Critiques de notre temps

Critiques de notre temps

De l’éducation et de l’enseignement


Quelques enseignements tirés de l’enquête TIMSS 2019

Saint-Denis de la Réunion, samedi 14 aout 2021


La réforme de l’école et des enseignements est un des sujets qui m’intéresse tout particulièrement. Cet intérêt m’a conduit à écrire plusieurs posts sur ce sujet. La réforme des rythmes scolaires pondue par le candidat socialiste François Hollande en 2012 et mis en musique par un penseur à la gomme comme Bruno Julliard ou par la ministre Najat Vallaud-Belkacem, avait marqué le début de ma détestation des méthodes politiques des socialistes. 

De manière régulière, des enquêtes internationales viennent mesurer et comparer le niveau des élèves entre les différents pays. Ces enquêtes sont TIMSS ou PISA. Cèdre est une enquête uniquement nationale.

La dernière enquête dont les résultats viennent de sortir est donc l’enquête TIMSS de 2019, dont les résultats ont commencé à être discutés en fin d’année 2020 à ma connaissance. Et ces résultats sont désastreux.
(Nota : TIMSS signifie «Trends in International Mathematics and Science Study»)

 

Qu’est-ce que TIMSS ? «L'enquête internationale TIMSS évalue tous les 4 ans le niveau en maths et sciences d'un nombre important de pays : 58 pour le CM1 (plus un certain nombre de régions) et 39 en 4ème. Les épreuves ont été passées en 2019 par près de 4000 écoliers et collégiens dans 150 à 200 écoles et établissements. L'enquête croise les résultats avec de nombreuses informations sur l'environnement de l'élève : son origine sociale, l'équipement culturel de la famille, l'ancienneté et la formation des enseignants, la composition sociale des établissements, la langue parlée à la maison etc. Autant de données qui ouvrent des fenêtres sur des exploitations possibles.»

 

Quels résultats ? TIMSS 2019 fait apparaître une nouvelle dégringolade des résultats en mathématiques et en sciences des jeunes écoliers français par rapport à leurs homologues des autres pays. 

«On croyait avoir atteint le fond en 2015. Malheureusement les résultats de l'enquête internationale TIMSS (2019) sont désastreux pour la France. En CM1 les résultats baissent encore et nous mettent tout en bas en Europe et dans l'OCDE. En 4ème la situation n'est pas meilleure et on observe une véritable dégringolade par rapport à Timss 1995. Le ministère a pris la mesure des enjeux. Mais il n'est pas certain qu'il ait pris celle des causes.»


Enquêtes TIMSS après enquêtes TIMSS, enquêtes PISA après enquêtes PISA, il semble que les résultats des élèves français décroissent régulièrement et inexorablement d’années en années. Et à chaque fois, hommes politiques après hommes politiques proposent de nouvelles idées pour améliorer ces résultats. Sans aucun effet jusqu’à présent. 

L’un des sites intéressants sur ce sujet est le Café pédagogique

http://www.cafepedagogique.net/lesdossiers/Pages/Lecture_maths_primaire.aspx

 

Certains articles sont particulièrement intéressants parce qu’ils traitent de possibles solutions proposés par des intervenants et des enseignants de ce domaine d’expertise.

 

Deux graphiques présentés dans l’article ci-dessous expriment les principaux enjeux de cette réflexion sur ce qui pourrait ou qui devrait être mené. 
http://www.cafepedagogique.net/lexpresso/Pages/2020/12/08122020Article637430181438022232.aspx

 

En CM1 - Résultats moyens en mathématiques par nations

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Éléments d’explications et éléments de lecture de l‘article sur ces résultats :

 

«En CM1, avec un score de 485 points en mathématiques la France se situe nettement en dessous de la moyenne des pays de l'UE (527) et de l'Ocde (529). Cet écart d'une cinquantaine de points correspond à peu près à une année d'enseignement ! En Europe seuls de petits états des Balkans (hors UE) font moins bien que nous. Et il faut aller chercher le Chili dans l'OCDE pour ne pas être dernier aussi de l'OCDE.

 

De plus notre score a encore baissé depuis les très mauvais résultats de l'enquête précédente de 2015 où on comptait 488 points. Les pays qui caracolent en tête en 2019 sont les mêmes que lors de l'enquête précédente de 2015 : Singapour, la Corée du Sud, le Japon, l'Angleterre, les Pays Bas, les Etats-Unis, la Finlande. Tous sont au dessus de 527 points.

 

Ce qui distingue les écoliers français de la moyenne de l'OCDE c'est  le faible nombre de très bons élèves : 3% (contre 7% dans l'OCDE) et le nombre important d'élèves très faibles (en dessous du niveau faible) : 12% contre 8% dans l'OCDE.

 

Ces résultats ne sont pas vraiment une surprise. L'enquête nationale Cèdre, publiée en octobre dernier, montrait une baisse des résultats par rapport à 2016 en CM2.»

 

En 4ème - Résultats moyens en mathématiques par nation

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«En 4ème, ce n'est pas plus fameux. La France a un score de 483 points ce qui nous met en dessous des moyennes de l'OCDE et de l'UE (511). Seuls la Roumanie dans l'UE et le Chili dans l'OCDE font pire que nous. On retrouve les mêmes caractéristiques qu'en CM1 : un très faible nombre d'élèves très bons : 2% (contre 11% dans l'UE) et de niveau élevé : 17% (contre 34% dans l'UE). Là aussi nos élèves ont presque une année de retard par rapport à leurs camarades des autres pays européens ou de l'OCDE. Il faut remonter à 1995 pour avoir une participation de la France dans TIMSS en 4ème. Et là la chute est brutale : en 1995 les collégiens français avaient un score moyen de 530 points !

 

En CM1 comme en 4ème, la France se distingue aussi par un net écart de niveau entre garçons et filles : les garçons font 13 points de mieux en Cm1 et 9 en 4ème. Cet écart augmente.»

 

Le problème de Café pédagogique, c’est évidemment sa proximité avec les thèses des socialistes. Ainsi, ils ne mettent en cause que les décisions de changement de programme pris par le ministre Blanquer pour expliciter la dégringolade. 
  

«Comment expliquer des résultats aussi catastrophiques ? A l'évidence la crise vient de loin. En 2016, N. Vallaud-Belkacem avait accusé les décisions prises par F. Fillon d'être responsables de la situation. En 2019, les élèves qui ont participé à l'enquête ont connu des changements de programmes en cascade : programmes de 2015 révisés par JM Blanquer dans le premier degré, programmes de 2016 révisés en 2018 au collège. Plutôt que pointer tel ou tel programme on peut s'interroger sur la pertinence de cette valse incessante des programmes qui déstabilise les enseignants et inquiète les parents.»

 

J’arrête là la lecture ou le commentaire des interprétations des résultats de l’enquête TIMSS 2019. Parce que je ne partage aucunement l’idéologie véhiculée par ces intervenants et par ce site et par le ministère. En 2012, on a mis en œuvre une réforme socialiste des rythmes scolaires qui répondait notamment aux préconisations des pédagogues et des spécialistes de l’enfant et de ses rythmes. Et ces résultats sont avant tout la conclusion que l’on peut donner de l’expérience socialiste. En 2015, les socialistes font porter la responsabilité à François Fillon, et en 2019, on ferait porter les résultats piteux de cette enquête à Blanquer sachant que les élèves interrogés ont dû subir cinq années de réformes socialistes, que soit en CM1 ou en quatrième !

 

Egalitarisme à outrance pour faire disparaître tout enseignement un peu sélectif, au bénéfice des bourgeois, comme la disparition des classes bilangues ou de l’enseignement du latin ou du grec ancien. Sans oublier le souhait socialiste de les remplacer par l’enseignement obligatoire de l’arabe ! Pour l’école primaire, les socialistes avaient inventé le rétablissements des cours sur une cinquième demi-journée, le raccourcissement des vacances scolaires, et l’instauration d’activités sportives obligatoires.

 

Et en voilà le résultat indubitable, marqué par une poursuite de la dégringolade. L’échec des idées socialistes qui visaient à redresser la barre. Le simple fait que Mme Vallaud-Belkacem ne soit plus ministre de l’éducation ne peut pas suffire à exonérer les islamo-socialo-égalitaristes de leurs responsabilités écrasantes dans cet échec.

 

Leur échec est celui de leurs idées, également véhiculées par ce site. Le problème ne vient pas selon moi, contrairement aux idées véhiculées, de l’inégalitarisme entre élèves et entre établissements scolaires.

 

La première responsabilité doit être portée par la méthode d’enseignement. Cette idée pédagogique abracadabrantesque qui veut que l’enseignant tire la connaissance de l’enfant. C’est stupide et c’est extrêmement compliqué à mettre en œuvre si on entend les enseignants. Dans les années 1970-1980, la connaissance était apportée par l’enseignant. Aujourd’hui on a inventé cette idée stupide qu’il faut puiser dans les connaissances de l’enfant. Mais on ne va pas très loin comme ça. C’est déjà cela qu’il faut remettre en cause. Arrêter avec les résultats minables de la pédagogie pour en revenir aux enseignements et des connaissances apportées par un enseignant, sans chercher à valoriser les maigres connaissances des enfants eux-mêmes. Pour les mathématiques, au collège, le résultat est la disparition des cours de maths. Un élève au collège ne dispose plus d’un cours, mais uniquement d’exercices. Et celui-ci doit tirer de ces exemples, de ces exercices, une règle et une méthode. Et il est alors impossible de l’aider s’il n’a pas tout compris, ce qui arrive très souvent. Comme le démontrent ces résultats extrêmement minables, dans les derniers de l’Europe et de l’OCDE.

 
Si les résultats ne font que baisser depuis plusieurs décennies, c’est qu’il y a un problème dans les méthodes d’apprentissage. Ca me parait évident. Limpide. Evidemment, en matière de sciences de l’éducation, on ne peut pas accepter de s’être fourvoyé toutes ces dernières années et ils ne peuvent pas déclarer benoîtement qu’il faut en revenir aux méthodes des années 1970 ou 1980, avant l’invention des sciences de l’éducation, avant que leurs théoriciens ne révolutionnent la manière d’apprendre aux enfants. Sauf que ça ne marche pas en France, que ça marchait bien mieux autrefois, il y a quarante ans, avant que ces théoriciens n’inventent les méthodes d’apprentissage modernes. 


Il y a un deuxième volet d’explication qui me semble évident : avec la méthode française d’évaluation, les enfants ne sont pas capables, même les meilleurs d’entre eux, d’appréhender les réponses à apporter aux enquêtes TIMSS ou PISA. La France dévalorise l’erreur au plus haut point. Les enseignants français sont conditionnés à moquer et à dévaloriser ceux qui font des erreurs. Mieux vaut ne pas répondre que de se tromper, c’est le principe du système d’enseignement français, d’aujourd’hui comme d’hier. Alors que des systèmes étrangers, allemands notamment ou australiens, s’articulent autour de la bienveillance vis-à-vis des élèves, sur la valorisation des choses bien faites, des bonnes réponses. Ne pas mettre en lumière les erreurs à coup de «c’est nul», de «rien compris», mais au contraire mettre en lumière les réussites, les bonnes réponses, les points positifs. Et TIMSS ou PISA fonctionnent de cette manière : les mauvaises réponses ou une absence de réponse sont sanctionnées de la même manière, du coup se tromper n’est pas grave, et même si on n’est pas sûr de soi, au pire, on ne gagnera pas de points. Mais mieux vaut se tromper que de ne rien tenter.

 

Mais le système d’appréciation français ne fonctionne pas de cette manière. Se tromper est plus grave, est plus source de moquerie dans la classe, qu’une non-réponse.

 

S’il y a quelque chose à changer, c’est le système d’évaluation scolaire français, afin de le rendre bienveillant, afin de rendre bienveillants les enseignants. Et cela, c’est évidemment mort ! Sans espoir. On ne change pas des enseignants auxquels on a appris, qui s’acharnent sur des gosses depuis des décennies, qui leur font payer leur mal-être et leur sentiment d’impuissance et de déclassement.

 

Il y a bien un moment où les élèves français vont toucher le fond, où leur niveau scolaire ne pourra plus baisser. De toute façon, arriver aux dernières places du classement, ils ne peuvent plus trop descendre. Il reste aussi à appréhender quels écoles et quels collèges sont retenus dans cette enquête TIMSS 2019, sur la méthode dont on sélectionne les élèves pour leur faire passer les tests. On peut même se demander si les questions sont bien rédigées en français et non pas en anglais, comme le lien suivant semble le laisser penser. Si les écoliers français ne comprennent pas la question, comment pourraient-ils y répondre convenablement ? Si ce n’est pas le cas, bizarre que Mme Claire Lommé ait donné des exemples de questions en anglais !
http://www.cafepedagogique.net/lexpresso/Pages/2020/12/08122020Article637430181177547399.aspx

 

Au fond, les pédagogues préfèrent mettre en cause le niveau social des parents et la mixité des établissements scolaires. Ca, c’est important pour les pédagogues. L’absence de mixité sociale ne posait pas problème il y a quarante ans, mais aujourd’hui, cela explique tout. Il faut dire que l’immigration massive depuis quarante ans a changé la face du monde de l’enseignement et des écoles et collèges en zone difficile. 

  

«D'abord le fait que les résultats soient étroitement liés à la condition sociale des élèves. On a peu d'indicateurs dans TIMSS mais on a quand même les ressources disponibles à la maison (nombre de livres par exemple). Entre les enfants des familles bien équipées et ceux où il  y a très peu de ressources l'écart est de presque 100 points (538-419) en CM1 et en 4ème (534-432). C'est deux années d'enseignement d'écart. On voit mal comment résorber cela alors que la pauvreté galope dans le pays.

 

Il y a aussi des facteurs liés à l'organisation du système scolaire. Et d'abord la ségrégation sociale entre les écoles et établissements. Entre l'école qui compte très peu d'élèves défavorisés et celle qui en compte beaucoup l'écart est de 511 à 453 points en CM1, et 510 à 463 en 4ème. Là aussi plus d'une année d'enseignement. Autre facteur encore plus déterminant l'absentéisme des élèves. En CM1 entre l'élève qui est tout le temps présent et celui qui est absent un jour par semaine l'écart est de presque cent points. C'est la même chose en 4ème. Il y aussi le harcèlement : entre l'enfant jamais harcelé en CM1 et celui qui l'est toutes les semaines l'écart est plus de 60 points (494-430) en CM1. 


(...) Surtout il omet totalement tout ce qui relève de l'organisation du système éducatif en terme d'inégalités. C'est quand même le facteur principal d'échec scolaire en France comme ne cesse de l'affirmer Pisa depuis des années. Les expérimentations lancées sous le gouvernement précédent pour mettre un peu plus de mixité sociale dans l'Ecole sont gelées. Au lieu de renforcer la politique d'éducation prioritaire, le ministre est en train de la détruire. Sur ces points le ministère actuel a ses responsabilités.»

 

Je ne pourrais que finir sur un dernier point qui concerne les différences garçons/filles dans ces enquêtes. L’auteur nous indique ainsi qu’une doctorante, Mme Camille Terrier, a pu mettre en place un processus discriminatoire à l’égard des garçons et au bénéfice des filles, en matière de notation, ce qui me semble correspondre à un crime. 

«Une pédagogie qui met l'accent sur la réussite est aussi un facteur d'amélioration des résultats. C'est évalué dans TIMSS avec un écart de 519 à 468 points en CM1. En 2014 Camile Terrier, doctorante à la PSE, avait pu montrer que la surnotation des filles par les professeurs de maths a un effet positif sur leur niveau final en maths. Un point à retenir alors que la France se caractérise par un écart important entre filles et garçons.»

 

L’auteur de ce papier du Café pédagogique ne propose rien de moins que d’institutionnaliser, de généraliser une telle politique sexiste discriminatoire. Félicitations !!!

 

 

Saucratès 

 

Autres articles traitant de ce sujet :

Les mathématiques et les réformes socialistes de l'école : un constat d'échec !
De la focalisation des pouvoirs publics sur les classements et enquêtes internationales
Enseignement, réformes, sélection sociale et bienveillance


14/08/2021
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De la nécessité de remettre en question l'idée de noter dur pour le bien des élèves au Lycée Levavasseur

Saint-Denis de la Réunion, mercredi 15 juillet 2020

 
Paradoxe au lycée Levavasseur ! Jamais les résultats du baccalauréat n’ont été aussi élevés en France et à La Réunion. Plus de 90% de réussite au premier tour. Et sûrement beaucoup plus attendu après les oraux de rattrapage. Et malgré tout, jamais le lycée Levavasseur de Saint-Denis de la Réunion n’aura affiché un aussi faible taux de réussite au baccalauréat ! Paradoxe réellement ? Ou bien était-ce une évidence en regard des méthodes de notation de cet établissement privé ? En tant que parent d’un lycéen de Levavasseur, je tiens à exprimer mon ressenti sur cette situation inquiétante.

 
Le lycée Levavasseur était ce que l’on appelait autrefois une boite à Bac. Un établissement privé catholique dans lequel on inscrivait ses enfants avec la quasi certitude qu’ils obtiendraient leur baccalauréat, avec le plus souvent une mention «Bien» ou «Très bien». Y faire entrer ses enfants était souvent compliqué, la scolarité y était relativement onéreuse, mais les enfants y étaient préparés aux études supérieures.

 

Je ne souhaite cependant pas critiquer ce lycée. Installé dans le centre historique de Saint-Denis, le lycée Levavasseur est un endroit magnifique pour y passer ces années de lycée. Il y a bien pire ! Mais il y a aussi un problème de notation des enseignants ... un problème de sous-notation chronique, qui a toujours existé, qui n’a jamais posé problème jusqu’à cette année, mais qui continuera à poser problème dans les années futures dans le cadre du nouveau Baccalauréat.
 

Une partie des enseignants de ce lycée partent du principe qu’ils préparent leurs élèves aux études supérieures, et pour cela, ils les notent comme ils estiment que leurs élèves seront notés ultérieurement dans le supérieur. Il y a même certains enseignants du lycée qui ne font pas seulement que truffer leurs devoirs de pièges, ils truffent également leurs corrections de pièges pour s’assurer que leurs élèves sont attentifs et travaillent ! Aberrant ? Non, juste la réalité d’un lycée élitiste.
 

Ce qui était une force autrefois, ce qui était une force les années précédentes, ce qui permettait au lycée d’afficher un taux de réussite invraisemblable proche de 100% aux épreuves du Baccalauréat, devient désormais une faiblesse, dès lors que l’on prend en compte des notes issues du contrôle continu, comme par exemple pour le Baccalauréat de cette année 2020, ou des années ultérieures. 
 

Je ne vais pas argumenter autour de l’aberration de l’utilisation du contrôle continu pour l’attribution du Bac. La réforme du Bac est passée et elle entrera en application pour la première fois l’année prochaine.

 

Non, la véritable aberration, c’est le système de notation des enseignants des lycées privés, et en particulier du lycée Levavasseur. Il est aberrant qu’un enfant ne puisse pas être noté de la même manière, qu’il ne puisse pas être évalué de la même manière quel que soit le lycée où il étudie ! Puisqu’une telle objectivité des notations n’est pas possible, n’est-il pas aberrant que les notes du contrôle continu servent à l’obtention du Bac ? En tout cas, il est aberrant que les enseignants du lycée Levavasseur ne se remettent pas en cause, que la direction de ce lycée ne se saisisse pas de ce problème colossal.

 

Car lorsqu’il deviendra clair qu’en raison du système de sous-notation, un lycéen de Levavasseur aura moins de chance d’avoir son Bac dans ce lycée que dans un lycée public comme Bellepierre ou Leconte, puisqu’il perd 3 ou 4 points de moyenne générale, le lycée se trouvera face à une fuite de ses élèves et des parents !

 

Mais pour l’instant, il n’y a aucune remise en cause de la part des enseignants et de la direction de Levavasseur. Les mauvais résultats du baccalauréat 2020 ne sont dûs qu’à l’absence de travail suffisant des élèves selon leurs enseignants ! On met en cause le travail des élèves, on va nous parler de la nécessité d’un travail régulier de nos enfants tout au long de l’année scolaire, mais à aucun moment, les enseignants ne reconnaitront que le souci vient de leur méthode de sous-noter leurs élèves, supposément pour les préparer aux études supérieures ... Mais encore faut-il qu’ils réussissent à avoir leur Bac à Levavasseur !

 

Pour citer le magazine «Famille & éducation» n°532 de Mai-juin 2020 : «... si les mentions baissaient dans certains établissements cette année - en raison du contrôle continu imprévu - cela permettrait peut-être de remettre en question l'idée de noter dur pour le bien des élèves.» Cette citation est attribuée à M. Pierre Mathiot, concepteur de la réforme du baccalauréat et du lycée.

 

Nombre de parents des lycéens de Levavasseur seraient certainement d’accord avec cette remise en question ! Le lycée Levavasseur va-t-il communiquer sur les mauvais résultats du Bac 2020 ? Sur le plus faible taux de mention «Bien» et «Très bien» en regard des années précédentes ? Sans se défausser de cette responsabilité sur les enfants et sur leur supposé absence de travail ... Chiche !

 

 

Saucratès


14/07/2020
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Réforme de l’ENA ou échec du système scolaire français ?

Saint-Denis de la Réunion, Mercredi 1er juillet 2020


Je regardais une émission télévisée intéressante sur la haute fonction publique. La question posée était de savoir : Faut-il réformer l’ENA ? Faut-il supprimer l’ENA ? Émission et reportage extrêmement interessants. L’ENA serait-elle essentiellement composée d’étudiants tirés du même moule, un monde de reproduction de schémas anciens  demandés permettant de répondre aux codes et aux attentes des examinateurs et des notateurs ? Tous les étudiants et les énarques se ressemblent-ils ? La proportion d’étudiants à l’ENA issus des milieux populaires serait extrêmement faible, de l’ordre de 5%. Mais en fait, qu’est-ce que le milieu social, et en quoi le milieu social peut-il influencer le comportement du haut fonctionnaire dans sa vie future. 

 

Il y avait également autre chose qui a été dit sur ce sujet. La député européenne Nathalie Loiseau disait ainsi que la France serait une société de défiance, les français se méfiant de tous et de toutes, des politiques, des hauts fonctionnaires, des journalistes ... Idée assez véridique, recouvrant assez bien ce que je pense. Je ne crois pas en un quelconque sens du devoir et d’un idéal du bien public des préfets de la République. Ces gens sont juste affamés de pouvoir et d’ambition personnelle, et ne ré cherchent que les honneurs et leur enrichissement. Je pense que n’importe qui, dans la rue, dans la société civile, pourrait tout aussi bien qu’eux, se trouver charger de leurs missions et de leurs responsabilités, et de leurs pouvoirs.

 

Y a-t-il besoin de l’ENA ? A-t-on besoin de jeunes hauts-fonctionnaires énarques qui accèdent directement aux plus hautes fonctions de la République francaise ? Y a-t-il simplement besoin des hauts-fonctionnaires ? De la même manière que l’on peut se demander si on a réellement besoin de managers dans nos entreprises ? Non. La réponse est non. Il n’y a besoin de managers que pour transmettre les ordres et accaparer les honneurs. Il n’y a besoin de hauts fonctionnaires que pour accaparer les plus hautes responsabilités, pour empêcher que les fonctionnaires issus de la base n’accèdent au sommet de la hiérarchie. Non, on n’a nul besoin de hauts fonctionnaires, d’énarques ou de managers dans nos entreprises.

 

L’une des personnalités interviewées indiquait que l’on a sûrement eu besoin de l’ENA par le passé (au sortir de la deuxième guerre mondiale) mais cette école avait peut-être atteint son but et que l’on pouvait peut-être la faire disparaître et la remplacer par autre chose. Très certainement ! Il était également indiqué que l’absence de diversité dans le recrutement de l’ENA représentait moins un échec des modalités de recrutement par le biais des concours d’accès que l’échec du système éducatif français dans son ensemble. Le système éducatif français ne permet plus le fonctionnement de l’ascenseur social, ne permet plus aux enfants issus des classes populaires de croître dans l’échelle sociale. Il était aussi indiqué par un des intervenants que ce défaut de diversité sociale ne concernait pas uniquement l’ENA mais également les troisièmes cycles universitaires. 

 

Mais c’est justement là le problème ! Qu’il faille atteindre un troisième cycle universitaire, au delà de bac+5, pour pouvoir progresser dans l’échelle sociale ! Autrefois le bac suffisait, puis le fait d’accéder à l’université. Puis on a inventé les concepts du baccalauréat pour tous, puis de l’université pour tous, phis du droit au Master pour tous. Aujourd’hui, tout le monde dans une génération a son bac. Et une licence voire un master. Mais la sélection doit toujours s’opérer. Elle s’opere donc encore plus loin, et il faut que les parents continuent de financer leurs enfants au-delà de Bac+5 pour qu’ils aient une chance dans la vie. C’est la rançon de l’échec du concept de massification de l’enseignement supérieur. Les concepteurs socialistes de ce slogan de la massification de l’enseignement promouvaient l’idée d’une jeunesse éduquée, mais en fait on a généralisé l’analphabétisme des étudiants. Apres le mariage pour tous (ou avant d’ailleurs), on a eu le bac pour tous et l’université pour tous. Et toujours autant d’analphabètes. 

Et surtout un grand désespoir. Pour les malheureux qui malgré tout, n’ont pas eu le bac, qui ont décroché scolairement. Mais aussi pour l’immense majorité de ceux qui n’ont toujours rien malgré cinq ans d’études supérieures, qui pointe au chômage malgré leurs licences ou leurs masters, ou qui doivent se contenter du même travail que leurs parents qui n’avaient pas le bac.

 
En conclusion, que peut-on en conclure ? Y a-t-il besoin de l’ENA, vraisemblablement non. Mais est-il nécessaire de supprimer toutes les écoles élitistes françaises sous prétexte que leurs étudiants sont privilégiés ? Non, évidemment non. Car après l’ENA, on parlera ensuite de supprimer l’X, puis les écoles normales supérieures comme Ulm ou Cachan. Puis ce sera au tour des lycées et des écoles privés catholiques, jusqu’à ce que l’ensemble du système éducatif français soit ce magma uniformisateur où la médiocrité sera la norme. Mais il y sera malgré tout toujours nécessaire de sélectionner une fraction, à Bac+10 ou BAC+15 dans quelques années ?

La suppression de l’ENA n’est donc pas la solution. Par contre, ce que ce reportage m’a fait prendre conscience, c’est qu’il est inconcevable que seuls les élèves énarques puissent découvrir la richesse de l’administration française, les missions de service public, qu’ils puissent assister lors de leurs stages d’énarque à des opérations de gendarmerie ou de police, ou au travail et aux actions des fonctionnaires. C’est l’ensemble de la jeunesse française qui doit pouvoir y assister, tout ceux que cela intéressera. L’importance des moyens de formation déployés au seul bénéfice d’une poignée de privilégiés n’est pas normal. Si on veut faire disparaitre le fossé existant entre les forces de l’ordre, entre l’administration et les jeunes des milieux défavorisés, ou de tous les jeunes, il faut généraliser ces immersions lors des opérations de police, de gendarmerie, de contrôle. C’est auprès de tous les jeunes intéressés qu’il faut déployer ce temps, ces moyens, ce respect et ces explications ! Et pas seulement pour de futures élites. Et on cessera peut-être alors de voir des dérapages du côté des forces de l’ordre mais aussi du côté des jeunes.


Il est une dernière idée que j’ai retenue de cette émission. Nathalie Loiseau qui parlait de «La pensée magique qui veut qu’on puisse faire mieux avec moins». Ces dernières années, on a retrouvé cette idée magique à l’œuvre dans tous les compartiments de la pensée de l’Etat. Elle explique le fiasco de la lutte contre la pandémie du coronavirus en France, en matière de masques ou en matière de lits d’hospitalisation. On l’a vu à l’œuvre dans toutes les administrations. Faire plus avec moins. Et c’est amusant que ce soit une représentante de LREM qui sorte cette idée, popularisée et généralisée par les tenants de cette branche idéologique dont l’ultime représentant est le macronisme.



Saucratès 


01/07/2020
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Les médias, l'affaire Benjamin Griveaux et le studying bashing ... ou de la supposée honte d'être étudiant

Saint-Denis de La Réunion, jeudi 27 février 2020

 

Les médias français se sont trouvés une nouvelle marotte, une marotte sur laquelle ils adorent gloser, qu'ils adorent monter en épingle. Une sorte de tête de turc moderne, facile ; une sorte de dérivatif pratique aux préoccupations de la France des gilets jaunes et des rond-points ... Une façon de dire, regarder, ce sont eux vos ennemis, pas nous, pas l'oligarchie qui contrôle l'ensemble des lieux de pouvoir de la capitale ! Il faudrait dire : l'une de leurs marottes. Il ne faut pas oublier que la marotte principale des médias français, c'est désormais le nouvel ennemi du pouvoir macroniste, à savoir ceux qui ont osé faire tomber le candidat LRM Benjamin Griveaux, à l'aide de quelques griveauseries (grivoiseries) ... A savoir le trio sans foi ni loi qui oeuvre dans l'ombre, dixit Le Monde. À peine si on ne les présente pas comme un trio infernal, ou démoniaque ... Entre parenthèses, «trio démoniaque» fut le titre utilisé par un média comme Paris Match dans une de ses couvertures. L'acharnement médiatique et judiciaire dont est désormais victime ce trio, notamment l'auteur du pamphlet anti-Macron «Crépuscule», mériterait un article à part. Mais ce n'est pas mon objet aujourd'hui.

 

https://www.lemonde.fr/politique/article/2020/02/17/derriere-la-chute-de-benjamin-griveaux-un-trio-sans-foi-ni-loi_6029811_823448.html 

 

Non, en parlant de nouvelle marotte des médias, je veux parler de la chasse médiatique aux grandes écoles, à tout ce qui, de près et de loin, permet à une fraction de la classe moyenne d'accéder à un niveau de formation d'excellence, voire de prétendre à rejoindre l'élite de ce pays. C'était vrai sous le dernier gouvernement socialiste, sous lequel les socialistes ont essayé de niveler par le bas l'enseignement français. Les efforts budgétaires devaient être les mêmes pour tous, et il fallait surtout casser toutes les recettes permettant à certains de leurs ennemis d'échapper à la médiocrité de l'enseignement public en tentant de faire entrer leurs enfants dans des filières élitistes, comme les classes bilingues ou l'enseignement du grec et du latin. Ce qui n'empêchera le même gouvernement socialiste de créer des options de langue étrangère, correspondant aux origines migratoires des enfants et élèves. Malheur néanmoins aux français qui n'ont pas d'autres langues, ou aux bretons, basques, corses ou occitans ! Il ne faudrait quand même pas réveiller les vieux démons régionalistes ! 

 

C'est tout aussi vrai sous ce gouvernement LaREM. Les écoles privées d'enseignement catholique sont apparemment une insulte à l'élite qui nous contrôle, qui nous administre. Un enseignement privé qui n'est pas hors de prix, qui n'est pas réservé aux seules grandes familles bourgeoises, qui enseigne le plus souvent des valeurs catholiques aux enfants, et qui offrent d'excellents résultats scolaires et universitaires aux enfants des petites classes moyennes qui les fréquentent. Voilà l'ennemi qu'il faut exhiber devant les gilets jaunes, devant les pauvres et les sans-abris. Non pas les écoles et les lycées de l'élite qui nous dirige, élite cachée derrière Macron et ses agents, ses maçons, mais la classe française moyenne et ses écoles privées. D'où la réforme du baccalauréat pour casser un diplôme qui traite de manière égale des enfants aux résultats forcément inégaux. Fin par conséquent des notations communes et égales. Les lycées peuvent ainsi choisir les épreuves de contrôle continu, aider leurs élèves, puis noter à leur sauce les copies qui ne sont même pas dépaysées. Je doute ainsi que les contrôles seront choisis et notés de la même manière dans un lycée privé tel Henri IV et dans un lycée public de banlieue, et je doute que les notes reflètent les différences de niveau entre ces lycées. Les notes au baccalauréat seront ainsi beaucoup plus élevées dans un obscur lycée public de banlieue qu'à Henry IV. Où comment couler l'enseignement privé catholique par une simple réforme du baccalauréat ! Et exit un Baccalauréat national, égale et comparable sur tout le territoire. Un Baccalauréat obtenu à Henri IV ou dans un obscur lycée de banlieue vaudra-t-il toujours la même chose, sera-t-il jugé de la même manière ? 

 

D'où également une médiatisation intelligente, sournoise, visant à déconsidérer cette forme d'enseignement que représentent les études supérieures. D'où une superexposition médiatique de toutes les formes de critiques que l'on relaie ou que l'on fabrique. D'où la volonté de remettre en cause l'existence de l'ENA, la médiatisation de la position d'une vingtaine d'élèves de la promotion Molière de l'ENA, qui estime que l'ENA est sexiste, machiste, insuffisamment féminisée et refuse de traiter les cas de harcèlement. Et réserve le tutoiement aux hommes. Les femmes aussi veulent être tutoyées ! (Elles se plaindront ulterieurement d'être harcelées sexuellement si on (un homme) les tutoie et qu'on les appelle par leur prénom, mais cela est sûrement un autre problème ...).

 

https://www.lemonde.fr/politique/article/2020/02/21/l-ena-recompense-des-qualites-attribuees-aux-hommes_6030335_823448.html

 

Le Journal Le Monde donne aussi une visibilité incompréhensible à une supposée honte des diplômés de l'enseignement superieur devant leur famille et devant leurs parents lorsqu'ils n'ont pas fait d'études. Ou bien aux difficultés d'adaptation des jeunes de milieux sociaux moins favorisés lorsqu'ils rejoignent les grandes écoles plus sélectives.

 

Le problème, c’est que cette honte présentée et instrumentalisée par certains pour pourfendre la supposée inégalité du système scolaire français n’existe pas. Qu’elle n’a pas été ressentie par des centaines d’autres jeunes et de parents, et qu’elle ne concerne malgré tout qu’une minorité de quelques supposés intellectuels qui cherchent à se raconter une histoire, à se mettre en scène, à mettre des mots sur leurs propres soucis personnels et existentialistes.

 

L’accès à l’université, aux grandes écoles, est en soi, pour tout le monde, un choc intellectuel. Evidemment. Comme l’accès à la vie adulte, aux responsabilités. Comme l'accès au Monde du travail, que l'on rejoigne l'état major d'un grand groupe lorsque l'on est ultra-diplomé, ou un poste d'ouvrier dans une usine ou de serveur à Mac Do. Alors, certains se plaisent à mettre des mots autour de cela.

 

Mon père n’avait pas le bac, pupille de la Nation, né d’un père tué en 1945 sur un bateau de la France libre qui sauta sur une mine sous-marine. Il s’est engagé avant le baccalauréat dans la marine nationale. Ma mère de son côté, a dû avoir un brevet ou son baccalauréat, en sténo dactylographie, et s’est mise immédiatement à travailler. Aucun d’eux n’a accédé à l’université ni aux grandes écoles. Mon seul grand-père vivant à ma naissance, du côté maternel, avait été pour sa part prisonnier de guerre des nazis avant de s’enfuir pour retourner dans son Pays Basque. Je crois que comme dans le film «La vache et le prisonnier», il traversa les lignes allemandes et françaises avec une vache. Cela doit être l’histoire de nombreux prisonniers de guerre à cette époque-là. Je doute que le film de Fernandel racontait l’histoire de mon grand-père Edouard, décédé il y a quelques années. Après la guerre, sans études, il fut électricien jusqu’à sa retraite. Je me souviens qu'il partait travailler au volant de sa vieille motobécane, de son Solex ou de sa Renault R8 (dont je me souviens encore et qui ne devrait pas être aussi vieille à cette époque).

 

Les parents de mon épouse, de leurs côtés, avaient arrêtés l’école avant l’obtention de leur certificat d’étude, forcés à travailler très jeunes pour subvenir aux besoins de leur famille. Le père de ma belle-mère était décédé avant sa naissance. Et mon beau-père était issu d’une très nombreuse famille avec de nombreux frères et sœurs. Aucun d'eux ne firent d'études, travaillant des leur plus jeune âge. C'était souvent comme cela dans le département de La Réunion dans les années 1950.

 

Ni moi, ni mon épouse, ne sommes donc des enfants de parents ayant fait des études, comme l’immense majorité des personnes de notre génération. Les enfants nés dans les années 1940, qui firent leurs études dans les années 1960-1968, n’étaient pas nombreux à partir à l’université. Quelques pourcents des jeunes de cette époque étudièrent à l’université ou dans de grandes écoles. Et pourtant, nombreux d’entre eux poussèrent leurs enfants à accéder aux études supérieures. Ma génération, née dans les années 1960-1970, et qui avons fait nos études dans les années 1980-1990, ne ressentons pas les délires existentialistes du genre de gêne racontée par M. Eribon dans ses bouquins qui l’ont rendu célèbres.

 

Toute notre génération a vécu le même défi, et vraisemblablement nos parents étaient fiers que nous puissions faire ce qu’ils n’avaient eux pas pu réaliser, que nous puissions suivre les études supérieures auxquelles ils n’avaient pas pu accéder eux-mêmes. Evidemment, à notre époque, dans le milieu des années 1980, l’information sur les études supérieures n’étaient malgré tout pas très développée. Pas de logiciel de type #Parcours.sup, pas de publicité autour des écoles préparatoires comme Maths Sup, Maths Spé ou Cagne et HypoCagne (les anciens noms des classes préparatoires d’aujourd’hui), ni même autour des écoles d’ingénieurs ; obtenir le baccalauréat était déjà une fin en soi, un aboutissement.

 

Dans les générations un peu plus anciennes, rares étaient les jeunes à être sortis de l'université. J'ai à peine rencontré une poignée de dirigeants d'entreprises qui étaient diplomés de grandes écoles ou de l'université. Il était aussi beaucoup plus facile de réussir dans les entreprises en partant de la base, sans diplôme. Cette chance plus grande offerte aux non-diplomés de pouvoir réussir dans les entreprises , vraie dans les années 1970 jusque dans les années 1980, me semble beaucoup moins simple aujourd'hui. C'est beaucoup plus compliqué aujourd'hui pour un jeune sortant sans diplôme de l'école ou de l'université.

 

Mais cette histoire de honte des jeunes étudiants devant leurs parents, c'est selon moi une énorme arnaque, une façon de vendre des livres, de trouver un filon/Fillon pour devenir célèbre, pour se faire de la publicité.

 

 

Saucratès 


26/02/2020
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Enseignement, réformes, sélection sociale et bienveillance

Saint-Denis de La Réunion, vendredi 11 octobre 2019

 

Le monde de l'enseignement et ses différentes réformes sont un de mes sujets de prédilection. C'est aussi un sujet sur lequel mon fils de quinze ans est particulièrement remonté, mais à ma différence, il ne s'intéresse pas aux articles de la presse écrite ou à l'écriture de textes critiques. Dans sa génération, on parle de vidéos, de youtubeurs. Ecart de génération même sur des sujets sur lesquels nous sommes en accord.

 

(Je vais dans cet article à plusieurs reprises parler de lui parce que ce sujet de l'éducation, de l'école, du collège, du lycee, le concerne beaucoup plus précisément qu'il ne me touche moi-même).

 

Le Monde Diplomatique de septembre 2019 avait donc fait paraître quelques articles sur l'enseignement, et notamment un texte de Clothilde Dozier et de Samuel Dumoulin intitulé «La Bienveillance, cache-misère de la sélection sociale à l'école»

 

https://www.monde-diplomatique.fr/2019/09/DOZIER/60366

 

Je pense que nous avons (eux et moi) des positions globalement divergentes sur le sujet. Il me semble qu'ils dénoncent grosso-modo une tentative du gouvernement de «masquer  l’impuissance de l’institution à réduire le fossé entre les enfants des classes favorisées et ceux des classes populaires». Ils concluent leur article par la sentence que «Le tri social des élèves existait déjà hier. Mais l'institution ne consacrait pas autant d'efforts à le rendre invisible».

 

Cette idée contestée de la «bienveillance» que les enseignants sont invités à témoigner à leurs élèves

 

Les auteurs contestent apparemment d'abord l'importance qui est donnée à la bienveillance à l'égard des élèves et ils considèrent qu'elle sert à masquer l'insuffisance des moyens consentis à l'enseignement à l'école, au collège et au lycée. «La mise en orbite du thème de la bienveillance dans l'univers éducatif a ainsi pour intérêt premier d'escamoter les causes réelles de l'échec scolaire».  

 

Je pense que le rapprochement entre leurs réflexions et les miennes s'arrête là. Ils datent de la présidence de Francois Hollande le début de cette psalmodie moralisatrice. Moi de mon côté, je date de cette même présidence, et de sa ministre de l'Education nationale, Mme Najat Valot-Belkacem, cette hystérie égalisatrice visant à supprimer toute différence de moyens entre les élèves, avec l'interdiction de commencer une deuxième langue vivante en sixième, dans ce qui était appelé les classes bilangues, ou la suppression de l'enseignement du latin (et du grec ancien) parce que cela ne favorisait que certains gamins. Normal, vu la manière dont j'ai dû batailler avec mes enfants pour qu'ils se mettent au latin, alors qu'un gamin normal comptabilise plutôt ses heures de cours et vise à travailler le moins possible. Très peu de gamins acceptent d'apprendre le latin ou le grec.

 

Selon moi, Mme la ministre Najat Valot-Belkacem ne cherchait pas à faire des économies sur les heures de cours mais plutôt à empêcher tout moyen supplémentaire donné à des enfants non en difficulté. Elle serait restée quelques années de plus a la tête de l'Education nationale, les socialistes auraient fait en sorte que les enfants qui s'en sortaient deviennent ceux en difficulté dans le système scolaire. Quel meilleur moyen de combattre le tri social des élèves que de mettre en difficulté les élèves qui s'en sortent, souvent de milieux sociaux aisés, et de favoriser inversement ceux en difficulté. Inutile de dire que je n'étais aucunement favorable au projet socialiste (ou plutôt d'Hollande et de Valot-Belkacem).

 

Par contre, le principe de la bienveillance que les deux auteurs mettent en cause, mettent en pièce, qu'ils font remonter à la présidence de François Hollande, ce principe, j'y suis particulièrement favorable. Mon enfance et mon adolescence ont été remplis de ces réunions parents-professeurs qui se soldaient inévitablement par la liste de tous mes défauts, de tous mes manquements, de toutes mes fautes. J'ai retrouvé la meme expérience avec mes enfants, avec les réunions parents-professeurs concernant mes enfants. Un enseignant, de par mon expérience, ne relève pratiquement jamais les qualités d'un enfant, mais bien au contraire semble prendre un malin plaisir à lister et à chercher ses difficultés, et le plus souvent même ne voit que les défauts. Très rares sont les enseignants qui avaient un discours équilibré sur mes enfants. J'en suis arrivé à fuir ces réunions parce qu'au fond elles ne servent absolument à rien. On n'ai pas là, en tant que parents, pour voir noircir ses enfants. Evidemment, j'ai extrêmement mal vécu ces reunions lorsque j'étais enfant ou adolescent. J'ai des souvenirs cuisants des retours au domicile de mes parents. Et évidemment, je n'ai jamais réagi de la sorte avec mes enfants, privilégiant le plus souvent l'affrontement larvé avec les enseignants (heureusement également que ma femme est là pour servir de tampon, pour préserver nos enfants des ions des enseignants). Il existe évidemment une explication de mon comportement de parent. Les spécialistes parlent ainsi de la blessure narcissique que représente ces réunions, où la vision fantasmée de l'enfant idéalisé se fracasse sur la réalité de l'école. 

 

Mais il ne s'agit pas de cela ici. Le problème est l'incompétence de la majeure partie du corps des enseignants en matière de bienveillance et de tolérance, d'acceptation des différences de comportement entre les enfants. Et je m'inscris bien en totale opposition avec les positions exprimées par Clotilde Dozier et Samuel Dumoulin. Le monde de l'enseignement doit se réformer pour devenir bienveillant. Le système de notation doit se réformer pour oublier le jugement négatif qu'il représente depuis toujours pour devenir un système bienveillant qui fait apparaître les réussites et non qui souligne les erreurs et les fautes comme aujourd'hui. Dans de nombreux autres pays européens, comme me l'indique mon fils de quinze ans dont j'ai déjà parlé, les enseignants soulignent en couleur les bonnes réponses des élèves avec des encouragements écrits. C'est tres rarement dans le système éducatif français. Ce sont le plus souvent les erreurs qui sont soulignés en rouge, avec des commentaires le plus souvent péjoratif. «Nul !».

 

Les auteurs remettent en cause le principe de l'évaluation pour le brevet des collèges. Mon fils et moi-même également, mais pas pour les mêmes raisons. Les auteurs soulignent que «Même si Florian est archinul en anglais, le décompte lui garantit au minimum 20% des points possibles. Très bon en mathématiques, mais pas excellent, il obtiendra cependant 100% des points pour la composante en question». Nous avons ainsi là deux parfaits spécimens des enseignants dont je parle ! Comment peuvent-ils accepter qu'un archinul en anglais n'est pas 0/50 et qu'un 50/50 puisse récompenser un élève qui n'est même pas brillantissime ! Ce système est forcément rejeté par un corps d'enseignants pour lesquels les notes sont forcément des sanctions, doivent sanctionner la bonne appréhension de connaissances !

 

Il y a une autre façon d'appréhender le système de notation. De trop bonnes notes à un contrôle sont un signe pour un enseignant qu'il a raté son évaluation. Trop facile, trop simple, ou alors un motif de suspicion, de fraude ; le signe que les enfants avaient préalablement les réponses. De très mauvaises notes inversement à un contrôle, n'est pas vécu par l'enseignant comme le signe d'une évaluation trop compliquée, mais témoigne du fait que les élèves n'ont pas travaillé. Incroyable et faux me direz-vous ? Mais nos enfants vivent cette situation en permanence. Dans un bon contrôle bien réussi aux yeux des enseignants, les notes doivent s'étaler entre 0/20 et 20/20 (ou plutôt 18/20 le plus souvent) et la moyenne de la classe doit tourner entre 9/20 à 12/20 !

 

Alors oui, le système est à réformer pour valoriser les enfants, quelques soient les matières, et pour souligner leur réussite et les aider à progresser. Ce devrait être le rôle des enseignants. 

 

Mon fils et moi-même contestons pourtant ce même système de notation du brevet du collège, mais parce qu'il contient une très forte composante subjective dans les évaluations des compétences. On n'apprécie pas uniquement les compétences objectivement, mais le ressenti de l'évaluateur. On ne note plus les compétences de l'enfant mais son comportement. C'est vrai en sport comme dans toutes les matières. Mais tous les enfants ne se comportent pas en cours de la même manière, sans forcément en arriver jusqu'au manquement de respect pour l'e. Et comme chaque enseignant ne pourra pas non plus donner que des 50/50 à tous ses élèves pour une compétence, chaque classe sera ainsi appréciée différemment. Un enfant dans un très bon collège, dans une très bonne classe, pourra ainsi se voir attribuer des notes très mauvaises alors que dans une autre classe, avec d'autres enfants moins bons, moins travailleurs, ses évaluations auraient été très différentes !

 

Comment peut-on accepter qu'une évaluation des compétences ne se basent pas sur une approche objective des compétences mais sur une approche purement subjective et comparative des compétences ?

 

L'idée de l'existence d'une sélection sociale dans le système éducatif

 

Étant en désaccord complet avec le projet socialiste visant l'éducation nationale, je ne défends ainsi absolument pas l'idee que l'école, le college et le lycee n'ont pas et ne servent pas à selectionner les enfants. C'est même idiot selon moi de prétendre le contraire. Le système des écoles de sport-études, que ce soit en tennis, en football, en gymnastique ou en tennis de table, visent à sélectionner des enfants particulièrement brillants dans leur sport, et il ne viendrait l'idée de personnes de le contester, à mon sens. Une multitude de gamins font acte de candidatures, et les filières sport-études retiennent les enfants les plus brillants, au plus grand potentiel. Pas les plus intelligents. Pas les plus beaux physiquement. Pourquoi cela serait-il différent dans le monde normal de l'enseignement. Que tous les enfants puissent bénéficier des mêmes chances, de la même attention, de la même bienveillance, je ne le remet pas en cause. Mais nous ne partons pas tous dans la vie avec les mêmes chances, avec les mêmes réseaux de connaissance. À la fin de mon lycée, il y a plus de trente ans, je n'avais jamais entendu parler de l'Ecole normale supérieure d'Ulm, des écoles d'ingénieurs. Derrière le Bac, c'était la vie active qui commençait. Un enfant d'énarque ou de normalien connaissait forcément ces écoles, est-il avait forcément plus de chance que moi de pouvoir y entrer. Evidemment. Moi, de mon côté, avec mon père militaire, je connaissais les grades de la marine, les façons d'y rentrer, les concours à passer. Nous bénéficiond tous de réseaux de connaissance et d'informations différents les uns des autres, même aujourd'hui à l'heure d'Internet.

 

Il me semble aberrant de vouloir faire disparaître l'existence des différences entre les enfants, entre les élèves. À vouloir que tout le monde avance de la même manière, à la même vitesse, on prive et on décourage forcément certains enfants et cela restera sans effet sur de nombreux autres enfants. Tous les enfants ne peuvent pas avoir le Bac ou un niveau licence, sauf à faire tomber le niveau de ce Bac ou de ces licences de telle sorte qu'il ou qu'elles ne valent plus rien réellement. Tout le monde n'est pas égal en sport, devant la mort, devant la maladie, pourquoi devrions-nous tous être égaux en compétence et en intelligence ? 

 

Qu'un système éducatif fasse en sorte par la tolérance, par les moyens supplémentaires accordés, par la bienveillance, d'aider plus fortement les élèves en difficulté, de faire en sorte qu'ils ne décrochent pas, qu'ils réussissent à se raccrocher à des matières qu'ils apprécient, où ils se sentent bien, qui les intéressent, c'est une bonne chose. Mais pas par la contrainte. Pas en sacrifiant les élèves les plus doués, les plus studieux ou les plus intelligents. Ce qui pour moi était le projet socialiste d'Hollande et de Valot-Belkacem. 

 

 

Saucratès 


11/10/2019
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