Critiques de notre temps

Critiques de notre temps

Sur la politique


Du macronisme et de la dette publique

Aéroport de Gillot, lundi 25 novembre 2019

 

Il y a tout un débat autour du concept de dette publique. Un débat conceptuel existant entre tenants et opposants à la dette publique. Mais aussi un débat à avoir au plan national à la charge du gouvernement. C'est exactement ce que raconte l'éditorial du Monde du 21 novembre ci-après, qui en appelle à la nécessité d'un débat sur l'usage de la dette.  

 

https://www.lemonde.fr/idees/article/2019/11/21/le-necessaire-debat-sur-la-dette_6020017_3232.html

 

Au fond, un Journal que l'on peut penser de gauche, social-démocrate, même s'il est contrôlé capitalistiquement par des intérêts privés, par des oligarques milliardaires qui ont pu l'utiliser pour permettre l'élection de leur dauphin putatif, de leur marionnette ... un tel Journal peut défendre une politique au fond favorable aux intérêts des capitalistes. Recourir à l'artifice de la dette, c'est dangereux, disent-ils en filigrane. À moins que, du fait qu'ils ont aidé à l'élection d'Emmanuel Macron et de son gouvernement, ils estiment qu'ils devraient être associés au changement de discours du gouvernement sur la dette publique. Comme tous bons socialistes ou gauchistes, les éditorialistes du Monde cherchent à être plus royalistes que le roi, plus capitalistes que les capitalistes eux-mêmes. Il ne faudrait pas qu'on les accuse de dilapider l'argent public !

 

https://www.lemonde.fr/politique/article/2019/11/21/deficit-le-nouvel-avertissement-de-bruxelles-a-la-france-tombe-mal-pour-le-gouvernement_6019952_823448.html

 

Ce gouvernement a-t-il vraiment changé de politique comme cet éditorial du Monde voudrait nous le faire croire ? Un gouvernement et un président qui réforment à tour de bras, tout en voulant nous faire croire, à travers leurs médias et leurs journaux affidés, qu'ils ont changé de méthode, que les réformes sont maintenant faites en concertation. Mais qui s'intéresse par exemple à la réforme du statut des fonctionnaires passée en sourdine au cours de l'été 2019, il y a à peine quelques mois, qui lamine désormais les droits des fonctionnaires, sans que les syndicats n'aient pu bouger. Actualité du mois d'août oblige. 

 

https://saucrates.blog4ever.com/reforme-macroniste-du-statut-de-la-fonction-publique-territoriale

 

J'aimerais qu'un média comme Le Monde cesse de chercher à nous faire croire que ce gouvernement a changé, que le temps des réformes imposées, au forceps est terminé, que le temps du dialogue a sonné, que ce gouvernement est désormais favorable à la croissance de la dette publique, que les mesures en faveur des gilets jaunes représentent 17 milliards d'euros et qu'elles ont largement contribué à relancer la croissance économique francaise. Le pire, c'est peut-être que ces journalistes y croient, à ce qu'ils écrivent ! Peut-être qu'ils ne cherchent pas à nous tromper volontairement. Peut-être sont-ils réellement eux-mêmes aveuglés par Macron et par son gouvernement, par les mensonges dont ils nous abreuvent, dont ce gouvernement nous abreuve !

 

 

Saucratès


25/11/2019
0 Poster un commentaire

Comment expliquer la compromission idéologique des socialistes

Saint-Denis de La Réunion, mardi 28 octobre 2019

 

Qu'est-ce qui explique la compromission des gauches et leur basculement vers le libéralisme, vers les intérêts du capital ? Question lancinante que je me suis souvent posée lors du quinquennat de François Hollande entre 2012 et 2017. Comment expliquer la poursuite d'une politique libérale par un homme et un gouvernement élu sur des promesses socialistes ? Comment expliquer qu'un homme qui disait ne pas aimer les riches était en fait un homme n'aimant pas les pauvres, les sans-dents comme il les appelait ? Comment cet homme qui se présentait comme l'ennemi de la Finance, a pu conduire une politique favorable au patronat, aux employeurs, au grand capital ! Et comment cet ennemi de la Finance a pu s'entourer de jeunes gens issus du Monde de la Finance, et nommer l'un d'eux, Emmanuel Macron, issu de la Banque Rothschild, au ministère de l'Economie et des Finances ?

 

Tout ceci est déjà assez surprenant, invraisemblable lorsque cela se passe dans un pays, comme la France, dans un Parti de gauche comme le Parti socialiste français. Mais quand cela se passe dans plusieurs partis de gauche, dans plusieurs pays, ce n'est plus seulement surprenant ou invraisemblable. Cela devient inquietant, gravissime pour le sens meme du principe de la démocratie. 

 

Si ce basculement, ce mensonge ne concernait que la France, qu'un homme et ses proches, qu'un seul et unique parti politique, le Parti socialiste francais, il n'y aurait pas lieu de trop s'inquiéter. Mais cela ne concerne pas que la France ! Le miracle socialiste portugais semble être absolument semblable. Un Parti socialiste qui se fait élire sur un programme de gauche mais qui cherche à être le meilleur élève de la classe et qui poursuit une politique ultralibérale au bénéfice du patronat et de la finance mondiale ou européenne. Lire à ce sujet l'article du Monde diplomatique de septembre 2019 intitulé : «La face cachée du miracle portugais».

 

https://www.monde-diplomatique.fr/2019/09/CORREIA/60350

 

Comme en France, des gouvernements socialistes font voter des lois liberticides, contre les syndicats, contre les travailleurs, pour réduire leurs droits, pour accroître ceux des employeurs. Des gouvernements socialistes mènent une politique favorable aux grandes entreprises, favorable aux plus riches et utilisent les forces de maintien de l'ordre pour casser les mouvements sociaux, les travailleurs, les syndicats. Au Portugal, c'est pour permettre l'exportation des véhicules Volkswagen produits qui s'entassaient suite à un conflit social. En France, c'était pour permettre le vote de la loi Travail de M. Macron et Mme El Komheri, magnifique spécimen de recul des droits sociaux. 

 

Et il ne s'agit que deux exemples parmi d'autres. Dans combien d'autres pays, des partis de gauche sensés défendre les droits des travailleurs et des plus pauvres ont-ils défendus une fois élus les intérêts des classes sociales opposées ? Dans combien de pays d'Amerique Latine est-ce arrivé ? C'est même arrivé dans la Grèce d'Alexis Tsipas et de son Parti de gauche et d'extrême gauche Syriza !

 

Pour en revenir à la France et au positionnement du Parti Socialiste sous François Hollande, il est intéressant d'observer que le champ du positionnement politique ne recouvre pas uniquement la composante sociale et économique. D'autres sphères, d'autres espaces politiques existent, notamment celui des mœurs, de la famille, de l'immigration ... Mon incompréhension et ma divergence d'avec le Parti Socialiste ne s'explique pas uniquement par la politique économique et sociale menée par le gouvernement Hollande/Valls/Macron. Elle se place également sur la politique de la famille et des mœurs menée par ce gouvernement. 

 

Le Parti socialiste sous Mitterand et sous Jospin nous avait habitué à mener une politique économique et sociale de gauche. Mise en place des 39 heures et de la cinquième semaine de congés payés en 1981, extension du rôle des instances représentatives du personnel en 1981 et 1988, après que la droite en 1986 en est restreint la portée avec la création de la délégation unique du personnel (Dup). Mise en place des 35 heures en 1998 sous Jospin, Aubry et Strauss-Kahn. Création du RMI en 1981, de la CMU en 1999 puis de la CMU complémentaire ... Chaque gouvernement de gauche jusqu'en 2012 avait accompagné et mis en place de grandes avancées sociales et syndicales pour les travailleurs, pour permettre de faire reculer la misère, et contre le plus souvent les intérêts du patronat. Et en 2012, nous avons un gouvernement élu sur un programme de combat de la finance, des riches, qui bascule dans une politique ultralibérale : fusion des instances représentatives du personnel, remise en cause et encadrement de leurs moyens d'actions, souhait de remettre en cause les 35 heures ... et qui remet en cause les acquis des travailleurs des mandatures socialistes précédentes. Tout ceci représente une rupture brutale et choquante et la conversion des socialistes à un ultralibéral de choc, sous l'égide d'un Emmanuel Macron qui s'affichera ensuite comme un homme ni de droite, ni de gauche, mais ultraliberal assumé. 

 

Accessoirement, là où François Hollande et le Parti socialiste ne reculeront pas, c'est sur une position libérale en matière de mœurs et de famille. Là où j'ai l'impression que les précédents gouvernements de gauche avaient été relativement mesuré, évitant de choquer la partie de la population francaise relativement conservatrice en matière de mœurs, François Hollande et les socialistes ont semblé vouloir à tout prix récompenser la frange LGBT de leur électorat. Mariage pour tous, projet d'extension de la procréation assistée, remise en cause du rôle du père dans la famille ... le Parti Socialiste est ainsi apparu comme extrêmement libéral en matière de matière de mœurs et de famille, et conservateur en matière économique et social. Et il n'y a pas pratiquement de différence avec le gouvernement ultralibéral de Macron/Philippe, avec un programme conservateur, de droite, ultralibérale en terme d'économie, de contrainte budgétaire, de normes sociales, et libéral, gauchiste, en matière de mœurs et de famille. Si ce n'est une question de degrés de libéralisme. Aujourd'hui, la procréation médicale assistée pour toutes les femmes est un droit, demain ce sera la gestation pour autrui ; pourtant, en 2012, il avait été indiqué qu'il était hors de question d'autoriser des femmes homosexuelles à bénéficier de la procréation médicale assistée (*). Mais on veut nous faire croire que l'opinion publique change, qu'elle est plus ouverte sur ces questions là. Et apres la PMA et la GPA pour tous, ce sera quoi la prochaine revendication des personnes LGBT ?

 

Le Parti socialiste portait aussi un projet de reforme de l'école avec lequel tout enfant un peu sensé (ce qui était le cas de mon fils aujourd'hui âgé de 15 ans, 7 ans et demi après l'élection de 2012), ce serait opposé. Les faire travailler une demi-journée de plus par semaine et leur supprimer au moins 2 semaines de vacances scolaires, tout ceci pour mieux respecter les rythmes d'apprentissage des enfants selon les preconisations des spécialistes de l'éducation. Ces specialistes devaient ensuite éviter de pénétrer dans une école primaire sous risque de se faire caillasser ... D'une certaine manière, La politique conduite par Macron/Blanquer me semble mieux tenir la route, avec la fin de l'expérimentation du samedi matin et le dédoublement des classes de CP dans les établissements difficiles. L'enseignement et l'accompagnement des élèves est évidemment beaucoup plus simple dans une classe d'une quinzaine d'élèves. 

 

Je ne comprends cette bascule du Parti socialiste vers un conservatisme, vers une patronisation de sa politique sociale et économique. Comment le Parti socialiste sous l'impulsion de François Hollande, de Manuel Valls et d'Emmanuel Macron, a-t-il pu basculer dans l'ultra libéralisme sans qu'une majorité du Parti socialiste ne se révolte ? Une grande partie des socialistes ultralibéraux ont évidemment rejoints le mouvement En Marche (devenu LaREM). Mais pas ceux qui ont été battus lors des élections législatives de 2017 (comme par exemple l'ex-deputée socialiste Monique Orphé), qui eux, sont redevenus des socialistes bon teint ... prêts à se reprostituer avec LaREM et avec les idées ultralibérales qu'ils promeuvent et qu'ils redéfendront dès qu'ils seront réélus.

 

A force de mener les mêmes politiques économiques et sociales que les partis de droite, La gauche ne condamne-t-elle pas à mort l'existence même de la démocratie représentative ? Faudra-t-il une nouvelle guerre mondiale et de nouvelles atrocités comme celles perpétrées par les Nazis d'Adolf Hitler pour voir revenir un consensus social, comme lors de la libération en 1944-1945 ? Je ne l'espère pas pour mes enfants !

 

 

Saucratès 

 

 

(*) Les lois sur la bioéthique ne sont qu'une gigantesque arnaque. Quand il s'agit de réglementer les recherches sur les embryons ou sur les animaux, elles ont Evidemment un sens. Mais lorsqu'il s'agit d'ouvrir de plus en plus les portes pour autoriser la gestation pour autrui et la procréation assistée, elles n'ont aucune légitimité. Au fur et à mesure que l'on viole le consentement des familles sur les comportements amoraux et non éthiques, des sondages fallacieux et des émissions télévisées cherchent à influencer de plus en plus la position des téléspectateurs et des électeurs, afin de faire avancer toujours plus les droits et les désirs des populations LGBT. Jusqu'au jour où la norme légale deviendra quoi ? Le mariage LGBT ? À quand une loi francaise pour imposer à l'église catholique de reconnaître et de sanctifier ces mariages ?


29/10/2019
0 Poster un commentaire

Est-il possible de critiquer la presse télévisuelle ? Une lecture du procès de Jean-Luc Mélanchon

Saint-Denis de La Réunion, samedi 28 septembre 2019

 

Assis à ma terrasse, devant un petit fromage de chèvre arrosé d'un verre de Saint-Julien, j'ai une pensée (plusieurs pensées) pour une de mes amies, qui se prépare pour une délicate intervention chirurgicale, pas loin de la patrie de ce vin que je bois. Le soleil se couche lentement sur son île, et j'espère que tout se passera bien ...

 

Et j'en arrive à mon écrit de ce début de soirée. Jusqu'où est-il possible de critiquer la presse télévisuelle ? C'est la question qu'il est possible de se poser en lisant le blog de Jean-Luc Mélanchon ou en lisant certains articles de presse traitant de son procès. En tant que téléspectateur, j’adore certaines émissions de TMC, telle l’émission Quotidien. J’aime beaucoup le présentateur de cette émission, Yann Barthès, qui me fait souvent rire, notamment ces scènes qui passe en boucle qui démontent les discours des puissants, des hommes ou des femmes politiques ... J’aime beaucoup certaines parties de cette émission comme le Petit Q (petit cul ?). Mais j’apprécie un peu moins l’humour et les interventions du journaliste Azzeddibe Ahmed-Chaouch, que je vois pourtant régulièrement, certainement parce qu’il passe régulièrement aux horaires où je regarde Quotidien ou dans le Petit Q. Et pourtant, aimerais-je autant cette émission si j’étais une personnalité publique ou politique, ou si j’étais exposé médiatiquement ? 

 

Le parti politique «La France Insoumise» (LFI) veut ainsi exclure les journalistes de l’émission Quotidien de ces évènements, comme les journalistes de l’émission sont déjà interdits, ou considérés comme «personna non grata», par d’autres partis politiques ou dans certaines institutions. C’est justement peut-être pour cela que je n’aime pas vraiment Azzeddibe Ahmed-Chaouch, qui adore faire en direct son numéro de pauvre petit Calimero de journaliste exclu et rejeté par ses interlocuteurs, et qui doit me renvoyer cette image de Calimero et d’exclu me rappelant vraisemblablement quelques mauvais souvenirs ... Certainement est-ce pour cela ...

 

https://www.lemonde.fr/politique/article/2019/09/23/jean-luc-melenchon-ne-veut-plus-accrediter-quotidien-sur-ses-evenements_6012747_823448.html

 

La lecture du blog de Jean Luc Mélenchon laisse très rapidement une impression d’étrangeté. Toute cette violence, ce discours sonne creux. On se donne en spectacle en lâchant de grandes phrases, de grandes idées, et en appelant plus ou moins à l'insurrection tout en sachant pertinemment que l'on n'appellera pas à l'insurrection, que Jean-Luc Melanchon serait bien ennuyé, bien embêté si le peuple le prenait au mot. À quoi sert donc la violence de ce discours ? A se poser en victime du pouvoir, des journalistes, du pouvoir médiatique ? À se construire une légitimité de premier opposant au président Macron ? Mais tout ceci n'est donc que du spectacle, comme pour donner raison à Guy Debord et aux Situationnistes, mais Jean-Luc Mélanchon n'en est-il pas un adepte ?

 

https://melenchon.fr/2018/02/26/la-semaine-ou-macron-devisse-bain-de-boue-pour-tous/

 

Certes, moi aussi, je critique les médias, au premier rang desquels mon Journal Le Monde. Mais c'est parce que j'aime lire ce Journal et que je ne me retrouve pas dans la manière dont il rend compte de ce gouvernement, de sa politique, et des événements actuels. Je critique surtout son obséquiosité vis-à-vis d'Emmanuel Macron, de son Parti politique et de son gouvernement. Comme si le fait d'être obséquieux était une qualité pour les journalistes du Monde, ou dans une entreprise ... Comme si les lecteurs du Monde le lisait parce qu'il était obséquieux avec un ultralibéral comme Emmanuel Macron ! Mais c'est une erreur. Je lirais le Journal Le Figaro si j'etais un liberal, si j'étais de droite !

 

Evidemment, et surtout, je ne suis pas un personnage public comme peut l'être Jean-Luc Mélanchon. Mon opinion n'est donc pas comparable. 

 

Spectacle toujours lorsque le ministre de l'intérieur entend poursuivre Jean-Luc Mélanchon pour avoir dit que les policiers, ou les forces de l'ordre, sont des «barbares» ! Quelle horreur ! Comment a-t-il osé ! Le gouvernement entend donc poursuivre Jean-Luc Melanchon et signaler les propos de Mélanchon au procureur de la République. Il aurait pu les traiter d'escadrons de la mort, de troupes nazies, mais il en a parlé comme de barbares et c'est une insulte et un terme devant être signalé au parquet ? Où va-t-on ? À quelle extremité de peur le gouvernement est-il arrivé pour avoir une telle trouille de la moindre critique, de la moindre contestation ? Il arrive souvent que l'on est honte d'être citoyen d'un pays. Parfois, c'est à cause d'un président qui se ridiculise. D'autres fois, c'est à cause du traitement consenti à des étrangers (même si je ne pense pas qu'il faille accueillir toute la misère de la Terre en France ... je ne pensais pas aux migrants tentant de traverser la Méditerranée mais plutot aux aux traitements réservés au peuple juif au cours de la deuxième guerre mondiale ...). Là, c'est le gouvernement français qui se couvre de honte, ainsi que les médias qui se refusent à critiquer ce gouvernement par principe d'obséquiosité. Quelle honte !

 

https://www.lepoint.fr/politique/policiers-barbares-castaner-va-signaler-les-propos-de-melenchon-a-la-justice-26-09-2019-2337916_20.php 

 

 

Saucratès  


28/09/2019
0 Poster un commentaire

De la justification des inégalités

Saint-Denis de La Réunion, dimanche 22 septembre 2019

 

Qu'est-ce que recouvre la notion d'inégalités? 

 

Je me baserais sur les premières lignes écrites de l'introduction du dernier livre de Thomas Piketty. 

 

«Chaque société humaine doit justifier ses inégalités : il faut leur trouver des raisons, faute de quoi c'est l'ensemble de l'édifice politique et social qui menace de s'effondrer. Chaque époque produit ainsi un ensemble de discours et d'idéologies contradictoires visant à légitimer l'inégalité telle qu'elle existe ou devrait exister, et à décrire les règles économiques, sociales et politiques permettant de structurer l'ensemble. De cette confrontation (...) émergent généralement un ou plusieurs récits dominants sur lesquels s'appuient les régimes inégalitaires en place.» 

Thomas Piketty, «Capital et idéologie»

 

Sacré programme ouvert par une telle introduction. C'est l'objet du dernier livre de Piketty. Et c'est également, sous une forme différente, l'objet de cet article de mon blog. Premièrement, il en ressort que la France, comme les Etats-Unis, comme autrefois l'URSS, comme aujourd'hui et hier la Chine communiste, comme les anciens empires antiques, étaient ou sont effectivement des régimes inégalitaires. Foin de démocraties, foin de devises frappées aux frontispices de nos temples et de nos églises laïques modernes, comme «Liberté, égalité, fraternité» ; notre société française moderne n'est qu'un vulgaire régime inégalitaire où les inégalités sociales, financières et de position, se perpétuent. 

 

Il y a d'un côté le discours officiel, teinté de méritocratie, de chances égales, de labeur et de travail, et il y a le discours officieux, le système de réseautage, d'appuis souterrains et masqués, qui structurent réellement notre monde, notre société, notre système économique et politique. Il n'est pas suffisant de travailler à l'école, pendant ses études ... de jouer le jeu pour gravir les échelons des entreprises, des sociétés ou de l'administration ... il n'est même pas suffisant de passer par les bonnes écoles, de faire les bonnes prépas scientifiques ou littéraires ... car au final, ce qui l'emporte, ce sont de connaître les bonnes personnes, de disposer des bons réseaux, qui seront autant d'accélérateurs de croissance et de carrière. Le principal tord d'Emmanuel Macron, c'est d'avoir mis en lumière la puissance de ces réseaux souterrains, capables de faire venir au pouvoir un total inconnu, un absolu avatar de la politique, dont l'on devine très vite que son élection n'est pas du tout naturelle, est illogique, est contraire à toute logique démocratique. 

 

L'élection d'Emmanuel Macron a ruiné toute la justification démocratique de notre pays, de La France. Elle a ruiné toute la justification des inégalités existant en France et acceptées par les français. Même si tous ne s'en rendent pas compte, le mouvement des gilets jaunes, la colère populaire contre ses élites et contre ses politiques à pour origine, pour révélateur cette élection incompréhensible. Comment un type ayant décidé un an auparavant de devenir président de la république et ayant lancé les premières bribes de son Parti politique a-t-il pu être élu et peut-il disposer d'une majorité à l'Assemblée nationale ? Il n'y a que deux possibilités : soit le jeu était truqué, depuis très longtemps sans que personne au sein du peuple ne s'en soit aperçu, soit le peuple français est bête, idiot, abruti. Et dans ce dernier cas, il est également à la merci de bons médias, des bons réseaux d'influence. Dans les deux cas, cette élection présidentielle nous a démontré que notre système démocratique est complètement verolé, faux, contrôlé par des groupes privés dont l'intérêt personnel prime absolument sur l'intérêt commun/collectif. 

 

L'introduction de Thomas Piketty présente un principe idéalisé des sociétés humaines. Un système dans lequel les inégalités seraient justifiées par un discours fondateur. Dans il existerait une justification des écarts de considération, de richesse, de pouvoir entre les membres de la société. La société communiste parfaite de l'ex URSS prévoyait que tous étaient égaux, que tous devaient recevoir en fonction de leurs besoins. Et pourtant, dès la chute de l'URSS, des apparatchiks sont devenus les nouveaux maîtres de la Russie. Membres des services secrets, directeurs de grandes entreprises, l'URSS elle-même était traversée de fausses justifications et de vraies élites souterraines. En France, on veut nous faire croire que l'ENA est l'antre de la reproduction de nos élites, une école fondée à la libération pour doter la République d'une haute-fonction publique compétente et intègre, une école dans laquelle on entre au mérite. Mais il n'en est rien. Les enfants de hauts fonctionnaires ont bien plus de chance d'intégrer l'ENA que le commun des mortels. Les hauts fonctionnaires se reproduisent de générations en générations. Le milieu social et les réseaux y comptent bien plus que le travail, le mérite et le talent.

 

La France en est arrivée à cette extrémité : la justification des inégalités existantes ne reposent plus sur aucun discours explicatif. Il y a un groupe de députés, de ministres disposant de l'ensemble du pouvoir politique mais sans aucune possibilité de légitimisation de leur pouvoir, si ce n'est de parler d'un ancien monde honni et d'un nouveau monde  ! Il y a des très riches, des immenséments riches, qui contrôlent des pans entiers de l'économie française, qui laissent entrer les puissants qu'ils souhaitent, qui font élire ceux qu'ils souhaitent à la présidence de la République francaise ... Ils étaient déjà faiseurs de rois dans les économies bananières ... Ils le sont maintenant en France, à moins que la France ne soit devenue une économie bananière comme les autres. 

 

Comment sortir de ces inégalités, et de quelle manière ? Ce n'est pas si simple. Qu'est-ce d'ailleurs qu'une inégalité ? Le fait d'avoir une maison, un chez soi, par rapport à ceux qui n'en ont pas, qui se noient dans la Méditerranée comme l'indique T. Piketty, est-ce cela l'inégalité ? Mais les puissants de ce monde, de la finance comme notre président Macron, n'ont plus vraiment de chez eux. Ce n'est pas cela qui définit leur pouvoir, leur richesse, leur puissance. Ils ne nous contrôlent pas parce qu'ils possèdent quelques maisons ! Ceux qui ont encore un chez eux sont la petite classe moyenne que ce nouveau monde veut faire disparaître, veut paupériser. Les puissants, est-ce ceux qui se saignent aux quatre veines pour que leurs enfants fassent des études ? Et pourtant c'est une forme d'inégalité, entre ceux qui ont pu faire des études et ceux qui ne le peuvent pas, parce que leurs parents n'en voyaient pas l'utilité, parce qu'ils n'en voyaient pas l'intérêt, ou parce qu'ils n'ont pas pu en faire ! La question derrière le discours sur la justification des inégalités, c'est leur légitimité. Les inégalités de richesses, de considération, de pouvoir, sont-elles légitimes en France, dans les pays occidentaux, et de quelles manières peut-on les remettre en cause puisqu'elles ne sont plus légitimes. A toutes ces questions, T. Piketty y répond peut-être dans ce livre.

 

https://www.telos-eu.com/fr/societe/la-derive-egalitariste-de-thomas-piketty.html

 

 

Saucratès


22/09/2019
0 Poster un commentaire

La reprise en main de la presse française porte ses fruits

Saint-Denis de La Réunion, mardi 28 août 2019

 

La lecture des principaux journaux de ces derniers jours fait froid dans le dos.

 

Si vous lisez Le Monde, il semble que tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles, et ceci depuis plusieurs semaines. Et ce n’est pas seulement dans les gros titres, mais aussi dans le corps des articles. Nous avons un président et des ministres fantastiques, tellement bons, attentifs, aux besoins des français, et brillants !

 

« La France résiste mieux que l’Allemagne au ralentissement économique ». Une façon de nous faire croire que la France est le meilleur élève de l’Europe, que même l’Allemagne, pourtant sensée être en meilleure santé économique, va pourtant moins bien que nous. Tout va vraiment pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles, grâce à notre extraordinaire président.

https://www.lemonde.fr/economie/article/2019/08/28/la-france-resiste-mieux-que-l-allemagne-au-ralentissement-economique_5503535_3234.html

 

 « Rentrée scolaire : le gouvernement joue l’apaisement avec les enseignants ». Dans cet article, on peut y lire que « le monde enseignant bénéficiera-t-il de ce temps de respiration qu’il réclame ». Ou encore, « c’est en ministre des ressources humaines qu’il [Jean-Michel Blanquer] a voulu inaugurer cette année scolaire, réagit-on déjà dans les cercles d’enseignants ». Là aussi, il nous faut décrypter qu’un ministre extraordinaire (l’élève le plus brillant du président Emmanuel Macron) est à l’écoute des enseignants, des syndicats, et que tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles à l’école. On a même cessé de nous importuner avec les articles sur les bacheliers sans affectation pour la rentrée scolaire ou avec les contestations ou les ratés du logiciel Parcourssup. C’est tellement contre-productif de parler de ce qui ne va pas !

https://www.lemonde.fr/societe/article/2019/08/27/rentree-scolaire-le-gouvernement-joue-l-apaisement-a-l-adresse-des-enseignants_5503467_3224.html 

 

Sur le G7, on a droit à deux articles : « A Biarritz, Macron réussit un sommet du G7 qui s’annonçait pourtant délicat » et « Après le succès du G7, Emmanuel Marcon bouscule les diplomates ». On peut y lire pêle-mêle, « Emmanuel Macron a gagné son pari pour le premier somment du G7 sous sa présidence. S’annonçant pour le moins difficile, la réunion de Biarritz (...) a été un incontestable succès. » Ou encore « ... ce mot très martial était au cœur, mardi 27 août, du discours long de près de feux heures tenu par Emmanuel Macron devant les ... ». Ou « Après quelques phrases de câlinothérapie félicitant les diplomates pour cette réussite collective (la réussite du sommet du G7), il a commencé à pourfendre les fonctionnaires enfermés dans leurs certitudes » ... Traduction, quel merveilleux dirigeant et fin stratège nous avons la chance d’avoir en France ! Les journaux télévisés ont rivalisé de scènes de promenades vides à Biarritz, où le président marchait entouré de journalistes, promenades dont tous les fâcheux étaient exclus (ouf, pas de risque pour les journalistes de devoir approcher les terribles gilets jaunes), de repas magnifiés entre grands de ce monde, et de promenades des épouses dans les villages avoisinants menées par une merveilleuse première dame française faisant découvrir les charmes du Pays Basque aux autres premières dames, visites que la première dame préparait depuis des mois.

https://www.lemonde.fr/international/article/2019/08/26/a-biarritz-emmanuel-macron-reussit-son-g7_5503036_3210.html

 

Conclusion de l’article, « si les diplomates ont apprécié sa performances du G7, cette partie de poker gagnée avec seulement un huit en main, selon l’un d’eux, les admonestations du chef de l’Etat ont suscité quelques grincements, même si nul ne doute de la nécessité de changements. Et il a été massivement applaudi. » Je me permets de traduire : on a un président merveilleux, intelligent, fin stratège, mais en plus heureux (ou brillant) au jeu (gagner au poker avec un 8 en main, ce n’est pas facile) ... On se permet quelques critiques contre les vilains diplomates qui grincent des dents, « qui sont enfermés dans leurs certitudes » ; ce sont des énarques et on a compris qu’on avait le droit de les critiquer ... Heureusement on est en démocratie et il faut bien quelques victimes expiatoires à donner au bon peuple ! Mais notre président est tellement brillant que « nul ne doute ». Et en plus, il a finalement « été massivement applaudi » !

https://www.lemonde.fr/international/article/2019/08/27/apres-le-succes-du-g7-macron-bouscule-les-diplomates_5503441_3210.html

 

Mais nous avons quand même un article qui donne à voir un autre regard sur ce sommet du G7. « La vanité du G7 ou les rites de l’ancien monde vus par la presse étrangère ». L’article commence par une analyse de la presse française. « Quel bilan tirer du sommet du G7 ? En France, la presse salue globalement une réussite, admirant tour àtour l’activisme, le verbe inépuisable et le pari gagnant d’Emmanuel Macron, loué pour être parvenu à créer les conditions d’une reprise du dialogue entre Washington et Téhéran. » Mais dans le reste de l’article, on peut malgré tout lire les analyses des presses des autres pays, qui manifestement n’ont pas vu la même chose que la presse française.

https://www.lemonde.fr/international/article/2019/08/27/la-vanite-du-g7-ou-les-rites-de-l-ancien-monde-vus-par-la-presse-etrangere_5503420_3210.html

 

Pour le quotidien britannique The Guardian, « Dans l’ensemble, ce fut un week-end plutôt agréable à Biarritz (...) Certains dirigeants étaient peut-être un peu indifférents, et il est toujours déconcertant de se retrouver face à quelqu’un qui présente un trouble de la personnalité encore plus grand que le vôtre, mais globalement tout le monde s’est bien entendu ». Cette comparaison visait-elle Trump et Johnson ou bien notre président Macron ?

 

Le Financial Times rappelle que le sommet du G7 n’a pas donné lieu à la signature ou l’établissement d’un communiqué final (bizarrement cela a complètement échappé à la presse française). « L’absence de communiqué final était stratégique, rappelle le  Financial Times : il fallait à tout prix éviter de répéter le fiasco du G7 de 2018 au Canada, quand Donald Trump avait retiré son soutien au document. Cette année, le président français a donc eu l’habileté de ne pas publier de communiqué final. Or, s’il n’y avait pas de document, il n’y avait rien à refuser de signer. Rien à refuser de signer, mais, du même coup, aucune obligation ni engagement à tenir non plus. »

 

The Guardian indique aussi que « La réunion n’a ainsi donné lieu [...] qu’à une simple déclaration […] plus mince que la page sur laquelle elle était imprimée. »

 

Je ne cite pas les articles louant son admirable discours sur la réforme des retraites, où il fait montre, selon de nombreux journalistes, d'une telle prudence et d'une telle générosité. Ou des articles conspuant l'horrible président brésilien qui l'aurait si perfidement insulté, ou de la citation des nombreuses personnalités brésiliennes qui s'excusent auprès de la France de ces insultes. Mais aucune remise en question du droit d'un président français de s'occuper des incendies en Amazonie, et pas d'interrogations pour se demander pourquoi Macron n'intervient pas du coup sur les incendies dans l'extrême-nord sibérien ?

 

Au final, on comprend que la reprise en main de la presse française hexagonale par le gouvernement et par les milliardaires actionnaires de ces journaux est une véritable réussite ! Tout faire pour que les français aient l’impression que tout va pour le mieux des mondes possibles, qu’il n’y a aucune raison de manifester contre ce pouvoir et ces hommes si brillants et si merveilleux, dévoués, parfaits ... Au pire, il suffira, dans les prochaines semaines, si des mouvements de grève arrivent malgré tout à démarrer, de les peindre sous le jour d’empêcheurs de tourner en rond, d’irréductibles fonctionnaires contestataires qui se refusent à la moindre concession, voire simplement de les ignorer et de ne même pas parler de ces manifestations.

 

Après tout, comme on le dit souvent, la pire des insultes est l’indifférence !

 

 

Saucratès


28/08/2019
2 Poster un commentaire