Critiques de notre temps

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La mise en question de la fin ultime de la souveraineté (redite)

 

Saint-Denis de la Réunion - Mardi 2 janvier 2018

 

En ce début d'année 2018, je voudrais ressortir un post écrit il y a quelques années, en octobre 2010, sur la morale et la politique. Ce post avait été écrit sous l'hyper présidence de Nicolas Sarkozy, et elle interrogeait les fins ultimes de la souveraineté dans un Etat de droit démocratique.

 

Ce post n'a rien perdu de sa contemporanéité, sous la présidence d'Emmanuel Macron, qui certains médias (ou lui-même) aiment à appeler «jupitérien», ce qui renforce d'autant le rapprochement pouvant être fait avec l'Ancien Régime absolutiste royal. Je pourrais tout à fait utiliser les mêmes mots pour décrire la situation française présente. Et cette réflexion est tout autant valable pour les Etats-Unis d'Amérique sous l'ère Trump. 

 

Réflexion quarante-quatre (19 octobre 2010)
La mise en question de la fin ultime de la souveraineté
 
Il est une question que l'on ne pose pratiquement plus, comme si elle ne se posait plus, comme si on lui avait trouvé une réponse parfaite, indépassable, réponse qui résolvait tous les problèmes qui pouvaient exister auparavant. Cette question, c'est de savoir qu'elle est la fin d'un gouvernement, la fin de la souveraineté du gouvernement, la raison (ou les raisons) pour laquelle nous donnons mandat à certains d'entre nous (ou à certains) pour nous représenter, ou pour nous gouverner. Cette question était posée par certains philosophes à l'époque de l'absolutisme royal. Face à un souverain qui estimait régner par droit divin et qui détenait un pouvoir conquis par la force et par la conquête, il était nécessaire pour certains philosophes de fonder la légitimité de sa souveraineté sur autre chose que sur la force, sur l'obligation qui lui était faite de gouverner en fonction du bien public, de l'intérêt général.
 
Ainsi Pufendorf écrivait : «On ne leur a conféré (à ces souverains) l'autorité souveraine qu'afin qu'ils s'en servent pour procurer et maintenir l'utilité publique (...). Un souverain ne doit rien tenir pour avantageux à lui-même, s'il ne l'est aussi à l'Etat.» Cette mise en question est évidemment fondamentale dans le cadre des anciens régimes monarchiques où un souverain succède à un de ses parents.
 
Mais pour autant, n'est-il pas bizarre de ne plus se poser cette question dans le cadre d'un régime démocratique. Qu'est-ce qui expliquerait que cette mise en question ne se pose plus, qu'il ne soit plus nécessaire de s'interroger sur la fin ultime du pouvoir confié à quelques uns de nous représenter, de nous gouverner, même si leur légitimité provient du suffrage universel ?
 
J'aime rappeler que le terme démocratie provient du grec dhmo (dêmos - peuple) et kratia (kratos - pouvoir). Une fort belle introduction à toute réflexion sur ce concept politique et social. L'exercice que fait le président Nicolas Sarkozy du pouvoir exécutif, législatif et judiciaire, le mélange des genres qu'il pratique, entre les diverses fonctions (président de la république, chef du parti majoritaire), entre les différents pouvoirs, entre les intérêts de l'état, les siens personnels et ceux des plus riches fortunes de France dont il s'affiche comme l'ami (non pas seulement lui mais de nombreux autres ministres de son gouvernement) ...
 
Tout cela doit nous permettre de souligner que le simple fait de recevoir sa légitimité du suffrage universel ne résout pas par magie toutes les interrogations que l'on peut avoir, que l'on doit avoir, sur la légitimité de la souverainté de nos gouvernants, de nos gouvernements. Certains ont pu croire que la démocratie résolvait tous ces problèmes, que le simple fait d'énoncer que le pouvoir émanait du peuple dans son entier et que ce peuple avait la possibilité de le confier à quelques uns de ses représentants était suffisant. Mais ce n'est pas vrai. La façon dont une personne a obtenu son pouvoir, la manière dont elle est devenue un gouvernant, par le biais du suffrage universel, ou par la force des armes, du poison ou par la conquête, n'a aucune incidence sur la façon dont elle gouvernera.
 
 
Saucratès


02/01/2018
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