Critiques de notre temps

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Pandémie et panique boursière

Saint-Denis de La Réunion, jeudi 12 mars 2020

 

Qu'y a-t-il de commun entre une épidémie ou une pandémie infectieuse, un effondrement des cours boursiers et une montée des populismes et une fermeture de toutes les frontières ? En ce mois de février et de mars 2020, la pandémie de coronavirus partie de Chine, de la région de Wuhan, a évidemment réussi à se répandre à la majeure partie des pays de la planète. Quelques dizaines de milliers de malades disséminés dans quelques dizaines de pays différents, quelques dizaines ou quelques centaines de morts également disséminés dans quelques dizaines ou centaines de pays ont suffit, en quelques semaines, pour gripper l'ensemble des relations internationales et l'ensemble de l'économie financière planétaire. Fermeture des frontières des Etats-Unis à la Chine et maintenant à l'Europe, enfermement des populations en Chine et en Italie, fermeture des écoles et des universités, il suffit de voir les scènes d'émeutes dans notre departement autour de l'accueil des croisiéristes des paquebots de croisière, depuis que ces bateaux avec des milliers de vacanciers et de membres d'équipage ont commencé à incuber le coronavirus en Asie. Et on en est encore qu'à quelques centaines ou quelques milliers de morts ! Si cette pandémie devait ressembler aux ravages de la peste au moyen-âge européen ou aux millions de morts de la grippe espagnole (nom faussement attribué), on peut se demander ce que feront et deviendront nos pays et nos institutions étatiques, et à quelles extrémités nous en arriverons pour nous protéger de la contamination, de la mort et des autres ?

 

Cette situation catastrophique dans laquelle se trouve plongé le monde trouve son origine dans le culte de la recherche du risque zéro. C'est ce culte du risque zéro qui explique les communications alarmistes qui tournent en boucle sur les réseaux d'information sur le coronavirus, sur la manière de se protéger, et sur les décomptes réguliers de la dissémination du coronavirus, des pays infectés, et des nombres de malades et de morts dus à la maladie. On nous expliquera dans quelques mois qu'une fraction de ces morts, le plus souvent des personnes âgés, seraient malgré tout décédés même sans le coronavirus. Mais aujourd'hui, comme s'il était nécessaire de nous affoler, on nous submerge de ces chiffres et de ces décomptes macabres. Et ce n'est même pas la décision d'un gouvernement qui tenté de nous manipuler, de nous démontrer que le Président de la République et ses ministres veillent sur nous au péril de leur vie ... même pas, puisque les mêmes informations affolantes sont diffusées de la même manière dans tous les pays de par le monde ! C'est juste un effet de notre société de l'information instantanée, de notre société de communication, de notre société de la globalité et de l'instantanéité ! Chaque gouvernement doit juste montrer qu'il agit pour prévenir les risques, pour rassurer leurs concitoyens qu'ils font le maximum pour les protéger et pour empêcher la propagation de la pandémie. Tout simplement. La culture du risque zéro. Donc il faut des capteurs dans les aéroports pour vérifier la fièvre des voyageurs. Il faut des zones de quarantaine pour les sujets à risques ou pour les gens venant de certains pays. On a de la chance, la France ou les Etats-Unis n'ont pas encore remis en marche des sortes de camps d'enfermement, comme dans les années 1940. Ces camps où les français avaient enfermé les réfugiés espagnols après la fin de la guerre d'Espagne, ou bien ces camps où les americains avaient enfermé les japonais vivant aux Etats-Unis après la déclaration de guerre avec l'empire du Japon. Rien de cela pour l'instant dans le Monde, à ma connaissance. Ni même de réouverture des lazarets dans notre département, où l'on enfermait autrefois les nouveaux arrivants, esclaves essentiellement, pour s'assurer qu'ils n'étaient pas porteurs de la lèpre ou d'autres maladies infectieuses. Ces camps où on n'est pas certain d'être malade lorsqu'on y rentre mais où on a de très forte chance d'attraper la maladie lorsqu'on y reste.

 

Le gouvernement français a ainsi appelé il y a deux semaines à rapatrier tous les élèves en voyages linguistiques dans l'ensemble du monde ! Le Président Trump appelle désormais tous les américains à ne plus quitter les Etats-Unis. Une petite épidémie d'un virus potentiellement dangereux, mais sans rapport pour l'instant avec les fléaux des temps passés, que ce soit Ebola, la grippe espagnole ou la peste bubonique, et le monde entier est devenu fou et nos dirigeants et leurs administrations décrètent que l'étranger est devenu l'ennemi, que l'épidémie vient des étrangers.

 

La montée des angoisses et la fermeture des frontières a évidemment un fort impact sur les échanges commerciaux internationaux, alors que la principale usine mondiale, la Chine, est fortement impactée par la pandémie. On parle assez communément de quelques dizièmes de point de ralentissement de la progression de l'activité économique dû à ce coronavirus, par rapport à ce qu'il aurait été en l'absence de cette pandémie. Mais tout ceci n'est pourtant pas si sérieux. Rien ne permet d'expliquer que les places boursières européennes et mondiales aient pu perdre le tiers de leur capitalisation en quelques semaines. -12,28%, c'est la baisse enregistrée par le CAC40 de la bourse parisienne aujourd'hui jeudi 12 mars 2020. C'est apparemment le pire décrochage de toute l'histoire du CAC40 depuis sa création, pire que la baisse du 19 octobre 1987, qui est restée dans les mémoires comme le lundi noir (Ou Black Monday). Le CAC40 avait alors perdu un peu moins de 10% alors que la bourse americaine avait alors décroché de -22,7%. L'histoire se répète d'une certaine manière puisqu'il existait déjà un jeudi noir (ou Black Thursday). Il s'agissait du 24 octobre 1929, première journée du krach de 1929 qui donna naissance à la grande dépression.

 

Les bourses europeennes ont donc perdu entre 10% et 20% en une seule journée, en ce jeudi 12 mars 2020. En une semaine, entre le 6 et le 12 mars 2020, le CAC40 a ainsi perdu plus de 25% de sa capitalisation (il avait déjà chuté de -8,39% le 9 mars 2020), passant de 5139 points à 4044 points. Et le 21 février, il y a juste trois semaines, le CAC40 dépassait les 6000 points. Il a ainsi perdu 2000 points en l'espace de trois semaines, soit un tiers de sa capitalisation, comme presque la totalité des bourses mondiales un peu partout dans le monde.

 

L'épidémie de coronavirus suffit-elle à expliquer cette panique boursière ? En quoi les résultats escomptés par les grands groupes cotés sur les marchés pourraient-ils avoir reculés d'un tiers du fait du coronavirus ? Il s'agit d'un cas d'école de psychologie des marchés ; les places boursières se maintenaient à des niveaux de capitalisation exagérés depuis le début de l'année 2019, et l'épidémie de coronavirus n'a été qu'un déclencheur d'une correction boursière de grande ampleur. Comme dit un proverbe chinois, «les arbres ne montent pas au ciel». 

 

Néanmoins, ce qui est surprenant, c'est que ce n'est pas la première alerte épidémique qui nous tombe dessus. L'épisode du SRAS, également né en Chine, semblait beaucoup plus inquiétant. Des mesures de précaution avaient également été mises en œuvre. Et pourtant, je ne me rappelle pas de la même montée de protectionnisme et de la même crise d'affolement boursier. Le monde aurait changé, la Chine serait devenue le poumon, le centre du monde, Trump est désormais à la Maison Blanche, et les bourses mondiales avaient atteint des plus hauts historiques et n'attendaient qu'une occasion pour s'effondrer.

 

Si la pandémie continue de se répandre, et si les morts se comptent en millions de morts comme pendant la grippe espagnole de 1917-1918, on peut se demander ce que le monde deviendra, comment il pourra réussir à faire face à cette panique qui vient de démarrer, et si l'humanité saura ne pas retomber dans ses pires instincts ?

 

 

Saucratès

 



12/03/2020
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