Critiques de notre temps

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Un regard d’une malgache sur la France - Les biais du financement français

Un regard d’une malgache sur la France - Les biais du financement français

Par Saucratès 

Samedi 31 décembre 2022

 

De Dakar à Djibouti, pourquoi tant de jeunes africains en veulent-ils aussi violemment à la France ? C’est un peu les questions que l’on peut se poser en lisant la somme d’interviews que le journal Le Monde a consacré à cette jeunesse africaine et à leur relation, à leurs sentiments par rapport à la France. 

Et avec une exception, cette interview d’une jeune militante malgache, «directrice du bureau local de l’ONG Transparency International depuis quatre ans, juriste de formation, ayant participé précédemment à la création de Wake up Madagascar, un mouvement destiné à inciter la jeunesse à s’impliquer pour la défense des droits humains et de la démocratie», à savoir Mme Ketakandriana Rafitoson.

 

https://www.lemonde.fr/afrique/article/2022/12/30/ketakandriana-rafitoson-si-les-malgaches-sont-miserables-aujourd-hui-ce-n-est-pas-la-faute-de-la-france_6156122_3212.html

 

Et son analyse ne se limite pas à tirer à boulets rouges, à boulets incendiaires, sur la France pour la colonisation, pour le passé, pour la rendre responsable de tout ce qui ne va pas à Madagascar. Rafraîchissant … Reposant … Surprenant. Un regard lucide sur la responsabilité des élites et des gouvernants dans la misère des peuples et les dysfonctionnements de nos sociétés.

 

Et j’adore sa conclusion, et son exemple central de tout ce qu’elle combat : «Son vœu pour l’avenir : pour commencer, que la France ne finance plus des téléphériques à Madagascar.»

 

Comme elle l’indique un peu avant, les raisons qui la poussent à contester les projets de téléphériques à Madagascar sont selon elle mauvais :

 

«La France devrait également se garder de soutenir certains projets comme le téléphérique d’Antananarivo. De tels choix d’investissements français à Madagascar devraient être faits en consultation avec la population pour savoir si ce sont réellement des priorités pour elle ou bien seulement des desiderata frivoles des dirigeants».

 

C’est une attaque frontale et précise contre un projet qui parait tout à fait anodin, tout à fait sans importance. Mais il faut noter la centralité de cette critique et sa pertinence générale, globale, au plan français comme international. 

Combien de projets de cette sorte pullulent dans nos pays, dans nos collectivités, en fonction uniquement des lubies de nos dirigeants, comme elle l’indique, en fonction «des desiderata frivoles» de nos gouvernants. 

 

On pourrait même rajouter que ce genre de financements dépendent également des lubies et des «desiderata frivoles» des financeurs internationaux ou étrangers comme la France, comme l’Agence française de développement, comme la Banque Mondiale. C’est parce que financer des modes de déplacement innovants et invraisemblables, collectifs et faiblement émetteurs de CO2, correspond parfaitement à leur feuille de route climatique que ces institutions financières internationales sont tellement enclines et friandes de ce genre de projets, même si cela ne correspond aucunement aux attentes des populations civiles ou à une simple lubie d’un gouvernement ou d’une municipalité allumée. 

La commune de Saint-Denis de la Reunion a fait la même chose dans le quartier de Sainte-Clotilde et envisage de poursuivre l’expérience pour rejoindre La Montagne à Saint-Denis. Et même si un accident de téléphérique survenait, cela ne changerait rien à leur idéologie, puisqu’ils vous démontreraient chiffres à l’appui que les morts de ce téléphérique ne seraient rien en comparaison des morts sur les routes.

 

Je trouve ainsi particulièrement cocasse et intéressant que ce soit justement ce genre de projets totalement inutiles qui soit justement mis en exergue par cette jeune femme dans cette interview pour Le Monde. Pragmatisme, lucidité, intelligence.

 
«J’ai dit à l’occasion d’une interview donnée dans le cadre du sommet Afrique-France de Montpellier, auquel j’étais invitée en octobre 2021, qu’il serait souhaitable que la France cesse d’héberger les criminels malgaches, qui pour certains y possèdent des biens potentiellement mal acquis. Je le répète aujourd’hui : il faut que la France cesse de les protéger. Si elle veut avoir une relation sincère avec les Malgaches, elle doit contribuer à sanctionner ceux qui ont pillé ce pays. Cela ne me semble pas insurmontable.»


Un organisme de financement du développement comme l’Agence française de développement devrait cesser de choisir les projets qu’elle finance en fonction de sa grille de lecture climatique, en fonction de ses seuls besoins propres visant à rendre compte de sa gestion publique (nombre d’élèves, nombre d’arbres plantés, tonnes de CO2 évitées …) ou de ses idéaux politiques climatiques, pour s’intéresser plutôt à l’intérêt des projets qu’elle finance pour les populations des pays concernés, de l’association des citoyens dans les décisions prises ou dans les choix des investissements.  

 

Et ce qui est ici intéressant, c’est bien que la critique contre la France ne concerne pas véritablement la France, mais plutôt le fonctionnement de l’Agence française de développement. Il y a quarante ans, la France finançait des éléphants blancs comme des gigantesques barrages hydroélectriques.

 

Aujourd’hui elle finance des modes de déplacement propre, vertueux en terme d’émission de gaz à effet de serre. Et tant pis s’ils ne servent à rien, s’ils seront mis au rebus ou qu’ils seront toujours en panne, l’AFD s’en fout, ses dirigeants s’en foutent, la France s’en fout dès lors que les malgaches rembourseront rubis sur l’ongle ces beaux financements qui auront servis à donner une belle image des missions de l’Agence française de développement.

 

 

Saucratès

 

 

De Dakar à Djibouti, radioscopie de la relation Afrique-France

  

Alice Nkom : « C’est à nous, Africains, d’avoir des responsables capables de parler d’égal à égal avec la France, la Chine ou la Russie »


31/12/2022
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