Critiques de notre temps

Critiques de notre temps

Sur la morale (1)

Réflexion dix (16 août 2006)
De la morale et de ses rapports à la conscience


La morale n’est rien de tout ce qui précède. Elle n’est ni politesse, ni civilité, ni civisme, ni règles de vivre ensemble, quelque soit la valeur que chacun d’entre nous attribue à ces attributs. La morale est autre.

Mais quel est son rapport avec la conscience, philosophiquement parlant. Parle-t-on d’une seule et unique chose ? Individuellement, notre conscience comme la morale, conditionne nos actes, nos actions, vis-à-vis des êtres qui nous entourent. Ce sont nos seuls filtres, nos seuls liens, nos seules limites pour appréhender et canaliser nos possibles actions dans la réalité qui nous entoure. Pour ceux qui n’ont ni morale ni conscience, il n’y a pas de limite à leur bon vouloir, à leurs plaisirs, à leurs envies.

Notre morale et notre conscience évoluent avec l’âge, avec les expériences vécues, avec les arrangements que nous passons avec elles. Elles ne sont pas immuables, elles sont en devenir. Et elles ont tristement tendance à s’accommoder de plus en plus de nos turpitudes. Il paraît toutefois extraordinaire que des gens puissent trouver normal de tuer, de voler leurs prochains, ou bien de spolier ou de jeter dans la misère des milliers d’autres personnes pour s’enrichir un peu plus. Il y a dans ces différentes actions pour un oeil extérieur la même amoralité, sauf que les unes sont illégales et que les autres paraissent normales. On n’y trouve la même perversion de la morale, à savoir une vision du monde où l’on trouve les forts d’un côté et les faibles de l’autre. Dans cette vision de la morale, il n’y a pas de pitié pour les faibles, ceux qui ne tuent pas ou ne volent pas, ou bien ceux qui n’ont pas réussi financièrement, ceux qui ne sont pas aptes à se commercialiser facilement.

Ce sont deux visions travesties (à mon avis) de la réalité. Un retour à l’état de nature, hors de la société, où les plus forts dominent. Mais c’est malheureusement peut-être à cela que notre planète ressemble.

L’être humain naît-il moral, ou bien, au contraire, comme le disait ’Hubert41’, la morale "procède-t-elle de la Conscience humaine et exige l’effort de chacun pour ne pas se complaire dans l’homme sauvage". L’enjeu est d’importance ; les pires assassins ont-ils été moraux à un moment de leur vie ? Adolphe Hitler a-t-il été moral enfant ? Si on suit ’Hubert41’ mais aussi d’autres philosophe, l’enfant, à sa naissance ne connaitrait ni bien ni mal, ni morale, ni amoralité ?

Ou bien alors, la morale préexiste-t-elle à l’homme, en l’homme ?


Réflexion neuf (14 août 2006)
Etat des lieux sur la morale et de ses rapport au civisme


Je commencerais par exposer un récapitulatif des principales hypothèses sur lesquelles j’assieds ma réflexion.

Hypothèse une : la morale n’est plus reconnue en tant qu’élément déterminant dans nos sociétés occidentales modernes. Elle est ignorée, mais en constitue malgré tout un élément fondateur. Elle demeure essentiellement appliquée individuellement par une grande majorité des gens dans leur vie de tous les jours, pour leurs relations au sein de leur sphère familiale et de leur sphère privée.

Hypothèse deux : une règle morale n’a pas besoin d’être appliquée pour exister et être reconnue.

Hypothèse trois : nos sociétés humaines sont constituées d’une multitude d’ensemble de règles de vivre-ensemble et de règles morales, fonction des appartenances religieuses, des tranches d’âge, des groupes sociaux et des origines ethniques des citoyens.

Chaque groupe constituant notre société aimerait que le reste de la société respecte les règles de vivre-ensemble et les règles morales que ses membres considèrent comme la norme. Pratiquement nul groupe n’y échappe, même si on peut considérer que les groupes les moins intégrés et les plus secrets se considèrent en marge de la société et reconnaissent que leurs règles et leurs morales sont opposées à celles des autres groupes.

Dans le cas des groupes de personnes détenant le pouvoir politique, économique, financier ou social, ceux-ci estiment être capables (et en droit) d’imposer le respect de leurs normes au reste de la société. Les normes minimales que ces groupes (détenant le pouvoir) estiment indispensables concernent d’abord le respect de la propriété privée, le respect des autres (de leur richesse et de leur pouvoir), l’obéissance aveugle aux lois, le respect de la hiérarchie. Ces règles minimales ont un nom dans leurs bouches : le civisme. Le civisme est fait pour la foule de ceux qui ne détiennent pas le pouvoir, pour que ceux qui le détiennent dorment tranquillement. Ils rajoutent également au civisme le fait de remplir son devoir électoral, c’est-à-dire de voter pour un certain nombre ceux d’entre-eux, sans se permettre de réfléchir à l’absence de sens de ce vote, dont nul n’a rien à attendre. En effet, ce vote leur donne un parfum, un vernis de démocratie ; l’absence d’un tel vote, même s’il ne changeait rien, pourrait ouvrir la porte à une révolution.

Le civisme est en même temps ce qui sert de liant à notre société. De nombreuses personnes (dont moi) ne sauraient vivre dans un monde où des règles opposées au civisme s’appliqueraient. Mais le civisme est bien aussi le meilleur rempart des intérêts financiers et sociaux de nos classes sociales dirigeantes.

En face, la foule de ceux qui n’ont pas grand chose, de ceux qui respectent cette norme civique, aimerait aussi que les puissants respectent un certain nombre de règles morales. Mais ils ne disposent pour cela que du pouvoir de l’opinion publique, relayée par les journaux, et de l’existence de la justice et de son bras armé : le juge d’instruction, lorsque celui-ci n’appartient pas aux réseaux de connaissance des puissants (ce qui arrive parfois). Mais ces règles morales ne se limitent pas uniquement aux lois ; elles touchent au respect du bien public, à la non-confusion entre le bien public et l’intérêt personnel, au respect des engagements pris et donnés.

Il y a aussi la foule des pauvres, de ceux qui n’ont rien, et parfois même pas de papiers. Il peut aussi s’agir des jeunes, non encore intégrés dans le marché du travail, encore plein de rêves d’une société meilleure. La société occidentale doit leur apparaître injuste avec le train de vie de tous ceux qui s’étalent dans les magazines people. Elle doit également leur apparaître absurde avec ce culte de la consommation et de la possession qui occupent tous leurs contemporains. Nous aimerions peut-être tous une société où le respect de l’autre ne serait pas fonction de sa richesse et de son pouvoir (même est-ce vraiment si sûr ?).

Le civisme n’a pas de rapport à la morale. Le civisme n’est rien d’autre que la forme culturelle que la société française nous demande d’appliquer dans nos relations avec les personnes qui nous sont étrangères, même s’il s’agit peut-être de la meilleure forme relationnelle que nous pouvons imaginer vis-à-vis de personnes non proches.


Réflexion huit (6 août 2006)
De l’existence d’une multitude de morales


J’ai pu déterminer qu’une règle morale, comme une règle de ’vivre ensemble’, n’avait pas besoin d’être appliquée pour exister, ou encore qu’elle pouvait exister sans être appliquée.

La différence entre une règle de ’vivre ensemble’ et une règle morale repose sur la différence de nature entre une règle morale et les règles de vie en société. Ces dernières correspondent à des prescriptions imposées par un groupe humain, sans rapport le plus souvent à des comportements moraux. Depuis le début des temps, il a existé des règles de ’vivre ensemble’ propres à chaque groupe humain, même aux époques préhistoriques. On peut même estimer qu’il existe de telles règles de ’vivre ensemble’ au sein des groupes de primates. Mais il n’y existe pas de règles morales. Il n’a pas non plus existé de règles morales chez les préhominés, ni même chez les hommes préhistoriques. Quand peut-on donc estimer qu’on est face à une règle morale ?

A quand fait-on remonter l’apparition de règles morales ? Existait-elle avant l’invention de la philosophie et de la morale chez les anciens grecs ? Existait-elle avant l’invention de la religion chez les anciens juifs ? Peut-on dire qu’il y a règle morale lorsqu’il y a réflexion sur les conséquences, sur les fondements et sur la justification d’une règle de ’vivre ensemble’, et que cette règle de ’vivre ensemble’ n’est plus seulement une prescription liée à l’usage et la tradition, mais qu’elle repose en plus sur une raison supérieure, immuable, indépassable ?

Difficile d’estimer l’époque de l’apparition de telles règles. Les premières règles morales écrites remontent, sauf erreur, aux tables des lois de Moïse. La morale existait vraisemblablement bien avant l’apparition des tables des lois, vraisemblablement dès l’apparition de l’écriture, et lui préexistait probablement.

Il existe donc des multitudes de règles de ’vivre ensemble’, propres à chaque groupe social, propres à chaque époque temporelle. Ces mêmes groupes reconnaissent également l’existence d’une multitude de règles qu’ils considérent comme supérieures, intangibles, immuables, propres à chaque groupe social, à chaque groupe religieux. Peut-on pour autant dire qu’il existe une multitude d’ensemble de règles morales ? Ces ensembles moraux peuvent posséder des règles ressemblantes, liées par exemple au respect de la vie humaine ou de la propriété individuelle (mais pas forcément), et s’opposer sur d’autres prescriptions.

Au sein d’une même société humaine peuvent ainsi coexister des multitudes de règles de ’vivre ensemble’, voire d’ensembles moraux, selon les religions, les groupes ethniques, les groupes sociaux, voire les groupes d’âge, et ceci même à notre époque moderne. La société française est ainsi un patchwork de morales justaposées, sans lien entre elles, que seul le ciment républicain est supposé réunir en une nation.


Réflexion sept (13 août 2006)
Des limites de la politesse


Rapprocher politesse, règles de vivre ensemble et règles morales est-il inapproprié ? Comme le rappelle ’Anna’, la politesse n’est d’abord que la norme imposée d’une culture, la culture occidentale ou franco-gauloise dans le cas présent. La politesse n’est ainsi qu’une façon de vivre ensemble propre à la frange majoritaire de notre culture, permettant à ce qui la respecte d’être considéré comme ’intégré’ dans la société et dans le monde du travail. Cette forme de culture ne nous permettra par contre d’être intégré dans d’autres formes de sociétés, voire dans certaines parties du territoire français, territoires d’Outre-Mer ou bien cités sensibles de la région parisienne. Il existe d’autres endroits du monde ou de la France où l’intégration nécessitera un style d’expression plus démonstratif.

L’intégration à une culture n’est rien d’autre que cela : l’adaptation aux règles et aux normes de celle-ci. Rien ne devrait par ailleurs empêcher une personne de ne pas s’adapter aux normes d’une culture. Ainsi, nul n’interdit à un français de refuser de s’exprimer en anglais à Londres ou à New-York. Mais s’il souhaite se faire comprendre, cela lui est conseillé. Le refus d’adaptation à une culture n’impliquera qu’une chose ; sa non-intégration. Il en va de même pour le cas d’un français au Sénégal ou dans un autre pays ; la non connaissance du Wolof en fera à jamais un expatrié et interdira son intégration.

La politesse n’est donc qu’une partie de notre culture, de notre relation aux autres, à nous, une frange (peut-être vieillote) mais majoritaire de la population de la France.

’Anna’ rappelle avec justesse une deuxième chose importance sur la politesse. Celle-ci ne peut être qu’une apparence. Sous le couvert de la politesse peuvent se cacher les pires des comportements ou des sentiments moraux. Les collaborateurs de la milice dénonçant les dangereux juifs pendant la seconde guerre mondiale pouvaient être des personnes très polies. L’obéissance aveugle aux règles dans ces périodes troublées, en l’absence d’une solide présence à soi (Michel Terestchenko - Un si fragile vernis d’humanité), peut conduire les gens aux pires des lâchetés, aux pires des crimes.

Le respect des formes de la politesse n’implique pas la moralité de la personne concernée. Les pires des assassins ou des violeurs d’enfants peuvent se cacher derrière le masque des personnes tout à fait polies, apparemment intégrées et sans problèmes. Un peu comme pour les terroristes anglo-pakistanais dont les journaux télévisés parlent régulièrement. L’exemple de ’Anna’ me rappelle le ’bande d’abrutis’ de Coluche rentrant dans une salle de restaurant.

Il y a donc une différence majeure entre la politesse, les règles de vivre-ensemble et les règles morales. Ces dernières se réfèrent à des normes beaucoup plus profondes, même si les premières peuvent parfois (mais rarement) s’appuyer sur certaines d’entre elles.


Réflexion six (11 août 2006)
Politesse et règles de vivre ensemble


A Montpellier existe une école particulière, l’école de la politesse, où on y enseigne l’apprentissage du savoir-vivre. Pour son responsable, Arsène Bouakira, le non-respect des règles de la politesse peut avoir des conséquences néfastes sur l’intégration des gens. "Une personne est jugée en quelques secondes, sur son habillement, son comportement. Des groupes de jeunes qui parlent fort dans la rue, dans un centre commercial, même sans forcément l’intention de gêner, vont susciter chez les autres passants une réaction négative, qui peut aller jusqu’au racisme ..... Savoir dire bonjour et merci, frapper à une porte avant d’entrer, veiller à ne pas être trop bruyant, peut constituer un plus pour évoluer dans la vie. Car apprendre la politesse, c’est aussi apprendre à se contrôler, à se respecter et à respecter l’autre. Il ne faut pas croire que les bonnes manières sont réservées à une certaine classe sociale." (source : Territoire mutuel n°66)

Mais qu’est-ce que la politesse et le savoir-vivre, si ce n’est des règles de "savoir vivre ensemble" !


Réflexion cinq (6 août 2006)
De la morale de la guerre et de la résistance


Les soldats n’appliquent donc pas les règles de la morale au cours des guerres, comme nous le prouve l’actuelle guerre du Liban. Le meurtre de civils, acceptés comme victimes collatérales des conflits, est devenue une constante de toutes les guerres. Et pourtant, la guerre d’Algérie nous avait fait croire que la morale pouvait malgré tout perdurer dans l’enfer de la guerre et du terrorisme, lorsque de jeunes appelés s’étaient opposés sans violence à la torture, aux meurtres, à un putsh militaire.

N’est-ce pas les gouvernements politiques qui sont responsables de cette disparition de la morale par temps de guerre, par temps de conflits ? En dénommant sans cesse leurs adversaires du nom de terroristes, les gouvernements ne sont-ils pas les uniques responsables moraux des bavures des soldats de leur pays ? Pourtant, de tous temps, toute population vaincue par un Etat militaire plus puissant n’a jamais eu comme seule autre possibilité de résistance que le terrorisme. Seulement, autrefois, les résistants ne pouvaient que se muer en bandits de grand chemin, volant et pillant essentiellement les voyageurs. Ils n’étaient pas appelés mais bandits, que l’on pendait haut et court sur des gibets. Notre époque est seulement différente des précédentes par les armements que peut utiliser ce terrorisme ou résistance. Elle ne diffère pas par les populations visées. Toute résistance a toujours eu pour objectif de frapper l’ennemi sur ses terres, ou bien de l’empêcher de s’installer sur les siennes. Le fait de viser des populations civiles est absolument normal pour une résistance militaire à une invasion militaire. Les civils sont les représentants du peuple agresseur, et sont le plus souvent favorables à l’invasion.

A notre époque où le terme de terrorisme est utilisé en permanence pour autoriser des guerres injustes, il serait temps de donner une définition et un cadre juridique international au droit de se rebeller, au droit de résister, face à un Etat considéré invassif, agressif ou criminel.

Osons donc déclarer qu’il existe un droit intangible de résistance militaire dont dispose tout citoyen d’un Etat vaincu (ou non) à l’encontre d’un Etat agresseur. Un tel résistant doit être considéré comme un combattant et être protégé par la convention de Genève. Le fait de porter une attaque même meurtrière sur le territoire adverse est un acte de guerre, de bravoure, et non un acte terroriste.

Osons également déclarer que la morale ne doit pas dépendre du vainqueur d’une guerre, et que tout acte est moralement tolérable ou intolérable quelque soit l’issue d’un conflit militaire. Il faut donc cesser d’appeler ’terrorisme’ un acte de résistance qu’en d’autre temps ou d’autre lieu, les mêmes personnes ont appelé différemment. Car aujourd’hui, seul le vainqueur final d’une guerre qualifie les différents actes s’y étant déroulés. Si l’Allemagne nazie avait remporté la seconde guerre mondiale, la résistance héroïque des maquisards français aurait été considérée comme des actions terroristes et les bons collaborateurs auraient été non pas tondus ou fusillés, mais décorés et médaillés. De même, si l’islamisme l’emporte un jour sur l’Occident, l’attentat de World Trade Center sera considérée comme la première attaque victorieuse d’héroïques soldats bravant la mort au péril de leur existence.

Si on ne veut pas d’une telle fin à l’Histoire, il faut reconnaître le droit à la résistance militaire, et donc reconnaître également l’existence de gouvernements injustes et terroristes (dont Israël en premier lieu), jugements reposant sur une base morale, et non plus sur une base subjective tels les pays de l’axe du mal de Bush.


Réflexion quatre (5 août 2006)
Existe-t-il une seule morale ?


La première hypothèse que l’on peut poser est que chaque citoyen français applique des règles de ’vivre ensemble’, quel que soit son milieu, son origine, sa religion. La deuxième hypothèse est que ces règles diffèrent le plus souvent les unes de l’autre. Troisième hypothèse de départ, ces règles de ’vivre ensemble’ ne sont pas toutes des règles morales, mais certaines le sont.

Ces règles de ’vivre ensemble’ concerne essentiellement trois ensembles concentriques qui sont la cellule familiale, puis le cercle d’amis, et enfin la vie sociale ou professionnelle. En dernier ressort, elles concernent aussi les individus qui peuvent être rencontrés au hasard dans la journée, et avec lesquelles l’individu peut entrer en interaction. Voici les sujets de la morale de l’individu. Il est évident que les règles de vivre ensemble ainsi que les règles morales sont normalement de moins en moins contraignantes au fur et à mesure que l’on s’éloigne du centre de la cellule familiale. Pourtant, certaines personnes choisissent aussi de masquer leur véritable personnalité auprès des cercles étrangers et de ne révéler la réalité de leur personnalité qu’aux proches. Certaines autres personnes n’ont pas non plus de vie familiale, vivant de manière solitaire.

On en arrive ainsi à une première approche des règles morales ; une règle morale, comme une règle de ’vivre ensemble’, n’a pas besoin d’être appliquée pour exister. Il peut arriver qu’un individu sache qu’il devrait agir d’une certaine manière conformément aux règles morales qu’il aimerait appliquer, mais qu’il agisse de manière différente, en opposition à ces mêmes règles morales. Il se pourrait que certains assassins sachent que la vie est sacrée, mais qu’ils tuent malgré tout. On en revient alors au précepte biblique, si peu appliqué de nos jours : "ne fait pas à autrui ce que tu ne voudrais pas qu’on te fasse".

Comment mesurer le remord et la culpabilité des personnes violant leurs propres règles morales ? On peut également faire un parallèle avec une guerre comme la guerre actuelle d’Israël contre le Liban. Les soldats israëliens (tout comme certainement les miliciens chiite du Hezbollah) savent que le meurtre de civils est un crime de guerre. Cependant, dans cette situation, les soldats se retranchent toujours derrière l’existence d’ordres hiérarchiques pour cautionner leurs actions. Excuse connue, notamment déjà utilisée dans le passé par les officiers nazis pour minimiser les crimes contre l’humanité dont ils étaient accusés.


Réflexion trois (30 juillet 2006)
De la place de la morale dans la société


La morale n’a pas une place centrale dans notre société, mais plutôt une place souterraine, cachée. On peut dire que la morale est le principal soubasement des relations individuelles au sein de notre société, mais que son existence est aujourd’hui malgré tout pratiquement nié, occulté, oublié.

Qu’est-ce donc que la morale ? En existe-t-il une définition unique, sur laquelle tout le monde serait d’accord ? Je partirais de la définition donnée par l’Encyclopaedia Universalis :

la morale (du latin moralis lui-même traduit du grec ta éthica) "désigne ce qui
a trait aux moeurs, au caractère, aux attitudes humaines en général et, en
particulier, aux règles de conduite et à leur justification. La morale apparaît
d’abord comme le système des règles que l’homme suit (ou doit suivre) dans sa vie
aussi bien personnelle que sociale."


On acceptera cette définition comme base de notre réflexion. Bien sûr, d’autres définitions apportent d’autres éclairages, comme par exemple celle d’André Comte-Sponville,

"la morale, qui se rapporte à l’ensemble de nos devoirs, répond à la question :
Que dois-je faire ? Elle se veut universelle. Elle tend vers la vertu et culmine
dans la sainteté."


Mais, si les philosophes sont à peu près d’accord sur la définition à donner de la morale, n’en va-t-il pas différemment dans la vie de tous les jours, dans l’économie ou dans le domaine politique ? Y reconnaît-on une même et unique définition de la morale ?

La morale n’y étant pas reconnu par les puissants de ce monde, on n’y trouve évidemment pas de définition de la morale. Dans le monde réel, dans celui qui est décrit dans les journaux d’informations télévisés ou dans la presse écrite, il apparaît évident que la morale n’a pas sa place dans le monde de ceux qui nous dirige. En effet, si la morale réglait leurs actions, on n’entendrait parler ni de plans de licenciement pour faire monter les cours de bourse des entreprises, ni de salaires ou de stock options de dizaines de millions d’euros ou de dollars, lorsque tant de salariés de ces groupes sont payés à peine au SMIC (salaire minimum), ni de lois avantageant les gros revenus ou le patronat ..... Si la morale présidait aux décisions prises dans ce monde, le monde ne serait pas tel qu’il est aujourd’hui, aussi injuste et aussi déséquilibré entre ceux qui ont tout et ceux qui n’ont rien !

Mais un monde sans morale est malgré tout dangereux pour les puissants. En l’absence de toute morale, le risque serait trop important de voir la société disparaître et la violence généralisée renverser les privilèges des puissants ainsi que leur fortune, qui n’ont de sens que s’il existe un monde à contrôler. Comme Bertrand Vergely le rappelait,

"si tout est relatif en matière de morale, n’est-ce pas la démonstration que la
morale commence avec ce qui convient à un groupe d’hommes à un moment donné,
dans des conditions données, puis qu’elle devient une habitude admise avant que
cette habitude se mette non pas simplement à suivre ce qui se fait, mais à
commander ce qui doit se faire ?" (petit précis de morale)


Notre société, comme toutes les sociétés humaines, fonctionnent donc sur une morale, qu’il faudrait peut-être mieux nommée ’règles’, dont le principal objectif est de faire respecter la propriété privée et les richesses des puissants. Dans notre monde moderne, dans le domaine de l’économie comme de la politique, les puissants ont donc inventer une forme de morale censée les protéger. Dans le domaine économique, on parle ainsi de règles éthiques, protégées par des comités d’éthique, dans lesquels on demande à des salariés de sièger, sorte de collaborateurs modernes. Dans le domaine politique, on parle de règles de civisme, que l’on aimerait voir les jeunes (ou moins jeunes) voyous respecter.

Dans les deux cas, il s’agit d’une transposition de certaines règles issues de la morale, cette morale qui est reconnue individuellement par une bonne partie des citoyens de nos pays occidentaux modernes. Mais pourquoi des jeunes ou des moins jeunes, des exclus, des perdus, des personnes aux yeux ouverts, accepteraient-ils de respecter des règles morales contraignantes qu’ils savent et voient violer impûnément par les puissants et tous ceux qui nous dirigent ?


Réflexion deux (23 juillet 2006)
De la relation entre ’justice’ et ’morale’


La morale, que l’on pouvait croire disparue de nos sociétés occidentales modernes, y existe en fait toujours, réfugiée dans la sphère des relations privées de chaque individu. Elle y régit nos échanges avec nos proches, nos collègues, les gens qu’on croise dans la rue. Elle fonde les relations sociales. Cette morale nous est transmise par nos parents, par nos éducateurs, d’une certaine façon aussi par nos maîtres(esses) d’école, nos enseignants(es). La disparition du civisme dont se plaignent les politiques, les adultes et les personnes âgées ne traduit en fait que la déperdition de la morale entre les différentes générations. A force d’entendre dire et de voir que la morale (en politique, en économie) n’existe pas, comment veut-on que les jeunes générations continuent de respecter ses fondements. Et sans cette morale, comment l’esprit civique, comment le vouloir vivre ensemble, pourraient-ils continuer d’exister ?

Dans ces conditions, on pourra appliquer le programme politique le plus répressif que l’on veut, cela ne changera rien à cette disparition de la morale et de l’esprit civique. L’on ne fera que substituer à ce manque de morale les principes interelationnels du milieu pénitentaire ou des ’maisons de correction’, qui ne doivent pas reposer (j’en serais étonné) sur le respect de la personne de chacun, mais plus sûrement sur le droit du groupe et du plus fort (c’est-à-dire sur la violence).

Pour résumer, je dirais donc que la disparition du sens civique diagnostiquée par certains penseurs ne fait que découler d’un manque plus grand, qui est la disparition de la morale dans les interelations d’une partie des habitants de notre pays, de notre société, des jeunes générations (ceux de moins de cinquante ans). Cependant, cette déperdition peut aussi s’expliquer par l’absence de telles références dans une partie de la population issue de l’immigration. La morale est en effet une vieille création judéo-chrétienne, qui découle d’une certaine façon de la croyance en l’existence de l’enfer et du purgatoire, ou d’une possible vengeance divine vis-à-vis de nos péchés. D’autres personnes l’a font provenir de notre inconscient, du jeu du moi, du ça et sur-moi (même si j’y crois beaucoup moins).

Quelqu’en soit les fondements, la morale ne s’applique pas partout dans le monde de la même façon. Certaines sociétés non occidentales reposent sur des règles sociales beaucoup plus contraignantes (holistes) que notre société individualiste, mais ces formes de respect des règles ne trouvant plus à s’appliquer dans notre pays jettent des jeunes gens privés de repères dans notre société. Et notre morale individualiste, sur laquelle nos règles de sens civique et de vivre ensemble, ne signifie alors rien pour eux, car nul ne la leur a jamais enseignée.

On peut bien sûr m’accuser d’argumenter dans le sens de la droite et surtout de l’extrême droite. Certains ne manqueront pas de le dire. Un blog est fait pour ça, par opposition à un livre où nulle réaction n’est possible. Mes arguments sont-ils racistes et faux ? Quelques recherches sociologiques et anthropologiques me font penser penser le contraire. Y a-t-il une solution possible pour améliorer les choses ? L’enseignement de la morale à l’école ou au collège. Le rétablissement de l’éducation militaire, au moins dans les ’maisons de correction’ ? Ou enfin le rétablissement du service militaire ?

Mais d’abord, est-ce que la morale existe ? Et est-ce que le milieu enseignant la reconnaît et pourrait l’enseigner aux enfants pour lesquels ils participent à leur éducation ? Est-ce que notre société française, est-ce que nos hommes politiques, est-ce que les décideurs économiques, syndicaux et politiques la reconnaissent et l’appliquent ? La réponse me semble être négative. Pour réussir dans la vie et dans la société, je crois qu’il faut parfois oublier ses préceptes moraux ou les mettre entre parenthèses. Et lorsque l’on arrivait au sommet, lorsque tout est si simple, si tentant, comment résister ? L’actualité est pleine de ces accidents de morale, de plans de licenciement pour plaire aux marchés boursiers, de conditions de rémunérations et d’éviction défiant l’esprit commun, mais paraissant si normaux pour ces dirigeants si puissants, si informés. Cette corruption presque généralisée pour toutes ces personnes qui voient passer des marchés publics juteux entre leurs mains.

Comment en vouloir alors à de jeunes gens (ou de moins jeunes) de souhaiter prendre leur place, la seule qu’on leur laisse, dans la société ? La seule chose qui pourrait les arrêter serait cette conscience du bien et du mal, cette croyance au juste et à l’injuste, cette croyance que l’on paye toujours, un jour ou l’autre, le mal que l’on fait, même dans l’autre monde. Mais encore faut-il croire en la religion catholique. Y croire malgré ce que les journaux racontent, y croire malgré ce que la vie nous apprend. Que les puissants et les riches ne sont presque jamais inquiétés.

Je pense que l’on peut cesser de croire en la morale. Même si heureusement, quelques personnes n’arrêtent jamais d’y croire. Et que certains préceptes moraux continuent malgré tout d’appliquer, même par ceux qui arrêtent de croire.


Réflexion une (22 juillet 2006)
Retour sur les notions ’juste’ et ’injuste’


Comme je l’ai déjà dit, notre civilisation occidentale ne reconnaît plus ces deux termes. Elle leur a préféré les termes de ’légalité’ et ’illégalité’. Notre civilisation matérialiste et cartésienne ne se réfère plus à la morale, qui fonde le juste et l’injuste, mais se réfère uniquement aux normes, dont les lois font parties. Les normes permettent de déterminer ce qui est conforme et ce qui n’est pas conforme. La morale, au contraire, permet de déterminer ce qui bien et ce qui est mal. D’une certaine façon, cette dernière dichotomie est beaucoup plus tranchée que la première. Les normes peuvent changer, et ce qui est conforme aux lois devenir non conforme, et vice versa. Au contraire, le bien et le mal ne varient pas. La morale a cette particularité d’être intangible. Les lois et les normes changent selon les époques, pas la morale.

Bizarrement, notre civilisation occidentale est la seule civilisation à avoir pour fondement une culture reposant sur la morale, dite judéo-chrétienne. Et c’est justement cette civilisation-là, judéo-chrétienne, qui a formalisé les notions de normes et de lois, puis les a substitué aux notions de morale, de bien et de mal. Cette création avait pour origine l’impossibilité de définir une loi supérieure, dite divine, qui aurait servi de modèle et de fondement aux lois humaines. Mais, en l’absence d’une loi divine, sur quoi peut donc reposer la morale ? Sur notre religion judéo-chrétienne ?

Ce qui est sûr, c’est que toute société humaine, occidentale ou non, repose sur le respect de normes et de règles. Ce qui rend nos sociétés occidentales particulières, c’est le formalisme qui s’y attache. Et le capitalisme tout particulièrement, principal composant de nos sociétés modernes, a besoin de ce formalisme juridique, qui sécurise son fonctionnement. Evidemment, celui-ci est également capable de fonctionner là où le droit n’existe pas, ou seuls la violence, l’arbitraire, l’irrationnel fonctionnent. Mais il faut alors que l’importance des profits possibles rende rentable les risques encourus et la corruption qui est alors indispensable.

Le capitalisme n’a nul besoin de morale. En effet, lois et morale ne sont pas toujours en harmonie. Dans nos sociétés occidentales dites judéo-chrétiennes, ce qui est légal n’est pas toujours moral, et ce qui est considéré comme illégal est parfois justement moral. Ainsi en matière d’immigration, l’aide aux personnes légalement en situation irrégulière est considérée comme une action illégale, alors l’accueil des étrangers est une action moralement valable, voire encouragée par les écritures saintes (catholiques). Les lois sur l’immigration, même non amorales, condamnent ainsi souvent des actes qui en eux-mêmes sont moraux.

Il est très intéressant d’observer qu’a posteriori, des actes moraux mais illégaux comparables ont pu par le passé être considérés comme justes et moraux, et les actes amoraux mais légaux, valorisés à un instant donné, être condamnés quelques années plus tard et considérés comme légalement répréhensibles (l’assistance aux personnes juives pendant la seconde guerre mondiale et l’occupation nazie). Intéressant d’observer que ces mêmes actes moraux sont de nouveau considérés aujourd’hui comme répréhensibles, vis-à-vis d’une autre population (non plus juive mais étrangère, notamment africaine). L’Histoire pourrait-elle de nouveau s’inverser dans quelques années ?

De même, en matière financière, la recherche capitaliste du profit maximum conduit souvent à des actes amoraux (expulsion de personnes socialement en difficulté, abus vis-à-vis de personnes en difficulté). Le capitalisme ne repose pas sur la morale, parce que la morale n’a semblerait-il plus sa place dans nos sociétés modernes.

Mais est-ce si sûr ? N’assiste-t-on pas ces dernières années à un retour de la morale ? En matière de relations internationales d’abord avec la guerre contre l’axe du mal chère à Georges W. Bush, qui a servi de prétexte à l’invasion de l’Irak par les armées américaines et alliées. En matière de capitalisme également, avec les multiples condamnations des rémunérations importantes de dirigeants de certains grands groupes.

En fait, la morale n’a jamais quitté nos sociétés occidentales. Avec l’essor des relations capitalistes et de l’individualisme, elle avait reflué dans la sphère privée, dans les échanges interpersonnels. Elle fondait les relations de chacun avec son entourage, mais n’était plus pertinente en matière globale. Confinée à cet usage individuel, sa transmission de générations en générations ne reposait plus que sur la parenté et sur la religion. De sorte, certaines personnes ne se sentent plus obligées de la respecter, d’où le développement des vols et des aggressions, aussi bien que des pratiques professionnelles ou financières amorales, que certains croient conformes au capitalisme.

La morale existe donc toujours dans nos sociétés. La majeure partie de la population la respecte encore plus ou moins. Les justes sont ceux qui quelle que soit la situation, quels que soient les risques encourus, même face à la justice ou face à un Etat totalitaire, continuent d’appliquer ce que la morale (ce qu’on leur a transmis de la morale) leur dit de faire. Et il est dommage que ces justes ne soient seuls pas autorisés à fabriquer les lois dans nos parlements et assemblées. Mais la recherche du pouvoir personnel que suppose la politique est rarement le fait de personnes ’justes’.


Saucratès



21/11/2010
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