de ce que l’on pourra faire et ne pas faire,

- utiliser comme moyen de transport et ne pas utiliser,

- manger et ne pas manger,

- façon de cuire et façon de ne pas cuire

- acheter et ne pas acheter

 

Tout ceci fonder sur quoi ? Fonder sur quelle légitimité ? Du droit de celui qui crie le plus fort ? De celui qui manifeste le plus violemment ? Si tout ceci ne s’apparente pas à une dictature, écologique, qu’est-ce donc ? 

Une dictature en plus où les droits de chacun seront différents, où certains pourront se déplacer à l’autre bout de la planète pour observer, vérifier la fonte des banquises, pour participer à de grands rassemblements de lutte pour le climat, quand la masse des anonymes devra rester bien sagement sur place, se déplaçant à vélo pour ne pas trop polluer … Horrible monde que ces hurluberlus nous préparent !

 

https://www.lemonde.fr/idees/article/2022/04/30/la-transition-ecologique-impose-de-revolutionner-le-modele-obsolete-de-la-voiture-individuelle_6124256_3232.html

 
3) Pourquoi ce silence vis-à-vis des solutions démographiques ?

 

Il reste donc la question démographique ; question primordiale en ce jour où nous sommes désormais officiellement huit milliards d’humains sur Terre.

 

Et l’ONU qui prévoit que l’on attendra un maximum de 10,5 milliards d’humain vers les années 2080 jusqu’en 2100. Et le plus invraisemblable, c’est que cela ne semble inquiéter personne de savant. Ou plutôt si, mais c’est juste le fait que la population terrestre pourrait commencer à décroître après 2100 !

 

https://www.lemonde.fr/planete/article/2022/11/10/face-a-la-crise-climatique-des-humains-trop-nombreux-ou-qui-consomment-trop_6149333_3244.html

 

https://www.lemonde.fr/planete/article/2022/11/10/huit-milliards-d-etres-humains-et-apres_6149257_3244.html

 

https://www.lemonde.fr/planete/article/2022/11/11/emmanuel-pont-ingenieur-etre-moins-nombreux-sur-terre-ne-repondrait-a-aucune-des-grandes-questions-sur-le-climat_6149507_3244.html

 

Donc effectivement, il n’y a pas grand chose à attendre des médias, des politiques et des experts qui travaillent pour eux. Car comment la Terre et la Nature pourrait-elle encore supporter 2 milliards d’humains de plus ? À porter, à nourrir. Sans espoir.

 

C’est dès cet instant qu’il faut prendre des mesures drastiques de contrôle voire d’interdiction des naissances. Et aucune COP, aucune instance internationale ne se saisit du problème.


Tellement plus simple de ne pas pouvoir nourrir ses propres concitoyens, ses propres enfants, et d’organiser leurs migrations massives pour qu’ils partent coloniser souterrainement d’autres États, d’autres pays riches, d’autres continents.

 

… Il y a eu la colonisation occidentale du monde dans les années 1600-1900, où l’Occident s’est répandu dans le monde entier en colonisant, accaparant, renversant les pouvoirs en place, pour coloniser le monde entier, la moindre terre, la moindre île. Il y aura désormais la colonisation africaine du monde des années 2000-2020, invasion rampante, masquée, par poignées, par petits groupes, une barque à la fois …

 

Et là encore, on se retrouve face à la même interrogation : Qui décide de ce qui est autorisé ou combattu ? Et au nom de quels principes, de quelles justifications, de quelle légitimité ? Parce que certains ont le pouvoir de décider et d’autres non ? Parce que certains crient plus fort que d’autres ? Parce que certains médias jouent la carte de la culpabilisation de l’homme blanc, qui pour être pardonné de ses erreurs passées, de ses émissions de gaz à effet de serre passées, doit s’ouvrir et accueillir toute la misère du monde, les pauvres migrants, les sauver en pleine mer, en plein océan, et doit aussi payer pour développer le reste du monde et indemniser les autres États en développement ?

 
Nous sommes déjà 8 milliards d’humains sur Terre, demain toujours plus ! On nous parle de famine, de jour du dépassement, et j’en arrive à espérer quelques epidemies meurtrières qui puissent éradiquer la moitié ou les trois quarts de la population terrestre comme la peste noire au quatorzième siècle. Souhaiter le retour du bacille ‘Yersinia Pestis’ ; n’est-ce pas abominable ? Mais la Terre aurait enfin le temps de souffler un peu …

 

 
Saucratès



15/11/2022
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