Sur l'économie
Regard pessimiste sur l’état des finances publiques françaises
Quel est l’état de l’économie française ? Question compliquée s’il s’en faut. La lecture d’un éditorial de Marc Touati dans le média Capital en donne une certaine idée. En un mot, la situation de l’économie française est catastrophique.
M. Marc Touati est à mon sens un ultra-libéral pur et dur, économiste, président du cabinet ACDEFI, conseiller économique d'eToro. Le cabinet ACDEFI («Aux commandes de l’économie et de la finance») est un cabinet de conseil économique et financier indépendant que Marc Touati a créé en 2007. Avant 2007, Marc Touati était le directeur de la recherche économique financière du groupe des Banques Populaires et de Natixis.
L’analyse de la situation catastrophique de l’économie française par M. Marc Touati est-elle excessive ? Dans un sens, cette analyse est exagérée pour l’instant. Certes, le déficit public est inquiétant, se positionnant depuis plusieurs années autour de -6% du PIB. Le niveau de la dette française à près de 130% du PIB est tout autant problématique, surtout dans un climat de renchérissement des taux d’intérêt de la dette publique.
Mais le couplet sur les comparaisons internationales pose problème. Il y a peu, une dizaine de pays européens faisaient l’objet d’une procédure pour déficit excessif, et là, M. Touati nous indique que seule la France est désormais poursuivie. Pourquoi pas. Mais ce sont les comparaisons en terme d’écarts de taux (encore appelés spreads de taux) avec la Grèce ou avec l’Allemagne qui interroge. Le spread de taux avec la date allemande a toujours dépassé un demi-point de taux. À ce jour, un spread de taux de 0,8 à 0,9 point avec l’Allemagne est donc à peine plus important que son niveau historique moyen. Certes, ce spread de taux à tendance à progresser légèrement, mais son évolution n’est pas aussi cataclysmique que M. Touati voudrait nous le faire croire.
On découvre ainsi que la situation a été bien pire en 2012-2013 ainsi qu’en 2007. La comparaison qu’il effectue avec la Grèce ou le Portugal est tout aussi problématique. Il fait comme si la Grèce ou le Portugal étaient toujours dans une situation aussi catastrophique qu’en 2012-2013 lorsqu’ils ne trouvaient plus à emprunter qu’à des taux dépassant 20%. Si le spread de taux de la France s’approche voire dépasse le spread de taux de la Grèce ou du Portugal, c’est d’abord le signe d’une bonne santé des économies grecque ou portugaise plus qu’un mauvais indicateur pour la France !
Il n’en demeure pas moins que l’impasse politique française pose problème. Ce n’est pas tant l’impopularité des uns ou des autres qui pose problème ; M. Macron demeure la moins pire possibilité de l’équation politique française, pour l’instant. S’il pouvait se représenter en 2027, il aurait des chances de pouvoir être réélu face aux extrêmes lui faisant face.
Non, le souci de la France est l’impasse politique actuelle. Le parlement est partagé entre trois camps inconciliables. La seule solution actuelle est l’immobilisme et cette situation est catastrophique avec une situation économique atone et un déficit s’élevant déjà à 6% du PIB. Un des trois camps, à gauche, veut mordicus des dépenses publiques croissantes et une hausse des prélèvements publics. Ce camp souhaite aussi un âge de départ à la retraite ramené à 62 ou à 60 ans. Les deux autres camps souhaitent des coupes dans les dépenses publiques et une baisse des prélèvements publics, mais ils sont incapables de se mettre d’accord. Et un des deux camps veut rétablir la retraite à 60 ans lorsque l’autre camp veut encore augmenter l’âge de départ à la retraite au-delà de 64 ans.
En somme des positions inconciliables qui interdisent toute prise de décisions pouvant nous tirer du précipice. Parce qu’au bout de quelques années avec un tel niveau de déficits publics, on va effectivement avoir de sérieux problèmes de légitimité et de crédibilité sur les marchés financiers. Très probablement lors d’une prochaine alternance politique si cette alternance politique fait arriver au pouvoir l’un des deux extrêmes aux responsabilités.
Il n’y a d’ailleurs que très peu de solutions envisageables pour se sortir de la situation de déficit public actuel. Si la situation économique s’améliorait au cours des prochaines années, on pourrait résorber ce niveau de déficit public en bloquant les dépenses publiques sans trop de casse sociale, et la hausse des recettes permettrait de réduire le niveau de déficit. Mais cette solution semble bien hasardeuse. L’inverse semble bien plus probable dans l’état actuel des tensions commerciales internationales.
Il va ainsi bien falloir baisser les dépenses publiques. Mais là aussi, les positions des camps en place divergent sur les dépenses publiques que l’on doit réduire. Les libéraux voudraient s’attaquer aux fonctionnaires, au poids des administrations et aux dépenses bénéficiant aux ménages, et ne surtout pas toucher aux nombreuses aides bénéficiant aux entreprises, comme notamment les milliards affectés au CICE. Pour préserver une supposée compétitivité des entreprises françaises même si on devine que le CICE ou son remplaçant sert avant tout aux dirigeants et aux actionnaires à se verser des confortables dividendes.
Le seul espoir de la France serait aujourd’hui la victoire d’un des trois camps en place. Au moins ce camp-là pourrait mettre en œuvre son programme, si tenter que ce programme puisse aider à rétablir la situation ! Après tout, M. Macron eut les pleins pouvoirs de 2017 à 2024 et on voit bien l’absence de résultats qui en a résulté. Tout comme sous les socialistes entre 2012 à 2017.
Il en irait d’ailleurs tout autant en cas de victoire électorale d’un deux camps des extrêmes. Par ailleurs, une majorité électorale aurait toutes les chances d’exploser devant les difficultés qui s’accumuleraient et les sacrifices à consentir. Avec une fraude d’une partie de la majorité comme cela a pu être observé entre 2012 et 2022.
En un mot, suis-je pessimiste sur les possibilités de la France de redresser ses finances publiques ? Pessimiste ou sans aucun espoir ? Merci de vos analyses personnelles, mes chers lecteurs et lectrices. À vous de m’éclairer.
Saucratès
Une problématique autour de quelques modèles économiques
Parlons d’économie. Quelle est la problématique à laquelle je souhaite m’attaquer dans cet article ?
La problématique porte sur la détermination du modèle économique qui peut permettre le développement d’un État comme la France, une zone géographique comme l’Europe ou les États-Unis d’Amérique. Faut-il privilégier le modèle ultra-libéral anglo-saxon, dans lequel c’est le régime de la libre-entreprise et du profit libre de toute entrave qui prime pour permettre le meilleur développement économique ? Faut-il privilégier le modèle semi-dirigiste de la planification à la française qui avait accompagné le développement de la France au cours des trente glorieuses ? Faut-il privilégier le système dirigiste communiste russe ou chinois ? Et enfin, on peut s’interroger sur ce qu’est le modèle de l’Union européenne actuel, normatif.
Des mutations économiques rapides
Pour débuter mon argumentation, je rappellerais les mutations extraordinaires de l’économie au cours des dernières décennies. C’est valable pour la France mais plus largement, c’est valable pour le monde entier. Je n’invente évidemment rien. Ces mutations ont été démontrées par de multiples auteurs et économistes.
En 1984, il y a quarante ans, la micro-informatique était encore balbutiante. Notre monde hyper connecté où chacun dispose chez soi d’un ordinateur, de téléphones portables plus puissants que les super-calculateurs du siècle dernier, n’existait pas il y a à peine quarante ans. En 1984, on utilisait des cassettes audio pour enregistrer des programmes et des jeux. On programmait soi-même ou on essayait de programmer ses propres jeux. On a commencé à y inventer les disquettes pour copier les données, puis les disques durs. Mais leur contenance se comptait en en dizaines ou en centaines de kilo-octets alors que l’on parle aujourd’hui de téraoctets (un milliard de kilo-octets).
En 1990, il y a plus de trente ans, l’internet était lui aussi balbutiant en regard de son essor actuel. Évidemment, il existait déjà sommairement entre les universités américaines. Mais on pouvait difficilement s’y connecter depuis la Réunion. Dans les entreprises, on ne disposait ni d’internet, ni de messagerie, mais on utilisait des fax, des télex et des courriers postaux. Il n’existait ni réseaux sociaux, ni médias en ligne, ni sites internet, ni même de télétravail. Et avant la généralisation de la bureautique, pas de micro-informatique, mais des machines à écrire.
En quarante ans, nous avons ainsi totalement changé d’époque. L’époque de la dématérialisation de toutes les opérations, des réseaux sociaux, du virtuel généralisé.
Le modèle ultra-libéral anglo-saxon
Ces modifications s’expliquent par des innovations inventées notamment par des multinationales anglo-saxonnes, comme Google, Amazon, FaceBook ou Apple. Derrière ces multinationales, à chaque fois, il y a un homme, un inventeur, devenu milliardaire par la suite. Steve Job, Mark Zuckerberg, Bezos, Bill Gates ou Elon Musk. Ce sont eux qui ont révolutionné notre monde, mais peut-être que si cela n’avait pas été eux, s’ils n’avaient pas existé ou inventé ces choses, quelqu’un d’autre aurait inventé leur invention : les iPhone, les réseaux sociaux, le commerce en ligne, les navigateurs internet … Parmi ces inventions et innovations, rappelons l’arrivée de Google en 1998 et de Wikipédia en 2001, comparables à l’époque à l’arrivée de ChatGPT et des autres artefacts génératifs en 2022.
Etait-ce leurs inventions qui ont révolutionné le monde, autorisé par un système ultra-libéral qui valorise et encourage la richesse extrême et la réussite sociale, ou bien était-ce la société qui avait suffisamment évolué, une société qui était prête à accepter toute sorte d’innovations majeures. Cela a été leur réussite, leur coup de génie (comment faire gagner des milliards de dollars avec un navigateur qui te propose des réponses, ou avec un réseau social sur lequel tu marques tes centres d’intérêt et ton histoire ?), mais quelqu’un d’autre aurait pu inventer plus ou moins la même chose. On ne parlerait pas des GAFAM mais des XBRLU ; ça sonnerait juste moins bien aux oreilles.
Cette réussite aurait-elle été possible avec un autre système économique que le modèle ultra-libéral anglo-saxon, comme par exemple avec le modèle dirigiste français ? De manière surprenante, comme pour répondre à cette question, on peut noter que la Chine communiste a également réussi à développer de grandes multinationales autour d’une commerce en ligne (Alibaba), de la voiture électrique (BYD) ou de la téléphonie mobile (Huawei). Mais loin des principes et des canons de l’économie dirigiste communiste, on trouve aussi des milliardaires derrière chacune de ces inventions, chacune de ces entreprises tentaculaires. Comme si seul le profit réussissait aujourd’hui à révolutionner notre époque.
Le modèle de la planification à la française
Le modèle de la planification a permis à la France de découvrir et de développer le nucléaire civil, à égalité avec les plus grandes puissances mondiales. Elle a permis l’invention du train à grande vitesse, la mise au point du Concorde, de Airbus et Ariane Espace en partenariat avec des entreprises d’autres pays européens. Cette alliance de l’administration et de grands groupes industriels a fonctionné tout au long des années 1950 à 1970, permettant à la France de créer des champions industriels et des produits technologiques novateurs. Mais cela n’a duré que tant que durèrent les trente glorieuses.
Le projet planificateur s’est effondré, au choix, avec les crises pétrolières, la fin de l’empire colonial français, la présence puis la disparition de grands hommes politiques visionnaires, l’apparition de politique ultra-libéral en France, sous Giscard d’Estaing puis sous Chirac, Balladur puis Sarkozy, ou dans le monde (Ronald Reagan ou Margareth Thatcher).
La disparition du concept même de planification à la française explique probablement son échec actuel. Il n’existe plus depuis les années 1990 de commissariat au plan et de réflexions purement industrielles. Le commissariat au plan a été remplacé par un organisme nommé France Stratégie mais son objectif n’est plus de monter des plans industriels à grande échelle, sur des décennies. Son objectif depuis des décennies n’est plus que de mesurer l’efficacité des politiques publiques, d’effectuer des calculs socio-économiques, dans un objectif de rationaliser l’action publique, les politiques publiques pour les rendre plus efficaces. Résultat, depuis les années 1970, la France s’enfonce dans les crises, dans la dette publique et nos champions industriels disparaissent (Thomson) ou se font racheter ou bien se développent à l’international et cessent de produire en France et d’être français (Arcelor, Saint-Gobain…).
Existe-t-il des exemples de grandes réussites industriels françaises ? Quelques grands groupes internationaux sont encore français, comme les constructeurs automobiles Peugeot et Renault, dans le luxe (Pinault-Printemps ou LVMH), dans la beauté (Loréal) ou dans les services. Mais de réussites technologiques ou industrielles, à l’image du TGV, du Concorde, du nucléaire civil et militaire ? Un désert.
L’Allemagne semble s’en sortir mieux dans l’industrie, mais pour combien de temps face à la concurrence japonaise ou chinoise ? L’échec du modèle dirigiste français mais aussi communiste s’explique-t-il par l’abandon du principe même de la planification industrielle à grande échelle comme il a pu exister tout au long des années 1950, 1960 et 1970, ou bien s’explique-t-il par la suprématie économique du modèle ultra-libéral anglo-saxon, par la suprématie de l’attrait du profit sur celui de la régulation, sur la supériorité d’un modèle supposant qu’un génie saura découvrir et développer l’invention miracle ?
Au fond l’échec du modèle de planification française s’explique par son abandon face à l’idéologie ultra-libérale. La France aurait-elle pu avoir les moyens de défendre et de créer de nouveaux champions industriels ou technologiques ? On l’ignore. Les multinationales ont désormais une puissance financière qui les rend égale aux grands états occidentaux, avec une agilité que les budgets de l’Etat ne possèdent pas, corsetés par des dépenses de fonctionnement rigides pour assurer les diverses missions de service public que ces états assurent, et une capacité d’endettement étranglée.
Quel modèle européen ?
L’Europe a pu permettre la réussite d’un certain nombre de grands projets : Airbus, Ariane Espace, Eurofighter … essentiellement dans le domaine aérien, militaire ou spatial. Mais là aussi, ce modèle a vécu, remontant aux années 1970 et 1980. Rien de nouveau.
L’Europe aujourd’hui, c’est l’ouverture des marchés au sein de l’Europe, c’est la privatisation et le démantèlement de tous les champions industriels publics pour permettre la constitution de groupes privés charognards (le groupe du tchèque Daniel Kretínsky…) qui profitent des ouvertures des marchés nationaux imposés par Bruxelles, des normes édictées, comme le marché de l’électricité, le marché des réseaux ferrés. Voilà ce qu’est l’Europe aujourd’hui. Un zélote du modèle ultra-libéral anglo-saxon qu’elle impose dans chaque compartiment du marché européen qu’elle cherche à ouvrir et à démanteler. Un zélote de la conclusion d’accords commerciaux avec chaque zone commerciale étrangère (Canada, Mercosur, états ACP) avec cette idéologie mortifère pour les industries européennes que ce qui est bon pour le consommateur européen est bon pour l’Europe, quelqu’en soit les conséquences industrielles. Un modèle reposant sur l’édiction de règles et de normes impératives (jusqu’à libéraliser la notion de chocolat !) et sur l’ouverture tout azimut des marchés.
La réussite américaine ne tient peut-être pas tant à la supériorité de son modèle ultra-libéral que dans l’abandon de la planification réfléchie à la française et au déploiement de l’idéologie mortifère de l’Union européenne et des ultra-libéraux qui la servent probablement de manière intéressée.
Saucratès
Nota bene : Le commissariat général au plan existe de 1946 à 2006 mais son rôle est remis en cause dès 1986 lors de la première cohabitation et les plans quinquennaux sont abandonnés en 1993.
Oligopole sur le marché de l’approvisionnement alimentaire
Aussi invraisemblable que cela puisse paraître, il existerait des firmes multinationales qui contrôlent des pans entiers de l’économie mondiale sans que personne ne les connaissent, sans que personne ne sache qu’elles existent, sans que personne, même des économistes qui croient comprendre le monde et ses enjeux, ne prenne conscience de leur puissance et de leur leadership.
Nous connaissons évidemment tous les GAFAM ; ces multinationales hyper-puissantes qui contrôlent les nouvelles technologies de l’information au plan mondial. Initialement, les GAFA correspondaient aux initiales des quatre plus grandes sociétés américaines et mondiales cotées en bourse, à savoir : Google, Amazon, FaceBook et Apple. Celles-ci étaient sensées devoir révolutionner nos vies et elles l’ont révolutionné. Que seraient nos vies sans l’accès Google à Internet, sans les Smartphone inventés par Apple, que serait le commerce en ligne sans Amazon et nos vies sans les réseaux sociaux inventés par FaceBook ? Le M de GAFAM correspond enfin à Microsoft, qui a également révolutionné l’accès à Internet avec son logiciel Explorer.
https://fr.wikipedia.org/wiki/Géants_du_Web
Mais depuis lors, ces entreprises ont changé de noms. Google est devenu Alphabet tandis que FaceBook est devenu Meta. Et une sixième et une septième entreprises ont rejoint ses géants d’Internet, dont une beaucoup moins connue que les autres pourtant pour l’instant : Nvidia, fabricant de puces électroniques, et Tesla. Et on parle ainsi désormais soit des «Six Merveillous» ou des «Magnificent Seven». Nvidia fabrique les puces de dernière génération qui permettent de faire tourner les ordinateurs pour l’intelligence artificielle mais elle est encore peu connue, tandis qu’on ne présente plus Tesla, qui a révolutionné le monde vénérable des constructeurs automobiles, pour la plupart implantés depuis le début du vingtième siècle, en réinventant la voiture électrique (même si elle est déjà menacée par la multitude de constructeurs chinois).
Néanmoins, je ne connaissais pas véritablement l’importance des cinq firmes internationales citées par l’économiste Xavier Dupret dans le marché de l’approvisionnement alimentaire mondial notamment en matières premières : Archer Daniels Midland (ADM), Bunge, Cofco, Cargill et Louis Dreyfus Company (LDC).
Au sein de ces cinq firmes, on a néanmoins probablement tous au moins entendu parler du géant américain Cargill. La pire entreprise du monde selon le journal Le Monde ou certains parlementaires américains. Même si la palme est disputée chez les parlementaires ou les écologistes puisqu’on trouve aussi dans ce petit cercle des ennemis jurés des écologistes les firmes Mosanto, Exxon Mobil ou Total.
Inversement, j’ignorais complètement tout de la firme américaine Bunge, même si je me rappelle qu’elle avait reprise en 2003 la société Cereol issue du démantèlement de la société Eridania-Beghin-Say, dont une autre partie avait été reprise par le groupe sucrier Téréos bien connu des agriculteurs réunionnais.
Concernant la firme Louis Dreyfus Compagnie (ou LDC), on connaît tous plus ou moins son ancien dirigeant historique Robert Louis-Dreyfus à travers le rachat mouvementé d’Adidas et de l’Olympique de Marseille. À noter que dès le début du vingtième siècle, dans les années 1900, le groupe Louis Dreyfus était déjà le leader mondial du négoce de céréales. Mais ses actifs en Russie furent confisqués en Russie suite à la révolution de 1917 tandis que ses actifs en France furent confisqués par le gouvernement de Vichy.
https://fr.wikipedia.org/wiki/Robert_Louis-Dreyfus
Archer Daniels Midland (ADM) est une multinationale américaine. Enfin, Cofco («China National Cereals, Oils and Foodstuffs Corporation»), de son côté, est un conglomérat public chinois, dont le siège social semble être installé à Genève en Suisse. Avant que Cofco rejoigne le groupe des plus grands négociants de produits alimentaires au monde, on parlait du groupe ABCD en parlant de ses quatre concurrents (Archer, Bunge, Cargill et Dreyfus).
https://fr.wikipedia.org/wiki/COFCO
Ainsi, selon l’économiste Xavier Dupret, l’inflation observée au cours des deux dernières années ne serait «pas tant le reflet de la hausse des cours mondiaux due à la guerre en Ukraine que celui de la hausse des profits de l’oligopole qui contrôle ces prix».
Selon Dupret, les profits record de ces mastodontes en 2022 serait très supérieurs à la moyenne de leurs bénéfices durant la période 2016-2020, avec «une augmentation de 300% pour ADM, 280% pour Bunge, 250% pour Cargill et 280% pour LDC».
Petite limite à cette information frappante, il était indiqué que le groupe Louis Dreyfus Compagnie n’avait jamais communiqué sur ses comptes financiers, hormis en 1939-1945 lorsqu’elle était sous le contrôle de Vichy et des Nazis. Ces bénéfices exceptionnels dégagés par ces quatre groupes sont-ils ainsi bien réels ? Deux de ces cinq firmes ne sont d’ailleurs même pas cotées en bourse et ne publient ainsi par leurs comptes (Cargill et Dreyfus) même si Wikipédia est néanmoins capable de citer leurs chiffres d’affaires et leurs résultats. Cofco est ainsi cotée à Hong Kong (KYG226921008) tandis que ADM (ADM sur le NYSE) et Bunge (BG) sont cotées sur le New York Stock Exchange (NYSE).
- +61% pour ADM entre 2021 et 2022 avec 4,4 milliards $
- +81% pour Bunge entre 2020 et 2021 avec 2,1 milliards $
- +36% pour Cargill entre 2021 et 2022 avec 6,7 milliards $ (mais -43% en 2023)
- +82% pour Dreyfus entre 2020 et 2021 avec 0,7 milliard $
À moins que la période de référence ne soit pas véritablement significative en intégrant l’année 2020 liée à la pandémie de Covid 19. Il faut peut-être se méfier de ces chiffres cités par l’économiste Xavier Dupret qui viseraient à choquer l’opinion publique et influer sur les politiques publiques ?
Malgré tout, il est économiquement probable que l’existence d’un tel oligopole doive forcément influer sur les prix et les marges. Mais le groupe Louis Dreyfus était déjà le leader de ce marché au début des années 1900. Cet oligopole n’est ainsi très probablement pas récent, même si quelques nouveaux acteurs le rejoignent au fil des décennies, comme Cofco récemment. Pour quelles raisons cet oligopole aurait-il donc brutalement et outrageusement accru ses marges à partir de 2022 ? Cela n’a peut-être pas grand sens en fin de compte.
Saucratès
Sur l’économie : comment allouer et produire des ressources rares pour atteindre des objectifs sociétaux
Ces quelques articles du Monde permettent d’éclairer mon souhait premier, initial, d’interroger l’économie et le fonctionnement de la société. Comprendre le fonctionnement de l’économie et expliciter les raisons qui font qu’il puisse y avoir des très riches, des riches, des classes moyennes et une majorité de pauvres et de très pauvres, voilà ce qui pourrait être une question idéale pour les sciences économiques.
«L’économie est une science du comment : elle étudie comment allouer et produire des ressources rares pour atteindre les objectifs sociétaux – et neutre vis-à-vis des motivations des individus qui la composent – motivations matérielles, sentiments moraux, besoins d’image et d’identité…»
C’est devenu évident aujourd’hui pour nous tous ; la finitude de la Terre et des ressources que l’on peut y puiser. Cette Terre qui, jusqu’à peu, il y a à peine un siècle, n’était pas encore totalement découverte et arpentée, aujourd’hui nous comprenons tous que les biens que nous consommons ne sont pas en nombre infini, que les réserves de pétrole, de charbon, de métaux, de terres rares, vont s’épuiser. Et que même la nourriture que l’on y fait pousser ponctionne nos réserves. Autrefois, les famines s’expliquaient par de mauvaises récoltes, par des hivers trop froids ou un climat déréglé. Aujourd’hui, les famines s’expliquent par des dysfonctionnements des marchés. Mais elles s’expliquent aussi déjà par la finitude de la Terre, par le fait que l’on ne peut pas consommer chaque année le contenu de plusieurs Terres, par le fait que la population mondiale croît aussi continuellement. Aujourd’hui 8 milliards d’humains, bientôt 9 milliards. Alors qu’au fond, il y a encore peu de temps, nous n’avions besoin de produire que pour 3 milliards d’humains.
Lorsque je parle de la société, je pense à la société capitaliste occidentale. Mais il ne faut pas oublier que nombre de sociétés humaines existent encore parallèlement à la nôtre, même si celles-ci sont peu à peu contaminées, accaparées par notre société occidentale. Les jeunes de ces sociétés sont hypnotisés par les promesses de richesse et de consommation que nos médias et nos émissions véhiculent. Et les productions de ces sociétés éloignées sont également achetées, capturées par notre monde. Mais il doit encore exister des mondes préservés, même si leur planète ne le sera pas. Nous ne sommes pas la seule forme de société.
Il y a bien évidemment les autres sociétés d’économie dirigées, la Russie ou la Chine, où les façons de s’enrichir et de demeurer au sommet de la société doivent différer de notre forme de société. Et c’est évidemment ce que cherchent à promouvoir tous les adeptes de la démocratie, pour que des contraintes militaires ou sécuritaires ne viennent pas perturber la recherche de la richesse et du pouvoir dans ces autres sociétés.
La pensée capitaliste occidentale ne fait reposer l’existence des classes sociales que par la réussite personnelle, les bonnes décisions prises au bon moment, le résultat du seul mérite individuel, de l’effort et la réussite comme récompense. Les pauvres, les classes moyennes, ne sont en fait que les perdants, les fainéants dans la compétition de la vie. Lorsque certains ne lui donnent pas une raison religieuse et philosophique. Leurs adversaires tiennent d’ailleurs le même discours lorsqu’ils abordent l’intersectionalité, qu’ils font reposer les causes de l’échec sur des discriminations liées au sexe ou à la couleur de peau.
On peut évidemment estimer qu’en faisant cela, l’intersectionalité apporte une réponse à l’inégalité de la société occidentale capitaliste, même si je n’y crois pas. Parce que c’est notre système social lui-même qui repose sur une non-distribution équitable des ressources et des richesses entre les différents membres de la population.
L’intersectionalité ne cherche qu’à renverser l’ordre de la société pour que ces derniers en deviennent les prochains maîtres, remplacent les riches, au détriment des autres. Exactement de la même manière que la politique dite ‘affirmative action’ aux Etats-Unis discriminaient en fait ouvertement les étudiants considérés comme d’origine asiatique, dont les résultats scolaires et intellectuels dépassaient ceux des autres.
Il en va de même des tentatives de mesurer la richesse en France. Ce besoin maladif de ces comités d’expert, des médias, des politiques socialistes (ou devrais-je dire hollandais) de pondre un chiffre, une frontière, pour dire que ceux-ci sont riches. Avec toujours à craindre l’irruption d’un «je hais les riches» à la François Hollande. Notre cher gouvernement occidental capitaliste étant toujours à la recherche d’une bonne excuse pour rembourser sa dette, d’un bouc émissaire commode à faire haïr qu’il pourra exhiber devant le peuple pour détourner sa colère.
«Combien faut-il gagner pour être riche en France ? La somme de 3.860 euros mensuels après impôts pour une personne seule, 5.790 euros pour un couple, 9.650 euros pour une famille avec deux adolescents, répond l’Observatoire des inégalités, dans la troisième édition de son rapport sur les riches, publié mercredi 5 juin.
Dès lors, 4,7 millions de Français sont riches, calcule l’Observatoire, en se basant sur les données 2021 de l’Insee. Cela représente 7,4 % de la population. C’est moins qu’en 2011, lorsqu’on recensait 5,5 millions de riches dans le pays, un record sur les vingt dernières années.»
J’ai un peu de peine à me dire qu’avec 3.860 euros par mois, après impôt, on puisse être considéré comme riche ! Lorsqu’il faut le plus souvent payer 1.000 à 1.500 euros de loyer pour se loger. Tout dépend avant tout selon moi de la richesse accumulée, du patrimoine immobilier hérité. Tout ceci est tellement simpliste et orienté politiquement !
Comme l’indique l’Observatoire, les riches sont moins nombreux mais ils se sont enrichis plus rapidement. Et si on dissolvait cet Observatoire, cela ferait sûrement quelques riches de moins ! Mais on leur trouverait certainement une autre sinécure grassement rétribuée en terme de renvoi d’ascenseurs.
Il reste cette question sur laquelle je devrais avancer mais à laquelle je n’ai pas apporté le moindre commencement de réponse : «Comprendre le fonctionnement de l’économie et expliciter les raisons qui font qu’il puisse y avoir des très riches, des riches, des classes moyennes et une majorité de pauvres et de très pauvres». J’y reviendrais ultérieurement.
Saucratès
France-Allemagne - L’euro est-il la raison de l’échec français ou bien est-ce dû à la cupidité de ses élites ?
France-Allemagne - L’euro est-il la raison de l’échec français ou bien est-ce dû à la cupidité de ses élites ?
Par Saucratès
Saint-Denis de la Reunion, vendredi 7 janvier 2022
Je vais revenir à un sujet plus économique et monétaire, traitant des perdants et des gagnants de la mise en place de l’€uro. Il se trouve néanmoins que je serais particulièrement gêné pour apporter des preuves ou démontrer une éventuelle théorie sur ce sujet. Mais d’une certaine manière, c’est aussi le cas de ce journaliste du Monde.
On entend ainsi souvent pérorer que la France fait partie des perdants de la mise en place de l’€uro, tandis que l’Allemagne ferait inversement partie des grands gagnants de sa mise en place. C’est cette thèse qui est développée dans cet article récent du Monde.
Selon Le Monde comme selon les tenants de cette thèse, la politique de l’€uro fort voulu par les allemands auraient été bénéfique pour l’industrie allemande et désastreuse pour l’industrie française qui aurait eu besoin inversement d’une dégradation de la valeur externe de sa monnaie pour conserver sa compétitivité. C’est une théorie séduisante, mais celle-ci ne permet pas d’expliquer pourquoi une même situation monétaire a été bénéfique pour l’industrie d’un pays mais nocive pour celle de son voisin géographique !
Pour les non-économistes de formation, le concept de dévaluation compétitive d’une monnaie doit vraisemblablement paraître un peu compliqué. C’est un concept lié à une époque où les banques centrales maintenaient des valeurs fixes de leur monnaie vis-à-vis des principales devises. Les dernières dévaluations que la France a connu remonte ainsi à 1969, face au dollar, mais plusieurs dévaluations ont aussi eu lieu entre 1981 et 1986 vis-à-vis du Deutschmark dans le cadre du Système monétaire européen.
Aujourd’hui, plus de cinquante après la dévaluation de 1969, et près de 35 ans après celles du premier septennat de François Mitterrand, peu d’entre nous comprennent encore ce que ce terme signifie. Aujourd’hui, nous sommes habitués à des marchés des changes qui fluctuent inexorablement, même si cela ne nous impacte pas fortement autrement que sur le prix des produits pétroliers, toujours exprimés en dollars.
La dévaluation était une arme permettant à un État d’abaisser la valeur de sa monnaie afin de rendre ses exportations (et donc son industrie) plus compétitives ou moins chères à la vente. Inversement, au plan interne, les produits de l’étranger devenaient plus chers, ce qui devait permettre d’avantager la consommation des produits fabriqués localement. Évidemment, une dévaluation présentait des inconvénients, à travers le renchérissement des matières premières importées. On parlait ainsi de courbe en J ou en U pour décrire les effets d’une dévaluation compétitive, et ses impacts à court et moyen terme.
Néanmoins, il était économiquement convenu que les dévaluations étaient un remède sans espoir, si ce n’est d’enchaîner des dévaluations les unes après les autres.
Dans le débat qui nous intéresse autour des gagnants et des perdants de l’€uro, la comparaison entre la France et l’Allemagne, et la responsabilité attribuée à l’€uro, servent surtout à exonérer les politiques publiques, et les actions de nos hommes politiques, de toute responsabilités dans cette dégradation. Et pourtant, il y a bien une raison pour que l’€uro ait profité à l’Allemagne, et pas à la France !
Trente-cinq années de politique libérale toujours plus exacerbée, de libéralisation à tout crin, n’y ont rien changé. Et aujourd’hui, on nous propose toujours les mêmes remèdes, on nous sert les mêmes explications : il faut plus de libéralisation, il faut plus de libéralisme, il faut moins de protectionnisme et de sécurité pour les travailleurs.
L’explication tient en un mot : désindustrialisation. Alors oui effectivement, des hommes politiques comme Arnaud Montebourg ont tenté de s’emparer de ce sujet. Oui, un président Macron a pu déclamer quelques discours dans le cadre de la pandémie de Covid 19, mais on parle de 5 à 7 ans pour rapatrier simplement la production d’Efferalgan en France ! Juste pour des flacons de cachets d’Efferalgan ! Combien faudra-t-il donc de siècles pour y rapatrier l’ensemble des productions que l’on a laissé fuir à l’étranger ces vingt ou trente dernières années ?
Comment expliquer donc la perte de compétitivité de la France depuis l’introduction de l’€uro et le départ de la majorité de ces activités productives et industrielles ? Alors que l’Allemagne ou l’Italie dans une moindre mesure ont su conserver une forte présence industrielle ? Simplement la combinaison entre des politiques publiques et réglementaires désastreuses, et un aveuglement et une cupidité sans borne des industriels et des grands patrons d’industrie français. La conjonction de ces deux plaies a conduit à la désindustrialisation presque complète de la France, même si celle-ci avait commencé bien avant cette introduction de l’€uro. Mais vingt années après l’€uro, on en mesure enfin l’impact.
Facile de mettre en cause les politiques publiques et réglementaires. Ces politiques ont par exemple détruit l’industrie automobile française dès les années 1970 avec les réglementations sur la vignette et le développement de moteurs de petite cylindrée, enfermant la production automobile française sur son marché domestique, à la différence de nos voisins allemand, italien ou anglais. La politique du malus rédhibitoire (désormais 30.000 euros pour les moteurs légèrement polluants) plus actuelle aura vraisemblablement un même impact en dehors du marché domestique français. Il faut aussi et surtout parler du prisme des politiques français pour la sacro-sainte concurrence et le sacro-saint libéralisme, qui leur a interdit de sauvegarder des champions français et les a laissé se faire racheter ou disparaître sans se soucier des conséquences en terme d’emplois et de souveraineté industrielle. La prise de contrôle tolérée de Arcelor par le sidérurgiste indien Mittal n’est qu’un de très nombreux exemples de compromission, de sabordage des politiques et des gouvernements français.
En lien avec cet aveuglement politique et gouvernementale, en lien avec ces règlementations absconses et stupides, cherchant juste à remplir les caisses de l’Etat, il faut aussi parler de la cupidité sans borne des patrons et des industriels. Loin de réfléchir aux conséquences à long terme de leur recherche effrénée du profit, les patrons et les industriels français ont délocalisé, vendu et transféré à l’étranger des pans entiers de notre industrie, juste pour s’enrichir un tout petit plus. C’est manifestement un autre choix que les patrons allemands ou italiens ont effectué aux mêmes moments, dans les mêmes conditions. Évidemment, la perméabilité entre ce grand patronat et les élites gouvernementales ou technocratiques explique une bonne partie de cette faute, de cette responsabilité. Lorsque les ministres deviennent les patrons de grandes entreprises ou inversement, ou sont choisis pour diriger la Banque de France ou d’autres grandes institutions, comment s’étonner de cette absence de recherche de responsabilité. Un ouvrier aurait fait de telles erreurs dans son entreprise qu’il aurait déjà été licencié. Mais on parle là d’une élite formée à l’Ena ou aux Mines qui se protègent et s’appuient les uns les autres, administrant de manière croisée l’ensemble des grandes entreprises du CAC 40.
La gestion des entreprises et des industries en Allemagne repose par contre sur ce que l’on appelle la co-gestion à l’allemande, obligeant les industriels et les patrons allemands à prendre en compte età obtenir l’accord des syndicats et des salariés. Impossible à mettre en œuvre en France ? Surtout, l’ensemble de nos dirigeants, en politique, dans les ministères ou dans les entreprises, sont évidemment totalement opposés à une telle évolution qui les priverait de leur pouvoir, qui les obligerait à rendre compte réellement de leurs décisions, à laisser les salariés et leurs représentants décider également des choix des entreprises. Même à la tête de certains syndicats, on retrouve ces mêmes personnes appartenant à ce même réseau.
Appliquer la co-gestion en France, imposer une parité dans les conseils d’administration entre représentants du patronat et salariés, et non pas les limiter à 1, 2 ou 3 administrateurs salariés auxquels on demande de quitter la séance lorsqu‘on aborde des sujets financiers ou stratégiques, que l’on essaie au mieux d’acheter ou au pire que l’on ignore ou qui amuse ? Médias, gouvernement, politiques élus, chefs d’entreprise, syndicalistes vendus au patronat, dénonceront sans vergogne l’utopie d’une telle absurdité si le sujet venait à émerger. Et comment pourrait-il même émerger ?
Mais le résultat industriel et économique est là. Du côté de la France, la prise en compte uniquement des profits à très court terme au bénéfice des seuls possédants, des seuls patrons, a conduit à une désindustrialisation presque totale de notre pays, et un développement massif des services, que l’on peut désormais aussi massivement externaliser, délocaliser, pour gagner encore quelques millions ou milliards d’euros à très court terme, toujours dans le seul intérêt des patrons et parfois pour préserver l’emploi de quelques poignées d’ouvriers que l’on prend en otages, que l’on manipule …
Et de l’autre, du côté de l’Allemagne, on trouve un tissu industriel très fourni qui permet à l’Allemagne d’être l’usine de l’Europe, un champion de l’exportation, la grande gagnante de la mise en place de l’€uro. Mais cela n’a rien à voir avec l’€uro ; juste à voir avec une vision industrielle des politiques, des patrons d’entreprise et des syndicats et des salariés qui sont associés à toutes les décisions dans les entreprises.
Evidemment, Macron voudra aussi nous faire croire que sa réforme du dialogue social dans les entreprises (les ordonnances Macron) ont apporté une réponse à ce débat. C’est évidemment faux, cette réforme n’ayant visé qu’à détruire la représentation du personnel, à la priver des maigres droits acquis entre 1981 et 1995, au cours des années Mitterand, voire jusqu’aux années 2002. C’est une réforme ultra-libérale du dialogue social, et le fait que la CFDT ait pu être prête à signer le projet d’ANI à l’origine des ordonnances Macron n’est qu’un signe de la compromission de la CFDT avec les élites qui nous gouvernent.
Il est évidemment tellement plus simple de mettre la faute sur l’€uro, sur une sorte de fatalité qui veut que les termes de l’échange aient été désavantageux pour la France, sans mettre en cause la responsabilité de ceux qui nous dirigent, qui dirigent la France, qui contrôlent tout.
Oui, ceci est un plaidoyer pour la co-gestion à l’allemande, pour ce système qui pourrait être appliqué en France très facilement, même si les salariés et les syndicats mettraient du temps à en prendre la juste mesure, à se voir reconnaitre par les patrons le droit de participer aux décisions, ou justement de ne pas y participer et d’y mettre leur véto, tant que les intérêts légitimes des salariés et de leurs emplois ne seraient pas pris en compte.
Saucratès