Critiques de notre temps

Critiques de notre temps

Sur la morale (3)

Réflexion trente (14 avril 2010)
De l'importance de ne pas confondre ce qui est amoral de ce qui est illégal ou pénalement condamnable ... et inversement ...

Sans y faire attention, on a souvent tendance à mélanger (moi le premier vraisemblablement) concepts moraux et concepts légaux. Contrairement aux apparences, tout ce qui est interdit par une loi (en France) n'est pas condamnable par la morale, et inversement, tout ce qui est considéré comme condamnable en regard de la morale n'est pas condamné par la loi. Si le meurtre est à la fois contraire à la morale et à la loi, il existe d'autres exemples respectant cette assertion ...

Ce sujet de débat se double d'un autre problème qui m'a toujours semblé gênant pour toute explication philosophique et morale : la multiplicité des législations nationales et des morales, qui fait que tel acte autorisé par la morale et/ou la loi chez untel et condamné par la morale et/ou la loi ailleurs ... Les exemples sont beaucoup plus faciles à trouver et à citer, de la polygamie en passant par la consommation de viande porcine ou d'alcool, ou l'achat et la possession de quelconques biens capitalistes (ou simplement de terres) en Chine ou en URSS ... 

Cette multiplicité des lois et des morales impliquent forcément de définir un tronc éthique et légal commun, que tout humain véritable devrait respecter tandis que les autres actes non concernés par ce tronc commun ne pourraient plus alors être considérés comme universellement condamnables moralement ou légalement ...

En effet, comment légitimiser la condamnation morale ou pénale d'actes qui serait considérés comme normaux moralement et/ou pénalement sous d'autres lattittudes voire à quelques kilomètres de là, la frontière passée ? Comment condamner l'adultère, la consommation d'alcool, de stupéfiants ou de drogues, la polygamie, ou toute autre occupation dans un pays alors que ces mêmes actes ne posent aucun problème ailleurs ?

L'absence de possibilité de légitimiser de telles formes d'actes posent aussi un problème ethnocentrique ... Comment résister à l'envie de comparer les morales ou les législations et de les juger les unes par rapport à l'autre. Lorsque l'islam considère les croyances morales autres que les siennes comme impies ou mécréantes, il ouvre alors la porte à ce que certains dénomment le jihad, imposer les saintes croyances par le glaive (ou les bombes aujourd'hui). La tentation était la même pour la religion catholique les siècles précédents, avec l'évangélisation forcée et forcenée de l'Afrique et des Amériques, qui ont conduit à l'extermination des peuples et des civilisations africaines et amérindiennes.

Cette tentation est également toujours actuelle dans la civilisation occidentale, qui consiste à considérer comme barbare tout trait culturel, moral ou légal en opposition à nos propres valeurs, que ce soit la polygamie (condamnation qui nous met bien mal à l'aise, nous hommes occidentaux, puisque nous rêverions parfois de pouvoir en bénéficier, sans penser à toutes les obligations qui en découlent, ou dont nous contournons habilement l'interdiction en prenant des maîtresses ...), l'excision, les rites d'initiation, ou les impératifs communistes de condamnation de la propriété privée ... 

L'occident a ainsi toujours eu l'habitude culturelle de considérer comme barbare, effrayant et contraire à la morale tout ce qui était différent de ces valeurs et croyances. Mais plus largement, on peut dire que chaque morale ou législation a toujours cette prétention à s'estimer universelle ; jusqu'à ces civilisations amérindiennes (ou autres) primitives demeurées à l'écart de l'humanité qui se réservaient à elles-seules le terme d'hommes ...

Mais le relativisme pose inversement d'autres problèmes. Si le meurtre d'autres êtres humains avait été considéré comme naturel et normal dans certaines civilisations, cela devrait-il remettre en cause la portée de l'interdiction énoncée du meurtre d'autres personnes ? Par exemple, la culture occidentale esclavagiste qui a considéré comme normaux les châtiments corporaux et la mise à mort des esclaves noirs coupables de s'être simplement enfuis ou rebellés justifie-t-elle que ces actes ne puissent être considérés comme amoraux, pénalement condamnables, et criminels ?

Cette préoccupation rejoint d'une certaine manière le concept d'«éthique minimale» développée par Ruwen Ogien dans ses livres «La panique morale» et «L'éthique aujourd'hui». L'éthique minimale repose sur trois piliers :
a) La neutralité à l’égard des conceptions substantielles du bien
b) Le principe négatif d’éviter de causer des dommages à autrui
c) Le principe positif qui nous demande d’accorder la même valeur aux voix ou aux intérêts de chacun.

Le fait que cette théorie morale de Ruwen Ogien se soit développée à partir de la pornographie et de la prostitution (et appliquée aux lois bio-éthiques) me semble être particulièrement intéressant. Voilà une activité humaine qui fait l'objet presque universellement et de tout temps d'une très forte réprobation à la fois morale et législative ... et en même temps, il s'agirait d'un des plus vieux métiers du monde, et il est également assez peu différentiable de toute une série de pratiques féminines et masculines concernant des personnes de niveaux sociaux ou de niveaux de richesse très différents ...

Peut-on ainsi dire que la prostitution est moralement condamnable ou pénalement poursuivable ?... Lorsque dans d'autres pays, à quelques kilomètres parfois de chez nous, la prostitution est une activité professionnelle comme une autre, ayant vitrine sur rue (textuellement) ...


Réflexion vingt-neuf (19 mars 2010)
De l'absence d'éthique d'une grande majorité de nos contemporains (suite) ...

Il y a près d'un an, le jugement du procès du gang des barbares, ces jeunes désoeuvrés des cités de la banlieue parisienne qui avaient suivi Youssouf Fofana et avaient participé au rapt, à la torture et à l'assassinat d'un jeune homme, Ilan Halimi, à l'hiver 2006, m'avait conduit à m'interroger sur ce qui fait que l'on peut se transformer en geôlier et en tortionnaire sadique. Tout le monde peut-il basculer dans cet état où il ne reste plus une once d'humanité en nous ? Telle était ma question.

Ma réponse est oui ! Presque tout le monde peut basculer !

Un article intéressant du Monde d'il y a quelques jours répond plus ou moins à ma question. Je connaissais l'expérience mise en place et racontée par un universitaire américain (et psychologue) Stanley Milgram, dans son livre «Soumission à l'autorité» (Calmann Levy) paru en 1974. Je n'ai par contre jamais lu l'essai d'Hannah Arendt intitulé «Eichmann à Jérusalem» publié en 1966. Pour simplifier, une émission de jeu télévisée (mais qui ne sera vraisemblablement jamais diffusée), «Zone Xtrème», mettait des candidats et le public dans la situation du bourreau en leur faisant appliquer des chocs électriques de 200 à 460 volts à un candidat enfermé dans une cage. Et les candidats dans cette situation de jeu télévisée se transformaient très majoritairement en tortionnaires sadiques, malgré les supplications de la personne enfermée (qui en fait simulait ... heureusement pour elle).
http://www.lemonde.fr/actualite-medias/article/2010/03/17/le-jeu-dont-vous-etes-le-bourreau_1320397_3236.html

Cette terrible expérience de télé-réalité (ou de jeu télévisé) met en lumière le fait qu'en la majorité d'entre nous sommeille un monstre sans coeur ni pitié, sans éthique et sans aucune valeur morale. Près de 80% des candidats à ce jeu (53 sur 69) ont obéi aux 'ordres' d'une présentatrice de télévision nommée Tania Young. Aucune contrainte n'était exercée sur ces candidats si ce n'est la pression d'une présentatrice et les hurlements d'un public tout aussi fanatisé et simplement chauffé par un «chauffeur de salle», qui scandait «châtiment, châtiment». Cela a suffit pour faire de 53 candidats des tortionnaires sans pitié, obéissant simplement et aveuglement aux ordres donnés, sans se poser de question sur la légitimité de ces ordres et sur leurs implications morales.

Vous et moi, aurions-nous fait partie de ces 80% de tortionnaires ou des 20% de candidats 'moraux' ? Le pire c'est que l'on n'en sait pas grand chose sans y avoir participé ... si ce n'est que je fais plutôt partie des personnes préférant la contradiction à la conformité au groupe ... et que m'opposer à un groupe ne me fait pas particulièrement peur ...

Qu'est-ce qui explique cette absence de sentiment moral d'un certain nombre d'entre nous, comme nous l'apprend cette expérience télévisuelle ou l'affaire du «gang des barbares ? La soumission à l'autorité comme l'indiquait le psychologue américain Stanley Milgram ? Mais la présentatrice de télévision n'avait pas d'autorité si ce n'est celle que les téléspectateurs accordent aux présentateurs de télévision. La soumission aux désirs du groupe, le souhait d'appartenance à un groupe, le souhait de reconnaissance, la peur de ne pas être accepté par un groupe ?

Ou alors enfin cela provient-il de la distanciation à la victime et aux actes eux-mêmes de torture ? Les mêmes tortionnaires n'appliqueraient vraisemblablement jamais directement la torture à leurs victimes s'ils devaient être confrontés au sang, aux appareils de torture, aux corps qui souffrent. Arracher des ongles n'est pas simple. Appuyer sur un bouton à distance est beaucoup plus simple. La technique peut ainsi nous transformer majoritairement en monstres.

Que faut-il faire de ces sadiques qui ont cru torturer de pauvres victimes ? Peut-on les laisser en liberté sans surveillance, alors que l'on sait désormais qu'ils pourraient faire des tortionnaires sans pitié, ou qu'ils auraient fait de parfaits nazis sans pitié ni cerveau ? Des monstres rodent en liberté !


Réflexion vingt-huit (6 mai 2009)
Ce que nous enseigne l'affaire du martyre d'Ilan Halimi sur l'absence d'éthique d'une grande majorité d'entre nous ...

L'affaire du rapt et du martyre d'Ilan Halimi, également appelé affaire du gang des barbares, a démarré devant la cour d'assises des mineurs de Paris. Le rapt d'Ilan Halimi, survenu à l'hiver 2006, au cours duquel le jeune homme fut torturé à mort, avait concerné un nombre très important de personnes. Vingt-sept personnes, dix-sept hommes et dix femmes sont mises en examen dans cette affaire.

Toute personne plus ou moins sensée (ce qui exclut évidemment le chef de ce groupe, Youssouf Fofana), il me semble, devrait tenter de s'interroger sur le comportement qui aurait été le sien dans une situation comparable à l'occupation de la France au cours de la seconde guerre mondiale ... Aurions-nous été du côté des bourreaux ou des résistants à l'Innommable. En tout cas, cela m'arrive parfois, lorsqu'un évènement ou un film me conduisent à réfléchir à cette période de l'histoire de l'Europe. Je n'aurais peut-être jamais l'occasion de le savoir ; il faut mieux l'espérer, pour moi et pour ceux que j'aime.

Mais les personnes impliquées dans cette affaire, et mises en examen, ont la réponse à cette question ! Ils auraient été du côté des barbares, des miliciens, des gestapistes, des bourreaux. La très grande majorité d'entre eux auraient pu mettre fin au calvaire de Ilan Halimi, informer même anonymement la police en indiquant l'endroit où il était séquestré. Aucun ne l'a fait, pendant les trois semaines que dura son calvaire. Ilan Halimi est décédé quelques minutes après avoir été retrouvé, menotté, nu et agonisant près d'une voie ferrée.

Vingt-sept personnes au minimum auraient pu mettre fin à son calvaire. Les geôliers qui le gardaient à tour de rôle. Ceux qui l'ont porté de son premier lieu de détention (un appartement) jusqu'à la cave où son calvaire a continué. Ceux qui l'ont frappé ... Et ce silence a duré trois semaines ! Trois semaines d'absence de sens moral, pour des personnes qui auraient du avoir une conscience !... Evidemment, on a un sens moral ou on en n'a pas, on a une conscience ou on en n'a pas ! Trois minutes suffisent ... Trois semaines n'y changeront rien, comme cette histoire l'a démontré ... Par malchance pour Ilan Halimi, l'ensemble des membres de ce groupe étaient privés de tout sens moral, de toute conscience ... Et une question me taraude ? Ces 27 personnes étaient-elles des exceptions, une absence de chance tragique d'Ilan Halimi qui fit qu'il tomba sur eux ? Ou bien est-ce que l'immense majorité des jeunes habitants des cités françaises sont tout autant privés de tout sens moral, tortionnaires en puissance de toute personne suffisamment différente d'eux-mêmes et sur laquelle ils auraient tout pouvoir ? Cette question, il nous faut tous nous la poser, évidemment, mais je crains que la jeunesse d'aujourd'hui, tout particulièrement dans ces zones sensibles que sont les cités de la région parisienne, n'ait perdu tout sens éthique et moral ...

Racisme de ma part (en écrivant cela je pense à mon ami virtuel Bilou Moliets) ? Ou triste réalité comme nous le prouve cette histoire ? Cette affaire est abominable, quelque soit l'origine et le milieu social de Ilan Halimi. Vivons-nous au milieu de centaines de milliers de jeunes (ou de moins jeunes) de banlieue privés de sens moral et de conscience, de barbares, de monstres sociaux susceptibles de se transformer en tortionnaires et en geôliers ? Ce que l'on sait, en tout cas, c'est que vingt-sept personnes d'une même cité (Bagneux), de toute origine, ont commis l'irréparable, un crime contre l'humanité ... et qu'aucune peine ne sera à la mesure de leur crime.

Pour information, la liste des vingt-sept 'barbares' (ou personnes mises en examen dans cette affaire) ... Que personne n'oublie leur nom et leur rôle dans cette terrible histoire ...
- Youssouf Fofana, le 'cerveau', de parents ivoiriens,
- Christophe Martin-Vallet dit «Moko», martiniquais,
- Jean-Christophe, alias «Zigo», mineur au moment des faits, tortionnaire
- Jérôme Ribeiro, alias «coup de tête», aurait été dissuadé par ses parents de parler
- Samir Aït Abdelmalek, alias «smiler»
- Yahia Touré Kaba, geôlier
- Fabrice Polygone, étudiant en BTS, geôlier
- Giri Oussivo N'Gazi, geôlier
- Francis N'Gazi, geôlier
- Diossin Mendy
- Nabil Moustafa, alias «Bilna», livreur de pizza et footballeur, geôlier
- Cédric Birot Saint-Yves, geôlier
- Gilles Serrurier, gardien de l'immeuble où était séquestré Ilan Halimi
- Jean-Christophe Soumbou, alias «Marc» alias «Crim» alias «Craps», ancien co-détenu de Youssouf Fofana à la prison de Nanterre
- Yassin, homme de main recruté par Jean-Christophe Soumbou
- Almane Dialo, prêteur sur gages
- Jérémy Pastisson
- Franco Louise, dit Pak-pak, ancien champion de France de boxe Thaï
- Tiffenn Gouret, bretonne, aurait fourni les «appâts»
- Emma alias «Yalda» de son prénom original «Sorour», de mère iranienne, mineure au moment des faits, elle a servit d'«appât» pour piéger Ilan Halimi le 20 janvier
- Audrey Lorleach dite «Léa» ou «Natacha», étudiante en assistance médicale, aurait servi auparavant d'«appât»
- Murielle Izouard, amie d'Audrey, inculpée de «non-dénonciation de crime» (était admissible au moment à l'écrit du concours de gardien de la paix de la police nationale).
- Leila Appolinaire, amie de Jérôme Ribeiro, mise au courant des faits, inculpée de «non-dénonciation de crime».
- Alexandra Sisilia, aurait servi d'appât prècèdemment
- Ruth, aurait aussi servit d'«appât»
- Sarah, aurait aussi servit d'«appât»
- Isabelle Mensah, confidente de Yalda, au courant des faits, inculpée de «non-dénonciation de crime».
- sans compter quelques autres personnes, parents de Jérôme Ribeiro ou amis de tortionnaires ou de geôliers ...

Devant ces faits atroces, je regrette l'abolition de la peine de mort, à la manière dont Youssouf Fofana le mentionnait lors de son interview télévisée en Cote d'Ivoire, avant son expulsion pour la France. Il est insupportable que ces personnes puissent échapper à la guillotine, insupportable de penser que ces personnes pourront sortir après quelques années de prison, qu'ils pourront vivre libres. Insupportable de penser qu'ils s'en tireront comme cela, avec quelques années de prison et qu'ils sortiront à peine au bout de la moitié de leur condamnation. Et insupportable de penser que ces personnes, dénuées de tout sens moral, pourront de nouveau recommencer leur macabre expérience.

L'abolition de la peine de mort, pour laquelle Robert Badinter se batît, est-elle une bonne chose ? Ces tortionnaires ont-il eu la moindre pitié, la moindre commisération, la moindre trace d'humanité pour Ilan Halimi ? Alors, pour quelles raisons la société française leur accorderait-elle une considération et une humanité que ceux-ci n'ont pas eu pour Ilan ? Pour ma part, je ne me pose pas la question. Pour certains crimes atroces, la peine de mort demeure l'unique réponse cohérente à l'inhumanité de certains, qu'ils soient violeurs d'enfants, malades mentaux ou non, ou monstres sociaux comme Youssouf Fofana et ses comparses tortionnaires et geôliers ...


Réflexion vingt-sept (5 avril 2009)
La place de la morale dans le monde d'aujourd'hui (suite) ...


Mon ami virtuel Bilou Moliets contestait que je puisse écrire que « (...) les foules de ces états arabo-musulmans (...) ne se reconnaissaient plus dans aucune valeur morale supérieure (...) » ... En écrivant cela, en citant une interview d'Amin Maalouf, écrivain libanais dont j'ignore l'appartenance religieuse, je pensais à ces foules haineuses qui manifestaient régulièrement à une époque récente devant les ambassades de France et de certains pays occidentaux, aux appels d'imprécateurs religieux extrêmistes, contre les propos du pape Benoît XVI, contre les caricatures de Mahomet publiées dans certains journaux européens, contre l'affaire du traitement du foulard islamiste dans les écoles françaises, et de nombreux autres évènements tous aussi anodins que j'ai pu observés ces dernières années.

Pour de nombreux observateurs, ces foules haineuses sont en fait manipulées par les pouvoirs politiques de ces états, souvent peu démocratiques, qui utilisent ce moyen de la pression populaire pour envoyer des messages aux états occidentaux avec lesquels ils sont parfois en conflit diplomatique, ou sous le coup de sanctions diplomatiques ou économiques (par exemple la Syrie ou l'Iran). Il est clair que des foules haineuses aux abords d'une ambassade en terre étrangère (même si ceci est une aberration puisqu'une ambassade est un morceau du territoire de la nation étrangère), protégée par quelques clôtures ou grilles et quelques gardes de faction, sous la protection de forces de police étrangères d'un état étranger dont on ignore tout des buts réellement poursuivis, dont on pense qu'il encourage justement cette même manifestation, et qu'il pourrait tout à fait autoriser à dégénérer ... peuvent faire peur pour la sécurité physiques de leurs ressortissants aux états occidentaux ...

La question sur laquelle m'interpelle Bilou Moliets peut donc être de savoir si ces foules haineuses ont encore des valeurs morales, mêmes différentes des nôtres (à nous occidentaux), même hors de tout référent judéo-chrétien ? En parlant ici de foules haineuses, je réponds involontairement à la question. En pensant à des groupes extrêmistes terroristes se réclamant d'une croyance islamisque, qui usent d'attaques terroristes pour arriver à l'établissement de leur idéologie religieuse, pour lesquels toute croyance différente des leurs est une hérésie (en disant cela, je fais un parallèle avec les excès du catholiscisme au cours de notre moyen-âge européen) et une condamnation à mort, je ne crois pas manifestement à l'existence d'une morale guidant leurs actions (ou du moins rien que s'apparente à une morale au sens que l'on entend philosophiquement parlant en Occident).

Bizarrement, notre Occident, au cours de son histoire passée, n'a reconnu qu'une seule forme de légitimité morale, même hors de toute rationalité, au déferlement de telles haines. Cette légitimité morale a pour nom patriotisme. Le patriotisme a conduit des foules à manifester leur colère contre des peuples étrangers et les a poussé au meurtre et à la guerre. Le patriotisme a conduit des hommes à des actes terroristes contre des forces armées d'occupation militaire (que ce soit hier en France ou aujourd'hui en Israël), ou à cautionner l'usage de la bombe atomique contre des civils étrangers (Hiroshima et Nagasaki).

Nos peuples étaient-ils moraux lorsqu'ils étaient ainsi poussés aux pires extrêmités de la haine de l'autre et de la violence, lorsqu'ils tuaient ou violaient hommes, femmes ou enfants ? Vraisemblablement pas plus que les foules haineuses de certains pays arabes ou musulmans ... Mais au moins l'explication à cette haine était-elle une situation de guerre contre une adversaire étranger diabolisé, et aux lendemains de ces guerres, les opinions publiques en sortaient-elles un peu dégrisées, désaoulées et se sentant coupables de toute cette haine déversée.

Dans le cas des foules haineuses arabes, il y a normalement pas d'état de guerre officiel entre ces états et les nôtres, il n'y a pas plus de sentiments de culpabilité chez ces personnes, et il ne s'agit pas non plus de patriotisme ... mais plutôt d'une guerre de religion. D'une certaine façon, notre appréciation de l'existence d'une possible morale chez eux, reposant sur la possibilité d'une reconnaissance d'une culpabilité devant leurs actes, d'une rationalité de ces mêmes actes, ne me semble pas exister. Et je rejoins donc Amin Maalouf en pensant qu'il n'y a pas de morale (ou plutôt affaiblissement de la morale) dans ces foules haineuses et dans ces groupes terroristes islamistes, de la même manière qu'il y a eu disparition de la morale dans nos états occidentaux lors de chaque conflit moderne contre un état ou un groupe adverse, dès lors que l'humanité de ces derniers était remis en cause et que tous les moyens militaires étaient utilisés pour gagner ce conflit.

Même si, en disant cela, j'ouvre la porte à la diabolisation de ces hommes et femmes, de ces foules, en leur retirant en fait leur humanité, car comment reconnaître une humanité à des personnes si on les considère comme privées de morale ?

 

 

Réflexion vingt-six (1er avril 2009)
La place de la morale dans le monde d'aujourd'hui ...


En ce jour des poissons d'avril, une pensée un peu plus sérieuse. En lisant Amin Maalouf, je me rendais compte de l'acuité de son regard sur le dérèglement du monde actuel, du monde tel qu'il est. Je me rendais compte de l'importance de la morale, et de sa place dans mes réflexions. Je suis tout à fait d'accord avec son analyse sur l'absence totale de morale de la civilisation arabo-musulmane. Les foules de ces états arabo-musulmans, les groupes politiques et terroristes appartenant à la mouvance islamique et religieuse, ne se reconnaissent plus dans aucune valeur morale supérieure, se référant uniquement à la haine des autres et de ceux qui leur sont étrangers. Comme l'écrit Amin Maalouf, « on aurait pu s'attendre à ce que la croyance religieuse aiguise le sens moral. Mais c'est souvent l'inverse qui se produit. Comme si, en proclamant sa foi, on pouvait se dispenser d'avoir également des valeurs civiles. »

De là, les actes terroristes des islamistes irakiens, saoudiens, algériens, palestiniens, libanais, pakistanais ou afghans cessent de paraître incompréhensibles, barbares ou inhumains. Ils ne font que réfléter une absence totale de morale au sens où l'occident l'entend ; une absence de morale due peut-être à l'inhumanité dans laquelle ils considèrent l'ensemble des personnes qui n'ont pas la même religion et la même croyance qu'eux. Des infidèles ou plutôt des animaux ...

Mais, selon Amin Maalouf, l'Occident présente la même indigence en matière de conscience morale ; morale qui ne cesse d'être agitée aux yeux de tous, notamment lorsqu'il faut condamner les agissements de nos adversaires, mais qui n'est plus en fait pertinente dans les actes de tous les jours, morale qui n'est plus opérante et qui n'est plus appliquée par ceux-là même qui s'en réclament.

Je suis également assez d'accord avec Amin Maalouf sur ce deuxième point. La morale n'est plus une variable opérante dans la réalité de nos sociétés occidentales modernes. La morale peut être agitée comme caution de nos existences, de nos agissements, elle peut être agité pour juger les actes des 'autres', des étrangers, mais elle n'existe pas véritablement dans nos sociétés. Il suffit de voir les différences de richesse cohabitant dans nos sociétés et les différences de train de vie ... Entre ceux qui voyagent dans des yachts ou des avions privés, qui vivent dans des châteaux luxueux, profitent de vacances de milliardaires, et l'immense majorité d'entre nous qui bouclent difficilement leurs fins de mois ... La morale n'existe plus vraiment ; elle est censée régir désormais les relations interindividuelles au sein des familles, charge aux parents d'apprendre la morale aux enfants pour leur apprendre à se satisfaire de leur position subalterne dans la société, qu'ils doivent en plus entretenir pour que quelques nantis en profitent ...

D'où l'importance d'une réflexion sur la morale ... et de l'importance de rappeler la nécessité impérieuse de la morale et de son développement dans le corps de la société ... et de son impossible séparation d'avec la justice et d'avec la loi, pour que la morale redevienne opérante au moins dans nos sociétés occidentales ...


Réflexion vingt-cinq (31 décembre 2008)
Intermède philosophique ...


Dernier jour d'une année 2008 agonisante, finissant dans le sang coulant à Gaza, sous les coups d'Israël ... Année où nombre de certitudes des économistes et de nos responsables politiques se sont écroulées, mais qui a vu nos gouvernements voler au secours des puissants alors qu'ils laissent tant de pauvres se débattre seuls dans la misère. Crise du capitalisme, ou crise du modèle d'une société capitaliste reposant sur la possibilité d'ascension d'une fraction de sa classe moyenne ?

Pour clore cette année 2008, je me propose de me réfugier dans quelques citations de quelques lecteurs de Platon. Ainsi de Monique Canto-Sperber, spécialiste de la philosophie morale, qui écrit : « ... L'un des immenses mérites de Platon est d'avoir su donner aux jugements politiques et moraux le statut d'énoncés ayant valeur de vérité ... » ... ce qui correspond à ma recherche d'une morale supérieure à la morale de troupeau dont nous parlait Connaissance.

Ainsi d'Alain Badiou, qui écrit : « ... La situation planétaire de la pensée atteste que toutes les formes du relativisme actuel sont liés à l'emprise du capitalisme mondialisé, et que l'individualisme affiché, le culte du bonheur personnel et les politiques identitaires de tous ordres ne sont que le revers d'une implacable progression de la persécution des plus faibles ...

... Pourquoi notre guide, au regard de cette situation, doit-il être Platon ? C'est que celui-ci prouve qu'un accès à l'absolu est nécessaire pour se gouverner dans le monde. Avec Platon, nous saurons affirmer qu'il n'est pas vrai que l'alpha et l'oméga de l'existence collective soit l'équité des contrats et la convocation aux urnes. Cette équité se réalise de fait comme consentement à l'injustice, et ces votes incessants ne sont que les cérémonies de l'impuissance ... »
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Et enfin de Léo Strauss, qui écrit : « ... Platon a composé ses écrits de manière à empêcher pour toujours de les utiliser comme des textes faisant autorité. Ses dialogues ne nous donnent pas tant une réponse à l'énigme de l'être qu'une imitation extrêmement claire de cette énigme. Son enseignement ne peut jamais devenir l'objet d'un endoctrinement. En dernière analyse, il est impossible d'utiliser ses écrits pour une fin autre que la pratique de la philosophie. En particulier, aucun ordre social et aucun parti passé, présent ou futur, ne peut légitimement prétendre avoir Platon pour patron ... » Léo Strauss écrivait cela en 1946 pour répondre à un livre de John Wild qui visait à utiliser Platon pour combattre le fascisme, de manière erronée selon Strauss. Cette lecture de Platon me semble extrêmement intéressante du fait qu'elle nie toute interprétation politique de Platon ... et explique l'aridité des livres de Platon ...

Ainsi la lecture que fait Strauss des idées de Wild : « Cette exigence s'accorde très bien avec le diagnostic suivant porté sur le fascisme. Dans leur lutte contre les petits chefs parasites (sans doute les dirigeants syndicaux, dixit Strauss), ceux qui sont au niveau le plus élevé de la hiérarchie productive, ou les riches ordonnés, sont forcés de s'unir pour se défendre contre la démocratie qui gagne du terrain. S'ils réussissent, ils établiront un régime fasciste de loi et d'ordre, accentuant les hiérarchies traditionnelles de l'Etat, et supprimant impitoyablement toute démocratie. La seule autre possibilité est qu'un génie politique ou qu'un parasite corrompu protège le peuple d'une telle révolution de classe et devienne un dictateur absolu ... ». Non pas que Strauss pense que « Wild cherche à prêcher le fascisme ou le national-socialisme ... ». Je trouve cette lecture intéressante (même si elle émane en fait de John Wild) au sens où elle n'est pas éloignée de la réalité de nos démocraties modernes actuelles et de leur fonctionnement, qui ne sont peut-être après tout que des formes de régimes fascistes de loi et d'ordre contrôlés par la classe des richissismes milliardiaires qui contrôlent nos vies et l'état ...


Réflexion vingt-quatre (9 septembre 2008)
Ouverture du procès en appel à Colmar de Pierre Bodein dit Pierrot le fou ... Ou de l'impossibilité pour nos sociétés de juger et de se protéger des monstres tels Pierre Bodein ou Fourniret, parmi d'autres ...


Pierre Bodein repasse en jugement, après avoir fait appel de sa condamnation à la perpétuité incompressible prononcée en juillet 2007, pour le meurtre d'Hedwige Vallée, 38 ans, de la séquestration, du viol et du meurtre de Jeanne-Marie Kegelin, 10 ans, et du viol et du meurtre de Julie Scharsch, 14 ans.

Son procès s'est ouvert ce mardi 9 septembre 2008 devant un jury d'assisses, à Colmar, dans le Haut-Rhin. Durant son précédent procès, en juillet 2007, qui avait duré trois mois, Pierre Bodein n'avait cessé de clamer son innocence, malgré des preuves ADN confondantes (notamment des empreintes génétiques des victimes retrouvées dans sa voiture et sur des couteaux lui appartenant). Les meurtres dont Pierre Bodein est soupçonné avaient eu lieu en juin et juillet 2004 dans la région de Barr et d'Obernai (Bas-Rhin). Pierre Bodein était alors en liberté conditionnelle depuis trois mois, après avoir purgé quelques années de sa précédente condamnation mais évidemment pas la totalité de la peine à laquelle il avait été précédemment condamné.

Cette affaire, comme toutes les affaires de ce genre, comme par exemple l'affaire Fourniret, pose un certain nombre de problèmes, tels la monstruosité et la réponse carcérale que la société peut lui apporter (1), le problème de la récidive de la part de dangereux criminels (2), le problème de la place qui devrait être laissée à la peine de mort dans notre régime répressif pour de tels crimes (3), ou à défaut les possibilités d'élimination de la société de ces monstres (4) ... et enfin le problème de la médiatisation et du regard de l'opinion publique porté sur ce genre de procès, avec la difficile question de la présomption d'innocence (5) ... Mais Pierre Bodein mérite-t-il une telle clémence ? A-t-il laissé ce genre de droits à ces victimes ?

(1) Face à la monstruosité, que peut la justice des hommes ? Qu'est-ce qu'un monstre d'ailleurs ? Aurait-on pu tous, nous autres hommes, basculer dans la monstruosité au détour d'une rencontre ou au bout d'un chemin, dans certaines circonstances ? Ou bien est-ce notre morale personnelle qui nous en aurait préservé ... Notre morale ou notre culpabilité ? Et cette morale n'est rien d'autre que couardise, comme je m'interrogeais il y a quelques mois. En somme, devient-on un 'monstre' par accident ... ou ces personnes sont-elles prédestinées à être des monstres ... Et est-ce la peur et la crainte qui expliquent que l'on soit moral ... N'est-on moral que parce qu'on est trop couard pour devenir un 'monstre' ? La morale n'a-t-elle pas d'autres fondements que la peur ?

(2) Le problème de la récidive continue également de poser question, lorsque l'on se rend compte que de dangereux criminels, tueurs et violeurs de femmes ou d'enfants, sont aujourd'hui libérés de prison, le plus souvent sans avoir purgé la totalité de la peine à laquelle ils avaient été initialement condamnés, et alors qu'ils présentent encore une grande dangerosité pour les personnes qu'ils pourraient être amenés à croiser à leur sortie de prison.

(3) Face à de tels monstres, est-il interdit de regretter l'abolition de la peine de mort ? Sans cette abolition inopportune, Hedwige Vallée, Jeanne-Marie Kegelin et Julie Scharsch ne seraient-elle pas toujours en vie, aujourd'hui, âgées de 4 ans de plus ? La vie de Pierre Bodein, déjà condamné pour des meurtres antérieurement, vaut-elle plus que celles de ces trois jeunes femmes, jeunes filles ou enfants ? Face à cette monstruosité, je ne peux que regretter cette abolition de la peine de mort, car il est impossible de mettre en balance la mort qui aurait déjà dû être prononcé contre cet homme, il y a de nombreuses années, bien avant 2004, et les morts de Hedvige, Jeanne-Marie et Julie, qui n'auraient jamais dû avoir lieu.

(4) En effet, de quelles protections disposent les citoyens normaux pour protéger leurs enfants, leur femme des pulsions sanguinaires et des agissements de tels monstres ? Se trouve ici posé le problème de la réponse carcérale qui peut être apporté aux actions incontrôlables de ces individus. Lorsque l'on voit l'âge de Fourniret à l'époque des différents assassinats qu'il a avoués, on ne peut même pas être rassuré en se disant qu'au delà d'un certain âge, ces personnes ne présentent plus la même dangerosité ... A défaut de l'application de la peine de mort, qui, pour ma part, me semble être la seule réponse que la société devrait donner à leurs agissements, il faut trouver une mesure d'élimination de ces monstres de notre société. Je n'ai pour ma part aucune confiance dans la castration médicamenteuse pour traiter leurs pulsions ... Seule l'application réelle de la pertuité serait une réponse valable, jusqu'à la mort ... dans des prisons de haute sécurité ... A défaut, la mesure de Rachida Dati peut permettre d'atteindre un résultat équivalent. Je ne comprends d'ailleurs pas comment la justice peut considérer qu'une personne condamnée à une peine de prison à perpétuité peut être libérée au bout de dix, quinze ou vingt ans ?

Evidemment, cette réponse qui pourrait être apportée (et que je préconise en tant que citoyen lambda) par la société peut faire peur. Michel Foucault dénonçait notamment cette propension de la société moderne à enfermer ses fous et ses déviants pour ne plus les voir. Mais n'est-il pas excessif de voir dans Bodein ou Fourniret ou tant d'autres assassins et violeurs d'enfants, que le reflet de notre société, que les travers de notre société ? Ce ne sont que des monstres, à la morale pervertie, irrécupérables pour la société, non pas en tant que force productive ou consommatrice, mais en tant qu'êtres humains, en tant que prédateurs tout simplement.

(5) Enfin, comment concilier la couverture médiatique dont les assassinats commis et l'inculpation de ces personnes ont fait l'objet, et la présomption d'innocence que ces personnes devraient mériter en regard de la loi ? Comment ne pas considérer Pierre Bodein, dit Pierrot le fou, comme un monstre, comme l'assassin d'Hedwige Vallée, de Jeanne-Marie Kegelin et de Julie Scharsch ? Exercice difficile ? Comment le juger normalement de manière équitable, alors qu'il a déjà été condamné par les médias ? Et comment même accepter de le juger équitablement lorsque cette personne n'a pas offert la même équité à ces victimes ?

Là réside le noeud de l'horreur. Comment traiter en humain et en sujet de droit un monstre, un animal, un prédateur ? A mon niveau, c'est impossible. Et en tant que parent de ses victimes, cela me serait encore plus impossible.

Je sais que dans ce cas, la seule réponse qui me satisferait serait sa mort, par ma main ou par celle de la société. Evidemment, cela peut choquer ! Anna dirait que le monde est fou ! Mais Robert Badinter a-t-il eu raison d'abolir la peine de mort dans ces circonstances très particulières (ci-après le discours de Robert Badinter lors de la discussion à l'Assemblée Nationale du projet de loi portant abolition de la peine de mort le 17 septembre 1981) ?


Réflexion vingt-trois (13 juin 2008)
Du bien et du mal ... et de leur place en politique et dans les relations internationales ...


Traiter du bien et du mal ne sera évidemment pas facile. Je ne m'intéresserais pour l'instant qu'au seul aspect politique de cette question. Du besoin d'un ennemi ...

Les Etats-Unis, comme presque tout le monde, aiment les situations simples, dichotomiques. Du côté de l'ennemi, le mal ... De leur côté, le bien ... sans question à se poser. C'est notamment ce qui a conduit les Etats-Unis à ranger au lendemain du 11 septembre 2001 un certain nombre de pays dans la liste des pays de l'axe du mal. C'était déjà le cas pendant la guerre froide, ainsi que depuis le début de la seconde guerre mondiale. Une situation simple où les Etats-Unis étaient la première puissance mondiale et représentaient le bien, face aux totalitarismes.

Les attentats du 11 septembre leur ont permis de rétablir, de fabriquer un ennemi, de faire apparaître le mal contre lequel il leur fallait se défendre. Cet ennemi est l'intégrisme islamiste. Et pour que le combat soit beau, et que le regroupement autour de la nation et de ses dirigeants soit solide, il faut que l'ennemi soit formidable, et que son absence de pitié le rende haïssable. Sont-ce les Etats-Unis qui l'ont fabriqué, cet ennemi intégriste ? Question à laquelle il est difficile de répondre. En tout cas, son apparition était bien opportune. Le matraquage médiatique qui a résulté de la couverture par les médias de ces attentats, conséquence de l'horreur des attaques perpétrés contre plusieurs symboles de l'occident et de l'imaginaire ... des avions, une tour immense, des crashs aériens, le quartier de Wall-Street ...

Les médias, sept ans après les faits, continuent-ils leur matraquage médiatique sur les dangers de l'intégrisme islamique et sur le 11 septembre ? Je n'en ai pas l'impression. Mais il y a des évènements que nul ne peut oublier. Comme disait une personne dont j'ai oublié le nom, tout le monde se souvient de ce qu'il faisait et où il se trouvait lorsqu'il a pris connaissance des attentats du Worl Trade Center ... Et c'est effectivement mon cas ...


Réflexion vingt-deux (8 mai 2008)
Des monstres et de la morale - Contrepoints et commentaires de l'article d'Anna


Anna écrivait hier sur les 'monstres' dont l'actualité nous renvoie l'écho régulièrement ... ce père incestueux autrichien ... Fourniret ... ainsi que tous les autres criminels qui hantent notre société et tuent des enfants ou des jeunes femmes (Pierrot le fou ...). Elle n'écrivait rien que je ne puisse partager sur la folie et la monstruosité. Sont-ce des 'monstres' ? Anna donnait la définition suivante du vocable 'monstre' ... « personne terrifiante par ses traits physiques ou moraux ».

Le vocable de 'monstre' renvoie premièrement à la notion de sanction pénale. Quelle sanction pénale peut être prononcée contre un 'monstre' ? Un 'monstre' peut-il se racheter, peut-il changer ? Selon la réponse apportée à cette deuxième question, la notion de sanction prend une portée différente. D'un côté, l'obligation d'une 'élimination' de cet être de notre société ... De l'autre, la possibilité d'accepter une réhabilitation après une peine suffisante. L'élimination, c'est soit la peine de mort (abolie en France et plus largement en Europe), soit la condamnation à des peines de prison véritablement à vie (comme aux Etats-Unis) ou enfin l'enfermement à vie. La France applique pour l'instant des procédures de réduction de peine automatique qui vident les peines prononcées de toute valeur. Un seul condamné n'a pas bénéficié du sort clément de nombreux criminels dangereux en France ... Lucien Léger qui purge actuellement une peine de prison depuis quarante ans et qui a fait condamné la France pour traitement inhumain pour l'avoir maintenu en prison un si grand nombre d'années. Mais en quoi l'Europe a-t-elle le droit de critiquer une peine de prison appliquée par le peuple souverain français à l'égard d'un meurtrier qu'elle a condamné, que celui-ci clâme son innocence ou non ...

Il semble ainsi difficile de répondre à cette interrogation sur la possibilité d'amendement d'un de ces monstres, que ce soit Fourniret, Pierrot le fou ou un autre ? Mais cette question renvoie aussi à une autre interrogation ... Initialement, à l'instant de leur premier meurtre, de leur premier crime, ces personnes étaient-elle comparables à nous ... ou étaient-elles déjà des monstres en puissance ? En d'autres termes, dans le même enchaînement de situations, serions-nous également devenus des monstres, ou sommes-nous différents de ces 'monstres' ?

Dit encore d'une autre manière, est-ce un enchaînement de faits, ou d'une absence de faits, qui peut expliquer que Fourniret se soit enfermé dans un comportement criminel, et peut-on imaginer que si, lors de sa première agression, il avait été découvert et sa victime sauvée, aurait-il pu être rongé par la culpabilité, la peur et échapper à son futur de criminel et de monstre ? A l'inverse, peut-on imaginer que nous aurions également pu basculer facilement dans la criminalité si, à une époque, les faits ne s'étaient pas déroulés de la même manière, si nous n'avions pas eu peur au moment idoine, si nous nous étions retrouvé seuls avec une personne qui nous attirait sans réciprocité, si tout avait basculé un seul jour dans notre vie ?

Devient-on un 'monstre' par accident ... ou bien ces personnes étaient-elles prédestinées à être des monstres ... et le seraient-elles de toute façon devenues, ce jour-là ou un autre ?

Cette interrogation, toujours sans réponse renvoie également à un autre problème ... Qu'est-ce qui explique que face à une même situation, deux personnes réagissent suffisamment différemment, l'une pour basculer dans la monstruosité, l'autre pour fuir et pour culpabiliser ? Est-ce la peur, la crainte, qui expliquent qu'on devienne un meurtrier et un 'monstre', ou qu'on y échappe (ou plutôt qu'on en soit incapable) ... En d'autres termes, est-ce la peur et la crainte qui expliquent que l'on soit moral ... N'est-on moral que parce qu'on est trop couard pour devenir un 'monstre' ? Ou la morale a-t-elle un autre fondement que la peur ?


Réflexion vingt-et-une (29 mars 2008)
Fanatisme islamique, libertés publiques et guerre des civilisations : le prétexte du film anti-islam Fitna du néerlandais Geert Wilders


Une nouvelle fois, un certain nombre de pays dont la religion officielle est l'islam (à moins qu'il ne faille dire ... la seule religion autorisée ...) hurlent à l'anathème parce qu'un film produit et diffusé en Occident vient attaquer leur religion ... Précédemment, cela avait été un livre (les Versets Sataniques), des caricatures parues dans des journaux (au Danemark et en France), ou les déclarations du pape Benoît XVI sur le Jihad en septembre 2006 ...

Cela pose plusieurs problèmes particulièrement sensibles. Le premier consiste simplement à se rendre compte qu'il est impossible pour des pays ne reconnaissant pas les libertés publiques de leurs citoyens (Iran, Syrie, Arabie Saoudite, Jordanie, Indonésie ...) de comprendre que d'autres états, essentiellement en Occident, puissent être tenus de respecter les libertés publiques de leurs citoyens sur leur territoire. Comment l'Iran ou la Syrie pourraient-ils comprendre que les Pays-Bas, le Danemark ou la France ne peuvent pas jeter en prison un homme, un journaliste ou un patron de presse parce qu'il a produit un film, quelques caricatures ou écrit un livre, interdire ce livre, ce journal ou ce film, ou censurer tout écrit qui n'aurait pas l'agrément du Pouvoir en place ? C'est un problème de culture. La culture des pays du monde musulman est une culture de la peur, de la violence centrale, de l'absence de droits. D'où les meurtres ou les arrestations sommaires de journalistes, de cinéastes ...

Et c'est la raison pour laquelle les prix Nobel de la Paix sont attribués dans ces pays arabes (je pense à l'Iran particulièrement mais les autres pays arabes sont dans une situation exactement semblable) à des hommes ou des femmes qui se battent pour faire reconnaître les droits des citoyens dans leur pays, au péril de leur vie ou de leur liberté le plus souvent ... Le prix Nobel de la Paix n'a pas été attribué à un dirigeant arabe (mis à part ceux qui sûrent dépasser leurs clivages pour défendre la paix israëlo-palestinienne) ... Par contre, en Occident, ce sont les hommes politiques qui sont parfois récompensés au travers de l'attribution du prix Nobel de la Paix pour leurs actions en faveur de la paix et du droit. Ce n'est pas un hasard ...

Les Pays-Bas étaient déjà allés très loin en bloquant la diffusion de ce film sur internet et en salle, bien au-delà de ce que devrait autoriser la législation européenne sur nos libertés publiques. Evidemment, dans nos pays pratiquement démocratiques, ces libertés publiques doivent être limitées par l'intérêt collectif de tous. Et il est évident qu'il était indispensable de bloquer ce film dont la diffusion risquait d'embraser le monde musulman, comme lors de l'épisode des caricatures de Mahomet. Mais n'est-il pas terrible que nos gouvernements soient obligés de violer nos libertés individuelles parce que des fanatiques religieux musulmans, à des milliers de kilomètres ou au sein même de nos cités, vont menacer nos pays d'attentats, vont s'attaquer à nos ambassades ou mettre à mort certains de nos compatriotes qui pourraient tomber entre leurs mains ?

Geert Wilders n'a-t-il donc pas au fond tout simplement raison sur la dangerosité de l'islam et de la religion musulmane. Si des gouvernements et des fanatiques étrangers peuvent contraindre nos gouvernements à violer nos lois et nos droits civiques, n'ont-ils pas déjà gagné cette guerre qu'ils nous livrent depuis de nombreuses années, commencée bien avant le 11 septembre 2001, sur notre propre territoire ?

Comment est-il possible que nous puissions critiquer nos hommes politiques, la monarchie anglaise, la religion catholique (comme avec le film ... La passion du Christ ... de Martin Scorcese), mais pas une religion étrangère telle celle des mahométans ? S'intéresse-t-on à ce que ces fanatiques religieux disent ou publient dans leur propre pays, dans leur langue arabe ? Fait-on un scandale international parce qu'un fanatique illuminé écrit un pamphlet incendière sur notre religion, notre Dieu, la vierge Marie ou Jésus ? Notre droit s'arrête à chacune de nos frontières, et certains d'entre nous seraient simplement autorisés à faire interdire la publication d'un tel livre chez nous. Mais pour quelle raison irions-nous interdire un tel livre en Iran, en Syrie, en Arabie Saoudite, en Jordanie, en Indonésie ou au Pakistan ?

Il y a un autre problème ... la possibilité que tout musulman soit un terroriste potentiel, avec une version de cette religion qui incite au Jihad et au sacrifice de sa vie par le suicide terroriste ... le fait qu'à ce jour, nul catholique ou nul occidental ne peut être sûr que son voisin musulman ou son collègue de travail ne soit pas un terroriste potentiel, attendant l'occasion de perpétrer un attentat meurtrier ... Terrible de le dire, de le penser ou de l'écrire ... Surtout dans nos pays où toute discrimination est bannie et où tout homme a droit d'être considéré comme innocent tant qu'il n'a pas été condamné pénalement.

Pour rappel, il faut se rappeler qu'en septembre 2006, suite aux déclarations contreversées du pape Benoît XVI sur le Jihad, un chef religieux musulman de la capitale somalienne, lié au puissant mouvement des tribunaux islamiques, avait appelé samedi les musulmans à "se venger" du pape. "Quiconque offense notre prophète Mahomet devrait être tué par le musulman se trouvant le plus proche de lui", avait-il lancé dans une mosquée du sud de Mogadiscio. Pour ces fanatiques, tout musulman doit être un terroriste en puissance ... et selon la valeur que chaque musulman accorde à sa religion ... tout musulman peut en devenir un ... Imagine-t-on aujourd'hui nos curés dans nos villes et nos campagnes prêcher la guerre sainte et le meurtre des musulmans qui nous entourent ou que nous fréquentons ?...

La religion catholique a été évidemment dans la même situation autrefois, à l'époque des Croisades, au début du Moyen-Age européen ... Tout catholique pouvait à cette époque se réveiller en Croisé (bon surtout les nobles) pour partir libérer Jerusalem des mains des mahométans ... La religion catholique retrouva également une telle frénésie au quinzième et seixième siècle, à l'époque de l'Inquisition espagnole et des guerres de religion. Mais cette histoire douloureuse appartient à notre passé. Cette histoire est aujourd'hui terminée en Occident, chez les chrétiens ... la religion appartient à la sphère des croyances privées de chacun d'entre nous, et nous ne tenons plus à l'imposer par la haine au reste du monde. Mais ce n'est pas le cas de l'islam à ce jour.

Cette histoire de film présente une dernière caractéristique attristante. Nos gouvernements vont se lancer dans une course aux génuflexions vis-à-vis des états du monde musulman pour s'excuser du comportement certainement hautement répréhensible de Geert Wilders. Et un certain nombre de personnes vont menacer d'attaquer (judiciairement ou physiquement) ce dangereux terroriste néerlandais, au lieu de se tourner et de s'unir contre les véritables terroristes de cette histoire ... les gouvernements du monde musulman qui nous menacent (Iran, Syrie, Arabie Saoudite, Jordanie, Indonésie, Pakistan ...) ... et le fanatisme religieux islamiste ...

La guerre des civilisations (c'est-à-dire des religions) aura-t-elle finalement lieu ? En tout cas, l'Islam et les états qui s'en réclament, l'ont déjà déclarée à l'Occident ... Simplement, l'Occident espère encore pouvoir échapper à cette guerre, comme les démocraties ont de tout temps espéré échapper aux guerres que les régimes totalitaires leur déclaraient, comme avant 1939. L'époque de l'accord de Munich approche-t-il une nouvelle fois ?



Saucratès


Mes précédents écrits sur la Morale
1.http://saucrates.blog4ever.com/blog/lire-article-447196-2002623-sur_la_morale__1_.html

2.http://saucrates.blog4ever.com/blog/lire-article-447196-2002665-sur_la_morale__2_.html



21/11/2010
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