Critiques de notre temps

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Sur l'économie


Lire la chronique de Thomas Piketty dans le Monde

Saint-Denis de La Réunion, dimanche 16 février 2020

 

Il faut lire la chronique de Thomas Piketty publiée dans Le Monde du dimanche 9 et lundi 10 février 2020, intitulée «Social-fédéralisme contre national-libéralisme». Il offre une analyse éclairante de la manière d'appréhender les enjeux du Brexit et du Trumpisme. Je dois avouer une chose ; je n'ai toujours pas lu le dernier ouvrage de Thomas Piketty sur les idéologies et je découvre à l'instant que c'est une erreur magistrale. Pourtant, un ami, Pierre B, m'avait adjuré de le lire et de m'ouvrir les yeux. Je découvre mon erreur.  

 

https://www.lemonde.fr/idees/article/2020/02/08/thomas-piketty-social-federalisme-contre-national-liberalisme_6028888_3232.html

 

Selon cette tribune très pertinente, éclairante, de Thomas Piketty, il n'est pas neutre que le Brexit soit né en Angleterre et que le Trumpisme soit né aux USA, dans les deux pays qui avaient inventé l'ultra-libéralisme au tout début des années 1980, à savoir le Thatchérisme et le Reaganisme. Toujours selon lui, les électeurs des classes pauvres et moyennes de ces deux pays qui avaient été les précurseurs dans l'ultra libéralisme, ou bien plutôt leurs élites politiques, n'ont pas trouvé d'autres alternatives que le populisme pour tenter de trouver une solution aux difficultés et aux injustices nées de l'ultra libéralisme. 

 

«Ce tournant peut se voir de différentes manières. Il exprime à sa façon l’échec du reaganisme et du thatchérisme. Les classes moyennes et populaires états-uniennes et britanniques n’ont pas connu la prospérité promise par le libéralisme intégral. Au fil du temps, elles se sont senties de plus en plus malmenées par la concurrence internationale et le système économique mondial. Il fallait donc désigner des coupables. Pour Trump, ce furent les travailleurs mexicains, la Chine, et tous les sournois du reste du monde qui auraient volé le dur labeur de l’Amérique blanche. Pour les brexiters, ce furent les Polonais, l’Union européenne et tous ceux qui s’en prennent à la grandeur britannique.»

Thomas Piketty

 

On est tenté de ne voir dans Donald Trump ou dans Boris Johnson que des erreurs démocratiques, des trublions politiques ayant réussi à fracturer les systèmes politiques américains et anglais, à avoir réussi à se faire élire par mégarde à la tête de ses grandes démocraties occidentales, parmi les plus anciennes de la planète. 

 

Mais à lire la chronique de Thomas Piketty, c'est une erreur de perception. C'est le résultat des échecs des politiques ultra-libérales menées dans ces pays-là depuis le tout début des années 1980, et copiées depuis dans tous les autres pays occidentaux, et imposées à la majeure partie du reste des États de notre planète. Ce n'est qu'une forme prise par la tentation identitaire et xénophobie. Selon Thomas Piketty, «il faut d'abord analyser le Brexit pour ce qu'il est : la conséquence d'un échec collectif dans la façon dont on a organisé la mondialisation économique depuis les années 1980, notamment au sein de l'Union Européenne» et qui, selon Thomas Piketty, «fonctionne avant tout au bénéfice des plus riches et des plus mobiles, et lamine les plus défavorisés et les plus fragiles».

 

Les Etats-Unis de Trump et les Brexiters de Johnson veulent ainsi le libéralisme et le nationalisme, c'est-à-dire le «libre-échange des biens, des services et des capitaux (mais Trump combat aussi le libre-échange avec la Chine), tout en conservant le contrôle des flux de personnes et sans contribuer à un budget commun».

 

Il (Thomas Piketty) en appelle à un changement des règles européennes, selon une approche social-fédéraliste. 

 

«Autrement dit, le libre-échange doit être conditionné à l'adoption d'objectifs sociaux contraignants, permettant de mettre à contribution les acteurs économiques les plus riches et les plus mobiles au service d'un modèle de développement durable et équitable. Pour résumer : les nationalistes s'attaquent à la circulation des personnes ; le social-fédéralisme doit s'en prendre à celle des capitaux et à l'impunité fiscale des plus riches.»

 

Cette chronique de Thomas Piketty est intéressante parce qu'elle nous permet d'échapper à la vision purement médiatique de cet événement du Brexit, qui nous enferme dans une interprétation faussée. Une vision partisane de brexiters anglais manipulés et aveuglés par quelques populistes, face à une Europe vigilante et unie prête au conflit et au rétablissement des procédures douanières. Et en même temps, on sent bien dans ce discours autour du Brexit que certaines choses ne tiennent pas la route. Comme par exemple le fait que l'apocalypse envisagé sous la précédente première-ministre anglaise, Thérèsa May, dans laquelle les anglais manqueraient même de PQ au jour du Brexit, ne s'est absolument vérifié. Et aujourd'hui, pas d'apocalypse comme prévu mais quelques mois de plus pour négocier un accord commercial, jusqu'à fin 2020 ou début 2021. Pas de centaines de milliers de camions en attente de contrôles douaniers qui allaient bloquer toute l'Angleterre et le Nord de la France. Nulle apocalypse mais une relative tranquillité. Comme si les journaux français (ce sont les seuls que je lis) avaient besoin de dramatiser à outrance les enjeux à certains moments, pour manipuler l'opinion publique française !

 

Mais la solution proposée par Thomas Piketty pour une évolution de la Construction Européenne est certes intéressante, plaisante, mais elle est inatteignable, irréaliste. Pour quelle raison l'Europe se déciderait-elle à mettre à contribution les plus riches et les plus mobiles, alors que toutes les règles édictées depuis ces dernières décennies visent uniquement à les avantager ? Il n'y a absolument aucune raison pour que l'Europe choisisse d'évoluer sur ces sujets, comme si c'était le Royaume-Uni qui nous bloquait ! 

 

Le hold-up électoral qui a eu lieu aux Etats-Unis et au Royaume-Uni a également eu lieu ailleurs, en France notamment avec l'élection d'Emmanuel Macron ou en Italie ou ailleurs. Ce n'est pas parce que ce ne sont pas des populistes que leur élection n'est pas le fruit d'un hold-up électoral. Il s'agit simplement d'une victoire de l'establishment ultra-libéral sur le reste du peuple, au lieu d'être la victoire d'un trublion populiste comme au Brésil, aux Etats-Unis ou au Royaume-Uni. 

 

Il n'en demeure pas moins que lire Thomas Piketty est une saine et bonne pratique. Mais quelle peut être la portée de ses écrits et de ses préconisations ? 

 

 

Saucratès


16/02/2020
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Collapsologie et économie (suite)

Saint-Denis de La Réunion, samedi 2 novembre 2019

 

C'est une vaste question à laquelle je vais tenter d'apporter quelques interrogations supplémentaires : pourquoi le monde continue-t-il de tourner alors que la collapsologie devrait nous conduire à penser que le Monde va dans le mur et qu'il aurait déjà dû s'effondrer ou qu'il risque de s'effondrer à court ou à moyen terme si rien de drastique n'est fait ?

 

Je ne pense pas déformer l'analyse des collapsologues en écrivant cela. Et pourtant, la collapsologie n'est pas une invention récente. Elle date des années 1960-1970. Les premiers écrits sur la décroissance économique datent de ces mêmes décennies. Je pense notamment aux écrits de Nicholas Georgescu-Roegen parus dans les années 1971-1976. Evidemment, la collapsologie a longtemps été confinée à une poignée d'illuminés, de survivalistes, de fous persuadés que la Terre allait s'effondrer, ou à une marge des partis écologistes européens. Mais aujourd'hui, la situation a changé. Il est devenu de bon ton de s'affirmer comme collapsologue, de défendre la collapsologie. Et la collapsologie prend de plus en plus d'ampleur, d'importance médiatique. Ces tenants sont désormais invités dans les principaux lieux de pouvoir ; Assemblée nationale française, forum économique de Davos, Assemblée générale des Nations Unies ...

 

Pourtant, pour ma part, je ne suis pas du tout un partisan de l'économie capitaliste, du marché, de la concurrence pure et parfaite, du libéralisme ou de l'ultralibéralisme. Bien au contraire. Je suis partisan de la régulation de l'économie par l'Etat, par la loi, par la Communauté internationale, seule à même d'imposer des législations aptes à encadrer la toute-puissance des marchés. Je suis aussi favorable à une réforme de l'économie qui prenne en compte les concepts de la collapsologie, de l'environnement. Par exemple, le concept même d'économie d'échelle propre à l'économie capitaliste et à sa loi fondamentale, la concurrence pure et parfaite, est une aberration : plus vous produisez, moins vous produirez cher, alors que pourtant, les conséquences écologiques, de destruction de l'environnement, de pollution, de votre production vont croissantes. 

 

Et pourtant, je reste circonspect, dubitatif, sur les collapsologues, sur cet effet de mode, sur les personnalités qui se métamorphosent comme grands gourous ou grandes prêtresses de la collapsologie, de la fin du monde. De cette jeunesse qui se découvre à suivre une énième religion à la mode, un énième combat du siècle, une énième grande cause mondiale. De mon temps, en 1983-1984, il s'agissait de récolter des fonds pour le Tiers-Monde, pour l'Ethiopie. Aujourd'hui, ils luttent pour le climat. Nouvelle passade d'adolescents et d'adolescentes en quête de grands combats ? 

 

Le problème des modes en économie et en politique, c'est que souvent, elles deviennent la nouvelle doxa des années futures. Le monétarisme triomphant des années 1980-1990-2000 était une théorie ultra-minoritaire jusque dans les années 1945-1975. Milton Friedman a été un ennemi mineur de John-Maynard Keynes avant de devenir le théoricien de la théorie dominante à partir des années 1980 et jusqu'à aujourd'hui. Il n'y a que la crise financière de 2007-2009 qui a pu laisser penser que le monétarisme et l'ultralibéralisme n'étaient pas les réponses parfaites, uniques et absolues aux problèmes posés à l'économie. Et aujourd'hui en 2019, les leçons de la crise sont déjà oubliées et l'ultralibéralisme est reparti de plus belle. La collapsologie et son intégration dans le champ économique, par exemple le concept de décroissance, peuvent devenir la nouvelle doxa de l'économie lors des prochaines décennies. Ou pas.

 

Je crois donc en l'économie. Je crois dans le principe des prix, des lors qu'ils sont capables d'intégrer les composantes des décisions et des politiques publiques. C'est aux États, à la Communauté internationale, de fixer le prix de la pollution, de l'impact du réchauffement climatique, au niveau mondial pour que nul ne puisse y échapper, s'y soustraire, afin qu'il intègre les échelles de prix et de valeur des consommateurs.

 

Le problème n'est donc pas véritablement l'économie. Une science économique intégrant les principes de l'école de la régulation peut parfaitement intégrer les concepts de cherté et d'impact carbone de l'économie. Le problème est cette branche de l'économie qui refuse l'intervention de l'état en faisant croire que cet interventionnisme est mauvais, que le fonctionnement normal, pur des marchés, permettra de résoudre tous les problèmes. Cette branche de l'économie est l'ultralibéralisme. C'est cependant elle qui guide et reproduit le fonctionnement réel des marchés, puisque les États ne peuvent plus intervenir que de manière marginale dans le fonctionnement des marchés. 

 

Le fonctionnement actuel des marchés ne permet donc pas d'intégrer optimalement les concepts de pollution et d'impact du réchauffement climatique dans les choix des usagers et des consommateurs. Il faudrait une concertation mondiale sur une taxation et sur une imposition générale, qui est aujourd'hui pratiquement inaccessible. Les sociétés internationales, les entreprises essaient de se légitimer en s'appliquant des engagements et des politiques de responsabilité sociale. Mais tout ceci n'est que poudre aux yeux. Il faut une action internationale pour légiférer, pour imposer et taxer les activités émettrices de gaz à effet de serre. La collapsologie peut être un moyen pour permettre une prise de conscience et imposer la nécessité d'une action étatique collective. Sauf que la collapsologie vise au delà d'une action collective mondiale. Elle veut aussi régir nos comportements individuels, criminaliser nos actions individuelles, et en ce sens-là, je m'oppose au fait qu'elle veuille régenter nos vies, nos comportements, ce que nous aurons le droit de faire ou de ne pas faire !

 

 

Saucratès

 

 

Post scriptum : Je pars toujours du principe que la finitude du Monde et l'épuisement des ressources peuvent être traités par l'économie et ne nécessitent pas forcément une privation volontaire par les individus, une privation imposée ex-nihilo par les tenants de la collapsologie. Je sais qu'il s'agit de la critique primordiale de mes principaux contradicteurs de ZINFOS, à savoir B. Bourgeon et Mister À Mon Avis. Le fait que je ne prenne pas en compte cette finitude des ressources, de ce que l'on peut extraire de notre planète Terre.

 

Mais je pense que c'est l'absence de régulation internationale de l'économie qui peut tout à fait permettre le maintien de comportements de consommation, de production et d'usage contraires à un mode de développement économe en ressources. Chaque pays est en effet incité à proposer les conditions fiscales et sociales les plus attractives pour attirer les grandes entreprises, engranger quelques recettes fiscales supplémentaires et accroître l'emploi.

 

L'imposition de normes mondiales et de taxation mondiale permettrait selon moi de réguler le modèle et le fonctionnement de l'économie capitaliste. Evidemment, ces normes et ces taxes auraient plusieurs effets : des renchérissements des prix forcement, puisque ces taxes auraient pour objectif de réguler les modes de consommation néfastes pour l'environnement ou trop consommateur de ressources épuisables. L'essence, le pétrole, la viande animale, les voyages en avion pourraient devenir hors de   prix et devenir réserver à une élite. Autre impact, les bénéfices des multinationales diminueraient forcément puisqu'elles ne pourraient plus jongler entre les pays les moins-disant en matière de taux d'imposition des bénéfices ou de l'activité, ou de normes sociales. Les mécanismes de taxations mondiaux pourraient aussi pour favoriser les échanges commerciaux courts, proches du consommateur, taxer l'activité polluante croissante des multinationales pour en contrebalancer les effets pervers des économies d'échelle.

 

Des réseaux de commercialisation plus courts, des prix plus élevés grâce à un système de taxation permettant la mise en œuvre de politiques et de services publics, tout ceci pourrait conduire à une moindre empreinte carbone de la consommation humaine, à une décroissance des quantités de ressources prélevées dans la biosphère terrestre, sans forcément s'accompagner d'une diminution de la production de richesse. On pourra consommer différemment, mieux, plus économement. L'un n'est pas incompatible avec l'autre !

 

Il y a évidemment un gouffre avec les positions des collapsologues et je le mesure bien. On le lit à travers les interventions de la jeune Greta Thurnberg, invectivant les puissants sur leurs hélicoptères et leurs jets privés. Jamais les callopsologues de cette sorte n'accepteront qu'une élite puisse continuer à utiliser et à consommer des biens potentiellement pollueurs, ou que certains puissent continuer à en profiter épisodiquement en se privant et en se serrant la ceinture. Ce n'est pas d'une régulation que les collapsologues à la Greta Thurnberg veulent, mais d'un régime fascisant réglant et réglementant la vie de tous, décidant pour les autres de ce qui est bon et de ce qui est mauvais. D'où l'opposition de principe entre économie et collapsologie.


02/11/2019
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Collapsologie et économie

Saint-Denis de La Réunion, dimanche 13 octobre 2019

 

Avec mon contradicteur, Bruno Bourgeon, nous avons un différend sur la collapsologie et sur les moyens de faire face au changement climatique. Dans un article récent, sur le site ZINFOS974, Bruno Bourgeon avait tenté de démontrer l'importance de la collapsologie et ses liens avec le champ du politique.

https://www.zinfos974.com/La-collapsologie-interroge-le-politique_a144981.html

 

Je tenterais donc de redéfinir la collapsologie et de démontrer en quoi la collapsologie ne peut pas réunir l'ensemble des pistes de solutions, de réflexions, autour de la lutte contre le réchauffement climatique, contrairement à ce que je comprends des arguments de mon contradicteur. 

 

La collapsologie, les collapsologues, partent du principe que le monde tel que nous le connaissons, le monde occidental moderne, va s'effondrer très prochainement si on ne fait rien. Voilà ce que l'on entend par «collapsologie». Et les réponses que l'on peut apporter à un tel diagnostic d'effondrement irrécupérable sont forcément extrémistes. Le principe de la collapsologie, c'est qu'à défaut même de modification de nos comportements, le monde va s'effondrer. Et même si nous modifions drastiquement  nos comportements, le monde risque néanmoins de s'effondrer irrémédiablement. D'où le cri du cœur de Greta Thurnberg vis-à-vis des grands de ce monde. Vous devriez avoir honte de ne rien faire, de n'avoir rien fait.

 

Si on se place du point de vue des collapsologues, elle a totalement raison, ils ont absolument raison. Il faut agir immédiatement. Si on sort de leur point de vue, si on a sort du point de vue de l'effondrement systémique du règne animal et du règne végétal, alors leurs arguments, leurs urgences cessent d'être la seule réponse possible. 

 

Nous nous trouvons face à la confrontation de deux systèmes, de deux mondes incompatibles. D'un côté, le monde des entreprises, de la finance, de l'économie ... et de l'autre, le monde des médias, de l'immédiateté, de la science (mais pas de n'importe quelle science, une science longtemps méprisée et ignorée, la climatologie) ... une science qui aujourd'hui se trouve placée au centre de toute chose, dont tout est sensé dépendre, la survie de l'humanité, la survie du monde tel que nous le connaissons ... une science qui doit démontrer sa supériorité sur les autres sciences, son statut scientifique, inattaquable ... la perfection et la justesse de ces analyses. 

 

L'économie, la finance et le monde des entreprises n'ont rien à voir avec les oukases des grands prêtres et des grandes prêtresses de la fin du monde, de la collapsologie. Le fonctionnement du marché est sensé être capable de réagir, de prévoir, d'intégrer à travers les phénomènes de prix et de rzreté les conséquences du réchauffement climatique. Les prix sont sensés parfaitement refléter, réfléchir les dysfonctionnements, les impacts de l'activité productive ou de consommation, la génération d'effets pervers, d'externalités negatives liées à l'activité humaine.

 

Et je suis un partisan, en tant qu'économiste, de cette façon de voir, de cette approche. Si demain, la population des pays en développement se mettait massivement à consommer de la viande de bœuf, faisant exploser la production de méthane et la consommation d'aliments pour bétail, le prix des aliments et le prix du bœuf grimperait vraisemblablement à des niveaux très élevés, décourageant la consommation pour nombre de consommateurs. En cas d'afflux de la demande, les prix liés à une offre insuffisante conduirait forcément à une hausse des prix et des marges des producteurs, nonobstant certaines imperfections du marché (il n'y aurait pas forcément d'impact immédiatement à La Réunion, du fait de l'impossibilité pour les agriculteurs réunionnais d´exporter leur viande en Inde ou en Chine ... mais les prix se renchériraient forcément parallèlement aux prix mondiaux). 

 

Ceci ci est un exemple simple, mais central dans les analyses des collapsologues. La viande de bœuf étant l'une des viandes animales les plus émettrices de gaz à effet de serre. Les principes de l'économie, de la finance, veulent qu'un marché est capable d'autorégulation, jusqu'à un certain point, et que les mécanismes de constitution des prix sont susceptibles d'integrer, d'internaliser, les conséquences, les effets pervers, le cout des externalités causés par le fonctionnement de l'économie. 

 

Pour la collapsologie, il existe un seuil au-delà duquel le système naturel, le système économique vont s'effondrer. Autant l'approche des économistes, des financiers repose sur un système itératif, autoregulé ... autant l'approche des collapsologues part du principe que le gouffre est proche, tout près de nous engloutir. D'où l'urgence qui dicte leurs actions, leur diagnostic, l'obligation moral de réagir, d'agir, sauf à être coupable d'inaction, de complaisance. 

 

Je ne crois pas en l'infaillibilité de l'économie et de la finance. La crise financière de 2007-2009 est là pour nous rappeler que la finance et l'économie ne savent pas toujours diagnostiquer la relatié de la situation d'une economie, et que les marchés ne sont pas toujours capables de s'autoréguler par eux-mêmes, sans intervention de l'Etat. La crise de 2007-2009 a pu être dépassée, surmontée, en raison des actions concertée des banques centrales et des gouvernements occidentaux ou des pays développés. Les marchés eux-mêmes avaient échoué à empêcher la croissance d'une bulle financière et à conjurer son explosion et les conséquences catastrophiques de cette explosion. 

 

Il ne s'agissait certes que d'une crise financière systémique, pas d'un effondrement complet de notre système économique. Pourtant, le système des prix fonctionne réellement. Ce système peut sous-estimer certains risques, comme il a sous-estimé le risque non-remboursement des crédits subprimes americains en 2007-2009, et comme il peut vraisemblablement sous-estimer les risques d'effondrement de notre économie et les conséquences de cet effondrement. Mais je pense que comme pour la crise financière de 2007-2009, la conjonction des phenomenes de marchés, des législations étatiques des actions concertées des États et des banques centrales seront forcément capables d'intervenir, d'interférer sur les comportements des consommateurs et des agents économiques afin de les conduire à modifier leurs comportements. 

 

Je crois donc qu'il n'est nul besoin de culpabiliser les consommateurs, les utilisateurs et les usagers des biens «interdits» par la morale collapsologieuse. Le marché et les taxes devraient suffire à réguler les comportements des consommateurs dans nos pays et dans le monde entier. La vraie question est de savoir si il est utile d'imposer des taxes insurmontables sur toutes les avtivités que les collapsologues, les grands pretres et les grandes pretresses de l'apocalypse approchant estiment indispensables ?

 

La collapsologie et les grands prêtres et grandes prêtresses (comme Greta Thurnberg) qui s'affichent comme leurs grands défenseurs, présentent un principal tord à mes yeux : l'usage de la condamnation morale, de la condamnation mediatique. Et la volonté d'imposer leurs principes comme normes générales. Mon autre contradicteur AMA a beau contesté leur absence de police pour representer un danger, un risque, ce n'est pas suffisant. À leurs yeux, leurs principes ont valeur de lois. Il suffit de se rappeler Greta Thurnberg s'adressant aux plus riches et leur signifiant que les avions et helicopteres qui avaient servi à les transporter representaient une consommation coupable. Comme elle, ils eussent dû utiliser le train. Les principes de l'économie ont le mérite d'échapper à la condamnation morale facile. La détermination d'un prix permet de déterminer qui peut et qui ne peut pas se payer un billet d'avion. Idem pour l'utilisation d'un hélicoptère. Les prix doivent refléter les coûts d'un tel voyage et intégrer les externalites nées de l'impact sur le réchauffement climatique induit. Il faudra vraisemblablement le vote de lois internationales pour que toutes les compagnies aériennes, toutes les compagnies de transport, tous les fabricants de vehicules, intègrent dans leurs prix l'impact de leurs activités en matière de réchauffement climatique. Mais tout ceci demeure dans le principe de la science économique. 

 

 

Saucratès


13/10/2019
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Retour sur l'économie - La fièvre ultralibérale des privatisations

Saint-Denis de La Réunion, mercredi 19 juin 2019

 

Quelques mots de retour sur la science économique. Au-delà de l'actualité politique francaise du moment, j'observe actuellement un grand retour de l'ivresse ultralibérale, ce sentiment de la toute-puissance de l'argent et du capital comme lors du retour de la droite dans les années 1986-1988. Le retour du centre-droit au pouvoir en France, même s'il a pu sembler imperceptible en comparaison des années d'ultralibéralisme triomphant sous les socialistes en 2012-2017 (mais ce sont en fait les mêmes hommes plus ou moins qu'on trouvait au pouvoir entre 2012 et 2017 et depuis 2017), nous ramène maintenant à l'époque ultralibérale anglo-saxonne, aux années TINA de Margareth Tatcher («There is no alternative»). Je veux évidemment parler du grand retour de la fièvre des privatisations. 

 

Je veux parler évidemment des privatisations des Aéroports de Paris (ADP) et de la Francaise des Jeux (FDJ), mais pas seulement. Qu'est-ce qui est à l'œuvre derrière ces deux volontés de privatisations ? Répondre à l'appétit d'investisseurs étrangers ou nationaux friands d'ex fleurons monopolistiques, à des prix bradés et au potentiel de développement invraisemblable ? Répondre à une volonté munichoise ou bruxelloise de détruire des monopoles nationaux sous le prétexte que la mise en concurrence et la constitution de firmes privées est forcément toujours mieux pour le consommateur. Même si des centaines de contre-exemples comme dans le domaine de l'électricité ou le rail, devrait suffire à démontrer aux hauts fonctionnaires européens que le consommateur n'est jamais le gagnant dans les remises en cause des monopoles publics. Mais Bruxelles en a-t-elle quelque chose à faire ? Les hauts fonctionnaires européens détruisent-ils les monopoles étatiques par pure idéologie aveugle ou par pur intérêt financier, parce qu'ils trouvent ensuite à être employés par ces mêmes groupes ou ces mêmes entreprises qu'ils auront régulièrement avantagé ? Ou bien pour une quelconque autre réponse, comme de répondre à un mandat donné à ce Président et à ce gouvernement que quelques intérêts privés ont porté au pouvoir pour y effectuer certaines tâches ? 

 

Mais quand je parle de fièvre de privatisations, je pense à une volonté maladive de se partager la dépouille des services publics français. Il n'y a pas longtemps, j'entendais qu'une fraction non négligeable  de députés interrogeaient la pertinence de la privatisation du domaine autoroutiers français, cédé puis concessionnellement reconduit pour des bouchées de pain à des groupes comme Eiffage, Bouygues ou Vinci, et qui assurent la rentabilité de ces groupes. Autrefois, on faisait construire et porter par des intérêts privés des investissements collectifs hasardeux (mais éventuellement rentables) qui furent nationalisés par la suite (je pense ici aux chemins de fer dans les années 1850-1900 entre autres exemples). Aujourd'hui, depuis quelques décennies, c'est le choix inverse qui est mis en oeuvre : on fait porter un secteur public le financement d'investissements publics en permettant aux intérêts privés de s'enrichir invraisemblablement au cas ces investissements deviendraient particulièrement rentables (cas des partenariats publics privés) ou d'en profiter ulterieurement. Deuxième choix ouvert par les privatisations : on fait financer par l'Etat des investissements publics qu'on revend ensuite pour une bouchée de pain à des interets privés pour qu'ils profitent des fruits et de leur rentabilité. C'est ce que l'on appelle la socialisation des pertes et la privatisation des profits. 

 

Ainsi, j'entendais hier soir sur France Culture que les sociétés autoroutières lorgnaient désormais aussi sur les routes nationales. Après avoir mis sous coupe réglée les autoroutes françaises, dont ils assument malgré tout une partie de l'entretien et peut-être de quelques nouvelles constructions, les groupes Eiffage, Vinci et Bouygues seraient désormais candidats à accroître leurs prédations, leurs prises de contrôle sur les routes nationales qui permettent de contourner ou de poursuivre les réseaux autoroutiers ! Bientôt, la France leur appartiendra et il nous faudra payer pour pouvoir sortir de nos maisons ou de nos appartements pour nous rendre à notre travail. Une mise en couple réglée de la France, sachant que nos routes nationales, comme nos autoroutes, ont été construites avec l'argent de nos impôts, des taxes que nous payons. 

 

https://www.franceculture.fr/emissions/les-nouvelles-de-leco/les-nouvelles-de-leco-du-mardi-18-juin-2019

 

https://www.marianne.net/economie/chassee-par-la-porte-la-privatisation-des-routes-nationales-revient-par-la-fenetre-lrem

 

L'ultralibéralisme est en train de s'étendre en France, désormais sans aucune limite ni aucune prudence, comme si tels des vautours, tels des charognards, ils savaient que ce gouvernement lance la mise aux enchères de l'ensemble du patrimoine public, des services publics et des instruments du pouvoir régalien. À quand la vente de l'armée francaise aux intérêts privés ou de la police et de la gendarmerie, sous le prétexte fallacieux que cela coûte trop cher à entretenir ? Une armée, une police et une gendarmerie qui n'auraient plus alors à défendre que les intérêts du grand Kapital. Ou bien le fermage des impôts comme la TVA ou de l'impôt sur le revenu, comme sous l'Ancien Régime féodal ! 

 

Il se passe quelque chose de plus de malsain au sommet de l'Etat français. C'est comme si les interrogations exprimées par certains politiques sur l'intérêt de la privatisation des sociétés autoroutières conduisaient celles-ci à actionner leurs contacts, leurs taupes au sein de l'Etat pour s'octroyer une part encore plus grande d'un gigantesque pactole, supposément pour aider bénévolement l'Etat dans l'entretien de ce réseau routier. Et le pire, c'est que c'est ce discours qui risque de nous être servis par ce gouvernement aux ordres des intérêts privés, par Macron ou Philippe ! Jusqu'à ce que l'ensemble des routes françaises deviennent payantes, voire même l'utilisation des trottoirs !

 

(soyons honnête, le projet des sociétés autoroutières ne date pas d'aujourd'hui mais de 2014, à l'époque où les ultralibéraux socialistes tels Hollande, Valls et déjà Macron étaient encore au pouvoir)

 

Il faut faire barrage à ce vent, à cette tempête de privatisations, en bloquant déjà en premier lieu la privatisation d'ADP, en attendant de pouvoir bloquer les autres. Pour cela, il faut que 4,7 millions d'électeurs signent la pétition pour demander un référendum d'initiative populaire. 

 

https://www.20minutes.fr/politique/2542967-20190618-privatisation-adp-site-referendum-recolte-plus-125000-signatures-premier-jour

 

 

Saucratès


19/06/2019
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Sur l'économie (3)

 

Réflexion vingt-trois (7 février 2011)
Consommation, produits importés et emploi

 

L'économie française comme l'ensemble des économies occidentales est malade du chômage, de ces emplois qui disparaissent plus vite que de nouveaux ne se créent, de ces entreprises et de ces groupes qui délocalisent leur production dans des pays à faible coût de main d'oeuvre, ou dans des pays où elles espèrent pouvoir s'implanter pour bénéficier de la croissance de leur demande intérieure ... la Chine notamment ...

 

Cette maladie du chômage a plusieurs causes. L'une d'elles s'expliquent par l'absence de toute citoyenneté des entreprises qui délocalisent ou transfèrent leur production, qui délocalisent les emplois vers d'autres pays, pour diminuer leurs coûts de production, pour faire un peu plus de profits à court terme, pour pouvoir accroître certaines autres dépenses comme la publicité et des dépenses somptuaires ou de partenariat ... Des entreprises anti-citoyennes, on en connaît des milliers, comme Majorette qui ne maintient plus qu'une poignée d'emplois en France (ceux de ces dirigeants) mais qui n'hésite pas à parler de sauvegarde des emplois et de l'entreprise en délocalisant la totalité de sa production hors de France ... Mais comment ne peut-on penser qu'aux possesseurs du capital lorsque l'on parle d'une entreprise ?... Comme Sapmer du groupe Bourbon qui implante une usine de conditionnement de poissons sur l'île Maurice, à quelques centaines de kilomètres du département de la Réunion où elle affiche pourtant son enracinement, mais où le coût de la main d'oeuvre moindre, les normes de sécurité alimentaires et industrielles draconniennes, la législation tatillonne, lui coûteraient apparemment beaucoup trop cher ... Comme Nike et Addidas, qui font fabriquer pour moins de dix dollars leurs baskets dans des usines dortoirs dans des pays à très faible coût de main d'oeuvre et à législation sociale inexistante, mais les vendent à plus de dix fois leur coût de revient, la différence rémunérant la publicité et les salaires astronomiques de leurs dirigeants et les profits de leurs actionnaires ...

 

Mais le chômage a d'autres causes. Les libéraux pointeront du doigt notre législation sociale et fiscale, qui incite nos entreprises à délocaliser à l'étranger. Certes, mais ces mêmes ploutocrates n'accepteraient pas de voir leur propre niveau de vie être impacté par leurs mesures libérales ; ils voudront bien de la misère pour les autres, seulement si cette misère ne les concernent pas ou les enrichit encore un peu plus ...

 

La véritable autre cause du chômage est le comportement des consommateurs. Tant que les consommateurs privilégieront leur porte-monnaie, la qualité-prix des produits qu'ils consomment, à leur contenu en emplois, les entreprises anti-citoyennes continueront d'agir comme elles le font actuellement. Tant que les consommateurs ne sanctionneront pas le caractère anti-citoyen des biens qu'ils consomment, le chômage continuera de nous frapper, et les actes d'anti-citoyenneté se perpétueront.

 

Il est en effet consternant de voir des personnes, des entreprises, s'expatrier et délocaliser pour des raisons de fiscalité ou de coûts salariaux, mais continuer de vendre leurs produits en France, auprès des consommateurs français, sans que presqu'aucun ne se révolte. Cela va de chanteurs comme Johny ou tant d'autres, expatriés en Suisse ou en Argentine pour payer moins d'impôts, à des milliers d'entreprises comme Sapmer, Bourbon ou Majorette ...

 

 

Réflexion vingt-deux (31 juillet 2010)
Aux origines du capitalisme

Un article du Nouvel Observateur de début juillet (2010) m'a rappelé certaines lectures et interrogations sur les origines du capitalisme. Cet article mentionnait les livres récents publiés par trois chercheurs sur le sujet, pour rappeler ensuite que la naissance du capitalisme en Europe ne s'expliquait pas par une «prédisposition particulière de l'Europe au capitalisme» ni une «prédisposition culturelle particulière» ni enfin par un «produit exclusif du génie européen» mais simplement par un «enchaînement plus prosaïque d'effets d'aubaine où la chance et la violence ont eu leur part».
http://bibliobs.nouvelobs.com/20100706/20335/leconomie-est-a-louest

Le Nouvel Observateur cite les livres récents de Jean-François Bayart, de Jacques Le Goff et de Kenneth Pomeranz. Mais même si ce n'était pas l'objet de cet article d'analyser toutes les thèses concernant l'apparition du capitalisme en Europe, et non pas ailleurs dans le Monde, on ne peut ignorer les thèses différentes et plus anciennes d'autres chercheurs sur ce sujet. On ne peut ainsi ignorer les thèses défendues par Max Weber sur «L'éthique protestante et l'esprit du capitalisme» ou celle d'un autre très grand historien français Fernand Braudel, pour celles dont je me rappelle.

Que ces trois historiens (Bayart, Le Goff, Pomeranz) puissent prouver que des régions de Chine ou d'Inde étaient aussi développées que les régions européennes les plus avancées à la fin du Moyen Age européen en Angleterre ou en Hollande ne me semble pas contestable. Comme Pomeranz l'indique, de nombreuses autres régions dans le Monde en Asie ou en Amérique du Sud auraient tout autant pu être susceptibles d'entrer dans le cercle 'vertueux' de la révolution industrielle, à de nombreuses époques dans le passé, comme en Europe à d'autres époques. Il me semblerait plus correct de dire cependant que ces diverses régions, comme en Europe plus tôt dans le passé, étaient engagées dans des échanges, des flux, commerciaux importants. C'est notamment ce qu'un historien comme Fernand Braudel a décrit pour l'Europe des années mille, en démontrant que dès le plein moyen-âge, les courants commerciaux étaient très développés et que le capitalisme y existait déjà.

Et pourtant, à l'époque de la Rome antique, dans l'Europe en plein moyen-âge, dans la Chine antique ou au sortir du moyen-âge européen, en Inde, dans les civilisations américaines précolombiennes pourtant extrêmement avancées, le développement économique et l'industrialisation capitaliste n'eurent pas lieu. Et cet accident est en effet un sujet d'intérêt extrêmement surprenant, même si la position des historiens cités par le Nouvel Observateur m'interpelle. Le résultat d'un effet d'aubaine lié au pillage de l'empire aztèque et de l'Afrique !

Max Weber a pour sa part lié l'essor du capitalisme à l'éthique protestante et notamment au principe de la prédestination, c'est-à-dire au fait de l'acceptation par tous que la réussite individuelle d'une personne était le seul signe visible de sa prédestination à être sauvé. Cette éthique protestante expliquera que la Hollande, puis l'Angleterre et les Etats-Unis deviendront les principaux centres du développement économique de l'Europe et du phénomène de l'industrialisation. La réussite individuelle n'y devient pas source d'envie ; c'est un signe d'une prédestination divine. Ceux qui échouent, ceux qui sont pauvres, ne sont pas seulement ceux qui n'ont pas eu de chance dans la vie ; ils sont en plus maudits ! D'une certaine façon, cette différence religieuse entre protestantisme et catholiscisme explique encore les divergences actuelles vis-à-vis de la richesse entre les pays anglo-saxons et la France et les autres pays sud-européens catholiques. Cette propension à ne pas accepter la richesse. En même temps, on sait bien que la richesse est essentiellement acquise par héritage et qu'elle ne peut donc pas être un signe quelconque de prédestination, à moins que celle-ci se limite au simple fait d'être bien né. Les pauvres et leurs enfants n'auraient alors pas de chance : maudits dans cette vie et pour l'éternité.

Un autre thèse avancée pour expliquer l'essor du capitalisme en Europe repose sur la démocratie, ce qu'évoque plus ou moins Pomeranz en mentionnant que les commerçants chinois étaient aussi libres que leurs homologues européens. Mais dans cette thèse, c'est l'existence d'un cadre démocratique, la certitude juridique liée à l'absence d'un absolutisme royal toujours susceptible de spolier la richesse d'une classe bourgeoise, qui explique le développement du capitalisme. Dans d'autres contrées, à d'autres époques, et tout particulièrement en Afrique autrefois, toute personne qui s'enrichissait courrait le risque de voir sa fortune être confisquée par un monarque jaloux et/ou de perdre la vie. Nul ne peut être plus riche et plus puissant que le roi ; quelques surintendants des finances français en firent l'amère expérience par le passé. Et aujourd'hui encore en France, il n'est peut-être pas si sûr que l'on soit protégé de ce genre d'absolutisme ... Et c'est un signe inquiétant pour la démocratie. La démocratie repose sur la permanence des règles juridiques et légales et sur la protection absolue de la propriété. Et le développement économique repose sur le respect des règles démocratiques ! Et il ne me semble pas faux de dire que le développement capitaliste est né initialement du développement de la démocratie en Europe (en même temps, la Grèce et la Rome antiques furent des pseudo-démocraties, et même si le commerce s'y développa, l'industrialisation capitaliste ne suivit pas ... mais une partie simplement de ces sociétés furent démocratiques, les marchands y demeurant des étrangers, l'esclavage y existant et surtout ils étaient entourés par la guerre, avec les autres cités et avec les peuples barbares les entourant).

Concernant l'explication avancée des effets d'aubaine lié à la découverte des Amériques, de la mise à sac des empires aztèques et guadémaltèques, et du bénéfice tiré de l'esclavage africain, il faut rappeler l'exemple de l'échec du développement espagnol. L'Espagne fut le principal bénéficiaire de l'or et de l'argent sud-américain. Son économie fut inondée des richesses américaines, et pourtant l'afflux de cet or et de cet argent ne permit pas le développement économique de son économie. Bien au contraire, l'Espagne sombra dans le sous-développement et lorsque cet afflux d'or et d'argent cessa, l'Espagne se retrouva aussi pauvre qu'au début. Par contre, les richesses espagnoles se répandirent par les flux commerciaux dans toute l'Europe, et notamment en Hollande et en Angleterre. Pour quelle raison ? Les espagnols à l'époque de leur splendeur abandonnèrent l'industrie pour consommer toujours plus. Ils exilèrent également la classe de leurs marchands, juifs, pour des raisons religieuses, se privant alors de leur ingéniosité commerciale, industrielle et bancaire ... Raisons religieuses qui conduisit ensuite l'Espagne dans les affres de l'Inquisition. En tout cas, il ne me semble pas que le seul argument de l'effet d'aubaine puisse suffire pour expliquer l'essor du capitalisme en Europe, comme l'exemple espagnol le démontre. Les flux commerciaux, qui ne s'arrrêtaient pas en Europe mais atteignaient la Russie ou la Chine, n'expliquent pas pour quelle raison se fut la Hollande puis l'Angleterre, puis la France, l'Allemagne et les Etats-Unis qui entrèrent dans l'ère industrielle capitaliste ... Explications simplistes du Nouvel Observateur et de Pomeranz !

 


Réflexion vingt-et-une (31 mai 2010)
Les problèmes de dettes publiques et la loi de Gresham ...


Le Monde a attiré mon attention en intitulant un de ses articles : «Les bonnes dettes chassent les mauvaises dettes» dans une allusion amusante mais inversée à la célèbre loi dite de Gresham «La mauvaise monnaie chasse la bonne». Il m'a alors paru intéressant de revenir sur ce paradoxe historique, mais qui n'est peut-être pas sans intérêt de nos jours, où la valeur comparée des monnaies est toujours un sujet de brûlante actualité ...
http://www.lemonde.fr/economie/article/2010/05/29/les-bonnes-dettes-chassent-les-mauvaises-dettes_1364937_3234.html

La version développée par la journaliste du Monde (Camille de Vergès) consiste à relever que les (bonnes) dettes publiques française (tout particulièrement) et allemande bénéficient d'une demande soutenue de la part des investisseurs internationaux ; excès de demande dont l'effet sur les taux de rendement offerts est favorable à nos états, puisque celle-ci entraîne une baisse des rendements. Pendant ce même temps, les (mauvaises) dettes espagnoles et portugaises doivent rémunérer plus fortement les investisseurs, subissant un désintérêt de leur part. Greffer sur un article assez aride un titre particulièrement accrocheur et surtout apparemment ouvertement faux économiquement parlant permettait de lui donner un certain intérêt.

Que disait la loi de Gresham ? Thomas Gresham est un commerçant et financier anglais du seizième siècle (1519-1579). L'histoire a donné son nom à cette théorie qui veut que «la mauvaise monnaie chasse la bonne» (Oresme et Aristophane sont supposés avoir démontré cette loi bien avant lui). Cette loi signifie que lorsqu'il y a deux monnaies en circulation dans une même économie, les agents économiques thésaurisent la «bonne» monnaie et n'utilisent plus que la «mauvaise».
http://fr.wikipedia.org/wiki/Loi_de_Gresham
http://www.lafinancepourtous.com/IMG/pdf/1_Loi_de_Gresham.pdf
http://www.les-cercles.fr/economie-societe/politique-eco-conjoncture/221130418/plan-de-secours-europeen-et-loi-de-gresham
http://www.sacra-moneta.com/Actualites-numismatique/Comment-la-bonne-monnaie-chasse-t-elle-la-mauvaise-monnaie.html

Cette théorie économique expliquait un phénomène ancien qui paraissait assez inexplicable, qui voulait que lorsque, parmi deux monnaies, l'une était reconnue par tous de moins bonne qualité que l'autre, la «bonne» monnaie avait tendance à disparaître, et seule la «mauvaise» monnaie était échangée, alors que le sens commun aurait apparemment voulu que la «bonne» monnaie soit préférée par toutes les parties pour les paiements. Cette théorie s'est observée notamment tant que les économies occidentales ont fonctionné dans un système monétaire dit de bimétalisme (or et argent avec un rapport fixe entre les deux métaux).

La question peut être de savoir si la loi de Gresham est encore valable aujourd'hui, notamment dans un système dit «fiduciaire» (reposant sur la confiance). Elle s'observe notamment encore en période de forte inflation pour les pays qui connaissent ce genre de situation. Elle s'observe aussi à une moindre échelle avec les pièces en francs ou en euros en or et en argent, qui ne sont que très rarement utilisées dans les échanges commerciaux. Ces pièces sont immédiatement thésaurisées par ceux qui les reçoivent, alors pourtant que leur valeur faciale est de très loin supérieur à leur contenu en argent ou en or. Ce phénomène est simplement une conséquence de la loi de Gresham. Une autre présentation de cette même loi repose sur la constatation que la «mauvaise» monnaie brûle les mains de ceux qui la possèdent, qui tentent alors de s'en débarasser le plus vite possible. Si vous avez deux monnaies différentes entre les mains, et que vous pensez que l'une perd de la valeur à chaque seconde qui passe (c'est cela une «mauvaise» monnaie), vous aurez alors envie de vous en débarasser le plus vite possible, quoi que ce soit que vous achetiez, quelque soit sa valeur ... D'où des phénomènes d'inflation puis d'hyper-inflation ... Si cette deuxième «mauvaise» monnaie ne perd pas trop de valeur, la pression pour s'en débarasser «à tout prix» est moins importante, mais les personnes préfèreront se débarasser de celle-ci en premier avant d'utiliser la «bonne» monnaie.

Dans la situation actuelle de l'euro, la faiblesse de l'euro par rapport au dollar pourrait le faire considérer comme une «mauvaise» monnaie ; les investisseurs pourraient alors avoir intérêt à placer leurs économies en dollars si l'euro continuait à diminuer sans s'arrêter face au dollar ... Même si accessoirement cette faiblesse de l'euro serait considérée par certains comme une bonne nouvelle pour les entreprises exportatrices européennes (ne pas oublier que les entreprises ont avant tout besoin d'un cadre monétaire stable pour travailler plutôt que des monnaies qui baissent ou qui montent) ...

La loi de Gresham appliquée au marché des dettes publiques ? Au fond, elle doit s'appliquer de la même manière. Dans le cas d'une monnaie, la loi de Gresham repose sur l'idée qu'il y a un excès d'offre de la «mauvaise» monnaie et un excès de demande de la «bonne» monnaie, qui fait que toute la «bonne» monnaie en circulation est immédiatement captée ou thésaurisée. Mais une monnaie ayant par définition cours légal imposée, elle ne peut être refusée comme moyen de paiement dans les échanges et est obligatoirement acceptée.

Dans le cas des dettes publiques, la situation est semblable avec un excès de demande pour les «bonnes» dettes et une insuffisance de demande (soit un excès d'offre) pour les «mauvaises» dettes, qui ne disposent par ailleurs d'aucun pouvoir de moyen de paiement pour pouvoir être utilisés dans un autre rôle. Seuls les fonds spéculatifs et les OPCVM à court terme (monétaires), qui ne conservent des titres de dettes que sur de très courtes périodes de temps, à la manière d'une monnaie (portant intérêt) sont intéressés par ces titres, mais cette utilisation a tendance à accroître la vitesse de rotation de ces «mauvaises» dettes et donc l'offre apparente de ces titres. Si nous n'étions pas dans une situation de fortes émissions de nouvelles dettes par les meilleures signatures de la zone euro (France et Allemagne), qui trouvent facilement preneur, mais si au contraire le volume de leur dette diminuait, nous observerions alors un effet inverse où les «bonnes» dettes auraient tendance à disparaître des échanges, et où seules les «mauvaises» dettes seraient échangées ...

Ce qui permettrait de titrer de manière inverse le titre de cet article du Monde : «les mauvaises dettes chassent les bonnes dettes». De telle sorte que ces titres ne sont ni faux ni vrais ... ils ne sont vrais que dans des situations très particulières ...



Saucratès


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25/11/2010
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