Critiques de notre temps

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De la démocratie en France

De la démocratie en France

 

Par Saucratès 

 

Rome, dimanche 16 octobre 2022

 

Le fait de demander si nous vivons bien en démocratie est considérée comme une question sacrilège. Que ce soit à Paris ou à Saint-Denis de La Réunion, la réponse de tout ce que la France compte de bien-pensants, d’aficionados du pouvoir, du gouvernement, des puissants, est partout la même : «on voudrait te voir en Russie ou en Corée du Nord pour que tu comprennes ce qu’est une dictature». Des zinfonautes comme Lesseps (devigne) ou le machialique Lodiab, ou l’abominable POLO adorent se déchaîner contre ceux qui osent critiquer le gouvernement ou sa politique. Mais c’est exactement pareil sur tous les autres médias comme nous le rappelle Natacha Polony, directrice de la rédaction de Marianne, dans son livre «Sommes-nous encore en démocratie ?»

 

«Le fait même de poser la question est louche. Voire indécent. Mais savez-vous ce que c’est que le contraire de la démocratie ? C’est la dictature, c’est le totalitarisme, ce sont les camps, les emprisonnements arbitraires, l’élimination des opposants. Du coup, si ce n’est pas l’un, c’est l’autre. Nous sommes donc en démocratie. CQFD. Fermez le ban. Question suivante. 

(…) C’est d’ailleurs à ça que l’a résumé Emmanuel Macron en s’exprimant auprès de quelques journalistes le jeudi 23 janvier 2020, avant le coronavirus, avant le confinement, avant le supposé nouveau monde : Aujourd’hui s’est installée dans notre société - et de manière séditieuse, par des discours politiques extraordinairement coupables - l’idée que nous ne serions plus dans une démocratie, qu’une forme de dictature se serait installée. Mais allez en dictature ! Une dictature, c’est un régime où une personne ou un clan décide des lois. Une dictature, c’est un régime où on ne change pas les dirigeants, jamais. Si la France, c’est cela, essayez la dictature et vous verrez ! La dictature, elle justifie la haine. La dictature, elle justifie la violence pour en sortir. Mais il y a en démocratie un principe fondamental : le respect de l’autre, l’interdiction de la violence, la haine à combattre.»

 

Natacha Polony, «Sommes-nous encore en démocratie ?», pages 7-8

 

Emmanuel Macron nous autorise donc à user de la violence contre le gouvernement et contre le pouvoir, dès lors que l’on penserait que nous vivons en dictature ? Il légitimise ainsi le mouvement des gilets jaunes et leur violence envers son pouvoir !

 

Au fond, nous ne vivons pas en démocratie mais nous vivons dans une société du spectacle, comme l’avait si bien diagnostiqué Guy Debord il y a si longtemps. Le spectacle est juste devenu aujourd’hui tellement visible, tellement évident que l’immense majorité du peuple français s’en est aperçu. L’irruption d’Emmanuel Macron dans le jeu du Landerneau politique en a juste été le déclencheur. Les deux tiers des députés LREM élus de 2017 étaient des comédiens du Parti socialiste ou de l’UMP qui avaient tourné casaques pour le rejoindre. La candidature et l’élection de Macron était un gigantesque spectacle dont on a été le témoin et le spectateur impuissant. Et puis il nous a été vendu un nouveau spectacle, que nous pouvions tous candidater pour devenir élus LREM et ces candidats seraient des novices en politique. Et au final, ils ont choisi la majorité des leurs pour être élus. Ceux qui avaient senti passer le souffle du boulet et qui cherchaient à tout prix un échappatoire à la déroute électorale qui s’approchait. On dit souvent que les rats quittent le navire. Mais nombre de ces députés LREM ayant tournê casaques ont malgré tout réussi à se faire réélire en changeant une nouvelle fois d’étiquette, pour devenir LFI ce coup-ci. 

Ce spectacle géant auquel nous assistons totalement impuissants peut-il encore porter le nom de démocratie ? Lorsque l’ensemble des choix qui nous est proposé ne consiste qu’en condamnés, repris de justice, ou comédiens d’El Arte ? Au fond, la comédie est devenue si généralisée, que le seul échappatoire pour l’électorat conscient, éduqué, est la voie des extrêmes et des extrémismes. Évidemment, ce n’est pas la voie que les puissants, ceux qui servent les puissants, les riches, les nantis, ceux qui les servent, ceux qui auraient tout à perdre d’une révolution (mais nous avons tous au fond à perdre d’une révolution), tous ceux qui ont fait des études mais qui ne sont que des agents du pouvoir, des agents du spectacle, qui ont fait des études mais qui au fond ne sont aucunement éduqués parce qu’ils ne voient que l’argent, le pouvoir, la puissance, leur intérêt, tous ces gens-là cherchent à faire perdurer ce spectacle, craignant par dessus tout la colère du peuple, de ce peuple français qui a si souvent renversé rois et maîtres. 

Il y a déjà très longtemps, en parlant de la France, je parlais d’une démocratie instrumentale. Nous sommes dans un État qui offre toutes les formes de la démocratie, élections pratiquement libres, presse supposément indépendante, partis politiques libres, moyens de communication … Mais tous ces instruments sont en fait controlés par des puissances financières, par des hommes, par des clans, par des organisations, par des intérêts … Et le quidam moyen, celui qui n’est pas milliardaire, qui ne possède pas de médias lui appartenant, celui qui n’appartient pas à telle caste nobiliaire ou technocratique, à tel groupement d’intérêt, loge maçonnique ou groupe constitué, en clair, tous ceux qui appartiennent aux 95% restant de la population française, des citoyens français, celui-là est contraint d’assister en spectateur impuissant au monstrueux spectacle qui se déroule sous ses yeux impuissants.

 

Les institutions de cette démocratie instrumentale pourraient tout aussi bien servir une monarchie constitutionnelle comme celles de nos voisins britanniques, servant les intérêts d’une caste nobiliaire. Ou bien celle d’une principauté comme Monaco ou le Liechtenstein.

 

Le souci naît de la divergence entre nos valeurs républicaines affichées, notamment l’égalité de tous les citoyens, et la réalité toute autre de monarques républicains décidant pour le compte d’une élite, pour le compte d’une caste dont nous sommes majoritairement exclus. Pour quelle raison ce président, ces députés, sénateurs, ces hauts fonctionnaires, préfets, énarques, décident pour nous, en notre nom, au nom du peuple dans son entier, peuvent prendre des mesures de privation des libertés publiques qui ne s’appliquent qu’à nous, qu’aux sans-dents pour plagier un précédent monarque républicain.

 

Nous en sommes arrivés là. Soyez heureux, bon peuple de France, que vous soyez dirigés par une caste de monarques républicains. Où ce n’est même pas une caste fondée sur le mérite éducatif, car il permettrait à tous d’avoir les mêmes chances d’être remarqués … Mais c’est une caste fondée sur des réseaux cachés, pour certains inavoués par nature (loges maçonniques, cercles, clubs de notables…), par l’appartenance à des féodalités (famille, richesse, grandes écoles…), qui par définition excluent sans appel tous ceux qui n’en bénéficient pas. 

 

Evidemment, certains peuvent vivre très heureux hors de cette élite. On peut être heureux en travaillant la terre, au rythme des saisons, des éléments. Certains peuvent réussir sans disposer sésames. Mais des exceptions n’ont jamais remis en cause des règles. Voilà la France. Voilà la démocratie ! 

 

Et le seul espoir de changement trouve son origine dans un nouveau cercle, dans un nouveau réseau, celui des #black lives matter, dans un anti-système qui veut fonder une contestation de l’ordre social établi en fonction de la couleur de peau, en fonction du genre humain, en un mot sur la convergence des luttes contre le patriarcat blanc ! Mais ces gens ne cherchent pas à partager le pouvoir, à donner le pouvoir aux foules. Ils ne cherchent qu’une chose : renverser le pouvoir établi pour établir leur propre pouvoir personnel, permettre l’émergence d’une nouvelle élite et d’un peuple les soutenant, sur la base de la couleur de peau, de leur statut de supposées victimes du patriarcat blanc, sans comprendre que nous sommes des millions à être exclus du pouvoir sans lien avec la couleur de peau. Du moins, c’est mon regard.

 

 

Saucratès



17/10/2022
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