Critiques de notre temps

Critiques de notre temps

Sur l'économie


Collapsologie et économie

Saint-Denis de La Réunion, dimanche 13 octobre 2019

 

Avec mon contradicteur, Bruno Bourgeon, nous avons un différend sur la collapsologie et sur les moyens de faire face au changement climatique. Dans un article récent, sur le site ZINFOS974, Bruno Bourgeon avait tenté de démontrer l'importance de la collapsologie et ses liens avec le champ du politique.

https://www.zinfos974.com/La-collapsologie-interroge-le-politique_a144981.html

 

Je tenterais donc de redéfinir la collapsologie et de démontrer en quoi la collapsologie ne peut pas réunir l'ensemble des pistes de solutions, de réflexions, autour de la lutte contre le réchauffement climatique, contrairement à ce que je comprends des arguments de mon contradicteur. 

 

La collapsologie, les collapsologues, partent du principe que le monde tel que nous le connaissons, le monde occidental moderne, va s'effondrer très prochainement si on ne fait rien. Voilà ce que l'on entend par «collapsologie». Et les réponses que l'on peut apporter à un tel diagnostic d'effondrement irrécupérable sont forcément extrémistes. Le principe de la collapsologie, c'est qu'à défaut même de modification de nos comportements, le monde va s'effondrer. Et même si nous modifions drastiquement  nos comportements, le monde risque néanmoins de s'effondrer irrémédiablement. D'où le cri du cœur de Greta Thurnberg vis-à-vis des grands de ce monde. Vous devriez avoir honte de ne rien faire, de n'avoir rien fait.

 

Si on se place du point de vue des collapsologues, elle a totalement raison, ils ont absolument raison. Il faut agir immédiatement. Si on sort de leur point de vue, si on a sort du point de vue de l'effondrement systémique du règne animal et du règne végétal, alors leurs arguments, leurs urgences cessent d'être la seule réponse possible. 

 

Nous nous trouvons face à la confrontation de deux systèmes, de deux mondes incompatibles. D'un côté, le monde des entreprises, de la finance, de l'économie ... et de l'autre, le monde des médias, de l'immédiateté, de la science (mais pas de n'importe quelle science, une science longtemps méprisée et ignorée, la climatologie) ... une science qui aujourd'hui se trouve placée au centre de toute chose, dont tout est sensé dépendre, la survie de l'humanité, la survie du monde tel que nous le connaissons ... une science qui doit démontrer sa supériorité sur les autres sciences, son statut scientifique, inattaquable ... la perfection et la justesse de ces analyses. 

 

L'économie, la finance et le monde des entreprises n'ont rien à voir avec les oukases des grands prêtres et des grandes prêtresses de la fin du monde, de la collapsologie. Le fonctionnement du marché est sensé être capable de réagir, de prévoir, d'intégrer à travers les phénomènes de prix et de rzreté les conséquences du réchauffement climatique. Les prix sont sensés parfaitement refléter, réfléchir les dysfonctionnements, les impacts de l'activité productive ou de consommation, la génération d'effets pervers, d'externalités negatives liées à l'activité humaine.

 

Et je suis un partisan, en tant qu'économiste, de cette façon de voir, de cette approche. Si demain, la population des pays en développement se mettait massivement à consommer de la viande de bœuf, faisant exploser la production de méthane et la consommation d'aliments pour bétail, le prix des aliments et le prix du bœuf grimperait vraisemblablement à des niveaux très élevés, décourageant la consommation pour nombre de consommateurs. En cas d'afflux de la demande, les prix liés à une offre insuffisante conduirait forcément à une hausse des prix et des marges des producteurs, nonobstant certaines imperfections du marché (il n'y aurait pas forcément d'impact immédiatement à La Réunion, du fait de l'impossibilité pour les agriculteurs réunionnais d´exporter leur viande en Inde ou en Chine ... mais les prix se renchériraient forcément parallèlement aux prix mondiaux). 

 

Ceci ci est un exemple simple, mais central dans les analyses des collapsologues. La viande de bœuf étant l'une des viandes animales les plus émettrices de gaz à effet de serre. Les principes de l'économie, de la finance, veulent qu'un marché est capable d'autorégulation, jusqu'à un certain point, et que les mécanismes de constitution des prix sont susceptibles d'integrer, d'internaliser, les conséquences, les effets pervers, le cout des externalités causés par le fonctionnement de l'économie. 

 

Pour la collapsologie, il existe un seuil au-delà duquel le système naturel, le système économique vont s'effondrer. Autant l'approche des économistes, des financiers repose sur un système itératif, autoregulé ... autant l'approche des collapsologues part du principe que le gouffre est proche, tout près de nous engloutir. D'où l'urgence qui dicte leurs actions, leur diagnostic, l'obligation moral de réagir, d'agir, sauf à être coupable d'inaction, de complaisance. 

 

Je ne crois pas en l'infaillibilité de l'économie et de la finance. La crise financière de 2007-2009 est là pour nous rappeler que la finance et l'économie ne savent pas toujours diagnostiquer la relatié de la situation d'une economie, et que les marchés ne sont pas toujours capables de s'autoréguler par eux-mêmes, sans intervention de l'Etat. La crise de 2007-2009 a pu être dépassée, surmontée, en raison des actions concertée des banques centrales et des gouvernements occidentaux ou des pays développés. Les marchés eux-mêmes avaient échoué à empêcher la croissance d'une bulle financière et à conjurer son explosion et les conséquences catastrophiques de cette explosion. 

 

Il ne s'agissait certes que d'une crise financière systémique, pas d'un effondrement complet de notre système économique. Pourtant, le système des prix fonctionne réellement. Ce système peut sous-estimer certains risques, comme il a sous-estimé le risque non-remboursement des crédits subprimes americains en 2007-2009, et comme il peut vraisemblablement sous-estimer les risques d'effondrement de notre économie et les conséquences de cet effondrement. Mais je pense que comme pour la crise financière de 2007-2009, la conjonction des phenomenes de marchés, des législations étatiques des actions concertées des États et des banques centrales seront forcément capables d'intervenir, d'interférer sur les comportements des consommateurs et des agents économiques afin de les conduire à modifier leurs comportements. 

 

Je crois donc qu'il n'est nul besoin de culpabiliser les consommateurs, les utilisateurs et les usagers des biens «interdits» par la morale collapsologieuse. Le marché et les taxes devraient suffire à réguler les comportements des consommateurs dans nos pays et dans le monde entier. La vraie question est de savoir si il est utile d'imposer des taxes insurmontables sur toutes les avtivités que les collapsologues, les grands pretres et les grandes pretresses de l'apocalypse approchant estiment indispensables ?

 

La collapsologie et les grands prêtres et grandes prêtresses (comme Greta Thurnberg) qui s'affichent comme leurs grands défenseurs, présentent un principal tord à mes yeux : l'usage de la condamnation morale, de la condamnation mediatique. Et la volonté d'imposer leurs principes comme normes générales. Mon autre contradicteur AMA a beau contesté leur absence de police pour representer un danger, un risque, ce n'est pas suffisant. À leurs yeux, leurs principes ont valeur de lois. Il suffit de se rappeler Greta Thurnberg s'adressant aux plus riches et leur signifiant que les avions et helicopteres qui avaient servi à les transporter representaient une consommation coupable. Comme elle, ils eussent dû utiliser le train. Les principes de l'économie ont le mérite d'échapper à la condamnation morale facile. La détermination d'un prix permet de déterminer qui peut et qui ne peut pas se payer un billet d'avion. Idem pour l'utilisation d'un hélicoptère. Les prix doivent refléter les coûts d'un tel voyage et intégrer les externalites nées de l'impact sur le réchauffement climatique induit. Il faudra vraisemblablement le vote de lois internationales pour que toutes les compagnies aériennes, toutes les compagnies de transport, tous les fabricants de vehicules, intègrent dans leurs prix l'impact de leurs activités en matière de réchauffement climatique. Mais tout ceci demeure dans le principe de la science économique. 

 

 

Saucratès


13/10/2019
0 Poster un commentaire

Retour sur l'économie - La fièvre ultralibérale des privatisations

Saint-Denis de La Réunion, mercredi 19 juin 2019

 

Quelques mots de retour sur la science économique. Au-delà de l'actualité politique francaise du moment, j'observe actuellement un grand retour de l'ivresse ultralibérale, ce sentiment de la toute-puissance de l'argent et du capital comme lors du retour de la droite dans les années 1986-1988. Le retour du centre-droit au pouvoir en France, même s'il a pu sembler imperceptible en comparaison des années d'ultralibéralisme triomphant sous les socialistes en 2012-2017 (mais ce sont en fait les mêmes hommes plus ou moins qu'on trouvait au pouvoir entre 2012 et 2017 et depuis 2017), nous ramène maintenant à l'époque ultralibérale anglo-saxonne, aux années TINA de Margareth Tatcher («There is no alternative»). Je veux évidemment parler du grand retour de la fièvre des privatisations. 

 

Je veux parler évidemment des privatisations des Aéroports de Paris (ADP) et de la Francaise des Jeux (FDJ), mais pas seulement. Qu'est-ce qui est à l'œuvre derrière ces deux volontés de privatisations ? Répondre à l'appétit d'investisseurs étrangers ou nationaux friands d'ex fleurons monopolistiques, à des prix bradés et au potentiel de développement invraisemblable ? Répondre à une volonté munichoise ou bruxelloise de détruire des monopoles nationaux sous le prétexte que la mise en concurrence et la constitution de firmes privées est forcément toujours mieux pour le consommateur. Même si des centaines de contre-exemples comme dans le domaine de l'électricité ou le rail, devrait suffire à démontrer aux hauts fonctionnaires européens que le consommateur n'est jamais le gagnant dans les remises en cause des monopoles publics. Mais Bruxelles en a-t-elle quelque chose à faire ? Les hauts fonctionnaires européens détruisent-ils les monopoles étatiques par pure idéologie aveugle ou par pur intérêt financier, parce qu'ils trouvent ensuite à être employés par ces mêmes groupes ou ces mêmes entreprises qu'ils auront régulièrement avantagé ? Ou bien pour une quelconque autre réponse, comme de répondre à un mandat donné à ce Président et à ce gouvernement que quelques intérêts privés ont porté au pouvoir pour y effectuer certaines tâches ? 

 

Mais quand je parle de fièvre de privatisations, je pense à une volonté maladive de se partager la dépouille des services publics français. Il n'y a pas longtemps, j'entendais qu'une fraction non négligeable  de députés interrogeaient la pertinence de la privatisation du domaine autoroutiers français, cédé puis concessionnellement reconduit pour des bouchées de pain à des groupes comme Eiffage, Bouygues ou Vinci, et qui assurent la rentabilité de ces groupes. Autrefois, on faisait construire et porter par des intérêts privés des investissements collectifs hasardeux (mais éventuellement rentables) qui furent nationalisés par la suite (je pense ici aux chemins de fer dans les années 1850-1900 entre autres exemples). Aujourd'hui, depuis quelques décennies, c'est le choix inverse qui est mis en oeuvre : on fait porter un secteur public le financement d'investissements publics en permettant aux intérêts privés de s'enrichir invraisemblablement au cas ces investissements deviendraient particulièrement rentables (cas des partenariats publics privés) ou d'en profiter ulterieurement. Deuxième choix ouvert par les privatisations : on fait financer par l'Etat des investissements publics qu'on revend ensuite pour une bouchée de pain à des interets privés pour qu'ils profitent des fruits et de leur rentabilité. C'est ce que l'on appelle la socialisation des pertes et la privatisation des profits. 

 

Ainsi, j'entendais hier soir sur France Culture que les sociétés autoroutières lorgnaient désormais aussi sur les routes nationales. Après avoir mis sous coupe réglée les autoroutes françaises, dont ils assument malgré tout une partie de l'entretien et peut-être de quelques nouvelles constructions, les groupes Eiffage, Vinci et Bouygues seraient désormais candidats à accroître leurs prédations, leurs prises de contrôle sur les routes nationales qui permettent de contourner ou de poursuivre les réseaux autoroutiers ! Bientôt, la France leur appartiendra et il nous faudra payer pour pouvoir sortir de nos maisons ou de nos appartements pour nous rendre à notre travail. Une mise en couple réglée de la France, sachant que nos routes nationales, comme nos autoroutes, ont été construites avec l'argent de nos impôts, des taxes que nous payons. 

 

https://www.franceculture.fr/emissions/les-nouvelles-de-leco/les-nouvelles-de-leco-du-mardi-18-juin-2019

 

https://www.marianne.net/economie/chassee-par-la-porte-la-privatisation-des-routes-nationales-revient-par-la-fenetre-lrem

 

L'ultralibéralisme est en train de s'étendre en France, désormais sans aucune limite ni aucune prudence, comme si tels des vautours, tels des charognards, ils savaient que ce gouvernement lance la mise aux enchères de l'ensemble du patrimoine public, des services publics et des instruments du pouvoir régalien. À quand la vente de l'armée francaise aux intérêts privés ou de la police et de la gendarmerie, sous le prétexte fallacieux que cela coûte trop cher à entretenir ? Une armée, une police et une gendarmerie qui n'auraient plus alors à défendre que les intérêts du grand Kapital. Ou bien le fermage des impôts comme la TVA ou de l'impôt sur le revenu, comme sous l'Ancien Régime féodal ! 

 

Il se passe quelque chose de plus de malsain au sommet de l'Etat français. C'est comme si les interrogations exprimées par certains politiques sur l'intérêt de la privatisation des sociétés autoroutières conduisaient celles-ci à actionner leurs contacts, leurs taupes au sein de l'Etat pour s'octroyer une part encore plus grande d'un gigantesque pactole, supposément pour aider bénévolement l'Etat dans l'entretien de ce réseau routier. Et le pire, c'est que c'est ce discours qui risque de nous être servis par ce gouvernement aux ordres des intérêts privés, par Macron ou Philippe ! Jusqu'à ce que l'ensemble des routes françaises deviennent payantes, voire même l'utilisation des trottoirs !

 

(soyons honnête, le projet des sociétés autoroutières ne date pas d'aujourd'hui mais de 2014, à l'époque où les ultralibéraux socialistes tels Hollande, Valls et déjà Macron étaient encore au pouvoir)

 

Il faut faire barrage à ce vent, à cette tempête de privatisations, en bloquant déjà en premier lieu la privatisation d'ADP, en attendant de pouvoir bloquer les autres. Pour cela, il faut que 4,7 millions d'électeurs signent la pétition pour demander un référendum d'initiative populaire. 

 

https://www.20minutes.fr/politique/2542967-20190618-privatisation-adp-site-referendum-recolte-plus-125000-signatures-premier-jour

 

 

Saucratès


19/06/2019
1 Poster un commentaire

Ce que l'on peut retenir du livre 'Les secrets de la réserve fédérale'

Vendredi 10 janvier 2014

 

Y a-t-il des secrets inavouables dans le monde de la Finance ? La Réserve fédérale américaine cache-t-elle de noirs desseins et de noirs secrets ? Je me suis amusé à lire ce livre assez récemment republié (septembre 2010 pour la première édition et mai 2012 pour la deuxième édition) sur lequel j'étais tombé en fin d'année dernière, en tête de gondole à la Fnac Place d'Italie. L'auteur en serait Eustace Mullins, sous la direction d'Ezra Pound.

 

D'après Wikipédia, «Mullins est un opposant à la Réserve Fédérale (FED) qu'il accuse d'être depuis 1913 en possession de banques privées ou d'actionnaires privés, via les actions détenues par ses 12 chapitres locaux. Il en cite la liste : Banque Lazard, Kuhn, Loeb & co, J.P. Morgan & Co., Goldman Sachs, Lehman Brothers, NM Rothschild & Sons, Israel Sieff, Paul Warburg, et la famille Rockefeller. Selon lui, ces banques et intérêts privés contrôlent la vie politique et économique des États-Unis depuis lors.»
http://fr.wikipedia.org/wiki/Eustace_Mullins

 

Concernant Ezra Weston Loomis Pound, il sera l'une des huit personnes de nationalité américaine et résidentes en Europe inculpées pour trahison à l'issue de la seconde guerre mondiale, pour avoir défendu sur la radio italienne le fascisme de Mussolini. Il y défendait le fascisme, accusait la finance internationale et les Anglo-Américains d'être la cause de la guerre et faisait de la propagande antisémite. «Concernant ses idées économiques, elles trouvaient inspiration dans le Social Credit de Clifford Hugh Douglas et s'insurgeaient notamment contre la remise de la création monétaire à la finance internationale privée.»
http://fr.wikipedia.org/wiki/Ezra_Pound

 

C'est un peu l'impression que donne ce livre : un procès à charge contre quelques grandes banques juives accusées de contrôler le monde et d'avoir provoqué les deux premières guerres mondiales et les diverses crises financières de 1920 et 1929. De même, il est difficile de situer le moment où il fut écrit. Publié d'abord dans les années 1950, seul livre à avoir été brûlé en autodafé en Europe occidentale après la seconde guerre mondiale (en 1961), la majeure partie des thèses développées dans ce livre se rapportent aux années 1910-1929, ce qui paraît particulièrement ancien pour l'économiste que je suis. Seuls quelques passages du livre se rapportent à des évènements un peu plus récents, faisant des rapprochements avec des évènements postérieurs aux années 1980.

 

S'agit-il d'un simple livre antisémite traitant d'un complot des banques juives visant à contrôler le monde ? Il me semble que la réalité doit être un peu plus complexe que cela et ce livre doit rapporter quelques éléments véridiques sur l'histoire de la Réserve fédérale américaine.

 

D'abord, à noter que le terme de réserve fédérale est impropre. Le véritable nom de l'organisation bancaire centrale américaine est le «Federal Open Market Committee» - en abrégé FOMC (Comité de l'open market du Système fédéral de réserve américain).

 

Deuxièmement, il faut aussi observer qu'il y a bien un contrôle des plus grandes firmes américaines mais aussi européennes (les plus grandes entreprises et banques françaises notamment) par quelques dizaines de grands fonds de pension ou privés américains, dont les plus connus sont The Vanguard GroupT. Rowe Price, Oppenheimer Funds, Goldman Sachs Capital Partner, The Carlyle Group, The Blackstone Group, JP Morgan Asset Management, BlackRock Advisors ou encore Fidelity Investments.
http://thezog.wordpress.com/who-controls-wall-street-part-2/

 

La première théorie exposée par ce livre est ainsi qu'un complot de quelques financiers est à l'origine de la création du système fédéral de réserve américain, groupe qui s'est réuni dans le plus grand secret sur l'ile de Jekyll Island à la fin du mois de novembre 1910, qui donnera naissance à la Federal Reserve Act dit aussi Owen-Glass Act votée le 23 décembre 1913. Les six particpants à cette réunion étaient : le sénateur Nelson Aldrich (président de la Commission monétaire nationale, chargée par le président Théodore Roosevelt de stabiliser le système monétaire américain après la panique financière de 1907), son secrétaire particulier Arthur Shelton, A. Piatt Andrew (secrétaire adjoint au Trésor), Frank Vanderlip (président de la National City Bank of New York), Henry P. Davison (associé à JP. Morgan Company), Charles D. Norton  (président de la First National Bank of New York), Benjamin Strong (de JP. Morgan Company) et de Paul Warburg (récent immigré allemand, de la maison bancaire Kuhn Loeb & Co, dont le frère Max Warburg dirigera les services secrets allemands et représentera l'Allemagne à la conférence de paix de Versailles de 1918-1919). Selon ce livre, le complot de Jekyll Island et de la Réserve fédérale américaine tourne autour de ce personnage Paul Warburg, qui est à l'origine de l'architecture de la réserve fédérale.
http://fr.wikipedia.org/wiki/Paul_Warburg

 

Selon ce livre, le projet du sénateur Aldrich sera rejeté par le congrès en 1911 mais il sera approuvé pratiquement à l'identique fin 1913 (à noter qu'il ne portera plus le nom du sénateur Aldrich mais ceux des sénateurs Robert L. Owen et Carter Glass). Il semble en effet que le projet Aldrich était porté par les républicains (William Howard Taft), tandis que les démocrates défendaient un projet similaire intitulé 'Loi de réserve fédérale' (Woodrow Wilson). Un troisième candidat, ancien président républicain, se présenta à l'élection présidentielle (Théodore Roosevelt pour le Bull Moose). Le projet de Aldrich était considéré comme le projet de Wall Street. La Loi de réserve fédérale était critiquée par les banquiers comme étant trop favorable au gouvernement.
http://fr.wikipedia.org/wiki/élection_présidentielle_américaine_de_1912

 

Il est à noter que les Etats-Unis étaient très en retard sur les pays d'Europe en ce qui concerne la structuration de leur système monétaire. La France avait une banque centrale depuis Napoléon (1801) de même que l'Angleterre ou l'Allemagne. Les Etats-Unis avaient eu une première banque centrale en 1791, qui sera remplacée en 1816 par la 'Second Bank of the United States'. Celle-ci sera dissoute en 1830 par le président Andrew Jackson, hostile aux banquiers. De 1830 à 1913, les Etats-Unis n'auront plus de banque centrale, alors qu'un certain nombre de crises financières éclateront ou toucheront les Etats-Unis (la dernière étant celle de 1907). Par ailleurs, il semble que la constitution américaine réserve au seul Congrès le droit de battre monnaie.
http://fr.wikipedia.org/wiki/Réserve_fédérale_des_états-Unis

 

Ce livre dénonce aussi le fait que le Système fédéral de réserve américain soit la propriété des banques. En 1913, c'était normal : la Banque d'Angleterre appartenait aux principales banques anglaises (d'après le livre essentiellement détenue par Nathan Mayer Rotschild) de même que la Banque de France qui appartenait aux deux cents familles. Ces propriétaires privés participaient à la désignation des organes de direction de ces établissements, même si le gouvernement de chacun de ces pays intervenait apparemment dans certaines désignations. La Banque de France ne sera nationalisée qu'à l'issue de la seconde guerre mondiale. J'ignore si la Banque d'Angleterre est toujours privée ou nationalisée. Par contre, le Système fédéral de réserve est demeuré une institution privée même si le gouverneur (aujourd'hui Janett Yellen) est nommée par le président des Etats-Unis et confirmée par le Sénat américain (tous les membres du conseil des gouverneurs d'après wikipédia). Un dividende de 6% est versé aux banques actionnaires ; le reste étant reversé au Trésor.

 

On trouve dans ce livre décrit les origines des principales grandes banques américaines comme JP. Morgan et de quelques autres grandes banques. A l'origine de la puissance de la banque JP. Morgan se trouve le père de John Pierpont (JP) Morgan, Junius S. Morgan, associé de George Peabody, derrière lequel se trouvait Nathan Meyer Rotschild à Londres (dans les années 1830-1850). De son côté, la maison Kuhn Loeb Company, de Paul Warburg, a ainsi fusionné en 1977 avec Lehman Brother (qui fit faillite le 15 septembre 2008 lors de la crise américaine des subprimes).
http://fr.wikipedia.org/wiki/Kuhn,_Loeb_&_Co

 

D'autres thèses sont développées dans ce livre, plus difficilement vérifiables. L'une de ces thèses, s'appuyant notamment sur les relations anciennes entre plusieurs financiers américains (dont John Pierpont Morgan) et Nathan Meyer Rotschild, est que le Système fédéral de réserve américain est/était entre les mains d'une London connection, et défendait les intérêts des financiers londoniens. Quelques autres thèses défendues par le livre traite du financement de l'effort de guerre allemand d'Hitler par les financiers américains. Tout cela ressemble fort à une théorie du complot. 

 

Ce livre a néanmoins selon moi un grand intérêt. Au-delà d'une histoire ancienne de la finance, il donne à relire quelques vérités que l'on croit acquise sur la finance. Il amène à réfléchir sur la théorie monétariste de la nécessité d'indépendance des banques centrales vis-à-vis du pouvoir politique. En visant à rendre indépendante les banques centrales (le fondement de l'Euro-système) et leurs dirigeants, on en est ainsi revenu à cette situation passée. La propriété privée des banques centrales ne gène pas Milton Friedman. Ce qui le gène, c'est l'ingérence de l'état dans la politique monétaire. Et nos hommes politiques ont tous consciemment mis en application la vulgate monétariste sans se rendre compte (ou justement en s'en rendant compte) que cela constituait un retour en arrière vers la privatisation des banques centrales.

 

Ce livre donne aussi à comprendre que ce qui nous paraît naturel en matière financière, comme l'escompte de papier commercial, comme le développement du crédit, comme le développement de la dette publique, ou même simplement l'émission de billets de banque, est quelque chose de fondamentalement étranger et nouveau dans l'histoire monétaire mondiale, source de déséquilibres faramineux pour l'économie mondiale, et que l'on peut prêter les plus noirs desseins à ceux qui ont inventé ces mécanismes même s'ils peuvent paraître aujourd'hui tellement normaux et naturels.

 

Autre point intéressant, c'est bien enfin que les noms des familles qui contrôlent l'économie mondiale ne changent pas. Des Rowe cités dans ce livre jusqu'à la maison JP. Morgan ou Kuhn Loeb Company ou des maisons Rotschild toujours présentes à Londres ou Paris ...

 

En quelques mots, un livre qu'il peut être utile de lire, tout en gardant à l'esprit qu'il flirte malgré tout avec une théorie du complot et qu'il est relativement fouilli avec des multiples allers-retours vers les années 1910-1913 ou sur l'histoire des Rotschild.

 

Saucratès 


10/01/2014
1 Poster un commentaire

Sur l'économie (3)

 

Réflexion vingt-trois (7 février 2011)
Consommation, produits importés et emploi

 

L'économie française comme l'ensemble des économies occidentales est malade du chômage, de ces emplois qui disparaissent plus vite que de nouveaux ne se créent, de ces entreprises et de ces groupes qui délocalisent leur production dans des pays à faible coût de main d'oeuvre, ou dans des pays où elles espèrent pouvoir s'implanter pour bénéficier de la croissance de leur demande intérieure ... la Chine notamment ...

 

Cette maladie du chômage a plusieurs causes. L'une d'elles s'expliquent par l'absence de toute citoyenneté des entreprises qui délocalisent ou transfèrent leur production, qui délocalisent les emplois vers d'autres pays, pour diminuer leurs coûts de production, pour faire un peu plus de profits à court terme, pour pouvoir accroître certaines autres dépenses comme la publicité et des dépenses somptuaires ou de partenariat ... Des entreprises anti-citoyennes, on en connaît des milliers, comme Majorette qui ne maintient plus qu'une poignée d'emplois en France (ceux de ces dirigeants) mais qui n'hésite pas à parler de sauvegarde des emplois et de l'entreprise en délocalisant la totalité de sa production hors de France ... Mais comment ne peut-on penser qu'aux possesseurs du capital lorsque l'on parle d'une entreprise ?... Comme Sapmer du groupe Bourbon qui implante une usine de conditionnement de poissons sur l'île Maurice, à quelques centaines de kilomètres du département de la Réunion où elle affiche pourtant son enracinement, mais où le coût de la main d'oeuvre moindre, les normes de sécurité alimentaires et industrielles draconniennes, la législation tatillonne, lui coûteraient apparemment beaucoup trop cher ... Comme Nike et Addidas, qui font fabriquer pour moins de dix dollars leurs baskets dans des usines dortoirs dans des pays à très faible coût de main d'oeuvre et à législation sociale inexistante, mais les vendent à plus de dix fois leur coût de revient, la différence rémunérant la publicité et les salaires astronomiques de leurs dirigeants et les profits de leurs actionnaires ...

 

Mais le chômage a d'autres causes. Les libéraux pointeront du doigt notre législation sociale et fiscale, qui incite nos entreprises à délocaliser à l'étranger. Certes, mais ces mêmes ploutocrates n'accepteraient pas de voir leur propre niveau de vie être impacté par leurs mesures libérales ; ils voudront bien de la misère pour les autres, seulement si cette misère ne les concernent pas ou les enrichit encore un peu plus ...

 

La véritable autre cause du chômage est le comportement des consommateurs. Tant que les consommateurs privilégieront leur porte-monnaie, la qualité-prix des produits qu'ils consomment, à leur contenu en emplois, les entreprises anti-citoyennes continueront d'agir comme elles le font actuellement. Tant que les consommateurs ne sanctionneront pas le caractère anti-citoyen des biens qu'ils consomment, le chômage continuera de nous frapper, et les actes d'anti-citoyenneté se perpétueront.

 

Il est en effet consternant de voir des personnes, des entreprises, s'expatrier et délocaliser pour des raisons de fiscalité ou de coûts salariaux, mais continuer de vendre leurs produits en France, auprès des consommateurs français, sans que presqu'aucun ne se révolte. Cela va de chanteurs comme Johny ou tant d'autres, expatriés en Suisse ou en Argentine pour payer moins d'impôts, à des milliers d'entreprises comme Sapmer, Bourbon ou Majorette ...

 

 

Réflexion vingt-deux (31 juillet 2010)
Aux origines du capitalisme

Un article du Nouvel Observateur de début juillet (2010) m'a rappelé certaines lectures et interrogations sur les origines du capitalisme. Cet article mentionnait les livres récents publiés par trois chercheurs sur le sujet, pour rappeler ensuite que la naissance du capitalisme en Europe ne s'expliquait pas par une «prédisposition particulière de l'Europe au capitalisme» ni une «prédisposition culturelle particulière» ni enfin par un «produit exclusif du génie européen» mais simplement par un «enchaînement plus prosaïque d'effets d'aubaine où la chance et la violence ont eu leur part».
http://bibliobs.nouvelobs.com/20100706/20335/leconomie-est-a-louest

Le Nouvel Observateur cite les livres récents de Jean-François Bayart, de Jacques Le Goff et de Kenneth Pomeranz. Mais même si ce n'était pas l'objet de cet article d'analyser toutes les thèses concernant l'apparition du capitalisme en Europe, et non pas ailleurs dans le Monde, on ne peut ignorer les thèses différentes et plus anciennes d'autres chercheurs sur ce sujet. On ne peut ainsi ignorer les thèses défendues par Max Weber sur «L'éthique protestante et l'esprit du capitalisme» ou celle d'un autre très grand historien français Fernand Braudel, pour celles dont je me rappelle.

Que ces trois historiens (Bayart, Le Goff, Pomeranz) puissent prouver que des régions de Chine ou d'Inde étaient aussi développées que les régions européennes les plus avancées à la fin du Moyen Age européen en Angleterre ou en Hollande ne me semble pas contestable. Comme Pomeranz l'indique, de nombreuses autres régions dans le Monde en Asie ou en Amérique du Sud auraient tout autant pu être susceptibles d'entrer dans le cercle 'vertueux' de la révolution industrielle, à de nombreuses époques dans le passé, comme en Europe à d'autres époques. Il me semblerait plus correct de dire cependant que ces diverses régions, comme en Europe plus tôt dans le passé, étaient engagées dans des échanges, des flux, commerciaux importants. C'est notamment ce qu'un historien comme Fernand Braudel a décrit pour l'Europe des années mille, en démontrant que dès le plein moyen-âge, les courants commerciaux étaient très développés et que le capitalisme y existait déjà.

Et pourtant, à l'époque de la Rome antique, dans l'Europe en plein moyen-âge, dans la Chine antique ou au sortir du moyen-âge européen, en Inde, dans les civilisations américaines précolombiennes pourtant extrêmement avancées, le développement économique et l'industrialisation capitaliste n'eurent pas lieu. Et cet accident est en effet un sujet d'intérêt extrêmement surprenant, même si la position des historiens cités par le Nouvel Observateur m'interpelle. Le résultat d'un effet d'aubaine lié au pillage de l'empire aztèque et de l'Afrique !

Max Weber a pour sa part lié l'essor du capitalisme à l'éthique protestante et notamment au principe de la prédestination, c'est-à-dire au fait de l'acceptation par tous que la réussite individuelle d'une personne était le seul signe visible de sa prédestination à être sauvé. Cette éthique protestante expliquera que la Hollande, puis l'Angleterre et les Etats-Unis deviendront les principaux centres du développement économique de l'Europe et du phénomène de l'industrialisation. La réussite individuelle n'y devient pas source d'envie ; c'est un signe d'une prédestination divine. Ceux qui échouent, ceux qui sont pauvres, ne sont pas seulement ceux qui n'ont pas eu de chance dans la vie ; ils sont en plus maudits ! D'une certaine façon, cette différence religieuse entre protestantisme et catholiscisme explique encore les divergences actuelles vis-à-vis de la richesse entre les pays anglo-saxons et la France et les autres pays sud-européens catholiques. Cette propension à ne pas accepter la richesse. En même temps, on sait bien que la richesse est essentiellement acquise par héritage et qu'elle ne peut donc pas être un signe quelconque de prédestination, à moins que celle-ci se limite au simple fait d'être bien né. Les pauvres et leurs enfants n'auraient alors pas de chance : maudits dans cette vie et pour l'éternité.

Un autre thèse avancée pour expliquer l'essor du capitalisme en Europe repose sur la démocratie, ce qu'évoque plus ou moins Pomeranz en mentionnant que les commerçants chinois étaient aussi libres que leurs homologues européens. Mais dans cette thèse, c'est l'existence d'un cadre démocratique, la certitude juridique liée à l'absence d'un absolutisme royal toujours susceptible de spolier la richesse d'une classe bourgeoise, qui explique le développement du capitalisme. Dans d'autres contrées, à d'autres époques, et tout particulièrement en Afrique autrefois, toute personne qui s'enrichissait courrait le risque de voir sa fortune être confisquée par un monarque jaloux et/ou de perdre la vie. Nul ne peut être plus riche et plus puissant que le roi ; quelques surintendants des finances français en firent l'amère expérience par le passé. Et aujourd'hui encore en France, il n'est peut-être pas si sûr que l'on soit protégé de ce genre d'absolutisme ... Et c'est un signe inquiétant pour la démocratie. La démocratie repose sur la permanence des règles juridiques et légales et sur la protection absolue de la propriété. Et le développement économique repose sur le respect des règles démocratiques ! Et il ne me semble pas faux de dire que le développement capitaliste est né initialement du développement de la démocratie en Europe (en même temps, la Grèce et la Rome antiques furent des pseudo-démocraties, et même si le commerce s'y développa, l'industrialisation capitaliste ne suivit pas ... mais une partie simplement de ces sociétés furent démocratiques, les marchands y demeurant des étrangers, l'esclavage y existant et surtout ils étaient entourés par la guerre, avec les autres cités et avec les peuples barbares les entourant).

Concernant l'explication avancée des effets d'aubaine lié à la découverte des Amériques, de la mise à sac des empires aztèques et guadémaltèques, et du bénéfice tiré de l'esclavage africain, il faut rappeler l'exemple de l'échec du développement espagnol. L'Espagne fut le principal bénéficiaire de l'or et de l'argent sud-américain. Son économie fut inondée des richesses américaines, et pourtant l'afflux de cet or et de cet argent ne permit pas le développement économique de son économie. Bien au contraire, l'Espagne sombra dans le sous-développement et lorsque cet afflux d'or et d'argent cessa, l'Espagne se retrouva aussi pauvre qu'au début. Par contre, les richesses espagnoles se répandirent par les flux commerciaux dans toute l'Europe, et notamment en Hollande et en Angleterre. Pour quelle raison ? Les espagnols à l'époque de leur splendeur abandonnèrent l'industrie pour consommer toujours plus. Ils exilèrent également la classe de leurs marchands, juifs, pour des raisons religieuses, se privant alors de leur ingéniosité commerciale, industrielle et bancaire ... Raisons religieuses qui conduisit ensuite l'Espagne dans les affres de l'Inquisition. En tout cas, il ne me semble pas que le seul argument de l'effet d'aubaine puisse suffire pour expliquer l'essor du capitalisme en Europe, comme l'exemple espagnol le démontre. Les flux commerciaux, qui ne s'arrrêtaient pas en Europe mais atteignaient la Russie ou la Chine, n'expliquent pas pour quelle raison se fut la Hollande puis l'Angleterre, puis la France, l'Allemagne et les Etats-Unis qui entrèrent dans l'ère industrielle capitaliste ... Explications simplistes du Nouvel Observateur et de Pomeranz !

 


Réflexion vingt-et-une (31 mai 2010)
Les problèmes de dettes publiques et la loi de Gresham ...


Le Monde a attiré mon attention en intitulant un de ses articles : «Les bonnes dettes chassent les mauvaises dettes» dans une allusion amusante mais inversée à la célèbre loi dite de Gresham «La mauvaise monnaie chasse la bonne». Il m'a alors paru intéressant de revenir sur ce paradoxe historique, mais qui n'est peut-être pas sans intérêt de nos jours, où la valeur comparée des monnaies est toujours un sujet de brûlante actualité ...
http://www.lemonde.fr/economie/article/2010/05/29/les-bonnes-dettes-chassent-les-mauvaises-dettes_1364937_3234.html

La version développée par la journaliste du Monde (Camille de Vergès) consiste à relever que les (bonnes) dettes publiques française (tout particulièrement) et allemande bénéficient d'une demande soutenue de la part des investisseurs internationaux ; excès de demande dont l'effet sur les taux de rendement offerts est favorable à nos états, puisque celle-ci entraîne une baisse des rendements. Pendant ce même temps, les (mauvaises) dettes espagnoles et portugaises doivent rémunérer plus fortement les investisseurs, subissant un désintérêt de leur part. Greffer sur un article assez aride un titre particulièrement accrocheur et surtout apparemment ouvertement faux économiquement parlant permettait de lui donner un certain intérêt.

Que disait la loi de Gresham ? Thomas Gresham est un commerçant et financier anglais du seizième siècle (1519-1579). L'histoire a donné son nom à cette théorie qui veut que «la mauvaise monnaie chasse la bonne» (Oresme et Aristophane sont supposés avoir démontré cette loi bien avant lui). Cette loi signifie que lorsqu'il y a deux monnaies en circulation dans une même économie, les agents économiques thésaurisent la «bonne» monnaie et n'utilisent plus que la «mauvaise».
http://fr.wikipedia.org/wiki/Loi_de_Gresham
http://www.lafinancepourtous.com/IMG/pdf/1_Loi_de_Gresham.pdf
http://www.les-cercles.fr/economie-societe/politique-eco-conjoncture/221130418/plan-de-secours-europeen-et-loi-de-gresham
http://www.sacra-moneta.com/Actualites-numismatique/Comment-la-bonne-monnaie-chasse-t-elle-la-mauvaise-monnaie.html

Cette théorie économique expliquait un phénomène ancien qui paraissait assez inexplicable, qui voulait que lorsque, parmi deux monnaies, l'une était reconnue par tous de moins bonne qualité que l'autre, la «bonne» monnaie avait tendance à disparaître, et seule la «mauvaise» monnaie était échangée, alors que le sens commun aurait apparemment voulu que la «bonne» monnaie soit préférée par toutes les parties pour les paiements. Cette théorie s'est observée notamment tant que les économies occidentales ont fonctionné dans un système monétaire dit de bimétalisme (or et argent avec un rapport fixe entre les deux métaux).

La question peut être de savoir si la loi de Gresham est encore valable aujourd'hui, notamment dans un système dit «fiduciaire» (reposant sur la confiance). Elle s'observe notamment encore en période de forte inflation pour les pays qui connaissent ce genre de situation. Elle s'observe aussi à une moindre échelle avec les pièces en francs ou en euros en or et en argent, qui ne sont que très rarement utilisées dans les échanges commerciaux. Ces pièces sont immédiatement thésaurisées par ceux qui les reçoivent, alors pourtant que leur valeur faciale est de très loin supérieur à leur contenu en argent ou en or. Ce phénomène est simplement une conséquence de la loi de Gresham. Une autre présentation de cette même loi repose sur la constatation que la «mauvaise» monnaie brûle les mains de ceux qui la possèdent, qui tentent alors de s'en débarasser le plus vite possible. Si vous avez deux monnaies différentes entre les mains, et que vous pensez que l'une perd de la valeur à chaque seconde qui passe (c'est cela une «mauvaise» monnaie), vous aurez alors envie de vous en débarasser le plus vite possible, quoi que ce soit que vous achetiez, quelque soit sa valeur ... D'où des phénomènes d'inflation puis d'hyper-inflation ... Si cette deuxième «mauvaise» monnaie ne perd pas trop de valeur, la pression pour s'en débarasser «à tout prix» est moins importante, mais les personnes préfèreront se débarasser de celle-ci en premier avant d'utiliser la «bonne» monnaie.

Dans la situation actuelle de l'euro, la faiblesse de l'euro par rapport au dollar pourrait le faire considérer comme une «mauvaise» monnaie ; les investisseurs pourraient alors avoir intérêt à placer leurs économies en dollars si l'euro continuait à diminuer sans s'arrêter face au dollar ... Même si accessoirement cette faiblesse de l'euro serait considérée par certains comme une bonne nouvelle pour les entreprises exportatrices européennes (ne pas oublier que les entreprises ont avant tout besoin d'un cadre monétaire stable pour travailler plutôt que des monnaies qui baissent ou qui montent) ...

La loi de Gresham appliquée au marché des dettes publiques ? Au fond, elle doit s'appliquer de la même manière. Dans le cas d'une monnaie, la loi de Gresham repose sur l'idée qu'il y a un excès d'offre de la «mauvaise» monnaie et un excès de demande de la «bonne» monnaie, qui fait que toute la «bonne» monnaie en circulation est immédiatement captée ou thésaurisée. Mais une monnaie ayant par définition cours légal imposée, elle ne peut être refusée comme moyen de paiement dans les échanges et est obligatoirement acceptée.

Dans le cas des dettes publiques, la situation est semblable avec un excès de demande pour les «bonnes» dettes et une insuffisance de demande (soit un excès d'offre) pour les «mauvaises» dettes, qui ne disposent par ailleurs d'aucun pouvoir de moyen de paiement pour pouvoir être utilisés dans un autre rôle. Seuls les fonds spéculatifs et les OPCVM à court terme (monétaires), qui ne conservent des titres de dettes que sur de très courtes périodes de temps, à la manière d'une monnaie (portant intérêt) sont intéressés par ces titres, mais cette utilisation a tendance à accroître la vitesse de rotation de ces «mauvaises» dettes et donc l'offre apparente de ces titres. Si nous n'étions pas dans une situation de fortes émissions de nouvelles dettes par les meilleures signatures de la zone euro (France et Allemagne), qui trouvent facilement preneur, mais si au contraire le volume de leur dette diminuait, nous observerions alors un effet inverse où les «bonnes» dettes auraient tendance à disparaître des échanges, et où seules les «mauvaises» dettes seraient échangées ...

Ce qui permettrait de titrer de manière inverse le titre de cet article du Monde : «les mauvaises dettes chassent les bonnes dettes». De telle sorte que ces titres ne sont ni faux ni vrais ... ils ne sont vrais que dans des situations très particulières ...



Saucratès


Autres écrits sur le sujet :
1.https://saucrates.blog4ever.com/blog/lire-article-447196-2007316-sur_l_economie__1_.html
2.https://saucrates.blog4ever.com/blog/lire-article-447196-2008581-sur_l_economie__2_.html


25/11/2010
0 Poster un commentaire

Sur l'économie (2)

Réflexion vingt (25 mars 2010)
De la place de l'éthique en économie


On dit souvent que l'éthique et l'économie n'ont absolument rien à voir ... qu'en économie, il n'existe pas de place pour l'éthique, mais uniquement pour les mathématiques. Je voudrais prouver que cette position est complètement fausse, dans la réalité ... Evidemment, la science économique ne reconnaît que les modélisations mathématiques, les équations de préférence et d'utilité ... La science économique ne reconnaît aucune valeur ni aucune opérabilité au concept d'éthique.

Mais dans l'économie réelle de tous les jours, il en va bizarrement différemment. L'éthique y est indissociable de l'économie même si on ne lui donne pas ce sens. L'éthique peut prendre de multiples formes, depuis la forme la plus évidente ; celle où l'on vous demande de consommer durablement, c'est-à-dire en intégrant l'impact développement durable dans le bien que l'on consomme. Cette forme d'éthique semble facilement agrégeable par la science économique, puisqu'il s'agit simplement d'intégrer une nouvelle variable dans les fonctions de préférence, de telle sorte qu'il suffit de modéliser quel niveau de surprix un consommateur serait prêt à payer en plus pour consommer un bien qui le rassurera en matière de consommation ...

Tous les comportements éthiques sont-ils modélisables par le biais de fonctions mathématiques ? C'est éventuellement possible, puisque les mathématiques estiment permettre d'appréhender la part de hasard qui détermine nos propres choix en matière de consommation. Mais il n'en demeure pas moins que dans la réalité économique, ce sont des choix éthiques conscients qui déterminent nos actions de consommation.

L'économie est ainsi éthique. Dans la réalité, on attend ainsi de tous les consommateurs d'une nation qu'ils privéligient dans leurs achats les biens produits dans leur pays, en leur rappelant régulièrement que les produits fabriqués à l'étranger viennent concurrencer les productions nationales et expliquent la montée du chômage et la dégradation de la balance commerciale. De la même manière, on attend également des consommateurs qu'ils évitent les produits fabriqués en Chine pour limiter individuellement les importations en provenance de ce pays. Evidemment, tous les consommateurs ne respectent pas ces attentes informulées, sinon le commerce extérieur français serait fortement excédentaires (si tous les peuples n'appliquaient pas strictement la même position protectionniste, à défaut on en reviendrait à la situation des années 1930).

En sens inverse, on attend également que les entreprises aient un comportement socialement responsable (éthique) en limitant les licenciements et les fermetures d'usines en France. Evidemment, toutes les entreprises ne respectent pas cette attente. L'un des premiers contrats éthiques passés entre une entreprise et ses salariés remonte à Henri Ford et au fordisme ; l'entreprise Ford acceptant de payer des salaires élevés à ces salariés pour que ceux-ci puissent achèter des véhicules Ford. Evidemment, l'époque actuelle à inverser le contrat éthique entre l'entreprise et ses salariés ; les groupes préférant désormais payer le moins cher possible leurs salariés (certaines chaînes de grands magasins alimentaires aux Etats-Unis) ...

On demande ainsi aux entreprises et aux consommateurs de produire et d'acheter des produits en faisant attention aux respects des normes sociales, environnementales, dans leur production ... en un mot des produits éthiques ... Il doit être observé que les gouvernements nationaux interviennent fortement pour aider les choix éthiques des consommateurs et des producteurs, en imposant des normes sociales, environnementales, d'hygiène, en mettant en place des barrières tarifaires pour renchérir les produits fabriqués à l'étranger, dans l'optique de guider et d'influencer les décisions d'achat ou de production des biens par les consommateurs ou les productions, en orientant les décisions en modifiant les prix relatifs des produits entre eux.

On observe néanmoins que la publicité mais également les émissions télévisuelles ou les magazines ont une influence importante sur les décisions de consommation des ménages. Le cas est flagrant pour l'automobile, qui fait actuellement l'objet d'un matraquage télévisuel sur les innovations technologiques des véhicules 'propres', sur les normes d'émission de CO², sur l'impact sur le réchauffement climatique ... les consommateurs sont de plus en plus orientés psychologiquement vers des véhicules hybrides ou électriques dont seuls les prix actuellement élevés et la rareté de l'offre limite la consommation ...

Je pense qu'il est faux de dire que l'économie n'est pas éthique. Les choix éthiques prévalent sur l'ensemble des faits de consommation ou de production ; choix qui se déterminent entre le contenu éthique des produits proposés et leurs prix relatifs (ou les méthodes de production, leurs coûts et les avantages projetés), influencés par ailleurs par l'aspect de leur taxation et des normes imposées par les états ... Il me semble que ces choix éthiques ne peuvent être uniquement ramenés à des modélisations mathématiques, à la simple utilisation de matrices de prix et de préférences de consommation, ou des fonctions de production. En raccourcissant ainsi la réalité à l'aune des mathématiques, l'économie se prive de l'ensemble des réflexions éthiques attendues des différents acteurs économiques dans les processus réels de production et de consommation !

 

 

Réflexion dix-neuf (9 décembre 2009)
Un nouveau système économique


C'était le titre de plusieurs articles publiés récemment (le 7 décembre 2009) dans le supplément Economie du Monde. Ces articles offrent un regard malgré tout optimiste sur l'évolution possible de l'économie capitaliste occidentale ou mondiale, dans les prochaines années, anticipant un effet salvateur du sommet de Copenhague ... «On ne sait pas encore si l'événement Copenhague pourra symboliser un jour le moment où les Etats, les scientifiques et les organisations civiles auront décidé, tous ensemble, qu'il nous faut changer de modèle économique pour adopter des modes de production et de consommation plus économes des ressources de la planète. Mais il est déjà certain qu'il sera l'occasion de se poser à nouveau la question de la "soutenabilité" du modèle actuel.» ... Quelques articles à lire en raison de leur intérêt et de leurs enseignements historiques ...
0.http://www.lemonde.fr/economie/article/2009/12/07/un-nouveau-modele-de-croissance_1276889_3234.html
1.http://www.lemonde.fr/economie/article/2009/12/07/quel-modele-de-croissance-la-rupture-technologique_1276891_3234.html
2.http://www.lemonde.fr/economie/article/2009/12/07/quel-modele-de-croissance-la-volonte-des-gouvernements_1276894_3234.html
3.http://www.lemonde.fr/economie/article/2009/12/07/quel-modele-de-croissance-les-pionniers-de-l-innovation_1276897_3234.html
4.http://www.lemonde.fr/economie/article/2009/12/07/quel-modele-de-croissance-le-signal-prix-4-8_1276902_3234.html
5.http://www.lemonde.fr/economie/article/2009/12/07/quel-modele-de-croissance-la-demande-de-la-societe-5-8_1276905_3234.html
6.http://www.lemonde.fr/economie/article/2009/12/07/quel-modele-de-croissance-mesurer-autrement-6-8_1276907_3234.html
7.http://www.lemonde.fr/economie/article/2009/12/07/quel-modele-de-croissance-la-mutation-industrielle-7-8_1276911_3234.html
8.http://www.lemonde.fr/economie/article/2009/12/07/quel-modele-de-croissance-la-coordination-internationale-8-8_1276913_3234.html

Mais au-delà de ces articles très intéressants, il demeure la question de savoir si le système économique capitaliste tel que nous le connaissons en Occident, et qui s'étend au reste du monde, sous des formes néanmoins déviantes, peut se réformer de lui-même pour faire face à une crise comme celle du changement climatique ? Ou, dit sous une autre forme, les consommateurs tels que nous autres, occidentaux, serons-nous capables de changer notre manière de vivre, de consommer et de nous déplacer, pour diminuer notre empreinte carbone et énergétique pour rendre 'soutenable' notre mode de vie ?

D'une certaine façon, les articles du Monde cités ne disent pas autre chose. En dernier ressort, le mode de production capitaliste désormais mondialisé répond à une demande de consommation globalisée et solvabilisée, émanant de la masse des consommateurs. Si les franchises Mac Donalds et Quick existent dans le monde entier, et qu'ils servent la nourriture qu'on y trouve, avec autant d'emballages, c'est qu'ils correspondent à une demande, que ce soit en terme de rapidité de service, de prix abordable, ou de type de produits servis, vecteurs de l'image d'une Amérique ou d'un Occident idéalisés ... Si l'ensemble des consommateurs privilégiaient tous ensemble les produits les moins polluants, les usines ne produiraient plus que ce genre de biens.

Evidemment, une telle évolution généralisée des styles de consommation n'est pas envisageable. Les prix seuls importent pour de très nombreux consommateurs, pauvres ou moins pauvres, dans le monde, en Occident ou au-delà. Et ce n'est pas par plaisir souvent que des consommateurs achètent les produits les moins chers et les moins bons pour leur santé, bourrés de graisse ou de sucre ... mais par nécessité bien souvent ... S'interroger sur la nocivité ou l'empreinte carbonée des biens qu'on achète est bien souvent une préoccupation de riches. Même si cela ne les empêchera pas ensuite d'acheter une Porsche ou une Ferrari en raison de l'image qui lui est associée, plutôt qu'une Toyota Prius ou une petite Peugeot.

C'est pour cette raison que l'un des espoirs repose sur l'évolution des standards de production au niveau du mode même de production capitaliste, de la même manière qu'on lui impose de respecter des normes de standard de sécurité en faveur des consommateurs au sein des pays occidentaux, tout particulièrement dans l'Union européenne. A défaut de changer les comportements de consommation, il suffirait de changer les comportements de production et de rediriger par le biais de taxes les habitudes de consommation dispendieuses ou incorrectes vers des produits plus économes en matière d'empreinte carbonée, de façon à ne laisser la consommation des biens les plus polluants ou émetteurs de carbone aux seuls riches, qu'une taxation plus élevée n'arrêtera pas.

Au fond, le principe de la taxation est injuste. Réserver des biens aux plus riches n'est pas dangereux pour la planète, puisque le faible nombre relatif des riches les rend soutenables pour la planète. Ce n'est pas eux le problème, mais les milliards de pauvres dans le monde entier, dont il faut limiter l'empreinte carbonée de la consommation ... Principe particulièrement injuste, mais totalement logique !

Sur le fond de cette interrogation, il demeure la question initiale. Changer le système capitaliste de production est-il possible ? Aux réponses historiques présentées par Le Monde, j'oppose mon scepticisme. Les changements de mode de production que les journalistes décrivent se sont souvent produits sur de longues périodes ; les seules évolutions rapides sont intervenues après des crises graves, des remises en cause profondes des schémas de production (je pense à la crise des années 1929 et à la deuxième guerre mondiale qui a suivi). La crise des subprimes que nous avons connue ces deux dernières années ne constitue en aucun cas une crise suffisante. Mais je demeure persuadé que seule une très grave crise économique et financière mondiale, mettant à genoux les principaux états de la planète, probablement en matière d'endettement public, sera capable de causer un électro-choc suffisant pour conduire à une réforme globale du mode de production capitaliste et réorienter l'économie mondiale sur une autre trajectoire économique.

A défaut d'un tel électro-choc, notre système de production mondialisé ne se réformera que lentement, sans pouvoir faire échec aux principaux effets du changement climatique, à moins d'une volonté de changement politique de l'ensemble des principaux dirigeants des pays de la planète, guère probable à ce jour ...


Réflexion dix-huit (8 décembre 2009)
Pouvoir économique et pouvoir normatif


Je voudrais parler d'un article très intéressant paru dans la revue Problèmes économiques et dans les essais de Telos, rédigé par Zaki Laïdi, intitulé : «Les formes inattendues de la puissance européenne». Ce texte était une réaction à un violent réquisitoire contre l’Europe publié dans le Wall Street Journal du 25 octobre dernier, intitulé «Regulatory Imperialism». Zaki Laïdi met en avant dans ce texte la prétention de l’Union Européenne à vouloir imposer ses normes au reste du monde en tirant avantage de la force de son marché intérieur riche, attractif, et organisé, c'est-à-dire être un empire normatif. Sont notamment évoqués dans cet article l’affaire Microsoft, l’interdiction des importations de poulets rincés à la chlorine, la législation Reach sur les produits chimiques ainsi que le projet de mettre à contribution les compagnies aériennes dans la lutte contre le changement climatique.
http://www.telos-eu.com/fr/article/les_formes_inattendues_de_la_puissance_europeenn

L'Europe ne serait pas ainsi cette Europe faiblesse, peinte dans toutes les analyses que l'on trouve sur la toile, ouverte à toutes les importations, ouvertes à tous les courants migratoires, en un mot incapable de contrôler ses frontières, ses ouvriers et ses consommateurs, mais une Europe puissance, crainte par ses adversaires, copiée par tous ceux qui veulent pénétrer ses marchés, produisant les normes pour l'ensemble de la planète et régentant ainsi l'organisation des marchés mondiaux.

Selon Zaki Laïdi, cette préférence pour la norme s'expliquerait par l'essence même du projet européen. Le seul moyen de lier durablement des pays qui entendent rester souverains est en effet de les faire adhérer à une norme commune d'autant plus contraignante qu'elle aura été négociée. Mais «il n'y a pas de norme possible sans équité, sauf à croire que la norme n'est en définitive qu'un instrument de puissance entre les mains de ceux qui n'ont pas la force pour l'exercer».

Ces normes européennes qui réglementent de plus en plus toutes les activités humaines et économiques en Europe, et qui sont parfois contestées par des mouvements politiques extrêmistes ou nationalistes, parce qu'émanant d'une commission européenne et d'un parlement européen considérée comme isolés de la réalité, seraient en fait les racines mêmes de la puissance européenne vis-à-vis du reste du monde, parce que ces normes s'appliqueraient aussi à toutes les productions qui voudraient pénétrer le marché unique européen.

Avant même de disposer de la puissance militaire nécessaire pour son hégémonie, l'Europe serait déjà une puissance normative qui imposerait ses lois et ses normes au reste de la planète, en matière de droits de l'homme, en matière d'environnement et de lutte contre le réchauffement climatique, en matière de droits sociaux, en matière de protection du consommateur ...

(Lire aussi l'article paru dans Les Echos)
http://www.lesechos.fr/info/analyses/4678873-union-europeenne-la-puissance-par-la-norme.htm


Réflexion dix-sept (11 septembre 2009)
La responsabilité des élites économiques et politiques dans la crise financière actuelle ?


Nous sommes le 11 septembre 2009. Il y a deux ans explosait une des pires crises financières que l'économie occidentale (et même mondiale) n'a jamais connu (après la grande dépression des années 1929-1939 et celle des années 1875-1895). Le monde semblait vaciller. Il y a huit ans s'effondraient les tours jumelles du World Trade Center, et les Etats-Unis découvraient qu'ils pouvaient être touchés par des attaques terroristes sur leur propre sol qu'il croyait inviolable.

Les experts économiques sont mis en cause à la fois pour ne pas avoir su prédire cette crise financière, et pour ne toujours pas pouvoir la comprendre (et non pas simplement l'expliquer ... ce que les économistes savent par contre très bien faire), de la même manière que les services de renseignement américains furent mis en cause pour ne pas avoir découvert l'attaque terroriste contre les tours jumelles à l'aide d'avions détournés.

Mais plus largement, il y a désormais une remise en cause du rôle des élites économiques, financières et politiques, notamment à travers les grandes écoles françaises qui les produisent (ENA, HEC, Ecoles de commerce ...). L'opinion publique, les médias et les hommes politiques les plus démagogues (comme Nicolas Sarkozy) les accusent à la fois d'être à l'origine de la prise de risque ayant conduit à l'explosion de cette crise du fait de leur rapacité financière et de leur course effrénée après l'argent (ils sont vraisemblablement les seuls dans ce cas), de ne pas être capable de se remettre en cause dans leur fonctionnement et dans leurs ambitions, et de cette incapacité à comprendre, prévoir et expliquer la réalité économique.

Le thème de la faillite des élites est un leitmotiv dans l'histoire humaine et peut-être même française. Il suffit de se rappeler le livre «La Trahison des clercs», de Julien Benda, paru en 1927 et réédité en 1946, où l'auteur accusait les intellectuels de l'époque d'être responsables de la montée des nationalismes et de l'ordre totalitaire. Spécificité française, la faillite des élites trouve un terreau extrêmement favorable dans la montée des colères populaires alimentée par les discours des uns ou les appels à la révolte des autres.

Les élites économiques et politiques se contenteraient de faire le dos rond pendant cette crise, malgré les centaines de milliers de nouveaux chômeurs venant grossir les rangs des exclus de la société, et ne se remettraient pas en cause, attendant simplement que la crise passe et que tout redevienne comme avant. Les jeunes étudiants de ces écoles prestigieuses ne remettraient aucunement en cause leurs certitudes et leurs attentes professionnelles, ne visant que la perpétuation du rôle dévolu à leurs prédécesseurs.

Ce comportement est-il anormal lorsque l'on se trouve dans un emploi relativement protégé, suffisamment riche pour avoir à peine à restreindre légèrement son train de vie ou repousser de quelques mois quelques investissements familiaux ? Est-il anormal lorsque l'on a payé plusieurs dizaines de milliers d'euros pour intégrer une formation d'excellence sensée se rentabiliser en quelques années d'activité professionnelle ? Est-il anormal lorsque les probabilités militent pour une crise relativement courte, sensée durer quelques semestres, entre deux et trois ans, comme les très nombreuses autres crises économiques que le monde a connu ? Et est-il enfin anormal de ne pas être capable d'expliquer et comprendre un mystère économique, intimement lié à l'économie de marché, sur la succession régulière et immuable de cycles de croissance suivis de cycles de récession économique, que des centaines d'économistes avant nous de même ont été également incapables de comprendre et d'empêcher.

Suis-je en train de dire que les élites n'ont aucune responsabilité dans la crise que nous avons connue et dans les prises de risques invraisemblables qui ont conduit l'ensemble de nos économies au bord du gouffre ?

En fait, je pense effectivement qu'il y a une responsabilité de quelques personnes à l'origine de l'adoption de règles de plus en plus libérales, de plus en plus favorables au libre fonctionnement du marché. Quelques économistes libéraux théoriciens du monétarisme ou de l'économie de l'offre, et quelques hommes politiques qui ont appliqué ces recettes libérales depuis trente ou quarante ans, supprimant règles et protections (Reagan, Thatcher, mais également Chirac ou Sarkozy ...) ... Mais pour le reste, je crois surtout en une responsabilité collective des citoyens occidentaux, collectivement intéressés à gagner le plus d'argent possible (du trader qui pour quelques millions d'euros de bonus ou pour être reconnu comme le meilleur, prendra des risques insensés sur des produits auxquels il ne connaît rien ... de ses dirigeants qui n'y connaissent rien mais veulent gagner le plus d'argent possible ou devenir les plus puissants pour ne pas être victimes d'un raid boursier ... jusqu'à l'ouvrier mal payé qui n'hésitera pas à accumuler les heures supplémentaires pour gagner plus, malgré les conséquences globales sur l'emploi de la généralisation de ce comportement ... ou ceux qui travaillent de manière non déclarée ou trichent en matière de droits à des prestations sociales, quelque soit les conséquences globales sur les finances publiques ou les recettes de l'état dès lors que ces comportements sont agrégés ...) ou à dépenser le moins cher possible, même lorsque cela conduit à privilégier depuis quarante ans les productions hier textiles aujourd'hui industrielles ou en matière de services dans les pays à faible coût de main d'oeuvre et à droits sociaux néants ... quelqu'en soit les conséquences en matière d'emploi en France et de production industrielle ... en favorisant par exemple le développement des grandes surfaces alimentaires à prix discount achetant massivement des produits chinois et imposant des conditions de travail désastreuses et des salaires les plus bas possibles à leurs propres salariés ... 

Pour moi, cette crise est avant tout une faillite collective liée à un mode de vie, s'il faut mettre la faute sur certaines personnes. Ou alors il s'agit simplement des conséquences inéluctables d'un modèle de fonctionnement économique et politique dont notre civilisation occidentale et plus largement humaine se satisfait largement depuis plusieurs siècles et au sein duquel chacun ne rêve que de progresser socialement et de s'enrichir ; malgré le fait que les perdants à ce jeu y soient des milliards pour quelques millions de favorisés ...


Réflexion seize (4 septembre 2009)
Un monde en rupture ...


Un grand nombre d'articles de revue ou de journal donne des visions intéressantes du monde de l'économie. Cet article récent du Monde en fait partie, tentant d'apporter une réponse aux interrogations qui se posent actuellement à ce sujet, nées notamment de la crise financière qui se calme peut-être peu à peu, pendant que le sentiment de confiance des marchés se généralise peu à peu ...
http://www.lemonde.fr/opinions/article/2009/08/31/une-crise-qui-ne-regle-pas-les-problemes-qui-l-ont-generee-par-daniel-cohen_1233732_3232.html

Ce qui conduit d'ailleurs un certain nombre d'intervenants à pronostiquer le déclenchement d'une nouvelle vague baissière sur les bourses mondiales dans les prochains jours ou prochaines semaines (cf. le site de Loic Abadie) ... S'agit-il des inévitables Cassandre que l'on retrouve à toute époque, prophètes du pire ? L'OCDE ne partage pas cette opinion en pronostiquant hier la sortie de la récession pour les économies du G7 dès le troisième trimestre 2009 ...
http://www.boursorama.com/infos/actualites/detail_actu_marches.phtml?num=f8771a6b5ad50d1e8f652312f2983a3a

Cette crise aura quand même eu un effet improbable. Amener l'OCDE (organisation de coopération et de développement économiques) à chanter les louanges de l'interventionnisme étatique, des dépenses publiques voire des stabilisateurs sociaux à la française ... alors qu'il y a quelques années, tout interventionnisme de l'état était considéré comme un biais intolérable au juste fonctionnement des marchés.

« (...) La faiblesse très importante de l'activité et la perspective d'une reprise fragile plaident pour le maintien de fortes politiques de stimulation à moyen terme (...). Si elle devaient être retirées du jour au lendemain, il n'est pas certain que l'économie (mondiale) serait suffisamment solide pour y résister ... (Jorgen Elmeskov) (...). Des stratégies de retrait progressif des mesures de soutien budgétaire et monétaire doivent être élaborées dans la perspective d'un affermissement de la reprise mais le moment n'est pas venu de les mettre en oeuvre (...) »

Evidemment, une fois que la crise sera véritablement passée, que l'économie mondiale sera considérée comme suffisamment solide pour résister à la disparition des fortes politiques de stimulation publiques, l'OCDE de même que l'ensemble des autres organisations supranationales militeront de nouveau pour le tout-marché et le retrait de l'état, avec des arguments encore plus forts pour prôner la résorption des déséquilibres budgétaires publics, afin de permettre éventuellement dans le futur dans de meilleures conditions financières un nouvel interventionnisme massif des états pour stabiliser le système financier et monétaire mondial.

Dans l'article du Monde cité en ce début de post, Daniel Cohen souligne une forte rupture dans le système économique mondial, rupture avec laquelle je suis parfaitement d'accord. La crise financière d'aujourd'hui est en effet l'aboutissement d'une révolution économique et financière, qui a mis au pouvoir dans les entreprises le capital financier et les technocrates. Mais cette révolution ne date pas des années 1980-1985 et des réformes financières libérales. Cette révolution est extrêmement ancienne et date déjà du dix-neuvième siècle. La crise de 1929 lui était aussi déjà imputable ... le temps des bourses et des dérives du capitalisme financier, des finances et de l'argent à gogo ...

En même temps, il y a bien eu une rupture libérale entre l'organisation économique des trente glorieuses, avec un système de régulation reposant sur des syndicats puissants représentant les travailleurs, que ce soit en France, aux Etats-Unis ou au Royaume-Uni (ou en Allemagne), sur un état fort appliquant des politiques publiques keynésiennes industriels ou de soutien de l'activité (les grands programmes industriels français ou états-uniens en matière nucléaire ou spatiale ...), et une politique fiscale confiscatoire sur les très hauts revenus, gage de justice sociale, et enfin sur un patronat contrôlé mais paternaliste.

Les années 1980 virent le retour des années fric, le démantellement de l'état interventionniste, le démantellement d'une politique fiscale confiscatoire qui trouve son achèvement dans la mise en oeuvre du bouclier fiscal sarkozien, l'anéantissement programmé des organisations syndicales et de leur capacité à influer sur le débat économique, et enfin la toute-puissance octroyée au monde de la finance et du patronat, comme unique modèle et avenir de l'humanité. Seule l'Allemagne conserve encore des syndicats puissants ; la co-gestion à l'allemande n'ayant pas pu encore être démantelée par les adeptes du tout-marché.

Et ces crises financières successives enregistrées depuis la fin des années 1980, que je crois être des crises du dix-neuvième siècle oubliées à la fin du vingtième siècle et au début du vingt-et-unième siècle, sont les signes d'une auto-régulation impossible d'un tel système capitaliste débridé et incontrôlable ... Le capitalisme est en effet incapable de s'auto-réguler par lui-même. La crise financière et monétaire actuelle aura même prouver qu'il lui est impossible de survivre sans l'intervention massive des états, seuls à même de sauvegarder l'architecture financière d'ensemble du système lui-même, et notamment les mastodontes financiers qui en constituent l'ossature.

Pourquoi cette rupture libérale des années 1980 ? Et comment revenir à la situation antérieure ?


Réflexion quinze (29 mars 2009)
Le débat sur la rémunération des patrons dans les entreprises et ses implications en matière de législation et d'imposition des revenus ...


Il y eut l'histoire des 165 millions de dollars de primes versées au sein du groupe AIG, société américaine sauvée de la faillite quelques mois plus tôt par l'état américain (qui lui a apporté 180 milliards de dollars de fonds publics). L'affaire fit grand bruit aux Etats-Unis et en Europe.

Avant cela, il y avait eu des histoires de réceptions fastueuses ou de vacances payées dans des palaces somptueux à leur encadrement par des groupes financiers secourus par les pouvoirs publics américains. Plus proche de nous, il y eut d'abord l'affaire des 320.000 stock-options pour les quatre hauts dirigeants de la Société Générale (dont 70.000 pour Daniel Bouton) ... puis le parachute doré de 3,2 millions d'euros du patron de Valéo ... les 150.000 stock-options au directeur de la Société Générale (Frédéric Oudéa) ... les 1.130.000 stock-options des dirigeants de GDF-Suez (décision du conseil d'administration du groupe gazier du 12 novembre 2008, qui avait accordé 830.000 stock-options au PDG du groupe, Gérard Mestrallet, et 300.000 à son vice-président, Jean-François Cirelli) alors que l'Etat est actionnaire de GDF Suez à hauteur de 37,5% ... les 51 millions d'euros de primes versées aux cadres de CA Chevreux, filliale du Crédit Agricole, tout en licenciant 75 personnes ...

Les Etats-Unis sont à la pointe de ce débat sur la moralisation de l'économie. Le président américain Barak Obama s'est à plusieurs reprises élevé contre ces pratiques 'honteuses' de rémunération des financiers de Wall-Street, alors qu'ils avaient entraîné l'économie américaine dans la tourmente et dans la crise. La Chambre des représentants a adopté, jeudi 19 mars, une proposition de loi instaurant une surtaxe de 90% sur les primes versées aux cadres les mieux payés de sociétés ayant reçu des aides directes de l'Etat.

Fin janvier 2009, une sénatrice démocrate du Missouri, proche de Barack Obama, Claire McCaskill, avait annoncé qu'elle allait déposer une proposition de loi pour plafonner les revenus des cadres des sociétés qui reçoivent une aide du gouvernement en raison de la crise économique, à 400 000 dollars par an (le salaire du président des Etats-Unis), tant que leur société reçoit de l'argent public.
http://www.lemonde.fr/archives/article_interactif/2009/03/20/les-mesures-prises-pour-limiter-les-salaires-des-patrons_1170450_0.html

En Allemagne également, un débat sur la rémunération des patrons des grands groupes a également eu lieu, qui a conduit les partis rivaux (chrétiens-démocrates et sociaux-démocrates) au sein de la coalition gouvernementale en Allemagne, à signer un accord a minima pour réguler les émoluments des grands patrons. Cet accord n'a pas réussi à faire plafonner les salaires des grands patrons à un million d'euros par an, mais ceux-ci seront désormais contraints de conserver leurs stock-options au minimum quatre ans au lieu de deux.
http://www.lemonde.fr/la-crise-financiere/article_interactif/2009/03/20/les-mesures-prises-pour-limiter-les-salaires-des-patrons_1170450_1101386_1.html


En Irlande, les banques qui bénéficient d'une aide publique ont été invitées par le ministère irlandais des finances à limiter la rémunération annuelle de leurs salariés à 500 000 euros (les dépassements ne devaient être autorisés que dans des circonstances très exceptionnelles et avec son accord, selon un communiqué). Des limites inférieures à 500 000 euros ont été fixées pour certains établissements, conformément aux recommandations d'une commission ad hoc. Le gouvernement a toutefois jugé ces recommandations trop conciliantes au regard de l'ampleur de la crise financière et des limites en vigueur aux Etats-Unis ou en Allemagne.
http://www.lemonde.fr/la-crise-financiere/article_interactif/2009/03/20/les-mesures-prises-pour-limiter-les-salaires-des-patrons_1170450_1101386_2.html

En France, la présidence de la république et le gouvernement ont longtemps limité leurs interventions sur ce sujet à des prises de position publiques fustigeant les dirigeants d'entreprise s'accordant des bonus et des primes alors que leur entreprise licenciait ou était en déficit. Le gouvernement a ainsi longtemps attendu que le MEDEF mette en place une charte éthique encadrant les rémunérations des patrons. Sa présidente, Mme Parisot, s'est ainsi régulièrement élevée contre les pratiques de ses collègues grands patrons lorsqu'ils s'octroyaient de telles primes. Le gouvernement français s'est résigné lundi 30 mars 2009 a présenté un décret (publié mardi 31 mars 2009) encadrant la rémunération des chefs d'entreprises aidées par l'Etat (banques et constructeurs automobiles).
http://www.lemonde.fr/la-crise-financiere/article/2009/03/30/les-remunerations-des-patrons-encadrees-a-minima_1174267_1101386.html

En Grande-Bretagne, il n'y a pour l'instant aucune obligation légale en matière de rémunérations et de bonus versés.
http://www.lemonde.fr/la-crise-financiere/article_interactif/2009/03/20/les-mesures-prises-pour-limiter-les-salaires-des-patrons_1170450_1101386_6.html


Pour mémoire, l'Union Européenne estime que le fait de limiter les salaires des dirigeants de banques qui reçoivent une aide publique est une mesure utile. Cette mesure est toutefois favorisée par la Commission européenne uniquement parce qu'elle favorisera un remboursement rapide des aides publiques reçues par les entreprises.
http://www.lemonde.fr/la-crise-financiere/article_interactif/2009/03/20/les-mesures-prises-pour-limiter-les-salaires-des-patrons_1170450_1101386_4.html

La décision française de régler par décret la question des primes des patrons des entreprises aidées par l'état, ne satisfait pas de nombreux patrons, et tout particulièrement Ernest-Antoine Seillière, ancien président du MEDEF, et président du conseil de surveillance de Wendel, en commentant les récentes polémiques qui ont entouré l'attribution de bonus à certains dirigeants de grandes entreprises françaises. "Je me méfie des donneurs de leçons qui ont largement profité du système", a-t-il déclaré au Journal du Dimanche. "Nous passons d'un monde où triomphait la liberté à un monde où domine l'égalité", observe M. Seillière qui ajoute que "le capitalisme va muter", mais que "rien ne mute mieux que le capitalisme".
http://www.lemonde.fr/economie/article/2009/03/29/remuneratons-des-patrons-selliere-se-mefie-des-donneurs-de-lecons_1173980_3234.html

Et pourtant, grâce aux interventions de l'UMP, ces mesures contraignantes exceptionnelles ne s'appliqueront pas au-delà de 2010, soit une durée extrêmement limitée. Ce n'est pas seulement une occasion ratée de réformer les salaires des plus riches dans notre société. C'est fondamentalement injuste. Un refus de la part de ce gouvernement de s'attaquer aux racines de la crise et de l'irresponsabilité des dirigeants et des marchés financiers. Un refus de légiférer sur le sujet et de relever notamment les charges et les impôts auxquels ces rétributions devraient être assujetties pour perdre de leur intérêt. Mais les principaux conseillers de Nicolas Sarkozy sont notamment les principaux concernés, que ce soit les patrons de BNP Paribas, ou François Pérol, futur dirigeant de l'établissement né de la fusion des Banques Populaires et des Caisses d'épargne ...
http://www.lemonde.fr/la-crise-financiere/article/2009/03/30/l-ump-veut-limiter-la-duree-de-la-portee-de-la-mesure-sur-les-stock-options_1174130_1101386.html

Enfin, lire cet article du Monde sur les fondements moraux de ce débat ...
http://www.lemonde.fr/economie/article/2009/03/28/kant-et-les-parachutes-dores_1173803_3234.html


Réflexion quatorze (4 janvier 2009)
Retour sur le devenir de nos économies occidentales et du capitalisme en général ...


Depuis mon post précédent, la jeunesse grecque s'est révoltée contre 'son' gouvernement et la police grecque, suite à l'assassinat d'un jeune par un policier. Et l'on a découvert que la jeunesse grecque était une des grandes perdantes du 'miracle' économique grec. Celle-ci semble habitée d'une rage infinie à l'égard de la corruption de ses élites politiques et de son administration en règle générale ... Cette explosion sociale correspond-elle aux explosions des banlieues françaises régulièrement observées chez nous ? En tout cas, le danger a semblé suffisamment important au gouvernement Fillon-Sarkozy pour que celui-ci repousse sine die la réforme des lycées du ministre Darcos ... Apparemment, le risque d'un embrasement général de la jeunesse européenne, comme en 1968, est considérée comme suffisamment crédible pour que le gouvernement français recule. Nicolas Sarkozy semble ne pas vouloir voir son quinquénat être marqué par un épisode comme mai 1968.

Cette éventualité est-elle envisageable ? En Grêce, la jeunesse se trouve dans une situation réellement terrible (autant que l'on peut l'évaluer à distance à travers la presse), sans perspective financière ni de carrière, dans une société verrouillée. Evidemment, la Grêce, c'est aussi un très beau pays où nombre de retraités aisés anglais ou français viennent couler une retraite heureuse au soleil, pas très loin de la France, sans quitter l'Europe. La situation des étudiants et des lycéens français peut paraître moins désespérée et moins difficile, avec un système universitaire français différent, et avec des perspectives de carrière relativement favorable, jusqu'à la survenue de cette crise financière.

Mais, au-delà, nos pays européens occidentaux restent frappés des mêmes maux. Une toute petite élite financière, administrative et politique, demeurent les principaux bénéficiaires de notre modèle de société. Le reste de nos citoyens passeront leur vie à tenter de survivre, de boucler des fins de mois difficiles, de rembourser leur crédit immobilier ou la traite de leur voiture, d'échapper à la misère. 90 à 95% des habitants de nos pays européens vivent une petite vie relativement misérable, fragile, qui peut basculer relativement facilement à tout moment dans la précarité, comme de nombreux ménages américains, touchés par la folie des crédits subprimes, l'ont découvert récemment.

Voilà le futur qui attend l'immense majorité de nos jeunes lycéens et étudiants français et plus largement européens ... Une société dont une élite a confisqué les possibilités d'enrichissement et de réussite sociale ... Elite que seuls les fils et filles de puissants pourront rejoindre, tels par exemple les enfants de Nicolas Sarkozy ou ceux de François Pinault ou Bernard Arnaut ...

Voilà ce que le capitalisme européen a créé : un monde sans espoir d'amélioration, où la richesse et le pouvoir sont confisqués par les puissants pour permettre l'auto-entretien de cette société capitaliste. La jeunesse grecque s'est révoltée, mais elle rentrera vraisemblablement dans les rangs. La violence se calmera ; il faut bien manger. Jusqu'à la prochaine explosion.

En quittant le monde de l'économie, on peut se rendre compte que nous ne vivons plus que dans une démocratie formelle (ou virtuelle), où les apparences démocratiques demeurent respectées (élections libres) mais où les choix politiques sont contrôlés et vérouillés ... Une forme de régimes fascistes où les puissants ont confisqué le pouvoir de représentation politique et de prise de décisions ... Voilà le monde tel qu'il existe réellement, en dehors des faux-semblants, des apparences ... Une preuve ? N'est-il pas bizarre qu'aucun média n'évoque la probabilité après tout non nulle que le géniteur de l'enfant de Rachida Dati ne soit autre que Nicolas Sarkozy ? Pour quelle raison cet étrange silence ? Quelle peur peut donc l'expliquer ? Sommes-nous déjà en dictature ?


Réflexion treize (8 novembre 2008)
Quelques hypothèses sur le devenir de nos économies occidentales et du capitalisme en général ... (suite)


« (...) Aujourd'hui, c'est 1% seulement de la population qui profite matériellement du système. Je pars en guerre contre la caricature de bobos soit-disant privilégiés. Ils incarnent en réalité l'appauvrissement des jeunes éduqués des classes moyennes, effectivement repoussés vers les anciens quartiers populaires. Si le pouvoir et la richesse n'ont plus de rapport avec le niveau d'éducation, alors la lutte des classes redevient possible. Les classes moyennes choisiront de contester la classe supérieure qui les maltraite plutôt que de se retourner contre les prolétaires ou les immigrés de la dernière heure. J'attends comme une libération la montée de la colère politique de ces jeunes éduqués. Mais rien n'est joué ! (...) » (Emmanuel Todt).

Cette phrase m'a fait entrevoir la possibilité d'une autre évolution de la société française, et plus largement des sociétés capitalistes. L'idée d'une révolution nous paraît évidemment, à cette aube du vingt-et-unième siècle, une éventualité pratiquement impossible, vraisemblablement en raison de notre âge, de l'éloignement de nos jeunes années, de l'éloignement de cette période où l'injustice du monde et de notre société nous paraissait incompréhensible et inacceptable. En raison de l'intégration des règles de notre société, de l'acceptation des contrôles et de la légitimité de ceux qui nous dirigent ... Lorsque j'avais 20 ans, j'ai aussi rêvé de voir cette société française et ses dirigeants disparaître dans une révolution victorieuse, pour être remplacée par une démocratie véritable et égalitaire.

Toutes les générations n'ont pas la chance de vivre à l'époque de tels évènements. 1789, 1848, 1968 ... rares sont les époques ayant assisté à de telles explosions sociales. Nous avons en effet beau vivre en démocratie, nos dirigeants et les organes de répression que représentent la police, la gendarmerie et les renseignements généraux ne laissent pas de telles véléités se développer sans entraves ...

Mais le monde tel que nous le vivons aujourd'hui, tel qu'il doit apparaître à ceux qui le découvrent au sortir de l'adolescence, à l'entrée dans la vie adulte, est un monde foncièrement inégal ... Une infime proportion de la population française profite effectivement de ce système : très riches et fils ou filles de très riches, plus quelques footballeurs, tennismen, et autres stars ... L'immense majorité de la population française a pour seul futur l'impossibilité d'assurer une vie meilleure à leurs enfants ... l'impossibilité de transmettre un héritage à leurs descendants ... une vie qui pour beaucoup peut basculer très facilement dans la misère, du fait d'une catastrophe, du chômage ou d'une crise, entre autres causes ... Il est vrai que les diplômes protègent de moins en moins leurs détenteurs ... Désormais, seules quelques écoles délivrent encore un sésame recherché pour un futur radieux dans le monde du travail ou de la finance ... et les règles changent ... Il n'est pas sûr que la réussite scolaire soit encore la clé d'accès à ces écoles prestigieuses, comme autrefois, et non pas l'argent ou les réseaux de connaissance des parents ... Tandis que les universités françaises préparent désormais de jeunes étudiants sans perspective de carrière ... universités, lycées et écoles dont on vide peu à peu les enseignements de contenus, à coup de réformes successives ...

La population française, qui assiste désormais en exclue à la fête bling-bling de ses dirigeants politiques, économiques et sociaux, va-t-elle se résigner à jamais à son exclusion de ce spectacle qui se déroule devant elle, avec son argent, ses impôts, sa consommation, mais réservé à une petite minorité de privilégiés ... spectacle retransmis à satiété par les télévisions et les journaux de ces mêmes dirigeants fortunés ... pour la faire rêver ou pour l'occuper ...

La population française peut-elle continuer indéfiniment à accepter de vivre dans cette société à deux vitesses, cette France du haut pour quelques privilégiés, dont nos dirigeants politiques au pouvoir ... et cette France du bas qui regroupe l'immense majorité des français, de ceux qui vivent avec le Smic ou les minimums sociaux, jusqu'à ceux qui même convenablement rémunérés, ne pourront jamais s'arracher à une vie relativement difficile ... Une société qui ne fait plus rêver ces jeunes est une société perdue. Une société qui n'offre plus d'espoir à ces jeunes est une société moribonde.

La politique bling-bling de Nicolas Sarkozy sera-t-elle l'élément déclencheur d'une précarisation croissante des élites déchues de notre société et de leur colère ?

Quel pourra être notre avenir ? Une crise économique durable qui sera acceptée par l'immense majorité de notre population, qui subira avec résignation la misère et la faim ? Une sortie de crise rapide est un nouveau souffle pour notre économie pourtant fragilisée ? Une révolte de l'immense majorité des sans-grades et des exclus de notre société, portée par une jeunesse se voyant offrir de moins en moins d'espoir ?

Pour l'instant, le corps social de notre société se déchire encore lui-même, entre classes sociales ou contre les immigrés, les étrangers, les sans-papiers ou les assistés ... Et il rêve et fantasme sur les émissions télévisuelles ou sur les jeux de hasard (loto, PMU, jeux sur internet ...), dans l'espoir d'une autre vie ou d'un futur plus radieux ... Mais un jour, peut-être se réveillera-t-il et fera-t-il tomber ses chaînes et ses maîtres !


Réflexion douze (3 novembre 2008)
Quelques hypothèses sur le devenir de nos économies occidentales et du capitalisme en général ...


Ce qui suit ne constitue qu'une hypothèse de devenir, une réflexion sur un devenir hypothétique de notre société occidentale et du capitalisme, parmi de nombreuses autres possibilités. Je ne veux en aucun cas me prononcer sur la probabilité de son occurrence. Ces hypothèses sont nées de la lecture du Nouvel Obs ...

« (...) Ou bien le nouveau Bretton Woods s'inscrit dans la lignée du précédent, qui tendait à stabiliser le monde du point de vue économique, monétaire et financier pour favoriser la prospérité, l'emploi et le progrès matériel, intellectuel et moral des populations. Ou bien il procède d'une tentative de soumettre, plus encore que ce n'était le cas au moment où la crise a surgi, les entreprises et les populations aux exigences maintenues des opérateurs financiers préalablement sauvés par les Etats (...) » (Jean Luc Gréau).

En effet, cette crise financière et économique qui secoue actuellement le monde est peut-être très loin d'être terminée, mais les actions publiques occidentales massives de ces derniers mois semblent ouvrir plusieurs alternatives, qui peuvent permettre tous les espoirs, ou tous les désespoirs.

C'est un peu comme si les élites politiques et économiques du monde occidental s'étaient aperçues des dangers du libéralisme à tout crin et du capitalisme dérégulé, pour souhaiter plus de régulations et plus d'interventionnisme étatique. Mais les conservateurs un peu partout (et surtout aux Etats-Unis) se refusent à accepter toute intervention qui s'apparenterait de près et de loin à du socialisme ... Et ces interventions publiques massives pour sauver les systèmes bancaires occidentaux ne diffèrent pas pour l'instant d'une 'collectivisation des pertes', corrolaire de la 'privatisation des profits' qui a régné jusqu'à présent. Après tout, les gouvernements qui ont décidé ces interventions de sauvetage sont des gouvernements libéraux, adeptes jusqu'à peu du libéralisme, et il paraît peu vraisemblable que cette crise leur ait ouvert les yeux sur leurs camarades et les dangers de la course au profit.

Nous sommes effectivement à un croisement de l'histoire. Soit ces interventions publiques et ce souci de plus de régulations ne visent qu'à protéger un système financier en difficulté pour quelques années, avant de laisser le capitalisme et le libéralisme échevelés rediriger le monde selon les souhaits de quelques puissants, pour leur unique profit ... Et cette solution me semble hautement envisageable ...

Soit quelques personnes vont véritablement tenter de lancer une réforme des relations financières internationales et du système monétaire international, comme à Bretton Woods à la fin de la Seconde Guerre Mondiale. Refonder le capitalisme et le système monétaire international ... Sortir des mouvements erratiques des monnaies entre elles ... Sortir de la souvalorisation du yuan chinois (ou remimbi) et du yen japonais ... Sortir de la course au profit des grandes banques internationales ...

La solution de la nationalisation des grandes banques internationales en tant que responsable du bien public monnaie semble impossible, alors que l'on observe un mouvement international de fond visant à confier au secteur privé la gestion des biens publics, que l'on observe une préférence même en France pour la privatisation selon le principe que le recours au marché est la seule solution (la privatisation de La Poste ou de Areva), et enfin en raison des déboires récents de certaines banques publiques (tel le Crédit Lyonnais) mais en oubliant les réussites des mouvements de nationalisation française des banques en 1945 et en 1981, qui ont permis la constitution de groupes bancaires puissants grâce à des regroupements orchestrés par l'état français.

Un nouvel ordre monétaire international ? Le monde en a cependant infiniment besoin, que ce soit pour régler les problèmes monétaires et les problèmes de développement des pays du Sud ... Mais il faudra une immense volonté politique pour que cela aboutisse. Et il manque un nouveau paradigme économique et financier, comme en 1944 avec John Maynard Keynes ou ses adversaires ...


Réflexion onze (22 octobre 2008)
Les scandales du capitalisme en Chine ?... Ou le scandale du capitalisme occidental tout court ?... Le résultat d'une course effrénée vers le profit ...


La Chine, atelier du monde ... Un certain nombre de scandales touchant la qualité et les ingrédients utilisés dans les produits chinois éclatent ces dernières années ... Jouets dangereux, peintures toxiques utilisées (principalement dans des jouets), produits électriques défectueux du fait de non-conformité ... Scandale de la mélamine, d'abord utilisée et découverte en 2006 dans les farines alimentaires chinoises, puis en 2008 dans les laits en poudre pour les enfants (que l'on retrouve aussi dans les confiseries chinoises) ... Scandale du diéthylène glycol, que l'on retrouve désormais notamment dans des dentifrices fabriqués en Chine, mais qui avait causé la mort de 300 enfants à Panama en 2007 du fait de sa présence dans un sirop contre la toux (en lieu et place de glycérine) ...

A chaque fois, il ne s'agit pas du cas isolé d'une seule entreprise chinoise ayant mis en oeuvre un mauvais process de fabrication ... Il s'agit de pratiques appliquées par toutes les entreprises d'un secteur industriel concerné, comme dans le cas de l'usage de diéthylène glycol ou de l'usage de la mélamine ... Et elles ne concernent même pas non plus uniquement les produits destinés à l'exportation, mais même les produits destinés au marché intérieur chinois ...

Mais tellement de produits, même provenant de grandes marques, sont fabriqués en Chine ... Comment éviter de les acheter, si ce n'est en cessant de tout acheter ? Il est notable que des informations commencent désormais à circuler sur ces problèmes, en lieu et place du silence absolu qui était la règle jusqu'à présent. Les produits chinois dangereux ne sont vraisemblablement pas apparu brusquement il y a deux ou trois ans. Des entreprises spécialisées dans le contrôle sur place des conditions et des normes de fabrication interviennent depuis de nombreuses années en Chine comme dans les autres états-ateliers de la planète ... Il est clair qu'il serait aberrant d'accorder la même confiance dans les produits de fabricants chinois et ceux de fabricants européens, qui n'ont pas les mêmes obligations en terme de normes à respecter, ni la même histoire ...

La France, l'Allemagne ou l'Europe sont industrialisées depuis plusieurs siècles et ont derrière elles des décennies d'histoire industrielle ... Leurs entreprises sont habituées à respecter des normes de fabrication souvent depuis des décennies, même si aujourd'hui, leurs coûts sont trop élevés en comparaison des produits produits en Chine et hier dans d'autres pays-ateliers ... Les entreprises européennes ont appris à intégrer le risque juridique que leur font courir des produits éventuellement défectueux ... Il n'en va pas de même en Chine ... Mais le problème vient du fait que les entreprises chinoises peu respectueuse de la santé des consommateurs trouvent malgré tout des acheteurs importateurs pour leurs produits ...

La Chine évoluera vraisemblablement vers un plus grand respect des normes dans la fabrication de ces produits, après encore de nombreux autres scandales de contamination par des substances qui n'auront aucune raison d'être utilisées en lieu et place de certains ingrédients ... Mais face à des importateurs occidentaux qui leur imposent des spécifications draconiennes et des prix ridiculement bas pour pouvoir maximiser les quantités vendues, le positionnement de leurs produits le plus intéressant possible en comparaison de leurs concurrents et leurs profits, les fabricants chinois sont forcés de diminuer leurs coûts en usant de certains artifices, dont certains peuvent mettre en danger la vie de nos chérubins et nos propres vies ... La quête de la maximisation de notre pouvoir d'achat a des conséquences néfastes pour notre santé, notre sécurité et celles de nos enfants ... La qualité a un coût qu'il serait bon de se rappeler ... Rien ne vaut un bon produit 'made in France' dont on connaît le fabricant ... Même si cette entreprise peut également être confrontée à une erreur de process (comme le scandale de la dioxine ...) ... Et le produit 'made in France' a l'avantage de maintenir l'emploi industriel dans notre pays, au lieu d'exporter ces emplois à l'étranger ...


Saucratès


25/11/2010
0 Poster un commentaire