Critiques de notre temps

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Nouvelles réflexions morales


Où l’on parle de notre petite voix intérieure

Où l’on parle de notre petite voix intérieure
Par Saucratès 

 

Saint-Denis de la Réunion, mercredi 26 janvier 2022

 

Voilà un article extrêmement intéressant du site «ça m’intéresse» sur «notre petite voix intérieure». Au fond, je ne m’étais jamais vraiment posé la question de savoir si c’était normal ou non, d’avoir des pensées qui s’entrechoquent dans la tête, d’avoir une petite voix dans la tête qui tourne en boucle. Et cet article répond en fait très bien à cette interrogation et j’ai eu envie de le partager avec vous.

 

https://actu.caminteresse.fr/psychologie/dou-vient-notre-petite-voix-interieure-11182038/

 

Chers lecteurs et chères lectrices, vivez-vous donc avec une petite voix intérieure dans la tête qui vous parle presque tout le temps ? Si la réponse est oui, c’est donc que vous êtes normaux/normales. Selon Russel Hurlburt ou Charles Fernyhough, on soliloque en moyenne «en silence 23% du temps éveillé» mais chez certains d’entre nous, «ce taux peut atteindre 94%» du temps. Et «si la pensée passe le plus souvent par le langage, la voix intérieure peut aussi s’appuyer sur des images».

 

Je suis donc normal ! Non pas que je me sois réellement interrogé précédemment sur ma normalité. On vit depuis qu’on est tout petit avec cette aptitude, ou cette malédiction, de se parler à soi-même, de se raconter des histoires, d’imaginer des choses, et cela nous paraît totalement naturel au fil des années. Au pire, on peut se demander juste si d’autres personnes sont comme nous, si tout le monde est comme nous ou au contraire si on est spécifique, spécial, particulier, anormal. Mais au fil des années, on ne fait plus vraiment attention. On s’habitue à faire avec cette petite voix intérieure. On lui fait imaginer des histoires merveilleuses où on est un héros tout puissant, où on vit des aventures extraordinaires.

 

Ou bien on arrête peut-être d’y faire attention. On arrête peut-être totalement de l’écouter en estimant être devenu un adulte responsable, un homme ou une femme importante, et qu’un adulte ne s’amuse pas à rêver. Cette petite voix intérieure nous sert peut-être alors à rôder nos arguments, à nous préparer aux réunions ou aux rencontres importantes, à imaginer les réactions des personnes que nous allons affronter ou que nous allons rencontrer.

 

Qui n’a pas entendu les gens, les autres enfants, les enseignants de notre enfance, nos responsables hiérarchiques, se moquaient d’un de nos camarades qui avait la tête dans la lune, qui rêvassait bêtement, qui baillait aux corneilles. Tant d’expressions négatives sur ceux qui rêvent trop, qui vivent supposément dans un autre monde.

 

Alors oui, on a effectivement appris à vivre avec cette petite voix intérieure, à la laisser s’exprimer, à lui laisser la bribe au cou dans certains moments, lorsque l’on est plus tranquille. Même si au fond, elle est pourtant toujours là. Comment imaginer que cette même petite voix, c’est aussi la voix de notre conscience, celle qui nous arrête lorsque l’on pense à se venger sur une quelconque personne qui nous a insulté, brûlé une priorité sur la route, ou avec laquelle on a un conflit. Cette petite voix qui nous dit : «tu ne peux pas souhaiter ça à quelqu’un sinon cela risque de se retourner contre toi». «Ce que l’on souhaite aux autres risque de t’arriver à toi-même». Au fil des années, on a pris l’habitude de prendre cette petite voix pour notre conscience, pour notre âme, pour notre instance de contrôle, pour notre MOI ou au contraire pour notre ÇA lorsque nos pensées nous semblent abjectes, incorrectes, violentes, primitives.

 

Au fil des années, on a pris l’habitude de prendre cette petite voix pour notre côté humain, civilisé, policé, pour ce qui nous rend bon, pour notre conscience ou notre âme. Un peu à la manière de Gémini Cricket. Et à tenter de rejeter cette partie de notre petite voix intérieure qui nous donne de mauvais conseils, qui nous fait penser à des choses que l’on refuse, cette partie que l’on prend pour notre côté ÇA ; la bête qui sommeille en nous. Il est des moments où cette petite voix intérieure peut fonctionner à plein régime, ou je la laisse déambuler tranquillement, sans contrôle, sans laisse ou entrave au cou ; ces moments, ce sont lorsque je marche seul, lorsque tous mes efforts inconscients ou conscients sont tournés vers l’effort ou vers la souffrance. Et au bout de plusieurs kilomètres, je me rends compte que j’étais parti dans un autre monde, porté par mes pensées, ailleurs. 

 

Notre petite voix intérieure est tellement naturelle que l’on ne pourrait pas imaginer faire autrement

 

L’article indique que «les recherches en imagerie montrent que pendant que nous lisons un texte en silence, les aires auditives du cerveau s’activent : nous entendons bien cette voix dans notre tête, souligne Hélène Loevenbruck». Effectivement, quand je lis, mais aussi quand j’écris comme maintenant, j’entends ce que je lis ou écris. Je prononce dans ma tête les mots que je lis ou que j’écris. C’est un mécanisme automatique et je ne saurais faire autrement. Et je n’aurais jamais pu penser qu’il puisse éventuellement en être autrement.

 

Imaginez-vous qu’il vous soit possible de lire un livre sans entendre le texte dans votre tête ? Certains en sont-ils capables ?  Est-il possible d’écrire un tel article sans entendre les mots, les phrases, se constituer dans votre tête ? Où il apparaît donc que cette petite voix intérieure occupe toutes mes pensées presque de manière permanente, et qu’il me serait presque totalement impossible de différencier l’écrit d’une certaine forme d’oralité intérieure. De manière assez amusante, je me rends aussi compte que je ne verbalise pas ce que j’entends à la télévision, ou dans les films. Ma petite voix intérieure se tait dans ces moments-là, ce qui donne une telle impression d’immersion dans une réalité alternative au cinéma ou à la télévision. Voire c’est ce qui peut aussi expliquer le danger d’une trop grande immersion pour les jeunes enfants devant la télévision.

 

Si on peut donc regarder un film ou la télévision, ou écouter une émission de radio, sans avoir besoin d’épeler tout ce que l’on entend, c’est donc qu’il est tout à fait possible que d’autres d’entre nous puissent lire ou écrire sans avoir besoin non plus d’user de la petite voix intérieure. D’autres peuvent en avoir besoin pour écouter ou voir probablement. C’est donc simplement fonction de notre type de mémoire ou d’intelligence que nous devons recourir à la verbalisation du langage écrit, à moins que ce ne soit lié à notre type d’apprentissage de l’écriture et de la lecture. Il reste ainsi de très nombreuses pistes de recherche à explorer, sur l’universalité de l’existence de la petite voix intérieure.

 

Autre information intéressante, sur l’âge d’apparition de cette petite voix intérieure.

 

«Les bébés développent une pensée verbalisée dès l’âge de 21 mois, avant même de parler ! Ensuite, les enfants pensent souvent à voix haute, pendant qu’ils jouent, puis intègrent vers 7 ans les inhibitions sociales liées au fait de parler tout seul, souligne Hélène Loevenbruck. Comme l’a montré le psychologue biélorusse Lev Vygotski, les conversations avec les parents alimentent les discours à voix haute des bambins. Les enfants intègrent ces dialogues dans un discours privé puis silencieux, afin de parfaire leur langage et de réguler leurs émotions. Les enfants élevés dans des familles aux habitudes de communication fécondes développent plus tôt cette composante de discours intérieur, commente le psychologue américain Ethan Kross dans À l’écoute de ma voix (éd. Kero, 2021).»

 

Normalité ou maladie mentale ?

 

Cet article du site «ça m’intéresse» présente aussi l’intérêt de répondre à la question qui peut tarauder certains d’entre nous sur leur anormalité et sur l’absence de maladie mentale. Comme indiqué dans l’article, certains d’entre nous peuvent entendre une autre voix que la leur au titre de leur petite voix intérieur, sans que cela ne soit un signe de maladie mentale. Certains peuvent avoir l’impression qu’ils entendent réellement une petite voix intérieure venant de l’extérieur, qu’il serait les seuls à entendre. Il doit être encore plus tentant de croire à une sorte de conscience extérieure, la voix d’un Dieu, ou la voix d’un démon, voire même de croire à une forme de mysticisme dans de tel cas.

 

«Enfin, certaines personnes entendent des voix qu’elles perçoivent comme extérieures. Comment l’expliquer ? Quand voulez prononcer le son “i”, le cerveau envoie une commande motrice pour que la langue et les lèvres se positionnent, explique Hélène Loevenbruck. Il met aussi en place un système de prédiction afin de s’assurer que le son émis sera conforme au son planifié. En plus de rendre notre parole fluide, ce système permet de savoir que nous sommes bien celui ou celle en train de parler. Lorsque l’on veut dire “i” dans sa tête, on déroule le même mécanisme, sauf que l’exécution motrice est inhibée. La sensation de voix résulte du simulateur interne qui génère un son prédit. Les signaux prédits et planifiés correspondent et l’on sait que le “i” que l’on entend dans notre tête a bien été produit par nous-même. Mais parfois ce système dysfonctionne, les signaux prédits et planifiés sont désynchronisés et les voix paraissent venir d’ailleurs. C’est un symptôme courant de la schizophrénie, mais ces hallucinations touchent aussi des personnes ne souffrant pas de troubles psychiques. Les entendeurs de voix ont longtemps lutté contre elles. Désormais, ils tentent d’apprendre à vivre en harmonie avec elles. Car, qu’elles soient uniques ou multiples, les voix intérieures sont partie intégrante de nous.

 

Entre 3 et 5 % de la population, sans trouble psychologique, entend des voix. Des voix rassurantes de proches, d’inconnus, de célébrités mais aussi des voix malveillantes, insultantes… D’après le psychologue Stéphane Raffard, qui a fondé la Clinique des voix à Montpellier (Hérault), ces personnes entendent 50 % de voix positives, 50 % de négatives (contre 90 % de négatives chez les schizophrènes). Ces hallucinations acoustico-verbales (HAV) apparaissent souvent après un traumatisme (agression, deuil…). Dans les cas les plus graves, les patients sont souvent traités avec des antipsychotiques. Dans des cas moins problématiques mais qui génèrent de la détresse, les entendeurs peuvent, grâce à des thérapies comportementales, les apprivoiser et prendre de la distance avec les plus toxiques.»

 

Si vous êtes dans un tel cas, vous n’êtes donc pas forcément fous … D’ailleurs, comment savoir que la voix silencieuse (mais pas vraiment) que j’entends dans ma tête est bien la mienne, est bien ma propre voix ? Après tout, qui n’a pas écouté un enregistrement de sa propre voix sans être capable de se reconnaître ? Cette petite voix chevrotante, haut perchée, ou au contraire terriblement grave … qui est tellement éloignée de la voix que vous entendez silencieusement, ou celle qui résonne dans votre gorge, dans votre tête, quand vous vous exprimez à haute et intelligible voix. 

 

Conclusion de cet article ? Dire que je pourrais entendre la voix de Maitre Yoda comme petite voix intérieure ; ce serait quand même sacrément TOP. Inversement, imaginons que j’entendrais la voix d’Emmanuel Macron comme petite voix intérieure, petite voix qui me susurrerait : « fais-toi vacciner, fais-toi vacciner »… On est d’accord ; là, ça serait carrément craignosse !!!

 

Bonne lecture intérieure

 

 
Saucratès


26/01/2022
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Devoir d’hospitalité - Il est si simple pour le pape de donner des leçons aux européens

Devoir d’hospitalité - Il est si simple pour le pape de donner des leçons aux européens

Par Saucratès 

 

Paris, lundi 6 décembre 2021

 


La question de l’accueil des migrants est un sujet extrêmement complexe, et en même temps extrêmement simple. Il ne s’agit que de personnes en très grande précarité, en très grande pauvreté, confrontées à des conditions de vie et de voyage extrêmement dures, pratiquement inhumaines, et qui ont risqué leur vie où celles de leurs proches et de leurs enfants, à la merci de filières parfois mafieuses ou esclavagistes.

 

Dans cette situation, le discours moraliste et excessivement simpliste du Pape François se comprend parfaitement. Pour la religion catholique, le devoir d’hospitalité à l’égard des pauvres et des précaires est un impératif catégorique. Il ne peut pas souffrir d’exceptions, de la peur de l’autre. Mais tout ceci est un absolu.

 

https://www.lemonde.fr/international/article/2021/12/05/le-pape-francois-a-lesbos-arretons-ce-naufrage-de-civilisation_6104799_3210.html

 

Il y a une première limite à prendre en compte, qui est celle de la folie, du terrorisme islamique, qui fait que certains de ces migrants sont parfois les auteurs d’actes barbares, terroristes. Dans cette masse de migrants qui affluent aux frontières de l’Europe, venant de pays parfois gangrenés par la violence islamique (Tchétchénie, Afghanistan, Syrie ...), comment être sûrs que des terroristes, des adeptes de la haine de l’occidental, ne se cachent pas parmi eux, ne se travestissent pas au milieu d’eux ? Comment être sûr aussi que demain, après-demain, les enfants de ses migrants ne se transformeront pas eux-aussi en terroristes, comme l’assassin barbare de Samuel Paty ?

 

Il est tellement simple pour le Pape François de s’entourer de deux ou trois jeunes filles migrantes, de deux ou trois jeunes enfants, et d’en appeler à la raison des européens, de les appeler l’espoir du Monde ! Les États européens ne peuvent pas choisir parmi les migrants qui se pressent à leurs frontières, les plus jeunes, les plus photogéniques, les plus diplômés, les plus susceptibles de ressembler aux migrants et migrantes dont le Pape s’est trouvé entouré sur cette île de Lesbos.

 

S’agit-il d’un naufrage de civilisation comme le condamne le Pape ? L’Europe doit-elle et peut-elle accueillir sur son sol l’ensemble de la misère africaine, du Proche-Orient et de l’Asie ? L’idéal de l’accueil, du devoir d’hospitalité ne doit vraisemblablement avoir aucune limite aux yeux du Très Saint Père, mais il ne s’agit que d’une façon de voir le monde, de le questionner, de l’interpréter. Interessant de voir que sort en ce moment (ou ressort) un livre de Jacques Derrida intitulé «Hospitalité».

 

«La réflexion préliminaire de Derrida dans cette première année de son séminaire «Hospitalité» est structurée par la distinction rigoureuse, quoique sans opposition, entre deux logiques hétérogènes qui risquent toujours de se pervertir l’une l’autre : celle d’une hospitalité stricte et conventionnelle (toujours finie, conditionnelle et subordonnée à la maîtrise du chez soi ou de l’ipséité) et l’idée d’une hospitalité inconditionnellement ouverte à l’arrivant.»

 

Ceci est évidemment magnifique, mais cela fait peu de cas des désordres, des peurs, des assassinats et des actes terroristes, et enfin et surtout, de l’existence d’une Nation française et d’un peuple français. Que restera-t-il de la France et du catholicisme si on pousse au bout de la réflexion ces magnifiques principes d’ouverture à tous les migrants de la Terre, de l’Afrique à l’Asie en passant pour l’Irak et l’Asie ?

 

 

Saucratès 


06/12/2021
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Dilemme théologique autour du devoir d’asile et d’hébergement

Dilemme théologique autour du devoir d’asile et d’hébergement

Par Saucratès 

 

Samedi 20 novembre 2021

 

A une époque où deux conceptions du monde s’affrontent, il me semble utile de revenir sur le dilemme migratoire et sur le dilemme du devoir d’asile et d’hébergement. Des migrants venus du monde entier s’entassent à la frontière polonaise et biélorusse, et certains politiques, comme Jadot pour les Écologistes, s’emparent et s’enflamment pour ce sujet d’actualité en parlant de migrants qui meurent inhumainement de froid dans les froides forêts biélorusses. On a aussi toute cette économie parallèle des filières d’immigration qui traversent la Méditerranée sur des embarcations de fortune (normal, les véritables transports maritimes ou aériens autorisés et sécurisés demandent des papiers et des titres de séjour pour se rendre en Europe. Les passeurs font donc traverser la Méditerranée sur des embarcations surpeuplées à des migrants qui y risquent leur vie et parfois ceux de leurs enfants, et leurs espoirs reposent sur des associations européennes de secours aux migrants sans lesquelles ils ne tenteraient pas la traversée ou n’accepteraient pas de le faire de cette manière, en aussi grand nombre, parce qu‘ils sauraient qu’ils n’ont aucune chance de s’en sortir, sans être secourus au bout de quelques miles en mer par ces bateaux européens qui font d’un devoir d’assistance un pousse au crime et une filière d’immigration si simple mais néanmoins qui reste dangereuse. 

J’aurais eu aujourd’hui une quinzaine ou une vingtaine d’années, je me serais certainement enflammé pour une de ses causes. Lorsque j’avais quinze ou seize ans, je suis rentré en suivant quelques filles dans une association lycéenne pour porter secours à l’Afrique, pour creuser des puits ou aider à l’enseignement dans les écoles. J’ai oublié précisément notre combat ; je me rappelle que l’on cherchait à sauver le monde. L‘éveil d’une conscience politique … et j’ai parfois l’impression que l’Ile de La Réunion est tellement isolée du reste du monde que nos jeunes, ceux de mon époque comme mes enfants ou leurs camarades, ne se sentent pas concernés par ces combats, par ces engagements. Comme si La Reunion était à la fois préservée et humainement et géographiquement isolée. 

 
MMais aujourd’hui, personnellement, je n’ai plus quinze ou seize ans. Quarante ans plus tard, j’ai l’âge de Jadot mais je sais aussi les conséquences à plus long terme de ces flux d’immigration qui nous arrosent, qui nous pénètrent, qui cherchent parfois à détruire la France et ce qu’elle était ou qu’elle a été. Samuel Paty a été monstrueusement par un enfant de réfugiés tchétchènes qui cherchait à devenir célèbre en tuant au nom d’Allah et d’une idéologie mortifère terroriste. Tous les attentats qui ont frappés la France sont le fait d’immigrés ou d’enfants ou de petits enfants d’immigrés ou de réfugiés de ces dernières décennies. Et une immense partie de ceux étant allés chercher l’aventure et combattre auprès de l’Etat islamique ou d‘AQMI en Syrie étaient issus de l’immigration (même si on y trouvait deux frères réunionnais, les Clain, que rien ne prédestinaient normalement au terrorisme islamique et dont les ancêtres réunionnais enterrés selon les rites catholiques doivent se retourner dans leurs tombes …). 

Tout ceci représente le coût de cet afflux migratoire qui menace l’Europe et la France. À une autre échelle, on vit désormais la même chose à La Réunion, où des embarcations de fortune sont sensées traverser l’ensemble de l’Ocean Indien depuis le Sri-Lanka pour débarquer sur nos côtes reunionnaises, à près de 4.000 kilomètres de là. Et des filières d‘avocats dont on peut interroger les objectifs réels font en sorte qu’ils échappent à toute reconduite aux frontières. On retrouve ces gens dans les faits divers, mais des années après leur débarquement sur les plages réunionnaises, ses sans-papiers résident toujours dans l‘île à moins qu’ils n’aient réussi à fuir en metropole. Évidemment, on sait tous que leur traversée de l’Ocean Indien n’est pas possible, qu’ils sont venus de l’Ile de Maurice toute proche sur ces embarcations de pêche confisquées ou abandonnées. Mais ces informations ne circulent pas, ou sont très difficiles à obtenir. 

 
Lorsqu’on parle de ce cout, on oublie évidemment les centaines de milliers de migration qui n’ont posé aucun problème, de ces gens, de ces personnes que nous connaissons, qui sont nos amis et nos amies,  dont les parents ou les grands parents étaient des réfugiés politiques ou économiques, et qui aujourd’hui constituent, participent aussi à la France et à son rayonnement. Pour un tueur de Samuel Paty, ou pour un parent d’élève ayant appelé à l’assassinat de ce professeur de sa fille, pour un terroriste du Bataclan, de Charly Hebdo ou de l’Hyper-Cacher, combien y a-t-il de personnes parfaitement intégrées, dévouées, humainement irréprochables (du moins, pas moins que nous, car qui sommes nous pour nous penser irréprochables ?).

 

Mais je ne peux conclure cet article sur le devoir d’asile et sur le devoir d’hébergement, sur cette vertu religieuse pour les chrétiens, sans rappeler ces faits divers horribles et intolérables comme l’assassinat survenu le lundi 11 août 2021 d’un religieux par un migrant qu’il hébergeait dans la ville de Saint Laurent sur Sèvres en Vendée, faits divers qui posent un terrible problème d’éthique.

 

En tant qu’humain, en tant que citoyen français, cet assassinat rappelle, évoque, toute une série d’assassinats ou de meurtres perpétrés par des migrants au cours des dernières années. Mais en tant que chrétien, il me faut m‘interroger sur mes raisons de rappeler toutes ces malheureuses histoires, toutes ces morts.

 

Il est interessant de lire l’éditorial du Monde d’hier 11 août, «il y a quelque chose d’indigne dans les réactions politiques qui, au nom de la défense de l’Eglise catholique et de ses valeurs, désignent Emmanuel Abayisenga (le migrant présumé assassin) comme la preuve vivante du danger migratoire».

 

https://www.lemonde.fr/idees/article/2021/08/11/meurtre-d-un-pretre-la-douleur-et-la-colere_6091165_3232.html

 

Alors certes, un seul incident de la sorte ne peut pas suffire à démontrer le danger migratoire, même si le fait que ce migrant puisse aussi être le responsable de l’incendie de la Cathédrale de Nantes peut permettre d’interroger la capacité de la France à reconduire de tels dangereux criminels hors de ses frontières et à protéger les français du danger que cette personne représente. Incarcérer ou interner une telle personne a-t-il le moindre sens, et ne risque-t-on pas, dans quelques mois ou dans quelques années, de se retrouver avec un nouveau crime causé par cette même personne, ce même migrant, sous prétexte qu’il n’était toujours pas expulsable du fait des enquêtes en cours ou parce qu’un juge ou un psychiatre aura estimé que son discernement était aboli puis qu’il était guéri ?

 

Mais il ne s’agit pas du seul incident observé. Il y a eu régulièrement de tels incidents impliquant des migrants, en France ou dans d’autres pays européens. Des incidents impliquant des migrants et leur logeur ou des bénévoles défendant la cause des migrants et leur offrant un hébergement. Je ne parlerais donc pas des assassinats de l’église de Nice perpétrés par un migrant tunisien qui venait d’arriver en France, dont la motivation d’ailleurs était le terrorisme islamiste.

 

19 février 2021, à Pau, Pyrénées-AtlantiqueVendredi 19 février, un migrant a attaqué au couteau le responsable d’un centre de réfugiés à Pau (Pyrénées-Atlantiques). La victime est décédée et l’assaillant a été interpellé. L’assaillant était un soudanais âgé de 38 ans, arrivé sur notre territoire en 2015. L’OFPRA (Office français de protection des réfugiés et apatrides) avait refusé sa demande d’asile mais la CNDA, c’est-à-dire la justice administrative, avait autorisé sa présence sur le territoire national. L’assaillant aurait déjà eu des démêlés avec la justice et aurait été condamné par le passé. En apprenant qu’il était débouté du droit d’asile, il aurait alors attaqué un responsable du centre.

  

https://www.francetvinfo.fr/faits-divers/pau-le-responsable-dun-centre-d-accueil-pour-refugies-tue-au-couteau_4304359.html

 

19 décembre 2018 à Joué-les-Tours, en Indre-et-Loire. Un jeune migrant ivoirien âgé de 22 ans en situation irrégulière a porté 22 (ou 28) coups de couteau à la victime de 56 ans, Bertrand Louiset, ancien directeur du Monoprix, qui l’hébergeait chez lui depuis quelques jours. Bertrand Louiset était investi dans le monde associatif tourangeau, bénévole aux Restos du cœur depuis près de 20 ans, selon sa page Linkedin, et engagé auprès d’utopia 56, une association d’aide aux migrants, depuis avril dernier.

 

https://www.lefigaro.fr/flash-actu/2019/01/05/97001-20190105FILWWW00047-un-migrant-tue-son-hote-a-joue-les-tours.php

 

https://www.bfmtv.com/police-justice/indre-et-loire-un-migrant-tue-de-28-coups-de-couteau-l-homme-qui-l-hebergeait-1604970.html

 

14 octobre 2017, à Oloron-Sainte-Marie, en Béarn. Une femme de 79 ans a été poignardée à son domicile de la rue Révol à Oloron-Sainte-Marie, en BéarnLe mis en cause est un Afghan d’une vingtaine d’années. La victime vivait à côté d’un appartement d’accueil des réfugiés, à Oloron-Sainte-Marie. Gravement blessée, elle se trouve toujours dans un état critique. D’après nos confrères de La République des Pyrénéesil lui aurait porté plusieurs coups de couteau au thorax et au visage. Grièvement blessée, la victime était toujours dans un état jugé préoccupant ce samedi matin. Elle a été transférée à Bordeaux.

 

 

26 septembre 2010, Götebourg, Suède. L’un des plus horribles de ces incidents avait eu lieu le 26 septembre 2010 dans la ville natale d'Elin Krantz à Göteborg. 

Elin Krantz se battait pour les droits des migrants et pour les droits des femmes. Et elle a été sauvagement violée et mutilée par un réfugié somalien de 23 ans, Efram Johannes, qui avait une femme et deux enfants. Et c’est toute l’ironie et la tragédie de cette histoire qu’une fille qui a lutté pour les droits des immigrants, soit morte et violée par un migrant somalien.

 

http://fr.nextews.com/31971740/

 

Et il est inutile de rappeler les meurtres racistes et antisémites ayant touchés de vieilles dames juives à Paris commis par des illuminés dont certains ne furent pas condamnés par la justice française parce que leur discernement aurait été altéré au moment de l’assassinat qu’ils ont commis !

 

Comme je le disais, ces choses affreuses ne concernent qu’une fraction des migrants qui pénètrent dans notre pays. Sont-ils tous dangereux ? Non bien sûr ! Une infime minorité de ces réfugiés sont des terroristes qui cherchent à commettre des attentats sur notre sol. Et même si on les arrêtait, ces attentats seraient quand même commis par d’autres illuminés dont le discernement aurait été aboli par les prêches ou les idées de fanatiques les approchant. Une infime minorité de leurs enfants donneront aussi naissance à des actes terroristes. Il y a bien plus de chance que ces migrants ou leurs enfants soient de très grands scientifiques ou de très grands penseurs qui révolutionneront le vingt-et-unième siècle ou le vingt-deuxieme siecle. Mais en même temps, comment est-il possible d’ignorer la tragédie que représentent ces assassinats, ces meurtres et ces attentats et comment ne pas comprendre qu'on puisse remettre en cause le principe même d‘hébergement des malheureux qui cherchent à pénétrer sur notre sol. La situation du Canada, protégé par l’immensité et la dangerosité de l’Océan Atlantique, et par la traversée des Etats-Unis, n’est pas comparable à celle de l’Europe. L’immigration choisie n’est pas envisageable par la France, pas plus que celle d’une science qui prévoirait à l’avance les risques criminels des migrants qu’elle accueillerait et qu’elle pourrait rejeter. 
 

Le devoir de porter assistance et le devoir d’hebergement présente un prix à payer abominable. Et celui-ci est difficile à accepter.

 

 

Saucratès


20/11/2021
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Du terrorisme et du droit à la résistance

Saint-Denis de la Réunion, jeudi 6 février 2020

 

C'est selon moi l'une des principales questions morales et politiques que notre société doit se poser et à laquelle elle doit pouvoir trouver une réponse objective et définitive. Le terrorisme devient-il un acte moral dans certaines situations ? Le terrorisme peut-il devenir la seule réponse possible à un homme, ou à une femme, dans un certain nombre de situations politiques particulières, et quelles peuvent être ses situations politiques particulières qui autoriseraient de tels actes ?

 

L'exemple que je prendrais sera cette nouvelle internationale récente, d'une voiture ayant foncé en Israël sur une foule de badauds (ou de fêtards) ce jeudi 6 février 2020, à Jérusalem. Mais il en existe de nombreux autres exemples possibles, comme par exemple l'attentat terroriste de Charlie Hebdo ou de l'Hyper Cacher de la Porte de Vincennes. Peut-on considérer ces attentats comme moraux ? Ou plutôt comment distinguer ceux qui seraient moraux (si certains peuvent-être considérés comme tels) de ceux qui ne le seraient pas. 

 

https://www.lemonde.fr/international/article/2020/02/06/une-voiture-fonce-dans-la-foule-a-jerusalem-et-fait-14-blesses_6028582_3210.html

 

Attention, je ne souhaite pas faire l'apologie du terrorisme. Les velléités britanniques de durcir les condamnations pour actes terroristes islamiques me paraissent une mesure de bon sens. Comment pourrait-on laisser ou remettre en liberté des personnes qui visent à tuer des innocents parce qu'ils sont d'une autre religion ? Une peine minimale de quatorze années d'emprisonnement est certes attentatoire aux libertés publiques (les personnes composant le groupe de Tarnac en France étaient poursuivies pour acte terroriste pour avoir supposément voulu rendre inutilisable une ligne de TGV et cela pourrait viser presque n'importe qui sous un gouvernement de droite ou LRM) mais elle paraît indispensable face à l'idéologie islamiste terroriste. 

 

Mais cela ne m'empêche pas de m'interroger sur ce qui différencie et légitimise un acte terroriste, ou qui fait d'un acte terroriste criminel un acte légitime, conforme à la morale, reconnu comme un moyen légitime d'aboutir à un résultat, à la victoire d'une idéologie, au rétablissement des droits de personnes ou de citoyens bafoués. 

 

Ma position est peut-être inacceptable. Pourtant, certains actes terroristes sous l'occupation, contre l'occupant nazi, ont été considérés comme légitimes par le gouvernement provisoire français et par les gouvernements suivants. Les actes terroristes de la Résistance française n'ont jamais été poursuivis par la France après 1945 ; ils n'étaient considérés comme des terroristes que par les nazis et par le régime de Vichy. Postérieurement à la deuxième guerre mondiale, les terroristes ont été appelés résistants et proclamés comme des héros, et leurs ennemis d'hier, ont été considérés comme des collaborateurs et condamnés comme tels. C'est bien le signe que dans certaines situations politiques particulières ou de guerre, de combat, les actes terroristes deviennent des moyens légitimes d'arriver à un résultat. C'est même le signe que le fait de résister et de combattre devient une obligation morale, alors que le fait de collaborer ouvertement est un crime !

 

Alors, comment peut-on distinguer ces moments, ces situations particulières, et comment peut-on les juger, les distinguer ? Comment et doit-on par exemple distinguer l'attentat terroriste de Nice du 14 juillet 2016, ou un camion renverse et tuent des dizaines de piétons, et l'attentat de ce jour à Jérusalem, où une voiture renverse une dizaine de piétons ?

 

https://www.monde-diplomatique.fr/2016/08/SIZAIRE/56077

 

Soyons clair ; le jour où les palestiniens l'emportent politiquement et obtiennent la création et la reconnaissance d'un Etat palestinien, que ce soit aux marges ou sur les décombres de l'Etat d'Israël, tous les palestiniens condamnés, tués, poursuivis comme ou en tant que terroristes seront célébrés par les palestiniens comme des résistants et des héros. Et ils le sont d'ailleurs déjà ! Et il en sera de même en Syrie, en Irak, pour tous les mouvements islamistes, pour Al-Qaïda ou pour les combattants de l'Etat Islamique. Tous ces combattants terroristes seront les héros de leur peuple s'ils l'emportent militairement ou politiquement sur leurs adversaires, de la même manière que cela s'est passé en France après la Libération. Les vaincus seront condamnés comme collabos ou feront l'objet de purges, tandis que les vainqueurs deviendront des héros. 

 

La même analyse vaut pour les terroristes islamistes en France. Si l'islam ou l'islamisme l'emporte en France, les terroristes de Charlie Hebdo ou de l'Hyper Cacher de la Porte de Vincennes deviendront-ils des héros, des justes, et leur mémoire sera-t-elle réhabilitée ?


Après tout, il n'est nul besoin de se rapporter à l'histoire de l'occupation française. Même en Israël, les juifs ont commis des attentats sous le protectorat anglais pour obtenir le droit à la reconnaissance de l'Etat d'Israël. 

 

«Des groupes radicaux utilisent alors le terrorisme meurtrier comme une arme de résistance, à leurs yeux légitime. Ce terrorisme de libération commence en Palestine le 22 juillet 1946 avec l'attentat de l'hôtel King David, perpétré par l'Igourn, une organisation sioniste extrémiste.»

https://cours.unjf.fr/repository/coursefilearea/file.php/205/Cours/09_item/indexI0.htm

 

La grande question, c'est donc de savoir qu'est-ce qui peut légitimer des tels crimes, de tels actes, qu'est-ce qui rend légitime de telles actions ? Est-ce que l'injustice vécue depuis les années 1950 par les palestiniens en Israël, les multiples mesures vexatoires qui visent les palestiniens et les israéliens musulmans, l'iniquité extrême et absolue de la proposition de paix de Trump pour régler le conflit israélo-palestinien, les violences subies par les palestiniens, les multiples morts palestiniennes sous les balles ou les buldozers israéliens, tout ceci ne rend-t-il pas légitime les actes terroristes des palestiniens ? Si j'étais dans la même situation que tous les palestiniens, que j'avais vécu les mêmes injustices, que je les voyais tous les jours être commises devant moi, à mon encontre, que j'en pâtissais tous les jours, est-ce que je ne prendrais pas non plus les armes pour me venger, pour frapper cet Etat ennemi, pour tenter de me libérer, pour tenter de faire quelque chose, n'importe quoi, pour ne pas rester passif, immobile, sans réaction ?

 

Comme l'écrit Le Monde Diplomatique, «Toute tentative de définition du terrorisme soulève invariablement des débats car elle pose la question de la violence légitime et du droit à la résistance d’une part, et de l’illégitimité de la violence étatique de l’autre». Il y a des cas où un peuple a le droit de résister à un gouvernement illégitime, et à la violence étatique. C'est selon moi le cas du peuple palestinien, mais aussi celui du peuple des gilets jaunes en France. Nous sommes face dans les deux cas à un gouvernement qui emploie une violence illégitime qui rend nécessaire le combat et la résistance, par toutes les formes de combat, dont les actes terroristes. Les Etats et les gouvernements qui les combattent les traiteront évidemment comme des terroristes et essaieront de les faire disparaître, de les éradiquer par tous les moyens à leur disposition ... violences, rafles, éliminations ... parce qu'aucun Etat ou aucun gouvernement n'acceptent de reconnaître que leur propre violence est illégitime, que leur pouvoir est usurpé. Il faut que ces Etats et ces gouvernements s'effondrent sous la force des armes, comme autrefois la royauté française, comme autrefois le gouvernement de Vichy, pour que leur violence soit considérée comme illégitime et que leurs opposants et ceux qui les ont combattu deviennent des héros et des martyrs. 

 

Tout homme a donc le droit et le devoir de résister à l'injustice, à l'inéquité qui lui est faite, à lui ou à ses semblables par un Etat ou un gouvernement injuste, illégitime ou utilisant de manière illégitime une violence excessive, exagérée, disproportionnée. C'est une obligation qui lui est faite, par tout moyen à sa disposition et le terrorisme, comme le fait de prendre les armes militairement, est l'un des moyens qui lui est accessible.

 

Mais le droit à la résistance ne légitimera jamais des actes terroristes odieux comme l'attentat de Charlie Hebdo, contre la liberté d'expression ou l'attentat de l'Hyper Cacher, basé sur le seul antisémitisme ! Et jamais ces lâches attentats ne pourront être considérés comme moraux.

 

 

Saucratès

 

 

A lire le dossier extrêmement intéressant sur le terrorisme

https://cours.unjf.fr/repository/coursefilearea/file.php/205/Cours/09_item/indexI0.htm 


06/02/2020
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Quelques autres réflexions morales

 

Réflexion deux (10 janvier 2012)
Catherine Colliot-Thélène ... La démocratie sans 'démos' ...


Livre au titre iconoclaste, «La démocratie sans 'démos'» défend une thèse assez difficile selon laquelle la démocratie pourrait devoir fonctionner sans peuple, ou plutôt que contrainte de fonctionner en dehors de l'état nation européen, la démocratie européenne va devoir survivre hors du cadre du peuple national, de l'état national, et donc que les bénéficiaires de droits civils et sociaux vont devoir trouver de nouvelles façons de faire valoir leurs revendications, leurs demandes à de nouvelles élites pas forcément représentées à la tête de gouvernements ou d'états.

 

La position de Catherine Colliot-Thélène me semble pas défendable ... Même si les dernières pages de son livre traduise parfaitement le fait qu'elle intègre les difficultés du monde occidental moderne avec des élites économiques libérales qui contrôlent hors des circuits normaux les gouvernements mondiaux ... Parmi toutes ses démonstrations, elle a notamment d'abord eu à rappeler que les citoyens des états européens modernes sont en fait des possesseurs de droits individuels subjectifs acquis au cours de luttes sociales anciennes ou récentes ... Droits qui leur sont demeurés, même après que les mouvements sociaux qui leur ont permis de les obtenir ont disparu et sont dissous ...

 

Dans le monde néo-libéral dans lequel nous vivons, où des groupes informels oeuvrent dans l'ombre pour faire disparaître les avancées sociales des cents dernières années, dans une économie mondialisée où le nivellement par le bas des avantages sociaux est devenu la règle entre les peuples et les nations, par le biais des délocalisations de production vers les pays à bas coûts salariaux, il ne me semble pas que les peuples européens puissent trouver les moyens de conserver leurs droits sociaux durement acquis dans le cadre de luttes syndicales ou politiques anciennes autrement qu'auprès de leurs gouvernements, même si ceux-ci paraissent de plus en plus incapables de sauvegarder leurs finances publiques et leurs modèles sociaux ...

 

Je ne vois pas comment les peuples européens pourraient agir sur les membres des groupes informels comme les bilderbergers, la commission trilatérale ou le forum de Davos, voire contre des groupes occultes encore plus secrets ...

 

Lorsqu'elle écrit : «Le monde nouveau auquel les transformations économiques et politiques des XVIIè et XVIIIè siècles ont donné naissance ne fut pas seulement celui des propriétaires, industriels et commerçants, mais aussi celui d'individus qui n'éprouvaient plus le besoin de s'autoriser d'une appartenance, à un ordre, une classe ou une caste pour fonder les droits auxquels ils prétendaient. L'importance que possède la référence aux droits de l'homme dans la théorie et la pratique politiques contemporaine indique que la figure du sujet de droit pourrait bien survivre aux conditions qui l'ont produite.» ... j'aimerais pouvoir la croire, mais je crains que les droits de l'homme et les instances permettant de les défendre ne résisteraient pas à la disparition des états de droit européens ou occidentaux qui les ont vu naître. Il suffit de se rappeler ce qui survivait des droits de l'homme et du citoyen en Europe pendant la barbarie nazie !

 

Catherine Colliot-Thélène croit voir dans les nouvelles instances, les nouvelles organisations mondiales, une forme de droits, une forme de législation mondiale, une forme de contrats, qui pourraient ouvrir de nouveaux droits au niveau mondial aux citoyens du monde, auxquels ils pourraient en appeler, desquels ils pourraient obtenir de nouvelles formes de reconnaissance de droits subjectifs ... C'est oublier que la reconnaissance de droits implique des espaces de jugement, de contestations des décisions et de défenses des droits ... Et seuls les états de droit occidentaux ont ouvert de tels espaces libres et démocratiques en leur sein, où le droit est dit de manière indépendante par des juges impartiaux ... Aucune institution privée n'ouvre de tels espaces en son sein, en dehors des espaces idoines qui lui sont imposés par les législations du travail occidentales ...

 

Ce que je vois à travers ce livre cependant, c'est que l'oeuvre néo-libérale de destruction de l'état de droit européen, à travers le processus de mondialisation, de la libéralisation des marchés, de la montée des tensions sociales et maintenant des attaques spéculatives contre les dettes publiques, a pour objectif ultime et final la destruction de toute la construction démocratique issue du siècle des Lumières et de la Révolution française, pour restaurer des états sans droits, comme les régimes monarchiques aux temps féodaux ... non plus des seigneuries féodales se partageant l'Europe ou le monde mais des entreprises seules maîtres sur leur territoire se partageant le monde ...

 

 

Réflexion une (17 août 2011)
Bertrand Russel ... Sur la science ...


Parallèlement à mes lectures de quelques autres philosophes (Foucault, Wittgenstein, Kant ...), je me suis intéressé à un livre de Bertrand Russel, publié en 1928 : «Essais sceptiques» ... Incroyable de découvrir comme un livre aussi ancien, écrit il y a pratiquement un siècle, peut demeurer aussi actuel, voire apparaître comme visionnaire dans ses analyses et dans ses anticipations. Il est composé d'un certain nombre d'essais divers. L'un de ces essais traite des rapports entre la science et la philosophie.

 

«Les grands objets de scandale dans la philosophie de la science, depuis le temps de Hume, ce furent toujours la causalité et l'induction. (...) Hume démontra que notre croyance n'est qu'une foi aveugle qui ne peut être fondée par la raison.

 

(...) La science, telle qu'elle existe actuellement, est en partie agréable et en partie désagréable. Elle est agréable par la puissance, qu'elle nous donne de manier notre milieu,et, pour une petite mais importante minorité, elle est agréable parce qu'elle lui fournit des satisfactions intellectuelles. Elle est désagréable, car, quels que soient les moyens par lesquels nous cherchons à cacher ce fait, elle admet un déterminisme qui implique, théoriquement, le pouvoir de prédire les actions humaines ; et par là, elle semble diminuer la puissance de l'homme.

(...) Si nous insistons sur le fait que notre croyance en la causalité et en l'induction est irrationnelle, nous devons en déduire
que nous ne savons pas si la science est vraie et qu'elle peut, à chaque moment, cesser de nous donner la domination sur le milieu pour lequel nous l'aimons.

(...) Si (...) nous reconnaissons les exigences de la méthode scientifique, nous devons conclure inévitablement que la causalité et l'induction s'appliquent à la volonté humaine aussi bien qu'à n'importe quelle autre chose.»
(pages 51-52)

 

Cette réflexion s'applique parfaitement à mes réflexions actuelles sur l'économie et sur les capacités prédictives des comportements humains des modélisations mathématiques utilisées en économie ... Les comportements humains en économie sont-ils parfaitement prédictibles ? Peut-on prédire par des équations les comportements des agents économiques, que ce soit en terme de groupe ou en terme individuel ? Je suis persuadé du contraire, que la rationalisation des comportements économiques des agents est impropre à rendre compte de la réalité économique, des actions réelles des personnes réelles. Et que les équations en économie ne permettent pas de rapprocher la théorie économique de la réalité vraie. Que nos actions même rationnelles, ne peuvent être décrites par des équations dans une théorie, aussi complexe soit-elle ... et certainement pas par une simple théorie de la maximisation du profit ou de notre satisfaction ...

 

 

Saucratès


17/07/2011
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